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13 avril 2026 1 13 /04 /avril /2026 04:19

« Ensemble, nous avons fait tomber le régime Orban. Nous avons libéré la Hongrie, nous avons repris notre patrie ! (…) La Hongrie sera à nouveau un allié solide représentant les intérêts hongrois, car la place de notre pays est en Europe. » (Péter Magyar, le 12 avril 2026 à Budapest).



 


Viktor n'est plus synonyme de victoire. La Hongrie retrouve sa place au milieu du village qu'est l'Europe. Fidèle à sa réputation libérale et fêtarde, Budapest a fêté cette nuit la victoire... mais pas celle de Viktor. Quelque 7,5 millions d'électeurs étaient convoqués pour les élections législatives qui ont eu lieu ce dimanche 12 avril 2026 en Hongrie.

Pour Viktor Orban, le Premier Ministre sortant, c'était une échéance cruciale. À 62 ans (seulement), Viktor Orban a largement dominé les trente dernières années de la Hongrie postcommuniste, élu à la tête du gouvernement hongrois cinq fois, du 6 juillet 1998 au 27 mai 2002 et depuis le 29 mai 2010. Président du Fidesz depuis le 18 avril 1993 (sauf entre 2000 et 2003), son parti devenu de plus en plus populiste, nationaliste et conservateur, et il a eu une carrière qui ressemble beaucoup à celle du Premier Ministre israélien actuel Benjamin Netanyahou.

Petit à petit, il a conduit son pays vers des dérives antieuropéennes, se permettant de bloquer par exemple une aide européenne de 90 milliards d'euros destinée à l'Ukraine, et surtout, des dérives que certains appellent illibérales et qui, surtout, remettent en cause l'État de droit, en particulier en ce qui concerne la presse (et son pluralisme) et la justice (et son indépendance).

Mais, comme en Pologne, il ne faut jamais désespérer de la démocratie. Les électeurs hongrois se sont bousculés pour aller aux urnes. La participation était de 79,6% des inscrits, soit une hausse de 10 points par rapport au précédent scrutin du 3 avril 2022. Avec un mode de scrutin en partie majoritaire et en partie proportionnel, seulement trois partis ont réussi à obtenir des sièges ce dimanche.

 


Fidesz, le parti donc de Viktor Orban, et ses alliés, n'ont obtenu que 38,1% des voix, soit une chute de 16 points, et n'ont sauvé que 55 sièges sur 199 que compte l'Assemblée nationale, soit une perte de 80 sièges ! Le parti d'extrême droite MHM de Laszlo Toroczkai a maintenu son audience de 2022 avec 5,9% des voix et 6 sièges. Ce qui est notable, c'est la formidable victoire du parti Tisza (Parti Respect et Liberté) créé très récemment, le 23 octobre 2020, issu d'une scission avec Fidesz. Ce parti a obtenu 53,3% des voix et 138 sièges, ce qui est beaucoup plus que la majorité absolue (une majorité des deux tiers !), alors qu'il n'avait eu aucune représentation en 2022. Ce niveau de victoire est remarquable et signifiera que la nouvelle majorité pourra réviser la Constitution pour mieux protéger l'État de droit. Précisons que le nombre de sièges cité ici reste encore provisoire et peut être modifié de quelques unités car il y a encore des calculs électoraux jusqu'au 18 avril 2026 avant les résultats définitifs.

Tisza est devenu réellement important en 2024 en se positionnant à la deuxième place aux élections européennes et aussi dans des élections locales à Budapest, devenant ainsi le principal adversaire de Fidesz. Depuis le 22 juillet 2024, Tisza est présidé par Péter Magyar qui va donc devenir logiquement le prochain Premier Ministre de Hongrie.

 


Ce nouveau parti majoritaire a basé toute sa campagne sur sa lutte contre la corruption. Il s'est positionné au centre droit, libéral-conservateur et partisan de la construction européenne. Sa victoire a complètement laminé les anciens partis de centre droit et de centre gauche qui n'ont plus de représentation à l'Assemblée.

Incontestablement, il y a eu un vent nouveau d'une Hongrie libre que les Hongrois ont choisi massivement. Le futur Premier Ministre, Péter Magyar (c'est assez ballot de s'appeler Magyar et de s'apprêter à diriger la Hongrie, mais pas autan que de s'appeler Hollande et de devenir Président de la France) est un avocat qui vient d'avoir 45 ans, élu député européen en juin 2024, inscrit au groupe PPE à Strasbourg.
 


À l'origine, Péter Magyar était membre du Fidesz, a fait partie du cabinet du Premier Ministre Viktor Orban en 2015. Petit-neveu et filleul de l'ancien Président Ferenc Madl, ex-époux d'une Ministre de la Justice de Viktor Orban, il connaît assez bien les allées du pouvoir malgré sa très faible expérience politique. Il s'est mis dans l'opposition en 2024 (après son divorce) et après le scandale où a été impliquée son ex-épouse qui avait couvert des abus sexuels contre des enfants dans un foyer public en étant favorable à la grâce présidentielle contre l'auteur de ces violences.

Le choix souverain des Hongrois est sans appel. On savait, avec les sondages, que les seize années de gouvernement de Viktor Orban pouvaient être mises à mal dans ce scrutin. En revanche, cette énorme claque était inattendue de la part d'un peuple qui avait pris l'habitude de ses dérives autoritaires sinon qui l'avait approuvé. Un véritable tsunami électoral.


Ce qui est heureux, c'est que les résultats sont incontestables, que Viktor Orban a reconnu sa défaite avant même la fin du dépouillement et qu'il n'y aura donc pas de crise politique mais une passation des pouvoirs en douceur. Il faut saluer cette réaction très respectueuse des institutions et des électeurs. Viktor Orban a annoncé qu'il agirait désormais dans l'opposition. Il est loin d'être fini en politique et attendra les premières difficultés du prochain gouvernement pour rappeler son existence et jouer de nouveau l'homme providentiel.
 


On dit souvent que les Hongrois sont nationalistes. Et c'est probablement par nationalisme qu'ils ont jeté dehors Viktor Orban, lèche-bottes notoire de Vladimir Poutine, le Président de la Fédération de Russie, mais aussi de J. D. Vance, le Vice-Président des États-Unis venu jusqu'à le soutenir sur place, et encore de Donald Trump lui-même qui avait récemment déclaré que les États-Unis aideraient financièrement la Hongrie si Viktor Orban gagnait à nouveau les élections. Ce chantage et ces ingérences politiques extérieures n'ont sans doute pas eu l'effet escompté et ont dû au contraire être très contre-productifs.

Le Président français Emmanuel Macron s'est réjouit de la victoire de Péter Magyar qu'il a appelé dans la soirée pour le féliciter : « La France salue une victoire de la participation démocratique, de l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union Européenne et pour la Hongrie en Europe. Ensemble, faisons avancer une Europe plus souveraine, pour la sécurité de notre continent, notre compétitivité et notre démocratie. ».

 


Selon Valérie de Graffenried, envoyé spéciale à Budapest pour "Le Temps" : « Concrètement, la Hongrie avait le choix entre l'autoritarisme et la démocratie, entre le regard tourné vers Moscou ou vers Bruxelles. Un enjeu crucial, qui s'est avéré mobilisateur. (…) Les urnes ont parlé : la majorité des Hongrois ne veulent plus de la "démocratie illibérale" revendiquée par Viktor Orban, plus des affaires de connivences avec la Russie. ». L'analyse du journal "Le Monde" est encore plus éloquente : « Avec la victoire de Péter Magyar, Budapest va désormais perdre son statut de phare de l'internationale réactionnaire, que Viktor Orban avait patiemment bâti à coups de groupes de réflexion et d'invitations de figures de l'extrême droite mondiale. ».

L'Europe est de retour !
Aujourd'hui, le peuple hongrois a exprimé clairement sa volonté de retrouver sa liberté et son État de droit et a exprimé tout aussi clairement son attachement à son appartenance à l'Union Européenne. Tous les chefs d'État et de gouvernement de l'Europe ne s'y sont pas trompés en saluant cette large victoire. Il ne reste plus qu'à ne pas le décevoir, ce peuple si féroce pour les gouvernants...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Viktor Orban reconnaît sa claire et douloureuse défaite.
Péter Magyar.
Péter Eötvös.
Katalin Kariko.
Otto de Habsbourg-Lorraine.
Futur Prix Nobel ?
Ferenc Madl.
L’insurrection de Budapest.
Sarajevo 1914 : une question de Princip.
La Hongrie et la crise des réfugiés.
Le référendum du 2 octobre 2016 en Hongrie.
La Hongrie de Viktor Orban.
La Hongrie d’Imre Pozsgay.
La Hongrie d’Arpad Goncz.
György Ligeti.
La crise des réfugiés.
Populismes.

 

 

 

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260412-orban.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/viktor-orban-reconnait-sa-claire-268245

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/12/article-sr-20260412-orban.html

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