« Il n’y a pas de sédition possible dans les communes de la République. » (Emmanuel Macron, au conseil des ministres du 25 mars 2026).
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Comme cela devient très ordinaire, tous les partis, pendant la soirée électorale, ont considéré qu'ils avaient gagné le second tour des élections municipales de ce dimanche 22 mars 2026. Comme ce sont mille et un combats électoraux, il y en a toujours un ou deux de positifs. Tentons d'y voir un peu plus clair.
Commençons par les extrêmes.
Au RN, les dirigeants sont plutôt heureux : soixante-trois communes seront gérées par des maires RN, ce qui est énorme pour un parti populiste. Après des réélections dès le premier tour notamment à Perpignan et à Fréjus, le RN a conquis au second tour de nombreuses villes moyennes comme Carcassonne, Montargis, Menton, Agde, La Seyne-sur-Mer, Orange, Liévin, etc.
Certes, les échecs de Marseille et de Toulon qui étaient "prenables", ont montré un certain plafond de verre pour les très grandes agglomérations, encore que Toulon fût déjà gagnée par le FN en 1995, et ces échecs ont pu laisser place à une très grande victoire du candidat soutenu par le RN Éric Ciotti à Nice (qui avait déjà eu Jacques Peyrat dans le même genre de positionnement politique). La victoire d'Éric Ciotti est cruciale au niveau national parce que le vainqueur est un leader national, qui a été le président national de LR (ce n'est pas rien) et parce qu'il souhaite être le pont entre la droite et l'extrême droite.
Chez les insoumis, on a crié aussi victoire. Ils ont montré que ce parti était capable de gagner des villes seuls, ainsi, dès le premier tour, Saint-Denis, et au second tour, Roubaix, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Bagnolet, La Courneuve, Creil, Saint-Fons, Sarcelles... Mais à part Roubaix gagnée sur la droite, les autres villes gagnées par les insoumis l'ont été sur la gauche (et en particulier sur le PS).
Ils ont néanmoins échoué dans les autres grandes villes avec une forte mobilisation des électeurs contre les listes des insoumis, en particulier à Toulouse et Argenteuil, mais les électeurs de gauche semblent avoir accepté de se résigner à cette pseudo-union entre PS et insoumis, comme c'est le cas à Nantes, Tours et Aubervilliers.
Du côté du PS, si ce parti a perdu quelques villes comme Brest, Clermont-Ferrand, Avignon, Vaulx-en-Velin (Hélène Geoffroy battue par le candidat insoumis avec 104 voix de retard sur 26 220 inscrits), Tulle (dont le maire a été François Hollande), mais ces échecs sont contrebalancés par les victoires à Paris et Marseille, deux bastions socialistes qu'il a réussi à conserver, et à gagner Strasbourg avec une très ancienne (et âgée) leader, Catherine Trautmann, exclue (provisoirement) du PS pour une alliance de centre gauche. Les socialistes refusant l'alliance avec les insoumis ont souvent gagné, en particulier à Lille, Rouen, Dijon, Rennes et Nancy (ville pourtant de centre droit).
Les écologistes sont certainement les véritables perdants de ces élections avec des échecs retentissants : Bordeaux, Strasbourg, Annecy, Besançon, Poitiers, etc. L'écologisme municipal, triomphant en 2020 grâce à une très forte abstention, n'a pas été concluant. Seules les villes de Grenoble et de Lyon ont été maintenues, mais dans des conditions particulières, chaque fois face à de presque-octogénaires, l'un Alain Carignon dont les Grenoblois ne voulaient plus, et l'autre, Jean-Michel Aulas, trop novice (et médiocre) pour réussir la greffe politique et qui, malgré l'échec à Lyon, s'est retrouvé premier vice-président de la Métropole de Lyon car le centre droit a quand même gagné l'agglomération lyonnaise.
Du côté de la majorité gouvernementale, là encore, les partis peuvent s'estimer heureux. Renaissance, dont on reprochait le manque d'implantation locale a réussi quelques victoires remarquable comme Bordeaux, Annecy et Tourcoing. Le MoDem a perdu une ville symbole, celle de son président François Bayrou, Pau, mais a gagné La Rochelle avec le député Olivier Falorni qui a déjà été le maire mais à l'époque, sous l'étiquette socialiste.
Horizons, le parti des maires (conçu autour des maires) peut se réjouir de son beau palmarès : Le Havre, Angers, Reims, Angoulême, Pessac, Ajaccio, Périgueux, Nogent-sur-Marne, Saint-Brieuc, Annemasse, Châtellerault. Malgré l'échec colossal de Nice (Christian Estrosi était le numéro deux de Horizons), Horizons s'est placé comme un grand gagnant. La belle réélection de l'ancien Premier Ministre Édouard Philippe, loin d'être évidente dans cette ville de tradition populaire, s'est faite dans une triangulaire où il s'opposait à la fois à une liste d'extrême droite et à une liste d'extrême gauche, une sorte de préfiguration du premier tour de la prochaine élection présidentielle.
Enfin, la droite, le centre droit et le centre (en l'occurrence LR, l'UDI et divers droite), peuvent aussi pavoiser, sans doute les gagnants en voix. Ils ont gagné notamment à Cherbourg, Brest, Poitiers, Besançon, Metz, Limoges, Toulouse, Orléans, Colmar, Troyes, Versailles, Évry-Courcouronnes, Cannes, Béziers, Argenteuil, Valencienne, Boulogne-Billancourt, Issy-les-Moulineaux, Clermont-Ferrand, Gap, Tulle, Avignon, etc.
Comme je l'ai évoqué auparavant, ces résultats donnent une présentation assez confuse du paysage politique, tout le monde ayant eu de belles victoires et des défaites aussi. Ce qui est clair, c'est que la tripartition du paysage électoral (droite radicalisée, partis de gouvernement, gauche radicalisée) s'est poursuivie jusque dans les communes, ce qui n'était pas le cas précédemment, mais pas aussi profondément que lors d'une élection nationale. Il y a eu beaucoup plus de résistance à choisir un exécutif provenant d'un parti extrémiste, qu'il soit de droite ou de gauche, car leur présence mobilise un électorat qui n'en veut pas du tout.
Le PS a pu constater qu'il avait plus de chance de gagner le combat électoral en refusant une alliance avec les insoumis qu'en l'acceptant, avec quelques exceptions, celles de Nantes et de Tours. Toutefois, la confusion dans les consignes du premier secrétaire Olivier Faure a été totale, pas d'alliance nationale, mais oui aux alliances locales, ce qui, d'un point de vue politique, était complètement incohérent.
Les Républicains ont aussi quelques difficultés à s'entendre entre une alliance déjà actée au gouvernement avec le bloc central et une tentation d'alliance avec le RN. Contrairement à ce qu'on dit, Éric Ciotti n'est pas le champion de la pseudo-union des droites ; au contraire, il est le champion de la désunion à droite puisqu'il s'est présenté contre Christian Estrosi, et que les deux étaient à l'origine issu du même parti, LR (et avant, UMP, et RPR). Il n'a donc pas fait de démonstration d'alliance entre LR et le RN à Nice. Encore une fois, comme à Paris, Lyon, Marseille et Grenoble, sa victoire de Nice est due à des considérations locales : très bien implanté, Éric Ciotti a fait une bonne campagne tandis que son concurrent Christian Estrosi a fait n'importe quoi, cherchant l'appui d'une gauche qui ne pouvait pas lui être favorable.
La conclusion provisoire, c'est que ces élections municipales n'ont pas bouleversé les rapports de force sur le plan national dans la perspective de la prochaine élection présidentielle. C'est ce qui a fait dire à Patrick Cohen, dans sa chronique du 23 mars 2026 sur France Inter : « En réalité, ces municipales laissent, comme les scrutins précédents, un paysage toujours plus fragmenté, une polarisation encore plus marquée, mais elles ne dessinent pas l’avenir national du pays. ». En revanche, elles auront une forte incidence sur les prochaines élections sénatoriales de septembre 2026, avec l'élection de plusieurs sénateurs insoumis et même la possibilité d'un groupe de sénateurs RN. Et cela, ce sera très nouveau dans nos institutions.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (25 mars 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (10) : tous vainqueurs ! (suite).
Municipales 2026 (9) : tous vainqueurs !
Municipales 2026 (8) : la nationalisation du scrutin.
Municipales 2026 (7) : sécurité et police municipale.
Municipales 2026 (6) : logements sociaux.
Municipales 2026 (5) : logement.
Municipales 2026 (4) : transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260322-municipales-2026j.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/municipales-2026-10-tous-267691
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/03/23/article-sr-20260322-municipales-2026j.html
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