« Au-delà de sa réputation d’homme misogyne, despotique, sanguin, orgueilleux, André Santini a réellement transformé le visage de cette commune. Ce qui lui a valu le qualificatif de maire "visionnaire" et "bâtisseur" (…). Il a sollicité le gotha des architectes pour réhabiliter les anciennes friches industrielles des bords de Seine. » (Marjorie Lenhardt, le 1er juin 2026 dans "Le Parisien").
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Le maire d'Issy-les-Moulineaux André Santini s'est éteint dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2026 à l'âge de 85 ans et demi. Il venait d'être réélu maire pour un neuvième mandat. C'est évidemment avec beaucoup d'émotion que j'ai reçu cette triste nouvelle.
Mais l'émotion était présente depuis plusieurs mois. La silhouette et le visage, d'un jovial bon vivant, adorant les cigares à y consacrer deux tiers de SMIC par mois, s'étaient transformés rapidement, ravagés par la maladie et l'épuisement. Il avait besoin d'aide pour se déplacer.
André Santini avait été hospitalisé à partir du 11 octobre 2025 à cause d'une mauvaise chute et de problèmes cardiaques, et sa santé l'obligeait à rester au lit à son hôpital. Mais la politique était toute sa vie et sa ville était toute sa vie (il était célibataire, ce qui, pour un homme politique, pouvait être interprété d'une certaine manière à l'époque ; il fanfaronnait en disant que sa femme, c'était Marianne), alors, pas question de rater une élection municipale. Le voici s'engageant le 6 février 2026 dans un dernier combat électoral, aux élections municipales des 15 et 22 mars 2026 pour Issy-les-Moulineaux. Contrairement à d'habitude, il n'a pas fait campagne sauf le dimanche 8 mars 2026, à une semaine du premier tour, avec une autorisation de sortie de l'hôpital, pour participer à son unique meeting de campagne, un brunch dans une pizzeria de la ville où il a réuni 200 militants le soutenant.
Pour les raisons qu'on imagine (ne serait-ce que son visage), une polémique a vivement occupé l'actualité à Issy car certains de l'opposition considéraient qu'il aurait dû passer la main. Résultat, au lieu d'être reconduite dès le premier tour, sa liste s'est retrouvée en ballottage au premier tour avec seulement 43,9% des voix, et elle n'a obtenu que 47,9% des voix au second tour dans le cadre d'une triangulaire, ce qui a fait passer 37 élus sur 49.
Voici un homme plein de dynamisme, d'énergie, de passions, qui a consacré sa vie pendant quarante-six ans au devenir d'Issy-les-Moulineaux. L'homme n'était pas facile, avec ses collaborateurs, ses colistiers. Quand un jeune élu de sa majorité arrivait en retard, c'était l'engueulade publique assurée. Il a encore joué son ultime « numéro de vieux grognon » en ouvrant la séance inaugurale du conseil municipal en fustigeant les retardataires. Capable de colère et apprécié des journalistes pour ses beaux mots, ses belles formules qui ont agrémenté la vie politique pendant un demi-siècle, il a reçu de nombreux prix d'humour politique et même des prix de récidive d'humour.
Par exemple, à la mort de François Mitterrand, André Santini, toujours pince-sans-rire, constatait : « Je me demande si l'on n'en a pas trop fait pour les obsèques de François Mitterrand. Je ne me souviens pas qu'on en ait fait autant pour Giscard. ». Depuis 2020, cette petite phrase ne fait plus vraiment rire, mais en 1996, cela faisait beaucoup rire puisque Valéry Giscard d'Estaing était encore vivant. Du reste, elle reste valable après la mort de l'ancien chef de l'État puisqu'il a été enterré très discrètement au contraire de ses prédécesseurs et successeurs.
Assurément, André Santini manquera au monde politique, mais le monde politique d'aujourd'hui n'était déjà plus le sien. Le monde d'aujourd'hui demande de la transparence, de la codécision, du participatif, du non-cumul des mandats, des mandats pas trop longs successivement, etc. Lui, c'était au contraire du dirigisme éclairé.
Lui, c'était une sorte de monument francilien, un monstre sacré des Hauts-de-Seine. En 1971, à l'âge de 30 ans, il a été élu adjoint au maire de Courbevoie. Et puis Charles Pasqua, son ami du département, lui a conseillé d'aller plutôt à Issy-les-Moulineaux. À l'époque, la cité était industrielle, ouvrière (plus pour longtemps), et elle était dirigée par Raymond Menand, membre du petit Mouvement démocrate socialiste de France (MDSF), créé le 9 décembre 1973 avec des anciens membres du PS qui refusaient l'alliance avec les communistes, parti qui allait devenir le Parti social-démocrate le 23 octobre 1982 avant de fusionner dans Force démocrate (ex-CDS) le 25 novembre 1995, donc, à l'origine, un maire de gauche. En 1977, André Santini a été élu premier adjoint de Raymond Menand qui est mort les bottes (de maire) aux pieds, en 1980 (c'est une manie à Issy). C'est André Santini qui a repris le flambeau et il s'est fait élire maire d'Issy-les-Moulineaux le 3 février 1980.
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André Santini a repris aussi l'héritage du PSD en devenant son secrétaire général de 1985 à 1995 (dans ce parti, outre lui et son prédécesseur Max Lejeune, il y a eu, entre autres, Joseph Klifa, Charles Baur, Émile Muller, Georges Donnez, Étienne Gagnaire, Éric Hintermann, Paul Alduy, Francis Decourrière, Valérie Létard, Hervé Marseille, Pierre-Christophe Baguet, etc.).
Jusqu'à ce lundi 1er juin 2026, André Santini n'a jamais cessé d'être maire d'Issy-les-Moulineaux, réélu chaque fois au premier tour (sauf en mars 2026), mars 1983, mars 1989, juin 1995, mars 2001, mars 2008, mars 2014 et mars 2020. André Santini, qui a été aussi premier vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine (de mars 2001 à juillet 2002), président de pas mal de syndicats intercommunaux et de sociétés d'économie mixte, dont le très important SEDIF (Syndicat des eaux d'Île-de-France) qu'il a présidé sans discontinuer du 20 mai 1983 au 21 mai 2026 (pour ce mandat municipal, il avait finalement jeté l'éponge), a eu une vie politique nationale puisqu'il a été élu député des Hauts-de-Seine de 1988 à 2017 (sauf quelques années de ministre ou cumul). En 2017, il a abandonné sa circonscription pour cause de cumul mais a raté sa succession car il a soutenu son suppléant UDI qui a été battu au second tour par un certain... Gabriel Attal (qu'il allait soutenir par la suite). Sa circonscription regroupe en effet la ville d'Issy-les-Moulineaux et la ville de Vanves.
Par ailleurs, il a été nommé trois fois ministre : Secrétaire d'État aux Rapatriés du 20 mars 1986 au 29 septembre 1987, puis Ministre délégué chargé de la Communication du 29 septembre 1987 au 10 mai 1988 dans le second gouvernement de Jacques Chirac, puis Secrétaire d'État chargé de la Fonction publique du 19 juin 2007 au 23 juin 2009 dans le deuxième gouvernement de François Fillon. J'aurais tendance à dire : seulement ! Il faut dire que son humour vachard n'était pas apprécié de tous ses collègues ; il le reconnaissait lui-même : « L’humour a été ma façon d’exister. Cela m’a probablement coûté des portefeuilles ministériels. ». Allez, j'en redonne une dernière blague dite en 1996 dans "Libération" : « Pour la présidentielle, je me suis toujours trompé : j’ai voté Giscard en 1981, Barre puis Chirac en 1988, Balladur en 1995… Je me demande même si je n’ai pas voté Poher en 1969 ! ».
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L'élu, né à Paris mais d'origines corses, a également eu des responsabilités politiques importantes, non seulement au sein de son micro-parti (PSD) mais aussi au sein de l'UDF puisque le PSD en était une composante. Ainsi, il fut secrétaire général de Force démocrate en 1995, puis secrétaire général adjoint puis vice-président de l'UDF, et président de l'importante fédération UDF d'Île-de-France. En raison de son soutien dès le premier tour à Nicolas Sarkozy en 2007, il a été exclu de l'UDF et s'est retrouvé président délégué puis vice-président du Nouveau centre, avant d'être un des membres fondateurs en 2012 de l'UDI. En mars 2004, il n'était pourtant pas collé à l'UMP puisqu'il avait présenté une liste UDF autonome aux élections régionales (j'ai participé à sa campagne ; André Santini avait une voiture à son effigie et savait rencontrer les gens dans les cafés ou sur les marchés).
C'est bien sûr à Issy-les-Moulineaux, parce qu'il avait la durée, prêtée par ses électeurs, qu'il a pu montrer tout son talent d'élu. Avec une véritable vision du long terme, il a su préparer l'avenir d'une ville qui n'était plus que des friches industrielles. Il a donc réaménagé tous les bords de Seine jusqu'à la Porte de Saint-Cloud à Paris, et a su mobiliser les meilleurs architectes, et surtout, a misé sur la haute technologie, si bien qu'il a accueilli le siège social de nombreuses grandes entreprises comme Microsoft, Orange, CapGemini, et même Coca-Cola, Warner Bros, TF1, etc. Issy est une ville prospère, l'une des plus riches de la région parisienne, et ce n'est pas par hasard mais grâce à l'anticipation géniale d'un maire ambitieux.
Dans la classe politique, beaucoup de responsables politiques ont rendu hommage à André Santini, à l'instar du Président de la République Emmanuel Macron : « Pendant plus de quarante ans, il transforma profondément cette ancienne ville ouvrière, attirant entreprises et médias, jusqu’à faire de sa commune l’un des pôles économiques et de rayonnement les plus dynamiques de l’ouest parisien. (…) Son esprit, son style, et ses formules malicieuses firent de lui une figure reconnaissable de notre vie publique. Ces dernières années, placé dans un combat face à la maladie, André Santini continua d’honorer son mandat et n’abandonna jamais Issy-les-Moulineaux. ».
Présidente du conseil régional d'Île-de-France et ancienne collègue au gouvernement, Valérie Pécresse a exprimé sur Twitter son émotion : « Une figure de la vie politique disparaît. Jusqu'au dernier jour, il avait gardé la poigne, l'intelligence et l'humour qui le caractérisait. On lui doit la transformation totale de sa ville d’Issy-les-Moulineaux qu’il chérissait et l’arrivée en Île-de-France de nombreux sièges sociaux d’entreprises étrangères qu’il allait convaincre une par une. ». La Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet a salué l'édile en ces termes sur Twitter : « Certains élus administrent une ville. D’autres entrent dans son histoire. André Santini était de ceux-là. ».
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Sa dernière apparition publique a eu lieu le samedi 28 mars 2026 dans la matinée lors du premier conseil municipal d'installation de la nouvelle mandature (en arrivant, constatant des retards, il a rappelé, grognon, l'importance de la ponctualité des élus : « Soyez à l'heure, honorez vos mandats ! »). Il a été réélu maire et, à cette occasion, il a affirmé qu'il avait encore assez d'énergie pour être maire et diriger la ville, malgré ses 85 ans et surtout, malgré son état de santé fragile (il se disait « plein d'énergie » et « prêt à assumer » son nouveau mandat). Toutefois, malheureusement, il n'a pas pu venir aux conseils municipaux suivants car sa santé s'est gravement détériorée. Il est mort comme un grand artiste, en fonction. RIP.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (01er juin 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
André Santini.
Le grand seigneur de l'eau.
Où sont passés les démocrates sociaux ?
Anne-Marie Comparini.
Marielle de Sarnez.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260601-andre-santini.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/andre-santini-visionnaire-d-issy-269471
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/06/01/article-sr-20260601-andre-santini.html
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