« Christine Lagarde veut donner la possibilité au Président français sortant, Emmanuel Macron, et au Chancelier allemand, Friedrich Merz, de trouver un nouveau dirigeant pour l’une des plus importantes institutions de l’Union Européenne. » ("Financial Times" le 18 février 2026).
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L'actuelle présidente de la Banque centrale européenne (BCE), la Française Christine Lagarde (qui vient d'avoir 70 ans il y a quelques semaines), pourrait démissionner dans quelques mois, avant la fin de son mandat qui devrait avoir lieu en automne 2027. C'est du moins une information confidentielle du "Financial Times" publiée le 18 février 2026 et qui a suscité quelques remous en France et en Europe.
La trajectoire de Christine Lagarde est atypique, assez rare et prestigieuse. Elle est aujourd'hui considérée comme l'une des Françaises les plus influentes au monde et cela durablement. Elle est entrée et restée dans le très sélectif Top 10 des femmes les plus puissantes du monde proposé par le magazine "Forbes", depuis 2011 (jusqu'à au moins 2025), avec même la deuxième place de 2019 à 2025, sauf l'année 2021 où elle n'avait "que" la troisième place.
À l'origine, avocate d'affaires et patronne de l'un des plus importants cabinets américains, Christine Lagarde a été appelée par Jacques Chirac pour faire partie du gouvernement. Elle a ainsi eu une carrière ministérielle qui fut loin d'être négligeable, poursuivie par Nicolas Sarkozy (elle est restée six ans ministre) : elle a été nommée Ministre déléguée au Commerce extérieur du 2 juin 2005 au 15 mai 2007 dans le gouvernement de Dominique de Villepin, puis Ministre de l'Agriculture et de la Pêche du 19 juin 2007 au 18 juin 2007 dans le premier gouvernement de François Fillon. Ensuite, elle a profité d'une gaffe électorale de Jean-Louis Borloo pour lui succéder à l'important Ministère de l'Économie et des Finances du 19 juin 2007 au 29 juin 2011 dans les deuxième et troisième gouvernement de François Fillon, cumulant avec l'Emploi, puis, à partir du 14 novembre 2010, l'Industrie. Elle a été la première femme à devenir grande argentière de France.
Femme d'autorité et de compétence, Christine Lagarde a rapidement séduit la classe politique, enfin, surtout à l'UMP. Dès 2010, son nom revenait régulièrement comme prochaine Première Ministre, et ces rumeurs l'ont poursuivie jusqu'en 2024. Certains l'imaginaient même candidate à l'élection présidentielle. En qualité de candidate, elle n'a été élue pour l'instant que localement, conseillère du douzième arrondissement de Paris de mars 2008 à juin 2011.
Mais elle s'est révélée plus à l'aise dans le monde de la finance que dans le monde politique. En juin 2011, elle a bénéficié de manière inattendue de l'affaire du Sofitel qui a provoqué la démission précipitée de Dominique Strauss-Kahn du FMI. Christine Large fut ainsi nommée directrice générale du Fonds monétaire internationale du 5 juillet 2011 au 12 septembre 2019. Et elle n'a quitté le FMI que pour s'occuper de la monnaie européenne, devenant la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) à partir du 1er novembre 2019, première femme à occuper ce poste qui était la compensation française de la désignation de l'ancienne ministre allemande Ursula von der Leyen à la Présidence de la Commission Européenne (première femme également à occuper ce poste).
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Fruit de négociations européennes en juillet 2019, Christine Lagarde a été nommée le 20 octobre 2019 à la tête de la BCE pour un mandat de huit ans, qui devrait en principe finir le 1er novembre 2027, c'est-à-dire après l'élection présidentielle de 2027 et après la fin de la Présidence d'Emmanuel Macron. L'information selon laquelle elle quitterait la BCE avant la fin de l'année 2026 n'a donc pas été communiquée par hasard. Si elle-même l'a (mollement) démentie en expliquant qu'elle était « concentrée sur sa mission et n'a pris aucune décision concernant la fin de son mandat », une communication qui semblait moins ferme qu'il y a quelques jours, au Forum de Davos (dont elle pourrait prendre la présidence) où elle expliquait qu'elle était « déterminée à terminer » son mandat, l'ambiguïté demeure. Christine Lagarde a dû envoyer à l'ensemble des gouverneurs des banques centrales de chaque État membre un message le 19 février 2026 pour leur indiquer qu'elle les informerait prioritairement et personnellement si d'aventure elle décidait d'écourter son mandat. Dans tous les cas, il ne semble pas que ce soit à court terme.
L'intérêt politique d'une démission avant l'heure, c'est bien sûr de permettre à Emmanuel Macron de participer activement à la désignation de son successeur, en parallèle avec le Chancelier allemand Friedrich Merz, garantissant une certaine stabilité monétaire en Europe avant l'élection présidentielle française du printemps 2027 pour laquelle l'incertitude règne complètement.
Ce n'est pas la première personnalité à un haut poste financier qui pourrait démissionner avant la fin de son mandat afin de laisser à Emmanuel Macron la possibilité de choisir son successeur. Ainsi, le gouvernemeur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, en fonction depuis le 1er novembre 2015, avait annoncé le 9 février 2026 son intention de quitter ses fonctions avant la fin de son mandat prévue le 1er novembre 2027 (comme Christine Lagarde). Il va en effet démissionner dès le 1er juin 2026, après plus de dix ans à la tête de la Banque de France, et il a justifié ce départ anticipé par une « décision personnelle » afin de devenir le président de la Fondation des apprentis d'Auteuil. À cette occasion, Christine Lagarde, qui en a été informée personnellement, avait exprimé son « respect » à François Villeroy de Galhau. Le successeur de ce dernier pourrait être l'actuel Secrétaire Général de l'Élysée, Emmanuel Moulin ancien directeur général du Trésor. La nomination devra passer par les commissions des finances des deux assemblées (Assemblée Nationale et Sénat) pour validation comme pour toutes les nominations présidentielles.
Quant au successeur potentiel de Christine Lagarde à la BCE, deux candidats favoris semblent en bonne place pour obtenir la désignation : l'ancien gouverneur de la Banque des Pays-Bas, Klaas Knot et l'ancien gouverneur de la Banque d'Espagne, Pablo Hernandez de Cos, qui est l'actuel directeur de la Banque des règlements internationaux (BRI) depuis l'été 2025. Deux autres candidats, tous les deux allemands, peuvent être les outsiders : le président de la Bundesbank, Joachim Nagel et l'actuelle membre du conseil de la BCE, Isabel Schnabel. Mais on imagine mal qu'il y ait deux Allemands à deux positions stratégiques en Europe, Présidence de la Commission Européenne et présidence de la BCE.
Cité par BFM Business, la banque néerlandaise ABNnAmro a envoyé à ses clients une note sur le sujet : « Il est vraiment trop tôt dans le processus pour avoir des convictions fortes sur l'identité du prochain président. Il se peut très bien que la décision soit influencée par des considérations politiques, ce qui ouvre la porte à de nouveaux candidats. ». Ce qui est certain, au contraire de 2019, c'est que cette nomination sera indépendante de la désignation du successeur d'Ursula von der Leyen à la Présidence de la Commission Européenne dont le mandat finit en automne 2029.
Mais l'idée d'écourter son mandat peut avoir une autre motivation. Avec le peu de candidats du socle commun capables avec certitude d'atteindre le second tour en 2027, Christine Lagarde pourrait être encouragée à présenter sa candidature à l'élection présidentielle...
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (19 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Le départ annoncé de Christine Lagarde de la BCE.
Les grands argentiers de France.
Christine Lagarde nommée au FMI.
Europe sociale : les vacances en arrêt maladie récupérables !
Jacques Delors : Allons, courage, le Printemps de l’Europe est toujours devant nous !
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Crans-Montana : l'enfer pendant la fête.
La parlementarisation de l'Europe (juillet 2025).
Enfin, une vision européenne !
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260218-christine-lagarde.html
https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-depart-annonce-de-christine-266910
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/18/article-sr-20260218-christine-lagarde.html
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