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11 avril 2026 6 11 /04 /avril /2026 04:32

« Je remercie celles et ceux qui l'ont compris, au sein de la classe politique, et qui ont accepté de faire passer l'intérêt du pays avant leurs intérêts partisans. » (Sébastien Lecornu, le 10 avril 2026 à Paris).




 


En remerciant clairement les députés socialistes de ne pas avoir voté de motion de censure et de lui avoir assuré la survie de son (second) gouvernement, le Premier Ministre Sébastien Lecornu, dans une allocution comme il a l'habitude de faire, seul devant la caméra dans la cour de Matignon, ce vendredi 10 avril 2026 à 18 heures, a rappelé qu'il y avait encore un gouvernail au sommet de l'État (on peut lire son discours ici).

Depuis les élections législatives anticipées de l'été 2024, rien n'est facile pour gouverner la France en raison d'une absence de majorité et même d'une absence d'opposition unie. La fragmentation tripartite de l'Assemblée a provoqué un certain nombre de crises politiques : vote de la censure contre le gouvernement de Michel Barnier le 4 décembre 2024, refus de vote de confiance au gouvernement de François Bayrou le 8 septembre 2025, et même implosion immédiate du premier gouvernement de Sébastien Lecornu le 6 octobre 2025 par les divisions de la "majorité" gouvernementale déjà minoritaire (sans ces divisions).

Et pourtant, Sébastien Lecornu a réussi à durer. Il a franchi son septième mois à Matignon, ce qui est un exploit dans la configuration parlementaire que j'ai précisée. Il a dépassé en longévité Michel Barnier et Bernard Cazeneuve. Mais son exploit, ce n'est pas d'avoir duré, c'est avant tout d'avoir fait adopter les lois de finances pour l'année 2026. Il a en outre franchi les élections municipales, premier scrutin après les élections législatives de 2024 (et dernier scrutin général avant l'élection présidentielle de 2027, je ne prends pas en compte les élections sénatoriales de septembre 2026 qui ne concernent que la moitié du territoire et seulement les grands électeurs).

Il marche en permanence sur des œufs qui lui risquent d'éclater à la figure, Sébastien Lecornu pourrait toutefois bénéficier d'une certaine longévité, c'est-à-dire atteindre la fin de ce quinquennat, mai 2027. Dans un tel cas, il aurait alors une longévité tout à fait ordinaire, cumulant environ 600 jours, soit la durée des gouvernements de Laurent Fabius et Élisabeth Borne, devant ceux de Pierre Bérégovoy, Maurice Couve de Murville, Édith Cresson, François Bayrou et Gabriel Attal.

Son style, paradoxalement, l'aide beaucoup : sobre, humble, sans paillette, sans effet de manche, presque ennuyeux dans sa communication qui pourrait sembler monotone, Sébastien Lecornu offre en fait l'image d'un chef du gouvernement qui agit au lieu de comploter, au lieu de manœuvrer, au lieu d'envisager son futur. Homme d'action, il a un petit air de Georges Pompidou, c'est peut-être les sourcils épais, ou encore sa simplicité, son bon sens, sa volonté d'agir efficacement ? Un homme en tout cas qui s'efface derrière sa fonction, qui ne paraît pas mais qui est. Avec des convictions solidement attachées.

Ce vendredi soir, le Premier Ministre s'est longuement exprimé sur les conséquences économiques et énergétiques de la guerre en Iran et du blocage du Détroit d'Ormuz, provoquant une hausse monstrueuse des carburants à la pompe. 2,30 euros par litre de gazole, par exemple. Du jamais vu ! La pire crise pétrolière de l'histoire, bien plus grave que les chocs pétroliers de 1973 et 1979.

L'annonce du cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis le 8 avril 2026 et le début de véritables négociations ce week-end au Pakistan laissent imaginer un avenir plus positif que la guerre ne laissait prévoir. Le gouvernement a su résister aux tentations démagogiques de l'extrême droite de réduire la taxation de l'essence pendant cette crise.

Car c'est une évidence. Si l'État récolte légèrement plus de TVA avec ce choc pétrolier, ce n'est que provisoire : les Français vont consommer moins d'essence en prenant plus de transports en commun (comportement visible dès la deuxième semaine de la crise) et de toute façon, hélas, un tel choc pétrolier va avoir une incidence sur la croissance et donc, sur les recettes de l'État qui seront nécessairement en baisse.

L'autre piège aurait été de proposer une sorte de chèque essence universel comme en octobre 2021 : peu efficace pour ceux qui en auraient le plus besoin et très coûteux pour les finances publiques. Oui pour aider les travailleurs qui doivent prendre leur véhicule pour travailler (un certain nombre de métiers sont ciblés), non pour subventionner le week-end de loisirs en 4x4 d'une famille aisée.
 


Du coup, les mesures annoncées par Sébastien Lecornu sont à effet immédiat mais aussi pour préparer l'avenir et anticiper les prochaines crises pétrolières. Le meilleur moyen pour ne pas être impacté par ces crises, c'est de ne plus dépendre du pétrole et du gaz pour vivre : habitation, transport automobile, industrie, tous les secteurs devront donc être massivement électrifiés pour en finir avec les énergies fossiles. La logique : « L’énergie n’est pas seulement un marché. C’est un enjeu de sécurité nationale. Un rapport de force. Quand nous importons du pétrole ou du gaz, nous importons en même temps les crises des autres. ».

Utiliser l'électricité serait ainsi la panacée pour la France car cette énergie est produite sur le sol français et dépend beaucoup moins de la situation géopolitique extérieure. Au lieu de 5,5 milliards, le gouvernement prévoit d'allouer 10 milliards d'euros pour cette électrification massive, mais sans augmenter les impôts et taxes et sans augmenter le déficit budgétaire : « En visant un objectif : réduire les dépenses énergétiques de l'État et des Français. En fixant cette priorité : les différentes aides publiques seront réorientées vers l’électrification. Investir aujourd’hui, c’est donner à chacun du pouvoir d’achat, redonner aux entreprises françaises de la compétitivité. L’électricité en France est moins chère qu’ailleurs en Europe. Électrifier la France, c’est une nécessité, ce sera un atout. Et je le disais, c’est autant un enjeu individuel que collectif. Patriotique en somme. ».

Le principe de cette électrification des usages est énoncé simplement : « La transition doit être une solution, plus une contrainte. Et certainement pas une punition. ».

Et d'abord, le chauffage dans le logement : « Dès la fin de cette année 2026, il ne sera plus possible d’installer des chaudières au gaz dans les constructions neuves. Dans le même temps, toutes les aides publiques pour les particuliers accompagneront l’installation de pompes à chaleur pour remplacer les chaudières au gaz et au pétrole. ».

Une grande partie des logements sociaux sont actuellement chauffés au gaz : « C’est une aberration. Une aberration sociale. Une aberration économique. Une aberration écologique. Et même, une aberration politique. Nous ne pouvons pas demander aux Français de sortir des énergies fossiles, tout en maintenant des millions de logements dans cette dépendance. ». L'objectif du gouvernement, c'est de réaliser cette transition énergétique sur 2 millions de logements sociaux d'ici à 2050.

Par ailleurs, 100 territoires seront choisis parmi les précurseurs pour une trajectoire "zéro gaz", « en assumant une approche locale et sociale », avec l'objectif d'installer 1 million de pompes à chaleurs d'ici à 2030 : « Ces pompes à chaleur permettent de diminuer par deux le coût du chauffage. Elles sont fabriquées en France. C’est une filière nationale d’avenir, avec des dizaines de milliers d'emplois à la clef. Nous allons donc faire du chauffage électrique la norme, là où il est encore l’exception. ».

Le transport automobile est également la priorité du gouvernement : « D’ici 2030, deux voitures neuves sur trois devront être électriques. Il y a cinq ans, la France ne produisait pas de voitures électriques. Désormais, grâce à nos industriels, mais aussi au système des bonus, un véhicule électrique n’est pas plus cher à l’achat qu’un véhicule thermique. La voiture électrique peut désormais être celle de tout le monde. Le gain pour le pouvoir d’achat est évident, pour ne pas dire édifiant : faire 100 km en véhicule électrique coûte en moyenne quelque chose entre 2 et 3 euros, contre 11 euros en moyenne avec du diesel ! Les constructeurs français pourront produire plus : 400 000 véhicules par an l’an prochain, 1 million en 2030. Il faut accélérer. Et nous le savons tous, c’est le moment. ». Pour les personnes les plus modestes, 50 000 véhicules supplémentaires leur seront réservées en location pour « un loyer mensuel modéré ».

Ancien Ministre des Armées, Sébastien Lecornu sait de quoi il parle lorsqu'il évoque la sécurité de la France. Aujourd'hui, plus que jamais, la souveraineté nationale passe par l'énergie et la défense : « Mes chers compatriotes. La France a toujours su prendre ses responsabilités quand l’histoire s’accélère. Nous devons le faire à nouveau. La souveraineté ne se découpe pas. C’est un tout. Elle est énergétique. Elle est industrielle. Elle est militaire. (…) La guerre change. Elle devient diffuse, continue. Et la sécurité, désormais, ne se découpe plus. C’est l’avènement des guerres hybrides, celles qui se servent des enjeux civils pour les détourner à des fins militaires.Cette guerre se joue partout : Elle touche nos infrastructures, nos réseaux. Des trafics peuvent être instrumentalisés. Des réseaux criminels sont mobilisés par des puissances étrangères, comme on l’a vu récemment. Des menaces hybrides sont activées. Alors il faut le dire clairement : terrorisme, narcotrafic, cybersécurité, défense nationale, énergie, industrie, tout cela ne forme désormais qu’un seul ensemble. Nous devons donc nous adapter. ».

Cet état d'esprit est celui de la responsabilité nationale, bien loin des intérêts personnels ou partisans. Préparer la France aux enjeux d'aujourd'hui. Chaque jour, l'actualité montre l'importance de se préparer au pire dans les prochaines années, être capable de se défendre, être autonome pour l'alimentaire, la défense, la pharmacie, l'énergie et l'industrie en général.

Les mots conclusifs du Premier Ministre montraient une très grande hauteur de vue, du sérieux et la certitude que ce gouvernement, à l'équilibre très instable, ne fait pas perdre une année à la France : « Mesdames et messieurs, vous le savez, je vous l'ai dit à de nombreuses reprises, le gouvernement est libre de toute contrainte politique partisane. Il n'a aucun rendez-vous électoral. Après la crise politique et budgétaire que nous avons connue à l'automne et l'hiver derniers, nous affronts désormais les effets de cette crise nouvelle, de cette guerre. Les urgences énergétiques et militaires sont des urgence de souveraineté. Elles ne peuvent donc pas attendre l'élection présidentielle. Mais ce sont aussi des urgences de la vie quotidienne. Et quotidiennement, le gouvernement travaille pour affronter chaque crise au jour le jour, mais aussi pour anticiper les crises de demain. ». Lecornu Président ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours de Sébastien Lecornu le 10 avril 2026 à Matignon (vidéo et texte intégral).
Sébastien Lecornu et le charme désuet de la non-séduction.
L'adoption définitive du PLF 2026.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260410-lecornu.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/sebastien-lecornu-et-le-charme-268207

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/10/article-sr-20260410-lecornu.html


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