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8 septembre 2025 1 08 /09 /septembre /2025 19:47

(verbatim et vidéo)



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250908-bayrou.html



DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE
DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE LUNDI 8 SEPTEMBRE 2025
À L'ASSEMBLÉE NATIONALE








XVIIe législature
2e session extraordinaire de 2024-2025
Séance du lundi 08 septembre 2025

Avertissement: version provisoire établie à 23:09
Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet

Mme la présidente

La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à quinze heures.)

 3. Déclaration de politique générale, débat et vote sur cette déclaration

Mme la présidente

L’ordre du jour appelle la déclaration de politique générale du gouvernement faite en application de l’article 49, alinéa 1er, de la Constitution, le débat et le vote sur cette déclaration.
La parole est à M. le premier ministre, chargé de la planification écologique et énergétique.

M. François Bayrou, premier ministre, chargé de la planification écologique et énergétique

Cette épreuve de vérité, comme chef du gouvernement, avec l’assentiment du président de la République, je l’ai voulue. J’ai voulu ce rendez-vous, et certains d’entre vous, les plus nombreux, les plus sensés probablement, ont pensé que c’était déraisonnable, que c’était un trop grand risque. Or je pense exactement le contraire. Le plus grand risque était de ne pas en prendre, de laisser continuer les choses sans que rien ne change, de faire de la politique comme d’habitude,…

Un député du groupe LR

Comme à votre habitude !

M. François Bayrou, premier ministre

…de vouloir durer sans prendre les décisions courageuses qui s’imposent, jusqu’au moment où l’irréparable est là et où l’on arrive au bord de la falaise.

Un député du groupe LFI-NFP

Ça fait huit ans !

M. François Bayrou, premier ministre

Car ce dont nous traitons aujourd’hui, ce n’est pas une question politique, c’est une question historique. (Sourires sur les bancs des groupes LFI-NFP et Ecos.)

Quelques députés du groupe LFI-NFP

Ah bon ?

M. François Bayrou, premier ministre

Les questions politiques, ce sont celles qui concernent les partis, les rivalités des uns avec les autres et les enjeux de pouvoir. Les questions historiques, ce sont celles qui concernent les peuples et les nations. Les questions politiques, ce sont celles qui concernent les adultes qui se disputent tout le temps. Les questions historiques, ce sont celles qui concernent les enfants et le monde que nous leur construisons. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR et HOR.)

Mme Danielle Simonnet

Les applaudissements sont un peu mous !

M. François Bayrou, premier ministre

Les questions politiques, ce sont des questions pour la prochaine élection. Les questions historiques, ce sont des questions pour la prochaine génération, des questions pour demain qui se jouent aujourd’hui.
Tous, nous savons que notre pays, au-delà de l’orientation décisive qui sera tranchée aujourd’hui, se trouve devant un immense champ de questions qui appeleront, dans les années qui viennent, des changements profonds.
Je veux, en cinq minutes, vous citer les plus graves de ces questions. Nous sommes devenus, depuis l’an 2000, un pays qui produit moins que les autres, moins que ses voisins.

Un député du groupe RN

La faute à qui ?

M. François Bayrou, premier ministre

Mesuré par le PIB par habitant, notre retard de production sur nos voisins les plus proches, qu’ils soient allemands ou belges, est de 15 %. Sur nos voisins néerlandais, il est de plus de 30 %, et ce malgré les efforts faits ces dernières années sur la création d’entreprises, sur l’emploi et sur l’investissement, notamment avec France 2030.
Imaginez ce que seraient nos revenus familiaux et les ressources de l’État, si nous disposions de 15 ou de 30 % de plus à partager, si nos salaires étaient de 15 ou 30 % plus élevés et les ressources de l’État de 15 à 30 % plus abondantes. Si nous avions la production de nos voisins, la France n’aurait aucun problème de déficit ou de dette. La production, c’est donc notre urgence nationale.
Parallèlement, et non sans lien, nous sommes devant un immense problème d’éducation nationale.

M. Emeric Salmon

C’est le ministre de l’éducation nationale qui est en train de parler ?

M. François Bayrou, premier ministre

Notre école, notre collège, notre lycée, nos universités, jadis autant d’exemples pour la planète entière, sont aujourd’hui déclassés,…

M. Alexis Corbière

C’est pourquoi vous devez partir !

M. François Bayrou, premier ministre

…en raison de la chute de la maîtrise des fondamentaux, de l’écrit, de la lecture, de la langue, de l’arithmétique élémentaire ainsi que des difficultés rencontrées dans l’orientation qui est trop précoce, trop angoissante, trop mécanique et qui n’assure pas la promesse républicaine –⁠ égalité des chances d’où qu’on vienne et, s’il le faut, deuxième, voire troisième chance. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

M. Philippe Brun

La faute à qui ?

M. Benjamin Lucas-Lundy

Qui gouverne ?

M. Jean-Paul Lecoq

Qui était ministre de l’éducation il y a trente ans ?

M. François Bayrou, premier ministre

Nous sommes devant une immense question de modèle social. Inventé il y a quatre-vingts ans, sous l’inspiration du Conseil national de la Résistance, celui-ci est aujourd’hui gravement déficitaire, car il est déstabilisé par l’évolution démographique, le vieillissement des Français et le déséquilibre du système de retraites.

Un député du groupe LFI-NFP

Et par vos politiques !

M. Thibault Bazin

Et par le faible taux d’emploi !

M. François Bayrou, premier ministre

Nous sommes devant une immense question de logement. Logement des familles, parcours de la location à la propriété pour ceux qui le souhaitent, logement des jeunes et des étudiants, logement d’urgence : le modèle est à réinventer.
Nous sommes le pays du monde qui a le mieux identifié l’enjeu écologique, le développement durable et la production décarbonée.

Mme Sandrine Rousseau

C’est une blague !

Mme Julie Laernoes

Et le moratoire sur les énergies renouvelables ?

M. François Bayrou, premier ministre

C’est une fierté, mais en un temps où cet enjeu est battu en brèche un peu partout sur la planète, c’est un défi de mobilisation générale.
Nous sommes devant une immense exigence et une inquiétude qui portent sur la sécurité, notamment la sécurité de tous les jours –⁠ le respect de l’intégrité des biens et des personnes. Nous savons que cette inquiétude, c’est d’abord celle des plus fragiles. Sécurité et justice sont les deux faces de notre premier devoir d’État.

Mme Christine Arrighi

Les réponses, c’est quand ?

M. François Bayrou, premier ministre

Nous sommes devant la question que les migrations posent à nos pays et à nos sociétés. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.)

Mme Sabrina Sebaihi

Les migrations ou l’immigration ?

M. François Bayrou, premier ministre

Les migrations sont liées aux différences de développement, à la misère chez les uns avec une démographie expansive, à l’abondance chez les autres avec une population déclinante, sans compter la déstabilisation climatique. Nous avons donc deux obligations : contrôler et maîtriser les arrivées et intégrer ceux qui sont –⁠ et seront – là, par le travail, par la langue et par l’engagement à respecter nos principes de vie. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
Je dois ajouter l’aménagement du territoire dans l’Hexagone, touché par des déséquilibres entre les métropoles et les nouveaux déserts français. Transports, équipements, centres de décision : les territoires sont en demande et ont souvent l’impression que nul ne les entend. Je pense aussi à nos outre-mer, qui font face à des enjeux de vie quotidienne et de destin, dont nous savons qu’ils doivent être totalement réinventés. Ces enjeux, le gouvernement les a saisis dès son installation.
Tout cela est immense et urgent. C’est une magnifique cathédrale à reconstruire pour un peuple qui le mérite, un peuple avec des capacités à nulle autre pareilles, au premier rang dans le monde pour les sciences fondamentales, pour les mathématiques, pour la physique, pour la chimie, pour la génétique, pour la pharmacie, pour les technologies, pour le quantique, pour l’algorithmique, pour la robotique ; et au premier rang dans le monde, à l’égal des empires, pour le spatial, pour l’aviation, pour les hélicoptères, pour la construction navale, pour les sous-marins, pour les centrales nucléaires.

M. Laurent Jacobelli

Et pour la générosité sociale !

M. François Bayrou, premier ministre

Tout cela, c’est une économie qui a conquis les sommets et qui doit reconstruire les camps de base et rééquilibrer son commerce extérieur, en commençant par le développement de l’agriculture, de l’industrie, de l’automobile, où nous avons des atouts, jusqu’à l’équipement de la maison, dont nous sommes presque absents.

Mme Sophia Chikirou

Vous avez fait quoi au haut-commissariat au plan ? (Exclamations sur les bancs du groupe RN, EPR et DR.)

Mme la présidente

S’il vous plaît, madame Chikirou ! Vous n’avez pas la parole. Merci de laisser M. le premier ministre s’exprimer.

M. François Bayrou, premier ministre

Mais tout cela est aujourd’hui soumis à la question dont tout dépend, à la question vitale, d’urgence vitale –⁠ car notre pronostic vital est engagé – dont dépendent notre État, notre indépendance, nos services publics et notre modèle social : la maîtrise de nos dépenses et du surendettement. (« Oh là là ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Votre soutien, l’accord minimal sans lequel je ne pourrai pas poursuivre ma mission, je le demande à l’Assemblée nationale sur un seul point, qui est décisif : le constat de la situation du pays. La France n’a pas connu de budget en équilibre depuis cinquante et un ans.

M. Hervé de Lépinau

La faute à qui ?

M. François Bayrou, premier ministre

Depuis cinquante et un ans, tous les ans, les dépenses s’accroissent, les déficits se répètent et les dettes s’accumulent.

M. Laurent Jacobelli

Laissez la place !

M. François Bayrou, premier ministre

Tous les ans, nous dépensons plus –⁠ et souvent, beaucoup plus – que nos ressources de l’année. Cela se justifie, bien sûr, lorsqu’il faut passer des crises : la crise des subprimes, crise financière mondiale sous Nicolas Sarkozy, et l’incroyable succession de coups du sort depuis 2020 –⁠ le covid, la guerre en Ukraine, la crise énergétique, l’inflation et les menaces en tout genre. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
Mais nous ne revenons jamais en arrière : nous continuons à dépenser. C’est devenu un réflexe –⁠ pire encore, une addiction. Les dépenses ordinaires du pays, les dépenses pour notre vie de tous les jours, pour les services publics, pour les retraites, pour le remboursement de nos feuilles de sécurité sociale, nous avons pris l’habitude de les financer à crédit.

M. Jean-Paul Lecoq

Et les cadeaux aux riches ?

M. François Bayrou, premier ministre

Cela entraîne donc un dépassement systématique des dépenses.
Tous les ans, pour acquitter chaque euro de ces dépassements de dépenses, il a fallu emprunter, comme un ménage ou une entreprise empruntent à la banque en cas de déficit. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Un euro de déficit, c’est un euro de dette supplémentaire. L’addition des déficits, qui atteint plusieurs milliards chaque année, nous a conduits à une écrasante accumulation –⁠ 3 415 milliards d’euros de dette à cette heure précise.

M. Christophe Bentz

À qui la faute ?

M. François Bayrou, premier ministre

Cette accumulation a un prix : la ponction que le service de la dette représente tous les ans, c’est-à-dire ce qu’il faut payer aux créanciers pour les intérêts et la part de capital qu’on doit rembourser. Impossible de ne pas l’acquitter ; sinon, c’est la banqueroute. Sans honorer ces paiements, nous ne trouverions plus à emprunter un centime. Or, dans un pays comme le nôtre, nous ne pouvons pas vivre sans emprunter : nous en avons besoin pour payer les fonctionnaires, financer les retraites et la sécurité sociale ainsi que pour remplir nos obligations d’emprunteurs.
Nos obligations de remboursement annuel –⁠ intérêts et part à rembourser du capital – dépassent d’ores et déjà, et de loin, ce que notre pays produit en plus chaque année grâce à la croissance et à ses progrès.
Il faut avoir les chiffres précis en tête : ils ne sont nullement abstraits, mais disent une chose évidente que nous ne pouvons pas faire semblant d’ignorer. À notre rythme annuel de croissance et d’inflation,  la France produit chaque année un peu plus de richesses que l’année précédente, pour un montant de 50 milliards d’euros environ. (« Non ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Or, en 2020, les annuités qu’il nous fallait verser représentaient environ 30 milliards ; en 2024, 60 milliards et cette année, 67 milliards. L’année prochaine, en 2026, cette somme devrait atteindre 75 milliards et 85 milliards l’année suivante. À la fin de la décennie, d’après la Cour des comptes, nous devrons verser 107 milliards. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

M. Matthias Tavel

Et combien pour le capital ?

M. François Bayrou, premier ministre

Nous créerons donc 50 milliards par le travail et transférerons plus de 100 milliards à nos créanciers, soit le double !
Autrement dit, le fruit de tout le travail, de l’inventivité dont fait preuve le pays pour avancer chaque année, de tout ce progrès que nous voulons pour les nôtres, pour nos enfants, est entièrement reversé à nos créanciers !

M. Emeric Salmon et M. Frédéric Boccaletti

À qui la faute ?

M. Jean-Paul Lecoq

Qui gouverne ?

M. François Bayrou, premier ministre

La majorité de nos créanciers sont étrangers –⁠ 60 %. Ces dépenses obligatoires sont donc complètement improductives. Elles n’entraînent la création d’aucun emploi, l’amélioration d’aucun service, la construction d’aucun équipement.
Notre pays travaille et croit s’enrichir, mais s’appauvrit tous les ans un peu plus. C’est une hémorragie silencieuse, souterraine, invisible et insupportable.

M. Alexis Corbière

Comme votre politique !

M. François Bayrou, premier ministre

Or si c’est insupportable, on ne doit pas le supporter ! C’est le sens de la déclaration du gouvernement devant l’Assemblée nationale.
Comme capitaine du navire, informé de la voie d’eau qui s’élargit sans cesse, des flots qui envahissent nos cales, j’affirme que notre devoir à tous est d’abord de nous mettre à l’étancher sans attendre !

M. Jean-Paul Lecoq

Mais vous quittez le navire, tel un capitaine qui part en courant ! Normalement ce sont les femmes et les enfants d’abord, pas le capitaine !

M. Emeric Salmon

Il faut changer de capitaine !

M. François Bayrou, premier ministre

On me rétorque que ce n’est pas urgent, que cela peut attendre, que je suis trop impatient et que je veux aller trop vite. Le bateau flotte encore et il ne faut troubler ni les passagers, ni l’équipage ! Là est la confrontation des points de vue, là est la prise de responsabilité de chacun.
Je dis au contraire que si nous voulons la sauvegarde du navire sur lequel nous et nos enfants naviguons, il faut agir sans tarder,…

Mme Sophia Chikirou

Comme à Bétharram ?

M. François Bayrou, premier ministre

…et que ce n’est pas hors d’atteinte. Si nous nous y prenons à temps, cela demande seulement la mobilisation de tous et un effort modéré de chacun.
Mais il convient d’élargir l’analyse, même brièvement, de dépasser cette description des conséquences de la dette sur la vie des Français et d’envisager les implications pour le destin de la France.

M. Jean-Paul Lecoq

C’est de la politique fiction !

M. François Bayrou, premier ministre

Nous tous, d’où que nous venions, sommes les héritiers de la France. C’est ce destin, unique entre les peuples, d’une puissance moyenne par le nombre de ses habitants, mais à vocation universelle, qui a fait de nous ce que nous sommes.
Aujourd’hui, le destin de la France, notre nation inscrite dans l’histoire, se trouve menacé par nos quotidiennes impérities. Pour une nation, la question de l’influence, sa capacité à faire rayonner ses valeurs, est vitale. Nos valeurs, françaises et universelles, partout menacées, les droits de l’homme, et d’abord le droit des femmes, le droit au respect et à la liberté des femmes, le droit des enfants (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS),…

Mme Sabrina Sebaihi

Et Bétharram, ça relève de quoi ?

M. François Bayrou, premier ministre

…le droit à la liberté et au respect de la vie privée, le droit à la libre opinion, à la libre conviction, le droit à la libre religion, à la libre philosophie, le droit à se former –⁠ cet ensemble de droits comme il n’y en eut jamais de plus complet dans le monde, depuis que le monde est monde, qui le défend, sinon la France ?
Comment la France peut-elle défendre cet ensemble de valeurs, lui donner du sens en son sein et à travers l’Union européenne, si elle s’avère faible, si elle a perdu sa crédibilité en perdant sa souveraineté ? Nous ne sommes donc pas, à cet instant, défenseurs de nos seuls intérêts, de notre santé et de notre prospérité, mais les défenseurs menacés d’un bloc de valeurs lui aussi en danger. Notre capacité d’influence dépend de notre indépendance et de notre souveraineté. Du respect que la France impose aux autres dépend le respect qu’on portera à ses valeurs.

M. Emeric Salmon

En Algérie, par exemple ?

M. François Bayrou, premier ministre

La soumission à la dette est similaire à la soumission par la force militaire.

Mme Sandrine Rousseau

Non, cela n’a rien à voir !

M. François Bayrou, premier ministre

Que nous soyons dominés par les armes ou par nos créanciers du fait d’une dette qui nous submerge, nous perdons notre liberté.

Mme Sandrine Rousseau

Mais arrêtez ! C’est honteux !

M. François Bayrou, premier ministre

Dans les deux cas, il ne tient qu’à nous de nous émanciper en retrouvant le chemin de la liberté. Cela ne demande qu’un effort sur nous-mêmes.
C’est pourquoi la France s’est dotée, sous l’autorité du président de la République et par le vote de ses parlementaires, d’un plan d’équipement de ses armées en hommes et en matériel, la loi de programmation militaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem, sur plusieurs bancs du groupe EPR et sur quelques bancs des groupes DR et HOR.)

Mme Danielle Simonnet

C’est mou !

M. François Bayrou, premier ministre

Cette loi doit non seulement être respectée mais aussi abondée par des investissements complémentaires décidés en raison des dangers de toute nature auxquels notre pays et notre continent sont exposés.

M. Jean-Michel Jacques

Il a raison !

M. François Bayrou, premier ministre

Ces investissements complémentaires nécessaires –⁠ 3 milliards supplémentaires dès cette année – sont inscrits dans le plan présenté aux Français au mois de juillet.
De la même manière, le gouvernement propose au pays un plan pour aller vers le désendettement, afin que la France échappe en quelques d’années à l’inexorable marée de dettes qui la submerge. Dans quatre années –⁠ c’est un délai raisonnable dans la vie d’un pays et de ses habitants –, la dette existera toujours, mais elle n’augmentera plus.
Voici le plan : atteindre en 2029 le seuil de 3 % de déficit public, seuil à partir duquel la dette n’augmente plus. Si la dette n’augmente plus, le travail des Français, leur inventivité, leur créativité, leur confiance retrouvée remettront le pays à flot, plus vite qu’on ne le croit.
Tout nous y invite : les technologies d’un monde qui va de révolution en révolution, l’intelligence artificielle, notre créativité intellectuelle, culturelle et artistique ainsi que notre recherche.
Si nous nous libérons de ces chaînes qui nous entravent, tous les épanouissements deviendront possibles pour les Français d’aujourd’hui et pour les générations qui viennent. Tout est prêt, tout est en germe. Ne manque que la détermination de ceux qui veulent s’en sortir.
Cela oblige à des efforts, mais à des efforts modérés,…

Une députée du groupe EcoS

On parle de 40 milliards !

M. François Bayrou, premier ministre

…qu’un pays doit considérer supportables. Il s’agit de dépenser un peu moins que ce qui était attendu ou programmé, de freiner les dépenses ou de les étaler dans le temps, tout en affirmant devant nos concitoyens et à la face du monde que si personne ne sera abandonné, ce sont d’abord et avant tout les plus jeunes d’entre nous dont nous devons nous occuper.

Mme Sandrine Rousseau

Oui mais pas trop quand même !

M. François Bayrou, premier ministre

J’ai été frappé des messages que j’ai reçus pour avoir évoqué les plus jeunes et le poids qui pèse sur leur génération.

Un député du groupe LFI-NFP

Et le climat ?

M. François Bayrou, premier ministre

Ils portent et porteront pendant vingt ou trente ans, peut-être davantage, le poids des milliers de milliards de dettes que leurs aînés ont contractés…

M. Emmanuel Fouquart

Que vous avez contractées !

M. François Bayrou, premier ministre

…et qu’ils devront endosser. Ces dettes n’ont pas été contractées pour équiper le pays comme il aurait convenu ou pour décider de l’avenir des jeunes. Ces milliers de milliards de dettes ont été consacrés à éponger les dépenses courantes de la vie de tous les jours, qu’un pays normal devrait assumer à chaque génération pour son compte.

M. Emeric Salmon

Et c’est le responsable de la situation qui s’exprime !

M. Jean-Paul Lecoq

Mais qui gouverne, qui est au pouvoir ?

M. François Bayrou, premier ministre

Depuis des décennies, nous avons rompu sur ce point le contrat de confiance entre générations qui est la base du contrat social. J’ai été frappé de constater combien les plus jeunes ont le sentiment d’être une génération sacrifiée.

M. Jean-Paul Lecoq

Tant que vous serez au pouvoir !

Mme Sabrina Sebaihi

Vous étiez ministre !

M. François Bayrou, premier ministre

Ils affirment qu’ils n’auront pas de retraite, que ce ne sera pas pour eux.
Le double défi qu’ils rencontrent… (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Je sais bien que vous voulez qu’on augmente encore les charges qui pèsent sur leurs épaules. Nous pensons exactement le contraire : il faut alléger ce poids pour les libérer de l’esclavage dans lequel on les plonge ! (Mêmes mouvements. –⁠ Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur plusieurs bancs du groupe HOR.)

Mme la présidente

Je vous en prie ! Un peu de silence !

M. François Bayrou, premier ministre

Ces jeunes rencontrent un double défi, souvent synonyme de double échec : la recherche d’un travail et celle d’un logement, notamment dans certaines villes et certaines régions –⁠ je ne parle même pas de la question du logement étudiant.

M. Inaki Echaniz

À qui la faute ?

Mme Sandrine Rousseau

Eh bien construisez des logements étudiants !

M. François Bayrou, premier ministre

Cette génération ne se voit pas d’avenir commun.

Un député du groupe LFI-NFP

Pourtant, ils ont voté pour nous !

M. François Bayrou, premier ministre

Cette situation est insupportable du point de vue démocratique et civique autant que du point de vue moral.
C’est aussi de cela qu’il faut prendre conscience. Les plus avancés en âge doivent unir leurs efforts pour alléger la dette que les plus jeunes devront acquitter. Ne leur dites pas que vous les aimez, que vous veillez sur eux, si vous faites semblant d’ignorer la charge écrasante qui s’accumule sur leurs épaules !

Mme Sophia Chikirou

Nous on ne protège pas des pédophiles !

M. François Bayrou, premier ministre

À chaque fois que vous criez, je peux prendre une gorgée d’eau, donc c’est une bonne chose ! (Applaudissements et sourires sur les bancs du groupe EPR.)

Mme la présidente

Je vous en prie, chers collègues !

M. Ian Boucard

Heureusement que nous ne sommes pas en Chine !

M. François Bayrou, premier ministre

Ayant vécu ces derniers mois cet exercice inédit, et je crois sans précédent, de transparence entre citoyens, j’ai vu la puissance des forces qui veulent qu’on continue à fermer les yeux.

Un député du groupe LFI-NFP

Comme à Bétharram ?

M. François Bayrou, premier ministre

Il y a certes un fait nouveau. Depuis le début du travail que nous avons engagé il y a quelques semaines, les représentants de ces forces commencent leurs discours par : « Nous ne nions pas la situation. » Mais ils ajoutent aussitôt : « Nous sommes en désaccord avec la méthode, les décisions prises, le rythme du désendettement, l’identification des causes, et nous combattrons tout cela de toutes nos forces. C’est pourquoi nous voulons faire tomber le gouvernement qui nous invite à l’effort. » (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Les uns disent –⁠ ne croyez pas que j’ignore l’efficacité de ce discours – que ce sont les immigrés qu’il faut mettre à contribution,…

M. Aurélien Le Coq

Votre ministre de l’intérieur le dit !

M. François Bayrou, premier ministre

…que ce sont les étrangers qui sont la cause de tout,…

M. Emeric Salmon

Pas du tout, vous avez une grande part de responsabilité !

M. François Bayrou, premier ministre

…et que c’est auprès de ceux-là que nous gaspillons notre argent et qu’il faut taper dans la caisse. Ils ont aussi une variante : la cause, c’est l’Europe, nous nous ruinons pour respecter nos engagements. Vingt milliards là, dix milliards ici –⁠ c’est plus facile.
Je l’ai dit : je suis d’accord pour qu’on vérifie, mesure par mesure, s’il y a des anomalies, des injustices commises au détriment de nos compatriotes.

M. Jean-Philippe Tanguy

On l’a fait !

M. Alexis Corbière

Quelle horreur !

M. François Bayrou, premier ministre

J’ai pris la décision d’intervenir au sujet de l’aide médicale de l’État pour faire entrer dans la norme les préconisations du rapport présenté par Claude Évin et Patrick Stefanini. (Exclamations et sourires sur les bancs du groupe RN. –⁠ Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Je me suis réjoui qu’ils rappellent que nous sommes le premier gouvernement à prendre en compte ce rapport remis il y a deux ans. Mais j’ai entendu des voix qui disaient : « Tout cela nous soulève le cœur ! »
En tout état de cause, l’addition des économies est très loin de représenter un ordre de grandeur à la dimension du problème. Ou bien, autre discours : ce sont les riches qu’il faut faire payer. (« Oui ! », « bravo ! » et applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR. –⁠ Mme Dieynaba Diop applaudit aussi..) Là encore, je ne sous-estime pas l’efficacité du discours. Bernard Arnault et ses semblables sont devenus les cibles emblématiques d’une pensée magique ; ils sont comme des poupées vaudou dans lesquelles on plante des aiguilles pour les atteindre –⁠ j’imagine ! –, au portefeuille.
On m’accordera que je ne suis ni un défenseur attitré ni un stipendié de ces réussites. Mais je n’oublie pas ce qu’elles font tous les jours pour le pays.

M. Alexis Corbière

Ça se discute !

M. François Bayrou, premier ministre

L’excédent du commerce extérieur dans le secteur du luxe, ce sont 40 milliards d’euros par an ;…

M. Alexis Corbière

Grâce aux travailleurs !

M. François Bayrou, premier ministre

…et la valorisation de l’image de la France, qui contribue à l’industrie comme au tourisme, représente des dizaines de milliers d’emplois.
On nous dit qu’il suffit de leur prendre ce qu’ils ont, ou une large part de ce qu’ils ont, ou chaque année 2 % de ce qu’ils ont, et que les problèmes de la France seront réglés. On oublie deux choses essentielles : la première est qu’un pays comme le nôtre a besoin d’investisseurs. Le 1 % des plus hauts contribuables assume une large part de l’investissement privé dans l’appareil productif en France. Et on oublie une deuxième conséquence : dans le monde de frontières ouvertes où nous vivons (« Ah ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP)…

M. Hadrien Clouet

Les fameuses frontières ouvertes !

M. François Bayrou, premier ministre

…ceux qui sont ciblés ont une réplique très simple et très immédiate : ils déménagent. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem. –⁠ Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

Mme Clémentine Autain

C’est faux !

M. François Bayrou, premier ministre

Ils ont pléthore de pays où ils peuvent trouver un refuge fiscal, en Europe même : le Luxembourg, la Belgique, la Suisse, les Pays-Bas, pour les entreprises.

M. Alexis Corbière

Lisez les rapports de vos propres services !

M. François Bayrou, premier ministre

Demandez à nos voisins britanniques ! Ils ont décidé de taxer les étrangers qui étaient exonérés de fiscalité.

M. Éric Coquerel

Ça n’a rien à voir !

M. François Bayrou, premier ministre

Ces derniers ont déménagé et cela a eu pour conséquence immédiate l’explosion du prix de l’immobilier à Milan. Mentionnons au passage, et François Hollande le sait bien (« Ah ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP),…

M. Fabien Di Filippo

Vous avez appelé à voter pour lui à l’époque !

M. François Bayrou, premier ministre

…que ce type de fiscalité est interdit par le Conseil constitutionnel, qui l’a depuis longtemps déclaré confiscatoire, donc inconstitutionnel ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

M. Arnaud Le Gall

Vous êtes le porte-parole des 1 % !

Mme la présidente

Chacun pourra s’exprimer, le moment venu. Merci d’écouter le premier ministre dans le calme.

M. François Bayrou, premier ministre

Mais je veux réaffirmer ici qu’il conviendra de trouver un type de contribution qui fasse que les très hauts revenus et les très hauts patrimoines soient appelés à participer spécifiquement à l’effort national ; un travail en profondeur doit être conduit pour éviter que soient mis en place ou que se perpétuent des stratégies d’optimisation fiscale manifestement antiégalitaires qui, bien que juridiquement correctes, sont moralement discutables.

M. Aurélien Le Coq

Juridiquement correctes à cause de qui ?

M. François Bayrou, premier ministre

J’ai proposé dès la mi-juillet que les commissions parlementaires soient invitées à participer au travail de mise au point de cette fiscalité de solidarité. Les solutions de facilité, celles qu’on vend aux Français à longueur de discours ne suffiront jamais.
Notons au passage qu’entre ceux qui affirment « Nous allons instituer 20 ou 30 milliards d’impôts nouveaux » et ceux qui stipulent « Pas un euro d’impôts supplémentaires ! », entre ceux qui disent « Nous allons prendre les ressources dépensées pour les étrangers » et ceux qui déclarent qu’ils s’y opposeront « jour et nuit et jusqu’au bout », la conjonction des forces qui annoncent qu’elles veulent additionner leurs voix pour faire tomber le gouvernement, c’est un tohu-bohu qui se prépare pour la France. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem et sur quelques bancs du groupe HOR.)
Et –⁠ pardonnez-moi de le rappeler à ce moment –, le problème, la menace, le risque pour la France demeureront entiers ! Parce que, mesdames et messieurs les députés, vous avez le pouvoir de renverser le gouvernement (« Oui ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP), mais vous n’avez pas le pouvoir d’effacer le réel. Le réel demeurera inexorable ; les dépenses continueront d’augmenter, –⁠ plus encore ! –, et le poids de la dette, déjà insupportable, sera de plus en plus lourd et de plus en plus cher.

Mme Sabrina Sebaihi

Et la carte vitale ne fonctionnera plus, on sait !

M. François Bayrou, premier ministre

Il n’y a qu’un seul chemin pour que notre pays s’en sorte, aujourd’hui comme dans les années 1950, quand le général de Gaulle et, un peu plus tôt, Pierre Mendès France,…

M. Emmanuel Maurel

Laissez Mendès France tranquille !

M. François Bayrou, premier ministre

…affirmaient, tous deux dans le même sens : le premier, que l’équilibre des finances publiques ne devait pas se faire par l’accroissement chronique de la dette et, le deuxième, qu’« un pays qui n’est pas capable d’équilibrer ses finances publiques est un pays qui s’abandonne ».

M. Nicolas Meizonnet

Ils étaient démissionnaires !

M. François Bayrou, premier ministre

C’est précisément la question qui est posée aujourd’hui. Mesdames et messieurs les députés, dans cette démarche inédite qui vise à mettre tous les parlementaires face à leur responsabilité propre, personnelle, humaine –⁠ tous ceux qui voient bien que quelque chose ne va pas, même s’il est plus commode d’ignorer cette évidence –, dans cette démarche, il y a une certaine idée de la démocratie et du gouvernement d’un peuple. J’ai choisi de m’adresser à vous comme si le destin n’était pas écrit.

Un député du groupe RN

Vous vivez dans un monde parallèle !

M. François Bayrou, premier ministre

Comme si la réponse de l’Assemblée nationale à l’engagement de responsabilité n’avait pas été annoncée à cors et à cris, sur tous les tons et toutes les antennes, de la part du plus grand nombre des groupes de cette assemblée.

Un député du groupe RN

C’est ce qu’on appelle le déni !

M. François Bayrou, premier ministre

Je m’adresse à vous en prenant au pied de la lettre les principes énoncés à l’article 27 de la Constitution : « Le droit de vote des membres du Parlement est personnel. ». Ce qui veut dire qu’en principe, les mots d’ordre n’ont pas leur place ici. Ce qui a sa place ici, c’est la conscience personnelle de chacun des députés de la nation. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

M. Emeric Salmon

Nous représentons nos électeurs ! Ils nous demandent de voter contre !

Mme la présidente

S’il vous plaît !

M. François Bayrou, premier ministre

Tous les partis politiques qui ne font pas partie du gouvernement ont annoncé leur décision de le renverser. C’est un exploit tout relatif, permettez-moi de le signaler, puisque ce gouvernement est sans majorité, ni majorité absolue, ni majorité relative…

M. Alexis Corbière

En effet !

M. François Bayrou, premier ministre

…et que sa chute irrévocable était annoncée depuis la première minute de son existence.

M. Sébastien Chenu

La faute à qui ?

M. Pierre Cordier

Kamikaze !

M. François Bayrou, premier ministre

Je veux apporter ici une précision. J’ai une haute idée des mouvements politiques. Je me suis engagé quand j’avais à peine plus de vingt ans dans celui auquel j’adhère encore aujourd’hui. Je ne l’ai jamais quitté. Je l’ai défendu quand nous n’étions qu’une poignée à y croire encore. Je l’ai porté envers et contre tous et je suis fier de la génération de responsables qui m’entourent aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) Je   suis certain que, sur beaucoup de ces bancs, vous partagez le même sentiment d’intime fidélité et de fierté vis-à-vis du parti auquel vous adhérez.
Mais les partis politiques ont aussi un défaut fondamental, qu’a si précisément vu, y compris à son détriment, le général de Gaulle,…

M. Arnaud Le Gall

Arrêtez de vous comparer avec lui, c’est ridicule !

M. François Bayrou, premier ministre

…c’est que leur logique toujours les conduit à la division. C’est une malédiction, que nous vérifions à cet instant. Notre pays a le plus urgent besoin de lucidité, il a le plus urgent besoin d’unité. Et c’est la division qui menace de l’emporter, qui menace son image et sa réputation. Les forces politiques qui annoncent qu’elles vont faire tomber le gouvernement…

M. Hadrien Clouet

Excellent !

M. François Bayrou, premier ministre

…ce sont les forces politiques les plus opposées entre elles, celles qui se désignent comme ennemies, celles qui sont incompatibles, par les idées autant que par les arrière-pensées, et qui échangent, d’un bout à l’autre de l’hémicycle, les injures et les mises en cause. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)

M. Emeric Salmon

Vous avez appelé à voter pour eux ! C’est vous qui les avez fait élire !

M. François Bayrou, premier ministre

Ce qu’elles préparent, si leur logique de division l’emporte, je l’ai déjà dit, c’est le tohu-bohu (Sourires), le désordre où chacun hurle dans son coin et dont rien de bon ne peut sortir.
Le gouvernement, par ma voix, engage devant vous sa responsabilité. Ce qui signifie que, par ma voix, à la tribune, il dit : « mesdames et messieurs les députés, le problème dont nous vous saisissons, comme représentants de la nation, nous paraît si grave, il implique si profondément chacun de nos concitoyens, qu’il requiert votre soutien. » Sans un soutien minimal de la part des Français, représentés ici par leurs députés, l’action exigeante et courageuse que la situation implique n’a aucune chance de pouvoir s’imposer.
Et sans ce soutien minimal, sans cette entente minimale entre les grandes sensibilités du pays, sur le constat et sur l’impérieuse trajectoire de redressement, alors l’action du gouvernement serait vouée à l’échec et, pire encore, elle n’aurait pas de sens. S’il s’agit toujours de faire semblant, de ménager la chèvre pour obtenir le chou, de se rendre aux logiques de marchandages et de divisions (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP)…

M. Pierre Cordier

C’est ce que vous avez fait pendant toute votre carrière !

M. François Bayrou, premier ministre

…de dissimuler l’essentiel pour communiquer sur le secondaire, en sachant qu’on continue la marche vers l’accident, je vous le dit : je ne serai pas l’homme d’une telle politique. Je crois aux compromis, mais aux compromis qui respectent l’essentiel. La vérité des hommes et des choses, la hiérarchie des ordres et des urgences.

M. Emmanuel Maurel

Vous n’êtes pas un homme de compromis !

M. François Bayrou, premier ministre

Je crois aux compromis qui ne se construisent pas sur l’ambiguïté. Requérir le soutien du pays quand il faut agir, c’est pour moi l’article 1er du contrat démocratique. Dans des domaines aussi sensibles, je n’ai jamais cru à l’épreuve de force.

M. Alexis Corbière

Et le 49.3 ?

M. François Bayrou, premier ministre

Je crois à la conviction partagée. Et je crois qu’il convient de vérifier cet accord de fond auprès des Français ou de leurs représentants chaque fois que c’est nécessaire. Ma conviction, c’est qu’au fond, au point où nous en sommes arrivés, il ne reste plus que deux chemins.
Le chemin sur lequel, sur toute la planète, le monde bascule : celui qui considère que la destinée des peuples, c’est d’obéir et que, pour que s’instaure cette logique autoritaire, contre le droit des peuples et le droit de l’homme et du citoyen, tous les coups sont permis ; celui qui considère que la fin justifie les moyens, notamment l’utilisation de tous les conflits, de toutes les mésententes, de toutes les calomnies, qu’il convient de faire flamber.
Et vous voyez sans peine, de l’Est lointain à l’Ouest qu’on croyait proche –⁠ l’ouest américain – combien cette conception de la politique au bulldozer…

Mme Sandra Regol et Mme Danielle Simonnet

Et le 49.3 ?

M. François Bayrou, premier ministre

…cette loi du plus fort, ce rapport de force brutal paraissent s’imposer ! Sous les applaudissements des uns et le découragement des autres.
Et nous, nous sommes là pour ranimer l’autre projet. Le projet même de la démocratie qui considère plus juste, plus intéressant, plus fructueux, de respecter le citoyen, même minoritaire, et de le considérer comme partenaire et coresponsable de son propre destin. Cette démarche, cette méthode, fait de la vérité partagée avec les Français son arme suprême. Cette démarche, cette méthode, conduit à l’unité du pays et elle écarte la malédiction de la division perpétuelle.
Le philosophe et militant Marc Sangnier, que j’aime beaucoup et qui siégea dans votre assemblée à deux reprises, après la première guerre mondiale et après la deuxième, a défini la démocratie comme l’organisation sociale qui porte à son plus haut la conscience et la responsabilité du citoyen.

Un député du groupe GDR

Et qui respecte le résultat des élections !

M. François Bayrou, premier ministre

La conscience, c’est-à-dire la plus juste, la plus lucide compréhension des choses et des événements. La responsabilité, c’est-à-dire l’engagement. Nous, citoyens, ne sommes pas là pour être condamnés soit à obéir, soit à la révolte. Nous sommes là pour prendre notre part du destin, les yeux ouverts, avec la vérité comme boussole.
Nous sommes un peuple qui s’interroge, non pas seulement sur son avenir, sur l’avenir du monde et de la planète, mais sur le chemin que l’on peut emprunter pour construire cet avenir. Ce que dit le moment que nous vivons, mesdames et messieurs les députés, c’est qu’il y a un chemin, et un seul, pour la France : celui de la vérité partagée, et du courage qu’on choisit ensemble. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DEM et HOR, dont les membres se lèvent. –⁠ Quelques députés du groupe DR applaudissent également.)

Mme la présidente

Nous allons maintenant entendre les orateurs des groupes.





Source : Assemblée Nationale.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250908-discours-bayrou.html

 

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