« Il y a de "nombreux signes" que le Guide suprême iranien Ali Khamenei a été tué samedi dans l'attaque sur l'Iran, a déclaré le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou lors d'une allocution télévisée. Le Croissant-Rouge iranien a dit avoir recensé au moins 201 morts et 747 blessés, dans une série de frappes israéliennes et américaines contre l'Iran. Donald Trump a appelé le peuple iranien à "s'emparer" du pouvoir. » (Dépêche de France 24 le 28 février 2026 dans la soirée).
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Incontestablement, comme dans chaque guerre (réelle, avec armes et victimes), une autre guerre, celle de la communication, fait rage. Selon le gouvernement israélien, l'imam Ali Khanmenei, le Guide Suprême de la Révolution iranienne, aurait trouvé la mort ce samedi 28 février 2026, tué par des frappes militaires. Quelques heures plus tard, Donald Trump a confirmé cette mort sur son réseau social.
Le Président des États-Unis, qui aurait eu accès à la photographie du corps, a affirmé : « Khamenei, l'une des personnes les plus malfaisantes de l'histoire, est mort. Ce n'est pas seulement justice pour le peuple iranien, mais aussi pour tous les grands Américains, et pour les peuples de nombreux pays à travers le monde qui ont été tués ou mutilés par Khamenei et sa bande de voyous assoiffés de sans. ». Et d'expliquer : « Ali khamenei n'a pas pu échapper à nos services de renseignement et à nos systèmes de traçage hautement sophistiqués et, en travaillant étroitement avec Israël, il n'y avait rien qu'il, ni les autres dirigeants tués avec lui, ne pouvaient faire. C'est la plus grande chance du peuple iranien de reprendre son pays. ».
En effet, le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou et le Président américain Donald Trump ont annoncé tôt ce samedi avoir commencé une offensive contre le régime des mollahs... pour en finir avec eux et leurs menaces sur les États-Unis et Israël. Si, sur le plan de l'objectif, renverser cette dictature théocratique sans pitié pour le peuple iranien, qui exécute à tour de bras le moindre contrevenant politique, beaucoup dans le monde pourrait être d'accord, la méthode, bombarder un grand pays comme l'Iran, de 90 millions d'habitants, grand comme deux à trois fois la France, paraît complètement démente.
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Une première tentative avait été faite en juin 2025 et finalement, rien de très concret n'avait bougé. La détermination des deux pays (États-Unis et Israël) semble pourtant très forte pour aller "jusqu'au bout". Mais l'exemple irakien, comme l'exemple afghan voire l'exemple libyen, ces trois exemples montrent bien qu'on ne peut pas durablement modifier l'histoire d'un pays par des attaques étrangères qui, au contraire, a de grandes chances de ressouder un peuple derrière ses dictateurs par exacerbation du nationalisme. Donald Trump n'a pas compris que la planète n'était pas un gigantesque jeu de petits soldats en plomb, et que derrière ses décisions, des vies humaines sont en jeu, périssent, innocentes et démunies.
Le sort d'Ali Khamenei semble fixé, sa mort confirmée. Sa résidence aurait été bombardée de manière effroyable mais rien ne prouvait qu'il était à l'intérieur au moment de l'explosion. D'un côté, les Israéliens ont affirmé que son corps aurait été retrouvé, d'un autre, un officiel iranien, en l'occurrence le Ministre iranien des Affaires étrangères, a déclaré qu'à sa connaissance, le Guide suprême n'était pas mort.
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Comme pour d'autres dictateurs, comme Nicolas Maduro, je ne le regretterai pas dans tous les cas, mort ou vif, mais il faut comprendre que sa mort ne résoudra pas tous les problèmes, car il s'agit bien d'un système, d'un régime théocratique et pas d'une dictature bananière régie par un seul homme.
Ali Khamenei a eu d'ailleurs une existence extraordinaire. On peut dire à peu près que toute l'histoire de l'Iran de 1981 à 2026 provient de sa propre influence. Certes, le premier Guide suprême et seul prédécesseur Rouhollah Khomeini était le fondateur historique de ce régime inhumain, mais Ali Khamenei a réussi à devenir un incontournable disciple. Le comble au moment du renversement du shah d'Iran, en 1979, c'est que deux hommes importants du futur régime, Hachemi Rafsandjani et Hassan Rohani, l'ont introduit auprès du cercle très restreint des proches de Khomeini. Ces deux proches sont devenus des Présidents de la République islamique d'Iran avec l'étiquette prétendue de "modérés".
En 1980, Khamenei, "bombardé" imam de la prière du vendredi à Téhéran, n'était pourtant ni populaire, ni cultivé (ni érudit sur l'islam), ni charismatique... mais probablement très bon calculateur. Il n'avait pas encore vraiment commencé sa carrière politico-religieuse quand, le 27 juin 1981, il a été victime d'un grave attentat à l'explosif qui l'a immobilisé à l'hôpital pendant plusieurs semaines et l'a rendu légèrement infirme.
Était-ce un atout pour son CV ? Toujours est-il que le 2 octobre 1981, l'ayatollah Khamenei a été élu Président de la République islamique, pour succéder à Mohammad Ali Radjaï, assassiné le 30 août 1981 (et successeur du premier Président Abolhassan Bani Sadr). Un poste plutôt honorifique puisque le pouvoir résidait chez Khomeini. Ali Khamenei a donc pris ses fonctions de Président de la République islamique du 9 octobre 1981 au 3 août 1989 (pour deux mandats de quatre ans), mais il n'a pas eu beaucoup de pouvoir qui était assumé avant tout par Khomeini et son Premier Ministre Mir Hossein Moussavi (à la tête du gouvernement iranien du 29 octobre 1981 au 3 août 1989), futur candidat l'élection présidentielle de 2009, considéré aussi comme un "modéré".
La grande habileté politique de Khamenei a été d'avoir su prendre l'avantage sur l'ayatollah Hossein Ali Montazeri (auquel il avait succédé comme imam de la prière du vendredi à Téhéran), « un des hauts dignitaires chiites iraniens, défenseur de la démocratie et des droits de l'homme en Iran » (dixit Wikipédia), pourtant nommé Guide adjoint de la Révolution et donc dauphin du 10 novembre 1985 au 13 mars 1989, pour la succession de Khomeini qui, sur son lit de mort (il est mort le 3 juin 1989 à 86 ans) avait confirmé son choix en faveur de Khamenei, élu ainsi Guide suprême de la Révolution le lendemain, 4 juin 1989, par l'Assemblée des experts, soutenu par le Président de celle-ci, Hachemi Rafsandjani, qui lui succéda à la Présidence de la République islamique le 16 août 1989.
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Cela faisait donc plus de trente-six ans qu'il régnait en Iran, et dès le début, il s'était arrogé tous les pouvoirs, dirigeant une totale dictature. L'expérience d'un assouplissement politique mené par Gorbatchev en URSS a renforcé sa conviction qu'au contraire, s'il voulait maintenir son pouvoir et son régime, il ne fallait rien lâcher et être impitoyable contre ses opposants. Ce qui explique la cruauté récurrente de son régime. Malade et vieillard (il avait 86 ans, le même âge que Khomeini à sa mort), il a conduit le peuple iranien dans un terrifiant enfer. Sa mort est donc un soulagement pour les Iraniens mais cela ne signifie pas que ce sera la fin de leurs misères...
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (28 février 2026)
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260228-khamenei.html
https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/khamenei-est-il-encore-vivant-non-267156
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/28/article-sr-20260228-khamenei.html
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