« C'est pour nous un grand honneur de vous retrouver dans ce château d'Augustusburg, qui est en effet le symbole de la réconciliation entre nos deux pays, à la fois la première visite d'État en Allemagne en 1962 du Président De Gaulle, et si on remonte encore plus dans le temps, le Traité de 1751, dit Traité d'union, d'amitié et de bonne correspondance entre Louis XV et l'archevêque prince-électeur de Cologne. C'est dire que ce lieu est fait pour les grands moments franco-allemands. Je crois pouvoir dire que ce 26e conseil des ministres franco-allemand a été marqué par un esprit de franchise, d'amitié, de pragmatisme et de volontarisme. (…) Nous vivons un moment de défi pour nos deux pays et une époque très singulière. La guerre sur le sol européen, la question régulièrement posée sur la convergence transatlantique et sa solidité, les défis technologiques auxquels nous sommes soumis, les défis migratoires que nous avons subis, et évidemment aussi aujourd'hui une guerre commerciale ouverte et une grande agressivité commerciale chinoise. Tout ça remet en cause beaucoup des fondamentaux de ce qu'était d'abord notre croissance, parfois nos modèles économiques et ce qui avait fondé l'Europe ces dernières décennies. » (Emmanuel Macron, le 17 juillet 2026 à Brühl).
/image%2F1488922%2F20260718%2Fob_c1492d_yartimacronvfp01.jpg)
Le Président de la République Emmanuel Macron a évoqué la prochaine élection présidentielle de 2027... à Brühl-pourpoint ! Trêve de plaisanterie, le chef de l'État était en déplacement ce vendredi 17 juillet 2026 en Allemagne, à Brühl, une ville de 46 000 habitants en Rhénanie du Nord-Westphalie, entre Cologne et Bonn pour coprésider avec le Chancelier allemand Friedrich Merz le 26e conseil des ministres franco-allemand ainsi que le conseil franco-allemand de défense et de sécurité.
À l'issue de cette rencontre bilatérale, les chefs de l'exécutif des deux pays ont tenu une conférence de presse commune comme c'est la tradition pour ce genre de réunion internationale. Et traditionnellement, le chef de l'État français, qui doit répondre aux questions des journalistes, n'évoque pas la situation de politique intérieure de la France à l'étranger.
Toutefois, ce vendredi, Emmanuel Macron a fait un mini-entorse à cette tradition en répondant à une question simple : quelles seraient les conséquences de l'élection éventuelle de Marine Le Pen dans la coopération franco-allemande ? On voit bien que c'est une question pertinente sur le plan diplomatique, mais néanmoins politicienne. Friedrich Merz a répondu en premier en expliquant prudemment qu'il espérait continuer la coopération franco-allemande quel que soit le candidat ou la candidate qui serait élu en 2027 par les Français.
Et Emmanuel Macron en a profité pour faire une petite leçon de choses, très à l'aise, devenant de plus en plus une sorte de François Mitterrand en fin de double mandat, n'ayant plus rien à conquérir et lâchant ses bons et mauvais points.
Il a voulu rappeler trois points.
Le premier point, c'est que les sondages l'été précédent l'élection présidentielle ne sont pas du tout prédictifs : « Méfiez-vous tout de même des sondages, si je puis me permettre. Je connais beaucoup de gens qui étaient élus en juillet 2016. Ce n'étaient pas les mêmes forcément qu'on a retrouvés en mai 2017. Et donc, mon humble remarque, c'est que l'élection, de ce que j'ai compris, elle était en avril et mai 2027. ».
Ce qui est amusant, c'est que certains journalistes ont commenté en voulant rappeler que le candidat favori aurait été François Fillon. Mais pas du tout ! Ceux-là ont la mémoire très courte. En été 2016, le candidat favori de l'élection présidentielle de 2017, ce n'était pas François Fillon mais Alain Juppé. Si je précise cela, c'est pour dire qu'il y a eu deux prédictions erronées pour 2017, d'abord Alain Juppé, mais battu par François Fillon à la primaire LR de novembre 2016, puis François Fillon qui a chuté avec ses casseroles judiciaires. Peut-être qu'Emmanuel Macron y croyait déjà en juillet 2016 (on ne peut pas être sérieusement candidat si on ne croit pas en ses chances de gagner), mais il devait être bien seul.
Le deuxième point, c'est de croire en la démocratie, pouvoir du peuple : « La deuxième remarque, c'est faites confiance au peuple français. Ne lui prédisez pas toujours le pire, laissez-lui vouloir le meilleur. ». Sous-entendu, le pire, ce serait l'élection de la candidate d'extrême droite comme le souhaiterait récemment Elon Musk en faisant preuve d'ingérence (mais il est habitué à cela en Europe, soutenant tous les mouvements d'extrême droite et populistes en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Hongrie, et donc maintenant en France). Il faut aussi rappeler les élections législatives de l'été 2024 où tous les sondages envisageaient la victoire du RN.
Et le troisième point : « Nous travaillons pour nos peuples, pour nos pays et au-delà de nos personnes. Et je crois que l'agenda que nous avons dessiné aujourd'hui, les décisions qu'on a prises, elles sont nécessaires, elles sont bonnes pour notre sécurité, notre prospérité, notre paix, pour la société. Je crois qu'elles rassemblent très largement, et donc l'agenda de mise en œuvre c'est le plus vite possible et le plus fort possible. Parce qu'au fond de part et d'autre, ce que nous voulons, c'est de l'efficacité. Voilà, c'est avec cet esprit que nous travaillons. ». En d'autres termes, les relations entre les États transcendent les relations personnelles entre les chefs d'État et de gouvernement.
/image%2F1488922%2F20260718%2Fob_39d901_yartimacronvfp02.jpg)
Emmanuel Macron a répondu aussi à une question sur la coopération militaire notamment nucléaire entre la France et l'Allemagne en mettant les points sur les i : « Alors je vais tordre le cou à un canard, comme on dit chez moi (…). L'objectif de la dissuasion avancée, ce que nous avons proposé, ce que nous avons préparé très intimement avec le Chancelier et ses équipes les plus proches, et qui a donné lieu à cette réponse savamment préparée ensemble en mars dernier, en aucun cas ne vise un cofinancement du nucléaire français. En aucun cas. Je préfère être clair tout de suite et définitif. Je sais que c'est une idée de tous ceux qui voudraient voir derrière cela des choses. Non. Notre nucléaire, on l'a financé depuis qu'il existe et il fait partie de la trajectoire. Il a été voté. On a doublé le budget de nos armées ces neuf dernières années. On vient de voter une loi de programmation militaire qui sera promulguée dans les prochaines semaines. Et donc c'est financé. (…) Le financement du nucléaire français sera toujours fait par la France. Je tiens à vous rassurer. ».
Donc, l'indépendance nationale de la France en matière de défense nucléaire n'est pas mise en cause. En revanche, cela n'empêche pas une coopération plus large : « L'objectif, qu'est-ce que c'est ? C'est d'améliorer la sécurité du continent européen, de créer plus d'incertitude chez nos adversaires en permettant à, justement, cette dissuasion nucléaire d'avoir d'autres voies et moyens. D'abord de créer de l'intimité stratégique entre nous, c'est-à-dire nous d'expliquer un peu nos secrets, comment on fait, de proposer des exercices conjoints, des éléments conjoints de partenariat, une plus grande intimité entre nos équipes, nos experts, nos militaires (…), et de créer de l'incertitude chez nos adversaires parce que ça dilue la présence de cette dissuasion nucléaire. Ça nous permet de potentiellement rejoindre d'autres points. Et je me suis exprimé à l’Île Longue sur chacun de ces sujets. Donc nous, nous sommes ouverts opérationnellement à tout, mais je ne vais pas ici agiter des choses qu'on n'a pas encore faites. Et en tout cas, c'est des choses qui se discutent avec nos partenaires. Et donc nous, notre volonté, c'est d'aller le plus loin et le plus utilement possible avec l'Allemagne, qui est le partenaire de confiance, le partenaire privilégié, de par le traité d'Aix-la-Chapelle, de par la confiance entre nos deux pays, de le faire pour aussi créer de l'incertitude chez nos adversaires, et donc assumer de ne pas toujours dire 100% des choses de ce qu'on va faire, parce que la visibilité totale et absolue n'est pas forcément la stratégie la plus efficace face à des adversaires sur le sol européen, mais de le faire toujours en décidant ensemble ce que l'exercice qu'on fait ou la localisation qu'on produit. ».
/image%2F1488922%2F20260718%2Fob_bd235a_yartimacronvfp03.jpg)
Les conclusions du conseil franco-allemand de défense et de sécurité du 17 juillet 2026 ont repris les ambitions du Traité d'Aix-la-Chapelle :
1. Coopération stratégique avec la création du groupe de pilotage nucléaire franco-allemand : « Cette coopération bilatérale sans précédent contribuera à renforcer la dissuasion en Europe et à accroître la sécurité de l’Europe dans son ensemble dans le plein respect des obligations juridiques internationales des deux pays. Cette coopération vient compléter, sans s’y substituer, la dissuasion nucléaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et les arrangements de l’OTAN pour le partage du nucléaire, auxquels l’Allemagne a contribué. ».
2. Une Europe plus forte au sein d'une OTAN plus forte : « Face à la menace à long terme que représente la Russie pour la sécurité euro-atlantique, et en saluant les conclusions du sommet de l’OTAN à Ankara, la France et l’Allemagne sont déterminées à renforcer le pilier européen de l’Alliance et à prendre davantage de responsabilités en ce qui concerne la défense de l’Alliance, en coopération avec d’autres Alliés. Les deux pays soutiennent le développement d’une base industrielle et technologique de défense européenne solide, en œuvrant à la normalisation, à la simplification et à la mise à l’échelle des équipements de leurs forces armées. ».
3. Coopération en matière de défense : « La France et l’Allemagne sont déterminées à contribuer de manière significative au renforcement de l’état de préparation de la défense européenne ainsi qu’à participer au renforcement du pilier européen de l’OTAN. Les deux pays sont par conséquent convenus d’intensifier leur coopération en matière d’industrie et de capacités. ».
4. Soutien à l'Ukraine : « Condamnant la guerre d’agression illégale que la Russie mène contre l’Ukraine, la France et l’Allemagne réaffirment leur soutien continu et inébranlable à l’indépendance et à la souveraineté de l’Ukraine ainsi qu’à son intégrité territoriale au sein de ses frontières reconnues à l’échelle internationale. Elles demeurent déterminées à parvenir à une paix juste et durable en Ukraine, conformément aux principes du droit international, notamment la Charte des Nations Unies, qui préservera les intérêts de l’Ukraine de même que leurs intérêts en matière de sécurité. (…) Elles continueront de soutenir l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra, en lui fournissant un soutien militaire prenant la forme de financements et de dons en matière d’équipements prioritaires, d’acquisitions dans le secteur industriel, d’une coopération en matière de recherche et développement, de productions conjointes ainsi que de financements en appui à la production ukrainienne, en accordant une attention particulière aux capacités de frappes dans la profondeur et à la défense aérienne, notamment à la défense contre les missiles balistiques. ».
5. Paix en Iran : « La France et l’Allemagne saluent la signature du mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran, facilitée par le Pakistan et le Qatar. Les droits et les libertés de navigation dans le détroit d’Ormuz doivent être restaurés conformément au droit international, sans taxes ou redevances. La France et l’Allemagne appellent l’Iran à s’abstenir de compromettre les prochaines négociations au moyen d’escalades ou d’activités militaires. ».
6. Soutien au Liban : « La France et l’Allemagne demeurent déterminées à renforcer l’État libanais, en soutenant le monopole des forces armées libanaises sur l’usage de la force, le désarmement du Hezbollah et la mise en œuvre de réformes économiques et financières urgentes. Les deux pays appellent les parties au conflit à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban. ».
Les conclusions du conseil des ministres franco-allemand du 17 juillet 2026 sont dans le prolongement du conseil des ministres franco-allemand du 29 août 2025 à Toulon :
1. Renforcement de la compétitivité économique des deux pays : « Une économie prospère, robuste et interconnectée est essentielle pour assurer la stature internationale, la cohésion interne et la pérennité de l’Union Européenne. Cela suppose un secteur industriel robuste, or celui-ci subit actuellement de fortes pressions. L’économie n’est pas seulement un facteur de croissance, c’est aussi la pierre angulaire du bien-être social, de l’innovation et de l’influence géopolitique. En tirant parti de sa puissance économique, l’Union Européenne peut négocier des accords commerciaux avec des partenaires du monde entier, promouvoir des conditions de concurrence équitables et relever des défis mondiaux comme la transition numérique. (…) Les deux pays souhaitent poursuivre la mise en œuvre des projets phares en cours et en lancer de nouveaux. ».
En particulier, dans le domaine spatial (« Dans le contexte géopolitique actuel, la France et l’Allemagne reconnaissent que les questions de fréquences sont un enjeu stratégique. »), de l'innovation et des technologies (intelligence artificielle, fusion nucléaire, physique quantique, etc.), de l'énergie (« renforcer la flexibilité de leurs systèmes énergétiques, accroître leur indépendance énergétique, bâtir un marché de l’énergie décarboné et garantir des approvisionnements énergétiques sûrs à un coût abordable »), de la souveraineté numérique, des matières premières critiques (notamment sécurité des approvisionnements), etc.
2. Renforcement de l'Union Européenne : compétitivité, simplification, marché unique ; union de l'épargne et de l'investissement ; défis économiques mondiaux ; neutralité climatique de l'Europe en 2050 ; industrie automobile ; cadre financier pluriannuel ; réforme des institutions européennes pour élargir aux Balkans.
3. Renforcement des liens entre les peuples français et allemands : « La France et l’Allemagne s’emploient à adopter une approche pluridimensionnelle pour renforcer leurs sociétés face aux problématiques économiques et sociales au moyen d’un dialogue social approfondi, en renforçant les liens entre leurs peuples grâce à la culture, aux médias et aux projets conjoints relatifs à la jeunesse, afin de garantir la sécurité en ligne des citoyens ainsi que pour simplifier et améliorer le quotidien des habitants des régions transfrontalières. ».
On a parlé, en France, de Présidents fainéants dans la période récente. À l'évidence, Emmanuel Macron ne fait pas partie de cette espèce. Il sera un Président de la République actif jusqu'à la dernière minute.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron appelle à faire confiance au peuple français !
Conférence de presse du Président Emmanuel Macron avec le Chancelier Friedrich Merz le 17 juillet 2026 à Brühl (texte intégral et vidéo).
Royale Primaire.
Présidentielle 2027 : la candidature favorite des intentions de vote.
Emmanuel Macron et son dernier défilé du 14 Juillet.
Le 14 juillet 2026 et la puissance militaire de la France et de l'Europe.
Discours du Président Emmanuel Macron aux armées le 13 juillet 2026 à l'Hôtel de Brienne à Paris (texte intégral et vidéo).
Discours du Président Emmanuel Macron au Sommet des Volontaires le 13 juillet 2026 aux Invalides, à Paris (texte intégral et vidéo).
Résilience nationale.
Sain et sauf : le chemin de Damas d'Emmanuel Macron.
L'hommage d'Emmanuel Macron à Marc Bloch au Panthéon.
Cérémonie de panthéonisation de Marc Bloch le 23 juin 2026 (texte intégral et vidéo).
L'hommage d'Emmanuel Macron à Edgar Morin aux Invalides.
Discours du Président Emmanuel Macron en hommage à Edgar Morin le 3 juin 2026 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron et la rancune jetée à la rivière.
Interview du Président Emmanuel Macron, le 15 juin 2026 sur TF1 à Évian (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron entre Charles De Gaulle et France Libre.
Discours du Président Emmanuel Macron, le 18 mars 2026 à Indret (texte intégral et vidéo).
Iran : Emmanuel Macron défend les intérêts de la France.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 3 mars 2026 à Paris (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron : la dissuasion nucléaire de la France, c'est moi !
L’action n’est pas une option !
/image%2F1488922%2F20260717%2Fob_8ae4d2_yartimacronvfp09.jpg)
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260717-macron.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-appelle-a-faire-270579
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/07/17/article-sr-20260717-macron.html
.
commenter cet article …
