« La Chambre déclare Ratko Mladić (…) COUPABLE, en tant que membre de plusieurs entreprises criminelles communes, des [dix] chefs suivants : génocide ; persécutions, un crime contre l’humanité ; extermination, un crime contre l’humanité ; assassinat, un crime contre l’humanité ; meurtre, une violation des lois et coutumes de la guerre ; expulsion, un crime contre l’humanité ; actes inhumains ayant pris la forme du transfert forcé, un crime contre l’humanité ; terrorisation, une violation des lois et coutumes de la guerre ; attaques illégales contre des civils, une violation des lois et coutumes de la guerre ; prise d’otages, une violation des lois et coutumes de la guerre. (…) Pour les crimes que Ratko Mladić a commis, la Chambre le condamne à une peine d’emprisonnement à vie. » (Chambre de première instance du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie, le 22 novembre 2017 à La Haye).
/image%2F1488922%2F20260828%2Fob_21ac8a_yartimladic01.jpg)
La charité chrétienne pourrait me surprendre de me réjouir de la mort du général Ratko Mladic à l'hôpital de La Haye ce jeudi 27 août 2026 à l'âge de 84 ans (il est né le 12 mars 1942). En fait, je ne me réjouis jamais de la mort d'une personne, même des pires bourreaux, même des plus cruels des criminels de guerre, car la rédemption ultime peut toujours survenir bien qu'improbable. En revanche, je me réjouis qu'il soit mort condamné et incarcéré dans la prison du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie à La Haye car je désespérais que la justice fût faite après les horreurs qui ont eu lieu lors de la guerre civile en ex-Yougoslavie entre 1991 et 1995. La présidente de ce qui reste des tribunaux pénaux de l'ONU, la juge Graciela Gatti Santana a ordonné une enquête complète sur les circonstances de sa mort. Depuis quelques mois, son état de santé s'était dégradé et le Ministre serbe de la Justice avait demandé le 24 août 2026 son transfert dans un hôpital de Serbie.
En effet, Ratko Mladic a fui pendant plus de quinze ans la justice internationale, entre 1995 et 2011, puis a été arrêté en 2011, jugé et condamné en 2017 à la réclusion à perpétuité, peine confirmée le 8 juin 2021 par la Chambre d'appel.
Dans le prononcé du jugement du 22 novembre 2017, il est rappelé ainsi : « L’Accusé, Ratko Mladić, a fait l’objet d’actes d’accusation dressés le 24 juillet et le 16 novembre 1995. Il a été arrêté en Serbie le 26 mai 2011, presque 16 ans après l’établissement des actes d’accusation initiaux. Son procès s’est ouvert le 16 mai 2012 et la présentation des moyens de preuve a duré plus de quatre ans. Le réquisitoire et la plaidoirie ont été prononcés entre le 5 et le 15 décembre 2016. La Chambre a siégé 530 jours, pendant lesquels ont été produits 592 témoignages et quelque 10 000 pièces à conviction. Elle a par ailleurs dressé le constat judiciaire d’environ 2 000 faits jugés. L’Accusé devait répondre de 11 chefs d’accusation pour des crimes qu’il lui était reproché d’avoir commis en qualité de commandant de l’état-major principal de l’Armée de la République serbe de Bosnie, appelée aussi VRS, entre le 12 mai 1992 et le 30 novembre 1995. L’acte d’accusation comprenait deux chefs de génocide et cinq chefs de crimes contre l’humanité, à savoir les persécutions, l’assassinat, l’extermination, l’expulsion et les actes inhumains ayant pris la forme de transferts forcés. Il comprenait en outre quatre chefs de violations des lois ou coutumes de la guerre, notamment le meurtre, les actes de violence dont le but principal était de répandre la terreur parmi la population civile, les attaques illégales dirigées contre des civils, et la prise d’otages. Le champ géographique des crimes retenus dans l’acte d’accusation couvrait notamment Sarajevo, Srebrenica et 15 municipalités de Bosnie-Herzégovine. ».
/image%2F1488922%2F20260828%2Fob_efbfc4_yartimladic05.jpg)
Les Balkans m'ont toujours fasciné. Territoires du centre de l'Europe, ils ont connu tous les empires européens : empire romain, Saint empire romain germanique, empire ottoman, etc. Montagnes, rivages, les paysages sont aussi fascinants que leur histoire. Je me rappelais qu'entre le 8 et 19 février 1984, ce n'était pas loin, les XIVe Jeux olympiques d'été ont été organisé à Sarajevo, capitale de la Bosnie et ville symbole de la division de l'Europe, par là où a commencé la Première Guerre mondiale. Les JO, c'étaient la fête du vivre ensemble, de la trêve mondiale, au-delà de la guerre froide et du boycott des JO d'été (des États-Unis aux JO de Moscou en 1980 et de l'URSS aux JO de Los Angeles en 1984, quelques mois plus tard). Quarante-neuf nations ont participé à ces JO d'hiver.
Or, pour ce petit coin d'Europe, c'était probablement les dernières années de paix. Après la chute de l'Union Soviétique et les premiers soubresauts avaient commencé dès la mort de Tito en mai 1980, la Yougoslavie s'est progressivement disloquée, provoquant une guerre civile particulièrement horrible entre les Serbes (principalement orthodoxes), les Croates (principalement catholiques) et les Bosniaques (principalement musulmans).
Ratko Mladic a été le commandant en chef de l'armée de la République serbe de Bosnie à partir du 14 mai 1992 et à ce titre, il a été, avec le chef de cette république Radovan Karadzic, les deux principaux auteurs des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité, et des massacres, d'opérations de "purification ethnique", et de génocides.
/image%2F1488922%2F20260828%2Fob_98f845_yartimladic04.jpg)
Le Tribunal de La Haye a notamment instruit un certain nombre de faits terribles. Je propose de citer quelques passages du prononcé du jugement du 22 novembre 2017 pour se faire un très amère idée.
Massacre de Sanski Most : « Le 31 mai 1992 ou vers cette date, dans la commune de Sanski Most, des membres des forces serbes de Bosnie ont rassemblé un groupe d’hommes musulmans de Bosnie près du pont de Vrhpolje. Pendant qu’ils les y emmenaient, ils en ont tué quatre. Arrivés sur le pont, ils les ont obligés à sauter dans la rivière, l’un après l’autre, puis ont ouvert le feu sur eux. Au moins 28 sont morts, tous des hommes, dont un mineur et deux d’un grand âge. Un homme a survécu. ».
Massacre de Keraterm : « Le 25 juillet 1992 ou vers cette date, des policiers et des membres de la VRS ont pointé une mitrailleuse vers l’entrée de la salle 3 du camp de Keraterm où se trouvaient un grand nombre de détenus. Dans la nuit, une sorte de gaz chimique a été introduite dans la salle, provoquant la panique parmi les détenus et poussant certains à essayer de sortir. Des projecteurs ont été dirigés sur la salle, et les soldats et gardiens ont tiré à l’arme automatique sur les détenus au fur et à mesure qu’ils sortaient, tuant un grand nombre d’entre eux. Les soldats et gardiens ont ensuite abattu des détenus dans la salle, notamment ceux qui essayaient de se cacher. Ils en ont tué entre 190 et 220 cette nuit-là. ».
/image%2F1488922%2F20260828%2Fob_9eee38_yartimladic02.jpg)
Persécutions : « Les conditions de détention dans plusieurs camps étaient épouvantables. L’eau et la nourriture étaient rares au point que certains détenus ont gravement souffert de malnutrition et sont décédés. Les installations sanitaires étaient totalement inadéquates. Souvent, les détenus n’étaient autorisés à les utiliser qu’une fois par jour, et aucune importance n’était accordée à l’hygiène ou à la prévention de la propagation des maladies. Les détenus étaient périodiquement battus, parfois avec des coups de poing américains en laiton et des barres de fer. Les soins médicaux étaient également insuffisants. Des détenus ont été forcés à se violer mutuellement et à se livrer à d’autres actes sexuels dégradants. De nombreuses femmes musulmanes de Bosnie détenues illégalement ont été violées. Par exemple : Dans une maison de la municipalité de Foča, appelée la maison de Karaman, plusieurs groupes de femmes et de filles, âgées d’une douzaine d’années pour les plus jeunes, étaient violées, régulièrement et brutalement. Certaines des victimes étaient attribuées à un soldat, d’autres étaient contraintes à des rapports sexuels avec de nombreux hommes. Une victime a déclaré qu’un soldat l’avait emmenée à une fête où l’Accusé était venu les voir et avait demandé d’abord au soldat si elle était sa [je cite] "femme d’Herzégovine" [fin de citation], et ensuite à elle si elle n’allait [je cite] "pas bien mieux que chez Alija" [fin de citation]. ».
Massacre de Srebrenica : « Le 8 mars 1995, Radovan Karadžić a pris la directive numéro 7 et ordonné au corps de la Drina de [je cite] "créer une situation invivable d’insécurité totale, ne laissant aucun espoir de survie ou de vie future aux habitants de Srebrenica" [fin de la citation]. Le 31 mars 1995, Ratko Mladić a signé la directive numéro 7/1, qui traduisait la directive numéro 7 en missions militaires opérationnelles et prévoyait une opération stratégique contre l’enclave. Environ de 15 à 20 jours avant la prise de contrôle de la ville de Srebrenica, la VRS a élaboré un plan, appelé Krivaja-95, visant à attaquer l’enclave et ayant pour objectif de la faire disparaître, de la vider et de faire de cette zone un territoire serbe en chassant par la force la population musulmane de Bosnie. La VRS a lancé l’attaque le 6 juillet et, le 11 juillet, elle était entrée dans la ville de Srebrenica. Pendant l’attaque, la VRS s’est également mise à incendier les maisons et les mosquées des Musulmans de Bosnie. Des milliers de Musulmans de Bosnie, principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées, se sont réfugiés à Potočari, à la base utilisée par la Force de protection des Nations Unies, la FORPRONU. La grande majorité des hommes musulmans valides ont fui l’enclave à pied pour tenter de gagner Tuzla. (…) Les 13 et 14 juillet 1995, environ 1 000 hommes musulmans de Bosnie non armés, y compris des garçons et des personnes âgées, ont été exécutés dans l’entrepôt de Kravica. Le 16 juillet 1995, de 1 000 à 1 200 civils musulmans de Bosnie ont été sommairement exécutés à la ferme militaire de Branjevo. Avant l’exécution, certains d’entre eux avaient les mains attachées et les yeux bandés et on les avait forcés à prier [je cite] "à la musulmane" [fin de la citation]. Le même jour, environ 500 hommes musulmans de Bosnie et deux femmes ont été exécutés dans le centre culturel de Pilica. Pendant plusieurs semaines au mois de septembre et au début d’octobre 1995, de hauts responsables de la VRS et du MUP ont tenté de dissimuler leurs crimes en exhumant les corps de leurs victimes de plusieurs fosses communes, puis en les réensevelissant dans des endroits plus reculés dans les municipalités de Zvornik et Bratunac. Leur tentative de dissimulation des massacres de Srebrenica a finalement échoué. ».
/image%2F1488922%2F20260828%2Fob_20906f_yartimladic03.jpg)
Responsabilité de Ratko Mladic pour les massacres de Sarajevo : « La Chambre a conclu que l’Accusé avait l’intention de concevoir et de mettre en œuvre une campagne de tirs isolés et de bombardements contre la population civile de Sarajevo. En outre, la Chambre a conclu que l’Accusé avait l’intention, par cette campagne, de répandre la terreur parmi la population civile de Sarajevo et de commettre les crimes de terrorisation, d’attaques illicites contre des civils et de meurtre. La Chambre a conclu que l’Accusé était animé de cette intention pendant toute la période visée par l’Acte d’accusation. De ce fait, il était membre de l’entreprise criminelle commune relative à Sarajevo. ».
Responsabilité de Ratko Mladic pour les massacres de Srebrenica : « La Chambre a conclu que l’Accusé avait l’intention d’éliminer les Musulmans de Srebrenica en tuant les hommes et les garçons et en chassant par la force les femmes, les enfants et quelques hommes âgés en commettant les crimes de persécutions, 11 de meurtre, d’assassinat, d’extermination et de transfert forcé qualifié d’acte inhumain. La Chambre a conclu que la seule déduction raisonnable était que l’Accusé avait l’intention de détruire les Musulmans de Srebrenica en tant que partie substantielle du groupe de Musulmans protégé en Bosnie-Herzégovine. En conséquence, la Chambre a conclu que l’Accusé avait l’intention de mettre en œuvre l’objectif de l’entreprise criminelle commune relative à Srebrenica en commettant le crime de génocide et qu’il était membre de cette entreprise criminelle commune. ».
Ce ne sont que quelques extraits de certains chefs d'inculpation dont Ratko Mladic avait été reconnu coupable. Sa mort devrait au moins rappeler la mémoire de ces massacres qui ont été les plus gros massacres sur territoire européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce qui se passe en Ukraine ne montre pas que la leçon a été apprise. Les massacres se font aussi dans des pays que l'on croyait cultivés et civilisés.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (27 août 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Ratko Mladic.
La Croatie.
Sarajevo.
/image%2F1488922%2F20260828%2Fob_4c6a67_yartimladic09.jpg)
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260827-mladic.html
https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/ratko-mladic-l-incarnation-du-mal-271596
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/08/27/article-sr-20260827-mladic.html
.
