« Tout renoncement à son mode de vie est une victoire des terroristes. Victoire posthume puisque la très grande majorité ont acté qu’ils mourraient pendant leur opération criminelle. Le maintien de la COP21 et du championnat d’Europe de football ont eu le mérite de préserver notre détermination à ne pas nous laisser intimidés. Mais attentats après attentats, tiendrons-nous encore longtemps ? » (15 juillet 2016).
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Il y a dix ans, le jeudi 14 juillet 2016 en début de soirée, juste après le feu d'artifice, au centre de Nice, sur la Promenade des Anglais, un camion fou de 19 tonnes a forcé un barrage policier et a foncé sur la foule de touristes et habitants venus fêter la France. Le bilan de l'attentat de Nice est très lourd, 86 personnes tuées, 458 personnes blessées, et un traumatisme national voire international.
Un lieu symbolique de l'art de se détendre, en vacances, au soleil, au bord de la mer, et une date symbolique de la nation, la fête nationale, la date la plus importante des Français, et ces deux unités, de lieu et de temps, désormais associées à l'horreur, à la terreur, à la mort et à la désolation.
Bien sûr, la République n'oublie pas ses victimes, elles resterons gravées dans la mémoire collective, du reste, ces victimes étaient issues de vingt-huit nationalités, des États-Unis à l'Australie en passant par la Chine, la Malaisie, Madagascar, le Brésil et l'Ukraine. La Nation n'hésite pas à se souvenir et à se souvenir, à commémorer, à célébrer, à "cérémoniser"...
Cette année, au-delà de la fête nationale, le 14 juillet a lieu dans un moment particulier de la coupe du monde de football. Ce sera la demi-finale le soir, le combat entre l'équipe de France et celle d'Espagne. Une journée ultra-nationale donc, peut-être de joie malgré le sinistre anniversaire.
Un mot vient alors à l'esprit, la résilience. Les Français sont un peuple capable de résilience. Comme tous les peuples. On a le mot dans la bouche aussi en ces temps de canicule. 40°C à Paris et même pas mal ? Trois canicules avant le 15 juillet et toujours sur le pont ?
Résilience nationale ? Sur le site du Premier Ministre, on peut lire un mot du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale sur son action : « Développer et structurer la capacité de résilience de la Nation face à des événements de toute nature. ». Il est ainsi explicité une stratégie : « Cette stratégie s’organise dorénavant autour de deux priorités et 11 actions opérationnelles, assorties à des livrables et un calendrier de mise en œuvre. La première priorité est d’assurer la continuité de la vie économique de la nation. La seconde, de réunir et rendre utile l’ensemble des citoyens au service de la résilience de la Nation. Cela se traduit concrètement par : 1° des efforts renouvelés dans la résilience des réseaux essentiels ; 2° l’analyse approfondie et la remédiation aux vulnérabilités critiques d’approvisionnement ; 3° l’éducation, la formation et la sensibilisation aux risques majeurs, à tous les âges et dans chaque territoire ; 4° l’amélioration des dispositifs de réserve existants, ainsi que des volontariats, afin de disposer d’un vivier de compétences. ».
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Le 13 octobre 2026, ce sera la cinquième édition de la Journée Nationale de la Résilience qui « est une initiative du gouvernement pour promouvoir la culture du risque et renforcer la résilience de tous les citoyens. Elle vise à : 1° identifier les risques majeurs proches de chez soi ; 2° adopter les bons comportements pour se protéger ; 3° comprendre les dispositifs d’alerte et gestes qui sauvent pour protéger ses proches en cas d’événement grave. ». En 2025, plus de 15 000 actions ont été réalisées en faveur de la résilience nationale en France, dans les familles, dans les écoles, dans les entreprises, dans les institutions, etc.
Résilience nationale ? Je découvre alors qu'il y a eu une mission d'information à l'Assemblée Nationale sur la résilience nationale désignée le 30 juin 2021 : « [Elle] s’attachera à analyser les principaux risques et menaces qui pèsent sur le pays (ruptures dans les approvisionnements en énergie, en eau, en denrées alimentaires, risque cyber, risque biologique et sanitaire, risques naturels et technologiques, terrorisme, conflits armés…), et à évaluer la capacité des institutions, de la société, de l’économie et des citoyens à faire face aux crises graves et aux dangers vitaux qui peuvent en résulter. Elle se donne pour objectif de formuler des propositions pour renforcer à tous les niveaux la résilience nationale. ».
Sur le site de l'Assemblée Nationale, est mise en illustration une très belle photographie de John D. Sirlin intitulée "Ciel orageux en campagne" (Shutterstock). Cette mission parlementaire s'est achevée par la publication d'un rapport d'information publié le 23 février 2022 après des dizaines d'auditions (qu'on peut lire ici).
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On y lit entre autres, sur la menace terroriste : « Sous l’effet de plusieurs facteurs, cette menace a connu une mutation importante depuis les attentats perpétrés à Paris en 2015. D’une menace projetée, qui trouve son origine sur un théâtre étranger, avec des attaques commanditées de l’extérieur, dans le cadre d’un réseau structuré, nous sommes passés à une menace endogène, qui émane de plus en plus d’individus isolés, avec des profils relevant souvent de la psychiatrie. (…) Cette menace endogène implique ainsi plus souvent des individus agissant seuls, avec des moyens rudimentaires, à l’image de l’assassin de Samuel Paty. Si ces attaques sont moins sophistiquées, elles n’en constituent pas moins un défi pour les services de renseignement et de sécurité, dans la mesure où les individus concernés, n’étant souvent pas connus des services, ne sont pas surveillés, et peuvent se radicaliser et passer à l’action très rapidement. Comme le souligne M. Lerner [Nicolas Lerner était le directeur général de la sécurité intérieure à l'époque de son audition], "la menace, devenue plus autonome, peut surgir de partout, étant le fait de n’importe quel individu, y compris inconnu de la DGSI". Par ailleurs, l’attentat de Nice, en 2016, a montré qu’il était possible de causer un nombre important de victimes avec des moyens rudimentaires. ».
En outre : « Une attaque terroriste met à l’épreuve la résilience d’une nation non seulement par sa létalité ou par les dégâts physiques occasionnés, certaines attaques, comme celles de Paris en 2015 et celles du 11 septembre 2001 aux États-Unis, ont causé un nombre considérable de victimes, mais aussi et peut-être surtout par le choc psychologique et social qu’elle occasionne. M. Lerner estime que la menace terroriste présente "plutôt un risque pour la cohésion de la nation". M. Nuñez souligne que "le choc psychologique sur l’opinion publique produit par une attaque terroriste, quelle qu’en soit la nature, produit un traumatisme énorme. Tel est précisément l’objectif des terroristes, qui cherchent à nous diviser. (…) J’estime que le terrorisme peut porter atteinte à la résilience nationale, c’est en tout cas son but". Entre les menaces issues de l’environnement international et les fragilités propres à la France, qui seront abordées en deuxième partie, la menace terroriste persiste et doit continuer à être prise en compte à son juste niveau. L’environnement international peut d’ailleurs accroître très sensiblement la menace endogène, par le canal des réseaux sociaux et des ingérences étrangères. La DGSI révèle ainsi qu’elle a eu à faire face à une menace sensiblement augmentée sur le sol national en raison de l’instrumentalisation par des pays étrangers des propos du Président de la République sur les caricatures de Mahomet, à l’occasion de l’hommage rendu à Samuel Paty en octobre 2020. Il convient par ailleurs de garder à l’esprit que tout le spectre des moyens d’action terroriste n’a peut-être pas encore été mis en œuvre : certaines actions avec un impact beaucoup plus important ne sont ainsi pas exclues, et d’autres surprises, comme celle du 11 septembre 2001, restent possibles. ».
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La conclusion du rapport, c'est qu'il faut développer de nouvelles formes de résilience nationale : « Dans un monde incertain, marqué par la résurgence de rivalités stratégiques et par le développement de nouveaux risques affectant une société fragilisée et de plus en plus dépendante des technologies, le renforcement de la résilience de la nation est un impératif stratégique aussi bien que politique. ».
Le rapport a certes cité des atouts français, notamment lors de la crise sanitaire du covid : « Globalement, le pays a trouvé les ressources morales pour affronter l’épreuve et le gouvernement a su mobiliser avec pertinence l’appareil de l’État et les forces vives de la nation pour trouver les meilleures solutions. ». Pour autant, il a pointé un manque d'anticipation et d'imagination des risques : « L’anticipation des "scénarios du pire" est donc nécessaire pour que la communauté nationale garde la maîtrise de son destin collectif en toutes circonstances. ».
Il faut donc faire participer tous les citoyens à la résilience nationale : « Un des enseignements des travaux de la mission d’information est qu’à l’heure des menaces hybrides, le ressort de la résilience nationale est avant tout le citoyen lui-même, qui ne doit plus uniquement être considéré comme une victime ou la cible d’effets à produire, mais comme un élément de résolution de la crise. Dès lors, le succès d’une stratégie de résilience nationale repose sur son caractère inclusif : le citoyen en est l’acteur et non l’objet. C’est son engagement au service de la société et du pays qui rend la nation plus forte. ».
Le rapport pêche toutefois par son idéalisme incantatoire : « Une plus grande cohésion de la société française serait favorable au renforcement de la résilience du pays. Une nation dotée d’un sens aigu de ses valeurs et de la volonté de les défendre est d’autant plus à même d’imprimer au cours de l’Histoire une orientation qui lui soit favorable. ».
Et le document finit par une citation fort intéressante de Thucydide que je soumets à la sagacité des lecteurs : « La force de la cité ne réside ni dans ses remparts ni dans ses vaisseaux, mais dans le caractère de ses citoyens. ».
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (11 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Résilience nationale.
Nice et la résilience française.
Rapport d'information n°5119 sur la résilience nationale publié le 23 février 2022 par l'Assemblée Nationale (document à télécharger).
Les valeurs républicaines.
Bataclan, ten years after.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Soumy : grâce musicale versus vulgarité brutale.
Syrie : peut-on encore massacrer en paix ?
Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...
Philippe Val et la promesse d'autres tragédies.
7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
L’esprit républicain.
Fête nationale : cinq ans plus tard…
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260714-attentat-nice.html
https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/nice-et-la-resilience-francaise-269796
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/07/12/article-sr-20260714-attentat-nice.html
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