« Elle récupérera les rênes de cette institution plus que bicentenaire à un moment crucial, alors que la France peine à redresser la barre après plusieurs années de dérapage budgétaire, dans un contexte politique extrêmement instable qui ne facilite pas l’adoption du budget du pays. » (extrait de la dépêche du 9 février 2026 publiée dans "Le Monde").
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Ce sera officiel à l'issue du conseil des ministres de ce mercredi 11 février 2026 mais c'était déjà connu avec des indiscrétions publiées dès le 9 février 2026 par "Le Figaro" et confirmées par "Le Monde" : Amélie de Montchalin va être nommée Première Présidente de la Cour des Comptes par le Président de la République Emmanuel Macron pour prendre la succession de Pierre Moscovici.
Pierre Moscovici avait atteint la limite d'âge qui est de 68 ans et a quitté la Cour des Comptes le 31 décembre 2025 (il a eu 68 ans le 16 septembre dernier). Amélie de Montchalin, elle, a 40 ans et sera quasiment la plus jeune à cette fonction depuis qu'elle existe le 28 septembre 1807. Elle n'est battue que par le juriste Félix Barthe (1795-1863), Ministre de l'Instruction publique puis de la Justice du roi Louis-Philippe, et Premier Président de la Cour des Comptes du 4 avril 1834 au 27 mai 1837, du 31 mars 1839 au 1er mai 1848 et du 5 novembre 1849 au 1er février 1863. Ce dernier a donc non seulement le record de l'âge (38 ans), mais aussi de la longévité (plus de vingt-cinq ans). Amélie de Montchalin pourrait battre ce record de longévité puisqu'à 40 ans, elle aurait un mandat irrévocable et donc, théoriquement, elle pourrait rester à cette fonction jusqu'à l'âge de 68 ans, en juin 2053 !
Je me réjouis de cette prochaine nomination (elle doit en principe recevoir aussi l'avis des commissions parlementaires), pour plusieurs raisons.
La première et principale, c'est qu'Amélie de Montchalin est une très brillante personnalité politique. Diplômée de Paris-Sorbonne, Paris-Dauphine, HEC et Harvard, elle est une économiste distinguée qui a d'abord travaillé dans le secteur privé (elle connaît la vraie vie professionnelle), dans une banque (BNP Paribas) puis dans une compagnie d'assurance (Axa). Proche de l'UMP, elle a collaboré avec Valérie Pécresse en 2007, a fait la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 puis a participé à la campagne de l'ancien Premier Ministre Alain Juppé pour la primaire LR de 2016. Après l'échec de ce dernier, elle s'est finalement engagée politiquement pour Emmanuel Macron en 2017 et a été élue députée de l'Essonne le mois suivant l'élection présidentielle.
Elle fut appelée au gouvernement par Édouard Philippe un peu plus tard, et a occupé plusieurs postes ministériels jusqu'à son échec aux élections législatives de juin 2022 où elle fut battue par Jérôme Guedj. Elle a été Secrétaire d'État auprès de Jean-Yves Le Drian, chargée des Affaires européennes du 31 mars 2019 au 6 juillet 2020, puis Ministre de la Transformation et de la Fonction publiques du 6 juillet 2020 au 20 mai 2022 dans le gouvernement de Jean Castex, puis Ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires du 20 mai 2022 au 4 juillet 2022 dans le gouvernement d'Élisabeth Borne qu'elle a quitté après son échec électoral. Elle a été alors nommée représentante permanente de la France auprès de l'OCDE du 23 novembre 2022 au 23 décembre 2024.
À la suite des élections législatives de l'été 2024 (où elle n'était pas candidate) et de la censure du gouvernement de Michel Barnier, Amélie de Montchalin a été nommée Ministre de l'Action et des Comptes publics à partir du 23 décembre 2024 dans le gouvernement de François Bayrou puis reconduite dans les gouvernements de Sébastien Lecornu. Elle a été l'ordonnatrice de deux projets de loi de finances qu'elle a su faire adopter, celui pour 2025 et celui pour 2026. C'est l'une des personnalités politiques qui connaît le mieux les finances publiques. Sa nomination à la Cour des Comptes n'est donc pas sans mérite.
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La deuxième raison pour laquelle je me réjouis de sa nomination, c'est aussi parce que c'est la première femme nommée à la tête de la Cour des Comptes. Il est vrai que Sophie Moati, du 29 janvier 2020 au 3 juin 2020, et Carine Camby, depuis le 31 décembre 2025, ont exercé ou exercent aussi la fonction de Première Présidente de la Cour des Comptes, mais seulement par intérim en leur qualité de doyenne des présidents de chambre de la Cour.
On dit souvent que les chiffres sont trop sérieux pour les confier à n'importe qui. Justement, elle n'est pas n'importe qui. C'est évidemment anecdotique (la compétence l'emporte sur le sexe, bien sûr, pour ce genre de responsabilités), mais c'est rassurant que petit à petit, les grandes fonctions de la République puissent être occupées par des femmes. C'était le cas, très récemment, en 2022, avec Yaël Braun-Pivet pour le perchoir, mais il manque encore une femme à la Présidence du Sénat (contrairement à ce qu'on pourrait croire, c'est loin d'être impossible), et surtout, bien sûr, la Présidence de la République, mais dans notre contexte politique actuel, je préférerais que la République restât machiste encore quelques années, si vous voyez ce que je veux dire !...
La troisième raison n'est pas non plus sans importance : le départ de Pierre Moscovici me réjouit beaucoup. Ce donneur de leçon, tant lorsqu'il était membre de la Commission Européenne du 1er novembre 2014 au 30 novembre 2019 que Premier Président de la Cour des Comptes, du 3 juin 2020 au 31 décembre 2025, était particulièrement odieux, était complètement hors-sol. À chaque intervention publique, il provoquait sans doute une augmentation de plusieurs dizaine de milliers de voix en faveur du RN par ses propos moralisants et absolument déconnectés non seulement de la réalité économique et sociale mais aussi de la réalité politique. Un toupet monstrueux lorsqu'on sait comment il a géré le Ministère de l'Économie et des Finance du 16 mai 2012 au 31 mars 2014 en plombant l'économie française et les ménages de 40 milliards d'euros de prélèvements obligatoires supplémentaires.
Par ailleurs, il s'est fait épingler pour avoir dépensé de l'argent public sans considération pour les contribuables en mettant à la destruction toutes les impressions d'un rapport annuel de la Cour des Comptes sous prétexte que la photographie de monsieur de lui donnait pas l'image la plus esthétique selon lui. Celui qui ne cessait de réclamer des économies sur les dépenses publiques se moquait alors largement de dépenser pour ses petits caprices narcissiques au sein de sa noble institution ! Il est des personnes qui feraient mieux de se faire tout discrètes. Ce sera désormais le cas pour Pierre Moscovici qui, à cause de la limite d'âge, a quitté la France et repart à Bruxelles pour occuper la fonction de membre de la Compte des Comptes Européenne (il fallait bien continuer à collectionner les honneurs et les salaires).
2026, une bonne année ? C'est en tout cas très réjouissant de savoir que le socialiste Pierre Moscovici a quitté la Cour des Comptes, mais aussi que le socialiste Jack Lang a quitté l'Institut du monde arabe, et bientôt, que la socialiste Anne Hidalgo va quitter la mairie de Paris. Ce sont trois exemples de socialistes qui ont eu des honneurs et des privilèges indus, des placards dorés, et des fonctions beaucoup trop élevées pour leur niveau et ce qu'ils ont apporté à la France et aux Français, ils ont vécu dans une sorte d'aristocratie républicaine sous les lambris. J'espère que leurs successeurs, j'en suis sûr pour la Cour des Comptes, seront plus humbles et plus soucieux de l'intérêt des Français, en réduisant leurs dépenses somptuaires.
J'ai juste un regret : c'est dommage que, par conséquent, Amélie de Montchalin doive quitter le gouvernement alors qu'elle s'est montrée très tenace et persuasive. Le projet de loi de finances pour 2027 est déjà dans l'horizon des parlementaires, un budget de tous les dangers puisqu'en pleine campagne présidentielle. Je ne doute pas qu'au lieu de faire la morale, Amélie de Montchalin aura à comprendre la situation réelle du pays, ce qui me paraît évident puisqu'elle quitte une fonction opérationnelle et fait partie des personnes qui connaissent le mieux la situation.
Le Premier Ministre avait de toute façon prévu un remaniement ministériel d'ici au 22 février 2026 (annoncé dans une interview à la presse quotidienne régionale le samedi 7 février 2026). Celui-ci sera donc bien plus large que le seul remplacement de la Ministre de la Culture Rachida Dati (candidate à la mairie de Paris).
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (09 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Amélie de Montchalin, première femme Première Présidente de la Cour des Comptes.
Nommée enfin au gouvernement.
La Cour des Comptes en émoi.
Pierre Moscovici.
Didier Migaud.
Philippe Séguin.
Pierre Joxe.
André Chandernagor.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260209-amelie-de-montchalin.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/amelie-de-montchalin-premiere-266687
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/09/article-sr-20260209-amelie-de-montchalin.html
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