« Les maires sont (…) dans un état d’esprit de grande responsabilité, avec une volonté farouche de protéger leurs administrés, de se faire entendre sur des sujets qu’ils voient au quotidien, bien mieux que les autres, et qu’ils contestent parfois à juste titre. » (François Baroin, le 12 avril 2021 dans "L'Écho du Mardi").
/image%2F1488922%2F20260312%2Fob_71afdc_yartimunicipales2026g01.jpg)
L'un des thèmes importants des élections municipales du 15 et 22 mars 2026 est la sécurité. Certes, dans les sondages, il ne viendrait maintenant qu'en deuxième sujet de préoccupation, supplanté par la santé, le problème pour trouver des médecins dans les déserts médicaux. Mais il reste encore un thème majeur.
Et pourtant, la sécurité comme la santé sont des prérogatives régaliennes de l'État. Heureusement, le maire peut agir dans ce domaine car les communes bénéficient de la clause générale de compétence. Il faut dire que l'État, par manque d'argent, se désengage dans plein de domaines, et c'est le cas notamment de la police nationale et de la gendarmerie nationale, si bien que les collectivités locales doivent compléter un dispositif d'État de plus en plus affaibli. (Sur la santé, on a vu à quels points les initiatives des maires pour proposer des tests covid, masques et vaccins contre le covid ont été déterminants pour traverser cette crise sanitaire sans précédent).
Les programmes électoraux font donc de la surenchères sur la sécurité, ce qui est assez ordinaire depuis plus de cinquante ans à chaque élection. Ce qu'on constate, c'est que les mentalités ont beaucoup changé dans un laps de temps très court, le temps d'un mandat municipal.
De récentes dispositions juridiques donnent beaucoup plus de compétences à la police municipale. Elle peut désormais recevoir un dépôt de plainte ou une main courante. C'est la police de proximité, qui connaît parfaitement son territoire, sa population, qui peut agir le plus rapidement possible. Petit à petit, elle prend le relais de l'État.
Aujourd'hui, il y a une quasi-unanimité (non, j'exagère, il reste encore une minorité opposée) en faveur de deux sujets récurrents dans le débat public : la vidéoprotection et l'armement de la la police municipale. Ce sont deux sujets très sensibles, qui ont souvent opposé les partisans de la liberté aux partisans de la sécurité. Aujourd'hui, il n'y a presque plus de débat sur leur opportunités et tout le monde propose ces deux mesures, soit dit en passant, coûteuses.
La vidéoprotection est un élément majeur de dissuasion et d'enquête policière. En effet, même cagoulés, les délinquants filmés peuvent laisser des indices qui peuvent rapidement les mener à eux. L'effet dissuasif est du reste très efficace sur les adolescents qui taguent les bâtiments publics. Quant aux enquêtes, les recherches dans le domaine de la délinquance et de la criminalité ont souvent besoin de tracer des véhicules traversant de nombreuses villes.
La vidéoprotection (à ne pas confondre avec la vidéosurveillance qui est l'intégration de caméras à l'intérieur d'un bâtiment) consiste à installer des caméras à l'extérieur dans la ville, aux entrées et sorties de ville, aux endroits stratégiques comme le parvis d'une école, de la mairie ou d'une église, de lieux très fréquentés par la population.
L'investissement correspond à l'acquisition et à la pose de ces caméras (qui sont souvent par centaines, même pour des petites villes), chaque caméra devant être vue par une autre afin d'assurer leur efficacité et leur fonctionnement protégé, capable évidemment de s'orienter dans toutes les directions de l'espace, capable de zoomer.
Pour le fonctionnement, cela dépend du choix de la municipalité. Soit le système est passif, c'est-à-dire que personne ne regarde en direct les images de ces caméras, auquel cas ce sera moins efficace (pour le flagrant délit) mais ce système permet de résoudre des enquêtes a posteriori. Il faut savoir que la vision des enregistrements est très réglementée. Le maire, en principe, n'y a pas accès, seules des personnes agréées le peuvent, et encore, sur décision du juge. Soit la municipalité décide de se doter d'un CSU (centre de supervision urbain) avec une vision en direct, ce qui coûte très cher (en personnel) mais est beaucoup plus efficace en permettant une réactivité immédiate.
Le choix du lieu de stockage ou du CSU est stratégique, puisqu'il doit pouvoir être consulté par la ville mais protégé d'éventuels contrevenants prêts à détruire toutes les preuves de leurs passages. De plus, les caméras doivent être reliées à ce centre de stockage par des moyens techniques fiables et protégés assurant la confidentialité.
/image%2F1488922%2F20260312%2Fob_d4bbff_yartimunicipales2026g02.jpg)
L'autre sujet concerne l'armement de la police municipale. Il y a plusieurs types d'armement, le non-létal (matraque, bombe lacrymogène, flashball, taser), et le létal. Dans tous les cas, chaque équipement impose des formations spécifiques et un agrément temporaire de l'agent.
Pourquoi des armes létales aux policiers municipaux ? La question se pose souvent en campagne car certains ont peur de la bavure, craignent que le recrutement laisse à désirer. En fait, si la police nationale a peu de moyens (à cause du grave déficit), ce n'est pas forcément le cas de la police municipale car le maire peut politiquement décider d'un budget important. Ainsi, certains policiers municipaux bénéficient d'un meilleur entraînement que leurs collègues de la police nationale.
L'armement létal est nécessaire principalement pour protéger les policiers municipaux dans leurs interventions sur le terrain : il a une part de dissuasion (on réfléchit à deux fois avant de s'attaquer à des policiers armés), et surtout, il permet de faire des contrôles routiers et d'assurer le code de la route en ville. En effet, la plupart des faits-divers proviennent d'un refus d'obtempérer à la suite d'un contrôle routier. On ne sait jamais ce qu'on trouve à l'intérieur d'une voiture et l'automobiliste peut être très armé. Lorsque les policiers municipaux ne sont pas armés, ils sont obligés, pour faire des contrôles routiers, de le faire en équipe avec des policiers nationaux ou des gendarmes, qui, eux, sont armés, c'est-à-dire que ces contrôles routiers sont beaucoup moins fréquents, ce qui pénalise la protection des habitants.
/image%2F1488922%2F20260312%2Fob_af776b_yartimunicipales2026g03.jpg)
Comme dans tous les autres domaines, la politique, c'est la définition des priorités budgétaires. On pourra toujours investir plus dans la sécurité parce qu'on ne protège jamais trop les habitants. Certains considèrent que le taux efficace est un policier municipal pour 1 000 habitants, mais cela dépend des villes, de leur configuration, de leur superficie, du relief, etc.
Comme pour l'écologie, la sécurité n'est donc plus un sujet clivant et tous les partis politiques ont pris des engagements sur ce thème. Ainsi, la question des électeurs n'est plus "quoi ?" mais "comment ?". Et certaines équipes de candidats ont évidemment plus de crédibilité que d'autres.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (07 mars 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (7) : sécurité et police municipale.
Municipales 2026 (6) : logements sociaux.
Municipales 2026 (5) : logement.
Municipales 2026 (4) : transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.
/image%2F1488922%2F20260308%2Fob_fbe677_yartimunicipales2026g09.jpg)
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260307-municipales-2026g.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/municipales-2026-7-securite-et-267342
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/03/08/article-sr-20260307-municipales-2026g.html
.
commenter cet article …
