« Elle avait un côté Tatie Danielle ou reine de France, avec un caractère bien trempé et des avis tranchés. Malheur à celui qui lui déplaisait, il pouvait ruminer sa disgrâce pendant longtemps… » (Marc Fourny, le 6 juin 2026 dans "Le Point").
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Drôle de dame que cette Bernadette Chirac (née Chodron de Courcel) qui vient de mourir ce vendredi 5 juin 2026 dans la soirée à l'âge de 93 ans (elle est née le 18 mai 1933). Il est inutile de la présenter car elle est connue de tous les Français. Et pourtant, pas forcément pour la bonne raison.
Car la première raison de sa notoriété, c'est qu'elle était la femme de Jacques Chirac. Une fille de bonne famille et un homme plutôt à gauche, qui avait signé l'appel de Stockholm et qui vendait dans la rue "L'Humanité". Ils se sont rencontrés à Science Po Paris. Ils étaient étudiants au même endroit, elle meilleure que lui, mais comme elle lui faisait ses devoirs, il avait de meilleures notes.
Jacques Chirac avait plein d'ambition pour la vie, mais n'avait pas encore imaginé faire de la politique. Bernadette l'a rappelé plusieurs fois, comme en 2001 : « Je ne m'attendais pas du tout à ce qu'il fasse de la politique. Comme disait mon père, la politique, vraiment, n'était pas dans le contrat de mariage. ».
Bernadette Chirac était aussi très connue pour les fameuses pièces jaunes. Cette opération organisée par la Fondation des Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France qu'elle a présidée de 1994 à 2019 (c'est Brigitte Macron qui a pris sa succession) a pour but de financer l'amélioration des conditions d'hospitalisation des enfants et adolescents, notamment en permettant aux parents de rester auprès d'eux. Femme sensible, le couple Chirac était touchée de près par leur fille aînée Laurence atteinte d'une grave maladie (et qui est morte avant ses parents).
La future Première dame a aussi été popularisée par les Guignols de l'Info sur Canal Plus comme la femme au sac à main, mais cette caricature beaucoup trop grossière l'a plutôt rendue populaire comme une victime de persifleurs médiatiques.
Bernadette Chirac était certes au service de son mari, mais également, elle était l'épouse du Président de la République qui a le plus apprécié la vie à l'Élysée (du 17 mai 1995 au 16 mai 2007), elle en était même la maîtresse de maison, ayant l'œil sur tout, la décoration, le jardin, la cuisine. Un documentaire a même montré à quel point elle était affectée d'en partir, et les camions de déménagement avait à peine fini leur œuvre quand Nicolas Sarkozy a pris la relève. La plupart des dites Premières dames ont détesté la vie à l'Élysée et préféraient largement habiter dans leur domicile privé. En particulier Claude Pompidou pour qui le Palais lui rappelait trop le calvaire de son défunt mari. Bernadette Chirac a d'ailleurs présidé la Fondation Claude-Pompidou de 2007 à 2019.
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Pour autant, elle n'était pas seulement une maîtresse de maison dans les palais de la République (quatre ans à Matignon aussi dans les années 1970 et 1980), elle était elle-même une femme politique aguerrie en Corrèze. C'était Jacques Chirac lui-même qui l'avait encouragée à se présenter pour, selon lui, avoir la paix à Paris. Elle fut un très bon relais du mari en Corrèze. Elle fut conseillère municipale de la ville de Sarran, celle de leur château de Bity (acheté en 1969), de mars 1971 à mars 2020 (elle fut même adjointe au maire à partir de mars 1977) et elle fut conseillère générale de Corrèze, sur le canton auquel appartient Sarran, de mars 1979 à mars 2015 (élue sept fois). Mais contrairement à ce qu'on a dit, elle n'a pas été la première femme de Président de la République élue au suffrage universel. Anne-Aymone Giscard d'Estaing a été, elle aussi, élue conseillère municipale de Chanonat (certes, après la Présidence de son époux, entre 1983 et 1995).
Le mandat départemental de Bernadette Chirac a été un peu particulier car son conseil général a été présidé par deux futurs Présidents de la République, d'abord son époux, et ensuite François Hollande que préférait Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle de 2012. François Hollande l'a vu à l'œuvre, sur le terrain dans le département, et il avait beaucoup d'estime pour cette femme devenue femme politique qui faisait bien le job. La réciproque n'était pas le cas puisqu'elle en voulait à son mari de laisser entendre qu'il allait voter pour ce candidat socialiste.
Alors, la femme d'un animal politique aussi important que Jacques Chirac, qui a dominé la vie politique française de 1967 à 2007, quarante ans !, a-t-elle eu beaucoup d'influence sur lui ? Pas autant qu'elle ne l'aurait voulu, assurément. C'est qu'elle s'était opposé, en vain, à la nomination d'Alain Juppé à Matignon, pas assez proche du peuple, ou de celle de Dominique de Villepin, appelé Néron pour avoir dilapider le crédit politique de son époux en voulant la dissolution en 1997 (elle avait fortement déconseillé de dissoudre et elle avait eu raison). Son mari a pu aussi voir son sens politique lorsqu'elle l'a mis en garde contre la possibilité d'une qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2002 : c'était par une conversation avec Laurence Parisot, alors présidente de l'IFOP, qu'elle avait compris que cette éventualité n'était pas du tout exclue et Jacques Chirac l'a reconnu d'ailleurs le soir du premier tour.
Mais cela n'a pas suffi pour qu'il l'écoutât. Ainsi, en 2002, malgré la trahison en faveur d'Édouard Balladur, elle avait compris que Nicolas Sarkozy était le meilleur et a tenté de persuadé son époux qu'il fallait le nommer à Matignon (mais Jacques Chirac ne le voulait pas).
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Bernadette Chirac a eu toutefois, à un moment de leur vie, une influence très grande et réussie auprès de Jacques Chirac : c'était peu avant les élections européennes de 1979 avec l'appel de Cochin qui était un brûlot anti-européen primaire rédigé par Marie-France Garaud et Pierre Juillet et signé par Jacques Chirac dans son lit d'hôpital, victime d'un grave accident de voiture. Au-delà du politique, Bernadette Chirac était jalouse de l'influence qu'avait Marie-France Garaud sur Jacques Chirac et elle a mis les choses au clair : c'était elle ou moi. Jacques Chirac s'est alors séparé de Marie-France Garaud (qui est allée jusqu'à se présenter en solitaire à l'élection présidentielle de 1981), et Jacques Chirac a tenté de se raccommoder avec les giscardiens après sa défaite aux européennes.
En 2001, elle exprimait son caractère effectivement bien trempé : « Quand on est la femme de Jacques Chirac, on ne peut pas rester trop effacée ! Ou alors on court le risque d'être écrasée. (…) Que voulez-vous, je n'aime pas être écrasée. ».
C'est après l'Élysée qu'elle a pris sa "revanche", en quelque sorte : son mari devenait de plus en plus malade, elle se permettait des commentaires sur lui dont l'un, en 2012, à la radio Europe 1, n'était pas particulièrement agréable : « Il va comme un homme de 79 ans, qui aura 80 ans le 29 novembre. La vieillesse, le général de Gaulle l’avait dit, c’est un naufrage. Et je continue à le penser. ».
Femme trompée à grande échelle, comme le fut Danielle Mitterrand, Bernadette Chirac s'en était fait une raison : « Au début, ça a été dur, j’ai eu beaucoup de chagrin. Puis après, je m’y suis faite. Je me suis dit que c’était la règle et qu’il fallait la subir avec autant de dignité que possible. ». Ou encore : « Jacques avait un succès formidable. Bel homme, et puis très enjôleur, très gai. Alors les filles, ça galopait… ».
À la mort de son mari, en septembre 2019, elle a quitté progressivement la scène publique en raison de son état de santé. C'était une sacrée bonne dame, qui aura marqué son temps. Avec sa mort, les journalistes revisitent la carrière de Jacques Chirac. Et ce n'est pas un mal pour la mémoire nationale. C'était déjà une époque révolue.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (06 juin 2026)
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Pour aller plus loin :
Jacques Chirac.
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Sainte Bernadette de l'Élysée.
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Rumeurs sur Brigitte Macron.
Le panda chouchouté.
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Danielle Mitterrand.
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"Merci pour le moment".
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