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8 juin 2026 1 08 /06 /juin /2026 04:06

« Dans un contexte d’incertitude politique maximale (…), nous avons testé, de manière inédite, 11 configurations de premier tour ! Quel que soit le scénario testé, le Rassemblement national arriverait nettement en tête, avec des intentions de vote comprises entre 32% et 34%. (…) Ce niveau reste environ 10 points supérieur au score obtenu par Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2022. » (IFOP-Fiducial le 29 mai 2026).



 


Et revoici les sondages d'intentions de vote pour la prochaine élection présidentielle ! Pour l'instant, et jusqu'à la fin de l'année 2026, ces sondages servent surtout à tester la pertinence (ou pas) d'une candidature à l'élection présidentielle de 2027. Elles se multiplient et nous en sommes à une quarantaine, déclarées ou sur le point d'être déclarées. C'est une nouvelle forme de faire du buzz pour son nombril. Trop de candidatures, ce n'est pas un bon signe de santé démocratique et risque de noyer le débat sur les réels enjeux de l'avenir de la France en de simples commentaires de courses de petits chevaux (qui est certes l'objet de cet article !).

Parmi les nombreux sondages, l'un a retenu mon attention car il est particulièrement intéressant, celui de l'IFOP-Fudicial publié le 29 mai 2026 pour LCI, Sud Radio et "Le Figaro", car il s'est surtout focalisé sur la "candidaturabilité", si j'ose écrire, des impétrants. Et cela seulement au premier tour. Vu l'incertitude des candidatures du premier tour, l'institut de sondages a eu l'intelligence de ne pas tester de second tour.

L'autre intérêt est que cette enquête d'opinion s'est déroulée après deux déclarations de candidature importantes, celle de Jean-Luc Mélenchon et celle de Gabriel Attal, puisque les interviews ont été réalisés du 26 au 28 mai 2026 (sur un échantillon représentatif de 1 501 personnes).

Insistons toujours sur le fait qu'un sondage n'est jamais prédictif, ce n'est pas son objectif, mais il est une photographie de "l'opinion publique" à un instant donné, mais celle-ci peut évidemment changer (souvent) d'avis en fonction de l'actualité et de la (future) campagne présidentielle. Je rappelle aussi qu'un sondage à des marges d'incertitude plus ou moins grandes et qu'il ne faut pas les oublier dans la réflexion.
 


Il ne s'agit pas ici de détailler trop l'enquête en question (je recommande de lire le rapport original dans son intégralité), mais d'en connaître les grandes lignes.

Le premier enseignement n'est pas surprenant et répète ceux des sondages précédents depuis un an : le RN a une forte audience, reste le favori du premier tour de l'élection présidentielle, et cela quelle que soit la configuration, avec soit Marine Le Pen, soit, si cette dernière est pénalement empêchée, Jordan Bardella, qui obtiendrait même légèrement plus qu'elle. C'est un fait exceptionnel dans la vie politique que, quel que soit le candidat d'un parti, avec des personnalités très différentes, les intentions de vote resteraient à peu près les mêmes.

Avec plus de 10 points d'avance sur le candidat qui arriverait à la deuxième place, le candidat du RN semblerait certain d'être présent au second tour. Toutefois, il faut rester prudent, car le scrutin présidentiel est très différent de autres scrutins. Certes, les sondages d'intentions de vote pour les élections européennes de juin 2024 ne s'étaient pas trompés, tant dans l'ordre des formations politiques que leur audience relative les une par rapport aux autres. Mais le scrutin présidentiel fait intervenir aussi une aptitude de la personnalité qui se présente, au-delà du parti ou courant qu'elle représente, celle de présider un pays avec autorité. La stature présidentielle n'est pas donnée à tous les candidats.

Il faut se souvenir que les sondages d'intentions de vote lors de l'élection présidentielle de 2017 puis de celle de 2022, avaient placé la candidate du RN en tête du premier tour, et finalement, c'est Emmanuel Macron qui a obtenu la première place. Il faut donc se méfier des résultats lorsque les intentions de vote sont supérieures à 20% car l'intervalle d'erreur est très large (de 4 points ou plus).

Le deuxième enseignement était prévisible mais constitue une surprise quand même. La candidature de Jean-Luc Mélenchon, loin de faire un flop, a démarré avec une vraie dynamique, au point d'être proche de la qualification au second tour. Il pourrait même aller jusqu'à 15% d'intentions de vote.

Il faut savoir que Jean-Luc Mélenchon a toujours été sous-estimé dans les sondages d'intentions de vote. Ainsi, pour l'élection de 2017, en fin janvier 2017, il recueillait autour de 10% d'intentions de vote (et Benoît Hamon environ 17%), et finalement, il a eu au premier tour 19,6% (Benoît Hamon 6,4%). De même, pour l'élection de 2022, en fin janvier 2022, il recueillait encore seulement autour de 10% d'intentions de vote, et ce fut 22,0% au premier tour. Ce n'est pas surprenant, car c'est un très bon homme de campagne et il est capable de soulever des foules. Il a un talent d'orateur incomparable.

Pour cette élection de 2027, l'ultime (en principe) pour lui qui va avoir 75 ans cet été, on aurait pu imaginer que Jean-Luc Mélenchon allait être marginalisé par toutes ses outrances verbales passées. Pas du tout ! À l'instar des victoires municipales du mois de mars, il a capitalisé sur sa radicalité. Il faut donc comprendre ces 12% à 15% d'intentions de vote selon les différentes configurations comme une excellente base de départ pour une campagne qui promet d'être longue et endurante. De quoi inquiéter la gauche supposée de gouvernement.

Car, par voie de conséquence, la candidature de Jean-Luc Mélenchon dominerait largement à gauche, cueillant plus d'intentions de vote que les candidatures éventuelles de François Hollande, Raphaël Glucksmann, Marine Tondelier, Fabien Roussel, même dans le cas où il n'y aurait qu'une seule candidature de gauche non-insoumise. Et plus clairement, aucune candidature de gauche non-insoumise ne s'imposerait vraiment. La candidature du premier secrétaire du PS Olivier Faure serait un désastre électoral pour le PS (en poursuite d'hidalgoïsation). François Ruffin non plus ne semble pas répondre aux attentes d'une gauche déboussolée (malgré toute l'agitation qu'il essaie de faire pour sa candidature).

Le troisième enseignement, c'est le surplace pour Les Républicains. Candidat déclaré, Bruno Retailleau n'est pas parvenu à faire rêver avec sa candidature, coincée entre une opposition radicale d'extrême droite et une droite de gouvernement dont certains amis sont au gouvernement (comme lui-même il y a peu). Quelle que soit al configuration, il aurait autour de 10% (entre 9% et 11,5%), ce qui est à peu près l'audience que pourrait espérer LR pour une élection nationale à l'heure actuelle (soit deux fois mieux que Valérie Pécresse en 2022).

La conséquence, elle est double : il serait très improbable que Bruno Retailleau puisse se qualifier pour le second tour. Sa candidature est donc vouée à l'échec. Sa candidature a toutefois un double avantage : faire exister LR (l'absence de ce parti à l'élection présidentielle serait son extinction), et surtout, fixer ses électeurs et les empêcher de se rallier au RN dès le premier tour. Du reste, ceux des LR qui souhaiteraient se rallier au RN l'ont a priori déjà fait dans les pas d'Éric Ciotti.

Pour autant, maintenir sa candidature jusqu'au bout pourrait rendre Bruno Retailleau responsable d'un éventuel second tour entre Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon. On pourrait alors imaginer un scénario à la François Bayrou, version février 2017, avec un désistement en faveur du candidat du Bloc central et quelques conditions négociées (comme des investitures aux élections législatives suivantes).

Enfin, je termine sur le quatrième enseignement, qui est la complète incertitude de l'identité du candidat du Bloc central, celui qui serait en quelque sorte l'héritier du Président Emmanuel Macron mais sans le revendiquer. Aujourd'hui, Édouard Philippe aurait encore une petite avance sur les autres candidats possibles, mais elle serait mince et pas certaine à la fin.

Pendant longtemps, Édouard Philippe a dominé les sondages, tant d'intentions de vote que de popularité. Mais son problème, c'est qu'il est bon quand il ne s'exprime pas. Or, il va devoir faire campagne, présenter ses idées, et certaines, comme la retraite à 67 ans, ne sont pas excessivement populaires (à l'instar de François Fillon avant son affaire). De plus, la position de favori pourrait lui être fatale : Édouard Balladur en 1995, Lionel Jospin en 2002, Ségolène Royal en 2007, Dominique Strauss-Kahn en 2012, Alain Juppé puis François Fillon en 2017... Les exemples sont nombreux où le favori se fait ramasser bien avant la fin de la campagne.

Dans ce sondage de l'IFOP, seuls Édouard Philippe et Gabriel Attal ont été testés, seuls ou ensemble. Dans le cas d'une compétition au premier tour, Édouard Philippe aurait 14% d'intentions de vote et Gabriel Attal seulement 9%, et Jean-Luc Mélenchon ne serait pas loin du second tour ! L'intérêt du Bloc central serait donc de ne présenter qu'un seul candidat. Et seuls, l'un et l'autre auraient une probabilité non négligeable d'atteindre le second tour. Seuls Édouard Philippe n'aurait qu'une avance de 2 points sur Gabriel Attal (mais on a vu avec l'intervalle d'incertitude que cet écart serait trop faible pour les départager). En effet, ils auraient respectivement 18% et 16% (soit entre 16 et 20% et entre 14 et 18%).

Selon les différentes hypothèses, Édouard Philippe seul recueillerait entre 18 et 22% d'intentions de vote et Gabriel Attal seul entre 16 et 18,5%. C'est en fait la vraie surprise de ce sondage. La solidité d'Édouard Philippe n'est pas si évidente que ça, et le départ en campagne de Gabriel Attal est une réussite pour l'instant. Contrairement à ce qu'on aurait pu imaginer, Gabriel Attal a su mobiliser un électorat macroniste en perte de confiance et d'espoir. Mais pour gagner, il faudra au bout de la précampagne que l'un des deux se désiste pour l'autre, ce qui sera probablement un passage difficile.

Les bons scores de Gabriel Attal et de Jean-Luc Mélenchon montrent à l'évidence qu'une campagne électorale, forcément, conduit à faire bouger les lignes. Rien n'est donc certain pour 2027, sauf, peut-être, mais c'est à confirmer, la bonne tenue du RN dont le noyau dur de l'électorat est déterminé à 100%, quel que soit le candidat.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
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Le pari audacieux de Gabriel Attal.
Discours de Gabriel Attal le samedi 30 mai 2026 à la Porte de Versailles de Paris.
Quelques surprises dans les intentions de vote à moins d'un an de la prochaine élection présidentielle.
Sondage IFOP-Fiducial des intentions de vote à la présidentielle publié le 29 mai 2026 pour LCI, Sud Radio et "Le Figaro"(à télécharger).
La situation électorale à dix-huit mois de la prochaine élection présidentielle.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260529-sondage-presidentielle.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/quelques-surprises-dans-les-269431

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/29/article-sr-20260529-sondage-presidentielle.html


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