« Pendant presque trente ans d’action, j’ai pu voir l’évolution de la vie politique. Elle est très nette avec l’émergence des médias en boucle, des réseaux sociaux, contribuant à la difficulté de gouverner. C’est un élément nouveau de l’exercice du pouvoir. C’est une difficulté supplémentaire incontestable. » (François Baroin, le 12 avril 2021 dans "L'Écho du Mardi").
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Si vous voyez en ce moment des personnes qui photographient avec insistance des trous dans votre rue, des dépôts d'ordure dans l'espace public, etc., dites-vous que vous n'avez pas affaire à des obsédés de trucs inesthétiques mais à des candidats d'opposition aux élections municipales qui multiplient les critiques dans les réseaux sociaux. Car oui, dans dix jours, c'est le premier tour des élections municipales, et ce sont généralement des élections avec une forte participation parce que les élus municipaux sont proches des habitants.
Cela revient périodiquement, tous les six ans, il y a plus de trous dans les rues, plus de dépôts sauvages dans les rues, etc. parce que des candidats cherchent simplement à discréditer la municipalité sortante, l'idée étant de vouloir être maire à la place du maire. En fait de trous, tout le monde aura compris qu'à la sortie de l'hiver, c'est inévitable et quand il pleut beaucoup, il n'est pas question de boucher les trous avec du goudron. Mais quand on les rebouche, d'autres vous diront que c'est électoraliste. Quant aux dépôts sauvages, la mairie n'est évidemment pas responsable de l'incivilité des habitants.
Apparemment, il n'y a plus de prime au sortant. C'est ce que disent les sondeurs. Il y aurait une prime aux populistes même à petite échelle, aux démagogues de tous poils. Avec les réseaux sociaux, plus besoin de vraie vie, la seule réalité qui compte, c'est celle qu'on raconte, même si elle est hors-sol, hors de toute vraie réalité. Les sortants ont un avantage : ils savent de quoi ils parlent, ils connaissent les dossiers, ils comprennent surtout la complexité des choses. Tiens, par exemple, une commune de la région parisienne doit conformer son urbanisme aux lois de la République, bien sûr, et en ce moment, il y en a beaucoup (la loi SRU qui impose des logements sociaux, la loi qui impose l'artificialisation zéro, etc.), mais aussi le schéma directeur urbain de la région, et un grand nombre d'autres contraintes sur les eaux, l'environnement, les catastrophes naturelles, etc.
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Même dans les petites villes, il y a maintenant matière à dénigrer. Comprendre : des candidats d'opposition qui ne feront sûrement pas mieux que les sortants car ils n'ont rien compris aux enjeux de la commune mais qui, par arrivisme, veulent une belle carte de visite.
L'évolution est regrettable car le débat démocratique devrait se porter sur les enjeux réels d'une ville (et il y a matière à débattre) et pas sur de dérisoires et anecdotiques dénigrements. Quand on est aux responsabilités, tout peut porter à la critique, faire comme ne pas faire. Il y aura toujours des mécontents, ce ne sont pas les plus nombreux mais sans doute les plus bruyants. Le responsable réel est celui qui a une vision de l'intérêt général, à long terme, et qui en fait part aux habitants. La chance, c'est que les élus municipaux, pour la plupart des bénévoles, sont proches des réalités.
Lors de son sinistre quinquennat, François Hollande a pris au moins cinq mesures qui vont à l'encontre du bon sens et qui plombent encore les relations entre les municipalités et l'État d'une part, les municipalités et les habitants d'autre part, parce qu'elles politisent à outrance mais aussi elles rendent nus, démunis, les élus.
La première est d'avoir imposé aux candidats dans les communes entre 1 000 et 3 500 habitants de se présenter avec des listes définies, non modifiables par les électeurs, politisant ainsi un scrutin qui n'avait pas lieu d'être politisé dans ce type de communes. Pour 2026, c'est encore pire puisque l'obligation de liste définie s'est généralisée même aux communes de moins de 1 000 habitants.
La deuxième erreur, c'est d'avoir voulu faire des grandes régions sous prétexte d'économies et la réalité, c'est que ces regroupements ont engendré des surcoûts supplémentaires.
La troisième erreur, c'est d'avoir imposé le regroupement des communes à marche forcée, dans des intercommunalités qui ne correspondent pas à des bassins de vie cohérents car sans destin convergent.
La quatrième, c'est d'avoir supprimé la "réserve financière" des parlementaires qui, loin d'être une caisse noire, était un outil très utile permettant de faire aboutir des projets bloqués financièrement, et cela en toute transparence.
Enfin, la cinquième erreur est d'avoir interdit tout cumul de mandat entre un exécutif local et un mandat parlementaire, rendant ainsi l'ensemble des parlementaires hors sol, hors des réalités quotidiennes des gens (le maire est toujours à portée de baffes), et rendant aussi l'ensemble des maires et chefs d'exécutifs locaux sans levier possible au niveau national pour faire aboutir certains dossiers chauds.
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Je vais proposer dans les jours qui viennent quelques réflexions à l'occasion des élections municipales, en particulier sur ce qu'on a coutume d'appeler le mille-feuilles territorial.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (04 mars 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (4) ; transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260304-municipales-2026a.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/municipales-2026-1-politisation-267256
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/03/04/article-sr-20260304-municipales-2026a.html
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