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16 avril 2026 4 16 /04 /avril /2026 04:21

« Et vous savez quoi (…) ? Messieurs, je vous le dis avec beaucoup de gravité. Je ne suis pas candidat à l'élection présidentielle. Donc, n'ayez pas de problème avec ce gouvernement. » (Sébastien Lecornu, le 15 avril 2026 au Sénat).




 


Dans mon dernier article sur le Premier Ministre, je terminais ainsi « Lecornu Président ? ». Boutade ou provocation certainement pas lue mais répondue en quelque sorte. En effet, lors des questions au gouvernement au Sénat ce mercredi 15 avril 2026, Sébastien Lecornu a profité d'une question pour annoncer qu'il ne serait pas candidat à l'élection présidentielle. Mais quand on affiche sa non-candidature, on est toujours suspect de vouloir au contraire être candidat (c'est un classique du genre). Et il en a profité aussi pour basher son ancien ministre d'État Bruno Retailleau et même l'obliger à une certaine clarification politique.

Sébastien Lecornu est une personnalité politique très à l'aise avec la politique. À Matignon, il s'épanouit, mais s'il n'en a pas l'air. Il a toujours adopté un mode de comportement d'une grande humilité, le contraire de l'arrogance, ce qui peut faire sous-évaluer ses capacités politiques qui sont très élevées. Il est l'un des rares ministres à être au gouvernement depuis presque neuf ans (depuis le 21 juin 2017), sans discontinuité (Gérald Darmanin était absent du gouvernement de Michel Barnier en 2024). C'est un petit prodige de la politique, venu très tôt à la politique avec des responsabilités de chef d'exécutif local très jeune : maire de Vernon (ville de 25 000 habitants) à l'âge de 27 ans, président du conseil général de l'Eure (département de 600 000 habitants) à l'âge de 28 ans, enfin ministre à l'âge de 31 ans.

Lors de la séance des questions au gouvernement du 15 avril 2026 au Sénat, le président du groupe LR Mathieu Darnaud a interpellé le gouvernement sur l'agenda du Parlement des prochaines semaines et le fait que des textes n'étaient toujours pas mis à l'ordre du jour, en particulier celui sur l'allocation de solidarité unique, celui sur la décentralisation et celui sur les énergies, soupçonnant le gouvernement d'immobilisme, ou de volonté d'immobilisme même.

Il faut rappeler que Les Républicains est le parti d'origine de Sébastien Lecornu (il a adhéré en 2002 à l'UMP) et il a fait toute sa carrière d'élu local en Normandie sous cette étiquette (UMP puis LR) jusqu'à l'élection du Président Emmanuel Macron. En outre, Mathieu Darnaud a succédé à Bruno Retailleau à la présidence du groupe LR au Sénat (le plus grand groupe au Sénat, celui qui fait la pluie et le beau temps), lorsque ce dernier a été nommé par Michel Barnier, puis François Bayrou, Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur, également dans le premier gouvernement de Sébastien Lecornu, un gouvernement éphémère de quelques heures ...à cause justement de Bruno Retailleau lui-même qui a préféré se retirer des responsabilités ministérielles et devenir candidat à l'élection présidentielle. L'opposition des sénateurs LR est donc une posture, plus théâtrale que politique, pour montrer qu'ils sont dans l'opposition à Emmanuel Macron ...malgré plusieurs ministres pourtant LR au sein du gouvernement (dont Annie Genevard à l'Agriculture).

La réponse de Sébastien Lecornu a insisté sur deux registres : sur le fond, il a dit que c'était faux, que les parlementaires ne chômaient pas, qu'il y avait déjà beaucoup de textes à examiner ; sur la forme, il s'est fait plaisir en ironisant sur l'absence de positionnement de LR, en posant une question cruciale pour les enjeux de l'élection présidentielle de 2027.

Sur le fond, en effet, les parlementaires ont été saisis, pour les prochaines semaines, de nombreux textes législatifs : « Je n'ai pas le sentiment que l'agenda parlementaire ne soit pas rempli. (…) Ah, ben, on va y aller alors : PPL hydroélectricité, restitution des biens culturels (…), justice criminelle (…), CMP sur le projet de loi de simplification (…), PPL dite Rodwell, (…) assurance chômage (…). Évidemment, le gouvernement est disponible, si vous siégez davantage le vendredi, s'il faut faire une session extraordinaire au mois de juillet, tout ça, nous le ferons, bon. Donc, pour être complètement direct, on est entre nous, donc, puisqu'on est complètement direct, il y a même un trop-plein de textes, et donc, le sujet n'est pas tellement ce que met le gouvernement sur la table... Sans oublier les nombreuses propositions de loi (…) qui existent et (…) qui parfois n'ont pas toujours été suffisamment bien bordées et peuvent créer quelques déraillements. ».

L'une des principales difficultés, qui peut provoquer l'immobilisme, n'est pas de la responsabilité du gouvernement mais de l'absence de majorité, et accessoirement, de l'obstruction systématique des insoumis à l'Assemblée Nationale : « Ce n'est pas une ligne de défense, qu'il n'y ait pas majorité à l'Assemblée Nationale ; c'est un état de fait. Et puis, on pourrait dire : c'est votre problème, ou ce n'est pas le problème du Sénat. Enfin, c'est notre pays. Comme on parle du même pays, ce qui se passe à l'Assemblée devient votre problème, et mon problème et le problème de tous les Français qui assistent, il est vrai, à un spectacle assez désolant, et je le redis, une obstruction violente de La France insoumise sur laquelle je m'étonne qu'elle ne soit pas davantage dénoncée par les uns et les autres, sur laquelle nous commençons à nous acclimater. Au fond, que c'est normale que La France insoumise soit en train de mettre en panne l'Assemblée Nationale. Ce n'est pas la faute du gouvernement qui, me semble-t-il, a des orientations un peu plus claires vis-à-vis de ce groupe La France insoumise. Si j'allais plus loin, vous voyez que cette Assemblée, elle est divisée, y compris au sein des groupes. (…) La plupart de nos groupes, président Darnaud, sont divisés. Et parfois, l'alignement bicaméral entre les groupes n'est pas toujours au rendez-vous. Ce n'est pas une critique, c'est un constat. ».
 


Dans le registre plus politique, Sébastien Lecornu a rappelé qu'il faisait partie du même parti politique que ses interpellateurs Mathieu Darnaud et Bruno Retailleau, et surtout, qu'il faudrait clarifier leurs intentions pour 2027.

L'appartenance à LR : « Alors ensuite, si on veut aller plus loin... parce qu'il y a éléphant dans la pièce et je vois bien la communication qui peut venir, y compris, et je le dis sans esprit polémique... On me reproche beaucoup de travailler avec la gauche républicaine. Or je suis de droite, vous le savez. Si, si ! J'étais adhérent des Républicains et vous m'avez exclu en 2017. ».

Quelles alliances pour agir à l'Assemblée ? Il faut un choix clair : « Et il est vrai qu'il y a une réalité arithmétique, cette Assemblée Nationale. Monsieur le ministre, mon cher Bruno, cette Assemblée Nationale, c'est les Français qui l'ont choisie, on est des démocrates. On peut penser ce qu'on veut de la dissolution (…), l'Assemblée, elle est là. Bon, vous êtes au banc des ministres. Au fond, vous avez deux solutions possibles quand vous êtes quelqu'un de la droite républicaine : soit vous regardez la gauche républicaine, et vous essayez, ce sont des opposants mais vous essayez d'avoir des compromis ; soit vous vous retournez vers le Rassemblement national et vous essayez de bâtir un compromis avec le RN. Moi, j'ai choisi ! J'ai choisi. Et j'assume de choisir. ».

Pas candidat à la Présidence de la République, donc neutre et sans arrière-pensée : « Donc, le gouvernement, il avance, il essaie de bâtir des compromis. Et vous savez quoi, monsieur Retailleau, monsieur Darnaud ? Messieurs, je vous le dis avec beaucoup de gravité. Je ne suis pas candidat à l'élection présidentielle. Donc, n'ayez pas de problème avec ce gouvernement. On va faire tout ce qu'on peut pour faire avancer le pays pendant un an. ».

Mais il faut que LR clarifie sa position : « Eh bien, justement, président Retailleau, monsieur le ministre d'État, monsieur le président Darnaud, si vous étiez à ma place, c'est avec le Rassemblement national que vous iriez bâtir des compromis ou avec la gauche républicaine ? C'est aussi simple que cela. Et c'est le moment de la grande clarification ! ».

L'expression "la grande clarification" a déjà été prononcée par le chef du gouvernement il y a trois mois, le 16 janvier 2026, juste avant d'engager l'article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire adopter le projet de loi de finances pour 2026.

En d'autres termes, Sébastien Lecornu a posé la bonne question qui va pourrir la candidature LR pendant la campagne de l'élection présidentielle. Si jamais, comme en 2024, il n'existait pas de majorité absolue à l'issue d'élections législatives anticipées consécutives à l'élection présidentielle, vers où le parti LR chercherait-il à bâtir des majorités de compromis : vers sa gauche ou vers son extrême droite ? À l'évidence, certains candidats seront plus clairs que d'autres en 2027.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La non-candidature de Sébastien Lecornu.
Discours de Sébastien Lecornu le 10 avril 2026 à Matignon (vidéo et texte intégral).
Sébastien Lecornu et le charme désuet de la non-séduction.
L'adoption définitive du PLF 2026.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260415-lecornu.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-non-candidature-de-sebastien-268334

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/16/article-sr-20260415-lecornu.html


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