« Notre programme spatial a toujours capturé une partie essentielle de ce que signifie aller au-delà de ce que nous pensions possible, et j'espère que les quatre courageux astronautes de cette mission inspireront une nouvelle génération à suivre leurs traces. » (Barack Obama, le 2 avril 2026 sur Twitter).
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Dans ce monde de fous et cette période troublée, il n'existe pas beaucoup d'événements capables de faire rêver et de donner espérance. Le décollage de la fusée CM-003 Integrity de type Orion en fait partie. De quoi s'agit-il ? Du lancement de la mission Artemis II qui a pour but d'amener quatre astronautes sur l'orbite de la Lune.
Certes, aucun d'entre eux ne marchera sur le sol lunaire, mais envoyer des hommes (des humains) dans l'environnement immédiat de la Lune est une nouveauté depuis... décembre 1972 et la dernière mission lunaire, celle d'Apollo XVII (qui a amené les dernières hommes sur le sol lunaire du 11 au 14 décembre 1972). Cela fait donc cinquante-trois ans qu'une telle mission n'avait pas été remplie.
Avant de nous attarder sur la technique, reprenons le rêve et l'émotion. Car il faut bien comprendre qu'il y a forcément une émotion à observer le lancement d'une telle mission. J'ai eu l'extrême privilège d'avoir assisté en direct la nuit du 20 au 21 juillet 1969 au premier pas de l'humanité sur la Lune. D'y avoir assisté et de m'en souvenir, de me souvenir de l'émotion, le silence au milieu de la nuit, le silence de ceux qui m'entouraient, et de me souvenir des circonstances (nous étions allés chez notre voisine qui avait la télévision, ce qui n'était pas notre cas). Cette émotion n'avait rien de rationnel, j'aurais été incapable de dire que la Lune était à environ 300 000 kilomètres de la Terre. Mais j'avais bien la sensation qu'il se passait quelque chose de très important.
Mon émotion était toujours aussi forte, mais en revanche dotée d'une rationalité qui l'a amplifiée, cette émotion, lorsque j'ai assisté en direct (toujours à la télévision) le 12 avril 1981 au premier décollage de la navette Columbia, pour la première mission d'une navette spatiale. L'originalité, c'était qu'on récupérait le vaisseau au retour, au contraire des fusées. Au fil des décollages de navette, d'ailleurs, mon émotion était toujours aussi intense mais j'avais observé une certaine lassitude chez les journalistes, comme si c'était devenu commun, voire ennuyeux, de faire décoller une navette (ce serait comme un avion, somme toute). Malheureusement, l'accident au décollage de la navette Challenger le 28 janvier 1986, puis l'accident à l'entrée dans l'atmosphère de la navette Columbia le 1er février 2003 ont montré à quel point réussir une mission spatiale parfaitement était exceptionnel. (J'ai eu aussi la malchance d'assister en direct à ces deux terribles accidents qui ont vu les navettes se désintégrer... avec les passagers à bord).
Alors, cette émotion que j'ai ressentie la nuit du 1er au 2 avril 2026 était de même type que ces palpitations d'un exploit scientifique ajouté au courage de l'équipage. Une telle énergie pour quitter l'attraction terrestre est tellement énorme que c'est une véritable folie d'accepter de se poser juste au-dessus de ces réservoirs d'hydrogène liquide pour bondir dans l'Espace et je ne cesserai de remercier ces courageuses personnes de l'avoir fait pour faire progresser l'humanité.
Un mot aussi sur l'ancien Président Barack Obama : j'apprécie beaucoup le personnage mais je note une contradiction. Il vient saluer l'exploit du décollage... mais il faut reconnaître que c'est grâce à Donald Trump (version premier mandat) et malgré lui que ce programme a eu lieu. En effet, George W. Bush avait lancé un nouveau programme pour retourner sur la Lune, mais Barack Obama l'avait annulé considérant qu'il coûtait très cher, trop cher, et n'aurait pas d'intérêt scientifique, et il a préféré renforcer la couverture médicale des plus pauvres (c'est un choix tout à fait respectable).
Donald Trump a relancé le programme pour plusieurs raisons, et notamment le patriotisme (même si la mission Artemis II a bénéficié de collaboration de la NASA avec le Canada et surtout l'Europe, en particulier la France). L'idée générale est de retourner sur la Lune, mais plus durablement, avec la construction d'une base, avec une station orbitale lunaire et, dans une second temps, ce serait depuis la Lune que des missions de vol habité vers la planète Mars seraient envisageables (avec moins de gravité que sur Terre).
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Petite cerise sur le gâteau, cette mission et les prochaines ridiculisent tout le complotisme que j'appellerais spatial qui s'est métastasé dans les réseaux sociaux : oui, l'homme a déjà marché sur la Lune, et pas qu'une fois, de 1969 à 1972, et non, la Terre n'est pas plate, il suffit de prendre un peu de hauteur et de voir notre bonne vieille planète de loin.
La mission Artemis II ne fera qu'effleurer le sujet lunaire puisqu'il est question de survoler le sol lunaire pendant environ quatre heures (il faudra attendre la mission Artemis IV pour remarcher sur la Lune, en principe au début de l'année 2028). Une dizaine de jours de vol sont nécessaires. Après une première journée à faire un tour complet de la Terre, le vaisseau Orion a quitté l'orbite terrestre la nuit du 2 au 3 avril 2026 pour foncer vers la Lune. L'équipage devrait rencontrer la Lune après six jours de vol, puis, changer de direction grâce à la gravitation de la Lune et retourner vers la Terre. La trajectoire a été étudiée pour que ce retour se fasse même en cas de pépin de moteur et d'énergie.
Le site Wikipédia a proposé deux animations pour comprendre la trajectoire. Dans la première version (référentiel géocentrique en rotation avec la Lune), on considère la Terre et la Lune immobiles (ce qui est faux), et curieusement, la trajectoire dessine une sorte de poisson, un véritable poisson d'avril puisque si le décollage a eu lieu le jeudi 2 avril 2026 à 0 heure 35 du matin, heure de Paris, c'était encore le 1er avril 2026 à 18 heures 35, heure de Floride ou de New York.
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Dans la seconde version (référentiel géocentrique inertiel), cela donne (à mon avis) une meilleure vision de la trajectoire du vaisseau et de son croisement avec la Lune.
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Comme on le voit, après le décollage et, ensuite, la sortie de l'orbite terrestre, il y a deux autres moments critiques : le croisement avec la Lune et son arrimage de quelques instants sur son orbite (Orion survolera la surface cachée de la Lune à une distance d'environ 7 600 kilomètres d'altitude), puis le retour, l'arrivée dans l'atmosphère terrestre où les forts échauffements avec l'air peuvent faire des dégâts considérables (comme le retour de Columbia sur Terre).
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À ce titre, ce vol spatial pourra inclure trois records historiques : le vol aura amené des humains le plus loin de chez eux de toute l'histoire spatiale, à environ 407 000 kilomètres de la Terre ; la distance de survol de la Lune aura été très faible, autour de 7 600 kilomètres (déjà indiqué) ; enfin, la vitesse de rentrée dans l'atmosphère terrestre n'aura jamais été aussi élevée, environ 40 000 kilomètres par heure (en augmentant la vitesse de rentrée, on diminue la durée, et donc les échauffements).
Quant aux vols habités vers la Lune, qui, pour l'instant, sont exclusivement américains (les Chinois ont l'ambition lunaire également, et les Indiens aussi ; d'où une forte concurrence identique à la course spatiale des années 1950-1960), il y a aussi trois autres records dans l'équipage : la première femme dans une telle mission vers la Lune, le premier "Afro-américain", et enfin, le premier non Américain (un Canadien). La moyenne d'âge est par ailleurs nettement plus élevée (de près de dix ans) que dans les missions Apollo.
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Et justement, rendons hommage aux quatre membres d'équipage dont le courage n'a d'égal que leurs compétences et leur talent. Le commandant est Reid Wiseman (50 ans). Le pilote est Victor Glover (il va avoir 50 ans à la fin du mois). Et les deux spécialistes de mission sont Christina Koch (47 ans) et le Canadien Jeremy Hansen (50 ans). Seul, le dernier cité est à son premier vol spatial, les trois autres ont déjà fait partie de l'équipage d'un vol spatial antérieur.
Je l'ai déjà écrit pour Jonhn Glenn, Neil Armstrong, Michael Collins, Thomas Pesquet et Sophie Adenot, je considère les astronautes (et spationautes, cosmonautes, taïkonautes) comme les héros des temps modernes. Qu'ils en reçoivent la reconnaissance de l'humanité entière, présente et à venir.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (03 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu
(Illustrations issues de la NASA sauf les deux schémas de la trajectoire issus de Wikipédia).
Pour aller plus loin :
Retour vers la Lune !
Sophie Adenot.
Alain Aspect, un invité pas comme les autres.
Alain Aspect, un académicien très intriquant !
Alain Aspect et Annie Ernaux à Stockholm.
Le Nobel pour Alain Aspect !
Portrait assez complet d'Alain Aspect par le Journal du CNRS en 2005.
Télécharger la thèse d'Alain Aspect soutenue le 1er février 1983.
L'expérience d'Alain Aspect.
Le Palais de la Découverte.
Louis Néel.
Claude Huriet.
Michel Devoret.
Prix Nobel de Physique 2025 pour la physique quantique à l'échelle macroscopique.
L'intelligence artificielle récompensée par les Nobel 2024 de Physique et de Chimie.
Prix Nobel de Chimie 2023 : la boîte quantique ...et encore la France !
Katalin Kariko et Drew Weissman Prix Nobel de Médecine 2023 : le vaccin à ARN messager récompensé !
Prix Nobel de Physique 2023 : les lasers ultrarapides, la physique attoseconde... et la France
Le plan quantique en France.
En France, record mondial pour la fusion nucléaire !
Benoît Mandelbrot.
Hubert Curien.
Peter Higgs.
Georges Charpak.
Robert Tournier.
Frank Drake.
Roland Omnès.
Marie Curie.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260402-artemis-2-lune.html
https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/retour-vers-la-lune-267972
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/02/article-sr-20260402-artemis-2-lune.html
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