« Le premier drame de la vie humaine est qu’elle a une fin terrestre : la mort, injustice majeure. Et le deuxième drame, c’est qu’à l’intérieur même de notre condition mortelle, nous sommes capables de produire de la mort physique (le malheur) et spirituelle (le péché). » (Mgr Philippe Marsset, 7 avril 2020).
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Le Vendredi Saint est sans doute le jour le plus triste de toute la liturgie chrétienne. Il correspond à la mort du Christ, à 15 heures. Cette année, il a lieu le 3 avril 2026. Partie noire de la Semaine Sainte, il débouche sur la fête pascale, Pâques, minuit, la nuit du samedi au dimanche suivants. Trois jours pour la Résurrection de Jésus. Pour clore la période du Carême.
En quelques jours, on passe donc de la mort à la résurrection. Avec Noël, qui fête la naissance du Christ, on a trois jours qui célèbrent le véritable mystère de l'homme (de l'être humain) : sa naissance (issue de nulle part ?), sa mort (pour aller où ?) et, spécificité du christianisme, sa résurrection (le triomphe de la vie). Évidemment, c'est une question de foi, et l'écrire ici paraît presque insensé, tant la société actuelle s'est déchristianisée. Au mieux, un sourire poli pour l'intérêt culturel. Au pire, des insultes de laïcards qui paraissent toutefois plus tolérants avec une autre religion du Livre.
Dans l'Évangile (qu'on lit le jour des Rameaux, cette année, ce dimanche 29 mars 2026), il y a une parole du Christ qui résonne dans toutes mes tripes, c'est sa dernière parole quelques instants avant sa mort, ce satané Vendredi Saint, cette question obsédante, très humaine : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ». Dans saint Marc ou saint Matthieu.
J'avais déjà écrit sur cette question troublante en 2021. Nous étions à l'époque en pleine pandémie de covid-19 et le doute, le doute en l'avenir avait de réelles raisons d'être émis. La foi en l'avenir l'a emporté, heureusement, et qui se souvient encore du covid dans sa chair ? Du moins, pour ceux qui ont survécu, car il y a eu plusieurs millions voire dizaines de millions d'êtres humains qui n'ont pas eu la chance de surpasser cette terrible épreuve.
Malgré les épreuves, il ne faut jamais cesser d'espérer. L'espérance n'est pas plus rationnelle que la foi, mais c'est la certitude que la vie l'emporte toujours sur la mort. L'humain est imparfait, ce sont ses aspérités qui le rendent humain.
Ce doute du Christ, c'est la preuve de la nature humaine de Jésus : il doute parce qu'il n'y a pas de foi qui vaille sans doute qui ronge. Autre signe d'humanité, Jésus a eu aussi terriblement peur dans la nuit du Jeudi au Vendredi. Il aimerait s'éviter cette épreuve.
Cette phrase sur l'abandon a beaucoup interrogé de monde, parce que Jésus étant à la fois humain et Dieu, semblait se dédoubler. Une explication propose que Jésus est avant tout humain, recevant l'Esprit saint, et va vers Dieu. Mais il y aurait aussi une autre explication, celle d'Henri Meschonnic qui estime que la traduction en grec de l'hébreu ou de l'araméen a été mal faite car avec elle, la question de Jésus traduirait une plainte, une incompréhension et une protestation contre Dieu. Pour lui, il faudrait plutôt la traduire par : « Tu es Dieu, tu es Dieu ! À quoi m'as-tu abandonné ? ».
Ainsi, le véritable sens de l'hébreu n'est plus "pour quelle raison ?" mais "dans quel dessein ?". Henri Meschonnic en est venu à commenter ainsi : « L’enjeu demeure de ne plus confondre le sens messianique juif de ce texte avec son exploitation néo-testamentaire. Le rapport au divin n’est pas le même. Ce n’est pas la même eschatologie. Et ce changement aussi capital que négligé repose sur un pivot minimal : un déplacement d’accent d’une syllabe, sur un petit mot, mais c’est tout le passage du judaïsme au christianisme. ».
Ce qui fait interroger le pasteur Jean Alexandre, bibliste et poète, en 2004, dans la revue "Études théologiques et religieuses" : « Le judaïsme irait-il alors vers la libre aventure de l’avenir, tandis que le christianisme tirerait vers des causes premières, vers une raison au sens d’un logos évidemment oppressif ? ». Et de conclure ainsi : « Je suppose donc que l’araméen de Jésus pouvait avoir pris lui aussi ce sens, volontairement rapporté par les deux Évangiles. Ceux-ci auraient alors voulu montrer un Jésus conscient de s’en aller vers un inconnu d’épouvante, sans qu’une parole de lui ne puisse en quoi que ce soit le sauver, s’agirait-il de la confession première de sa foi. ».
J'aime bien l'expression "un inconnu d'épouvante", car il s'agit bien de cela pour la mort. Mais en même temps, il ne faut pas cesser d'espérer. En 2021, j'avais écrit : « La Résurrection, c’est l’humain fait Dieu. ». Je m'aperçois aussi que c'est l'inverse, Dieu fait humain. Dieu qui fait une descente sur Terre, le temps d'envoyer la foi aux premiers chrétiens.
Dans sa méditation du 7 avril 2020, Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire de Paris, expliquait : « Cette grâce, nous le voyons bien, ne supprime pas notre nature : nous gardons nos fragilités physiques, biologiques et spirituelles et leurs errances. Mais toutes ces limites et leurs maux n’ont plus leur emprise de mort et de désespérance sur nous. La vie du Fils va poser en nous une vie plus forte que la vie mortelle ; "Dieu nous a choisis dans le Christ… Il nous a prédestinés à être pour Lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ" (Eph 1, 4-5). Le Père vient greffer en nous la vie filiale de son Fils. L’Esprit qui unit le Fils et le Père vient en nous pour nous « rendre fils ». Pour nous affilier à la Vie de Dieu. Pour que notre vie humaine soit resplendissante de sa Vie divine en nous. ».
En quelque sorte, être humain, cela nous oblige...
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Sylvain Rakotoarison (03 avril 2026)
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260403-vendredi-saint.html
https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/vendredi-saint-et-l-abandon-267946
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