« Les forces centrifuges qui, élection après élection, fractionnent le vote républicain et livrent le terrain aux extrêmes, doivent enfin se taire. Non par discipline de parti, mais par lucidité sur ce que le pays risque si elles ne le font pas. » (Valérie Pécresse, le 4 mai 2026 dans "Le Figaro").
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Ce ne sont pas les sept merveilles du monde, ni les sept péchés capitaux, ni les sept nains... encore qu'à ce stade, si on considérait les candidats LR à l'élection présidentielle comme des nains (sondagiers), on pourrait citer par exemple Bruno Retailleau, David Lisnard, Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, Michel Barnier, François Baroin ou encore Gérard Larcher (mais je ne dirais pas qui est Simplet !).
Non ! Il s'agit des 7 leçons de Valérie Pécresse, titre d'une tribune qu'elle a publiée ce lundi 4 mai 2026 dans "Le Figaro". L'actuelle présidente du conseil régional d'Île-de-France (depuis décembre 2015), qu'on évitera donc de comparer à Blanche-Neige, a un avantage sur ses compagnons de parti ; c'est qu'elle, au moins, elle a eu l'expérience d'une candidature à l'élection présidentielle en 2022.
L'inconvénient, revers de la médaille, c'est que Valérie Pécresse n'a pas gagné l'élection présidentielle de 2022, et de loin, car elle a été éliminée du second tour et même du remboursement des frais de campagne, en ne franchissant pas le seuil symbolique de 5% des voix (elle n'en était pas loin à 4,78%). Déjà le candidat UMP de 2012 avait eu ses frais de campagne refusés, pour une autre raison, celle-ci judiciaire.
La parole de Valérie Pécresse est donc d'or : elle fait partie du club très fermé des candidats d'origine gaulliste et soutenus par le courant gaulliste officiel (UDR, RPR, UMP, LR) sous la Cinquième République fondée par De Gaulle lui-même : Georges Pompidou, Jacques Chaban-Delmas, Jacques Chirac, Michel Debré (dissident), Édouard Balladur (dissident), Nicolas Sarkozy et François Fillon. Seulement huit en soixante ans.
Par ailleurs, diplômée de l'ENA et de HEC, Valérie Pécresse a un poids politique national par sa trajectoire politique remarquable : députée de 2002 à 2016 (elle faisait partie des bébés Chirac), Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche puis Ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l'État, porte-parole du gouvernement durant tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012, enfin présidente de la région capitale (après un premier échec) pour au moins deux mandats.
Son objectif n'est pas forcément de se représenter une nouvelle fois à l'élection présidentielle. Elle a déjà pris suffisamment de coups et l'expérience de 2022 peut être faite d'amertume. Elle a voulu la transformer en enseignements pour son courant politique.
Car le danger de l'élection présidentielle de 2027, il existait déjà en 2017 et en 2022, mais chaque fois, avec une probabilité croissante, c'est que le second tour oppose Marine Le Pen ou Jordan Bardella à Jean-Luc Mélenchon, en d'autres termes, l'extrême droite à l'extrême gauche, et finalement, deux courants populistes de mêm farine, d'inspiration trumpiste en ce sens de délivrer des "vérités alternatives".
Je ne suis pas toujours d'accord avec ses sept leçons que je vais présenter. En revanche, je souscris totalement à la conclusion : il faut réduire drastiquement le nombre de candidats de l'électorat modéré si on veut éviter un duel au sommet entre les deux arnaques politiques grossières du moment (RN vs FI).
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La première leçon laisse entendre qu'il s'agit de la Fable du lièvre et de la tortue, mais plus concrètement, l'ancienne candidate a insisté pour que le candidat qu'elle soutiendrait éventuellement soit d'une stature présidentielle, c'est-à-dire d'une stature populaire (connaissant les réalités du terrain hors de toute caméra et de tout micro), et aussi de stature internationale : « Tournées internationales pour asseoir une crédibilité diplomatique, déplacements en France pour ancrer un projet dans les réalités du terrain. ». En d'autres termes, on ne s'improvise pas candidat à l'élection présidentielle en trois mois ! Cela ressemble à s'y méprendre à du vécu (elle a été désignée candidate LR à l'élection présidentielle en décembre 2021).
La deuxième leçon est le passage obligé à l'antimacronisme primaire. Le Président Emmanuel Macron étant peu populaire, le candidat devra exposer un projet en rupture : « un projet de rupture, pas de replâtrage ». En vrai, le changement de personnalité suffit à la rupture, cela s'est passé à chaque nouveau Président de la République, même lorsque l'un a succédé à un autre du même parti. Valérie Pécresse a du reste donné quelques indications programmatiques (réduction des dépenses publiques, « République des régions », etc.).
La troisième leçon, c'est paradoxalement un hommage à Emmanuel Macron dont la valeur ajoutée très forte est d'avoir su réagir avec pertinence à chaque crise internationale (ce qui n'est pas donné à tout le monde). Valérie Pécresse a résumé l'idée ainsi : « la situation géopolitique mondiale pourrait balayer en quelques jours des mois de campagne nationale ». Elle en a déduit : « Il faut donc installer très vite, dès le départ de campagne, les sujets de fond et la crédibilité du projet sur la scène internationale. Un candidat sans stature internationale est un candidat fragile. ».
La quatrième leçon, a-t-elle dit, c'est que le vote utile serait un piège mortel. Que veut-elle exprimer comme idée ici ? Que le RN serait le plus apte à éviter l'élection de Jean-Luc Mélenchon ? Dans ce cas, oui, on peut comprendre. En revanche, le candidat que les sondages désigneraient pour battre et le RN et FI, celui-ci, il pourrait être intéressant de le soutenir... par vote utile, au contraire. Elle a d'ailleurs dit les choses clairement. À la dernière semaine de campagne présidentielle, le climat se polarisera avec la montée du RN dans le sondage et le succès de FI dans les Outre-mer : « Ces deux signaux déclencheront chez une partie des électeurs une peur panique d'un second tour RN/LFI. En quête d'un candidat "second-tourisable", ils siphonneront en quelques heures les voix de tous les autres, condamnant les projets alternatifs à l'insignifiance. Ce mécanisme est prévisible. Il faut s'y préparer et le déjouer. ».
La cinquième leçon demande l'unité et le rassemblement. Oui, « le morcellement des candidatures [conduit au] suicide collectif ». En revanche, je ne suis pas d'accord sur l'analyse de chaque scrutin (j'y reviendrai pour Lionel Jospin en 2002, donc je ne parle pas de ce cas d'école). Non, la présence de Nicolas Dupont-Aignan n'a pas provoqué l'échec de François Fillon éliminé dès le premier tour en 2017. D'une part, ce n'était pas le même électorat (Nicolas Dupont-Aignan veut sortir de l'Europe), et d'autre part, la cause principale de l'échec du candidat qui ne pouvait initialement pas perdre, c'était l'affaire Fillon elle-même.
De même, c'est très audacieux de sa part de dire que la présence du candidat Éric Zemmour en 2022 l'a empêchée d'atteindre le second tour. Arrivée en cinquième position, Valérie Pécresse avait d'autres combats à mener que de marquer à la culotte l'éditorialiste identitaire dont les positions extrémistes ne ciblent pas le même électorat (bien qu'il fût issu de la même droite classique). Et puis, ce serait plutôt l'inverse, si on gardait cette logique, ce serait sa présence qui a fait échouer Éric Zemmour qui a eu 7% alors qu'elle n'a eu que 5%. Et de toute façon, leur addition des voix n'atteignait que 12%, pas de quoi être qualifié au second tour.
En revanche, j'approuve naturellement et totalement la philosophie générale du message : « La multiplication des candidats hors RN et LFI n'est jamais une richesse démocratique : c'est une source d'affaiblissement systématique qui rend les projets inaudibles et peut aboutir à ce fameux second tour LFI/RN, évité deux fois de justesse. Chaque candidature supplémentaire dans cet espace est un cadeau offert aux extrêmes. ».
La sixième leçon est encore du vécu : « N'attendez l’adoubement de personne » ! Plus concrètement, que le candidat de LR n'attende pas le soutien de Nicolas Sarkozy, comme elle n'avait pas su l'obtenir en 2022. Ce candidat « ne devra pas davantage compter sur un soutien unanime de sa famille politique : trop d'egos puissants nourrissent encore leur propre rêve présidentiel pour qu'un candidat puisse s'appuyer solidement sur eux. La solitude du candidat est une réalité qu'il faut accepter et transformer en force. ».
Enfin, la septième et dernière leçon met en garde contre les ingérences étrangères comme cela s'est déjà produit en 2017 et 2022. Des pays peuvent avoir intérêt à favoriser des candidats extrémistes, du RN comme de FI, qui voudraient démanteler l'Europe, et hystériser la société française : « Les chaînes de télévision reprennent systématiquement les buzz algorithmiques, alimentés par des logiques que nous ne maîtrisons pas. Les fake news circulent sept fois plus vite que les vraies informations. (…) C'est une réalité documentée que le prochain candidat devra nommer et affronter. ». Elle n'a pas cité les pays éventuellement en cause, mais on pourrait évoquer la Russie de Vladimir Poutine, les États-Unis de Donald Trump, aussi la Chine de Xi Jinping, voire l'Iran des mollahs (pour favoriser l'islamo-gauchisme).
D'où la conclusion de Valérie Pécresse en forme de rêve politique : « La droite et le centre droit anti-RN ne gagneront qu'unis, derrière un candidat unique portant un projet de rupture assumé, audacieux et crédible. Un candidat qui parte tôt, qui installe ses thèmes sans attendre, qui résiste au vote utile en étant lui-même "second-tourisable", qui ne se disperse pas face aux candidatures satellites, qui ne compte sur personne d'autre que lui-même pour fédérer, et qui regarde les fake news et les ingérences étrangères en face sans trembler. ».
Au fait, où en est son parti, Les Républicains, avec la candidature à l'élection présidentielle ? En fait, le problème est déjà réglé, au grand dam des autres candidats potentiels. En effet, les 18 et 19 avril 2026 (un week-end en pleines vacances scolaires), les adhérents de LR devaient exprimer leurs vœux pour l'avenir (selon l'article 21 des statuts de ce parti), et ce fut un boulevard (prévisible vu le verrouillage de la consultation) pour Bruno Retailleau, déjà déclaré.
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60% des adhérents auraient participé à ce scrutin interne, soit 46 000 adhérents. 12,2% ont choisi l'organisation d'une primaire fermée exclusivement réservée aux candidats et adhérents LR. 14,0% ont voulu l'organisation d'une primaire ouverte, réservée aux candidats LR mais avec les adhérents et les sympathisants de LR. Et enfin, la consécration ! 73,8% ont préféré désigner immédiatement Bruno Retailleau sans combat interne pour savoir quel serait le meilleur candidat.
Cette consultation est un procédé qui a mis en colère les autres "nains" LR de la présidentielle, et certains ont même quitté le navire (comme David Lisnard).
Le communiqué de LR du 20 avril 2026 était donc très clair : « Les adhérents des Républicains ont très clairement exprimé la volonté de désigner Bruno Retailleau, président des Républicains, comme le candidat de notre mouvement pour la prochaine élection présidentielle. L’ensemble des cadres et des militants des Républicains sont désormais pleinement engagés pour faire gagner le projet porté par Bruno Retailleau. ».
On se demande alors pourquoi est venue cette réflexion de Valérie Pécresse. Visiblement, ce qui est clair pour les "retaillistes" ne l'est pas pour les autres puisqu'ils cherchent encore le candidat idéal (eux-mêmes). C'est peut-être cela la plus grande force du message de Valérie Pécresse. Elle, elle a déjà donné. Elle ne souhaite pas forcément se représenter à la présidentielle. En revanche, elle a indiqué des éléments incontournables pour ne pas sombrer avant la bataille.
En clair, parce qu'elle-même n'ose pas le dire clairement : il faudra un candidat mais aussi un projet communs entre Les Républicains et le Bloc central, ce fameux Socle commun qui tente de gouverner la France depuis l'été 2024. Ce message aurait donc été plus efficace en le disant franchement. C'est même ce que leurs électeurs attendent d'eux, une candidature de rassemblement et de raison.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (07 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Valérie Pécresse.
Tribune de Valérie Pécresse publiée dans "Le Figaro" le 4 mai 2026.
Sébastien Lecornu.
Jean-Louis Borloo.
David Lisnard.
Poisson lui-même !
Christine Lagarde.
Quand VGE poussait Pinay.
Bruno Retailleau.
Amélie de Montchalin.
Rachida Dati, candidate... à quoi, au fait ?
L'heure de Rachida Dati.
Laissez tranquille la vie privée de la ministre !
La Bataille de Paris.
L'audiovisuel public.
Michel Barnier.
Dominique de Villepin.
Nicolas Sarkozy.
Valéry Giscard d'Estaing manque beaucoup à la vie politique française.
Édouard Philippe sera-t-il le 9e Président de la Ve République ?
Olivier Marleix.
Séance publique de l'Assemblée Nationale du mardi 25 novembre 2025 (verbatim).
Hommages et complotisme.
Un choc violent.
Jean-François Humbert.
Daniel Hoeffel.
De Gaulle.
Le retour de Michel Barnier.
La censure de Michel Barnier.
Michel Barnier plaide pour la sobriété normative et procédurale !
L'échec du mélenchonisme municipal.
L'échec des insoumis à Grenoble.
Alain Peyrefitte.
Le diplomate académicien du gaullisme triomphant.
De Gaulle et les communistes.
Laurent Duplomb.
Charles Pasqua.
De Gaulle et la Chine.
La sagesse inattendue du faucon.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260507-pecresse.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/les-7-merveilles-de-valerie-268771
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/07/article-sr-20260507-pecresse.html
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