« Nous croyons en la dignité de la personne humaine. L'homme, avec ses élans, ses rêves, ses remords, son petit sac de secrets, son mystère, capable d'atteindre le pire ou le sublime, n'est pas né pour se voir imposer l'humiliation ou l'oppression. Respecter sa dignité, c'est garantir son droit à la liberté. Mais l'homme n'est pas seul. (…) Il est membre de la communauté humaine et nous croyons en l'identité de nature entre tous les hommes. » ("L'autre solution", André Diligent, 1977).
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La première fois que j'ai adhéré à un partit politique, un engagement qui m'impressionnait alors, je ne savais pas du tout où je mettais les pieds, c'était en 1987 au CDS, le Centre des démocrates sociaux, une composante de l'UDF. Je m'y étais aventuré sans vraiment connaître ce parti, simplement par soutien total à Raymond Barre, candidat à l'élection présidentielle de 1988, car c'était le seul parti vraiment structuré qui le soutenait sincèrement (j'insiste sur l'adjectif). Je reste d'ailleurs le dernier barriste de l'Univers et s'il en existe encore un autre non identifié (par moi), n'hésitez pas à me contacter pour ne pas être trop seul !
Le Centre des démocrates sociaux a été fondé au congrès de Rennes il y a cinquante ans, du 21 au 23 mai 1976. Cinquante ans ! Je frissonne à l'idée que je suis désormais un ancien combattant prêt à créer l'Amicale des anciens du CDS comme il existe encore une Amicale du MRP (ils n'ont pas osé mettre "Amicale des anciens du MRP", aujourd'hui présidée par Pierre Méhaignerie, car il n'y a plus d'anciens), pancarte que, hilare, je voyais régulièrement accrochée dans une salle du 133 bis, rue de l'Université, à Paris, dit simplement "133 bis", siège historique des centristes, actuellement siège du MoDem de François Bayrou.
Mais il faut dire que ce parti est l'un des seuls vraiment consistants que j'ai connus, à la fois en tradition historique (un courant politique qui date au moins de la création du PDP, en 1924, mais aussi plus ancien) et en tradition philosophique, reprenant la doctrine sociale de l'Église. Parmi les références intellectuelles de ce parti, il faut citer Étienne Borne, Emmanuel Mounier, Marc Sangnier, Frédéric Ozanam, Henri Lacordaire, Félicité de Lamennais, etc.
C'est toute la différence avec les partis actuels qui ne sont que des écuries présidentielles. Le CDS était un courant politique avant d'être une écurie présidentielle, et même, le véritable handicap du CDS, c'était justement de ne pas avoir été une écurie présidentielle.
Il y a déjà quelque temps, j'avais brossé un petit tableau de la famille centriste (c'est une véritable famille, où l'on s'aime et où l'on s'engueule, où l'on se quitte et l'on renoue, et toujours avec des valeurs communes), à l'époque de la création du MoDem. Je recommande de s'y référer le cas échéant.
Reprenons l'événement historique en 1976, car c'était bien le cas même si cela a pu passer inaperçu. Le CDS a été la fusion de deux partis centristes à la stratégie divergente en 1969 : le Centre démocrate de Jean Lecanuet qui était resté dans l'opposition jusqu'à l'élection de Valéry Giscard d'Estaing et le Centre Démocratie et Progrès (CDP), scission du Centre démocrate en 1969, qui a rejoint, sous la direction de Jacques Duhamel, la majorité giscardo-gaulliste lors de l'élection de Georges Pompidou qu'il avait soutenu pendant la campagne présidentielle.
Remontons encore : le Centre démocrate était l'héritier du MRP, le Mouvement républicain populaire, fondé à la Libération pour rassembler tous les résistants épris de liberté et les démocrates chrétiens. La plupart des gaullistes étaient également dans ce parti avant la création du RPF par De Gaulle en 1947. Pour donner une idée générale, le MRP était à la Quatrième République ce que le parti radical était à la Troisième République et le parti gaulliste (de l'UNR à l'UMP) est à la Cinquième République (du moins jusqu'en 2017), à savoir le parti dominant, hégémonique.
Ce courant politique, qui n'a jamais été majoritaire en France, l'a été dans de nombreux pays d'Europe, et en particulier en Allemagne avec la CDU. Il est souvent désigné comme la démocratie chrétienne ou le catholicisme social, mais dans un pays de laïcité comme la France, toute référence à une religion est à proscrire car elle exclut. Ainsi, le nom de ce parti, Centre des démocrates sociaux, disait bien ce qu'il voulait dire : il était au centre de la vie politique et rassemblait les démocrates sociaux, partie donc centriste du centre droit, à ne surtout pas confondre avec les sociaux-démocrates qui sont, par exemple en Allemagne, opposés aux démocrates chrétiens,et en France, c'est une aile du PS. Le CDS a d'ailleurs fait partie des partis européens fondateurs du Parti populaire européen (PPE) censé regrouper les partis démocrates chrétiens européens. L'héritier du CDS a néanmoins changé son affiliation européenne en rejoignant l'Alliance démocrate libérale européenne (devenue Renaissance sous Emmanuel Macron) quand le PPE a intégré le RPR, les conservateurs britanniques, etc. qui n'étaient pas des démocrates chrétiens mais des partis de droite classique.
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Le 23 mai 1976 à Rennes, donc, le CDS s'est doté d'un premier bureau. Le président en était Jean Lecanuet (56 ans), député-maire de Rouen, ministre d'État et surtout, ancien candidat à la Présidence de la République en 1965, celui qui a mis De Gaulle en ballottage. Jacques Barrot (39 ans), futur ministre, a été désigné secrétaire général du mouvement. Il était issu du CDP, pas pour longtemps car André Diligent, député-maire de Roubaix, lui a succédé en octobre 1977 et lui était issu du CD (Centre démocrate). L'importance des centristes sous Giscard était réelle, et la meilleure preuve, c'est que Jean Lecanuet a cumulé la présidence du CDS avec celle de l'UDF lorsque celle-ci fut créée par VGE en 1978.
Dans la vie du CDS, il y a eu trois périodes.
La première, entre 1976 et 1982, qui a été dominée par Jean Lecanuet et André Diligent. C'était du MRP moderne, mais à l'ancienne, à l'époque où les centristes et les gaullistes s'affrontaient férocement. L'objectif en 1981 était la réélection de Valéry Giscard d'Estaing et un possible Premier Ministre CDS.
La deuxième période provient de l'élection de François Mitterrand en 1981 : l'équipe dirigeante du CDS a laissé la place à une nouvelle génération. Au congrès de Versailles, du 29 au 31 mai 1982, c'est Pierre Méhaignerie, ancien ministre, député breton, issu du CD qui a été élu de justesse au second tour (soutenu par Jacques Barrot) face à Bernard Stasi, plus à gauche et autonomiste bien qu'issu du CDP (ancien ministre de Georges Pompidou). Ce fut donc cette génération Méhaignerie, Barrot et Stasi qui a dirigé les démocrates sociaux : Pierre Méhaignerie à la présidence, Jacques Barrot au secrétariat général et Bernard Stasi à la première vice-présidence. En 1988, Pierre Méhaignerie a pris une décision très audacieuse de créer un groupe parlementaire autonome, l'UDC (Union du centre), indépendant de l'UDF, pour réaffirmer les valeurs du CDS et éventuellement soutenir les bonnes idées du gouvernement minoritaire de Michel Rocard.
Cette génération a tenté, d'ailleurs, de s'accrocher à la fin des années 1980 après l'échec de Raymond Barre à l'élection présidentielle de 1988. Cela s'est fait en trois temps.
Le premier temps a eu lieu en mars 1989 avec l'arrivée des trois "B". Quand j'écris "l'arrivée", cela signifie leur émergence médiatique et politique, qui a montré que le CDS pouvait se rajeunir avec la génération suivante : Dominique Baudis, député-maire de Toulouse, François Bayrou, député des Pyrénées-Atlantiques, et Bernard Bosson, député-maire d'Annecy. Eux trois, ainsi que trois jeunes députés du parti républicain (PR, giscardien, dont Philippe de Villiers) et six jeunes députés du RPR (dont Philippe Séguin), ont créé les Douze rénovateurs pour tourner la page à l'hégémonie de Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing sur l'alliance UDF-RPR. L'initiative a tourné court à cause du manque d'audace de Philippe Séguin, mais a permis de révéler au sein du CDS ces trois "B", Baudis, Bayrou, Bosson.
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Ce changement de génération s'est réalisé en deux autres temps.
Le congrès d'Angoulême, du 11 au 13 octobre 1991, a permis d'entrevoir un passage de témoin. Là encore, le manque d'audace du très médiatique Dominique Baudis a permis à Pierre Méhaignerie d'avoir un sursis. Il n'a pas osé "tuer le père" (très démocrate chrétien) alors qu'il était prévu que, soutenu par la caution morale qu'était devenu Bernard Stasi, Dominique Baudis se présentât à la présidence (il aurait eu l'appui des adhérents qui attendaient du sang neuf). Résultat, une direction contrastée : Pierre Méhaignerie a sauvé son poste de président du CDS (il faut dire que c'était la préparation des élections législatives de 1993 et qu'il était très fort pour négocier des investitures aux législatives avec le reste de l'UDF et surtout le RPR), Jacques Barrot laissait sa place de secrétaire général à Bernard Bosson et Dominique Baudis devenait un président exécutif, ce qui, sur le papier, ne voulait pas dire grand-chose.
Le changement de président devait avoir lieu au congrès de Rouen du 22 au 24 avril 1994, mais finalement, en raison des élections européennes (Dominique Baudis a mené la liste UDF-RPR), cela a été remis au congrès de Vincennes les 10 et 11 décembre 1994, juste avant l'élection présidentielle de 1995 qui avait pour principale caractéristique l'absence totale de candidat issu de l'UDF et du CDS, même par procuration. En principe, il aurait dû y avoir l'élection triomphale de Dominique Baudis qui aurait pu incarner, par son charisme et sa personnalité, le centre de manière vivante et efficace. Mais finalement, le train était déjà passé et il ne l'a pas pris à Angoulême. Tout le monde, au CDS, ne pensait qu'à Bernard Bosson, secrétaire général, très aimé des fédérations et des adhérents pour sa proximité et ses réflexions.
Mais les six mois de différences ont changé le cours des choses. François Bayrou, le troisième "B", en a profité pour se présenter, lui aussi, à la présidence du CDS, et le combat entre Bayrou et Bosson fut aussi rude qu'en 1982 entre Méhaignerie et Stasi. Imaginant sa revanche, Pierre Méhaignerie a soutenu discrètement François Bayrou qui pouvait compter sur les laissés-pour-compte de Bernard Bosson (candidats non investis, minoritaires au sein de leur fédération, etc.). Mais si François Bayrou, finalement, a gagné cette élection interne, c'était grâce à lui et à son talent de convaincre les centristes qu'ils valaient un grand parti et qu'ils méritaient un présidentiable crédible. François Bayrou voulait associer son ambition (énorme) à celle de son parti. Bernard Bosson, lui, ne semblait vouloir qu'une simple continuité, plus confortable, d'un parti toujours associé à la droite, préservant sa spécificité, et qui n'aurait pas une influence majeure dans la vie politique.
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Dans son discours du 10 décembre 1994, Bernard Bosson, soutien du candidat Édouard Balladur, refusait de considérer l'UDF comme un seul parti : « Pour moi, le CDS c'est la clarté et l'exigence ! C'est pourquoi, j'ai toujours été et je suis pour une UDF, confédération, alliance électorale indispensable face au RPR car soyons francs le principal, peut-être même le seul, ciment de l'UDF, c'est l'existence du RPR. Mais l'UDF ne peut pas être un parti politique, et l'erreur qui a été commise au cours des dernières années, c'est d'avoir cherché, en vain d'ailleurs, à ce qu'il le devienne. ».
Avant son élection, François Bayrou exposait son ambition le 10 décembre 1994 : « Je voudrais saluer, au premier rang de cette salle, le dernier chef de gouvernement qui ait appartenu à notre famille politique. Je salue Pierre Pflimlin. Je le salue à la fois comme son ancien collaborateur, et s'il le permet, avec respect, comme son ami. Je le salue aussi comme une sorte de reproche pour nous. Tant que nous n'aurons pas donné à Pierre Pflimlin des successeurs, des collègues, tant que nous n'aurons pas assumé les responsabilités majeures du pouvoir, d'une certaine manière, nous ne serons pas tout à fait fidèles. Voilà trente-six ans, depuis le premier jour de la Ve République, voilà trente-six ans que les décisions majeures se prennent sans nous, loin de nous. Voilà trente-six ans que se poursuit devant, nos congrès la controverse la plus stérile qu'on puisse imaginer, la controverse entre les purs qui veulent rester isolés et les pragmatiques qui veulent se rallier. Et je m'étonne que l'on ne voit pas qu'il s'agit des deux faces de la même médaille d'impuissance. C'est parce qu'on est isolé que l'on est contraint de se rallier. Et parce qu'on se rallie qu'on demeurera isolé. C'est la même médaille. ».
Et d'évoquer la création d'un large rassemblement autour du CDS : « Nous vivons dans des institutions sous la Ve République où toutes les élections majeures se jouent à deux tours et où pour figurer au deuxième tour, il faut être capable de gagner le premier. C'est parce que nous n'avons pas été capables, sur les trente-six années écoulées, de constituer un mouvement assez large, assez fort, assez sûr de lui pour gagner le premier tour que nous n'avons jamais pu gagner le deuxième. Voilà le véritable enjeu. Ou bien nous choisissons de rester entre nous, et nous sommes condamnés à la marginalité. Ou bien nous choisissons au contraire de constituer autour des valeurs du CDS, autour des valeurs de notre histoire, autour de celles de Schuman, de Dru et de Lecanuet que j'évoquais à cette tribune, un grand mouvement politique capable de gouverner la France. Je demande que nous constituions un PPE à la française. Un Parti Populaire à la française, un Parti Populaire Européen chargé de diffuser les valeurs de la démocratie chrétienne dans la société française. Et ce mouvement, ce PPE à la française, c'est le seul moyen dont nous disposons à mes yeux pour faire réellement rayonner l'équipe de responsables remarquables que vous avez au premier rang, dont vous suivez l'action. (…) Si ce centre avait existé, si ce PPE à la française avait existé, il aurait gouverné la France et il aurait rassemblé bien au-delà de ses rangs. Il aurait arrêté tous ceux qui nous ont rencontrés un jour, ont essayé de faire un bout de route avec nous et puis se sont éloignés. S'il avait existé, Raymond Barre aurait été dans ce PPE à la française. Il y aurait eu Simone Veil, il y aurait eu Giscard, il y aurait eu Millon, il y aurait eu Jean François-Poncet. Si ce mouvement avait existé, Balladur et Delors en auraient été membres. C'est notre isolement et l'isolement de nos voisins, c'est notre impuissance qui a organisé la diaspora des forces du Centre, qui a fait que nous avons été écartés du pouvoir et que ceux qui ont gouverné ont été écartés de nous. ».
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Dans son discours du 11 décembre 1994, après son élection, François Bayrou a déclaré : « Je disais la crédibilité, et la crédibilité personnelle va naturellement avec la crédibilité politique, c'est à dire avec l'étude des chances. Je suis de ceux qui pensent que l'on ne sert pas sa famille politique si on court le risque de réaliser un score beaucoup trop bas. Les candidatures de témoignage, sauf sur des sujets dramatiques, naturellement, face au totalitarisme, ce n'est pas un service à rendre à sa famille politique. Songez à Gaston Defferre en 1969, le socialisme a été plutôt plus faible après qu'il ne l'était avant. On ne doit pas jouer avec ces choses-là. ».
Au même moment que l'élection de François Bayrou à la tête du CDS, Jacques Delors annonçait sur TF1 qu'il ne serait pas candidat à l'élection présidentielle. C'était une bonne nouvelle pour le CDS car en cas de candidature du Président de la Commission Européenne, le parti centriste risquait l'explosion : les dirigeants soutenaient de toute façon Édouard Balladur ou Jacques Chirac, tandis que les militants auraient soutenu Jacques Delors.
L'élection de François Bayrou, balladuro-sceptique, à la présidence du CDS le 11 décembre 1994 à Vincennes a été une révolution culturelle chez les centristes : eux aussi pouvaient penser un jour occuper le sommet de l'État. Le 25 novembre 1995, le CDS a fusionné au congrès de Lyon avec le petit parti d'André Santini pour former Force démocrate, rapidement fusionné dans la Nouvelle UDF en 1998.
On connaît la suite : François Bayrou a été trois fois candidat à l'élection présidentielle, et en 2007, il n'était pas loin du second tour avec 18,6% des voix, ce qui est plus important que le score de Raymond Barre. Simplement, François Bayrou a tenté de mouler le parti centriste à la Cinquième République, comme l'a fait François Mitterrand avec le PS. Quant au CDS, il reste désormais à le faire renaître !
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (21 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Où sont passés les démocrates sociaux ?
Le CDS, le Centre des démocrates sociaux.
François Bayrou.
Jean-Louis Borloo.
Olivier Falorni.
André Santini.
Daniel Hoeffel.
Olivier Stirn.
Claude Malhuret.
Didier Borotra.
François Bayrou.
Jean-François Kahn.
Laurence Vichnievsky.
Monique Pelletier.
Olivier Falorni.
Henri Grouès.
Anne-Marie Comparini.
Marielle de Sarnez.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260521-cds.html
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http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/22/article-sr-20260521-cds.html
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