« Nous savons tous qu'il y a une limite à ce que peuvent faire les gouvernements. C'est là que nos parlements et nos peuples peuvent jouer un rôle d'éclaireurs. Notre attachement mutuel à la démocratie parlementaire est le socle de notre liberté et de nos valeurs communes. La liberté est le bien le plus précieux que nous ayons, or elle n'est jamais acquise. » (Élisabeth II, le 6 janvier 2017, à Paris, au Sénat).
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Une visite de la très francophile reine d'Angleterre au Sénat français, aux sénateurs de France, cela devait être pittoresque. La reine Élisabeth II, qui est morte le 8 septembre 2022, est née il y a 100 ans, le 21 avril 1926 à Londres, l'occasion de revenir sur cette reine exceptionnelle, à la fois moderne et traditionnelle.
La première exception, c'est une longévité extraordinaire. Élisabeth II, qui est née sans envisager un instant d'être un jour reine (elle n'était que la fille du frère du futur roi), a régné pendant plus de soixante-dix ans, si bien qu'elle a dépassé tous les records de longévité d'un règne. C'est à 10 ans qu'elle a su, quand son oncle Édouard VIII a abdiqué, qu'elle pourrait devenir reine, qu'elle serait certainement reine, et elle a tout fait pour s'y préparer. Elle est morte à 96 ans, quasi-centenaire, c'est pour cette raison qu'on pourrait parler de notre époque comme du siècle d'Élisabeth II.
Très vite, la jeune Élisabeth s'est révélée comme une femme moderne, se rendant utile pendant la guerre. Et son accession au trône, qui a eu lieu le 6 février 1952, elle avait alors 25 ans, n'a été que la suite logique d'une longue préparation. Quand vous avez 25 ans dans les années 50, comment imaginez-vous être reine ? Son couronnement a eu lieu le 2 juin 1953 dans l'abbaye de Westminster.
Elle fut reine d'Afrique du Sud, de Ceylan et du Pakistan jusqu'à l'indépendance de ces trois pays. Elle fut également, au-delà du Royaume-Uni, reine du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Belize, de la Jamaïque, des Bahamas, etc. Rien que visiter tous les pays du Commonwealth était un tour très long pour la reine (et avant, la future reine).
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C'est elle qui a fait tenir la monarchie britannique malgré toutes les vicissitudes de la vie politique et de la famille royale. Élisabeth II a reçu quinze Premiers Ministres britanniques (de Churchill à Liz Truss) durant son long règne qui a aussi couvert quatorze Présidents des États-Unis (de Dwight Eisenhower à Joe Biden) et dix Présidents de la République française (de Vincent Auriol à Emmanuel Macron). Elle a eu l'occasion de rencontrer cent treize dirigeants du monde et a visité même plus de pays.
Cette longévité n'a pas permis d'égaler celle de notre roi de France Louis XIV qui est resté à la tête du pays pendant soixante-douze ans. En revanche, elle a dépassé de loin son arrière-arrière-grand-mère Victoria (1819-1901) dont le règne était associé au XIXe siècle. En outre, elle était, pendant près de six ans, la monarque la plus ancienne du monde après la mort de Rama IX (1927-2016), roi de Thaïlande à partir de 1946, et elle était la chef d'État la plus âgée au monde (à 96 ans).
Loin d'être une monarque simplement neutre, elle a, très subtilement, eu un peu d'influence sur la politique de son pays, notamment en impulsant la réconciliation avec l'Allemagne par sa visite en 1965. Elle a vécu de nombreuses controverses politiques qui ont accompagné l'histoire de son pays pendant soixante-dix ans, en particulier des crises constitutionnelles avec le Canada, l'Australie, etc., la guerre des Malouines, l'adhésion à la CEE puis le Brexit, de nombreux divorces dans la famille royale... Et je prendrai deux exemples éloquents.
Un positif : lors de la crise du covid-19, Élisabeth II a su exprimer la voix de la raison et de l'espoir auprès du peuple britannique (alors que son Premier Ministre n'était pas très responsable dans cette crise), en particulier en prononçant une allocution télévisée le 5 avril 2020 : « J’espère que dans les années à venir, tout le monde pourra être fier de la façon dont [le peuple britannique] a répondu à ce défi. Ceux qui nous succéderont diront que les Britanniques de cette génération étaient aussi forts que tous. Que les attributs de l’autodiscipline, de la bonne résolution tranquille et de la camaraderie caractérisent toujours ce pays. ». Il faut savoir que c'était seulement la quatrième fois qu'elle s'exprimait de cette manière solennelle depuis 1952 ! Elle s'est montrée ensuite en public avec un masque sanitaire le 4 novembre 2020, puis s'est fait vacciner pour la première fois contre le covid le 9 janvier 2021 (vaccin Pfizer) afin d'encourager ses compatriotes britanniques à l'imiter.
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Un autre exemple qui aurait pu rester négatif sans un retournement d'opinion encouragé par le Premier Ministre de l'époque Tony Blair : Élisabeth II a très mal géré la réaction de la famille royale à la mort de Lady Diana le 31 août 1997. Certes, Diana avait divorcé de son fils, le futur Charles III, mais elle restait quand même la mère des deux princes héritiers William (15 ans) et Harry (13 ans). Or, ces deux petits-enfants étaient en vacances avec Charles et les parents de celui-ci, Élisabeth et le Prince Philip, au château de Balmoral, en Écosse, et au lieu de rentrer immédiatement à Londres, Élisabeth II est restée cinq jours cloîtrée dans ce château avec les deux orphelins sans aucune déclaration publique, laissant croire à une forme d'insensibilité incompréhensible alors que la mort de Diana a ému tout le peuple britannique (et même au-delà des frontières). Finalement, sur recommandation de Tony Blair, Élisabeth II est rentrée avec le reste de la famille royale le 5 septembre 1997, la veille des obsèques, et a prononcé une allocution télévisée où elle a exprimé son admiration pour l'ancienne princesse, ce qui a retourné "l'opinion publique" en sa faveur, car elle a enfin montré qu'elle avait quelques sentiments.
Chaque Président de la Cinquième République a eu l'occasion d'être reçu à Londres en visite d'État par la reine Élisabeth II. C'était sans doute pour chacun d'eux le voyage protocolaire le plus prestigieux de leur mandat. Il faut dire que la reine, qui s'exprimait dans un français parfait, appréciait beaucoup la France. Quand aux Français eux-mêmes, sa mort les a émus autant que leurs amis britanniques. En d'autres termes, Élisabeth II, qui était aussi la chef de l'Église anglicane, était plus qu'un chef de l'État, elle était aussi une sorte de monarque spirituelle de l'Europe, voire une sorte de pape d'un genre nouveau. Et assurément, dans ce rôle exceptionnel, elle n'aura pas de successeur. God save the Queen !
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (18 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Le Siècle d'Élisabeth II.
Margaret Thatcher.
Diana Spencer.
Theresa May.
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