« J'ai fait ma part. J'ai fait des lois qui sont bonnes, qui à l'époque symbolisaient l'avenir. Je n'ai pas de regrets : j'ai marqué l'Histoire. » (Yvette Roudy, le 4 août 2019 dans "Le Parisien").
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L'ancienne ministre socialiste Yvette Roudy fête son 97e anniversaire ce vendredi 10 avril 2026. Son nom est associé à la période du mitterrandisme triomphant puisqu'elle fut ministre des droits de la femme pendant les presque cinq premières années du double septennat de François Mitterrand, du 22 mai 1981 au 20 mars 1986 sous les gouvernements de Pierre Mauroy et Laurent Fabius. Mon titre reprend le titre de l'unique biographie (à ma connaissance) de cette dame politique publiée en 2006 par Élodie Becu et Karine Portrait.
Paradoxalement, alors que les mouvements féministes étaient plutôt considérés de gauche, ce n'est pas l'arrivée de la gauche au pouvoir qui a initié les premières mesures en faveur des femmes au sein d'un gouvernement. Avant même la Libération, De Gaulle a donné aux femmes le droit de vote (tandis qu'elles pouvaient déjà être nommées ministres au Front populaire), et c'est surtout le Président Valéry Giscard d'Estaing qui a modernisé le pouvoir pour l'adapter à la société en pleine évolution. Sans doute aussi que la révolution sociologique de mai 68 est passée par là.
Toujours est-il que c'est Françoise Giroud qui a inauguré le ministère à l'époque de la condition féminine, dès le 16 juillet 1974. Elle était alors rattachée au Premier Ministre Jacques Chirac et était « chargée de promouvoir toutes mesures destinées à améliorer la condition féminine, à favoriser l'accès des femmes aux différents niveaux de responsabilité dans la société française et à éliminer les discriminations dont elles peuvent faire l'objet ». Après elle et avant Yvette Roudy, il y a eu notamment Monique Pelletier et Alice Saunier-Seïté. Mais il faut aussi citer Simone Veil qui a sûrement fait beaucoup plus pour les femmes que toutes les ministres des femmes par la suite.
D'ailleurs, répondant à une interview le 25 décembre 2017 pour un blog d'élues locales, la féministe socialiste ne revendiquait pas être une initiatrice de ce ministère : « J’ignore si j’ai été une pionnière. Ce n’est pas à moi qu’il faut le demander. Mais j’ai beaucoup observé ce qui se faisait dans les pays scandinaves beaucoup plus en avance. ».
Yvette Roudy ne s'est pas vraiment engagée dans la vie politique, même si, à la fin, elle a eu la trajectoire ordinaire d'une femme politique. Elle était d'abord une militante féministe. Elle avait rencontrée Colette Aubry, ancienne résistante et proche de Pierre Mendès France, puis Marie-Thérèse Eyquem, et également Simone de Beauvoir, la référence en la matière. D'où la création du Mouvement démocratique féministe (MDF) en 1962 dont la future ministre est devenue l'une des principales animatrices.
Son engagement politique provient d'une réflexion évidente : pour bouger les choses en faveur des femmes (égalité, parité, etc.), il faut passer par l'action politique, par des lois, par convaincre les autorités et la société qu'il faut une telle évolution. En décembre 1965, elle a soutenu la candidature de François Mitterrand très ouvert sur la condition des femmes, jusqu'à la prendre parmi les responsables du parti socialiste dans les années 1970 (elle avait pourtant voté pour le candidat communiste Jacques Duclos en 1969 !). Yvette Roudy avait alors fait quelques tentatives infructueuses pour se faire élire députée en région parisienne en mars 1967, à Paris en juin 1968 et à Lyon en mars 1978. François Mitterrand l'a alors pris sous son aile dans sa liste aux élections européennes si bien qu'elle a été élue députée européenne en juin 1979.
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Elle a raconté sa rencontre avec François Mitterrand le 4 août 2019 dans "Le Parisien" : « En fait, tout a commencé avec Colette Audry. J'étais angliciste, alors elle m'a proposé de traduire la "Femme mystifiée", de Betty Friedan. J'ai accepté, et nous nous sommes nouées d'amitié. Elle m'a présenté Marie-Thérèse Eyquem, qui dirigeait le Mouvement démocratique féminin (MDF), et était, elle, proche de Mitterrand. Marie-Thérèse m'a parlé longuement de lui et me l'a présenté en 1965. Il proposait l'union de la gauche : cela m'a plu, j'ai pensé que c'était la bonne stratégie. Et puis, il avait mis De Gaulle en ballottage. Alors, je l'ai rejoint. Mitterrand voulait monter un parti, et il l'a monté avec des amis, dont j'étais. Le sort en était jeté. (…) Nous étions sept autour de François Mitterrand. Parmi eux, Charles Hernu, qui est mort, Claude Estier, qui est mort aussi… Et Marie-Thérèse Eyquem, et moi. Il m'a fait participer à des tas de réunions, où il n'y avait pas beaucoup de femmes. Je suis tombée dans la politique et, quand on tombe dans la politique, on n'en sort pas. ».
Son séjour au Parlement de Strasbourg n'allait pourtant pas durer plus de deux ans car avec la victoire de François Mitterrand, Yvette Roudy fut bombardée ministre des droits de la femme (d'abord déléguée puis ministre plein). Qu'a-t-elle fait dans ce ministère pendant près de cinq années, à part une campagne en faveur de la contraception dès son arrivée et la célébration du 8 mars comme Journée des femmes ?
On lui doit deux lois.
La première loi Roudy est la loi n°82-1172 du 31 décembre 1982 qui vise à donner une « couverture des frais afférents à l'interruption volontaire de grossesse non thérapeutique ». Ce remboursement de l'avortement à toutes les femmes par la Sécurité sociale pouvait être discutable à l'époque, car une partie non négligeable de la population était opposée à l'IVG, ce qui revenait à l'obliger malgré tout à la financer. Pourtant, cette loi n'a jamais été remise en cause, y compris par des gouvernements de centre droit et de droite. Le non remboursement avait en effet créé une inégalité entre les femmes, celles qui pouvaient financièrement se le permettre et les autres qui, faute d'argent, tentaient d'avorter par leurs propres moyens, ce qui allait contre l'esprit de la première loi Veil dont la motivation première était sanitaire. Parmi les opposants à cette loi, de jeunes députés de l'opposition : Michel Barnier, Jacques Toubon, François Fillon, Michel Noir, Charles Millon, Jean-Claude Gaudin, Alain Madelin et Philippe Séguin.
Le 8 mars 2013, Yvette Roudy a rappelé sa propre histoire comme motivation à agir : « Ma mère ne votait pas, n’avait pas le droit de travailler sans autorisation de mon père, ne possédait rien, n’existait pas, et bien sûr ne contrôlait pas ses naissances. ». Son père lui a refusé de faire des études alors qu'elle était une bonne élève, car c'était un vieux machiste.
La second loi Roudy est la loi n°83-635 du 13 juillet 1983 « portant modification du code du travail et du code pénal en ce qui concerne l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes ». L'idée était de réduire voire supprimer les discriminations des femmes à l'embauche et de garantir l'égalité des rémunérations pour un même profil et un même emploi. Le principe de l'égalité salariale n'était pas nouveau dans le code du travail (article L1142-1) avec les loi du 22 décembre 1972 et du 4 juillet 1975, et la directive européenne du 9 février 1976.
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Cette seconde loi a été peu appliquée sans doute parce qu'elle était peu applicable, car elle remettait en cause notamment une certaine liberté d'expression. Voici ce qu'elle en a dit le 4 août 2019 : « En 1969, j'étais convaincue que le PS était misogyne. Il l'est toujours ! Les quelques femmes qui ont tenté de s'imposer au moment de la prise de pouvoirs, ils n'en ont pas voulu. Ségolène Royal, ils l'ont repoussée, ils l'ont vilipendée. (…) En 1983, j'ai fait une très bonne loi, la loi sur l'égalité professionnelle, qui n'a jamais été appliquée. Parce que le patronat n'a pas envie de l'appliquer. (…) Je ne sais pas quand on va y arriver, à cette foutue égalité professionnelle. C'est le cœur de l'affaire. Le jour où les femmes auront les mêmes moyens que les hommes… Je pense qu'il y en a pour plusieurs siècles ! Il n'y a qu'à regarder ces malheureuses footballeuses, qui se débrouillent aussi bien que les joueurs masculins, et qui gagnent trois fois moins qu'eux ! ». L'exemple des footballeuses est, à mon humble avis, très mal choisi car leur rémunération dépend directement de l'intérêt que le public porte aux matchs, comme pour les artistes en général, et cet intérêt est pour l'instant plus grand pour les footballeurs hommes.
Après son action ministérielle, Yvette Roudy a eu une carrière politique classique : elle a été élue députée du Calvados de mars 1986 à mars 1993 (elle a échoué en 1993, emportée par la vague UDF-RPR), puis de juin 1997 à mai 2002. Par ailleurs, elle a été élue deux fois maire de Lisieux, de mars 1989 à mars 2001. Sans être un ténor du parti socialiste, elle participait à la vie du PS au sein du courant de Jean-Luc Mélenchon et Julien Dray, puis d'Arnaud Montebourg. Elle a soutenu activement Ségolène Royal en 2007, puis François Hollande en 2012, mais a refusé de soutenir Benoît Hamon en 2017.
Le 13 novembre 2018, malgré son âge, elle a créé la Fondation Yvette Roudy pour récompenser les bonnes initiatives féministes. En outre, Yvette Roudy est l'auteure de six ouvrages politiques consacrés à la cause des femmes ou à son parcours politique. Le dernier, "Lutter toujours" est paru chez Robert Laffont le 5 mars 2020, quelques jours avant la Journée des femmes... mais aussi de la crise du covid. Une occasion de célébrer la trente-huitième Journée des femmes, en s'insurgeant encore contre les hommes, affirmant ainsi le 8 mars 2020 dans "Le Parisien" : « Je suis heureuse que les femmes se soient emparées de cette date. Les hommes, eux, ne la comprennent pas toujours. Ce n'est certainement pas le moment où on offre des fleurs… ». Pas étonnant qu'elle se considère toujours comme une "perpétuelle révoltée".
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (06 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Yvette Roudy.
Benoît Hamon.
Lionel Jospin.
Jack Lang.
Jérôme Guedj.
Caroline Lang.
Entre culture et imposture.
François Mitterrand.
Jean-Yves Le Drian.
Pierre Bérégovoy.
Un Pinay de gauche.
Hommage de François Mitterrand à Pierre Bérégovoy le 4 mai 1993 à Nevers (texte intégral).
Nicole Questiaux.
Entre social-démocratie et union de la gauche.
André Chandernagor.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260410-yvette-roudy.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/yvette-roudy-madame-la-ministre-267905
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/08/article-sr-20260410-yvette-roudy.html
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