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12 février 2026 4 12 /02 /février /2026 20:45

« À nous, il revient de reconstruire la France. Je ne vous dis pas que ce sera facile. Mais je vous promets que c’est possible. » (Bruno Retailleau, le 12 février 2026 sur Youtube).




 


Décidément, c'est la braderie des déclarations de candidature ratées ! Après Jérôme Guedj dont la déclaration de candidature le 5 février 2026 est passée totalement inaperçue, voici Bruno Retailleau qui a foiré sa déclaration de candidature présidentielle ce jeudi 12 février 2026 à 18 heures.

La forme d'abord : on a l'impression d'être revenu cinquante ans en arrière, avec un discours terne, peu attractif et en oubliant même à la fin les si indispensables « Vive la République, vive la France ! » qui font qu'on aime sa patrie. Discours plus stressé que stressant, indéniablement, Bruno Retailleau, qui est parti bien trop tôt (et pourquoi partir un mois avant les élections municipales alors que cette échéance préoccupe toute la classe politique ?), quatorze mois avant l'élection présidentielle.


Au-delà de ce calendrier complètement baroque (l'heure n'est pas à la présidentielle mais aux municipales, qui sont des échéances cruciales en particulier pour son parti qui n'a plus que les exécutifs locaux comme crédibilité), la déclaration de candidature de Bruno Retailleau coche beaucoup de mauvais signes de communication. C'est un tristus qui ne semble promettre que du sang et des larmes (un peu comme François Fillon) et incapable de faire rêver, de faire penser à l'avenir.

Sa déclaration a été retransmise en direct sur Youtube à 18 heures, annoncée par un message sur Twitter trois heures auparavant (message dont les réactions sont presque quasi-exclusivement très critiques à son encontre, mais c'est souvent le lot des réseaux sociaux que d'être critiques), et le message a été relayé et amplifié par ses deux interventions dans le journal de 20 heures sur TF1 (interrogée par Gilles Bouleau) puis à 21 heures sur LCI (interrogé par Darius Rochebin). Autant dire que c'est dans la forme une déclaration de candidature d'un ultra-classicisme désuet que Jacques Chirac n'avait même pas osé faire en 1995 !

Très étonnant que cet homme. On peut avoir la gloire, être la star, mais être durablement la star nécessite une habileté qu'apparemment il n'a pas montrée jusqu'à maintenant.


En 2024-2025, Bruno Retailleau a été le principal bénéficiaire de la situation parlementaire inextricable : il est devenu Ministre de l'Intérieur, populaire (malgré l'absence de résultats) et suffisamment autonome pour ne pas tomber dans le macronisme ressenti (sauf qu'à sa droite, on lui reprochera qu'il est justement un traître, procès habituel des extrémistes, comme l'extrême gauche reproche aux socialistes d'être des traîtres).

En intégrant le gouvernement de Michel Barnier en septembre 2024, Bruno Retailleau avait gagné la première manche face à Laurent Wauquiez qui avait renoncé à prendre le train gouvernemental. En mai 2025, Bruno Retailleau s'est fait élire triomphalement président du parti Les Républicains en battant son encore rival Laurent Wauquiez pour la deuxième manche. Sa présidentialité était confirmée ; son comportement austère, sérieux, vieille France, un peu bourgeoise sur les bords, un François Fillon (son mentor après Philippe de Villiers) sans les casseroles judiciaires et sans la vénalité, l'ont conduit à obtenir autour de 10% d'intentions de vote dans les sondages, avec un potentiel de 15%, ce qui est pas mal et même susceptible de lui donner un ticket de présence au second tour.

Et puis, patatras ! C'est exactement le 5 octobre 2025 que la mécanique Retailleau s'est enrayée. Après vingt-six jours (un record) pour former son (premier) gouvernement, Sébastien Lecornu a rendu publique la liste de ses ministres dans laquelle figure en bonne place Bruno Retailleau, toujours Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur comme l'avait nommé François Bayrou. Sa présence provenait d'une validation le 5 octobre 2025 du maintien de la présence de LR dans le gouvernement, contre l'avis de Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l'Assemblée Nationale. On pouvait imaginer que Bruno Retailleau reprendrait son autonomie et quitterait le gouvernement seulement après les élections municipales.

En fait, le premier gouvernement Lecornu a changé très peu du gouvernement Bayrou, mais à une exception énorme, car Sébastien Lecornu devait se trouver un successeur aux Armées, qui furent attribuées à Bruno Le Maire avec rang de Ministre d'État (le cinquième derrière Élisabeth Borne, Manuel Valls, Gérald Darmanin et Bruno Retailleau). Non seulement le retour de Bruno Le Maire n'était pas très malin politiquement car attisant les oppositions comme symbole du fort déficit de l'année 2024 en tant qu'ancien Ministre de l'Économie et des Finances, mais Bruno Retailleau a semblé découvrir cette présence en écoutant les informations.

Résultat : retournement de positionnement chez LR. Bruno Retailleau a renoncé à rester au gouvernement et a prôné le départ de tous les ministres LR pour rentrer chaudement dans l'opposition... tandis que Laurent Wauquiez, au contraire, a préféré la participation gouvernementale. En particulier, Annie Genevard voulait absolument rester à l'Agriculture.


Sébastien Lecornu a toutefois était plus rapide que ces frères rivaux de LR en auto-dissolvant son gouvernement dès le lendemain matin. Le gouvernement n'aura duré que quatorze heures, c'est un record historique de brièveté depuis qu'un gouvernement existe en France ! Après quelques jours de consultations et alors qu'il était prêt à partir définitivement de Matignon après ce bref passage, Sébastien Lecornu a proposé un second gouvernement qui a eu le mérite de la modestie en retirant tous les poids lourds politiques à l'exception de Gérald Darmanin (qui a sauvé son Ministère de la Justice).

Et depuis cette date, Bruno Retailleau fait désormais partie des ultras aux LR qui refusent l'alliance avec le bloc central, quitte à faire chuter le gouvernement, tandis que Laurent Wauquiez, toujours à front renversé, milite désormais pour l'esprit de responsabilité et la stabilité.


Pour Bruno Retailleau, ce départ du gouvernement n'a eu aucune signification politique. On savait qu'il voulait quitter l'Intérieur pour prendre son indépendance et s'éloigner du Président Emmanuel Macron, mais sur un prétexte politique important, comme les relations avec l'Algérie ou le refus d'une nouvelle loi sur l'immigration. Or, son départ ici n'a été interprété, avec raison, que comme un caprice personnel pour s'opposer au retour d'un pourtant ancien compagnon de route de l'UMP et LR, Bruno Le Maire était même un ancien candidat à la primaire LR pour l'élection présidentielle de 2017.

Bref, loin de bénéficier de son départ du gouvernement, Bruno Retailleau a surtout provoqué incompréhension et ironie. Son positionnement depuis le 5 octobre 2025 est donc complètement illisible et cela explique que sa déclaration de candidature n'a reçu aucun enthousiasme de la part même des militants de LR.


Son seul intérêt, très limité et très politicien, a été de prendre de court ses concurrents LR, à savoir Laurent Wauquiez, mais aussi Xavier Bertrand, Michel Barnier, David Lisnard, et quelques autres velléitaires de la candidature. Dans son allocution, il a confirmé qu'il ne serait pas sexy et qu'il ne serait donc pas élu (parce que pour être élu, il faut séduire les électeurs, leur donner envie, se faire désirer) : « Je ne chercherai pas à séduire à tout prix. Je ne tenterai pas de vous convaincre par des slogans démagogiques ou par des postures théâtrales. Je crois au sérieux, à la constance, à la cohérence. Je ne promettrai rien que je ne pourrai tenir. ». Cela prononcé avec une tête de pompes funèbres, n'a pas pour conséquence de créer un mouvement favorable.

La figure du père Fouettard n'est déjà pas aimée des députés (la preuve par François Bayrou !), alors comment les Français sauraient-ils l'apprécier et lui faire confiance ?


Un internaute sur Youtube paraît résumer avec brio la situation de Bruno Retailleau : « Parfois, un homme a rendez-vous avec l'histoire... et celle-ci lui pose un lapin. ». Le train de l'histoire ne l'a pas attendu. Il a peu de chance de revenir.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bruno Retailleau.
Amélie de Montchalin.
Rachida Dati, candidate... à quoi, au fait ?
L'heure de Rachida Dati.
Laissez tranquille la vie privée de la ministre !
La Bataille de Paris.
L'audiovisuel public.
Michel Barnier.
Dominique de Villepin.
Nicolas Sarkozy.
Valéry Giscard d'Estaing manque beaucoup à la vie politique française.
Édouard Philippe sera-t-il le 9e Président de la Ve République ?
Sébastien Lecornu.
Olivier Marleix.
Séance publique de l'Assemblée Nationale du mardi 25 novembre 2025 (verbatim).
Hommages et complotisme.
Un choc violent.
Jean-François Humbert.
Daniel Hoeffel.

De Gaulle.
Le retour de Michel Barnier.
La censure de Michel Barnier.
Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !

L'échec du mélenchonisme municipal.
L'échec des insoumis à Grenoble.
Alain Peyrefitte.
Le diplomate académicien du gaullisme triomphant.
De Gaulle et les communistes.
Laurent Duplomb.
Charles Pasqua.
De Gaulle et la Chine.
La sagesse inattendue du faucon.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260212-retailleau.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/et-bruno-retailleau-se-declare-266758

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/13/article-sr-20260212-retailleau.html



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