« Avec vous, je vois les visages d'une France unie, diverse, ambitieuse, fière de son passé et sûre de son destin ! Et c'est pour elle que j'ai décidé d'être candidat à l'élection présidentielle. » (Gabriel Attal, le 30 mai 2026 à Paris).
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C'est vrai, le jour d'une finale de football n'était pas la date idéale pour faire un premier meeting de lancement. Mais au printemps, il n'y a aucune date idéale. L'actualité s'entrechoque toujours. Surtout que dans ce cas précis, l'idée était de s'adresser à ses militants, à ses sympathisants, plus qu'au peuple français dans son ensemble. À l'évidence, le début de la campagne présidentielle de Gabriel Attal est plutôt encourageant même s'il manque le principal : pourquoi est-il candidat ?
Il y a deux ans et demi, le jeune ministre ambitieux n'imaginait pas occuper Matignon si vite et n'envisageait pas possible de se positionner pour l'élection présidentielle de 2027. Mais, à saisir, il y a une fenêtre d'opportunité, certes dangereuse, mais que serait l'audace sans risque. Dangereuse car le "risque", le "cauchemar", c'est un deuxième tour entre Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella (ou Marine Le Pen).
Le candidat du RN semblerait assuré d'être présent au second tour, et même en tête du premier tour, tant l'avance dans les sondages est trop grande pour envisager à moyen terme une perte de certitude, mais la deuxième place reste largement ouverte : aujourd'hui, le candidat insoumis est prêt à relever le défi. En face de ces deux extrêmes, il pourrait y avoir un candidat du Bloc central... à condition qu'il ne soit qu'un seul. Et celui-ci pourrait même gagner face au RN, même s'il n'était pas le favori des sondages : « Nous allons gagner cette élection présidentielle. (…) Ensemble, nous allons offrir une meilleur vie aux prochaines générations ! (…) Rien ne résiste au peuple français ! ».
Sur le fond de l'homme et sur la forme de la candidature, Gabriel Attal coche à peu près toutes les bonnes cases. Il lui manque juste l'épaisseur... et le programme.
Mais il a tout ce qu'il faut pour être un candidat crédible et puissant : un parti derrière lui avec un trésor de guerre (on n'en parle jamais assez, mais une candidature présidentielle, c'est avant tout savoir collecter de l'argent pour sa campagne), puisqu'il en est à la fois le chef et le président du groupe parlementaire (et ses députés sont nombreux), une bonne implantation locale pour cette campagne, un exploit aussi de pouvoir concurrencer le trentenaire Jordan Bardella avec l'âge, lui aussi est très jeune, mais tout en rassurant sur son expérience politique, puisqu'il a été présent au gouvernement pendant sept ans, jusqu'à Matignon.
Et même sa relation avec Emmanuel Macron est suffisamment ambiguë pour être quasi-parfaite : dans la perception de tous, il est l'enfant adulé, le dauphin idéalisé de l'actuel Président de la République. Mais en même temps, on connaît, depuis la dissolution, des divergences de méthode, de perspective. Nicolas Sarkozy avait fait de même avec Jacques Chirac il y a vingt ans.
Enfin, toujours pour son CV, il assume son orientation sexuelle et si cela peut lui faire du tort dans certains milieux, cela aussi montre un certain courage et une certaine aisance dans la société moderne qui s'annonce. J'évoque cet aspect de sa personnalité, qui devrait ne rester que dans la sphère intime mais qui fera certainement l'objet de remarques pas nécessairement agréables dans les réseaux sociaux.
Sur la forme, la préparation de sa candidature date justement de la dissolution. S'il n'a pas convaincu les stars de Renaissance (trop jalouses de leur influence), il a réussi à séduire les adhérents, les militants, les députés de base qui voient en lui un extraordinaire communiquant et animateur. Et même quelques ministres présents au meeting (pas très connus).
Selon un déroulement très préparé, Gabriel Attal a déclaré officiellement sa candidature à l'élection présidentielle le 22 mai 2026 dans l'Aveyron, loin des technocraties de Paris et de Bruxelles, chez les paysans, dans la pleine campagne. Cela ne trompe personne, bien sûr, tout cela est artifice, mais c'est de l'artifice professionnel, qui fait le job. Ensuite, un 20 heures au journal télévisé de TF1, un passage traditionnel dans un tel cas mais devenu de plus en plus confidentiel avec les changements de comportements sociologiques.
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Alors, ce samedi 30 mai 2026, en début d'après-midi, à la Porte de Versailles à Paris, réunir plus de 5 000 personnes en pleine canicule, pourrait relever de l'exploit. Cela relève surtout d'une excellente préparation en événementiel et en communication politique, avec des jeunes qui brandissaient les drapeaux, faisaient la claque, arrivés massivement de leur province (on peut le revoir ici).
C'est vrai qu'on pourrait attendre un véritable programme. Toutes les paroles, bienvenues, étaient légèrement vides, et peu concrètes, et surtout, elles rendaient difficile la différenciation entre candidats. Même son slogan, « La force d'agir », n'est pas très singulier, pas original pour un sou, et somme toute assez commun. Gabriel Attal ne parlait pas au peuple mais à ses troupes. Il fallait les mobiliser, qu'elles croient en lui, et que lui-même croit en lui. Si la dernière option est naturelle pour tous les grands politiques dont le narcissisme alimente leur folle ambition personnelle, la première, la mobilisation, en ces temps moroses et d'inquiétude, n'était pas évidente.
Et cette mobilisation est passée par son enthousiasme et son élan : « Si j'ai décidé d'être candidat à l'élection présidentielle, c'est pour l'espoir, c'est pour l'avenir, c'est pour l'optimisme ! Cette décision, c'est le fruit d'un long cheminement personnel (…) et politique. (…) Nous allons nous élever ensemble, pour que chaque Français ait la certitude que la génération de ses enfants, de ses petits-enfants vivra mieux que la sienne. ».
Non seulement il a réussi la mobilisation, mais il a bénéficié, la veille de son meeting, d'un sondage qui l'a laissé rêveur : il a fait un bond de 6 points après sa déclaration de candidature et ne serait qu'à deux points de son adversaire Édouard Philippe, alors que les marges d'erreur sont plus grandes (j'y reviendrai plus en détail).
J'ai écrit plus haut qu'il n'y avait pas encore de programme. Du moins, pas encore de programme précis et concret, mais il y a quelques têtes de chapitre, quelques pistes, et surtout, une ambition pour la France, car Gabriel Attal, qui a gagné une belle réputation lors de son passage éclair au Ministère de l'Éducation nationale sur des thèmes très régaliens (laïcité, sécurité, fermeté), ne veut pas laisser l'amour de la Nation être préempté par ses adversaires : « un pays où quand tu casses, tu répares ».
Son horizon national, c'est de refaire de la France la première puissance d'Europe : « Nous allons redevenir la première puissance d'Europe en dix ans. C'est notre rang, c'est notre place, c'est notre destin. ». Cela signifie notamment de dépasser économiquement l'Allemagne, ce qui est très ambitieux. Pour cela, le secrétaire général de Renaissance a proposé quatre priorités pour le prochain quinquennat.
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La première est l'école, thème qui le caractérise : « Je veux une école qui élève, une école qui transmet, une école qui protège. ». Il a proposé d'interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et de limiter à 20 élèves les classes en primaire. Son objectif est simple à énoncer : « Reprendre en dix ans l'une des premières places du classement Pisa des classements internationaux pour l'éducation. ».
La deuxième priorité est la revalorisation du travail en souhaitant une augmentation des salaires, un thème très sarkozyen : « Le travail doit payer, le travail doit permettre de vivre, pas seulement de survivre. Alors notre combat, ce sera de faire monter les salaires. ».
La troisième priorité est la souveraineté nationale en souhaitant une immigration choisie et un réarmement militaire « indispensable dans un monde de plus en plus brutal ». Il n'était pas loin de parler de nouvelles frontières : « La frontière, c'est la condition de la souveraineté. Un pays qui ne maîtrise plus ses frontières ne maîtrise plus son destin. ».
Enfin, la quatrième priorité du candidat Gabriel Attal est l'intelligence artificielle, une « priorité absolue » pour des investissements massifs en France : « Les pays qui maîtriseront l'intelligence artificielle maîtriseront le monde, ceux qui la subiront seront condamnés à l'échec. ». Donc : « Avec nous, la France sera la patrie de l'intelligence artificielle. ».
Dans le comment faire, deux impératifs : assainir les finances de l'État qui, aujourd'hui, sont plombées par le déficit chronique, et poursuivre la transition écologique.
Gabriel Attal a en effet insisté sur le trop lourd poids de la dette publique : « La dette, ce n'est pas une abstraction, c'est de la liberté en moins, c'est de la souveraineté en moins, c'est de l'avenir en moins. ». Il s'est engagé à résorber le déficit en dix ans (pourquoi dix ans ? pour le temps de deux quinquennats ? Cela reste extrêmement ambitieux). L'une des causes du déficit, c'est le système des retraites par répartition. Il a proposé de faire sauter le verrou de l'âge légal et d'intégrer une part de capitalisation dès la naissance ; l'État verserait ainsi une somme de 1 000 euros sur un compte bloqué à chaque nouveau-né.
Quant à la « dette climatique », il faudrait aussi la payer d'une manière ou d'une autre : « Il n'y aura pas d'économie sur une planète morte et il n'y aura pas d'écologie acceptée dans un pays appauvri. ». L'ancien Premier Ministre voudrait une écologie non punitive pour faire adhérer tous les Français à l'objectif de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre en dix ans, et cela en renforçant l'investissement dans le nucléaire et les énergies renouvelables.
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Ce discours de la Porte de Versailles passera peut-être inaperçu dans l'esprit des Français qui ont beaucoup de préoccupations, personnelles et nationales, diverses et variées, en cette période de forte inquiétude économique et géopolitique. Mais l'objectif de mobiliser un noyau dur enthousiaste partout en France a été atteint, avec un meeting qui a su galvaniser les troupes. Et les autres suivront, pensera sans doute l'ange Gabriel en songeant à ses anciens collègues du gouvernement.
Gabriel Attal a voulu surtout montrer qu'il était le meilleur adversaire et du RN et des insoumis, et de Jordan Bardella ou Marine Le Pen, et de Jean-Luc Mélenchon : « Mes adversaires, ce sont LFI et le RN ! ». Pour lui, les insoumis, ce seraient « des marchands de haine » et « des apôtres du déclin ». Quant au RN : « S'ils prennent les clefs de notre pays, la France ratera la révolution de l'intelligence artificielle comme elle a largement raté la révolution numérique dans les années 2000. ». Bref, son objectif : « submerger La France insoumise et le Rassemblement national ».
Mais sa première bataille n'est pas là. Sa première bataille, elle est interne. C'est de prendre le leadership du camp présidentiel dans les sondages. Et ce n'est pas un hasard s'il a été capable de lâcher une petite vacherie, celle de dire, implicitement à son adversaire et camarade Édouard Philippe ou encore à François Bayrou : « Je laisse à d'autres le sang et les larmes, moi je vous promets l'action et l'espoir. ».
Aujourd'hui, la mayonnaise, aussi étonnant cela pourrait être, semble prendre dans les sondages. Le bond observé dans les intentions de vote en faveur de Gabriel Attal est remarquable et significatif. Il lui faudra en revanche tenir sur la durée, car un an de campagne, c'est beaucoup, c'est très long. Les intentions de vote pour Édouard Philippe se tassent un peu depuis quelques semaines et il devra réagir et faire des propositions claires et marquantes s'il veut faire la différence. Pour l'heure, le maire du Havre a reporté un grand meeting qu'il devait faire dans quelques jours. Le temps de revoir sa stratégie après l'arrivée sur la scène présidentielle d'un adversaire plus solide qu'il ne l'aurait imaginé.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (30 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Le pari audacieux de Gabriel Attal.
Discours de Gabriel Attal le samedi 30 mai 2026 à la Porte de Versailles de Paris.
Quelques surprises dans les intentions de vote à moins d'un an de la prochaine élection présidentielle.
Sondage IFOP-Fiducial des intentions de vote à la présidentielle publié le 29 mai 2026 pour LCI, Sud Radio et "Le Figaro"(à télécharger).
Le Conseil Constitutionnel invalide la suppression des ZFE.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260530-gabriel-attal.html
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/30/article-sr-20260530-gabriel-attal.html
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