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15 avril 2026 3 15 /04 /avril /2026 04:40

« Les partis populistes ne sont pas de simples partis protestataires ou de simples partis de refus du système. Quand ils parviennent au pouvoir, ils gouvernent conformément à la logique intrinsèque du populisme : eux et eux seuls représentent le vrai peuple ; par conséquent, il ne saurait exister d'opposition légitime. » (Jan-Werner Müller, 2016).





 


L'immense défaite de Viktor Orban aux élections législatives de Hongrie du 12 avril 2026 marque-t-elle la fin de l'expansion des mouvements populistes de droite en Europe ? Et auparavant, tentons de définir ces mouvements politiques.

La définition est assez difficile à formuler. Il s'agit avant tout de mouvements de droite radicalisée voire d'extrême droite. Ils se basent à la fois sur un nationalisme identitaire et une démagogie récurrente. Ils critiquent généralement les élites en place, jouent sur leur défense du petit peuple, du pays-d'en-bas contre les élites, les dirigeants, le pays-d'en-haut. Ils se nourrissent des erreurs voire de l'arrogance des élites. Leur identitarisme fait qu'ils rejettent toute sorte d'immigration, cultivent la peur de l'autre, de l'altérité, de l'inclusivité, et sont volontiers machistes, misogynes, rétrogrades, anti-progressistes. Leur discours est souvent haineux, développant une phobie des boucs émissaires (généralement l'étranger). Géopolitiquement, cela se traduit notamment par la fascination pour des hommes de l'ordre, en particulier pour Vladimir Poutine, ou d'autres étrangers qui, pourtant, n'ont aucune volonté de défendre leur pays (celui des mouvements populistes en question). Leur nationalisme s'arrête donc aux intérêts exclusifs de pays comme la Russie voire l'Iran, la Chine ou encore l'Amérique de Donald Trump. Et évidemment, ils se présentent comme europhobes, s'attaquant à toute union permettant à leur pays d'être puissant face aux autres puissances mondiales. En fonction de la solidité des institutions, cela peut aussi se traduire, lorsqu'ils sont au pouvoir, par une remise en cause progressive de l'État de droit, une remise en question systématique du pluralisme de la presse, de l'indépendance de la justice, deux éléments nécessaires pour une démocratie vivante et apaisée. Les attaques actuelles contre l'audiovisuel public de l'extrême droite en France, au moyen d'une commission d'enquête dont elle a perverti complètement l'esprit, en sont aussi un symptôme.

Dans les différents pays européens, ceux de longue tradition démocratique (Europe de l'Ouest) comme ceux issus du joug soviétique (Europe centrale et orientale), ces mouvements populistes se déclinent sous différentes manières selon l'histoire de chacun des pays. Et certains ont réussi à atteindre le pouvoir démocratiquement.


Ainsi, au Royaume-Uni, le parti europhobe de Nigel Farage pourrait en être un représentant, mais, d'une certaine manière, Boris Johnson, du parti conservateur, aussi. Tous les deux ont milité activement pour le Brexit en 2016... et ils y sont parvenus.

En Hongrie, le parti de Viktor Orban pourrait en être. Il a été parmi les premiers hommes politiques à prôner la liberté démocratique à l'époque soviétique, mais il a dangereusement dérivé vers ce que certains appellent improprement l'illibéralisme dans les années 2010-2020.


En Pologne, ce type de mouvement a aussi été présent en tant que national conservateur, remettant en cause une partie de la construction européenne.

En Italie, Matteo Salvini, de la Ligue, a le mieux incarné ce populisme de droite, mais finalement, c'est Giorgia Meloni, issue d'un parti de tradition d'extrême droite qui a su arriver au pouvoir. Sa pratique est mitigée et elle ressemble plus à un gouvernement de droite classique. C'est sûr que la confrontation avec la réalité peut faire changer de point de vue. La polémique stérile et puérile entre le Président des États-Unis et le pape Léon XIV montre les limites d'une alliance populiste à Rome.

En Allemagne, à l'évidence, c'est l'AfD qui a pris ce positionnement, parti ouvertement d'extrême droite composé initialement de cadres dont la principale mesure est de mettre dehors les immigrés, et étrangement, son audience est nettement plus grande dans l'ancienne RDA (Allemagne de l'Est, communiste).


En France, on peut imaginer que le rôle est joué par le RN, avec une Marine Le Pen qui avait réussi à fédérer à la fois l'extrême gauche populaire et l'extrême droite aisée. Mais le mouvement d'Éric Zemmour peut aussi s'apparenter à ce type de mouvement même s'il est sociologiquement très différent du RN.

Petit à petit, à partir de 2010, un certain nombre de pays européens ont touché à ce populisme d'extrême droite. Les principaux furent la Pologne et la Hongrie, mais aussi la République tchèque, la Slovaquie, l'Autriche, les Pays-Bas, etc., et aussi, évidemment, le Royaume-Uni.

Or, que voyons-nous ? Que depuis quelques années, ce mouvement populiste très en vogue, irrésistible, populaire, commence sérieusement à subir un retournement complet de l'opinion. Ainsi, au Royaume-Uni, le retour au pouvoir des travaillistes s'est accompagné d'un regret massif du Brexit (une majorité des Britanniques souhaiterait retrouver l'Union Européenne, mais c'est trop tard). En Pologne, le parti de la raison a retrouvé le pouvoir en décembre 2023. Même en Italie, Giorgia Meloni, considérée pourtant comme curieusement invincible, vient de subir un très grave échec avec sa défaite au référendum qui tentait de bouleverser la justice italienne au profit du pouvoir.

La défaite de Viktor Orban s'inscrit donc dans cette tendance de fond, même si, pour lui, beaucoup de raisons peuvent l'expliquer : usure habituelle du pouvoir (après seize ans consécutifs), détérioration durable de l'économie hongroise, chute drastique de la natalité (malgré une politique nataliste fermement annoncée mais visiblement peu efficace), contrôle de la presse, remise en cause de l'État de droit, vente des intérêts de la Hongrie à la Russie, etc.


Faut-il donc passer par un gouvernement populiste pour que le peuple du pays en question s'aperçoive que c'est une erreur ? Pas sûr et j'espère bien que non, car l'Allemagne et la France ne sont pas passés par cette phase et l'argument selon lequel "on n'a pas encore essayé" est fallacieux, argument d'ailleurs donné en 2024 sans trop de succès.

J'ai l'intuition que la mode pour le populisme de droite est terminée en Europe. La porte du possible s'est heureusement refermée. La guerre en Iran, comme la guerre en Ukraine, ont réveillé les peuples européens endormis depuis 1945. Leur existence est menacée dès lors qu'ils ne sont plus protégés. Ce réveil brutal, qui a engendré une augmentation drastique des dépenses de défense, a renforcé le patriotisme au détriment d'un populisme finalement vendu à des intérêts extérieurs (et en particulier russes, mais pas seulement).

Il y avait une petite fenêtre de tir pour l'extrême droite, et il fallait, ou pas, en profiter, selon de talent des personnalités qui l'incarnaient. Ainsi, Matteo Salvini a raté sa chance alors qu'au contraire, Giorgia Meloni a saisi la sienne. En France, à l'évidence, le moment RN était en 2024. Parviendra-t-il à perdurer jusqu'en 2027. Trois ans, c'est long, et au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'échéance présidentielle, avec les casseroles judiciaires de Marine Le Pen et la vacuité intellectuelle de Jordan Bardella, les gens se posent de plus en plus de question sur l'intérêt de mettre un parti incompétent comme le RN au pouvoir. On voit bien aujourd'hui les sondeurs s'inquiéter que leurs études continuent à donner le RN gagnant en 2027 alors qu'ils savent déjà qu'il ne le sera pas.

Je ne sais pas si l'avenir me donnera raison, car la France et l'Allemagne se retrouvent dans des postures assez étonnantes. L'AfD a le vent en poupe, et pourtant, la reprise en main du gouvernement par Friedrich Merz a changé considérablement la position de l'Allemagne dans le monde. En France, si le RN a aussi le vent en poupe, la figure du Président Emmanuel Macron redevient populaire avec les menaces militaires et économiques (nous sommes au moment du pire choc pétrolier de l'histoire moderne, bien plus grave et durable qu'aux années 1970).

Pourquoi les peuples européens voudraient-ils en finir avec le populisme d'extrême droite ? Parce qu'il y a un parti frère qui est au pouvoir aux États-Unis avec Donald Trump, et que sa manière de diriger son pays depuis un an terrifie tout le monde, pas seulement l'Europe, mais tous les pays, par son inconstance, son instabilité, ses caprices, ses remises en cause, et son viol de toutes les règles internationales. Lorsqu'on arrive à se poser la question chaque matin de savoir ce qu'il va arriver comme nouveau malheur, cette angoisse rappelle qu'un parti de la raison est plus reposant et plus intéressant pour vivre comme avant et envisager la prospérité.


En quelque sorte, Donald Trump est le vaccin contre les maladies populistes d'extrême droite de l'Europe. Aux personnalités de la raison de s'organiser pour renforcer l'efficacité d'un tel vaccin. On n'a jamais essayé un poison pour se soigner. Heureusement. Il ne vaut mieux pas. Préférons les médecins aux charlatans.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La fin de la tentation populiste en Europe ?
Viktor Orban reconnaît sa claire et douloureuse défaite.
Péter Magyar.
Péter Eötvös.
Katalin Kariko.
Otto de Habsbourg-Lorraine.
Futur Prix Nobel ?
Ferenc Madl.
L’insurrection de Budapest.
Sarajevo 1914 : une question de Princip.
La Hongrie et la crise des réfugiés.
Le référendum du 2 octobre 2016 en Hongrie.
La Hongrie de Viktor Orban.
La Hongrie d’Imre Pozsgay.
La Hongrie d’Arpad Goncz.
György Ligeti.
La crise des réfugiés.
Populismes.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260413-populisme-europe.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/la-fin-de-la-tentation-populiste-268271

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/13/article-sr-20260413-populisme-europe.html



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