« Quand on dit que je suis d'extrême droite (…), vous ne croyez pas que ça me blesse ? Pour moi, c'est une insulte. (…) Est-ce que vous pouvez m'accorder et me comprendre si je vous dis que je prends comme une insulte qu'on me dise que je suis d'extrême droite ? Est-ce que vous pouvez le reconnaître ? » (Sarah Knafo, le 8 février 2026 sur BFMTV).
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Il faut être clair : elle n'a annoncé sa candidature que le 7 janvier 2026 et sa campagne fait du bruit. Elle inquiète même les autres protagonistes pourtant très établis à Paris. Il faut dire que Sarah Knafo a abordé la bataille d'une manière très intelligente et séduisante, en y exprimant des messages positifs (avec le slogan : « Une ville heureuse »), ce qui n'est pas facile lorsqu'on est dans l'opposition et qu'on veut conquérir la place (généralement, il faut dire que tout est mauvais chez les sortants).
Pour preuve, les sondages sont très flatteurs pour Sarah Knafo qui tournerait autour de 10% d'intentions de vote, ce qui serait son premier objectif, celui d'avoir la possibilité d'être présente au second tour. Si l'on tient compte des 5% d'intentions de vote de candidat du RN, Thierry Mariani, manifestement pas très convaincu lui-même, cela donnerait 15% à l'extrême droite, ce qui, à Paris, serait quand même, en lui-même, un choc politique.
Mais Sarah Knafo est bien plus ambitieuse. Son objectif est double : d'abord, ne plus être considérée d'extrême droite mais de droite ; ensuite, poursuivre dans sa lancée et devenir la première liste de droite, devançant Rachida Dati mais aussi Pierre-Yves Bournazel. Et faire ce qu'elle prône depuis longtemps, "l'union des droites" (comprendre, l'union entre la droite et l'extrême droite).
Bien sûr, quel que soit le cas de figure, Rachida Dati ne fera jamais alliance avec la numéro deux de l'ex-candidat à l'élection présidentielle Éric Zemmour pour deux raisons personnelles absolument majeures : Éric Zemmour a mis en cause le prénom de sa fille qui est celui de sa mère (l'ex-candidate du RN aussi), et il a voulu ce qu'elle a appelé la "grand-remplacer". Pour ces deux raisons, Rachida Dati ne pourra jamais faire alliance avec Reconquête... et Pierre-Yves Bournazel, candidat d'Horizons et soutenu par Renaissance, n'a pas plus vocation à faire une alliance au second tour avec la droite musclée.
Sarah Knafo était l'invitée de BFMTV dans un duel avec Alain Duhamel ce dimanche 8 février 2026 dans la soirée. Elle a pu ainsi développer ses idées, sa campagne, sa logique, d'une manière assez claire et sans faux semblants.
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Réagissant à l'affaire Epstein et à la démission de Jack Lang de la présidence de l'Institut du monde arabe, la candidate de Reconquête a insisté plus sur les propos douteux sur la sexualité des enfants prononcés dans les années 1970 plutôt que sur les affaires financières qu'aurait eues l'ancien Ministre de la Culture avec le milliardaire. Et comme elle est candidate à la mairie de Paris, elle a ramené le débat sur le périscolaire à Paris où des animateurs sembleraient avoir tenu des propos inappropriés devant les enfants (elle faisait référence à un récent "Complément d'enquête" sur France 2). À la place de ces animateurs dont on ne peut même pas connaître les antécédents, Sarah Knafo a proposé de recruter des grands-parents pour garder les enfants dans le périscolaire.
C'était aussi l'occasion pour la candidate de proclamer sa profession de foi, assez convaincante et novatrice : « L'ambition que je porte, dans ce projet (…), l'ambition de ce programme, c'est à la fois de renouer avec le Paris éternel, le Paris qu'on aime tous (…), et de projeter ce Paris éternel dans le Paris de 2050. Comment faire une grande capitale moderne ? Ce n'est pas un programme qui est nostalgique. C'est un programme qui prend acte du fait que ce que Paris nous a légué de meilleur est en réalité ce qui a de plus éternel. Ce sera moderne dans cent ans. (…) Je crois avoir le programme le plus moderne, celui qui utilise l'intelligence artificielle, celui qui utilise la technologie pour la mettre au service de mes compatriotes. ».
Il est vrai que ses propositions, lancées à intervalle très régulier, rythment désormais la campagne parisienne, rendant la communication de ses adversaires fade et terne : « Mon but, ce n'est pas d'animer la campagne. C'est d'apporter un projet sérieux, crédible, chiffré, budgété, effort que les autres n'ont pas fait. (…) Quand je regarde les programmes des autres, je me dis sincèrement : heureusement que je me suis portée candidate ! Simplement pour que le débat porte sur le fond. Heureusement. Lorsque j'ai annoncé ma candidature, soudain, il est vrai, le débat a tourné autour de des propositions que je faisais. Et je trouve cela positif pour tout le monde. ».
En écoutant Sarah Knafo, qui affrontait donc un éditorialiste redoutable et expérimenté (Alain Duhamel), on a pu se rendre compte d'un certain mimétisme de la gestuelle avec ...Donald Trump : le mouvement de ses doigts ressemblent à celui de Donald Trump en meeting, et visiblement, cela lui a réussi (notamment en levant ostensiblement l'index).
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Le journaliste de BFMTV a voulu la piéger à la dernière minute et effectivement, elle a été piégée puisqu'elle ne connaissait pas le prix du Pass Navigo ni le nom de trois joueurs de football du PSG, ce qui, d'ailleurs, sont des questions plutôt ridicules et dérisoires quand on s'adresse à une candidate qui veut devenir maire de Paris, et qui, si elle est élue, aura à gérer une population de 2,2 millions d'habitants, avec environ 55 000 agents de la ville de Paris et un budget autour de 10 milliards d'euros ! Du reste, Sarah Knafo s'est bien rattrapée en disant qu'elle connaissait ce qu'elle avait travaillé mais qu'elle était ouverte pour apprendre encore.
Quel que soit son score au soir du premier tour (le 15 mars 2026), Sarah Knafo aura été la bombe médiatique des élections municipales de 2026 et elle aura marqué le paysage politique, et évidemment, ce n'est jamais anodin quand c'est à un an d'une élection présidentielle.
Parallèlement à cette envolée médiatique justifiée car elle est brillante et talentueuse, la candidature de Marine Le Pen en 2027 devient de plus en plus improbable en raison de ses casseroles judiciaires (j'y reviendrai). Or, c'est justement le problème du RN. Si Marine Le Pen est une candidate reconnue et crédible (malheureusement selon moi), en tout cas expérimentée, ce n'est pas le cas de Jordan Bardella : ne rien avoir fait de sa vie et prétendre présider la France à 30 ans paraît assez illusoire et malgré les sondages flatteurs, le jour où les électeurs commenceront à bien réfléchir sur leur vote, ils auront un doute.
Or, les bons sondages de Jordan Bardella proviennent d'un effet médiatique similaire : une sorte de bulle médiatique provenant d'une communication politique lisse et quasi-parfaite d'un homme qu'on surnommait il n'y a pas si longtemps Coquille vide, ce qui donne une bonne description.
L'aura médiatique de Sarah Knafo aura vite fait de s'imposer face à Jordan Bardella si ces deux personnalités se trouvent en concurrence à l'élection présidentielle. Ça changera de Marine Le Pen et Éric Zemmour, évidemment, et dans ce petit jeu médiatique, Sarah Knafo a une grande longueur d'avance car, contrairement à Jordan Bardella, elle a du fond, elle bosse ses sujets, elle a une vision autonome, et elle est brillante intellectuellement, tout en pouvant le concurrencer sur le plan d'une communication attractive.
Je vois bien que j'en fais peut-être un peu trop en superlatifs avec Sarah Knafo qui n'est pas ma tasse de thé et qui ne correspond pas à ce que j'attends d'un responsable politique, dont la préoccupation doit se focaliser en particulier sur l'impératif d'apaiser la société, de renforcer la cohésion sociale, de rassembler la nation. Mais je vois par anticipation un phénomène qui pourrait s'avérer très inquiétant pour Jordan Bardella et le RN : ses électeurs pourraient être séduits par la démarche de Sarah Knafo. Le plus drôle, c'est d'écouter certains députés RN qui reconnaissent que lorsqu'ils retournent dans leur circonscription le week-end, leurs militants ne leur parlent que de Sarah Knafo et retransmettent dans les réseaux sociaux ses propositions parisiennes, oubliant ainsi qu'il existe aussi un candidat RN à la mairie de Paris...
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (08 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Sarah Knafo.
Le naufrage de Marine Le Pen.
Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
Procès Marine Le Pen : début du deuxième round...
Accords franco-algériens de 1968 : pas de quoi crier victoire pour le RN !
Jordan Bardella a-t-il l'étoffe d'un Premier Ministre ?
Pierre Meurin.
La condamnation de Marine LE Pen.
Le Front national des Le Pen, 50 ans plus tard...
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260208-knafo.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/sarah-knafo-l-arbitre-de-la-266652
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/08/article-sr-20260208-knafo.html
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