« Être intellectuel, aujourd'hui, c'est avoir plus de moyens, plus de loisirs que beaucoup d'autres. Et cela donne des responsabilités : la responsabilité de voir clair, de refuser la résignation, de se mettre au service des causes qu'on croit justes. » (Huguette Bouchardeau, propagande présidentielle de 1981).
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L'ancienne candidate à l'élection présidentielle de 1981, Huguette Bouchardeau est morte à Paris le 18 mai 2026 à quelques jours de ses 91 ans. Candidate militante, placée à la tête du PSU (parti socialiste unifié) parce qu'elle était une femme (elle n'était pas dupe de ses camarades), et intellectuelle, agrégée de philosophie, docteure en sciences de l'éducation, universitaire lyonnaise.
J'ai déjà évoqué son parcours intéressant. Je n'ai jamais adhéré aux idées d'Huguette Bouchardeau et à l'époque de sa candidature à l'élection présidentielle, elle m'étonnait surtout par ses cheveux, j'avais du mal à la voir dans le fauteuil de De Gaulle (j'étais jeune à l'époque !), mais j'étais impressionné par son courage. Pas facile d'être une femme en politique pendant ces années-là. Entre l'alibi et la victime d'une misogynie ambiante. Aujourd'hui, cela paraît très commun (et encore heureux, notre société évolue, et c'est en bien, malgré les dires des déclinistes, l'évolution permet aux femmes d'être aux postes de responsabilité et on ne cherche plus justement à se préoccuper de la coiffure ou de la robe d'une candidate), mais en 1981, c'était un acte d'audace peu évident.
Certes, en 1981, la société avait déjà évolué. Huguette Bouchardeau expliquait justement qu'en 1981, ses amis du PSU l'avaient poussée à se présenter à l'élection présidentielle car le fait d'être femme leur apporterait des voix, tandis que les mêmes, en 1968, lorsqu'elle s'était présentée aux législatives, le regrettaient car ils pensaient que le fait d'être femme allait leur faire perdre des voix. C'est Arlette Laguiller qui avait montré l'intérêt d'une candidature en 1974 : une candidature présidentielle apporte une exceptionnelle exposition médiatique.
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Huguette Bouchardeau était avant tout, au-delà de sa vie professionnelle très intellectuelle, une militante pour la cause des femmes. Après tout, elle aurait pu se retrouver auprès de François Mitterrand à la place d'une future collègue du gouvernement Yvette Roudy ou encore de Nicole Questiaux, mais son caractère l'incitait plutôt à rejeter la SFIO puis le PS au profit d'une organisation plus indépendante, plus pacifiste, plus écologiste, plus soucieuse des évolutions sociétales.
Lorsqu'elle est devenue secrétaire nationale du PSU, en 1979, c'était parce qu'elle était une militante féministe, mais aussi une intello. Elle servait en quelque sorte de "devanture" à ce micro-parti qui espérait ainsi augmenter les chances d'être écouté et vu : « Dans les meetings, je disais, en provoquant, que quand une profession commence à se féminiser, elle est en voie de dévalorisation. J'ai toujours dit ce que je pensais sur ce sujet-là. Pendant quelques mois, j'ai mal vécu ce début de secrétariat national du PSU, j'avais le sentiment qu'ils m'avaient mise là parce que c'était bien qu'un parti qui se disait féministe, écolo, etc., ait une femme à sa tête, mais ils se disaient quand même que j'étais là comme simple porte-parole. (…) Nous, on pense, et toi, tu causes… (…) C'est vrai que si je ne leur avais pas paru capable de faire ça, ils ne m'auraient pas poussée, ou sinon ils auraient pris quelqu'un qui présentait bien, qui était mignonne. Ce n'est pas ce qu'ils ont cherché. Ils se sont vraiment dit que faire une place à une femme à la tête d'un parti, c'était la bonne position. (…) Ils voulaient une femme à la tête du parti et une candidate aux élections présidentielles. ».
En gros, elle s'est sentie un peu manipulée, mais comme elle était du genre cash, elle en a fait un bouquin après l'élection présidentielle de 1981 pour tout lâcher. Elle a ainsi fait campagne sur des idées complètement loufoques et hors-sol, comme la suppression de la dissuasion nucléaire française (heureusement aujourd'hui qu'on ne l'ait pas suivie hier !), ou encore faire la réduction du temps de travail à 30 heures hebdomadaires (Lionel Jospin et Martine Aubry ont fait les 35 heures et cela a plombé l'économie française pendant plus d'une génération), etc. Le PSU avait de belles idées généreuses comme faire un plan pour la faim dans le monde, etc. mais aucune pour engendrer des richesses supplémentaires pour le pays ni pour assurer son indépendance militaire et énergétique.
Il faut donc considérer la candidature présidentielle d'Huguette Bouchardeau comme le passage d'une comète, très furtif et temporaire. N'étant pas un ténor de la vie politique, même pour un micro-parti (comme l'a été Arlette Laguiller pour Lutte ouvrière), elle n'a finalement pas vraiment bénéficier de sa notoriété de star de la présidentielle (même si elle était la dernière en voix, elle faisait partie de trois rares femmes candidates). Cette notoriété n'a en tout cas pas été suffisante pour se faire élire députée à Saint-Étienne en juin 1981, battue par le candidat communiste.
Au bout de deux ans de victoire socialiste, François Mitterrand l'a finalement "récupérée" pour l'intégrer dans les gouvernements de Pierre Mauroy puis de Laurent Fabius comme Ministre de l'Environnement (entre mars 1983 et mars 1986). Ses amis du PSU lui en ont voulu car elle trahissait ainsi leur confiance (de participer au gouvernement d'une gauche archaïque) mais elle a eu pour réponse de quitter le PSU. Difficile d'être intello et d'être embrigadée durablement dans un micro-parti aux idées souvent arrêtées.
Son passage ministériel a été utile. On lui doit une loi intéressante et qui a fait date, la loi n°83-630 du 12 juillet 1983 relative à la démocratisation des enquêtes publiques et à a protection de l'environnement qui visait à élargir l'obligation des enquêtes publiques quand une construction pouvait affecter l'environnement.
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À partir de 1986, Huguette Bouchardeau a eu une carrière politique classique, elle s'est fait élire puis réélire députée du Doubs de 1986 à 1993 (elle a même été candidate au perchoir en janvier 1992, quand Laurent Fabius l'a quitté pour la tête du PS, pour représenter les députés de la France Unie, ce groupuscule de députés mitterrandistes non-socialistes ni radicaux de gauche), et à partir de 1993, elle a été chargée d'une mission sur les enquêtes publiques, puis maire d'Aigues-Vives, dans le Gard, de 1995 à 2001. Sa circonscription allait devenir celle de Pierre Moscovici en 1997.
De son existence politique, c'est toujours la féministe, c'est-à-dire la militante des droits des femmes qui devait revenir le plus fréquemment. Elle s'était ainsi confiée en 1999 sur ce qu'était une femme engagée (déjà cité en 2025), elle qui a eu une vie professionnelle bien occupée comme enseignante, une vie politique pas moins prenante, et malgré tout, elle était aussi une épouse et la mère de trois enfants : « Il faut voir dans la vie politique, les femmes comme Aubry, Buffet, Guigou, Royal, Voynet. Nous avons été, nous, une génération intermédiaire à dire que nous nous situions hors du pouvoir… Maintenant elles font le même type de carrière politique que les hommes. L'histoire des femmes ne se fait pas simplement au moment où il y a des grandes manifestations (…). Les conquêtes des femmes se prolongent dans le silence, et individu par individu presque. ».
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (21 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Huguette Bouchardeau.
Qui se souvient d'elle ?
L'investiture de François Mitterrand.
Itinéraire d'un Mitterrand gâté.
Le seul Front populaire.
Yvette Roudy.
Benoît Hamon.
Lionel Jospin.
Jack Lang.
Jérôme Guedj.
Caroline Lang.
Entre culture et imposture.
François Mitterrand.
Jean-Yves Le Drian.
Pierre Bérégovoy.
Un Pinay de gauche.
Hommage de François Mitterrand à Pierre Bérégovoy le 4 mai 1993 à Nevers (texte intégral).
Nicole Questiaux.
Entre social-démocratie et union de la gauche.
André Chandernagor.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260518-huguette-bouchardeau.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/huguette-bouchardeau-une-intello-269206
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/22/article-sr-20260518-huguette-bouchardeau.html
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