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26 janvier 2026 1 26 /01 /janvier /2026 03:57

« On sous-estime les vaches. Bon, je ne pensais pas que la mienne ferait le tour du monde comme ça. Mais c'est une bonne chose que les gens voient ça et sachent ce qu'elle est capable de faire. Ça fera peut-être changer leur regard sur les animaux de la ferme. » (Witgar Wiegele, le 23 janvier 2026 sur France 2).





 


Cela se passe au cœur de la Carinthie, dans une petit village autrichien qui hume bon la bouse de vache. Justement, nous parlons vache. Le propriétaire d'une vache domestique, Witgar Wiegele n'en a pas cru ses oreilles (ni ses yeux) : Veronika, sa vache, est devenue une star mondiale ! Ses vidéos font désormais le tour du monde grâce aux diffusions virales des réseaux sociaux.

Qui est Veronika ? Une vache très ordinaire, en fait, mais qui ne sert pas à produire du lait, encore moins de la viande. Elle est un animal de compagnie, elle ne "sert" donc à rien ! Elle a déjà 13 ans, et pourrait pousser en principe jusqu'à environ 20 ans que son espèce permet. Pourtant, ses congénères plus malheureuses n'atteignent jamais ce stade, elles sont généralement abattues vers l'âge de 8 ans.


C'est donc une existence de luxe que vit Veronika ; elle peut se promener partout dans la propriété de cette ferme bio, sans craindre de servir de garde-manger à brève ou lointaine échéance.

Elle aurait pu passer inaperçue, son destin de vache ordinaire se fondre dans le décor rural d'un beau paysage de campagne autrichienne. Mais non, l'existence de Veronika est tombée dans les oreilles d'Alice Auersperg, une ethnologue autrichienne spécialiste en biologie cognitive de l'Institut de recherche pour les relations entre l'être humain et l'animal de Vienne, et de son collaborateur japonais, Antonio Osuna-Mascaro, du Department of Gene Functions and Phenomics, de l'Institut national de génétique de Mishima. C'est un email montrant une vidéo de Veronika à la suite de la lecture d'un livre de la biologiste autrichienne sur l'intelligence animale qui leur a mis la puce à l'oreille.

Pour ces chercheurs, c'est assez exceptionnel de voir une vache utiliser un outil pour se gratter. En général, très peu d'animaux utilisent des outils, en particulier les chimpanzés, mais ce qui concerne les primates ne nous étonnent pas, nous, les humains, car ils sont des cousins proches dans le grand arbre de la vie.

Alors, ils ont décidé de faire quelques manipes sur la vache pour étudier son comportement, avec un financement de la Fondation suisse Messerli. Interrogée le19 janvier 2026 par Keystons-ATS, Alice Auersperg a expliqué : « Pendant longtemps, on a considéré presque automatiquement que les vaches étaient idiotes. ». À tort !


Dans l'étude dont la présentation a été publiée le 19 janvier 2026 dans la revue scientifique "Current Biology" (qu'on peut télécharger ici), les deux ethnologues ont montré que Veronika était capable d'utiliser un balai pour se gratter le corps, et de manière différente selon qu'elle voulait se gratter le ventre (manche) et le bas du dos (brosse). Elle prenait le balai par le manche avec sa grande langue. Généralement, les vaches s'entre-aident mutuellement pour faire leur toilette et atteindre les endroits qu'elles ne peuvent pas atteindre toutes seules.
 


Ce n'est pourtant pas l'âge qui fait l'intelligence, même s'il fait un peu l'expérience, car Veronika utilise un outil pour se gratter depuis une dizaine d'années. Elle avait déjà ramassé avec sa gueule des branches mortes pour se gratter vers l'âge de 3 ou 4 ans.

Alice Auersperg et Antonio Osuna-Mascaro cherchent maintenant, pour continuer leur étude, d'autres animaux domestiques qui auraient développé les mêmes compétences que Veronika (comme un cochon, un mouton, etc.) en faisant remarquer que les animaux sont suffisamment nombreux pour en faire un sujet d'études fiable : « C’est absurde de ne jamais s’être intéressé à des animaux qui sont si nombreux autour de nous. ». D'ailleurs, sont apparues sur Internet des vidéos d'autres vaches et même de zébus qui développaient la même compétence que Veronika.
 


Interrogée le 23 janvier 2026 par France 2, Lauriane Rat-Fischer, qui enseigne l'ethnologie à l'Université Paris-Nanterre et qui travaille sur les capacités cognitives de plusieurs espèces animales, a affirmé que les compétences de Veronika étaient assez rares dans le monde animal : « Ce qui est surprenant, c'est de voir que la vache va utiliser le même objet de manière différente. Plutôt la brosse pour se gratter le dos et plus souvent le manche pour se gratter le ventre. Donc ça montre une utilisation différente qui n'est pas liée au hasard. ».

Le journal suisse "Le Temps" a toutefois précisé le 19 janvier 2026 que l'originalité de la vache peut avoir des limites : « Il faut (…) distinguer l’utilisation d’un outil sur son propre corps de l’utilisation d’un outil sur l’environnement. Ce dernier comportement est plus complexe au niveau cognitif. On voit par exemple les chimpanzés se servir d’un bâton pour aller à la pêche aux termites. ».

Et a précisé surtout : « Le cas de Veronika ne signifie pas que toutes les vaches se servent d’outils, explique la chercheuse. Mais il montre que les bovins disposent en eux de cette faculté cognitive. Pour la plupart des vaches, ce potentiel ne s’exprime probablement pas, car elles manquent de stimulations dans leur vie de tous les jours. ».
 


C'est pourquoi certains animaux ont moins de chance que d'autres. Par exemple, les herbivores qui passent leur temps à ruminer ne le prennent pas à réfléchir (d'où peut-être l'étonnement pour Veronika). Les lémuriens aussi, entre autres exemples, passent leur temps à manger des feuilles, qui ont, individuellement, une très faible valeur nutritive.

C'est un point important qu'on voit aussi sur les humains. S'il faut déjà définir précisément ce qu'est l'intelligence et comment on la mesure, on sait bien aussi que dans une même espèce, il y a des individus plus ou moins intelligents. Comment connaître l'individu représentatif de l'intelligence de son espèce ? J'ai évoqué les humains où peut régner une certaine inégalité, qu'elle soit d'origine génétique (?) ou sociale, mais tous ceux qui aiment les chats et ont en déjà eu plusieurs savent que l'intelligence est assez hétérogène selon le spécimen.

Mais au-delà de ces biais difficiles à éviter (c'est le travail des spécialistes en comportement animal), je suis assez étonné par l'étonnement des chercheurs et aussi par le buzz fait sur Internet : j'ai au contraire toujours pensé que les animaux étaient très intelligents, mais pour en prendre conscience, il faut être patient dans l'observation, ouvert et donner de bonnes conditions environnementales. Un humain affamé qui doit chercher à se nourrir chaque jour a plus de mal de développer des facultés cognitives affinées sauf, peut-être, pour trouver de la nourriture, que s'il mange facilement à sa faim.

L'humain, dans ce concours, a beaucoup de privilèges, au moins deux. Premièrement, le fait d'être debout l'oblige à anticiper la naissance (forme du bassin), si bien que le "petit" humain reste en apprentissage avec ses parents beaucoup plus longtemps qu'avec d'autres espèces, et c'est le temps de transmission qui est essentiel dans l'intelligence d'une espèce (repartir de zéro à chaque naissance ne sert qu'à réinventer le monde à chaque renouvellement). C'est notamment le problème des poulpes. Deuxièmement, le fait de cuire ses aliments a permis à l'humain de manger et de digérer beaucoup de viande, et cet apport en protéines a entraîné un accroissement du cerveau.

J'ai eu l'occasion d'observer quelques espèces animales sous mes yeux, et plusieurs faits d'intelligence, pas seulement sociale, m'ont apparu, en particulier chez les chats (bien sûr, et je n'évoque pas les chiens), les merles, les hérissons, les souris (entre autres), ce qui a renforcé ma conviction que les animaux pouvaient être intelligents (certes, pas toujours). Pour l'histoire du grattage de la vache par balai, je connaissais un chat qui faisait la même chose, il prenait la brosse entre ses deux pattes avant et se grattait le cou avec l'air addict d'un drogué.
 


Il reste qu'il y a déjà beaucoup d'exemples d'animaux intelligents, comme ces corbeaux (animaux très intelligents) qui utilisent des brindilles pour attraper des termites, et ces loutres qui casse la coquille des mollusques qu'elles veulent dévorer avec des cailloux. Et je ne parle pas des dauphins, des fourmis, etc. De toute façon, pour avoir réussi à survivre dans cette gigantesque jungle sans complaisance pendant tant de millions d'années, il fallait bien que chaque espèce développât un minimum de compétence et d'intelligence.

Il y a aussi une autre raison (évidente) pour laquelle on n'insiste pas trop sur l'intelligence (réelle) des animaux. Il ne viendrait à personne l'idée de manger des êtres intelligents. C'est le problème de la viande. On se rassure en croyant manger des bêtes bêtes. Mais sont-elles si bêtes que ça ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


(Illustrations provenant des documents de la publication scientifique mise en référence).


Pour aller plus loin :
Veronika, l'intelligence vache !
Publication scientifique sur le sujet (à télécharger) : "Flexible use of a multi-purpose tool by a cow", Antonio J. Osuna-Mascaro et Alice M. I. Auersperg, in "Current Biologty", vol. 36, issue 2, PR44-R45, January 19, 2026.
Une amoureuse des animaux.
Changement de paradigme chez les bovins ?
Grippe aviaire : désastre sanitaire mondial en perspective ?
Quel bovin vous amène ?
Méfiez-vous du chat qui dort à Noël !
Et Dieu créa les animaux...
Le Bébé de Stéphanie de Monaco.
Népal : on abat au cas où.
Jacques-Yves Cousteau.
Big Tim et ses défenses géantes : l’extinction des espèces sous nos yeux…
Rapport de l’ONU (IPBES) sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
Le cœlacanthe : un rival pour Darwin ?
Erectus.
Demain les chats.
Les chats à Dutronc.
La Belle et les Bêtes.
L'amie des animaux.
Un panda diplomatique.
Les animaux ont-ils une âme ?
La sensibilité des animaux reconnue par le code civil.
Les chasseurs…
La vie dans tous ses états.








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260119-intelligence-vache.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/veronika-l-intelligence-vache-266127

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/26/article-sr-20260119-intelligence-vache.html


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15 décembre 2025 1 15 /12 /décembre /2025 03:05

« L’ennemi, c’est le virus, c’est cette maladie terrible, si contagieuse qu’elle est au sommet du classement européen en termes de gravité. Vous pouvez bien sûr manifester, mais on ne manifeste pas efficacement contre un virus. » (Annie Genevard, le 9 décembre 2025 dans l'hémicycle).





 


La Ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire Annie Genevard est aujourd'hui sur le front de la contestation agricole. C'est un ministère toujours très difficile, peut-être plus que d'autres, car au-delà du sujet, il y a des humains, des agriculteurs souvent fatigués et épuisés par les normes et la réglementation.

Depuis cinq mois mois, une maladie infectieuse virale s'abat sur les bovins, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Les vaches qui en sont contaminées survivent peut-être (pour 90% d'entre elles), mais la réglementation interdit leur exportation.

Ce qui est rassurant, c'est que cette maladie ne touche pas les humains et reste entre vaches. Son vecteur de propagation est la mouche. Le foyer était en Savoie sur des vaches laitières. Elle peut coûter cher puisque 10% des vaches en meurent. C'est la raison pour laquelle l'Organisation mondiale de la santé impose une déclaration obligatoire. Le problème des éleveurs, c'est qu'en déclarant une vache infectée, ils peuvent voire la totalité de leur troupeau abattu.


C'est un peu comme si on considérait que pour éradiquer la méningite, si le cas d'un enfant se présentait, on abattrait tous les enfants de sa classe, voire tous les enfants de son école. Cela peut paraître ridicule, et un peu morbide, mais une analogie pas si déraisonnable. Les éleveurs ont mis beaucoup de temps à constituer leurs troupeaux, parfois plusieurs générations, et il est peut admissible que des dizaines voire centaines de vaches saines soient abattues par simple principe de précaution.

La ministre de l'agriculture n'innove pas dans ce domaine et reprend la réglementation française, européenne et internationale, ainsi que les recommandations stratégiques du parlement de l'élevage, un collectif de scientifiques, de professionnels, de représentants syndicaux : « J’ai une pensée pour tous ces éleveurs qui ont vu leur cheptel abattu. Je connais le drame intime que cela représente. » a assuré Annie Genevard devant la représentation nationale, consciente de la tragédie que vivent de nombreux agriculteurs.

Elle est d'ailleurs ouverte pour faire évoluer les conséquences de l'infection d'une vache. Les vaches infectées peuvent être soignées, et auparavant, elles peuvent être vaccinées. Certes, la vaccination ne supprime pas totalement le risque d'être infecté, mais elle supprime le risque de la propagation de la maladie. Et puis, il faut revoir les conditions de transports, notamment des carcasses infectées. Passer de Savoie en Occitanie n'est pas anodin, les vaches ne prennent pas le TGV.

Bien sûr que la dermatose nodulaire contagieuse est un sujet préoccupant et grave et qu'il n'est pas question de laisser l'infection se propager. Une mortalité de 10% est énorme, cela signifie, à terme, l'élimination de dizaines de milliers de vaches. Il faut donc absolument combattre l'infection.

C'est le moyen de la combattre qui, aujourd'hui, prête au débat. L'abattage total de tout le troupeau dont est issue une vache contaminée n'est pas satisfaisant.

D'une part, il coûte cher à tous les points de vue : économique pour les éleveurs qui perdent leur capacité de production ; aussi psychologique pour les éleveurs qui peuvent se décourager après un tel drame ; budgétaire pour l'État dont les finances vacillantes rendent les indemnisations de plus en plus aléatoires ; et même du point de vue éthique, c'est un peu nouveau, mais les animaux sont des êtres sensibles, et l'abattage massif de troupeau fait malheureusement penser à une bien sombre histoire récente.

Du reste, ce n'est pas nouveau l'idée de vouloir abattre des animaux sains pour des raisons sanitaires sous prétexte de principe de précaution. C'était le cas aussi pour deux éléphantes retraitées dont la copine serait morte de tuberculose au Parc de la Tête d'or à Lyon. Le préfet (devenu plus tard ministre) voulait euthanasier les deux éléphantes susceptibles d'avoir été infectées par la tuberculose. Après un combat de plusieurs mois, c'est Stéphanie de Monaco qui, finalement, a obtenu leur grâce (préfectorale) et les a amenées chez elle pour terminer leur vie paisiblement. Les analyses avaient d'ailleurs montré qu'elles étaient finalement saines et ne présentaient aucune menace sanitaire.

 


Les éleveurs de vaches touchées par la DNC protestent contre cet abattage systématique et aveugle. Ils sont suivis un peu partout en France et en particulier dans le Sud-Ouest (mais aussi dans le Doubs, au Pas-de-Calais, etc.). Les agriculteurs ont des moyens de se faire entendre grâce à leurs tracteurs qui peuvent bloquer une autoroute. Mais en réaction, ils subissent une répression policière non négligeable.

Aujourd'hui, que peut-on recommander pour la DNC ? Bien sûr, en mesure préventive et systématique, la vaccination, et, lorsqu'une vache est infectée, l'isolement et les soins ou l'abattage mais uniquement des individus infectés. Cela coûtera beaucoup moins cher que l'abattage total du cheptel. Et surtout, cela maintiendra les éleveurs dans leur légalité : en effet, quel intérêt ont les éleveurs de déclarer leur vache malade s'ils savent que les gendarmes vont venir et superviser l'abattage total ? C'est comme cela que l'épidémie se propage, d'ailleurs, par des non-déclarations plus ou moins volontaires. En redonnant aux agriculteurs la confiance aux institutions, l'État protégera mieux les bovins des infections virales.

Ce qui se passe pour la dermatose nodulaire contagieuse chez les bovins est important, à savoir préférer la vaccination et l'isolement à l'abattage total, car cela peut faire évoluer la réglementation pour d'autres maladies.

L'infection la plus grave qui touche les agriculteurs, c'est la grippe aviaire, notamment pour les élevages de canards. Or, au contraire de la DNC, la grippe aviaire traverse les espèces et on déplore de nos jours déjà quelques dizaines de cas mortels chez les humains. Le risque est donc qu'une nouvelle pandémie de type covid se répète à partir d'une mutation du virus H5N1 de la grippe aviaire. Et sa mortalité, ce n'est pas 10%, mais 50% !

Autant dire que la signature imminente et en grandes pompes du traité du Mercosur n'est pas fait pour apaiser nos agriculteurs français qui savent très bien que les contrôles sur le respect des normes en Amérique latine ne seront pas aussi rigoureux qu'en Europe. Ils attendent donc une ministre qui les défendent et les protègent.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Changement de paradigme chez les bovins ?
Grippe aviaire : désastre sanitaire mondial en perspective ?
Quel bovin vous amène ?
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
Document à télécharger : Décision n°2025-891 DC du 7 août 2025 sur la loi Duplomb.
Loi Duplomb : les Sages interdisent la réintroduction des néonicotinoïdes dans l'agriculture.
Emmanuel Macron doit-il promulguer la loi Duplomb ?
Laurent Duplomb.
La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
Les 10 mesures de Gabriel Attal insuffisantes pour éteindre la crise agricole.
Émotion nationale pour Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
José Bové.

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251213-dermatose-nodulaire-contagieuse.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/changement-de-paradigme-chez-les-265264

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/15/article-sr-20251213-dermatose-nodulaire-contagieuse.html

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12 janvier 2025 7 12 /01 /janvier /2025 03:24

« La voix des angoras est douce et petite dans l'ordinaire de la vie, sans préjudice des temps amoureux où ils se changent en démons hurleurs. » (Colette).



 


Attention aux chats ! J'adore les chats et je sais "m'en servir", c'est-à-dire que je connais leurs réactions, je connais leur mode de vie, etc., et pourtant, parfois, les chats sont imprévisibles, il faut toujours faire attention à leur caractéristique encore sauvage, même s'ils se sont pleinement humanisés au fil des siècles et des millénaires.

Dans la rubrique des pas-chiens pas-écrasés, l'édition de Nancy de "L'Est républicain" a publié le mardi 31 décembre 2024 un article de Jean-Christophe Vincent qui fait le bilan des fêtes de Noël 2024 aux urgences. Eh oui ! La période des fêtes, comme la période des sports d'hiver dans les régions de montagne, est une période pendant laquelle les services des urgences des hôpitaux sont plus densément sollicités à cause des accidents domestiques provoqués par le contexte festif et (souvent) alcoolisé.

Le quotidien nancéien s'est penché sur l'activité du Centre chirurgical Émile-Gallé de la rue Hermite, une antenne du CHRU de Nancy, le soir du 24 décembre 2024 et le jour de Noël. Son service d'urgence SOS Mains a accueilli une quarantaine de patients la veille et une trentaine de patients le jour même de Noël.

Le chef du service de chirurgie de la main, le professeur François Dap, fort de ses quarante-cinq années d'expérience, en a vu de toutes les couleurs : « L’alcoolisation constitue un des grands dangers des fêtes de fin d’année. ». Ainsi, les accidents sont légions : chute avec un verre à la main qui se casse, ouverture d'huîtres avec couteau mal utilisé, découpage de la dinde aux marrons, voire bagarre. « Il arrive même que nous prenions en charge des patients qui se sont coupés après avoir donné un coup de poing dans une vitre. » a affirmé le médecin au journaliste de "L'Est républicain".

Pourtant, depuis quelque temps, ces accidents domestiques, ordinaires, ne constituent pas la première cause des passages à SOS Mains : « Un tiers des patients que nous avons pris en charge au service SOS Mains ont été blessés par des griffures ou des morsures de chat. C’est un phénomène qui s’accentue depuis quelques années, alors que les blessures causées par un couteau à huîtres ne cessent de diminuer, au point d’être devenues moins nombreuses que celles engendrées par un félin. ».

Il y a maintenant une bonne sensibilisation pour faire attention lorsqu'on ouvre des huîtres, avec le couteau à huîtres, les choses à ne pas faire pour éviter de se blesser, il y a même des vidéos pour expliquer comment faire. Les gens font donc plus attention aux huîtres, mais il manque sans doute une sensibilisation aux chats !

 


Pour le spécialiste de la main, qui n'est pas un vétérinaire, cette engorgement des urgences en raison des morsures de chats a en effet une raison simple : il y a de plus en plus de chats domestiques (plus de 10 millions en France), plus que de chiens depuis une bonne décennie, et donc, chez les hôtes qui accueillent les invités pour Noël, il y a de plus en plus la présence de chats. Or, dans un contexte de changement d'habitude, présence des invités, déplacement de tables, chaises, canapés, bruit inhabituel, comportement inapproprié des invités avec eux, les chats peuvent réagir avec beaucoup de stress : « Lorsqu’il y a beaucoup de bruit et de convives, les chats ne sont pas forcément dans les meilleures dispositions pour recevoir des caresses. Ce qui est sûr, c’est qu’une griffure ou une morsure de chat peut avoir de graves conséquences. Si on ne soigne pas tout de suite la plaie causée par ce type de blessure, ça peut s’infecter rapidement et atteindre un tendon. ».

Une morsure de chat ne doit pas être prise à la légère par la victime. Il y a bien sûr la plaie et les dégâts plus ou moins graves sur la chair voire plus (tendon, nerf, etc.), qui parfois nécessitent une opération chirurgicale, mais il y a aussi des risques de rage (selon la région et selon que l'animal est vacciné ou pas contre la rage, animal car cela concerne aussi bien le chien que le chat), les risques contre le tétanos (si la personne mordue n'est plus à jour de vaccination, il faut consulter un médecin avant quarante-huit heures), et enfin, il y a la possibilité d'une surinfection tant locale (abcès) que générale (fièvre, etc.).

Le conseil d'Ameli, l'Assurance Maladie, est simple et clair : « Les morsures doivent être soignées immédiatement pour éviter les risques d’infection. Si vous avez été mordu par un chat ou un chien, nettoyez la plaie et selon la gravité de la blessure, consultez un médecin ou appelez les urgences. ».

En effet, le risque infectieux est très important pour une morsure de chat (on s'en rend compte avec des gonflements, de la fièvre, un état général affaibli, etc. au bout de quelques heures) car il provient de la présence de différentes bactéries dans la salive du chat : le Pasturella, responsable de la pasteurellose qui se présente généralement sous forme d'œdème ; le streptocoque qui peut provoquer fièvre et douleurs musculaires ; le staphylocoque ; enfin, le Bartonella henselae à l'origine de la maladie des griffes du chat. Toutes ces bactéries peuvent être traitées par des antibiotiques prescrits par un médecin, mais il fait agir dans les douze à vingt-quatre heures. Le risque est encore plus grand bien sûr lorsque la victime est immunodéprimée ou a des pathologies particulières comme le diabète, etc.

Au réveillon du Nouvel an, les passages aux urgences des mains à Nancy ont donc été tout aussi à base de chats que d'alcool et de blessures par couteau, verre, etc., avec une cause supplémentaire, une main blessée par un pétard, heureusement, en nette diminution au fil des années.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
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Big Tim et ses défenses géantes : l’extinction des espèces sous nos yeux…
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La vie dans tous ses états.

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241231-chats-noel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/mefiez-vous-du-chat-qui-dort-a-258454

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/01/article-sr-20241231-chats-noel.html


 

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 03:34

« Un regard lui suffit pour l’identifier. (…) Elle aurait voulu se pincer tant le spectacle était irréel. Les deux paires de défenses offraient une impression de puissance très supérieure à celle des pachydermes d’aujourd’hui. (…) Parvenue devant lui, elle s’agenouilla. Elle avait besoin de le toucher pour s’assurer qu’il était bien réel. Lentement, elle tendit la main. L’image d’Armstrong foulant le sol lunaire lui traversa brièvement l’esprit. Ses doigts parcoururent l’espace qui la séparait du gomphotherium, une dizaine de centimètres qui équivalaient à dix millions d’années. Il demeura tranquille, comme indifférent à sa présence. Contrairement aux éléphants d’Afrique, il ne possédait pas de bosse sur le sommet du crâne. Elle effleura sa peau grise et rugueuse, appuya sa caresse. Au toucher, elle put sentir les pulsations émises par son cœur. Sa main glissa vers les défenses surnuméraires, s’arrêta avant de les atteindre. Ce geste aurait pu lui coûter cher. » (Xavier Müller, "Erectus", XO Éditions, 2018).


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Le gomphotherum est une sorte d’éléphant qui a vécu il y a une dizaine de millions d’années. Ils possédaient quatre défenses (deux supérieures pour trouer, deux inférieures pour pelleter) et des molaires raboteuses. Cet animal fut trouvé en 2018 dans une réserve en Afrique du Sud. Enfin, fut trouvé, façon de parler, pas son squelette mais un individu vivant. Enfin, pas dans la réalité, car c’est un roman. Dans cette intrigue scientifique excellemment bien menée par Xavier Müller (et déjà évoquée ici), on y trouve aussi le début d’une pandémie par un virus très spécial. Pour l’anecdote, un squelette d’un autre animal de la même famille que le gomphotherum, le platybelodon, est exposé dans un musée en Chine, précisément …à Wuhan, étonnant, n’est-ce pas ?

Aujourd’hui, les éléphants, qui sont du même ordre que les deux précédents animaux préhistoriques cités, à savoir des proboscidiens, sont nettement moins impressionnants comme grosses bestioles. Ainsi, au lieu de deux paires de défenses, ils n’en ont plus qu’une seule, et encore, leurs défenses sont de plus en plus petites au fil des siècles. Est-ce d’ailleurs une coïncidence ? Le commerce de l’ivoire, le trafic des défenses d’éléphant, a une incidence certaine sur "l’évolution" de cette espèce, faisant que seuls, les individus ayant des défenses petites pourraient survivre car seraient moins recherchés (et tués) par les trafiquants : ou comment l’humain intervient dans un processus de la Nature mis en valeur par Darwin

Pourtant, il existe encore quelques éléphants qui possèdent encore de longues défenses. L’un des derniers vient de mourir le mardi 4 février 2020 à l’âge de 50 ans dans le parc d’Amboseli, au sud de Nairobi (à trois heures de voiture), au Kenya, en face du Kilimandjaro, selon le communiqué du Service kenyan de la faune sauvage (KWS). Le parc d’Amboseli est un parc national de près de 400 kilomètres carré, souvent visité par les touristes pour un safari.

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L’éléphant s’appelait Big Tim (ou Tim) et était l’un des derniers éléphants ayant de longues défenses, généralement les plus pourchassés par les braconniers et autres trafiquants. Il est mort de manière naturelle (50 ans est un âge déjà avancé pour un éléphant des savanes mais son espérance de vie peut aller jusqu’à 70 ans) et sera empaillé et exposé au musée national de Nairobi. Ses défenses touchaient presque le sol lorsqu’il était debout. Chacune de ses défenses pesait 45 kilogrammes d’ivoire.

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Le vieux mâle était un rescapé de fermiers en colère et avait dû se faire soigner après avoir eu l’oreille transpercée le 16 juin 2016 par une lance d’adolescent. Déjà en 2014, il avait eu le ventre transpercé par le même genre de lance et la plaie s’était infectée, mais heureusement soignée rapidement par l’organisation non-gouvernementale David Sheldrick Wildlife Trust.

Sur Twitter, le photographe animalier britannique, connu pour son engagement dans la défense de l’environnement, David Yarrow a écrit le lendemain : « Je suis très triste d’apprendre ce matin que Tim, sans doute l’éléphant le plus célèbre du monde, est mort à l’âge de 50 ans. C’est une triste nouvelle, mais ce n’est pas une tragédie. Nous devrions célébrer aujourd’hui sa vie et les efforts de tous à Ambroseli. ».





Des éléphants comme Big Tim, avec de telles défenses géantes, il n’y en aurait plus que quelques dizaines en Afrique. Les éléphants d’Afrique sont vraiment une espèce en voie de disparition. C’est même une hécatombe. Chaque année, 30 000 éléphants d’Afrique sont massacrés par les braconniers. En dix ans, la population des éléphants d’Afrique a chuté de manière dramatique de 110 000 à 415 000 individus, selon les données de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Au-delà de la perte immense pour la biodiversité, l’extinction des éléphants pourrait avoir un impact très négatif sur l’atmosphère selon des scientifiques de l’Université de Saint-Louis aux États-Unis. En effet, le broutement des éléphants favorise les espèces à croissance lente, car les éléphants préfèrent se nourrir de plantes à croissance rapide. Les plantes à croissance lente ont un bois plus dense et donc, permettent de stocker plus de carbone que les plantes à croissance rapide. Cela impacterait ainsi directement sur le taux de CO2 dans l’atmosphère de la planète. Et selon les experts du GIEC, cela impacterait directement sur le climat.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 février 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Big Tim et ses défenses géantes : l’extinction des espèces sous nos yeux…
Rapport de l’ONU (IPBES) sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
Le cœlacanthe : un rival pour Darwin ?
"Erectus" de Xavier Müller.
"Demain les chats" de Bernard Werber.
Brigitte Bardot.
Népal : on abat au cas où.
Un panda diplomatique.
Les animaux ont-ils une âme ?
La sensibilité des animaux reconnue par le code civil.
Les chasseurs…
La vie dans tous ses états.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200205-big-tim-elephant.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/big-tim-et-ses-defenses-geantes-l-221371

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/02/09/38009935.html





 

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6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 03:40

« L’être humain est, au fond, un animal sauvage et effroyable. Nous le connaissons seulement dompté et apprivoisé par ce que nous appelons la civilisation. » (Schopenhauer, 1850).



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En déplacement à Lyon en 2006, après une réunion au campus universitaire de Villeurbanne, je m’étais un peu détendu en me promenant au Parc de la Tête d’Or, que j’avais connu il y avait déjà un bon paquet d’années pour y avoir fait quelques joggings. Je m’étais alors arrêté devant un enclos où vivaient trois éléphantes. J’apprécie peu le principe des zoos (enfermer des animaux pour le simple plaisir des touristes et visiteurs ne me paraît pas très "éthique"), même si je conçois que certains zoos s’occupent bien de leurs animaux, les protègent et même, protègent leur espèce lorsqu’elle est en voie de disparition.

Mais là, c’était vraiment différent. Ce parc, comme le Parc de la Pépinière de Nancy qui hébergeait ours et gorille il y a encore peu d’années, n’est pas un zoo et ce n’est pas sa vocation. Et en les observant bien, je me suis aperçu que ces éléphantes étaient vraiment très malheureuses. Chacune se tenait avec une patte avant sur un tabouret et tapotait ainsi de la patte, un peu comme, lorsqu’on s’ennuie, on tapote du doigt. C’était une évidence, il suffisait de les voir, pour savoir qu’elles n’étaient pas très bien traitées dans ce parc. Elles n’avaient pas beaucoup d’espace. Elles étaient là depuis 1998, à la retraite, plus capables de faire les tours de cirque.

Peut-être aurais-je dû réagir ? écrire une lettre au maire ? aux pouvoirs publics ? à des associations de protection des animaux ? Je me disais que ce parc étant tellement fréquenté que si une action pouvait se faire, elle aurait été déjà faite. Mais je me trompais peut-être. On ne peut pas s’engager sur tout. Et puis, l’humain vaut plus que l’animal. Enfin, je peux le croire.

Ce fut avec cette impression initiale désagréable que j’ai donc suivi de près, à partir de septembre 2010, la saga judiciaire de ces trois éléphantes et si leur situation était très différente d’autres situations humaines (comme celles de Vincent Lambert et Alfie Evans), il faut bien reconnaître qu’elle avait trait à une tentative euthanasique. Là encore, ce fut plutôt la justice administrative qui s’est prononcée (pour remettre en cause des arrêtés préfectoraux). Notons, entre parenthèses, que lorsqu’on emploie, à tort, le mot "végétatif" pour caractériser l’état de santé de certains humains, on les rabaisse en deçà du niveau animal.

La principale raison de cette volonté euthanasique ? Des tests sanguins avaient conclu (à tort, voir plus loin) que les éléphantes étaient porteuses de la tuberculose. Il faut bien préciser que ce n’est pas facile de détecter la tuberculose chez les éléphants. Non seulement il faut faire des prises de sang, mais il faut aussi prélever de la muqueuse issue des poumons, les faire tousser, etc. ce qui nécessite une grosse infrastructure, du temps et des frais importants (ce ne sont pas des chats !). La première mesure a été d’isoler les trois éléphantes du public, ce qui ne contribuait pas à augmenter la qualité de vie de ces êtres très sociaux.

Inutile de développer trop précisément les rebondissements judiciaires. La réalité était que le maire de Lyon et le préfet de Lyon, ce dernier en charge de la sécurité de la population de Rhône-Alpes, ont cherché par tous les moyens à euthanasier ces éléphantes dont personne ne voulait, et pas leur propriétaire, un cirque. Par égard pour l’actuel Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur, je tairai d’ailleurs le nom de ces responsables…

La raison invoquée était sanitaire et dans une époque où l’on tue par millions des canards ou des poules en cas de soupçon de grippe aviaire, ou des troupeaux entiers lorsqu’une malheureuse vache folle est détectée, que valaient trois malheureuses vieilles éléphantes ? Je ne remets pas en cause d’ailleurs les protocoles de sécurité et de protection de la population, ces abattages massifs sont probablement nécessaires pour être sûr d’éradiquer une épidémie.

Pas trois, mais deux en fait. Deux éléphantes. Car en août 2012, Java, une des trois éléphantes, la plus vieille en captivité en Europe, est morte à 67 ans. De là à imaginer qu’elle était morte de tuberculose, il n’y avait qu’un pas. L’espérance de vie d’un éléphant est d’environ 50-60 ans. Une mort qui a mis administrativement en danger les deux autres, Népal et Baby, qui avaient, en 2012, autour de 44 ans et 45 ans.

Pour résumer très grossièrement, le propriétaire n’avait pas les moyens financiers de vérifier si les deux éléphantes restantes étaient réellement porteuses de tuberculose ou pas, les autorités publiques n’avaient pas la volonté de le financer elles-mêmes et trouvaient bien plus facile et rapide de supprimer ces deux éléphantes. Certaines mauvaises langues supputaient d’ailleurs à l’époque que le maire avait d’autres projets pour utiliser la place occupée par l’enclos des éléphantes. Les éliminer rendait donc ses projets plus faciles à mettre en œuvre.

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Heureusement, parfois, l’indifférence peut être vaincue, mais uniquement par des "stars" ! Car qui voulait se préoccuper de ces éléphantes ? Il ne s’agissait pas seulement de les sauver de l’euthanasie, il fallait aussi proposer une solution pour les faire quitter le Parc de la Tête d’Or. Tout le monde ne peut pas accueillir deux éléphantes chez soi. Sensibilisée par cette affaire, Brigitte Bardot a fait un peu de battage médiatique assez efficace pour que l’affaire atteignît les médias et le grand public, prêt à s’enflammer sur le devenir de ces pauvres animaux. Elle avait d’ailleurs proclamé qu’elle s’exilerait en Russie si on mettait à exécution le projet de les abattre.

Finalement, l’histoire a fini bien. On n’a pas voulu confier les éléphantes à Brigitte Bardot, qui avait proposé de les prendre en charge, mais on les a confiées à une autre "star", la princesse Stéphanie de Monaco, intéressée par le "challenge". Le 12 juillet 2013, Népal et Baby firent donc leur entrée dans la magnifique propriété de cinquante hectares de la princesse, à Roc Agel, sur le domaine de Fontbonne, dans la commune de Peille, en Alpes-Maritimes, qui surplombe la Principauté de Monaco.

Depuis quatre ans et demi, Stéphanie de Monaco s’occupait ainsi de ces deux éléphantes, grâce à son Association Baby et Népal qu’elle préside, qui lui permet, grâce à l’aide du public, de financer les nombreux frais d’entretien des éléphantes. Pour la princesse, ce fut véritablement une nouvelle vie et cela lui plaît, visiblement. Ce n’est pas évident de s’improviser maître d’éléphant et elle a dû apprendre auprès de spécialistes. Les deux éléphantes ont vécu dans de grands espaces, heureuses et épanouies, ce qui fait penser à cette formule savoureuse de l’ami André Gide : « Chaque animal n’est qu’un paquet de joie. » (1935). Je n’ai pas pu les voir heureuses, mais en 2006, je peux assurer qu’elles étaient malheureuses et tristes.

Les deux éléphantes ont subi deux séries de tests sérologiques selon les protocoles établis par les autorités sanitaires françaises, en juillet 2013 et en octobre 2013, et tous ces tests ont montré qu’elles n’étaient pas porteuses de tuberculose et qu’elles étaient en bonne santé. Ces tests ont été certes assez coûteux mais ont montré que les pouvoirs publics devaient un peu mieux instruire leur dossier avant de mettre à mort un animal.

Je n’oserais évidemment pas remettre en cause la bonne foi du maire ou du préfet. Il y avait effectivement un risque de tuberculose et pour les animaux, le bénéfice du doute se transforme rapidement en principe de précaution : on-abat-au-cas-où.

Que ce serait-il passé si les tests sérologiques de 2013 avaient été positifs ? Il aurait fallu soit les abattre quand même, soit s’assurer qu’elles eussent été parfaitement isolées selon sans doute des conditions très lourdes.

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Pourquoi est-ce que j’en parle maintenant ? Parce que l’une des deux éléphantes, Népal, vient de mourir ce lundi 30 avril 2018, à un âge autour de 50 ans. Elle est morte de sa belle mort, heureuse des grands espaces depuis l’été 2013. Pour Baby, ce sera difficile de rester seule. Il y a des malheurs plus grands dans le monde et finalement, même si c’est une mort, c’est sur une note positive que je veux terminer ici, car ce n’était pas une mort provoquée, voulue par des autorités administratives insensibles qui se moquaient bien des animaux. Juste une mort de sa belle mort.

L’enseignement à en tirer, c’est qu’il devient de plus en plus difficile de considérer les animaux comme de simples biens de consommation ou choses. Ce sont des êtres, une loi a même inclus dans le code civil le fait que ce sont des êtres sensibles. Cela n’empêchera pas des les tuer plus ou moins proprement dans les abattoirs, ou dans les champs (quand il s’agit de lutter contre des insectes). C’est vrai qu’on aurait plus de compassion pour un éléphant que pour un insecte. Un éléphant est "gentil" (même si cet animal peut tuer parfois), immense (on ne peut pas ne pas le voir), et avec une espérance de vie de même ordre de grandeur que l’humain.

Hegel a écrit : « Ce qui élève l’homme par rapport à l’animal, ce n’est que la conscience qu’il a d’être un animal. » (1835). Cette lente évolution de la conscience humaine de la sensibilité des animaux est une bonne chose, même si elle n’aboutira jamais à grand-chose en raison de cette impossible équation : l’homme, qui aime se faire accompagner par des animaux domestiques qu’il chérit, est carnivore et restera toujours un prédateur des autres animaux, et c’est à la fois culturel …et naturel !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 avril 2018)
http://www.rakotoarison.eu


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