« Nous pourrions croire qu’il s’agit là d’un cas isolé et qu’il reviendra à l’enquête administrative de déterminer les responsabilités de chacun afin de savoir ce qui a rendu possible un tel scandale ; mais je crains que ces dysfonctionnements ne trahissent en réalité un délitement complet de notre système judiciaire. (…) Le réel manque de moyens qui affecte le fonctionnement de notre système judiciaire ne saurait expliquer de tels errements. Pendant tout ce temps, des affaires moins graves ont continué d’être instruites. Comment un dossier dont la gravité devrait appeler la mobilisation immédiate de l’appareil judiciaire peut-il être ainsi laissé un suspens ? C’est une insupportable blessure infligée à des enfants et à leurs familles, déjà terriblement éprouvés. C’est une honte pour notre justice et pour notre pays. » (Josiane Corneloup, députée LR, le 10 juin 2026 dans l'hémicycle).
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Incontestablement, dans la société française, il y aura un avant et un après. La petite Lyhanna est enterrée ce vendredi 12 juin 2026 après-midi « dans la plus stricte intimité » à Fleurance, dans le Gers. Tout le monde (ou presque) a été ému par son malheureux destin, tristesse mais aussi colère car il semblerait que son assassinat aurait pu être évité. 11 ans, un sourire si joyeux et tout l'avenir devant elle. 11 ans, ce n'est plus vraiment une enfant, ce n'est pas encore une adolescente, c'est entre-les-deux, on s'intéresse déjà aux affaires des grandes personnes mais on ne veut pas encore trop sortir de l'enfance.
Les faits sont odieusement simples : le 29 juin 2026, Lyhanna a disparu après ses cours. Le 1er juin 2026, son potentiel ravisseur, que j'appellerai le suspect et dont je ne veux pas faire la publicité ici en mentionnant son nom, a été arrêté, car des caméras l'ont filmé en train d'embarquer la jeune fille dans son véhicule. Et l'horreur, le 4 juin 2026, on découvre son corps dans un silo appartenant à une entreprise agricole peu éloignée, à Puycasquier, pour laquelle le suspect avait travaillé. Je pense à ses parents, à sa famille, à ses amis, à tous ceux qui l'ont connue et aimée et je mesure l'angoisse, la terreur, l'infinie douleur que représente la perte de Lyhanna. Je revois les mots de Nadège Erika dans "Mon Petit", elle qui a perdu un enfant : « J'étais un petit cadavre de mère déambulant dans la ville le soir de la mort de son fils. » (2023).
À ce point de réflexion, il faut rappeler d'abord une évidence : le responsable à 100% de son assassinat est l'assassin lui-même. Il faut le rappeler car j'ai l'impression qu'on l'oublie trop souvent. C'est celui qui l'a tué qui est le tueur et personne d'autre.
Néanmoins, on peut imaginer aussi la colère des uns et des autres, car la justice aurait dû s'intéresser au suspect bien avant la disparition de Lyhanna, et avec la supposition uchronique d'une meilleure efficacité des services de la justice et des forces de l'ordre, on se dirait que, peut-être, le drame terrible qu'a vécu Lyhanna n'aurait jamais eu lieu.
En effet, le suspect, d'une quarantaine d'années, a eu des antécédents judiciaires, pas moins de neuf procédures déclenchées contre lui. En particulier en 2022, une plainte contre lui pour viol sur une enfant de 7 ans, mais classée sans suite en mai 2024 car l'infraction n'a pas pu être caractérisée, et surtout, le 22 août 2025, une autre plainte contre lui pour plusieurs viols en 2024 et 2025 sur une fillette de 10 ans, dont les examens médicaux ont confirmé des lésions, et, selon "Le Parisien", le parquet d'Auch aurait demandé le 14 février 2026 à la gendarmerie de placer le suspect en garde-à-vue, mais il n'a pas été auditionné (faute de temps ? faute de priorité ?).
D'autres signalements d'agressions sexuelles sont faits à la suite de la disparition de Lyhanna, en raison de sa médiatisation. On apprend par ailleurs des choses particulièrement glauques dans la famille du suspect : son frère a été mis en examen le 10 juin 2026 pour viols sur mineur et viols sur conjoint ; de plus, son père a été accusé, par une plainte déposée en 2013, de viol sur une de ses petites-filles, mais il a bénéficié d'un non-lieu en 2021.
Au-delà de l'émotion, donc, il y a la colère et la recherche de responsabilité. Avec tous les antécédents du suspect, et en particulier, une plainte pour viols sur une fillette de 10 ans il y a neuf mois, on ne comprend pas pourquoi il n'a même pas été auditionné par un magistrat. On imagine que s'il avait été placé en garde-à-vue puis mis en examen et placé en détention provisoire pour cette plainte, il n'aurait pas pu assassiner Lyhanna. Peut-être.
Dans les très nombreuses réactions, il y a les interrogations légitimes sur la justice, qui ne sont pas nouvelles et qui se veulent candides. En gros, on demande : pourquoi ? Et les juges, ou ceux qui les défendent (en particulier les avocats des parents de Lyhanna) répondent : comment ?
Certes, les juges ne sont pas infaillibles et peuvent commettre de graves erreurs, je pense notamment à l'Affaire Grégory et surtout à l'Affaire d'Outreau. Ce qui a questionné, c'est que les magistrats qui ont commis des erreurs n'ont jamais été vraiment inquiétés dans leur carrière. Alors, on disserte sur la capacité de sanctionner les juges s'ils commettent des fautes, mais tout en gardant l'indépendance de la justice vis-à-vis de l'exécutif. Pas facile, surtout quand une affaire judiciaire est médiatisée.
Pour Lyhanna, une enquête administrative est en cours pour savoir s'il y a eu des fautes individuelles, mais on peut imaginer, à l'instar de la députée LR Josiane Corneloup, que le "bug", le "dysfonctionnement" sur le possible assassin de Lyhanna n'est pas le premier du genre. En effet, Josiane Corneloup a raconté à la séance du 10 juin 2026 à l'Assemblée, un autre fait terrible : « Dans ma circonscription, en Saône-et-Loire, une plainte a été déposée par les parents d’un mineur, le 25 juin 2025, pour un viol commis par un proche de la famille déjà condamné pour des faits similaires et résidant dans l’Isère. Dans un écrit adressé à la famille, l’agresseur présumé a reconnu ses agissements. Ce courrier a été transmis à la gendarmerie. Deux autres plaintes visant la même personne ont été déposées en septembre 2025, à Annecy, là encore pour des attouchements et des viols sur mineurs. Le père de la victime m’a écrit qu’à ce jour, près d’un an après le dépôt de sa plainte, l’homme accusé n’a toujours pas été entendu, alors que son fils a déjà dû se soumettre à deux expertises psychologiques. (…) C’est une honte pour notre justice et pour notre pays. ».
C'est vrai, et le gouvernement en convient, la justice manque de moyens. On peut comparer le nombre de procureurs par habitant, ou encore le nombre d'euros consacrés pour la justice par habitant. En revanche, il serait peu opportun d'en rendre responsable le gouvernement actuel. Sous Emmanuel Macron, au contraire, le budget de la justice a augmenté de 54%, passant de 7 à 11 milliards d'euros. C'est certainement insuffisant, mais le besoin de renforcer les moyens de la justice a été écouté par le chef de l'État.
La responsabilité personnelle du Ministre actuel de la Justice, Gérald Darmanin, ne peut pas non plus être mise en cause, sinon comme simple chef d'une administration qui aurait commis une faute. Il y a un an, Gérald Darmanin a envoyé une circulaire aux procureurs pour porter une attention particulière aux plaintes pour agressions sexuelles ou viols sur mineurs de 15 ans (c'est-à-dire sur enfants de moins de 15 ans). Et même très récemment, le garde des sceaux a présenté un projet de loi pour établir l'imprescriptibilité des crimes commis sur les mineurs. Il n'a donc pas été étranger au réveil de la société sur ces sujets-là qui ont souvent fait l'objet du silence de tout le monde, famille, école, justice, classe politique.
Il y aura un avant et un après Lyhanna parce que la société française a pris conscience de l'extrême gravité de ces crimes et de l'absence de réponse adéquate et adaptée de la société dans son ensemble. Une marche blanche a réuni 6 000 personnes à Fleurance le dimanche 7 juin 2026 en hommage à Lyhanna (avec juste la présence d'élus locaux), et le lendemain, partout en France devant les palais de justice, c'étaient dix fois plus qui se sont mobilisés pour demander à la justice de rendre prioritaires l'instruction des plaintes sur des faits impliquant des victimes mineures.
La classe politique n'a pas non plus tardé à réagir, et parfois en faisant de la surenchère de démagogie et de populisme, et bien sûr de la récupération politicienne. Soit en fustigeant en général la justice et les juges (considérés pour une partie de la classe politique comme des juges laxistes et politisés à gauche), soit, plus encore, en fustigeant le gouvernement actuel.
La séance des questions au gouvernement du mardi 9 juin 2026 à l'Assemblée Nationale a porté sur l'assassinat de Lyhanna pour douze questions sur dix-sept. Dans les réponses des ministres, certains députés, placés plutôt à gauche de l'hémicycle (principalement des insoumis) se sont permis de crier et de huer, sans respect aucun pour le drame que vit la famille de Lyhanna.
Du reste, le lendemain, au conseil des ministres, le Président de la République a déclaré : « On ne répond pas à un drame par des cris. La précipitation et la démagogie sont des réponses qui ne sont pas à la hauteur et qui ne sont pas respectueuses. ».
Au-delà de joutes parlementaires, certains partis veulent profiter de cet effroyable drame pour avancer leurs propositions comme la castration chimique ou encore un conseil disciplinaire contre les juges, etc. Il reste que la présomption d'innocence semble assez bafouée sur le suspect dont la culpabilité n'est pas encore établie à ce jour (on ne sait même pas comment est morte Lyhanna ni même quand, avant ou après l'arrestation du suspect).
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Revenons sur cette séance du 9 juin 2026, la première suivant la découverte du corps de Lyhanna le 4. La Présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet a d'abord fait une minute de silence pour Lyhanna, mais dans l'hommage, elle n'était pas seule, deux autres personnes ont aussi été saluées, l'adjudant de gendarmerie Dorian Larigaudrie, tué à 27 ans dans un accident d'hélicoptère lors d'une mission pour retrouver une personne disparue, ainsi que le jeune Noahm, 19 ans, lynché à Metz par des extrémistes homophobe, alors qu'il se rendait chez des amis.
Sur l'adjudant Largaudrie : « [Nos pensées attristées] embrassent plus largement tous ceux qui risquent leur existence pour protéger les nôtres. Protéger : tel est le premier devoir de la République. Pourtant, ces derniers jours, la République y a cruellement et collectivement failli. Elle n’a pas su protéger celles et ceux qui devaient l’être. ».
Sur Lyhanna : « La mort tragique de Lyhanna, 11 ans, a bouleversé et meurtri la nation. Chaque mère, chaque père, chaque enfant s’est senti horrifié et révulsé par ce crime d’une horreur absolue. En cette heure, nos pensées accompagnent la famille, les proches et les amis de Lyhanna. Qu’ils sachent que la représentation nationale partage leur affliction. Ce drame vient à la suite de beaucoup d’autres et chacun était le drame de trop. ».
Sur Noahm : « L’émotion de la nation est également très vive après le meurtre de Noahm (…). Dans notre République, personne ne devrait être insulté, harcelé, tué pour être qui il est et pour aimer, tout simplement. ».
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Dans les réponses aux différents parlementaires (de la majorité et de l'opposition), le gouvernement a fait certaines réponses intéressantes (j'y ai aussi inclus l'intervention de trois députées).
1. Le Ministre de la Justice Gérald Darmanin : « En concertation, nous avons créé une unité médico-judiciaire (…) et nous avons renforcé les moyens du parquet d’Auch. Vous savez que des renforts très importants en magistrats, greffiers, assistants de justice et services enquêteurs du ministère de l’intérieur ont été alloués à la cour d’appel. Vous avez accompagné toutes ces augmentations d’effectifs, auxquelles nous devons continuer à procéder. Le tribunal d’Auch était en procédure pénale numérique. L’activité soutenue de ses services enquêteurs n’explique pas (…) les dysfonctionnements survenus dans cette affaire, à Toulouse et à Auch. Les inspections diront ce qu’il en est et nous tirerons toutes les conclusions d’éventuelles défaillances structurelles ou individuelles. ».
2. Gérald Darmanin : « Il serait bon de défendre ce sujet : s’en prendre à un enfant, c’est s’en prendre à l’humanité tout entière ! J’ai aussi évoqué la perpétuité pour les viols sériels sur les enfants : une proposition en ce sens a été faite à M. le Premier Ministre. (…) La loi devrait encadrer les actes d’enquête dans un délai de trois mois puisque les circulaires générales ne sont pas appliquées, dès lors que, depuis 2013, je ne peux pas légalement intervenir dans les affaires individuelles. Fixer un délai de trois mois pour qu’il y ait des gardes-à-vue et des mises en cause est également très important pour que nous puissions lever le doute et poursuivre les auteurs de crimes contre les enfants. ».
3. Gérald Darmanin : « Aucune des dispositions [que le nouveau projet de loi] prévoit n’aurait permis d’éviter le drame que constitue la mort de la petite Lyhanna. Aucune nouvelle loi, aucuns moyens supplémentaires ne nous auraient permis de traiter ce cas très précis. Une enquête avait été ouverte par un parquet ; un médecin avait constaté des faits de viol sur une petite fille ; un expert, en dix jours, avait remis un rapport ; des auditions circonstanciées avaient eu lieu ; nous connaissions l’incrimination et l’auteur ; les fichiers applicatifs fonctionnaient ; et nous avions connaissance du dépôt de deux plaintes pour viol. Dans ces circonstances, personne ne comprend qu’il ait fallu attendre neuf mois pour mettre en garde-à-vue l’auteur de crimes en série sur mineurs ! Sans aucun doute, une loi intégrale est nécessaire pour aborder des dizaines de milliers de cas. Mais ne faisons pas croire aux Français que dans le cas précis qui nous occupe, une nouvelle loi ou des moyens supplémentaires auraient empêché ce drame. ».
4. La Ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé : « C’est tout à fait insupportable : le doute ne doit jamais porter préjudice aux enfants alors qu’il faut mieux veiller sur eux. Les enfants parlent : il faut les écouter. Les mères protègent : il faut les écouter et les protéger. L’objectif est de faire vite et bien. ».
5. Le Premier Ministre Sébastien Lecornu : « Je ne ferai pas commerce de mots, inutile de redire l’effroi, l’émotion, et je m’inscris dans la suite des propos que la Présidente de l’Assemblée a prononcés à l’ouverture de cette séance. Vous me permettrez, par pudeur, de ne pas y revenir. De mon point de vue, du point de vue du gouvernement, j’ai souhaité que les ministres s’expriment avant moi, seul le résultat compte. Il nous faut donc agir vite. À cette fin, il convient premièrement de faire la vérité. Vos questions au gouvernement ont certes trait à la fois au drame épouvantable qui touche Lyhanna et sa famille, et à un fait de société plus large, mais prenons les faits pour point de départ. Nous devons la vérité au peuple français au sujet de ce qui s’est passé. La saisine des inspections générales de l’éducation, du sport et de la recherche, de la justice et de l’administration devra permettre d’expliquer l’inexplicable et de rendre compréhensible ce qui semble ne pas l’être. Par la voie hiérarchique, nous avons déjà eu connaissance de remontées, celles et ceux qui ont été ministres ou Premiers Ministres le savent bien. Je reviendrai dans un instant sur la proposition de la loi intégrale car nous devons être précis : un tel texte, je le crains, n’aurait malheureusement pas permis de faire face à ce drame. (…) En tout état de cause, je veux que la vérité soit faite et dite devant le peuple français. Le 19 juin, à Matignon, les inspecteurs généraux me rendront, ainsi qu’aux ministres concernés, leurs conclusions. Comme le garde des sceaux, le ministre de l’intérieur et le ministre de l’éducation nationale s’y sont engagés, nous publierons l’intégralité de ces conclusions. Cela permettra au législateur d’avoir connaissance de ce qui s’est passé et de traduire les leçons que l’on peut en tirer sous forme de propositions. Deuxièmement, il faut agir rapidement sur le stock, ce n’est pas très élégant, mais c’est le terme technique adéquat, des 70 000 plaintes déposées pour des faits touchant des enfants. Lundi dernier, le garde des sceaux a réuni les procureurs généraux et leur a demandé de les reprendre toutes d’ici au 14 juillet. Je n’y reviens pas : tout a été dit. L’autorité judiciaire doit être capable de dire précisément où elle en est. Il y va de la confiance que nos concitoyens placent en elle. (…) Troisièmement, il convient d’agir vite face à ce qui n’est pas un fait divers, j’en suis intimement persuadé et vous l’avez tous souligné, mais un véritable fait de société, lié à une violence endémique qui n’a fait que s’aggraver ces dernières années. ».
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6. Sébastien Lecornu : « Le gouvernement propose une peine de vingt ans de réclusion criminelle pour les viols en série. Il propose également de porter de vingt ans à la perpétuité la peine d’emprisonnement pour les crimes sexuels commis contre les mineurs. Madame la Présidente de l’Assemblée Nationale, nous ouvrons la concertation pour élargir la réflexion au-delà de la seule question des crimes sexuels contre les mineurs : je sais qu’il s’agit d’une demande transpartisane de plusieurs groupes politiques. La deuxième mesure répond très directement aux questions soulevées par cette affaire et a été évoquée par le garde des sceaux : nous fixerons à trois mois le délai donné aux enquêteurs et aux parquets pour mener les premiers actes d’enquête permettant, si nécessaire, de soumettre un présumé coupable à une garde à vue. En clair, ce sont les instructions données par le garde des sceaux dans le cadre d’une circulaire que nous allons vous proposer de transcrire dans le projet de loi, pour faire en sorte que le système soit beaucoup plus protecteur et rigide. (…) Le troisième travail que nous devons engager n’est pas consensuel, je le sais : c’est celui sur la prescription. Ce débat est important et doit être ouvert avec de nombreuses précautions juridiques et constitutionnelles. Toutefois, je ne veux pas fermer la porte à des évolutions en la matière et j’ai demandé au garde des sceaux et à la ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes de réunir les présidents de groupe et les auteurs de textes portant sur des questions liées à la prescription pour bâtir le compromis qui nous permettra d’avancer dans le cadre de la lettre rectificative. ».
7. Sébastien Lecornu : « Je manquerais à mon devoir de chef de l’administration si je ne concluais pas en redisant ma confiance dans les enquêteurs, les policiers, les gendarmes, les magistrats et l’ensemble des métiers de justice, personne ne l’a fait, ou presque, depuis le début de la séance. Bien souvent, ces professionnels se sont engagés par vocation, pour protéger nos concitoyennes et nos concitoyens. J’ai eu l’honneur de porter l’uniforme de la gendarmerie et de servir dans des brigades. Je connais l’engagement de ces professionnels et je ne veux pas que l’on jette l’opprobre sur celles et ceux qui ont fait vœu de protéger les autres et de se mettre au service des plus fragiles au nom de la République ! ».
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8. Gérald Darmanin : « Le chiffre de 70 000 renvoie aux plaintes ouvertes par les parquets qui n’ont pas été classées et qui ne font pas l’objet d’une information judiciaire. (…) J’ai demandé aux parquets généraux de continuer à donner la priorité aux affaires concernant des mineurs, puisqu’ils m’assurent que c’est ce qu’ils font au quotidien. Au cours des trois heures de discussion que j’ai eu avec leurs représentants, comme d’ailleurs depuis que je participe à des réunions sur la politique pénale, on m’a expliqué que dans l’immense majorité des cas les services enquêteurs du ministère de l’intérieur étaient pleinement mobilisés et que les procureurs plaçaient en haut de la pile les crimes concernant des enfants, comme je le demande depuis maintenant quatorze mois et comme le demandaient déjà mes prédécesseurs. La véritable question est donc de savoir s’il existe d’autres affaires Lyhanna. D’une part, l’inspection que nous avons diligentée rendra ses conclusions dans treize jours et permettra de pointer les défaillances dans la chaîne des enquêteurs, des magistrats et peut-être d’autres services publics. Nous prendrons alors les mesures qui s’imposent. D’autre part, les rapports que j’ai demandés aux procureurs généraux pour identifier d’autres éventuelles affaires Lyhanna seront également rendus publics. Je les transmettrai aux commissions des lois de l’Assemblée et du Sénat et, si vous le souhaitez, à l’ensemble des groupes politiques. Le Parlement n’a pas à être avisé des affaires individuelles, mais il est légitime de l’informer sur des affaires générales. Je ferai toute la vérité sur celle-ci. ».
9. Gérald Darmanin : « Je parle devant l’Assemblée Nationale, qui écrit la loi. En 2013, l’Assemblée Nationale et le Sénat ont retiré au garde des sceaux la possibilité de donner des instructions dans des affaires individuelles : c’est l’article 30 du code de procédure pénale. Vous m’interrogez parfois personnellement sur de telles affaires parce que vous recevez des familles éplorées dans vos permanences ; moi-même j’en croise chez moi, à Tourcoing et il arrive qu’on me contacte sur les réseaux sociaux pour me faire part de difficultés incompréhensibles. Il faut que les Français le sachent : je suis le seul ministre ou fonctionnaire qui ne peut pas effectuer de signalement au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. Ce serait vu comme une ingérence dans le fonctionnement de la justice, on connaît les difficultés qu’ont rencontrées certains de mes prédécesseurs. Je ne peux pas non plus donner d’instructions au procureur de la République dans des affaires individuelles. Je ne sais pas si les Français le savent, ni même si les parlementaires sont au courant : le garde des sceaux ne peut ni appeler, ni recevoir un procureur pour discuter d’une affaire. Il y a deux solutions : soit l’on part du principe que l’indépendance est une garantie démocratique, mais alors il faut assumer ses responsabilités lorsqu’on commet une faute professionnelle ; soit l’on redonne au garde des sceaux la possibilité de donner des instructions dans des affaires individuelles. C’est un débat parlementaire extrêmement important pour notre démocratie. La seule chose que je peux faire, c’est envoyer des circulaires de politique pénale générale. Je n’ai même pas le droit d’y employer le mot "systématiquement" car le Conseil d’État me l’interdit. Dans ces circulaires, je ne peux que définir les priorités de la politique pénale. Comme elles n’ont pas été prises en compte partout, il est incontestable qu’elles ne l’ont pas été dans cette affaire, j’ai proposé à M. le Premier Ministre que les parlementaires inscrivent dans la loi que, dans les affaires de crimes sur enfant, il soit procédé en moins de trois mois au moins aux actes d’enquête permettant de placer le criminel en garde à vue, voire parfois, je l’espère, en détention provisoire. ».
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10. La députée LR Émilie Bonnivard : « Assez de jeter l’anathème sur les uns et sur les autres. Je rappelle qu’il y a un an et demi, dans cette même assemblée, nous avons eu l’occasion de nous prononcer pour l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur les enfants et que, en raison de l’opposition du Rassemblement national, de l’UDR mais aussi de la gauche, nous n’y sommes pas parvenus. Nous avons perdu un an et demi. Chacun doit balayer devant sa porte. Humilité, unité : munis de ces deux mots-clefs, travaillons ensemble, dans le respect, pour protéger nos enfants. ».
11. Aurore Bergé : « J’espère que l’heure est venue, que le moment est venu pour nous d’être en capacité d’entendre les enfants, d’entendre leurs paroles, les révélations qu’ils sont prêts à faire. Je tiens à dire aussi à ceux qui, ayant vécu cela enfant, qu’il ne sera jamais trop tard pour que leur parole soit entendue : il faut qu’ils aient toujours la possibilité d’avoir dans leur vie accès à la justice, alors qu’aujourd’hui, la prescription protège les bourreaux et condamne les victimes. Voilà ce qui se passe dans notre société. Et c’est ce que nous pouvons et même devons collectivement changer. Vous savez que le garde des sceaux et moi nous sommes déclarés favorables à ce que l’imprescriptibilité devienne la règle dans notre pays, conformément d’ailleurs aux recommandations de la Ciivise. Nous recevrons, à la demande du premier ministre, l’ensemble des parlementaires engagés sur cette question dès cette fin de semaine pour y travailler et pour, je l’espère, l’inclure dans notre droit dès le texte sur la protection de l’enfance. ».
12. La députée PCF Karine Lebon : « Lyhanna a été tuée alors que l’homme mis en cause avait déjà fait l’objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineur. Ce drame révèle une chaîne de défaillances. Pourtant, contrairement à de nombreux dossiers, il y avait des preuves : rapport médical et judiciaire, expertise, témoignages. Les magistrats ne sont pas les seuls responsables : c’est tout un système qui a failli. Système dont vous êtes le principal moteur. Le problème, ce n’est plus l’absence de diagnostic, mais l’écart insupportable entre ce que l’État sait et ce que l’État fait ! !! ! ».
13. Gérald Darmanin : « Je ne vous permets pas un seul instant d’évoquer la complicité dans mon action personnelle ou le fait que je tairai les violences faites aux enfants. (…) Je rappelle que l’omerta existe dans beaucoup de sociétés et partout sur le territoire national, et que nous en sommes tous particulièrement responsables. (…) Quand je vais revenir devant vous pour vous demander de voter l’imprescriptibilité des crimes sur les mineurs, vous me répondrez sans doute non comme vous l’avez déjà fait, et quand je vous demanderai que le garde des sceaux puisse donner des instructions individuelles aux procureurs, vous me direz là aussi non, je vous rappelle que ce sont vos groupes politiques qui ont voté en 2013 la loi les prohibant. Et vous me demandez tout de même, après qu’une plainte a été classée en 2020 et une autre en 2023 : "Monsieur le garde des sceaux, qu’est-ce que vous faites ?" Quand les magistrats sont indépendants, et c’est heureux qu’ils le soient dans un grand pays démocratique comme le nôtre, on accepte leurs décisions. Et même s’ils ont commis des fautes professionnelles, je ne peux pas pour autant leur donner d’instructions individuelles. Voulez-vous redonner cette prérogative au garde des sceaux ?… Quand les magistrats sont indépendants, et c’est heureux en démocratie, il faut accepter qu’une inspection puisse relever des fautes professionnelles s’il y en a, et les sanctionner. ».
14. La députée EPR Laure Miller : « J’ai honte de l’image que nous donnons depuis le début de cette séance de questions au gouvernement. Hier, des hommes et beaucoup de femmes se sont déplacés, probablement pour la première fois de leur vie, devant un palais de justice, pour nous demander d’agir de manière responsable et de protéger les enfants. Or, depuis 15 heures, nous nous renvoyons la balle comme des gamins dans une cour d’école et cherchons des responsabilités individuelles. Sans doute avec beaucoup de naïveté, j’imaginais que nous allions être constructifs. Les gens attendent de nous que nous nous tendions la main, que nous nous mettions tous autour d’une table afin de travailler pour le bien des enfants. Ce n’est pas un sujet de querelle politicienne, mais un dossier de grande ampleur. Je voudrais présenter des excuses pour l’image déplorable que nous avons donnée. Les Français qui croient encore en la politique ne sont déjà plus très nombreux et ce que nous en donnons à voir est désastreux. Si être députée, c’est cela, alors je ne me sens plus députée mais citoyenne et je suis profondément déçue. Malgré tout, je sais qu’il y a dans l’hémicycle des hommes et des femmes de bonne volonté qui savent mettre de côté leur étiquette politique pour construire quelque chose. Monsieur le Premier Ministre, je vous demande de les réunir. J’aimerais que l’année qui vient ne soit pas une période de paralysie politicienne mais soit au service de la protection de l’enfance, au sens large. C’est possible d’y parvenir en rassemblant les bonnes personnes et je vous remercie par avance de le faire. ».
Comme l'a si bien regretté Laure Miller, beaucoup de députés se sont saisis du drame affreux de la petite Lyhanna pour faire de la basse récupération électorale. La pression du peuple sera là pour que les parlementaires construisent à partir de ce désastre judiciaire qu'est l'assassinat de Lyhanna. Que son martyre puisse au moins avoir cette utilité de mieux protéger les enfants après elle.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (12 juin 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Lyhanna, un avant et un après.
Séance de Questions au gouvernement le 9 juin 2026 à l'Assemblée Nationale (texte intégral).
Affaire Patrick Bruel.
Affaire Abbé Pierre.
Affaire d'Outreau.
Gérald Darmanin.
Faut-il rendre imprescriptibles les crimes commis sur les mineurs ?
Tout le monde n’a pas le courage de Gisèle Pelicot.
Bientôt, la procédure de jugement des crimes reconnus (PJCR) ?
Quentin Deranque, la mort d'un méchant ?
La mort de Quentin Deranque, une affaire hautement politique ?
L'assassinat de Quentin et les récupérations politiques.
La mort de Clément Méric.
Gisèle Pelicot, une femme toujours debout !
Narcotrafic : la drogue, est-ce (aussi) la faute des consommateurs ?
Cédric Jubillar.
Delphine Jubillar.
Pourquoi reparle-t-on de l'affaire Grégory ?
Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
Mélanie, la douceur incarnée.
L'Affaire Joël Le Scouarnec.
L'Affaire Bétharram.
Agathe Hilairet.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Le mystère Émile sur le point d'être percé ?
La profanation du cimetière juif de Carpentras.
Crash de l'A320 de Germanwings.
L'accident de Villa Castelli.
Morts mystérieuses à Santa Fe.
Repose en paix Louise, on ne t'oubliera pas !
Gisèle Pelicot, femme de l'année 2024 ?
5 ans de prison dont 2 ferme pour Pierre Palmade.
40 ans de confusions dans l'Affaire Grégory.
Philippine : émotion nationale, récupérations politiques, dysfonctionnements de l'État ?
Viols de Mazan : quelques réflexions sur Pelicot et compagnie...
Violence scolaire : quand une enseignante s'y met...
Création du délit d'homicide routier : seulement cosmétique ?
La France criminelle ?
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La nuit d'Émile Soleil.
Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
Meurtre de Lola.
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Patricia Bouchon.
Sémantique de l'horreur.
La société de vigilance et le faux Xavier Dupont de Ligonnès.
Mortelle méprise.
L’affaire Seznec.
La sécurité des personnes face aux dangers.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260612-lyhanna.html
https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/lyhanna-un-avant-et-un-apres-269734
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/06/11/article-sr-20260612-lyhanna.html
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