« Les maires sont (…) dans un état d’esprit de grande responsabilité, avec une volonté farouche de protéger leurs administrés, de se faire entendre sur des sujets qu’ils voient au quotidien, bien mieux que les autres, et qu’ils contestent parfois à juste titre. » (François Baroin, le 12 avril 2021 dans "L'Écho du Mardi").
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Le premier tour des élections municipales a lieu le dimanche 15 mars 2026. C'est l'occasion de reprendre un thème souvent porté par les candidats (généralement d'opposition), la transparence. Généralement d'opposition parce qu'il est facile de critiquer une équipe aux responsabilités pour son supposé manque de transparence.
Or la transparence, comme la tolérance, ne sont pas des valeurs en elles-mêmes. C'est bien d'être tolérant, mais il y a des idées qui sont intolérables. La tolérance totale est du relativisme. La transparence a aussi ce même caractère incertain : elle n'est jamais atteinte, pour les dénigreurs de tous poils, il faudra toujours plus de transparence. Mettez-vous à nu, ce ne sera pas suffisant, il faudra vous enlever la peau, etc.
Bien entendu, dans les projets structurants d'une commune, l'avis des habitants est essentiel, et pas seulement lors des élections municipales. Certains ont opté pour des référendums qui, en fait, ne sont que des consultations pour avis (par exemple, en mars 1983, Alain Carignon, pour conquérir la ville de Grenoble, avait promis un référendum sur le projet de tramway que la municipalité sortante avait lancé ; c'était surtout la reconnaissance qu'il n'avait pas d'opinion sur le sujet et ne voulait surtout pas être soutenu ou repoussé sur cette question à l'époque très clivante dans la ville). Le problème de ce genre de consultation, c'est que le projet est abouti, c'est oui ou c'est non mais il n'y a pas de coconstruction.
Dans les projets structurants, d'autres municipalités, au contraire, souhaitent impliquer les habitants dès leur conception. Lorsqu'une centaine d'habitants répondent à l'appel, de toute sociologie, population active, retraités, résidents récents, résidents anciens, capables de travailler dans des ateliers le soir, parfois jusque tard dans la nuit, alors le pari de la municipalité est gagné car il y aura eu une réelle participation, certes pas représentative, car tout le monde ne peut pas s'investir personnellement dans ce genre de coconstruction, faute de temps, à cause de la vie professionnelle, familiale, santé, etc. mais suffisamment diversifiée pour englober une grand éventail d'avis.
Dans la gestion courante d'une ville, il y a généralement beaucoup de débuts de projet, beaucoup de projets qui n'aboutissent jamais pour de nombreuses raisons, car les projets doivent toujours être financés, souvent par de nombreux acteurs, et la réglementation peut aussi amener à rendre un projet infaisable ou même anachronique. Il faut comprendre qu'on vit une époque où les mentalités bougent énormément, au-delà des réglementations, et cette rapide évolution concerne souvent notre vie quotidienne. Quelques exemples : la vidéoprotection est beaucoup plus admise qu'il y a dix ans ; la végétalisation de cours de récréation et plus généralement de l'espace public s'impose désormais, après les canicules, etc.
Cela signifie que dans les fonds de tiroirs d'une mairie, il y a plein de non-débats sur des projets avortés pour diverses raisons, et évidemment, s'il fallait impliquer les habitants sur tous ces non-projets, il n'y aurait plus de temps pour la coconstruction de projets structurants susceptibles d'être achevés. On ne mobilise pas la population pour rien.
C'est la raison pour laquelle les habitants ne peuvent pas être mobilisés dès la première phase d'un projet. Cette mobilisation doit intervenir à une phase où le projet est déjà suffisamment mûr pour qu'il soit viable, financièrement, réglementairement, etc. C'est aux élus d'amener éventuellement ces projets à cette phase de maturité.
De plus, il y a deux types de concertations que peut mener une mairie.
D'une part, sur des projets dont elle a pris l'initiative, et dont elle maîtrise le bon déroulement, dans ce cas, la concertation peut se faire de manière organisée et anticipée. C'est le cas évidemment le plus facile à gérer car la mairie est demandeuse de concertation, elle veut que les habitants participent au projet commun.
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D'autre part, sur des projets dont elle n'est pas à l'origine, souvent des projets immobiliers qui respectent le PLU (plan local d'urbanisme : le débat a eu lieu lors de la dernière révision du PLU avec l'enquête publique) mais que contestent parfois certains riverains pour diverses raisons. S'il s'agit de fonciers privés, la municipalité ne peut avoir qu'un rôle de médiateur pour permettre une évolution du projet des aménageurs en tenant compte des revendications des riverains (ou pas). Ce type de concertation organisée par la mairie est alors peu anticipée, car dépendant de la réaction (parfois épidermique) des riverains (généralement des pétitions de protestation) et la mairie est dans ce genre d'affaire totalement neutre. Sa signature du permis de construire ne constitue pas un accord (ou désaccord) avec le projet mais simplement une conformité au PLU et à d'autres règlements éventuels, et son rejet pourrait être remis en cause par un recours au tribunal administratif qui aurait de grandes probabilités de donner tort à la mairie si son rejet de permis de construire n'est pas basé sur des éléments opposables par le PLU. Un maire ne peut pas soutenir ou s'opposer à un projet par son bon vouloir, son caprice, son arbitraire. Nous sommes dans un État de droit et seul des arguments juridiques peuvent empêcher la signature d'un permis de construire. Heureusement.
En conclusion, j'insiste sur le fait que la concertation et la transparence sont bien entendu nécessaires dans les grands projets d'une commune, mais elles ne doivent pas être "absolues", en ce sens qu'elles ne peuvent pas s'intégrer à la phase initiale d'un projet dont les principales options n'auraient pas déjà fixées en amont. Transparence ne signifie pas cogestion. Les habitants ont élu un maire pour cela, ils ne peuvent avoir la même précision de vision des situations que le maire lui-même, ou alors, il faut qu'ils prennent sa place. C'est cela la démocratie représentative, qui ne doit pas s'opposer à la démocratie participative.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (04 mars 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (4) : transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260304-municipales-2026d.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/municipales-2026-4-transparence-267260
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/03/04/article-sr-20260304-municipales-2026d.html
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