« Les dispositions du droit du travail doivent toujours être très claires. Or le drame de notre initiative collective, appelons-la ainsi, est qu'elle allait bien au-delà des boulangers et des fleuristes. Force est de constater que, parfois, tout va vite dans le débat public et que nous avons un peu de mal à travailler. » (Sébastien Lecornu, le 15 avril 2026 au Sénat).
/image%2F1488922%2F20260418%2Fob_fdfc33_yartipremiermaib01.jpg)
Un MacDonald ouvert le 1er mai et pas la boulangerie du quartier, est-ce raisonnable ? Une proposition de loi a enflammé le Parlement ces derniers jours et a laissé beaucoup d'incertitude aux boulangers pour le 1er mai prochain. Finalement, le Premier Ministre Sébastien Lecornu a déclaré ce vendredi 17 avril 2026 que les boulangers indépendants, les fleuristes et les artisans indépendants pourraient ouvrir leur boutique ce vendredi 1er mai 2026.
L'exemple de cette année 2026 est assez éloquent. Je n'évoque pas le lundi de Pâques qui est tôt cette année, le 6 avril, jour férié que souhaitait supprimer purement et simplement l'ancien Premier Ministre François Bayrou, pourtant fervent croyant catholique. Ce week-end (du 18-19 avril), c'est le début des vacances scolaires de Pâques (oups, de printemps, je veux dire) pour la région parisienne, et elles dureront deux semaines. C'est la dernière zone scolaire et, au contraire, pour la première zone (Lyon, Grenoble, Dijon, Bordeaux, Poitiers, etc.), c'est le dernier week-end des vacances.
Puis arrive le joli mois de mai. Cette année, pas un week-end n'est impacté par un pont, un jour férié : vendredi 1er mai (fête du travail), vendredi 8 mai (armistice), jeudi 14 mai (Ascension), lundi 25 mai (lundi de Pentecôte). Ah si, je me suis trompé, le mois de mai est un mois long, trente et un jours, cinq week-ends cette année, et le dernier week-end (30-31 mai) est sans pont, même s'il est celui de la fête des mères. Résumons : le mois de mai de trente et un jours sera moins travaillé que le mois de février de vingt-huit jours. Et cela en raison de deux fêtes religieuses qui, malgré la laïcité, restent religieusement respectées par les syndicats s'il s'agit d'en faire des jours fériés. C'est comme ça et toute l'économie du pays, et ses partenaires, font avec depuis longtemps (en revanche, c'est difficile de prendre des rendez-vous à plus de deux).
Les droits sont acquis et malgré le déficit budgétaire élevé et la dette publique monstrueuse, cela ne paraît pas raisonnable, pour maintenir la fragile cohésion nationale, d'enflammer le pays en réduisant le nombre de jours fériés, surtout en période d'absence de majorité à l'Assemblée. Les Français se sont adaptés à ce rythme, vont voir leurs parents, en profitent pour se cultiver, pour visiter des villes, des musées, se reposer pour reprendre le travail dans de meilleures conditions psychologiques, etc., dans une saison douce et agréable après l'hiver (ni trop froide, ni trop chaude).
En revanche, un droit ne devrait pas être une obligation. Il ne paraît pas sain d'interdire tout travail le 1er mai si tout le monde veut travailler : l'artisan boulanger, le consommateur de pain (et j'ajoute, l'État qui prend sa dîme en passant). C'est d'autant plus vrai dans un contexte où des grandes chaînes de restauration rapide peuvent officier pendant cette journée, ce qui crée une concurrence déloyale.
/image%2F1488922%2F20260418%2Fob_2cf25b_yartipremiermaib02.jpg)
Du coup, les sénateurs Hervé Marseille et Annick Billon ont déposé une proposition de loi le 25 avril 2025 visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai, qui a été rapidement adoptée par les sénateurs le 3 juillet 2025 par 228 voix pour, 112 contre et 1 abstention (scrutin n°343). L'objectif des sénateurs était de sécuriser juridiquement l'emploi salarié des boulangers et autres artisans indépendants dont certains avaient ouvert le 1er mai 2024 et se sont retrouvés assignés devant les tribunaux (car, pour être plus précis, leur convention collective a été remise en cause par la Cour de Cassation parce qu'elle entrait en contradiction avec le code du travail). C'est la raison pour laquelle le gouvernement Bayrou avait engagé le 28 avril 2025, pour cette proposition de loi, une procédure accélérée.
Lors de l'examen de cette proposition de loi à l'Assemblée le 10 avril 2026, en revanche, les députés n'ont pas pu débattre en raison de l'obstruction des députés insoumis, si bien qu'une majorité de députés a adopté par repli tactique une motion de rejet préalable par 120 voix pour et 105 contre (scrutin n°6133).
/image%2F1488922%2F20260418%2Fob_2e1cb7_yartipremiermaib03.jpg)
Mais le problème ne provenait pas seulement de l'obstruction des insoumis. Le gouvernement lui-même refusait un élargissement trop important des dérogations que proposait le Sénat, ce qui a eu pour effet la mauvaise humeur des syndicats et une menace de censure de la part des socialistes, argument existentiel pour le gouvernement.
Sébastien Lecornu l'a redit le 15 avril 2026 au Sénat en répondant à une question du sénateur Hervé Marseille, président du groupe Union centriste au Sénat : « Le décret auquel renvoyait la proposition de loi comptait treize pages, avec des exceptions bien éloignées des boulangeries artisanales : on y trouvait, entre autres choses intéressantes, les fromageries industrielles, le traitement des peaux fraîches pour les chamoiseries, les travaux de séchage pour les corroieries, les conduites des étuves pour la fabrication de cuir verni, les industries du papier, les industries chimiques, les raffineries de pétrole, les industries de matières plastiques, les casinos… Ce n'est pas le gouvernement qui a préparé ce décret. C'est ici qu'il a été préparé. Il s'agit non pas de polémiquer, mais de permettre aussi aux Français de comprendre ce qui s'est passé. ».
Et d'en déduire la position du gouvernement : « Le Sénat a voté une proposition de loi qui a largement refermé le jeu, mais qui incluait encore les salles de spectacles et de nombreux métiers n'ayant rien à voir avec la boulangerie et, surtout, qui ne dressait aucune distinction entre boulangeries artisanales, qui faisaient seules l'objet de l'engagement initial, et industrielles. J'assume clairement mon désaccord avec cette évolution. ».
/image%2F1488922%2F20260418%2Fob_dab055_yartipremiermaib05.jpg)
Quant à la motion de rejet préalable votée le 10 avril 2026 par l'Assemblée : « La motion de rejet a évidemment créé une tension importante avec les partenaires sociaux. Ce n'est pas seulement un syndicat ou deux qui nous ont saisis… C'est l'intégralité des syndicats de ce pays qui nous a demandé ce que nous étions en train de faire, puisque tout le monde avançait, dans le débat public, que le texte concernait les boulangeries artisanales de centre-ville de communes comme Meudon ou Vernon, et que nous nous retrouvions avec un renvoi à un décret n'ayant pas fait l'objet de négociations, et pour cause, il ne s'agissait pas de traiter autre chose que les boulangeries artisanales et les fleuristes. C'est là, en quelque sorte, que le train a déraillé. ».
Ainsi, Sébastien Lecornu a refusé ce trop grand élargissement sans avoir entrepris de concertation sociale au préalable, et cela en se référant opportunément à la doctrine du Président du Sénat Gérard Larcher : « Comme le faisait le Président du Sénat lorsqu'il était ministre délégué au travail, je reviendrai toujours à l'article 1er du code du travail : il ne saurait y avoir de modification du code sans dialogue social. Certes, cela ne s'applique pas aux propositions de loi, mais, je le dis avec magnanimité à ceux qui n'ont eu de cesse, depuis neuf ans, de nous reprocher une forme de verticalité, il me semble que permettre le dialogue social, y compris pour les initiatives parlementaires, est absolument clef. Ce qui vaut pour le dialogue social vaut d'ailleurs pour l'ensemble des corps intermédiaires. Il faut remettre de la mesure et de la précision dans ce qui s'est passé et s'abstenir de toute caricature. Vous l'avez fait et je vous en remercie, parce que c'est ce qui va désormais nous permettre d'avancer. ».
/image%2F1488922%2F20260418%2Fob_73d819_yartipremiermaib04.jpg)
Sur le fond, le chef du gouvernement a repris donc l'initiative pour donner la mesure : ou il y a un grand changement du code du travail et alors, il faut de la concertation sociale, ou le changement est à la marge et ciblé. Sébastien Lecornu a préconisé par pragmatisme de ne changer que le nécessaire pour les artisans indépendants : « En bref, soit la classe politique tout entière veut maintenir un périmètre très large des exceptions au travail le 1er mai, auquel cas nous n'échapperons pas, je le revendique, à des négociations branche par branche, qui devront nécessairement être transposées dans la loi pour 2027, soit nous nous recentrons, avec bon sens et pragmatisme, sur les seuls boulangers artisanaux, c'est-à-dire sur les seuls professionnels pour lesquels nous nous sommes engagés. De fait, je crois pouvoir dire que notre volonté, sur l'ensemble de ces travées, est de sécuriser juridiquement la convention collective qui existait jadis pour les boulangeries. En ce cas, nous les recevrons demain, monsieur le président Marseille, et nous trouverons, pour eux, une solution négociée, sécurisante et pragmatique. J'aurai alors l'occasion de vous associer à la dernière ligne droite des négociations avec les organisations syndicales menées par M. le ministre. Quoi qu'il en soit, nous trouverons une solution. De cet épisode, la chambre haute et le gouvernement doivent être capables de tirer une bonne leçon : en ces temps de bicamérisme compliqué, il est nécessaire de faire preuve de sagesse. ».
Comme on le voit, le gouvernement Lecornu se veut être un facteur de modération et de pragmatisme utile face aux passions et fureurs parlementaires de différents bords. C'est sans doute la condition de sa survie jusqu'en 2027.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (17 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu
(Dessins de Gotlib, en haut, et de Plantu, en bas).
Pour aller plus loin :
Mai, le mois du travail ?
La liberté de travailler le 1er mai ?
La baguette magique.
Traité Europe-Mercosur : ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain...
Narcotrafic : la drogue, est-ce (aussi) la faute des consommateurs ?
Vendredi Saint et l'abandon.
Le 11 Novembre et le régalien.
Dimanche 26 octobre 2025 : toujours l'heure d'hiver !
Les Restos du Cœur.
Hiver 1954 : l'appel de l'abbé Pierre.
Emmaüs : viens m’aider à aider !
Fitch : ne pas surinterpréter la rétrogradation de la note de la France.
Faut-il passer au 3e sexe dans les formulaires ?
Europe sociale : les vacances en arrêt maladie récupérables !
Budget 2026 : l'impossible mission de François Bayrou.
Sites porno : une bonne nouvelle !
Méfiez-vous du péage par smartphone sur les autoroutes !
Méfiez-vous du chat qui dort à Noël !
Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
Doliprane : l'impéritie politique.
Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
L’aspirine, même destin que les lasagnes ?
François Guizot à Matignon ?
Gilberte Beaux.
Standard & Poor's moins indulgente pour la France que les autres agences de notation.
Assurance-chômage : durcissement pour plus d'emplois ?
Les 10 mesures de Gabriel Attal insuffisantes pour éteindre la crise agricole.
Le Tunnel sous la Manche.
Agences de notation Moody's et Fitch : la France n'est pas dégradée !
Der Spiegel : "La France, c'est l'Allemagne en mieux".
/image%2F1488922%2F20260418%2Fob_f8f844_yartipremiermaib09.jpg)
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260417-premier-mai.html
https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/mai-le-mois-du-travail-268386
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/17/article-sr-20260417-premier-mai.html
.
