« Quand on passe les troupes en revue, quand on représente la France à l'étranger sur des sujets qui concernent la guerre ou la paix. Ou la vie d'hommes ou de femmes doivent être engagée. On n'est pas forcément rigolote. » (Michèle Alliot-Marie, le 29 mars 2013 sur Direct 8).
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L'ancienne ministre gaulliste Michèle Alliot-Marie fête ses 80 ans ce jeudi 10 septembre 2026. Si elle n'a pas été la première femme ministre, ni même, c'est l'amertume de sa carrière politique, la première femme Première Ministre, elle a été la première femme ministre régalienne. Et même la seule personnalité politique, homme ou femme, à avoir occupé autant de ministères régaliens différents : Défense, Intérieur, Justice, Affaires étrangères.
Elle fait également partie des rares personnalités politiques à avoir été membres du gouvernement pendant plus de dix ans, dont huit sans discontinuité. La carrière ministérielle de MAM (comme on l'appelait) est en effet impressionnante, sous trois Présidents de la République, François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.
Michèle Alliot-Marie a d'abord été nommée Secrétaire d'État chargée de l'Enseignement du 20 mars 1986 au 10 mai 1988 dans le second gouvernement de Jacques Chirac (elle avait alors 39 ans), puis Ministre de la Jeunesse et des Sports du 30 mars 1993 au 11 mai 1995 dans le gouvernement d'Édouard Balladur.
Elle n'était alors qu'une jeune héritière, fille de son père, Bernard Marie (1918-2015), ancien résistant et député-maire de Biarritz (député de 1967 à 1981 et maire de 1977 à 1991, battu par son ancien premier adjoint Didier Borotra) et avec de grandes responsabilités dans le rugby. Elle a commencé la vie municipale dès 1983, avec un mandat à Ciboure, puis en 1989 un mandat de conseillère municipale de Biarritz, de 1995 à 2002 maire de Sainte-Jean-de-Luz (puis première adjointe de 2002 à 2014), aussi vice-présidente du conseil général des Pyrénées-Atlantiques de 1994 à 2001 (le président était alors... François Bayrou), députée de 1986 à 2012 (sauf période gouvernementale), députée européenne de 1989 à 1993 puis de 2014 à 2019. Sur ce dernier mandat, MAM l'a eu comme un lot de consolation (alimentaire) au Parlement Européen car elle avait été battue aux élections législatives de 2012 (on peut comprendre pourquoi, voir plus loin).
C'est lors du premier mandat de Jacques Chirac, entre 1995 et 2002, alors qu'elle n'était plus ministre, qu'elle s'est "révélée" : alors qu'elle aurait pu n'être qu'une baronne locale, Michèle Alliot-Marie a gagné par elle-même ses galons de leader nationale de la politique. C'est la réalité d'une femme volontaire.
D'une part, au gouvernement entre 1993 et 1995, elle a été la seule personnalité du RPR à ne pas avoir choisi, pour la présidentielle, entre Édouard Balladur et Jacques Chirac. D'autre part, en 1999, alors que la présidence du RPR était pourvue par l'ensemble des adhérents (après la démission de Philippe Séguin), Michèle Alliot-Marie a réussi à se faire élire contre les souhaits de Jacques Chirac qui avait voulu placer Jean-Paul Delevoye (dans cette élection interne, François Fillon était l'outsider).
C'est d'ailleurs intéressant de revoir précisément les scores. Plus de 51 000 votants pour 81 000 inscrits. Le 20 novembre 1999, au premier tour, le candidat "officiel" Jean-Paul Delevoye a obtenu 35,3%, Michèle Alliot-Marie 31,2%, François Fillon 24,6% et Patrick Devedjian (avec Jean-François Copé) 8,9%. Jean-Paul Delevoye s'est retrouvé face à une coalition massive contre lui au second tour du 4 décembre 1999 et n'a recueilli que 37,3%, très largement battu par Michèle Alliot-Marie 62,7%. C'est son véritable trophée qu'elle a dû à sa propre initiative sans l'aide de personne.
Michèle Alliot-Marie a ainsi été la première femme chef d'un grand parti gouvernemental en France, avant Martine Aubry au PS, avant Marine Le Pen au FN. Présider le RPR entre 1999 et 2002, en pleine cohabitation avec Lionel Jospin, c'était aussi se donner le rôle de premier opposant. Lors de la création de l'UMP, la première "victime", c'était la présidente du RPR qui l'a accepté par nécessité.
En échange de l'UMP, une très belle trajectoire régalienne : première femme Ministre de la Défense du 7 mai 2002 au 17 mai 2007 dans les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin et de Dominique de Villepin ; première femme Ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer et des Collectivités territoriales du 17 mai 2007 au 23 juin 2009 dans les deux premiers gouvernement de François Fillon ; Ministre d'État, Ministre de la Justice et des Libertés du 23 juin 2009 au 14 novembre 2010 dans le deuxième gouvernement de François Fillon (elle n'était pas la première femme garde des sceaux puisque, avant elle, il y a eu Élisabeth Guigou, Marylise Lebranchu et Rachida Dati) ; enfin, première femme Ministre d'État, Ministre des Affaires étrangères et européennes du 14 novembre 2010 au 27 février 2011 dans le troisième gouvernement de François Fillon.
Pendant ces plus de huit années continues au gouvernement, Michèle Alliot-Marie n'a pas fait grand-chose. Son principe, c'était de ne surtout pas faire de vague, d'être la plus discrète possible, et surtout, éviter toute polémique, scandale, affaire, etc. Car son envie la plus chère, et elle y croyait dès mai 2002, aussi en mai 2005 et en novembre 2010, c'était d'être nommée Première Ministre. Selon elle, il fallait montrer un professionnalisme politique à toute épreuve. D'où sa rigidité d'apparence.
Et pourtant, elle a chuté ! Pourquoi ? Parce qu'avec le début des Printemps arabes, Michèle Alliot-Marie n'avait pas compris que le monde évoluait et que les amis d'hier ne l'étaient peut-être plus aujourd'hui. Si bien que lorsqu'elle était fière d'annoncer à l'Assemblée, au détour de la réponse à une question au gouvernement, qu'elle avait fourni des éléments au gouvernement tunisien pour mieux réprimer le peuple tunisien, elle a créé le scandale alors qu'elle n'en voulait à aucun prix. Cela montrait d'ailleurs à quel point elle était hors-sol car elle ne s'était pas imaginée que sa réponse allait indigner une bonne partie des parlementaires, y compris de son camp.
Très exactement, Michèle Alliot-Marie a proposé le 11 janvier 2011, trois jours avant la chute de Ben Ali, au gouvernement tunisien, « le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, [pour permettre] de régler des situations sécuritaires de ce type ». On a appris par la suite que la France avait livré des grenades lacrymogènes à la police tunisienne (heureusement, les douanes françaises ont bloqué la livraison !), et également, que MAM avait passé des vacances en Tunisie à la fin de l'année 2010, au milieu de la révolte populaire, et a eu une conversation téléphonique avec Ben Ali.
Résultat, la polémique a enflé et, finalement, elle a dû donner sa démission le 27 février 2011 (son successeur, Alain Juppé, rappelé au Quai d'Orsay, allait être détesté par MAM pendant longtemps), et elle l'a payé cher puisqu'elle a été battue par le candidat socialiste aux élections législatives de juin 2012 (dans une circonscription pourtant en or).
Envolé le rêve de Matignon ! Du coup, le 8 décembre 2016, Michèle Alliot-Marie a décidé de se présenter à l'élection présidentielle de 2017 (elle a boudé la primaire LR de novembre 2016), mais sa candidature a échoué lamentablement sur les parrainages (elle n'en a obtenu que 74 sur les 500 nécessaires).
Par la suite (elle n'a jamais arrêté la politique ; en mars 2013, elle déclarait : « Je suis toujours dans le présent ou dans le futur. »), elle a continué à apporter son soutien politique tant à Biarritz qu'au sein de sa famille politique, LR. Elle a soutenu Laurent Wauquiez en décembre 2017. De plus, elle a soutenu Maider Arostéguy (LR), la maire sortante de Biarritz, lors d'un meeting au lycée hôtelier le 24 janvier 2026 (pour les municipales), soutien vite effacé des réseaux sociaux par l'équipe de campagne car MAM n'était plus un bon argument électoral ; en effet, elle avait été condamnée le 6 septembre 2024 à six mois de prison avec sursis pour prise illégale d'intérêts en première instance (ayant fait appel, elle reste donc présumée innocente).
Parmi les curiosités de cette fameuse ministre, il y a ses choix affectifs.
Entre 1971 et 1984, elle a été mariée toute jeune avec son professeur de droit, Michel Alliot (1924-2014), recteur de l'académie de Versailles de 1988 à 1991, qui a été également le directeur de cabinet de cabinet d'Edgar Faure, Ministre de l'Éducation nationale en 1968. Cela l'a introduite dans les milieux universitaires et gouvernementaux. MAM fut maître de conférences en droit public à la Sorbonne de 1984 à 1986. Auparavant, elle fut membre de plusieurs cabinets ministériels entre 1972 et 1978 : ceux d'Edgar Faure, Ministre des Affaires sociales, Bernard Stasi, Ministre des DOM-TOM, Gérard Ducray, Secrétaire d'État au Tourisme, Jean-Pierre Soisson, Secrétaire d'État aux Universités, et Alice Saunier-Seïté, Ministre des Universités (directrice de cabinet).
Depuis 1988, son compagnon est Patrick Ollier, élu gaulliste proche de Jacques Chaban-Delmas : il a eu deux vies politiques, une dans les Hautes-Alpes où il fut député de 1988 à 2002 et maire de La Salle-les-Alpes de 1989 à 2001, puis une en Île-de-France, il fut député des Hauts-de-Seine de 2002 à 2017 et il est maire de Rueil-Malmaison depuis 2004 (réélu à 81 ans cette année). Il avait déjà eu des mandats à Rueil-Malmaison avant 1989 comme adjoint au maire (1983 à 1989) et comme suppléant (1978 à 1986) du député-maire Jacques Baumel.
Entre 1970 et 1981, puis entre 1986 et 1988, Patrick Ollier a été membre des cabinets de Jacques Chaban-Delmas (d'abord Premier Ministre, puis Président de l'Assemblée), Pierre Messmer (Premier Ministre), Georges Gorse, Paul Dijoud et Alain Peyrefitte.
Patrick Ollier a reçu deux bâtons de maréchal : il fut un très bref Président de l'Assemblée Nationale du 7 mars 2007 au 19 juin 2007 (il fut président de la commission des affaires économiques e juin 2002 à novembre 2010), puis, depuis le 22 janvier 2016, il est le très influent président de la Métropole du Grand Paris (réélu à 81 ans le 13 avril 2026). En revanche, à cause de la présence très longue de Michèle Alliot-Marie dans les gouvernements, Patrick Ollier n'a pas pu avoir une très riche carrière ministérielle, il n'a été que Ministre chargé des Relations avec le Parlement du 14 novembre 2010 au 10 mai 2012 dans le troisième gouvernement de François Fillon (et au début, avec sa compagne au gouvernement).
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Mais revenons à Michèle Alliot-Marie : elle n'a pas toujours été la femme austère des ministères régaliens. Lorsqu'elle était enfant, elle était même bagarreuse, fan de rugby (par son père), capable à 6 ans de monter sur un tabouret dans un troquet et réclamer du rhum au barman pour faire rire les clients.
La mère de Michèle Alliot-Marie (qui fut chef d'entreprise et, comme son père, ancienne résistante) lui a enseigné l'idée qu'une femme devait avoir des responsabilités. Sa devise était : « Ce qu'un homme fait, une femme peut le faire. ». Et elle a dit à ses deux filles (Michèle et Yannick) : « Vous vous marierez après avoir travaillé pendant au moins un an afin de montrer à votre mari que vous pouvez exister sans lui. » ( "Le Monde" du 9 février 2011). Cette mère forte tête est morte en 2024 à l'âge de 105 ans.
Les relations de MAM avec Jacques Chirac ont été très particulières. En 1968, lors d'un déplacement dans le Pays basque, Jacques Chirac a croisé l'étudiante Michèle Alliot-Marie et lui a proposé de faire de la politique, et le futur Président de la République a essuyé un rejet net et clair : « La politique, ça ne m'intéresse pas, je n'en ferai jamais ! », lui aurait-elle répondu. Mais un peu plus tard, par son père et son mari, elle a plongé dans le monde de la politique.
Michèle Alliot-Marie-la-ministre a refusé toute féminité, jusqu'à se faire appeler "madame LE ministre" au grand dam des féministes, et elle s'en est expliqué sur Europe 1 en mars 2013 : « Ce qui intéressait les médias, c'était la couleur de mes chemisiers, c'était de savoir si je portais des jupes. Donc j'en ai rajouté dans le côté action et refus de la féminité pour essayer qu'on s'intéresse non pas au fait que j'étais une femme mais que j'étais quelqu'un qui agissait. ». Il faut préciser qu'en 1972, alors toute jeune conseillère politique d'un ministre, MAM a révolutionné l'Assemblée en s'y rendant en pantalon. Or, le règlement de l'Assemblée l'interdisait. Elle a donc fait changer le règlement !
Terminons sur un point institutionnel. Dans une interview accordée à Mathieu Marcinkiewicz et publiée le 4 février 2015 dans "Décideurs Magazine", Michèle Alliot-Marie a regretté d'avoir soutenu l'instauration du quinquennat lors du référendum du 24 septembre 2000 : « J'ai fait la campagne pour le quinquennat en tant que présidente du RPR à l'époque. Mais je vous avoue que je le regrette un peu. Je pense que cela empêche le Président de la République de jouer son rôle de source d'équilibre des institutions. ».
Elle a aussi déclaré son hostilité à la décentralisation telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, car source de dépenses superflues : « La décentralisation a été une source de dépenses supplémentaires. Premièrement, celle-ci aurait dû entraîner la disparition d’un certain nombre de services de l’État central, dès lors que les collectivités décentralisées prenaient en charge la mission. La plupart du temps, cela n’a pas été le cas. La fonction publique d’État a vu ses effectifs inchangés, alors que le nombre de fonctionnaires territoriaux titulaires a explosé. Deuxièmement, il y a eu des dépenses de communication, de représentation, de stratégie politique qui ont entraîné des doublons, notamment de compétences dans les investissements. C’est la raison pour laquelle, lorsque j’étais Ministre de l’Intérieur, j’avais lancé une nouvelle restructuration dans laquelle les régions et les départements auraient reçu des compétences encadrées, ce qui aurait évité la surenchère qu’il existe parfois entre les collectivités. J’estime que seules les communes doivent disposer de la clause de compétence générale. ».
Enfin, MAM s'est très fermement opposée à la proportionnelle pour les élections législatives : « J’y suis totalement opposée. La démocratie, c’est quand l’électeur connaît celui qu’il a élu et qu’il se trouve en mesure de le juger sur les engagements qu’il a pris. La démocratie, c’est aussi la possibilité pour l’électeur d’interpeller son élu le dimanche à la sortie de la messe ou du marché s’il est mécontent. Le système de la proportionnelle, c’est un système totalement technocratique dans lequel les gens sont élus s’ils sont en bonne relation avec les dirigeants de leur parti. Ensuite, ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent, comme ils ne sont pas connus de leurs électeurs et ne les connaissent pas. Rien ne les empêche de revenir sur les engagements qu’ils ont pris puis de se repositionner et d’être élu. ». Rideau ! (et bon anniversaire, madame).
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (05 septembre 2026)
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Michèle Alliot-Marie.
Entre maladresses et éviction, l’atterrissage en urgence de Super-womam.
Sébastien Lecornu.
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Gérald Darmanin.
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Édouard Balladur.
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Valéry Giscard d'Estaing et sa première crise...
Raymond Barre à la barre !
Jacques Chirac claque la porte !
François-Noël Buffet.
Bernadette Chirac.
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Tribune de Valérie Pécresse publiée dans "Le Figaro" le 4 mai 2026.
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Quand VGE poussait Pinay.
Bruno Retailleau.
Amélie de Montchalin.
Rachida Dati, candidate... à quoi, au fait ?
L'heure de Rachida Dati.
Laissez tranquille la vie privée de la ministre !
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L'audiovisuel public.
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Valéry Giscard d'Estaing manque beaucoup à la vie politique française.
Édouard Philippe sera-t-il le 9e Président de la Ve République ?
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Séance publique de l'Assemblée Nationale du mardi 25 novembre 2025 (verbatim).
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260910-michele-alliot-marie.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-ex-superwomam-271179
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