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25 mai 2026 1 25 /05 /mai /2026 03:30

« Pour demain, il n'a plus en tête d'ambition électorale. Comme l'avait rapporté "La Tribune Dimanche" dès le 31 août, il ne sera pas candidat à la prochaine présidentielle. Ce n'est pas pour autant qu'il ne cherchera pas à peser. N'y était-il pas parfaitement parvenu en 2017 ? » (Ludovic Vigogne, le 17 mai 2026 dans "La Tribune Dimanche").



 


Que devient l'ancien Premier Ministre François Bayrou ? Il s'active ! On aurait pu croire qu'il allait progressivement se retirer de la vie politique. Après tout, il a une belle carrière politique derrière lui. Il n'a plus de mandat exécutif, après sa défaite le 22 mars 2026 à la mairie de Pau à cause de quelque 344 voix de retard (il en était le maire depuis mars 2014, mais la ville était plutôt socialiste), et mine de rien, de la même année que Michel Barnier, Jean-Louis Borloo et Jean-Luc Mélenchon, il va fêter son 75e anniversaire lundi 25 mai 2026. Par comparaison, De Gaulle a eu 75 ans en novembre 1965, juste avant de se représenter.

Hors-jeu le président du MoDem pour l'élection présidentielle de 2027 ? C'est ne rien comprendre au personnage dont l'ambition a toujours été, au-delà de son ambition personnelle, de porter l'existence d'une force politique centrale, durable et surtout indépendante. La venue du candidat Emmanuel Macron était très atypique en 2017 dans sa conception. Le parti présidentiel (devenu Renaissance pour le second quinquennat) ne peut pas vraiment être considéré comme une formation centriste. Certes, il y a des anciens socialistes et des anciens LR, mais justement, un mélange de droite et de gauche ne fait pas forcément du centre. Pour François Bayrou, le centre est un courant politique très ancré dans la tradition historique et philosophique, celle de Léon XIII, du catholicisme social, de la démocratie chrétienne. Une volonté farouche de solidarité sociale, humaniste, mais avec l'indispensable efficacité économique sans laquelle on ne peut rien redistribuer.

près avoir saturé les antennes de télévision juste avant son non-vote de confiance, en août et septembre 2025, où il n'a jamais cessé d'appeler les députés à la rigueur budgétaire, François Bayrou est resté très silencieux une fois parti de Matignon. Déjà parce qu'il avait besoin de se reposer, mais aussi parce qu'il voulait laisser son successeur, fort habile, Sébastien Lecornu, gouverner tranquille, sans avoir sur lui un regard paternaliste. Il n'a accordé qu'une interview six mois plus tard, en mars (j'y reviendrai sans doute). Il faut dire aussi qu'il voulait se consacrer à sa campagne municipale à Pau qu'il a ratée de justesse à cause, selon lui, du scandale de Bétharram et de la volonté odieuse et sournoise de l'impliquer de la part de certains députés populistes.

Toutefois, son agenda va devenir un peu plus chargé dans les semaines à venir. Ce lundi 18 mai 2026, François Bayrou a participé à un colloque à l'Assemblée Nationale sur l'État de droit avec notamment ses deux prédécesseurs Élisabeth Borne et Bernard Cazeneuve (ce dernier ayant une envie irrésistible d'être candidat à l'élection présidentielle). Le 18 juin 2026, la date n'est pas choisie par hasard, il sort son nouveau livre aux éditions de L'Observatoire intitulé "Alerte sur la France qui vient". Rien qu'au titre, on devine que l'observateur politique (puisqu'il ne sera pas candidat) restera vigilant et n'hésitera pas à faire des recommandations. Ce ne sera donc pas un livre de souvenirs mais un livre pour l'avenir.

Depuis son échec aux municipales, François Bayrou n'est pas inerte. Au contraire. Il trouve qu'il y a une fenêtre de tir historique qui risque de se refermer l'été prochain. En effet, dès la rentrée scolaire de septembre 2026, la vie politique sera occupée par la précampagne présidentielle puis la campagne présidentielle.

Ce que veut faire François Bayrou nécessite du doigté et aussi de la rapidité : réunir toutes les formations centristes dans un pôle uni et constructif. Il est parti du postulat que la réunion des trois formations du Bloc central, à savoir Renaissance, le MoDem et Horizons, la formation de l'ancien Premier Ministre Édouard Philippe, sous l'appellation Ensemble Citoyens, n'a jamais fonctionné, car Emmanuel Macron n'a jamais compris l'intérêt de faire vivre son parti présidentiel et Édouard Philippe avait des visées autonomistes.

Conclusion, il faut revenir à la base des formations centristes, aujourd'hui toutes orphelines, soit d'une alliance avec la droite gaulliste classique (l'époque UDF-RPR), soit avec le macronisme triomphant (mais Emmanuel Macron ne pourra plus se présenter en 2027). Quelles sont-elles ? Il y a le MoDem, issu de l'UDF ; l'UDI, qui était déjà une première tentative, en 2012, d'unifier le centre droit avec Jean-Louis Borloo, Hervé Morin (oui oui) et Jean-Christophe Lagarde ; enfin le parti radical, de vieille tradition républicaine. En 2013, Jean-Louis Borloo et François Bayrou, pourtant rivaux, avaient réussi à s'entendre pour faire une liste commune UDI-MoDem aux élections européennes de 2014 (ce fut l'Alternative). Toutefois, la défection de Jean-Louis Borloo de la vie politique, pour raison de santé, a fait renaître toutes les forces centrifuges au sein de l'UDI : les centristes d'Hervé Morin s'en sont retirés, puis les radicaux également.

La chance de François Bayrou, après les multilessivage du paysage politique depuis treize ans, c'est que le MoDem est une formation qui sort renforcée de son alliance avec Emmanuel Macron, si bien qu'avec 37 députés, il est largement supérieure à l'UDI (seulement 7 députés à l'Assemblée) et au parti radical (1 député). Certes, l'UDI est très forte au Sénat avec l'Union centriste (un groupe de 59 sénateurs présidé par l'influent Hervé Marseille, ancien maire de Meudon, aussi président de l'UDI), mais c'est bien à l'Assemblée que se vivent et se nouent les alliances politiques. Le MoDem est aussi supérieur à Horizons qui ne compte que 35 députés, et pas si éloigné que cela de LR seulement 48 députés.

François Bayrou voudrait rassembler tous ces petits partis centristes dans une nouvelle confédération (comme le fut l'UDF en 1978), en ajoutant également ...Bâtissons Ensemble, la nouvelle formation de centre gauche lancée par Élisabeth Borne avec qui François Bayrou entretient de bonnes relations, et avec Élisabeth Borne, sont associés les anciens ministres Agnès Buzyn et Éric Dupond-Moretti.


Quel est l'intérêt ? Rappeler que la majorité macroniste repose sur trois piliers : Renaissance, bien sûr, aujourd'hui incarné par Gabriel Attal, bientôt candidat à l'élection présidentielle, Horizons, dont le président Édouard Philippe sera candidat à l'élection présidentielle également, et le pôle historique du centrisme reposant essentiellement sur le MoDem. Rassembler autour du MoDem d'autres formations dont les vues politiques sont proches (à savoir construction européenne et décentralisation) pourrait lui donner plus d'influence, d'abord dans la désignation finale du candidat à l'élection présidentielle, ensuite dans les investitures aux prochaines élections législatives.

François Bayrou et son bras droit au MoDem, Marc Fesneau, ancien Ministre de l'Agriculture et actuel président du groupe MoDem à l'Assemblée, multiplient ainsi les contacts, ces derniers temps, pour arriver à cette réunification. Ont été consultés Jean-Louis Borloo, mais aussi Élisabeth Borne et même Bernard Cazeneuve (on se souvient qu'au moment de la nomination de François Bayrou à Matignon, Bernard Cazeneuve l'avait soutenu). Même l'ancien Président de la République François Hollande a fait partie des visiteurs de François Bayrou pour tenter de le séduire et de privilégier la candidature d'un social-démocrate (du genre de Raphaël Glucksmann). Bernard Cazeneuve avait d'ailleurs demandé à Marc Fesneau de venir s'exprimer devant les députés MoDem, mais ce dernier a refusé comme il l'aurait refusé à tout autre présidentiable.

Comme l'a compris "La Tribune Dimanche", les indiscrétions de BFMTV vont dans le même sens : François Bayrou ne sera pas candidat à l'élection présidentielle, donc, son soutien aura la force électorale de l'ancien candidat qui, en 2007, avait réussi à séduire 18,6% des Français : « D'après ses proches, le septuagénaire n'a "plus aucune ambition présidentielle". (…) Mais il ne compte cependant pas s'effacer. Pour tenter de peser, le centriste veut donc tirer les ficelles en coulisses. ».

Le député MoDem Richard Ramos, qui n'a pas l'habitude de mâcher ses mots, a donné à BFMTV la feuille de route : « poser des idées sur la table et montrer qu'on doit rassembler autour de quelques thèmes forts plutôt qu'autour d'une personne ». On retrouve les thèmes de prédilection de François Bayrou : lutte contre les déficits, rétablissement de la réforme des retraites, création d'une banque de la démocratie (qui financerait par des prêts garantis par l'État les campagnes électorales), etc.

L'objectif principal de ces manœuvres, c'est donc d'avoir un groupe parlementaire beaucoup plus nombreux en juin 2027 après une très probable dissolution de l'Assemblée consécutive à l'élection présidentielle. Et certains députés MoDem n'excluent pas que François Bayrou pourrait être candidat aux élections législatives pour revenir à l'Assemblée (comme l'ont fait Michel Barnier, Laurent Wauquiez et François Hollande) et éventuellement présider un groupe centriste renforcé, incontournable, pour ainsi peser sur le débat parlementaire des prochaines années. Et, pourquoi pas, diriger à nouveau un gouvernement de coalition ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou fête son 75e anniversaire.
On s'organise autour de François Bayrou..
Gabriel Attal, en piste pour l'élection présidentielle de 2027 ?
Gérald Darmanin préconise l'imprescriptibilité des crimes commis sur les mineurs.
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Élisabeth Borne quitte la direction de Renaissance.
Pourquoi Laurent Wauquiez préférerait-il Sébastien Lecornu à Bruno Retailleau ?
Bientôt, la procédure de jugement des crimes reconnus (PJCR) ?
Non au retour des ZFE !
Mai, le mois du travail ?
La non-candidature de Sébastien Lecornu.
Discours de Sébastien Lecornu le 10 avril 2026 à Matignon (vidéo et texte intégral).
Sébastien Lecornu et le charme désuet de la non-séduction.
L'adoption définitive du PLF 2026.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.


 


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260525-bayrou.html

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/21/article-sr-20260525-bayrou.html


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