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28 avril 2026 2 28 /04 /avril /2026 04:48

« L'école, ce n'est ni un bunker, ni une passoire. Ça ne peut pas être un bunker parce qu'il faut effectivement et le contact et être perméable à la société. Ça ne peut pas être non plus une passoire et que tout le monde rentre, si je puis dire, n'importe comment et sans contrôle. » (Édouard Geffray, le 23 avril 2026 sur RMC).



 


Il était l'invité des "Grandes gueules" le jeudi 23 avril 2026 sur RMC. Le Ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray y a parlé pendant près d'une demi-heure, mais c'est sa proposition de commencer les cours dans l'enseignement secondaire à 9 heures au lieu de 8 heures qui a retenu l'attention des brèves. Mais aborder la question des rythmes scolaires avec aussi peu de prudence est très casse-cou, car c'est un sujet très sensible.

Évoquons d'abord le ministre. Le septième depuis 2022, en quatre ans ! En effet, il y a eu Pap Ndiaye le 20 mai 2022, Gabriel Attal le 20 juillet 2023, Amélie Oudéa-Castéra le 11 janvier 2024, Nicole Belloubet le 8 février 2024, Anne Genetet le 21 septembre 2024, Élisabeth Borne le 23 décembre 2024 et enfin, lui à partir du 12 octobre 2025. C'est plus exact de dire cela que de dire huit ministres depuis 2017, soit presque 1 par an, car lors du premier quinquennat du Président Emmanuel Macron, Jean-Marie Blanquer a été, au contraire, l'un des plus longs Ministres de l'Éducation nationale de l'histoire de la République, pendant cinq ans, du 17 mai 2017 au 20 mai 2022. Du reste, l'instabilité ministérielle s'explique assez facilement par les changements de Premiers Ministres (dont l'un était le ministre en titre), et surtout, les renversements de gouvernements par une Assemblée sans aucune majorité possible depuis 2024.

Édouard Geffray ne provient pas du milieu politique mais est un haut fonctionnaire, de 47 ans. Père de cinq enfants, des études d'histoire à la Sorbonne, IEP de Paris, ENA (de la même promo que Matthias Fekl et Jean Messiha), il est sorti dans la botte, atterrissant au prestigieux Conseil d'État. Il a été secrétaire général de la CNIL (Commission nationale Informatique et Libertés) du 3 septembre 2012 au 22 mai 2017, puis directeur de cabinet du Ministre de la Justice François Bayrou du 19 mai 2017 au 19 juin 2017, à l'époque surtout connu pour avoir été Ministre de l'Éducation nationale il y a très longtemps (et longuement) du 30 mars 1993 au 2 juin 1997 (et aussi pour être l'insubmersible président du MoDem).

Puis, Édouard Geffray a servi cinq ministres de l'Éducation nationale, d'abord comme directeur général des ressources humaines du Ministère de l'Éducation nationale, puis comme directeur général de l'enseignement scolaire du 24 juillet 2019 au 31 juillet 2024. Il y a assuré la réforme du baccalauréat (cela explique l'accueil très glacial des syndicats enseignants lors de sa nomination en octobre 2025) et la gestion de la crise du covid-19 dans les établissements scolaires. Il connaît donc bien ce ministère de l'intérieur, même s'il n'y a pas fait exclusivement carrière. En 2021, d'ailleurs, il a tenté sa chance (sans succès) pour diriger l'IEP de Paris.

 


Le cadre de sa communication, ici, était une émission sur RMC qui, si elle est sérieuse, n'en est pas moins assez légère aussi. Je m'explique : si on veut annoncer une réforme, on utilise des canaux plus officiels, comme une déclaration devant les parlementaires, ou un journal télévisé à 20 heures, ou encore, plus solennelle, une allocution dans son ministère.

Ce n'était donc pas du tout le cas ici d'Édouard Geffray qui, d'ailleurs, très modestement, a annoncé dès le début qu'il n'était pas question pour lui de proposer une énième réforme, une réforme Geffray, dans l'Éducation nationale : « Il y a deux choses différentes. Il y a le sujet des réformes. (…) Il n'y aura pas de réforme Geffray, parce que ce ministère n'a pas besoin de réforme actuellement. Il y en a déjà eu suffisamment. Et puis, il y a le sujet de méthode et de travail à long terme. (…) Aujourd'hui, un enfant qui rentre en maternelle, personne ne se pose la question de savoir comment il doit sortir quand il aura son bac dans quinze ans. Or pour moi, c'est ça, la vraie question. ». Proposer un cursus de quinze ans, c'est anticiper notamment sur ce que sera la société dans quinze ans.

Néanmoins, cela ne l'a pas empêché de lancer quelques pistes, et l'une des principales qui restera l'un de ses principaux combats, c'est de faire en sorte que tous les futurs citoyens puissent s'exprimer correctement en français : orthographe, grammaire, syntaxe. Et malgré les nouveaux canaux de communication, réseaux sociaux, etc., il y a toujours une véritable sélection, notamment dans le recrutement, entre les candidats qui savent s'exprimer et les autres, et cela sans faire de l'élitisme, mais non plus sans faire dans le nivellement par le bas (comme réformer les règles de français pour que ce soit moins compliqué !).

Une fois écrit cela, je peux présenter une mesure qu'il trouverait souhaitable (mais à laquelle je serais opposé). Édouard Geffray souhaiterait en effet que les cours dans l'enseignement secondaire ne démarrent qu'à 9 heures et pas à 8 heures, considérant que les adolescents auraient besoin de dormir plus longtemps le matin.

 


La manière dont cette idée a été diffusée ensuite par les médias montre bien que le ministre a abordé un sujet très sensible pour les Français, les rythmes scolaires. Or, c'est un sujet qui touche bien plus qu'à la seule scolarité des enfants. Il touche la vie économique, la vie quotidienne des Français, et même l'organisation de l'action municipale, bref, toute la société.

Le précédent catastrophique du changement des rythmes scolaires imposé par le ministre socialiste Vincent Peillon, sans concertation, sans expérimentation, a de quoi faire réfléchir avant d'envisager une nouvelle réforme des rythmes scolaires. Rappelons que le ministre de François Hollande avait imposé que les écoliers aient des cours pendant tous les jours de la semaines, y compris le mercredi matin, et que les après-midis soient réservés à des activités de sport ou d'éveil (dessin, musique, etc.).

Le problème, c'est d'une part que les enfants avaient besoin de cette coupure du milieu de semaine (même si ne travailler les matières intellectuelles que le matin pourrait être vertueux), et d'autre part, que cela obligeait les mairies (responsables de l'enseignement primaire) de se réorganiser complètement pour proposer des activités d'éveil qu'elles ne savaient pas proposer initialement (et recruter des animateurs compétents pour quelques heures par semaine relève d'une mission impossible d'un point de vue social). Heureusement, en 2017, Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer ont annulé cette réforme stupide du moins dans son application sinon dans son fondement.

 


Du reste, Édouard Geffray a bien compris le précédent fâcheux : « Les rythmes scolaires hebdomadaires, vous savez, quatre jours, quatre jours et demi. Moi, personnellement, je ne suis pas forcément favorable à une remise en cause profonde de la situation actuelle qui est plutôt quatre jours, sauf si ceux qui le souhaitent font quatre jours et demi, parce que cela pose tout un tas de problèmes et qu'au bout d'un moment, en fait, les problèmes qui sont liés à la situation des parents, etc., finalement contrebalancent le bénéfice pour l'enfant. On n'a aucun doute qu'un enfant, il apprend mieux le matin. Simplement, si tout ce qu'il y a autour de lui est moins favorable, on n'y arrive pas. (…) Une approche territoriale, c'est ce qui s'impose si vous voulez. Je ne suis pas favorable au niveau national à dire c'est quatre jours et demi pour tout le monde ou quatre jours pour tout le monde, je n'y crois pas trop. ».

Même s'il a rappelé une donnée du problème, trop de vacances scolaires et journées trop denses en cours : « On a un sujet en France, c'est qu'on a beaucoup d'heures de cours par semaine, sur un nombre de semaines plus limité que les autres. Les élèves ont plus de vacances dans l'année, en nombre de semaines, mais par contre, ils sont plus de cours dans la journée. C'est plus concentré que chez nos voisins, globalement. ».

Sur le début de ces journées de cours, Édouard Geffray n'a fait qu'esquisser la réflexion : « La deuxième chose, c'est qu'on a besoin probablement que nos ados commencent un peu plus tard le matin. Plutôt à 9 heures qu'à 8 heures. Ça, c'est des choses qu'on est en train de promouvoir dans chaque établissement. Ce n'est pas forcément possible, ça ne rentre pas toujours dans les chaussures. ».


Peut-être faudrait-il coupler cette réflexion avec celle de l'heure d'été et l'heure d'hiver ? En tout cas, je ne suis pas convaincu que cette mesure donnerait plus d'avantages que d'inconvénients. Si je prends mon exemple, bien sûr que lorsque j'étais lycéen, j'aurais applaudi ce genre de mesure, mais à ce rythme, il faudrait plutôt proposer le début des cours à 10 heures voire 11 heures.

Avoir des matinées qui durent quatre heures a son intérêt, par exemple pour faire des épreuves blanches de quatre heures. Et retarder le déjeuner à 13 heures ne paraît pas possible pour les établissements qui auraient deux services de cantine.


Mais j'imagine que c'est toute la société du travail qui en serait affectée. On amène les enfants à l'école (ici au collège ou au lycée, le ministre ne parle que des ados, pour le secondaire donc), et ensuite, on va au travail. La réalité, c'est que un tel changement décalerait forcément l'heure d'arrivée au travail (en particulier dans la région parisienne où les transports, qu'ils soient en commun ou individuels, prennent un temps long).
 


Ce qui est rassurant, c'est que le ministre n'a aucune intention de l'imposer, de la généraliser. Il sait qu'il marche sur des œufs, que c'est un élément très mineur voire anecdotique de tout ce qu'il a à gérer dans son ministère, mais malheureusement, sur une conversation d'une demi-heure (qu'on peut réentendre à la fin de l'article), ce serait la seule chose vraiment bankable pour les journalistes.

Je retiens principalement de sa prestation l'idée que s'il a supprimé 4 000 postes d'enseignant pour le budget 2026, en raison de la démographie déclinante, c'est beaucoup moins que la baisse des effectifs ne le demanderait. Au contraire, il refuse de faire suivre les effectifs des enseignants selon la courbe de la natalité, car si on ferme trop de classes voire trop d'écoles, comment fera-t-on quand il faudra remonter avec une démographie plus souriante ? Une tel sujet de gestion des ressources humaines sur une période longue, à la démographie prévisible puisque c'est à peu près la seule donnée sociétale anticipable, mériterait à mon avis un véritable débat de société.

Toujours est-il qu'aujourd'hui, la préférence va à l'expérimentation, aux réformes en douceur, à petits pas, sans imposer, sans globaliser, sans nationaliser. Bref, sur le plan de la méthode, c'est le pragmatisme qui l'emporte et je m'en félicite. C'est juste dommage que ce ministre nommé il y a presque sept mois, soit dans la fin du quinquennat. Tout ce qu'il dira sera probablement inaudible en temps de campagne présidentielle. Mais il s'agit de l'avenir du pays à long terme. Qu'en pensent donc les autres formations politiques ? J'aimerais entendre les oppositions sur ce sujet essentiel.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Faut-il commencer les cours seulement à 9 heures ?
Édouard Geffray.
Bétharram : François Bayrou a apporté les preuves de sa bonne foi.
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Il y a 40 ans, l'énorme manifestation pour l'école libre.
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La réforme du baccalauréat.
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La réforme de l’orthographe.
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La réforme du collège.
Le réforme des programmes scolaires.
Le français et l’anglais.
Le patriotisme français.
Jean-Michel Blanquer.
Jean Zay.
Vincent Peillon.
Alain Devaquet.
Alain Savary.




 

 

 

 

 

 


https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260423-rythmes-scolaires.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/faut-il-commencer-les-cours-268572

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/29/article-sr-20260423-rythmes-scolaires.html






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