« Patrick Bruel prend la décision d'annuler les concerts prévus de juin à septembre. Nous prenons cette décision pour le public et pour les festivals. » (communiqué de 14 Productions, société de Patrick Bruel, le 29 mai 2026).
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Monstre sacré de la chanson (pour midinettes), Patrick Bruel, qui a beaucoup d'admiratrices parmi ses fans, vient d'annoncer ce vendredi 29 mai 2026 dans la matinée qu'il ne participerait pas à la tournée des Enfoirés cette année, puis dans la soirée, qu'il annulait ses participations aux festivals de l'été un peu partout en France.
La raison ? Ne pas impliquer d'autres artistes avec les conséquences judiciaires des nombreuses plaintes déposées contre lui. Les affaires courent parfois depuis 2020, mais il y a eu une réelle "accélération" avec le témoignage de Flavie Flament le 15 mai 2026. Il ne s'agit pas ici d'évoquer le fond de ces affaires qui est le travail du juge.
Nous sommes en présence d'une double injonction paradoxale. D'une part, la présomption d'innocence qui signifie qu'on doit considérer un prévenu comme innocent tant qu'il n'a pas été jugé coupable et condamné. C'est l'une des bases essentielle de l'État de droit. D'autre part, la valeur de la parole des femmes victimes qui, depuis MeToo, commencent à parler alors qu'auparavant, pour différentes raisons (psychologiques, professionnelles, affectives, etc.), le silence primait et donc, l'impunité aussi primait.
De l'extérieur, c'est parole contre parole quand la personne accusée ne reconnaît pas ce dont on l'accuse. J'insiste sur "de l'extérieur", car c'est justement le travail de la justice d'instruire les dossiers et d'établir des faits, ou non faits. Tout est bon pour établir des faits ou des présomptions de faits, et d'abord, vérifier la cohérence d'un témoignage. La multiplication des accusatrices ne plaide évidemment pas en faveur de l'innocence : à moins d'un complot (c'est toujours possible et c'est au juge de l'apprécier), plusieurs victimes indépendantes les unes des autres, qui se signalent petit à petit, peuvent renforcer l'idée d'un prédateur sexuel qui, en général, n'a jamais qu'une seule victime.
La présomption d'innocence est logiquement bafouée lorsqu'elle concerne un personnage public. Pourquoi ? Parce qu'avant d'être une affaire judiciaire, l'affaire est d'abord médiatique, et à partir du moment où chacun veut y ajouter son commentaire, même sans connaissance du dossier, le lynchage ou le soutien inconditionnel, qui sont l'aboutissement du tribunal médiatique, ne sont pas satisfaisants pour la justice qui a besoin, au contraire, de raison et de calme.
La parole des femmes est aujourd'hui primordiale. La réalité est qu'il existe de nombreux prédateurs sexuels, et que ceux-ci sont d'autant plus odieux qu'ils sont des monstres sacrés dans leur domaine de compétence, dont on n'oserait pas bousculer la réputation : Nicolas Hulot comme animateur de télévision majeur, Patrick Poivre d'Arvor comme journaliste de télévision majeur, Gérard Depardieu comme acteur de cinéma majeur, Gérard Miller comme psychologue médiatique, Olivier Duhamel comme politologue, etc. La liste ici n'est hélas pas exhaustive et plus le personnage est important (ou célèbre), plus il peut se permettre d'insister auprès de ses éventuelles futures victimes.
Dans le milieu politique, la présomption d'innocence ne peut être compatible avec le devoir d'exemplarité. C'est une réelle injustice, mais celle-ci est d'ailleurs dans les deux sens : un candidat pourrait échouer aux élections parce qu'il serait accusé mais pas encore jugé ni condamné, mais une candidate qui serait condamnée une fois voire en appel pourrait au contraire être quand même élue sauf si elle avait une peine d'inéligibilité (ce qui, du reste, justifie une telle peine : bien que soutenue par des électeurs, une justiciable reconnue coupable pour des malversations financières ne doit pas pouvoir être en situation de gérer l'argent public, d'autant plus si l'infraction concerne déjà l'argent public, c'est-à-dire celui de tous les contribuables).
Chez les artistes, la situation est un peu différente : un artiste accusé ne dépend pas d'électeurs, n'a aucune prétention à l'exemplarité ni à la représentation de la population, mais il dépend toutefois de ses partenaires économiques et professionnels. Par exemple, Gérard Depardieu ne trouvera plus de réalisateur ni de producteur pour continuer à jouer au cinéma.
Depuis quelques semaines, des maires de grandes villes (pour la plupart réélus en mars 2026 et très majoritairement à gauche) souhaiteraient faire annuler voire interdire les concerts prévus de Patrick Bruel dans les prochains mois. D'une part, c'est au préfet, éventuellement, de prendre une telle décision qui ne peut se justifier que pour un risque de trouble à l'ordre public. D'autre part, il faudrait indemniser les spectateurs qui auraient déjà réservé leur place dans ces concerts, qui paierait ces remboursements ? qui paierait les salles de spectacle ? qui indemniserait tous ceux qui seraient impactés par l'annulation et dont ce serait le gagne-pain ? On voit bien que ces appels d'élus ne sont que de la communication d'affichage et de posture pour montrer à quel point ils soutiennent la lutte contre les agressions sexuelles, le harcèlement et bien sûr les viols.
En ce qui concerne Patrick Bruel, il y a aussi, dans les réactions, une autre considération particulièrement nauséabonde. À l'instar de Jean-Marie Le Pen qui ne se gênait plus à la fin de sa vie, beaucoup rappellent que le véritable nom de Patrick Bruel est Maurice Benguigui. Oui, Maurice, c'est un peu moins sexy que Patrick, mais ce n'est pas la raison de signaler cet état-civil dont tout le monde devrait se désintéresser. La véritable raison, on le sait bien, c'est l'antisémitisme. Même Élisabeth Borne a eu droit de voir publier le véritable patronyme d'origine de sa famille.
Et dans tous les cas, présumé innocent, présumé coupable, présumé maladroit, présumé manipulateur, Patrick Bruel a eu raison, pour lui et ceux qui travaillent avec lui, de renoncer de lui-même à certains concerts. Son intérêt est de rester caché, en retrait de la vie publique, le temps de l'instruction judiciaire et d'un éventuel procès. Il assure qu'il est innocent. Et qu'il s'agirait d'un malentendu (au sens de Michel Blanc dans "Les Bronzés font du ski")...
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (29 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Patrick Bruel et la présomption.
On s'était dit rendez-vous dans quarante ans.
"Le fabuleux destin d'Amélie Poulain".
Audrey Tautou.
Nathalie Baye.
Isabelle Mergault.
Bruno Salomone.
Brigitte Bardot.
Monstre sacré du cinéma français.
Michel Piccoli.
Rob Reiner.
Jean-Pierre Bisson.
Woody Allen.
Michel Bouquet.
Hommage du Président Emmanuel Macron à Michel Bouquet le 27 avril 2022 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Le roi ne se meurt pas.
La vitalite du roi Bouquet.
Bouquet final.
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Lauren Bacall.
Micheline Presle.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Marlène Jobert.
Alfred Hitchcock.
Charlie Chaplin.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260529-bruel.html
https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/patrick-bruel-et-la-presomption-269429
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/29/article-sr-20260529-bruel.html
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