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3 août 2026 1 03 /08 /août /2026 04:38

« L’élection d’Obama serait une victoire pour tous ceux qui refusent d’être rangés dans des catégories humaines, ce serait la victoire du droit à l’indifférence sur ceux qui misent tout sur leurs différences, ce serait en quelques sortes la victoire de la conception républicaine de la France (qui ne différencie les citoyens que sur leur seul mérite et pas sur leurs origines) sur la conception généralement américaine du communautarisme et de l’affirmative action (discrimination positive). » (6 mai 2008).





 


Cette modeste réflexion, que j'avais proposée il y a dix-huit ans, le 6 mai 2008, alors que le candidat démocrate commençait à être clairement identifié pour la succession de George W. Bush, paraît aujourd'hui assez candide et pourtant, je la redirais volontiers s'il le fallait. Ce mardi 4 août 2026, Barack Obama fête ses 65 ans. Ce n'est pas très vieux mais ce n'est pas tout jeune non plus. Les cheveux blancs ont gagné la partie, les rides aussi, même la silhouette est un peu plus voûtée.

Entre les deux dates, Barack Obama s'est fait élire et réélire Président des États-Unis, en exercice du 20 janvier 2008 au 20 janvier 2017. J'aurais été un citoyen américain, j'aurais été fier de mon Président. En fait, c'est vrai que, quel que soit le Président, choisi ou pas choisi par vous, si vous êtes un citoyen américain, vous êtes normalement fier de votre Président parce que vous êtes un patriote et que vous aimez votre pays. Mais depuis 2017, c'est moins sûr. Encore moins depuis 2025.


Il y a une sorte de caricature, de retour du balancier avec l'élection de Donald Trump en 2016 pour succéder à Barack Obama. Et comme les Américains ne connaissent pas la mesure, malgré leur rejet en 2020, ils en ont repris pour quatre ans en 2024, et là avec un Trump XXL. Ce n'était pas faute de campagne de la part de Barack Obama et Bill Clinton, et même Hillary Clinton, pour aider Kamala Harris, mais Joe Biden ne avait pas donné beaucoup de marge à sa Vice-Présidente pour faire campagne, car c'était beaucoup trop tardif.

La perspective des midterms (comme on dit), à savoir en novembre 2026 le renouvellement complet de la Chambre des représentants et le renouvellement du tiers du Sénat, ne se présente pas favorablement aux républicains et à Donald Trump... mais les élections majeures restent en novembre 2028 pour élire le ou la successeur de Donald Trump.

Beaucoup disent que Donald Trump serait dans l'impossibilité constitutionnelle de se représenter en 2028, et ils ont raison. La Constitution des États-Unis empêche d'exercer plus de deux mandats présidentiels depuis l'application du 22e amendement adopté le 21 mars 1947 par le Congrès qui est sans ambiguïté à ce sujet : « Nul ne pourra être élu à la Présidence plus de deux fois. ». Mais rien ne dit que cet amendement pourrait être modifié ou supprimé entre 2026 et 2028, d'autant plus que les démocrates pourraient y avoir autant intérêt que les républicains.


Certes, on imagine mal que Donald Trump puisse solliciter un nouveau mandat en 2028, il aura à ce moment 82 ans, mais il a une force physique exceptionnelle et sans doute souhaiterait-il acquérir un quitus de son second mandat si controversé. Et du côté des démocrates, c'est le vide abyssal. Ils ont un problème majeur : ceux qui mobilisent la base du parti démocrate (comme Bernie Sanders) sont des personnalités très à gauche qui ne se feront jamais élire à la Maison-Blanche (c'est un peu l'équivalent en France où les insoumis ont pris le dessus sur les socialistes).

Or, il y a une personnalité toute trouvée pour concourir. Barack Obama, évidemment ! Sous ses deux (premiers !) mandats, il n'a pas été le Père Noël annoncé, il n'a pas été l'homme providentiel, il n'a pas fait de miracle, notamment sur la paix dans le monde, il a même plutôt déçu après son discours du Caire et la position des États-Unis lors des Printemps arabes en 2011, mais il a fait le job, comme on a dit, il a poursuivi le multilatéralisme, il a tenté de maintenir un fragile équilibre dans le monde et il a même réussi à conclure un accord avec l'Iran que Donald Trump a rejeté dès son premier mandat alors qu'il était beaucoup plus favorable aux Américains que ce qu'il essaie de conclure (avec des bombes) en ce moment. Et sur le plan intérieur, il a même engagé son pays dans la voie de la transition énergétique (avec succès mais pas comme "on" l'imaginait sinon l'espérait : les USA produisent maintenant nettement plus de pétrole que l'Arabie Saoudite !).
 


Un duel entre Barack Obama et Donald Trump serait assez surréaliste évidemment, entre l'intello subtil et le grossier et vulgaire personnage qui vient avec ses gros sabots tout détruire sur son passage. Il est aujourd'hui constitutionnellement impossible, mais ce qui a été fait en 1947 pourrait être défait en 2026 ou 2027 (après les élections de novembre 2026 dans tous les cas). Dans d'autres pays, d'autres ont déjà fait des come-back remarquables, comme Lula.

Pour rappeler l'importance politique et intellectuelle de Barack Obama dans le paysage politique américain, je rappelle sa profession de foi fondatrice du candidat, le discours très important qu'il a prononcé le 18 mars 2008 à Philadelphie (qu'on peut réécouter ici).

Afin de se présenter à ses concitoyens, il s'était soucié de parler de ses origines, avec des notions de "race" et de "couleur de peau" qui peuvent étonner sinon choquer en France : « Je suis le fils d'un homme noir du Kenya et d'une femme blanche du Kansas. J'ai été élevé en partie par un grand-père blanc qui, après avoir survécu à la Grande Dépression, servit sous les ordres de Patton durant la Seconde Guerre mondiale, et par une grand-mère blanche qui travaillait sur une chaîne de montage de bombardiers à Fort Leavenworth pendant qu'il combattait outre-mer. J'ai étudié dans certaines des meilleures écoles d'Amérique et vécu dans l'un des pays les plus pauvres du monde. Je suis marié à une Américaine noire qui a en elle du sang d'esclave et du sang de propriétaires d'esclaves, un héritage que nous transmettons à nos deux filles adorées. J'ai des frères, des sœurs, des nièces, des neveux, des oncles et des cousins de toute race et de toute couleur de peau, dispersés sur trois continents, et jusqu'à mon dernier jour je n'oublierai jamais que mon histoire n'aurait été possible dans aucun autre pays du monde. ».

En fait, si, son histoire aurait été aussi possible en France, présente pendant longtemps sur les cinq continents, et ce qu'a dit ensuite le futur Président des États-Unis est sans doute la plus forte réflexion de la vie politique américaine de ce premier quart du XXIe siècle : « C'est une histoire qui ne fait pas de moi le plus conventionnel des candidats, mais c'est une histoire qui a, de façon indélébile, imprimé dans mes gènes l'idée que ce pays représente plus que la somme de ses parties, que nous tous qui le composons, nous ne formons, en réalité, qu'un. Pendant la première année de cette campagne, malgré toutes les prédictions qui annonçaient le contraire, nous avons pu constater à quel point le peuple américain avait soif de ce message d'unité. En dépit de la tentation de ne voir ma candidature qu'au travers d'une lorgnette purement raciale, nous avons remporté des victoires décisives dans des États qui comptent des populations parmi les plus blanches du pays. ».

 


Dans ce tournant de sa campagne, Barack Obama devait trouver le passage pour ne pas décevoir la base populaire qui le soutenait avec enthousiasme tout en se présentant comme un candidat universel, représentant tout le peuple américain et pas seulement certaines catégories du peuple, afin de réaffirmer que sa candidature était sérieuse et pas de témoignage : « À l'une des extrémités du spectre s'est exprimée l'idée selon laquelle ma candidature ne serait au fond qu'un exercice de discrimination positive; qu'elle serait fondée uniquement sur le désir de libéraux naïfs d'obtenir à moindre coût la réconciliation entre les races. À l'autre extrémité, on a entendu mon ancien pasteur, le révérend Jeremiah Wright, utiliser un langage incendiaire pour exprimer des opinions qui non seulement risquent d'approfondir la fracture raciale, mais qui de plus dénigrent la grandeur et la bonté de notre pays; ces opinions sont offensantes autant pour les Noirs que pour les Blancs. ».

C'est parce qu'il était proche du pasteur Jeremiah Wright et que ce dernier avait proféré des idées particulièrement destructrices et nauséabondes qu'il devait réagir très clairement, et il l'a fait en condamnant fermement les propos du pasteur : « Les remarques qui ont déclenché cette tempête n'étaient pas simplement sujettes à controverse. Elles ne traduisent pas seulement la volonté d'un responsable religieux de s'élever contre ce qu'il perçoit comme une injustice. Elles expriment en réalité une vision profondément déformée de ce pays : une vision qui considère le racisme blanc comme endémique, et qui met tout ce qui ne va pas en Amérique au-dessus de ce qui, nous le savons tous, marche bien en Amérique ; une vision qui estime que les conflits au Moyen-Orient trouvent principalement leur origine dans les actions de solides alliés comme Israël, et non dans les idéologies perverses et haineuses de l'islam radical. Et en ce sens, les déclarations du révérend Wright ne sont pas seulement erronées, elles sont porteuses de division, et ce à un moment où nous avons besoin d'unité ; elles sont racialement marquées, alors que nous devons au contraire nous rassembler pour résoudre une série de problèmes énormes : deux guerres, la menace terroriste, une économie en déclin, une crise chronique du système de santé et un changement climatique potentiellement dévastateur; des problèmes qui ne sont ni blancs, ni noirs, ni latinos ni asiatiques, mais auxquels chacun d'entre nous est confronté. ».

Incontestablement, une candidature Obama maintenant redonnerait un peu de qualité intellectuelle à la vie politique américaine. Et surtout, la pacifierait avec des discours d'unité et de rassemblement, et pas des discours de haine et d'exclusion. On peut toujours rêver...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er août 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Obama sera-t-il candidat en 2028 ?
Pourquoi Obama ? (6 mai 2008).
Discours de Barack Obama le 18 mars 2008 à Philadelphie.
George Clooney.
The Independence Day, the 250th !
Thomas Jefferson.
Madonna.
Line Renaud.
David Hockney.
Trump, le vieillard mené en bateau ?
Marilyn Monroe.
Artemis II : Retour vers la Terre !
Retour vers la Lune !
Dictateurs de tous les pays, fuyez !
Et Trump crache sur nos héros en Afghanistan !
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Attentats du 11 septembre 2001.
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Venezuela : entre États voyous...

Rob Reiner.
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Le Vrai Président.
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Fitch : ne pas surinterpréter la rétrogradation de la note de la France.
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Ron Paul.
Sommet en Alaska : le guignol et le cynique.
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Attentat à La Nouvelle-Orléans : les États-Unis durement endeuillés.
Jimmy Carter, patriarche de l'humanitaire.
Shirley Chisholm.
Katalin Kariko et Drew Weissman.
Rosalynn Carter.
Walter Mondale.
Marathonman.
Bob Kennedy.

 

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260804-obama.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/obama-sera-t-il-candidat-en-2028-270372

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/08/01/article-sr-20260804-obama

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