« Lors de son meeting du 30 mai, il exposera comment il s'y prendra pour gravir des montagnes qui paraissent aujourd'hui insurmontables. » (Ludovic Vigogne, le 17 mai 2026 dans "La Tribune Dimanche").
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À 37 ans, l'ancien plus jeune Premier Ministre Gabriel Attal s'apprête à déclarer officiellement sa candidature à l'élection présidentielle de 2027. Il devrait le faire au cœur de la France profonde, dans quelques jours, avant son grand meeting de lancement qui aura lieu le samedi 30 mai 2026 à la Porte de Versailles à Paris. Avec Jordan Bardella, y aura-t-il un choc des trentenaires au plus haut sommet de l'État ?
Le porte-parole du gouvernement à l'époque de la crise du covid fait partie de cette espèce d'hommes médiatiques très lisses, à l'instar de Manuel Valls, dont toute action est basée exclusivement par la communication politique.
Homme pressé, Gabriel Attal a certes toute la légitimité pour déclarer sa flamme à la République : expérience ministérielle longue (sept ans au pouvoir), Matignon (beaucoup en rêvent, peu y sont appelés), chef d'un grand parti de gouvernement, le deuxième plus important en nombre à l'Assemblée Nationale, et une implantation locale impressionnante.
Gabriel Attal voudrait-il refaire en 2027 ce qu'a fait Emmanuel Macron en 2017, c'est-à-dire une campagne médiatique intense pour faire passer sa candidature du stade de forte incertitude en évidence indiscutable ? Ou au contraire, Gabriel Attal voudrait-il refaire en 2027 ce qu'a fait Nicolas Sarkozy en 2007, dix ans plus tôt ? Autrement formulé, Gabriel Attal serait-il pour Emmanuel Macron ce qu'a été Nicolas Sarkozy pour Jacques Chirac, c'est-à-dire un dauphin récalcitrant, chantant les joies de la rupture dans une démarche pourtant absolument de continuité avec son ancien mentor ?
Car si Emmanuel Macron a sans aucun doute misé sur lui en janvier 2024 en le nommant à Matignon, le charme s'est rompu dès juin 2024 avec la dissolution inopinée de l'Assemblée. On peut le comprendre, dissoudre l'Assemblée signifiait avant tout dissoudre son gouvernement qui n'aura pas longtemps vécu (moins que celui de Sébastien Lecornu maintenant). Depuis la dissolution, le fossé s'agrandit entre Emmanuel Macron et Gabriel Attal. Ce dernier veut mettre en avant justement les différences qu'il a avec le Président de la République, en particulier qu'il écoute les Français, qu'il souhaite partager les pouvoirs de l'État avec les élus locaux, etc.
En fait, ni Macron 2017, ni Sarkozy 2007, Gabriel Attal viserait plutôt le Chirac 1995, il y a plus de trente ans, à l'époque où Jacques Chirac était distancé très largement par son rival Édouard Balladur dans les sondages. Jacques Chirac a alors gardé espoir, et est reparti par la base, en visitant la France profonde, en allant rencontrer tous les Français. Ainsi, le leader de Renaissance a expliqué à Ludovic Vigogne, pour "La Tribune Dimanche" : « Je regarde beaucoup la campagne de Jacques Chirac en 1995. Il partait de loin au départ mais a su déjouer tous les pronostics en parlant au cœur des Français. ». Lui aussi déjouera-t-il les pronostics actuels ?
Le parallèle est saisissant : au lieu d'Édouard Balladur, le rival de Gabriel Attal s'appelle aussi Édouard, mais Édouard Philippe, très largement en tête dans leur rivalité. Seulement voilà, à la différence de Chirac vs Balladur version 1995, ils ne sont pas seuls à concourir et ni l'un ni l'autre ne sont aujourd'hui les favoris.
Pour l'instant, Gabriel Attal a cherché à faire un sans-faute en verrouillant sa base partisane : élu président du groupe Renaissance (EPR) à l'Assemblée le 13 juillet 2024, il s'est fait aussi élire secrétaire général de Renaissance le 8 décembre 2024, si bien qu'il possède tous les clefs de la maison des macronistes. Il a publié un livre le 16 avril 2026, "En homme libre", aux éditions de L'Observatoire, une esquisse de projet politique qui n'est certainement pas d'une grande littérature mais cela lui donne l'occasion de traverser la France des librairies (en particulier dans des villes amies comme à Bordeaux le 5 mai 2026).
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Renaissance lui a officiellement demandé, le 12 mai 2026, de se lancer clairement dans l'aventure présidentielle. Cela a aussi permis de comprendre qu'il ne serait pas soutenu par un certain nombre de responsables de Renaissance, à commencer par Élisabeth Borne, Yaël Braun-Pivet, Aurore Bergé, etc. (N'y aurait-il qu'une fronde des femmes dans ce parti ?).
Dans ce compte à rebours scrupuleusement préparé, Gabriel Attal a avantageusement prévu un appel à la candidature. Une sorte de répétition de la recherche de parrainages. C'est ainsi que plus de 500 maires et élus locaux ont solennellement appelé à sa candidature le 17 mai 2026, avec, parmi les premiers signataires, l'ancien chiraquien Renaud Muselier, président du conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur (qu'on aurait pu imaginer roulant pour Édouard Philippe : il a rencontré Gabriel Attal le 9 mai 2026 à Aix-en-Provence pour un déjeuner de travail), et quelques nouveaux maires Renaissance de grandes villes, Thomas Cazenave, maire de Bordeaux ; Antonin Armand, maire d'Annecy, et aussi Laurent Suau, président du conseil départemental de Lozère, encore Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne ; Denis Thuriot, maire de Nevers ; Nathalie Nieson, maire de Bourg-de-Péage ; Franck Riester, maire de Coulommiers ; Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio ; Pascal Claverie, maire de Tarbes, etc.
Et qu'ont-ils écrit, ces signataires attalistes, dans leur appel ? Ils ont proclamé : « Nous refusons de voir la France livrée aux défaitistes, aux fatalistes, à tous ceux qui n'ont rien d'autre à promettre que la gestion du déclin. Nous refusons de nous résoudre à l'idée que notre pays doive se résigner à l'impuissance, à l'immobilisme, aux extrêmes et au repli. ».
Et de faire acte de foi : « Nous avons besoin d'un Président qui ait la force d'agir. Gabriel Attal l'a montrée dans toutes les responsabilités qu'il a exercées. Nous avons besoin d'un Président qui sache écouter, concerter et qui soit prêt à partager le pouvoir. En proposant de déparisianiser la France et de donner plus de marges aux territoires, Gabriel Attal défend une pratique du pouvoir fondée sur le respect, le dialogue et les responsabilités partagées. (…) Nous avons besoin d'un Président qui comprenne le monde actuel pour préparer notre pays à l'avenir. Alors que certains ont la nostalgie et le retour en arrière comme programme et que d'autres promeuvent l'immobilisme, Gabriel Attal affirme une ambition pour le progrès et prépare le futur de notre pays et de notre Europe. ».
L'enjeu n'est pas la candidature mais la candidature de la candidature du Bloc central. Il n'y en aura qu'une seule, évidemment. A priori, le véritable concurrent, pour le moment, est Édouard Philippe, et le journaliste Jean Leymarie a bien résumé l'enjeu le 13 mai 2026 sur France Culture : « La bataille est donc lancée. Chacun son style. Prudent, pour Édouard Philippe : le maire du Havre temporise. Tonitruant, pour Gabriel Attal. Il doit marquer des points. Il veut qu’on le remarque, maintenant, et pas dans six mois. Pour qu’on le remarque, il tape fort, avec des propositions marquantes, clivantes, les siennes ou celles qu’il soutient, à l’Assemblée : l'interdiction du voile aux moins de quinze ans, le retour d’une région Alsace, la proposition de loi Yadan contre l’antisémitisme, l’ouverture des commerces le 1er mai… Des sujets variés, mais un point commun : ils créent des polémiques, du débat. Ils font parler d’eux, et donc de Gabriel Attal. Souvent, au bout du compte, ils font pschitt. Ils n’aboutissent pas. Mais est-ce le but ? Le futur candidat veut surtout envoyer des signaux, montrer qui il est, marquer son terrain. ».
C'est son positionnement politique qui pose problème à certains de ses amis politiques qui ne le suivent plus. Il voudrait se positionner au centre gauche, plus à gauche qu'Édouard Philippe voire Bruno Retailleau, mais il utilise des marqueurs de droite qui risquent de faire fuir les sociaux-démocrates du PS avec l'ouverture des commerces le 1er mai, plus de flexibilité... Où est la cohérence ?
Certains responsables politiques étaient ailleurs, comme Michel Jobert, d'autres nulle part, comme François Asselineau. Gabriel Attal, lui, veut être partout (au risque d'être "Je suis partout"), comme l'a dessiné Jean Leymarie : « Gabriel Attal veut apparaître plus à gauche que la droite, plus à droite que la gauche. En même temps, il énerve les centristes. Et il va chercher conseil auprès de… Nicolas Sarkozy. Il veut être partout. Mais partout, c’est où ? ». Ben, à l'Élysée, pardi !
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (17 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260517-gabriel-attal.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gabriel-attal-en-piste-pour-l-269119
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/19/article-sr-20260517-gabriel-attal.html
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