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13 janvier 2026 2 13 /01 /janvier /2026 03:28

« Le 15 janvier 1986 au matin, la nouvelle tombe : la veille, le chanteur Daniel Balavoine est mort dans un accident d’hélicoptère, au Mali, près de Tombouctou, pendant le Paris-Dakar, auquel il ne participait pas, mais y était pour des raisons humanitaires. Il allait avoir 34 ans. » (LCP le 17 décembre 2025).




 


Quelques phrases de La Chaîne parlementaire (LCP) suffisent pour présenter le documentaire de Pierre Fauque et Anne Amado (réalisé en 2006 et produit par Sunset Production), qui est rediffusé le mercredi 14 janvier 2026 à 20h40, le dimanche 18 janvier 2026 à 18h45 et le mercredi 21 janvier 2026 à 00h40 sur LCP (et visible à la fin de l'article). Il rappelle en effet que le chanteur français Daniel Balavoine est mort d'un accident d'hélicoptère au Mali il y a quarante ans, le 14 janvier 1986. Avec lui ont été tués quatre compagnons d'infortune, Thierry Sabine, le créateur du rallye Paris-Dakar, François-Xavier Bagnoud, le pilote de l'appareil, Nathalie Odent, une journaliste, et Jean-Paul Le Fur, un technicien radio.

Le célèbre chanteur allait avoir 34 ans (né le 5 février 1952) et a péri comme, beaucoup plus tard, le 9 mars 2015, Florence Arthaud, Camille Muffat et huit autres compagnons d'infortune. Une page s'était tournée dans sa carrière et il voulait tenter l'aventure d'un groupe rock à Londres (il avait envisagé de travailler avec Peter Gabriel). Il aurait pu devenir une sorte de Johnny Hallyday (qui aurait aujourd'hui 73 ans, presque 74). L'année 1986 n'était pas gaie pour les joyeux, car après lui allaient disparaître à la fin du printemps Coluche qui avait repris son idée des Restos du Cœur (l'idée d'utiliser les invendus alimentaires pour les donner à ceux qui crèvent de faim au lieu de les jeter), dont Balavoine était le premier parrain, et au milieu de l'automne Thierry Le Luron (au même âge).
 


Daniel Balavoine en était à son troisième Paris-Dakar, mais il ne s'occupait pas de vouloir gagner le rallye, au contraire. Il voulait profiter de l'infrastructure du rallye pour venir en aide aux populations africaines visitées (j'allais écrire dérangées par cette course), en particulier en installant des pompes à eau. Daniel Balavoine avait créé avec Michel Berger et France Gall une association humanitaire pour faire quelque chose contre la famine en Afrique (en particulier en Éthiopie). Il n'aurait jamais dû prendre cet hélicoptère destiné ce jour-là aux journalistes de télévision Patrick Chêne, Yann Arthus-Bertrand et Patrick Poivre d'Arvor.
 


Le cœur sur la main (ou plutôt, l'inverse), Daniel Balavoine était un auteur-compositeur-interprète « très inspiré par le rock progressif d'Outre-Manche (Genesis, Supertramp ou Queen) » selon Wikipédia qui fait référence à un livre biographique de Didier Varrod sorti en 2006 chez Fayard. Ce qui le caractérisait était d'abord sa voix exceptionnelle, et aussi ses textes très engagés. Ses passages de jeune révolté à la télévision ont marqué l'histoire de l'audiovisuel à tel point que son dialogue, dans le journal d'Antenne 2 de 12h45 le 19 mars 1980, avec François Mitterrand, simple candidat et premier secrétaire du PS (il n'était pas encore élu Président de la République) est régulièrement diffusé dans les médias. La tirade de Daniel Balavoine était finalement assez longue et à l'époque, on respectait son interlocuteur, les six autres présents sur le plateau sont restés silencieux jusqu'à la fin, sans l'interrompre, un silence courtois et poli (c'était donc de la grande télé).
 


Ce cri du cœur face à un vieil éléphant censé incarner le progressisme et qui a montré par la suite qu'il n'était qu'un immobile conservateur : « Non, je n’aurai pas le temps, je le sais d’ailleurs que je n’aurai pas le temps. J’ai juste le temps de me mettre en colère. C’est le système de l’information française qui fait comme ça. J’aurai le temps une minute de m’énerver. (…) Je voudrais vous dire une chose importante. Vous avez parlé pendant dix minutes au moins de l’affaire Georges Marchais dont tout le monde se fout strictement. Je vous signale que la jeunesse française se fout strictement de ce que monsieur Marchais a fait pendant la guerre, ça lui est complètement égal. Ça intéresserait plus la jeunesse de savoir ce qu’il se passe et comment le parti communiste encaisse de l’argent, pour le dépenser après, notamment à la mairie de Bagnolet. Ça l’intéresserait mieux de savoir comment Gaston Defferre dirige sa mairie socialiste qui n’est pas un modèle de société à Marseille. (…) Il n’y a jamais eu un jeune ministre de la jeunesse en France, il n’y en a jamais eu, c’est tous des vieux ! (…) C’est ça que je voudrais qu’on m’explique, parce que moi, je ne le sais pas. Ce n’est pas l’information qui me le dit. Je voudrais savoir pourquoi monsieur Boulin a été suicidé ou s’est suicidé. On ne le saura jamais. Pourquoi monsieur Fontanet a été assassiné ? Pourquoi l’affaire De Broglie n’a jamais été éclairée ? Pourquoi le juge Renault, on ne sait ni pourquoi ni comment, il a été assassiné ? (…) La seule chose que je peux vous dire, monsieur Mitterrand, j’en profite de vous avoir, car je suis fier d’être là, je peux vous le dire. On ne s’en aperçoit peut-être pas mais vous ne pouvez pas imaginer ce que c’est pour un jeune d’avoir la possibilité de parler une minute. C’est pour cela que j’avais peur de ne pas pouvoir parler. Parce que ça n’arrive jamais. Il faut bien se mettre ça dans la tête, ça n’arrive jamais. (…) Ce que je peux vous donner, c’est que généralement, c’est un avertissement. J’ai peut-être du culot de faire ça. Je suis obligé de faire comme ça parce que je dois faire vite. Ce que je peux vous dire, c’est que la jeunesse se désespère, elle est profondément désespérée car elle n’a plus d’appui, elle ne croit plus en la politique française et moi, je pense qu’elle a en règle générale, en résumant un peu, bien raison. Ce que je peux vous dire, c’est que le désespoir est mobilisateur, et que lorsqu’il devient mobilisateur, il est dangereux et que ça entraîne le terrorisme, la bande à Baader et des choses comme ça. Et ça, il faut que les grandes personnes qui dirigent le monde soient prévenues que les jeunes vont finir par virer du mauvais côté parce qu’ils n’auront plus d’autres solutions. ».





Et effectivement, Daniel Balavoine représente encore aujourd'hui cette nouvelle forme d'engagement des jeunes à partir des années 1980, un engagement qui s'est très éloigné de la politique et de ses excès de manœuvres au profit de l'humanitaire, pour s'investir dans des actions concrètes pour aider ceux qui en ont besoin (ce fut toute la campagne internationale contre la famine en Éthiopie et, à l'échelle nationale, les Restos du Cœur, entre autres). C'est la demi-génération d'après-mai 1968 (il n'était pas soixante-huitard, il n'était qu'adolescent en mai 1968).

Pour lui rendre hommage, je propose mon Top 12 de ses tubes.



1. "Vivre ou survivre" (1982)






2. "Tous les cris, les S.O.S." (1982)






3. "Soulève-moi" (1982)






4. "Pour la femme veuve qui s'éveille" (1983)






5. "Les aventures de Simon et Gunther Stein" (1977)






6. "Lady Marlène" (1977)






7. "Lucie" (1978)






8. "Le Chanteur" (1978)






9. "Je ne suis pas un héros" (1980)






10. "Mon fils, ma bataille" (1980)






11. "Quand on arrive en ville" (1978)






12. "L'Aziza" (1985)






13. "Les derniers jours de Daniel Balavoine" (documentaire de 2006)






Né à Alençon mais d'origine basque, Daniel Balavoine a été enterré le 20 janvier 1986 à Biarritz. Sa dernière chanson restera à l'esprit comme une forme d'opposition passive contre un parti politique qui, dans les sondages (et dans les dernières élections), représente désormais plus du tiers de l'électorat.
 


« Ta couleur et tes mots tout me va
Que tu vives ici ou là-bas
Danse avec moi

Si tu crois que ta vie est là
Ce n’est pas un problème pour moi. »


 

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Daniel Balavoine.
Le rocker.
Le révolté.
Les Restos du Cœur.
Joan Baez.
Brigitte Bardot.
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Hugues Aufray.
Sheila.
Nicole Croisille.
Mike Brant.
Olena Kohut.
Joséphine Baker.
Gérard Depardieu.
Florence Arthaud.
Herbert Léonard.
Jeanne Calment.
Pierre Bachelet.
Gérard Lenorman.
Pierre Dac.
Marianne Faithfull.
Marcel Zanini.
Patricia Kaas.
Kim Wilde.
 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260114-balavoine.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/balavoine-l-icone-des-annees-80-265481

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/12/article-sr-20260114-balavoine.html


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7 janvier 2026 3 07 /01 /janvier /2026 03:38

« La France est comme ma seconde patrie… J'avais 10 ans quand mon père, physicien du nucléaire pour l'UNESCO, a été muté à Paris. Nous y avons vécu un an. Mes parents m'envoyaient acheter des baguettes et des croissants pour le petit-déjeuner. Mon père me photographiait en train de donner à manger aux pigeons dans un parc. J'adorais me balader au Louvre, j'étais fascinée par la Victoire de Samothrace, cette déesse ailée sans tête. Nous avions acheté une reproduction, elle est toujours sur ma cheminée. » (Joan Baez, le 26 mai 2018 dans le "Journal du dimanche").




 


La chanteuse américaine Joan Baez fête son 85e anniversaire ce vendredi 9 janvier 2026. Connue dès 1959-1960 pour ses premières chansons folk, elle est une amoureuse de la France, et n'était parfois pas très fière de son pays, notamment lorsque les États-Unis sont dirigés par des Présidents comme Donald Trump (mais pas seulement). Elle est ce qu'on appelle une artiste engagée, s'est engagée notamment dans la Marche des droits civiques menée le 28 août 1963 par Martin Luther King dont elle était l'amie, contre la guerre du Vietnam, contre les injustices, les discriminations, etc. (comme de nombreux artistes qui lui sont contemporains).

Ma première "rencontre" (pas physique) avec Joan Baez, c'était quand j'étais gosse en colonie de vacances où nous chantions sa fameuse chanson "Here's to You" issue de son album "Ballad of Sacco and Vanzetti" (mais j'ai un doute dans mes souvenirs, car je n'étais pas, à l'époque, anglophone ; peut-être y avait-il une version française ?).

L'œuvre fait partie de la bande originale du film franco-italien "Sacco et Vanzetti" de Giuliano Montaldo (sorti le 16 mars 1971), retraçant un scandale aux États-Unis dont la justice a condamné et exécuté deux anarchistes immigrés italiens dans des conditions très controversées (ni leur culpabilité ni leur innocence n'ont été reconnues à ce jour).

Cette chanson très émouvante a été écrite et interprétée par Joan Baez et composée par le célèbre musicien Ennio Morricone qui a dû faire le chemin dans sa Citroën pour rencontrer Joan Baez à Saint-Tropez, il l'a trouvée au bord de sa piscine. La chanteuse a ensuite fait le voyage à Rome pour l'enregistrer en studio le 15 août 1970 (bien que jour férié en Italie comme en France).

Les paroles reprennent les propos de Bartolomeo Vanzetti à son juge : « Si cette chose n'était pas arrivée, j'aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J'aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n'aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d'un bon cordonnier et d'un pauvre vendeur de poissons, c'est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe. » (cité par Wikipédia).

Amoureuse de la France et aussi amoureuse de sa capitale, Paris. Ainsi, Joan Baez a donné un récital place de la Concorde le 15 juillet 1983, et aussi sur le parvis de Notre-Dame de Paris le 25 décembre 1980 (« avec en final "Blowin' in the Wind" repris par les orgues et les cloches de la cathédrale »), ce qui l'a amenée à déclarer sur France Culture sa foi : « Notre-Dame est un symbole de beauté et aussi le symbole d'un homme qui donne sa vie au service des autres. ». Elle avait rêvé pendant quatre ans de chanter dans ce lieu magique. Elle a expliqué d'ailleurs qu'elle ne voulait pas chanter seulement des chansons de protestation mais aussi des chansons de beauté et d'amour, en particulier des chants de Noël.


Elle aimait autant chanter en Europe qu'aux États-Unis, et s'arrêtait plus particulièrement en France. J'ai mis à l'imparfait, alors qu'elle est toujours vivante, mais de juin 2018 à février 2019 (à Paris, Arles, Strasbourg), elle a fait sa dernière tournée internationale, une tournée d'adieu (à 77 ans) sans exclure quelques concerts ponctuels, parce que sa voix évolue trop mal avec l'âge. À l'époque, elle enviait Charles Aznavour qui faisait encore des concerts à l'âge de 94 ans : « Je n'ai plus l'âge pour les longues tournées internationales. À 30 ans, j'avais demandé à mon coach vocal : "À quel moment je saurai que je dois arrêter ?". Il m'avait répondu : "Votre voix vous le dira". Je n'arrive plus à monter aussi haut dans les aigus, je suis passée de soprano à ténor. J'ai dû me réinventer. », a-t-elle affirmé à Éric Mandel le 26 mai 2018 dans une interview très intéressante dans le "Journal du dimanche".
 


Dans cette interview où elle rappelait qu'elle a repris (en français) beaucoup de chansons françaises (Boris Vian, Georges Brassens, Renaud, Yves Duteil, Maxime Le Forestier, etc.), elle a raconté ses relations avec François Mitterrand et son épouse : « Il parlait français comme un grand intellectuel, j'avais du mal à le comprendre. Moi, je parlais surtout de non-violence, sans doute avec beaucoup de naïveté. Je me souviens d'une visite à l'Élysée, à l'époque où il traversait une période politique difficile. J'étais dans la salle d'attente remplie de visiteurs et il m'a fait passer devant tout le monde. Dans son bureau, nous avons un peu discuté et j'ai chanté a cappella "Swing Low Sweet Chariot", un vieux spiritual. Il a semblé touché. J'ai aussi été proche de sa femme, Danielle. Elle est venue dans ma maison près de San Francisco en 1984. On a préparé des hamburgers, et à la fin du repas elle ne voulait plus partir. Elle devait rejoindre le Président pour une visite chez Apple. Elle a annulé pour rester au bord de la piscine ! ».

C'est le neveu, Frédéric Mitterrand, alors Ministre de la Culture, qui lui a remis les insignes de chevalière de la Légion d'honneur le 11 octobre 2011 à Paris : « Ce soir-là, au Grand Rex, j'étais avec mon ami Régis Debray, qui m'a dit : "Quelle connerie ! Moi, je l'ai toujours refusée…". Je n'ai aucune passion pour les médailles, mais celle-ci est vraiment très belle. Je l'ai surtout acceptée par respect et politesse pour la France. ».

Frédéric Mitterrand s'était exprimé « en ex-fan des sixties » et avait salué « l'icône et l'artiste » ainsi que le « symbole de la femme libre (…) infatigable militante, pacifiste exemplaire, donnant la priorité à la justice et au progrès, à la lutte contre toutes les discriminations ». Le ministre l'avait remerciée d'être restée « une idole dans le cœur de tous pour ne s'être jamais cantonnée au rôle de baby doll » et avait ajouté : « Joan Baez demeure l'indétrônable reine du folk, du protest song, celle que l'on surnommait la Vierge Marie des pauvres gens, la Joan of Arc. ».


Et que pensait-elle du Président Emmanuel Macron en mai 2018 ? Un avis contrasté sur Donald Trump : « Sur ce que je vois, Emmanuel Macron a deux facettes. Il a pu nous exaspérer par sa gentillesse surjouée envers Trump lors de sa visite. Mais il m'a agréablement surprise par ses déclarations plus franches sur la politique désastreuse de notre Président. ». Et ce n'était pas en 2026 !

Joan Baez ne sera jamais à la retraite, elle a encore trop à faire, comme elle l'a précisé : « Je pourrais continuer à chanter, peindre, méditer davantage, finir mes Mémoires, explorer la communication avec les animaux, un sujet qui me passionne. Je vais travailler sur un documentaire sur moi. J'ouvre mes archives. Le temps est venu d'évoquer mes zones d'ombre, car il y a aussi beaucoup de noirceur dans ma vie. Je me sens désormais prête pour le faire en toute liberté. ». Ce documentaire est intitulé "Joan Baez : À voix haute", réalisé par Miri Navasky, Karen O'Connor et Maeve O'Boyle, est sorti le 6 octobre 2023 aux États-Unis après une première mondiale le 17 février 2023 au 73e Festival international du film de Berlin et a reçu un grand succès. Bon anniversaire !


Qu'importe qu'elle ne fasse plus de concert ! Ses enregistrements rappellent la jeune femme rebelle adepte du pacifisme et de la non-violence. Voici quelques morceaux choisis (la date correspond parfois à la version de Joan Baez, parfois à celle de la première sortie, donc pas forcément celle reprise par Joan Baez).



1. "Here's You" de "The Ballad of Sacco and Vanzetti" (1971)















2. "House Of The Rising Sun" (1960)






3. "500 Miles" (1962)






4. "Blowin' In The Wind" (1963)






5. "The Green Green Grass Of Home" (1965)






6. "Suzanne" (1966)






7. "Forever Young" (1974)






8. "Swing Low Sweet Chariot" (1976)






9. "Le Déserteur" (1954)






10. Concert à Notre-Dame de Paris le 25 décembre 1980






11. Concert à la Concorde à Paris le 15 juillet 1983






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 janvier 2026)
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Pour aller plus loin :
Joan Baez.
Brigitte Bardot.
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Hugues Aufray.
Sheila.
Nicole Croisille.
Mike Brant.
Olena Kohut.
Joséphine Baker.
Gérard Depardieu.
Florence Arthaud.
Herbert Léonard.
Jeanne Calment.
Pierre Bachelet.
Gérard Lenorman.
Pierre Dac.
Marianne Faithfull.
Marcel Zanini.
Patricia Kaas.
Kim Wilde.


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260109-joan-baez.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/joan-baez-la-francophile-264984

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/08/article-sr-20260109-joan-baez.html


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28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 12:34

« Ma Fondation est le but essentiel de ma vie. J'ai tout donné pour la construire. (…) Depuis, je vis chez mes animaux. » (Brigitte Bardot, 28 septembre 2014).


 


Est-ce une coïncidence ? La très grande actrice française Brigitte Bardot vient de mourir ce dimanche 28 décembre 2025, le lendemain du centenaire de son mari, du moins, au cinéma, dans un film de Godard, Michel Piccoli. Elle avait exactement 91 ans et 3 mois. Après Alain Delon le 18 août 2024, ce sont deux énormes stars du cinéma français qui disparaissent en quelques mois. Mais avec une différence : BB, comme on l'appelait familièrement, ceux, en tout cas, qui se sont mis à rêver d'elle dans leur jeunesse (les moins de 65 ne peuvent pas comprendre !), a arrêté toute activité cinématographique il y a plus de cinquante ans pour se consacrer à son combat pour la protection des animaux dans le monde. Un peu misanthrope sur les bords, elle préférait les animaux qui ne sont ni méchants ni manipulateurs, et toujours des victimes.

Mais elle rejetait le procès en misanthropie. Elle affirmait avec raison que si on n'aimait pas les animaux, alors on n'aimerait pas les humains. Elle a mis sa notoriété, sa richesse et son temps, son énergie, au service de la cause animale et tous les défenseurs des animaux peuvent ainsi la remercier.

L'ancienne actrice avait déjà pensé à son après-elle. Sa fortune devrait être léguée à sa fondation pour la protection des animaux, et elle ne voulait surtout pas être enterrée auprès de ses parents et grands-parents, dans le cimetière de Saint-Tropez, pour éviter de les déranger avec les nombreuses visites que ses anciens fans risquent de rendre. Elle voudrait être inhumée dans sa propriété mais, pour cela, elle avait besoin de l'autorisation de l'État.

Même si elle a arrêté de tourner (en 1973, bien avant ses 40 ans)), Brigitte Bardot assumait très bien son grand âge. Il y a plus de vingt ans, elle disait déjà : « Il faut accepter le temps qui passe. Et je me dis que je l’ai bien employé, ce temps, de façon positive, pour un combat qui en vaut la peine. C’est du temps qui a servi à quelque chose. » (24 septembre 2004).

Elle a marqué son temps de deux manières.

D'abord, comme une star, actrice et chanteuse, elle était un peu la Marilyn Monroe des Français. De nombreux Français ont chaviré au rythme de sa beauté et de sa personnalité. Je n'en étais pas parce que je suis trop jeune, et sans doute j'aurais dédaigné tant la star system que le canon de beauté qu'elle était supposée être. Il faut toutefois reconnaître qu'elle avait un charme fou, une personnalité très forte, une présence sur un plateau sans doute très peu égalée.





Quand on a voulu me la présenter (pas personnellement !), on me disait que c'était la première actrice qui a osé poser nue. Je ne sais pas si c'est vrai, je sais que, dans tous les cas, elle n'aura pas été la dernière, et dans la plupart des films des années 1970 voire 1980, il y avait toujours une scène de nudité pas forcément utile au scénario mais c'est comme les courses de voiture, ça attire le chaland. On peut bien sûr se rappeler cette chanson "Nue au soleil" en 1970, interprétée sur fond de plage et de paradis ensoleillé.





Cependant, Brigitte Bardot a toujours refusé d'être cette icône de la femme libérée et elle n'avait pas beaucoup d'intérêt pour le mouvement féministe de l'époque. Elle s'en tenait surtout à sa liberté et à son indépendance, ce qui excluait de s'engager dans un tel mouvement. D'ailleurs, si on l'écoutait en 2003, on comprendrait qu'elle n'était pas pour la libération totale des mœurs ni pour la confusion des genres. Ce qui est intéressant, c'est de l'entendre avoir le même type de réflexion avec trente années de différence.





Ensuite, Brigitte Bardot, c'était le combat pour la protection animale, qui a commencé avec les bébés phoques : « J’ai dû apprendre ce nouveau sacerdoce pour lequel mon amour et mon cœur ne suffisaient pas. Tous ceux qui s’engagent vraiment dans la protection animale savent à quel point il est difficile d’acquérir l’expérience nécessaire dans ce domaine si vaste dans lequel je me suis retrouvée seule, au début totalement perdue, méprisée, ridiculisée. Brusquement confrontée à un univers infini de douleurs muettes. » (2014).

Elle réfutait les attaques contre les religions, mais elle ne concevait pas que, sous prétexte de religion, c'est-à-dire de l'islam en particulier, on puisse faire souffrir des animaux. Elle avait proposé son aide pour sauver les deux éléphantes du Parc de la Tête d'Or à Lyon, et elle a milité contre la vivisection, la chasse à courre, l'abattage rituel, l'hippophagie, etc.
 


Parmi ses références dans ce combat si particulier et si singulier, il y avait bien sûr Marguerite Yourcenar qui l'avait "initiée", et le dalaï-lama, mais aussi Théodore Monod, Allan Bougrain-Dubourg, Diane Fossey.... et saint François d'Assise, connu pour "ses" oiseaux.

En 2004, Brigitte Bardot se confiait sur la mort à Caroline Berger : « Ça me terrifie ! Je me bats contre la mort, vous ne pouvez pas savoir… Elle me tétanise ! ». Et elle insistait surtout : s'il ne fallait garder qu'une seule BB, c'était celle des bébés phoques, pas celle de l'ingénue aux mains délicates.

Je propose quelques vidéos trouvées sur Internet pour retracer les deux facettes de cette grande dame qui, malgré toutes les controverses, était très respectable. Beaucoup de Français (et Françaises) sont aujourd'hui endeuillés. RIP.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Et Dieu créa les animaux...
Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
Le mari de Brigitte Bardot.
Brigitte Bardot.
Monstre sacré du cinéma français.
Michel Piccoli.
Rob Reiner.
Jean-Pierre Bisson.
Woody Allen.
Michel Bouquet.
Hommage du Président Emmanuel Macron à Michel Bouquet le 27 avril 2022 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Le roi ne se meurt pas.
La vitalite du roi Bouquet.
Bouquet final.
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Lauren Bacall.
Micheline Presle.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Marlène Jobert.
Alfred Hitchcock.
Charlie Chaplin.
















https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251228-brigitte-bardot.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/brigitte-bardot-la-disparition-d-265584

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/28/article-sr-20251228-brigitte-bardot.html

 



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26 décembre 2025 5 26 /12 /décembre /2025 03:19

« Vous m'effrayez ! "Michel Piccoli a tourné dans plus de 200 films? Comment voulez-vous que que je m'y retrouve ?! Ce n'est pas le nombre de films qui m'effraie, mais de penser que je suis aujourd'hui loin de pouvoir me souvenir du quart d'entre eux. Alors que j'ai toujours essayé de participer le mieux possible aux films que j'entreprenais, je les oubliais une fois qu'ils existaient. Je n'en nourrissais pas ma mémoire. C'était presque une volonté de ma part de ne pas regarder en arrière. (…) Je ne sais plus très bien être utile, être passionné. Certains des films dans lesquels j'ai joué vont rester, mais je ne reste plus. J'aimerais ne pas mourir ! » (Michel Piccoli, 2015, éd. Grasset).






 


L'acteur français Michel Piccoli est né il y a 100 ans, le 27 décembre 1925. Un centenaire qui ne me paraît pas célébré à sa juste mesure, entre Noël et le Nouvel an, alors que l'homme, monstre sacré du cinéma français, mériterait d'être honoré. Son souvenir est alimenté par les très nombreux films et téléfilms qu'il a tournés en soixante-douze ans de carrière, entre ses 17 ans et ses 89 ans (225 films et 48 téléfilms et documentaires télévisés !), sans oublier 5 films qu'il a réalisés, 4 films qu'il a doublés, et son implication dans le théâtre, son premier métier, 55 pièces à son actif, plus 1 pièce mise en scène, 7 disques de lecture et 2 lectures à la radio.

Mais comment a-t-il eu le temps d'intervenir dans autant de créations audiovisuelles ? Certes, il s'est éteint très âgé, le 12 mai 2020 à son domicile, des suites d'un AVC, en pleine crise du covid, à quelques mois de ses 95 ans. Cela faisait quand même une moyenne de 5 œuvres (films ou pièces théâtre, etc.) par an pendant toute sa carrière, un rythme impressionnant où la quantité n'est (heureusement) pas incompatible avec la qualité.

À la nouvelle de sa disparition, de nombreux amis lui avaient rendu hommage sur sa manière de jouer. On peut prendre par exemple celui du réalisateur Yves Jeuland : « C’est un acteur qui n’avait pas d’agent. (…) Plus de soixante-dix ans de théâtre, télévision, cinéma, sa carrière est gigantesque. Pour autant, c’est un acteur qui n’était jamais là où on l’attendait. Il était pudique d’une certaine façon. Et pourtant, il avait aussi ce côté exubérant. ». Jane Birkin : « Une des personnes les plus formidables dans tous les sens, comme être humain et comme acteur. C’est quelqu’un qui était tellement présent. Travailler avec lui était génial. Il était fantasque dans sa performance, et en même temps, très modeste dans ses rapports avec les autres. En revanche, très exigeant de lui-même. ».

C'était cette particularité qui en a fait un immense acteur : non seulement il a tourné dans de nombreux films (il n'était pas le seul), mais dans des rôles parfois très différents, voire étonnants, originaux, qui sortent des sentiers battus. C'est cette diversité des rôles qui l'ont rendu intéressant.

Et pourtant, il n'a pas été beaucoup récompensé. Enfin, si, il a reçu de prestigieuses récompenses, comme le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes en 1980, au Festival international du film fantastique d'Avoriaz en 1973, au Festival international du film de Locarno en 2007 (un Léopard). Il a eu aussi l'Ours d'argent du meilleur acteur à la Berlinale de 1982, le David di Donatello du meilleur acteur en 2012, un Sept d'or du meilleur comédien en 1984, etc. Mais il n'a reçu aucun César, pas même un César d'honneur pour l'ensemble de son œuvre (il a été nommé quatre fois), ni aucun Molière (nommé deux fois).

C'est donc l'occasion de proposer (très modestement) un choix des meilleurs films où a tourné Michel Piccoli, un choix nécessairement arbitraire et subjectif, que je sélectionne ici, qui pourrait être bien sûr différent, d'autant plus que je n'ai pas regardé tous ses films (les deux premiers, je les avais déjà proposés ici).

1. "Sept Morts sur ordonnance" de Jacques Rouffio (sorti le 3 décembre 1975), aux côtés de Gérard Depardieu, Jane Birkin, Marina Vlady, Charles Vanel et Michel Auclair : « Dans une ville de province, un vieux médecin très vénal (Charles Vanel) traumatise le monde médical en employant les meilleurs chirurgiens mais aussi en les rejetant lorsqu’ils ne sont plus au sommet de leurs performances. Deux histoires parallèles sont racontées avec une dizaine d’années de distance, Gérard Depardieu, chirurgien complètement fantasque, marié à Jane Birkin, et, dix ans plus tard, Michel Piccoli, beaucoup plus raisonnable, marié à Marina Vlady, plus raisonnable mais qui, irrésistiblement, semble être attiré par le fond comme Gérard Depardieu, avec toujours Charles Vanel en toile de fond. À ces excellents acteurs, il faut ajouter aussi Michel Auclair, médecin également, dans le rôle du confident plus lâche qu’amical. Michel Piccoli dépeint un personnage qui croit se remettre d’un traumatisme de santé et qui, en fait, est en lente descente vers les enfers, poussé par des âmes peu charitables. ».

2. "Habemus papam" de Nanni Moretti (sorti le 15 avril 2011, deux années avant la renonciation du pape Benoît XVI et l'élection du pape François), aux côtés de Nanni Moretti : « L’idée est très originale puisque Michel Piccoli, cardinal, est élu pape, à sa grande stupéfaction. Plongé dans une grande dépression, Michel Piccoli refuse de venir saluer la foule sur le balcon et le conclave n’est donc pas encore clos, les cardinaux ne peuvent donc toujours pas avoir contact avec l’extérieur. Il parvient toutefois à s’échapper dans la ville pour tenter de vivre comme un fidèle ordinaire, et finalement, il retourne parmi les cardinaux pour renoncer à la charge qu’on a voulu lui donner. On y trouve finalement plus d’évocations sur la psychanalyse que sur la religion, et Michel Piccoli est terriblement crédible dans son trouble persistant. Une vision de l’intérieur qui a été très peu partagée au cours des siècles. Même si c’est très réducteur, j’aurais tendance à recommander que, s’il n’y avait qu’un seul film avec Michel Piccoli à regarder, ce serait celui-là. ».

3. "La Belle Noiseuse" de Jacques Rivette (sorti le 4 septembre 1991) est un (très) long film qui met en scène Michel Piccoli, un peintre expérimenté mais sans inspiration, et Emmanuelle Béart, nouveau modèle qui l'inspire à nouveau, dans un jeu à trois avec son épouse, et ancien modèle, Jane Birkin. Ces trois acteurs ont été nommés pour un César en 1992 (en tout, cinq nominations, aussi pour le meilleur film et le meilleur réalisateur), et le film a obtenu le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 1991.

4. "Milou en mai" de Louis Malle (sorti le 24 janvier 1990), avec Miou-Miou (la fille de Milou), Michel Duchaussoy (le frère de Milou), Paulette Dubost (la mère de Milou)... et Milou, interprété par Michel Piccoli. Il s'agit d'une chronique sociale avec la mort de la mère en pleine période de mai 68, ce qui ne facilite pas les préparatifs pour l'enterrement. À noter que ce film a été la première apparition au cinéma de Valérie Lemercier et la dernière apparition au cinéma de Bruno Carette, mort quelques semaines avant la sortie du film. Michel Piccoli, Miou-Miou et Michel Duchaussoy ont été nommés pour les Césars en 1991.

5. "Max et les ferrailleurs" de Claude Sautet (sorti le 17 février 1971). Classique du cinéma français avec Michel Piccoli pour le rôle principal, Max, aux côtés de Romy Schneider, Georges Wilson, Bernard Fresson, François Périer, Boby Lalointe, Michel Creton, Philippe Léotard, etc. C'est l'histoire d'un policier (Michel Piccoli) qui sympathise avec un ferrailleur (Bernard Fresson) et ses copains (et copines) dans l'objectif de les arrêter en flagrant délit de vol.
 


Cinq films, ce n'est vraiment pas beaucoup ! Je propose alors cinq autres films dans lesquels Michel Piccoli n'a pas eu un rôle principal, mais il a contribué à leur succès.

6. "Péril en la demeure" de Michel Deville (sorti le 13 février 1985), avec notamment Christophe Malavoy, Nicole Garcia, Anémone, Richard Bohringer, Anaïs Jeanneret. Thriller assez captivant et incertain, où Michel Piccoli, cible du tueur à gage Richard Bohringer, joue le mari très aisé de Nicole Garcia, elle-même maîtresse du professeur de guitare sans repère (joué par Christophe Malavoy) de sa fille (Anaïs Jeanneret).

7. "Le Sucre" de Jacques Rouffio (sorti le 15 novembre 1978), avec Jean Carmet (le pigeon), Gérard Depardieu (le conseiller financier sans scrupules), Roger Hanin et Marthe Villalonga (homme d'affaires magouilleur et sa femme), Claude Piéplu (le président), Pierre Vernier (le banquier), etc. Michel Piccoli est le savoureux roi du sucre, c'est-à-dire patron de l'industrie sucrière, mégalo et à l'origine de la bulle spéculative du sucre. Ce film est une comédie basée sur la ruine des petits actionnaires victimes de gros spéculateurs et sur une tentative de leur revanche.

8. "L'Attentat" d'Yves Boisset (sorti le 4 octobre 1972), avec Jean-Louis Trintignant, Jean Seberg, Michel Bouquet, Bruno Cremer, Philippe Noiret, Jacques François, Jean Bouise, Roland Blanche, etc. Le film est inspiré d'un fait gépolitique grave, l'enlèvement et l'assassinat de l'opposant politique marocain Mehdi Ben Barka. Michel Piccoli joue le rôle du colonel Kassar, l'équivalent du sombre général Mohamed Oufkir.

9. "Le Bal des casse-pieds" d'Yves Robert (sorti le 12 février 1992), avec Jean Rochefort et Miou-Miou, et une belle brochette de... casse-pieds, dont Jean Carmet, Victor Lanoux, Jacques Villeret, Jean Yanne, Guy Bedos, Jean-Pierre Bacri, Claude Brasseur... et Michel Piccoli est l'homosexuel de l'histoire.

10. "La Nuit de Varennes" d'Ettore Scola (sorti le 12 mai 1982). Cette fresque historique franco-italienne reprend un épisode très connu de l'histoire de France, la fuite du roi Louis XVI à Varennes (et son arrestation). Une distribution à la hauteur du sujet, avec notamment Marcello Mastroianni, Jean-Louis Barrault, Éléonore Hirt, Jean-Claude Brialy, Andréa Ferréol, Daniel Gélin, Dora Doll, Jean-Louis Trintignant, Caterina Boratto, Vernon Dobtcheff, Évelyne Dress, etc. Et Michel Piccoli est dans le rôle du roi, bien sûr.

Finissons (provisoirement) cet hommage par l'engagement politique de Michel Piccoli. Comme beaucoup d'artistes, il était plutôt de gauche. Il a milité à la CGT et aussi au sein du Mouvement de la Paix (communiste). Il a soutenu les candidatures de François Mitterrand et de Ségolène Royal. Néanmoins, il n'hésitait pas à se dire non-pratiquant. Il n'avait pas le temps au militantisme et il a pu le regretter, mais certainement pas de ne pas avoir été un Yves Montand (il préférait l'engagement plus discret de Simone Signoret).

Voici ce qu'il en disait dans son livre témoignage "J'ai vécu dans mes rêves", coécrit avec Gilles Jacob, en 2015 (éd. Grasset) : « Je me considère comme un acteur engagé sur le plan artistique, sur le plan de la recherche, de la découverte, de la création quand elle est produite avec des personnages exceptionnels. Politiquement ? Oui et non. Je ne saurais dire. Je ne suis pas un militant très actif et je le regrette parfois. Pourquoi ne me suis-je pas engagé plus profondément, plus courageusement ? Je n'avais pas le temps. Je ne me suis préoccupé que de mon métier qui m'absorbait totalement. J'ai quelquefois croisé des hommes politiques mais je ne les ai pas vraiment fréquentés. J'ai rencontré Mitterrand. Il m'a frappé par sa satisfaction d'être ce qu'il était. Pas seulement comme homme politique, mais dans sa propre vie. Il se dégageait de lui une séduction, qui fonctionnait auprès des hommes et des femmes. Je suis davantage sensible à la personnalité de quelqu'un comme Jospin. (…) Rien ne m'a vraiment encouragé à passer véritablement à l'acte dans le domaine politique. Peut-être ai-je été lâche, paresseux, ou les deux. Bien sûr, j'ai signé des pétitions, des manifestes. Ce n'était pas grandiose, mais c'était mieux que rien. Je n'ai jamais voulu m'inscrire à un parti politique, comme certains de mes amis qui sont passés par le parti communiste. Mais j'ai toujours été sensible à la maladie des malhonnêtes, à leurs comportements dégoûtants, qui n'avaient rien à voir avec le fait qu'ils soient riches ou pauvres. Il y a des riches magnifiques et qu'on ne peut qu'admirer, et il y a des pauvres épouvantables. Je me suis longtemps décrit comme un seule pseudo-militant. En tout cas, heureusement que je ne suis pas devenu quelqu'un comme Yves Montand. Il était très théâtral dans sa manière de faire de la politique. Tout le contraire de Simone Signoret, qui restait à mes yeux d'une grande honnêteté et qui s'engageait sans cabotiner et sans exploiter son image. ».

On aurait pu d'ailleurs imaginer Michel Piccoli reprendre le rôle qu'ont eu en commun Michel Bouquet, Philippe Magnan et Jean d'Ormesson, à savoir, celui de... François Mitterrand lui-même !

La conclusion est donnée à Emmanuelle Béart, partenaire particulière du peintre Piccoli, au corps désirable dans le film, qui, apprenant sa mort, lui a écrit le 19 mai 2020 : « Tes gestes, tes regards, tes mots, ta voix résonnent comme la beauté du cinéma en plein soleil, toutes générations entremêlées. (…) Loin du bruit et de la fureur, sans mépris, toi, si limpide, au rythme tranquille, au sourire ravageur que traduit ma tendresse de deux grands yeux rieurs. ». Rideau !



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le mari de Brigitte Bardot.
Monstre sacré du cinéma français.
Michel Piccoli.
Rob Reiner.
Jean-Pierre Bisson.
Woody Allen.
Michel Bouquet.
Hommage du Président Emmanuel Macron à Michel Bouquet le 27 avril 2022 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Le roi ne se meurt pas.
La vitalite du roi Bouquet.
Bouquet final.
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Lauren Bacall.
Micheline Presle.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Marlène Jobert.
Alfred Hitchcock.
Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
Charlie Chaplin.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251227-michel-piccoli.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-top-5-du-siecle-de-michel-264066

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/21/article-sr-20251227-michel-piccoli.html


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19 décembre 2025 5 19 /12 /décembre /2025 03:02

« Oh, cet homme va tellement nous manquer… (…) Merci, Rob et Michelle, pour votre foi en l’amour véritable, en les contes de fées et en la joie de rire. Merci pour votre confiance en ce qu’il y a de meilleur chez les gens et pour votre amour profond de notre pays. Je veux croire que leur histoire ne s’achèvera pas sur cette tragédie impossible, qu’il en ressortira quelque chose de positif, une prise de conscience… Je ne sais pas, mais j’imagine qu’ils auraient souhaité que cela soit porteur d’espoir et d’humanité, que cela nous aide à mieux nous comprendre les uns les autres et à trouver une certaine paix. » (Meg Ryan, sur Instagram).




 


Cortège d'éloges à l'extinction d'une étoile d'Hollywood, deux même. L'acteur, réalisateur et producteur américain Rob Reiner est mort le dimanche 14 décembre 2025 à son très luxueux domicile de Brentwood, un quartier huppé de Los Angeles, à l'âge de 78 ans (il est né le 6 mars 19467 à New York), mais il n'était pas seul, sa femme, photographe, Michele Singer, qu'il a épousée en mai 1989, est morte aussi avec lui, tous les deux violemment poignardés de plusieurs coups de couteau. Deux meurtres... deux assassinats à domicile.

Se retrouver au cœur d'un thriller glauque qui est bien peu passionnant est presque un comble pour ce réalisateur notamment de thrillers. C'est Romy, l'une des filles de Rob Reiner, 27 ans, qui a découvert l'après-midi le corps de son père dans la maison familiale, après l'appel du masseur qui ne pouvait pas entrer dans la propriété. Elle s'est enfuie sans avoir eu le temps d'apercevoir également le corps de sa mère. La découverte du corps du réalisateur et de son épouse n'est pas sans faire penser à celle de Gene Hackman et de son épouse également. Mais à la différence des derniers, morts apparemment naturellement, il s'agirait ici de deux assassinats.

C'est même pire qu'un double assassinat. C'est un double parricide. Le procureur de Los Angeles Nathan Hochman a annoncé le 16 décembre 2025 l'inculpation de Nick Reiner, l'un des fils de Rob Reiner, 32 ans, suspecté d'être l'auteur de deux meurtres avec préméditation. Ce dernier a été interpellé et placé sous détention dans la soirée du 14 décembre 2025. Le mobile reste pour le moment inconnu. Selon NBC News, Nick Reiner avait perturbé une fête de fin d'année où il était invité avec ses parents (Michele était sa mère). Un témoin a expliqué que Nick « a mis mal à l'aise les autres invités » par son attitude : « Les parents de Reiner étaient bouleversés et gênés par le comportement de leur fils et s’inquiétaient pour sa santé. ».

En l'occurrence, Rob Reiner aurait déclaré à certains invités, selon une source : « Je n’arrive pas à croire que je vais dire cela, mais j’ai peur de mon propre fils. (…) Il est capable de me faire du mal. ». Une autre source a affirmé que le comportement de Nick pendant cette fête était inapproprié : « Nick a fait peur à tout le monde. (…) Il se comportait de façon bizarre et ne cessait de demander aux gens s’ils étaient célèbres. ». Accro aux opiacés et à l'héroïne, Nick aurait refusé de suivre un nouveau traitement dans une centre de désintoxication, ce qui aurait entraîné une violente dispute entre lui et ses parents qui auraient quitté la fête après cette dispute. Dans un de ses podcasts en 2018, Nick Reiner avait raconté que cela lui arrivait d'être très violent avec la volonté de « frapper tout ce qui lui tombait sous la main » dans la maison familiale.
 


Toute la famille (Rob, Michele et leurs trois enfants Romy, Nick et Jake) s'était réunie à l'occasion de la sortie du dernier film de Rob Reiner, "Spinal Tap 2 : The End Continue" (sorti le 12 septembre 2025), suite du premier opus "Spinal Tap" (sorti le 2 mars 1984), documentaire parodique d'un groupe heavy metal imaginaire, avec Rob Reiner (en producteur d'une émission de télévision), Michael McKean, Christopher Guest et Harry Shearrer (les trois fondateurs du groupe de musique hard rock).

Nick Reiner, dont l'adolescence fut effectivement pourrie par des addictions (il a suivi dix-huit cures de désintoxication), risque ainsi la peine de mort en cas de reconnaissance de sa culpabilité. Il a été déclaré médicalement inapte à comparaître le 16 décembre 2025. Nathan Hochman a aussi déclaré : « Il fait également l’objet d’une accusation particulière pour avoir personnellement utilisé une arme dangereuse et mortelle, à savoir un couteau. Ces chefs sont passibles d’une peine maximale d’emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle, ou de la peine de mort ».

Le fils avait coécrit son histoire d'ado drogué et fils d'un homme célèbre avec son père pour un nouveau film paternel, "Being Charlie" (sorti le 6 mai 2016), avec Nick Robinson et Morgan Saylor.

Rob Reiner était d'abord un acteur qui a tourné de 1967 à 2020 dans plus de trente films au cinéma, en particulier dans quelques-uns de ses films et aussi dans l'excellent "Primary Colors" de Mike Nichols (sorti le 20 mars 1998) avec John Travolta, EmmaThompson, Kathy Bates, etc. (il y jouait un rôle secondaire) et une quinzaine de téléfilms et séries télévisées, dont "All in the Family" (sitcom diffusé entre le 12 janvier 1971 et le 8 avril 1979 sur le réseau CBS) qui l'a fait connaître (dans le rôle de Michael Stivic qui lui a fait obtenir un Emmy Award du meilleur second rôle masculin en 1974), ainsi que "New Girl" (diffusé entre le 20 septembre 2011 et le 15 mai 2018 sur le réseau Fox) dans le rôle de Bob Day.

Fils d'une actrice et chanteuse (Estelle) et d'un acteur, réalisateur et producteur (Carl), Rob Reiner a ensuite évolué vers la réalisation de films avec premier essai qui fut un grand succès, "Spinal Tap", devenu une œuvre "culte". Il a poursuivi avec d'autres grands succès, en particulier le film de Noël "Garçon choc pour nana chic" (sorti le 1er mars 1985), avec Daphne Zuniga et John Cusack ; "Stand by Me" (sorti le 8 août 1986), une adaptation "culte" d'une nouvelle de Stephen King, avec Wil Wheaton et Richard Dreyfuss ; la comédie romantique et fantastique "Princess Bride" (conte parodique sorti le 25 septembre 1987), avec Peter Falk ; le film politico-amoureux "Le Président et Miss Wade" (sorti le 8 novembre 1995), avec Michael Douglas et Annette Bening ; "La Rumeur court" (sorti le 22 décembre 2005), avec Jennifer Aniston, Shirley MacLaine et Kevin Costner ; "Sans plus attendre" (sorti le 25 décembre 2007), avec Jack Nicholson, Morgan Freeman, etc.
 


En tout, ce furent vingt et un longs-métrages dont beaucoup qu'il a produits lui-même, et en particulier trois petites pépites qu'on cite généralement.

La première est évidemment la comédie romantique qui est devenue un classique du genre, avec "Quand Harry rencontre Sally" (sorti le 12 juillet 1989), Meg Ryan et Billy Crystal dans le rôle principal du couple, avec aussi Carrie Fisher (et la fille adoptive de Rob Reiner, Tracy Reiner, ainsi que la mère de Rob Reiner, Estelle Reiner, dans deux petits rôles). Le film se base sur la réflexion qu'un homme et une femme ne peuvent pas développer d'amitié sincère à cause du sexe. L'idée de cette histoire est venue à Rob Reiner à la suite de son divorce, Harry étant lui-même. Ce film a eu un grand retentissement et certaines scènes sont, dit-on, "culte", en particulier la scène de l'orgasme que Sally stimule en plein repas au restaurant (à la fin de laquelle une autre cliente du restaurant, jouée par la mère du réalisateur, demande à la serveuse de manière impassible : "Donnez-moi la même chose qu'elle !").

On cite aussi "Des hommes d'honneur" (sorti le 11 décembre 1992), qui traite de la justice militaire, avec Tom Cruise, Jack Nicholson, Demi Moore, Christopher Guest, etc. Là encore, c'est un film "culte" qui a obtenu un grand succès commercial (243 millions de dollars de recettes pour un budget de 40 millions de dollars).

Mais je préfère de loin son autre succès, autre adaptation d'un roman de Stephen King, l'excellent "Misery" (sorti le 30 novembre 1990), avec James Caan dans le rôle de l'écrivain Paul et Kathy Bates dans le rôle de la kidnappeuse Annie, rôle qui lui a donné un Oscar de la meilleure actrice en 1991 malgré une rude compétition avec Julia Roberts pour "Pretty Woman".

L'histoire est celle de Paul, un écrivain de romans sentimentaux très lus, qui fait mourir le personnage principal dans son dernier livre afin de changer de registre. Mais la fin de la saga rend folle une de ses lectrices et admiratrices, Annie, une infirmière, qui s'arrange pour le prendre en otage et l'obliger à écrire un nouvel épisode de la saga. L'ambiance à la Hitchcock n'est pas étonnante puisque c'est du Stephen King, et ce film conduit magistralement une réflexion sur la réaction des lecteurs face aux décisions d'écriture de l'écrivain, et leur capacité à lui faire changer d'orientation.

Comme pour de nombreux autres films, Rob Reiner a eu un succès commercial qui s'est traduit par de grands bénéfices (plus de 61 millions de dollars de recettes sur le seul continent nord-américain pour un budget de 20 millions de dollars).

La disparition de Rob Reiner, qui ne cachait pas ses opinions politiques et les exprimait avec l'écho de sa notoriété, est une grande perte pour le cinéma américain, bien sûr, mais la fibre patriotique n'a pas suffi au Président des États-Unis pour éviter le scandale. À l'annonce de sa disparition, Donald Trump a en effet fustigé l'opposant politique qu'était Rob Reiner en expliquant sa mort par sa maladie, le "Trump Derangement Syndrome" : « Il était connu pour rendre les gens FOUS par son obsession enragée contre le président Donald J. Trump. ».

Difficile de faire autant de vulgarité associée à une telle vanité à l'occasion d'un deuil qui touche beaucoup de monde. Heureusement, l'honneur de l'institution présidentielle est sauf grâce aux prédécesseurs, Bill Clinton et Barack Obama, lui ont rendu un vibrant hommage.

Ainsi, Barack Obama a déclaré sur Twitter : « Michelle et moi avons le cœur brisé par la disparition tragique de Rob Reiner et de son épouse bien-aimée, Michele. Les réalisations de Rob au cinéma et à la télévision nous ont offert certaines de nos histoires à l'écran les plus chères. Mais derrière toutes les histoires qu'il a produites se trouvait une profonde foi dans la bonté des gens, dans la vérité et dans la justice. ».
 


Quant l'ancienne Vice-Présidente Kamala Harris, elle a affirmé : « L'œuvre de Rob Reiner a marqué des générations d'Américains. Les personnages, les dialogues et les images qu'il a fait vivre au cinéma et à la télévision sont tissés dans toute notre culture. Rob aimait notre pays, se souciait profondément de l'avenir de notre nation et s'est battu pour la démocratie américaine. ».

Effectivement, Rob Reiner a toujours été un soutien fidèle au Parti démocrate. Cela a aussi justifié l'hommage de l'ancienne Présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi : « La nouvelle d'une agression mortelle contre Rob et Michelle Reiner à leur domicile est dévastatrice. Il est difficile d'imaginer des personnes plus remarquables et plus excellentes dans chaque domaine et projet qu'ils ont entrepris. ».

Et également celui du gouverneur de Californie, ancien maire de San Francisco, le démocrate Gavin Newsom : « Jen [son épouse] et moi avons le cœur brisé par la perte tragique de Rob Reiner et de Michele Singer Reiner. Rob était le génie au grand cœur derrière tant d'histoires classiques que nous aimons. Son empathie sans limites rendait ses récits intemporels, apprenant à des générations à voir la bonté et la droiture chez les autres et nous encourageant à rêver plus grand. (…) Cette empathie allait bien au-delà de ses films. Rob était un défenseur passionné des enfants et des droits civiques, qu'il s'agisse d'affronter les géants du tabac, de se battre pour l'égalité du mariage ou d'être une voix influente dans l'éducation de la petite enfance. Il a fait de la Californie un endroit meilleur par ses bonnes actions. ».

Le monde du cinéma a aussi massivement rendu hommage au réalisateur assassiné, à l'image du Britannique Eric Idle, l'un des comiques des Monty Python, qui était un des grands amis de Rob Reiner : « Je lui ai parlé hier soir pendant plus d'une heure. J'ai toujours apprécié sa compagnie. Je l'ai rencontré chez son père en 1975. Il me parlait du tournage à Stonehenge et de ses réflexions pour l'avenir. C'est tellement affreux. Il va me manquer. Un homme intelligent, talentueux et très réfléchi. Tellement affreux. » (15 décembre 2025).

Rob Reiner, une étoile au Hollywood Walk of Fame, qui vient de s'éteindre, va rejoindre une autre étoile, son père Carl Reiner, qui s'est éteint il y a cinq ans. Par la magie des enregistrements, elles continueront finalement à scintiller dans le ciel hollywoodien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 décembre 2025)
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Pour aller plus loin :
Rob Reiner.
Jean-Pierre Bisson.
Woody Allen.
Michel Bouquet.
Hommage du Président Emmanuel Macron à Michel Bouquet le 27 avril 2022 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Le roi ne se meurt pas.
La vitalite du roi Bouquet.
Bouquet final.
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Lauren Bacall.
Micheline Presle.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Marlène Jobert.
Alfred Hitchcock.
Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
Charlie Chaplin.

 




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30 novembre 2025 7 30 /11 /novembre /2025 03:32

« Je me considère avant tout comme un écrivain et c'est une bénédiction, parce qu'un écrivain ne dépend de personne pour écrire mais il génère son propre travail et choisit ses heures. » (Woody Allen en 2020, dans son autobiographie).


 


Le réalisateur américain, ou plutôt new-yorkais, Woody Allen fête ce lundi 1er décembre 2025 ses 90 ans. Ou alors, il les a fêtés la veille, le 30 novembre 2025, car selon son autobiographie ("Soit dit en passant", éd. Stock), ses parents auraient retardé de quelques minutes l'heure de sa naissance pour qu'il puisse naître au début du mois. Réalisateur, mais aussi acteur de ses réalisations, comme l'était François Truffaut, Jacques Tati ou Charlie Chaplin, aussi metteur en scène au théâtre, auteur, romancier, et même clarinettiste.

C'est avant tout un grand philosophe, celui du rire, car Woody Allen rime souvent avec humour, mais aussi avec Juif new-yorkais qui se fait psychanalyser (« Je ne suis absolument pas religieux, je suis juif par accident. Il y a dans mes films beaucoup de plaisanteries juives car le sexe, les Juifs, la psychanalyse sont des thèmes porteurs dont on rit facilement. »), une sorte d'Américain sûrement très peu représentatif de l'Amérique profonde des grands espaces où les affaires se règlent parfois à coups de revolver.

Incontestablement, Woody Allen est un grand réalisateur, il a réalisé un nombre très élevé de films (au moins 55 films à son actif, environ un par an pendant des décennies), parfois de très grands, comme "Annie Hall" (sorti le 20 avril 1977, avec Diane Keaton, femme d'Allen à l'époque et morte récemment, il y a un mois et demi, la seule dont l'avis sur ses films comptait vraiment ; Hall est le nom de jeune fille de Diane Keaton dans la vie civile). Beaucoup de ses films peuvent aussi être un peu agaçants, avec des dialogues nombreux et sans forcément beaucoup d'intérêt, malgré une histoire intéressante, comme s'ils noyaient l'intrigue par leur densité, ce qui est le cas dans "Meurtre mystérieux à Manhattan" (sorti le 18 août 1993), qui reprend un peu la logique de "Fenêtre sur cour" d'Alfred Hitchcock. Le film qui a sans doute ma préférence (j'écris "sans doute" car je n'ai pas vu tous les films d'Allen) est "La Rose pourpre du Caire" (sorti le 1er mars 1985), avec Mia Farrow et Jeff Daniels.

Bien que très réticent sur le principe même de récompense au cinéma (à part en 2002 à la suite des attentats du WTC, il ne s'est jamais déplacé dans les cérémonies de remise de récompenses), Woody Allen a été de très nombreuses fois honoré. Le site Wikipédia a compté 70 récompenses, dont 4 Oscars, 2 Césars, 1 Palme d'honneur au Festival de Cannes, 2 Golden Globes, 9 BAFA, 5 David di Donatello, 1 Lion d'or, 1 Ours d'argent, etc.

Son dernier film est sorti le 27 septembre 2023, "Coup de chance" (avec Lou de Laâge, Valérie Lemercier, Elsa Zylberstein, Melvil Poupaud et Guillaume de Tonquédec), film entièrement réalisé en langue française (Allen parle couramment le français), qui n'a pas reçu un grand succès commercial. Aujourd'hui, Woody Allen semble un peu fatigué par le cinéma et se consacre plutôt à l'écriture et à la mise en scène de pièces de théâtre. Il a sorti son premier roman "Quelle mouche a piqué Baum ?" en septembre 2025 (chez Stock pour l'édition française).


En 1997, Woody Allen a épousé Soon Yi Previn (née en 1970), fille adoptive de son ancienne compagne Mia Farrow, mais lui-même refusait d'y voir un scandale en 2011 car il n'était ni son père biologique ni son père adoptif : « Où était le scandale ? Je suis tombé amoureux de cette fille et je l'ai épousée. Nous sommes mariés depuis près de quinze ans maintenant. Il n'y avait aucun scandale, bien que tout le monde en ait parlé comme d'un scandale. Dans un sens, ça me plaît, parce que lorsque je mourrai, j'aimerais pouvoir dire que j'aurai eu au moins un vrai gros scandale dans ma vie. ».
 


Le scandale, il l'avait déjà trouvé, en fait. Depuis de nombreuses années, il est au cœur d'un scandale de mœurs. Son ancienne femme Mia Fallow l'a accusé d'avoir eu en 1992 des comportements inappropriés avec leur fille adoptive Dylan (née en 1985). Pour certains, il ne s'agissait pas d'abus sexuels mais d'attentions excessives. Mais Dylan Fallow elle-même, majeure, a renouvelé ses accusations d'agression sexuelle en 2014 qu'Allen continue à nier (et Moses Fallow, un autre enfant adopté, l'a rejoint dans sa défense après l'avoir accusé vingt ans auparavant, considérant que Dylan était manipulée par sa mère). Depuis une dizaine d'années, il y a une bataille à la fois judiciaire (sans suite, à ma connaissance) et surtout médiatique entre les partisans de Woody Allen et les partisans de son ex-compagne Mia Farrow, ce qui fait, selon lui en mai 2020, « un super matériau pour des articles de tabloïd ». Dans une interview accordée à Dany Jucaud le 17 septembre 2019 pour "Paris Match", le cinéaste a rappelé : « Les tribunaux m’ont totalement innocenté et malgré toutes les preuves qui me blanchissent, on continue à s’acharner contre moi. Qu’est-ce que je peux y faire  ? Rien. ».

Dans ce même entretien, Woody Allen a confié : « Je ne sais pas comment je suis perçu, mais oui, je suis un grand romantique. J’ai passé toute mon existence dans un monde irréel. J’idéalise ma vie et aussi Manhattan sur laquelle je n’ai cessé d’écrire d’une façon très romantique, contrairement à un Scorsese ou à un Spike Lee. ». En revanche, il a réfuté l'idée d'être un intellectuel : « À cause de mon physique maigrelet et surtout parce que je porte des lunettes, on me prend pour un grand penseur ou un rat de bibliothèque qui passe ses soirées à lire Kierkegaard. Je suis tout sauf ça. En vérité je suis quelqu’un de très superficiel. Rien ne me fait plus plaisir que de regarder des matchs de basket à la télé, une bière bien fraîche à la main. ».

Quant à ses regrets, ils sont nombreux : « Je regrette tellement de choses. D’abord, de ne pas avoir fait d’études et de ne pas avoir appris la philosophie. Si je m’étais plus cultivé, j’aurais sûrement réalisé de meilleurs films. Mon problème c’est que je manquais totalement d’ambition. Mais, plus que tout, je regrette de ne pas avoir appris à danser. Je pense que j’aurais été beaucoup plus heureux dans ma vie si j’avais été danseur de claquettes ou si j’étais devenu joueur de base-ball, ce qui, je dois le dire, aurait rendu mon père très heureux aussi. ». Insistons sur le sens de la formule qui l'a toujours accompagné : « J'aurais été beaucoup plus heureux dans ma vie si j'avais été danseur de claquettes » !

Plus récemment, le 24 octobre 2023, pour le n°172 du magazine "Transfuge", Oriane Jeancourt Galignani, qui a rencontré Woody Allen, précisait : « Woody Allen n’est pas un paria, mais pour beaucoup aux États-Unis, suite aux accusations de sa fille adoptive, le soupçon demeure. Les faits qui lui sont reprochés sont ignobles, et s’ils s’avéraient vrais, notre compassion et notre solidarité iraient envers la victime. Mais la justice l’a blanchi. Nous avons donc choisi de ne pas céder au soupçon. ».

Et d'évoquer le Woody Allen écrivain qui semblait déjà mûrir avec la sortie de son recueil de nouvelles "Zero Gravity" (en 2022) : « Un livre qui rappelle que Woody Allen est aussi, et peut-être avant tout, un homme qui écrit. Des scènes, des personnages, des situations. Publiant ses récits depuis des années, il touche dans ce dernier recueil au sommet de son art : dans une langue bondissante, très travaillée, jouant sur toutes les gammes de l’humour, du burlesque au pastiche, il excelle à animer toutes sortes de créatures en quelques lignes. Par son sens des dialogues et des monologues intérieurs, il crée un sentiment immédiat d’absurde : ainsi de cette vache que l’on suit pas à pas dans son projet d’assassiner un cinéaste narcissique ; ainsi de cette voiture intelligente qui applique une vision nietzschéenne du monde en arrangeant la vie, et la mort, de ceux qu’elle transporte ; ainsi de ces deux vieux Juifs de Manhattan réincarnés en homards qui décident de se venger de celui qui les a poussés à la mort, Bernie Madoff. Riant de tout ou presque, Woody Allen confronte dans ses histoires des figures grotesques de l’Amérique contemporaine, Madoff, Warren Beatty, la chanteuse Miley Cyrus, et des créatures issues de son subconscient débridé. Il garde aussi son art de la formule, qui fait de Woody, Woody : une femme est décrite comme "Une Marie Curie avec de belles dents", un producteur est marié "avec le sosie de Yasser Arafat", Warren Beatty porte une "Rolex gravée offerte par Mère Teresa pour son anniversaire" et reconnaît qu’il ne fut pas facile de coucher avec 12 000 femmes tout en menant sa carrière d’acteur et de pianiste virtuose… Bon ou mauvais goût peu importe, Woody Allen ne craint pas de bousculer quelques intouchables de notre époque. Son génie puise dans un imaginaire inépuisable, qui allie fausse candeur et sens tragique, vision absurde et art du burlesque, et puis un sens de la situation qui n’a rien à envier à ses maîtres, les Marx Brothers. ».

Aujourd'hui, la tentation littéraire l'emporte largement sur le talent cinématographique. Et avec ce scandale qui ne se dissipe pas dans son pays, il n'est pas sûr du tout, pour répondre à ma question du titre, qu'un nouveau film de Woody Allen arrive à maturation un jour prochain.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Woody Allen.
Michel Bouquet.
Hommage du Président Emmanuel Macron à Michel Bouquet le 27 avril 2022 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Le roi ne se meurt pas.
La vitalite du roi Bouquet.
Bouquet final.
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Lauren Bacall.
Micheline Presle.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Marlène Jobert.
Alfred Hitchcock.
Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
Charlie Chaplin.
 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251201-woody-allen.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/woody-allen-sortira-il-un-nouveau-263812

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/30/article-sr-20251201-woody-allen.html


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28 novembre 2025 5 28 /11 /novembre /2025 03:13

Il y a quarante-cinq ans, le 28 novembre 1980, le groupe britannique new age Visage sortait son grand tube "Fade to Grey", qui reste encore le principal succès de ce groupe de musique.



Version originale (1980) :






Version longue :






Version orchestrale (2014) :






SR (28 novembre 2025)
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251128-visage-fade-to-grey.html

 


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6 novembre 2025 4 06 /11 /novembre /2025 03:32

« C'est la force des auteurs qui m'électrise. (…) Plus l'auteur est grand, plus le travail est immense, en particulier pour Molière, qui se tient entièrement dans le concret de la vie. "Mettez-vous là et faites le mort". Molière écrit cela alors qu'il est malade et à deux pas de la mort... C'est énorme ! » (Interview dans "L'Express" le 05 septembre 2008).





 


On peut rester impressionné par l'extrême humilité de Michel Bouquet. En 2013, il disait encore : « Je pense sincèrement que je suis un véritable artisan, pas un artiste. Un artiste a pour mission de créer le monde. Moi non. (…) Tout m’intéresse, surtout la vie des autres. La mienne n’a aucun intérêt. Ma passion, ce sont les auteurs. Je veux tout connaître d’eux. ». Alors qu'il était un immense "monstre sacré" (comme on dit) du théâtre et du cinéma français.

Aujourd'hui, c'est le centenaire Bouquet : s'il vivait encore, Michel Bouquet aurait eu 100 ans ce jeudi 6 novembre 2025. Il n'était pas loin quand il a dit au revoir à la troupe, à son public, à ses proches. 96 ans et demi, le 13 avril 2022. Il était robuste à vouloir jouer et jouer, jouer encore et encore. Sur les planches, ce qui est bien plus difficile que sur un plateau. Au cinéma, les scènes se répètent, et on passe la meilleure, par petits bouts. Au théâtre, pas de filet, c'est continu et en direct devant un public en attente. Bouquet adorait le public : « L'essentiel, c'est que l'acteur soit ouvert à tout ce qui peut arriver d'un soir sur l'autre. Car la pièce bouge tout le temps. C'est pourquoi on peut la jouer cent fois sans s'ennuyer. » ("L'Express" du 5 septembre 2008). C'est pour cela qu'il adorait le théâtre, chaque représentation était unique.


Quand on voit le jeune homme timide de 1943 qui se présentait au photographe du Studio Harcourt, un peu timide, et en même temps, un peu incrédule, on imagine vite ses futurs rôles de personnages qui mettaient la distance, et c'est vrai qu'il les a multipliés, dans les rôles de l'autorité, et aussi de la sévérité, comme cet inspecteur Javert si sévère dans "Les Misérables", la version de Robert Hossein (sortie le 20 octobre 1982) avec Lino Ventura en Jean Valjean et Jean Carmet et Françoise Seigner en Thénardier.

Quand j'étais gosse, Michel Bouquet m'impressionnait, voire m'effrayait. Il semblait froid, et même glacial. Je savais qu'il jouait son rôle, mais comment de ne pas mélanger les deux ? Plus tard, cette froideur était parfaite pour faire François Mitterrand, du haut de son Olympe, à l'air monarchique par excellence, dans "Le Promeneur du Champs-de-Mars" de Robert Guédiguian (sorti le 16 février 2005), ce qui lui a valu un César du meilleur acteur en 2006. En tout, Michel Bouquet a reçu deux Césars (et une nomination pour un autre César) et trois Molières (et cinq nominations pour d'autres Molières).

Mais j'ai vite compris mon erreur de perception, surtout quand j'ai eu la chance de le voir jouer dans un théâtre parisien la pièce d'Ionesco que j'adore, "Le Roi se meurt", avec bien sûr lui en roi-qui-se-meurt (Bérenger Ier), qu'il a interprété plus de huit cents fois. J'imaginais même que son rêve aurait été de mourir sur scène dans ce rôle qui lui a valu un Molière du comédien en 2005. Je l'avais vu aux côtés de son épouse (depuis 1970) Juliette Carré, qui lui a survécu une vingtaine de mois. J'ai vu un vieillard souriant, s'épanouissant dans son rôle, bienveillant, joyeux. Pas du tout distant. Et très simple avec le public.

Michel Bouquet, comme il l'a souvent répété, se référait d'abord aux auteurs. Il a eu la chance de rencontrer Albert Camus, Jean Anouilh, Eugène Ionesco, etc. Il a aussi joué Molière qu'il considérait comme un auteur difficile : « Entre tous, c’est à Molière qu'il fut le plus fidèle, pour sa lucidité, sa puissance. "Le Médecin malgré lui", "Dom Juan", "L'Avare", "Le Malade imaginaire" : il passa sa vie à creuser leur énigme, celle de l’homme, jusqu'à "Tartuffe", quelques semaines avant de quitter la scène, une fois encore, une fois encore avec Juliette. » (27 avril 2022). Il préparait chaque représentation, très longuement, plusieurs heures, pour connaître le texte mais aussi se mettre dans la peau du personnage, puis, après cette préparation, avant d'entrer en scène, il faisait le vide, et à Dieu va !





Je recommande de voir le documentaire réalisé par Dominique Rabourdin intitulé "Michel Bouquet, ma vocation d'acteur" diffusé le 18 décembre 2009 dans la collection"Empreinte" sur France 5 (malheureusement, je ne l'ai pas retrouvé sur Internet) où il racontait sa vie de comédien en toute simplicité.

Deux semaines après sa disparition, la République française avait tenu à faire un hommage national à Michel Bouquet. Il a eu lieu le 27 avril 2022 dans la cour d'honneur des Invalides, en présence de toute la famille, en particulier de ses enfants et petits-enfants, et bien sûr, de sa femme Juliette soutenu par le Président de la République. Devant notamment les membres du gouvernement, Fabrice Luchini, Muriel Robin et Pierre Arditi sont intervenus pour y apporter leurs émotions.

Et, sans surprise, Emmanuel Macron a prononcé un éloge qui pouvait aller droit au cœur (et dont on peut lire l'intégralité ici) : « Il aura brûlé les planches et crevé l'écran soixante-dix années durant. Michel Bouquet a régné sur le théâtre en monstre sacré. ».

 


Et d'évoquer Juliette alors présente : « Juliette, son épouse, cette formidable actrice, le trouvait au milieu de la nuit assis dans la pénombre à la lueur d'une lampe, lisant, travaillant, retravaillant son texte de peur de le perdre, avec cette lucidité de regard qui illuminait toutes les œuvres. L'enseignement ultime de ce maître, lui le professeur au Conservatoire, n'est pas simplement une leçon de théâtre, mais bien une leçon de vérité. D’Orgon à Argan, de Rembrandt à Renoir, il nous a livré les secrets de nos caractères, décillé nos regards, éclairé nos esprits. Il était pourtant venu au théâtre pour fuir le monde tel qu'il va et l'assignation de n'être que soi. Car avant d'être son royaume, le théâtre fut son refuge. ».

Le chef de l'État a relaté ses débuts en 1943 : « Michel Bouquet entre en théâtre comme on entre en religion. Il se plonge à corps perdu dans la lecture des grands auteurs, tous : les romanciers, les poètes et les dramaturges, les comiques et les tragiques, les anciens et les modernes. Quelques mois plus tard, il est reçu au Conservatoire. Bouquet a trouvé sa vocation, de celles, foudroyantes et sacrées, qui se déclarent très tôt et scellent un destin. Michel Bouquet n'a pas encore 20 ans quand l'un des plus grands écrivains du siècle, Albert Camus, le repère pour sa création de "Caligula", avant de le faire jouer dans "Les Justes" et "Les Possédés". Il noue bientôt avec Jean Anouilh un compagnonnage plus suivi encore, six pièces en près de vingt-cinq ans, qui le plonge au temps de Jeanne d'Arc ou dans l'épuration de l’après-guerre. ».

Ce qui lui importait, c'étaient les auteurs, et comprendre ce qu'ils écrivaient : « Quand il n'est pas sur les planches, Michel Bouquet est sur les ondes. Pendant deux décennies, il fait vibrer sur les transistors de France, les mots des grands auteurs du passé, de Rabelais à Rimbaud, Chateaubriand, Baudelaire, Verlaine, des écrivains contemporains de Supervielle à Malraux, d'Aragon à Michaux, Cendrars à Soupault. ».

Son sacerdoce, c'était la lecture avant l'interprétation : « Lire. Lire, et relire les pièces des centaines et des centaines de fois, comme pour les épuiser, les forcer à se rendre et à lui livrer leurs secrets, sans jamais croire qu'il les a comprises. Dire et redire ses parties sans jamais faire relâche pour forcer sa voix à prendre de nouvelles inflexions, de nouveaux accents, de nouveaux rythmes. À chaque rôle, avec angoisse, cette peur de ne pas y arriver et traquer les regards, les gestes, poursuivre la juste intonation, faire tomber les répliques comme de grandes colonnes de marbre sur la scène. De nos monuments littéraires, il révélait des aspects insoupçonnés, ouvrait des brèches nouvelles par où coulait le sens. Une exégèse inouïe qui offrait aux œuvres leur chair, leur vérité. Cette virtuosité conquise dans la sueur des répétitions, il la voyait comme son devoir, une abnégation d'artisan au service des auteurs, des textes, des personnages. Oui, Michel Bouquet croyait en ses personnages comme on croit en des divinités. Lorsqu'il en abordait un nouveau, il vivait dans l'attente fébrile, presque mystique, que celui-ci allait se révéler à lui, descendre en lui. Alors, il traquait cette vérité ; il invitait, suppliait ce personnage de le visiter pour pouvoir le saisir vif, le capturer tout entier et le livrer vivant aux hommes. Le théâtre. Il répétait, et répétait encore et encore, pour que cette vérité advienne au service du texte, de l'auteur, des personnages, effaçant progressivement tout le reste. ».

 


Sans oublier le cinéma, bien sûr : « Par chance, l’amour dévorant de Michel Bouquet pour le théâtre ne fut pas exclusif. Les plus grands cinéastes ont à jamais fixé son génie sur la pellicule : Abel Gance, Jean Grémillon, Henri Verneuil, François Truffaut par deux fois, Claude Chabrol à six reprises, Delannoy, Deray, Corneau, Becker et tant et tant d’autres. Il y a joué les pères, dignes ou indignes, absents ou prodigues, mutiques ou cyniques ; les maris, trompés ou comblés ; les amants, fiévreux et éconduits ; le frère ou l’ami ; le prince et le pauvre ; le juge et l’assassin ; la victime et le bourreau ; le croyant comme l’athée. (…) Avec son magnétisme ténébreux, il excellait dans les rôles d’infâmes, des rôles de pure composition pour cet homme si doux. Policier n’obéissant qu’à ses propres lois dans "Un Condé" d’Yves Boisset, patron redoutable dans "Le Jouet" de Francis Veber, commissaire impitoyable dans "Deux hommes dans la ville" avec Gabin et Delon, sombre inspecteur Javert dans "Les Misérables" de Robert Hossein. Il fut, durant ces décennies, ce soleil noir du cinéma français, scrutant nos failles, sondant nos fureurs, démasquant nos contradictions et débusquant nos bassesses. Il fouillait au fond de nos âmes pour faire tout remonter. Conscience intraitable de la France. Intraitable parce que toujours vraie. Sous les feux de la rampe, comme à la loupe des gros plans, Michel Bouquet n'avait besoin que d'être là pour captiver. Que de plisser les lèvres pour effrayer. Que de baisser les yeux pour émouvoir. Car de cet art, Michel Bouquet, l'ancien élève du Conservatoire, en était devenu un maître. ».

Et de conclure, en tutoyant le grand comédien : « Le silence de celui qui savait écouter l'autre en train de jouer. C’est peut-être cela ton secret. Ce silence qui frappe au cœur et ce regard offert à l’autre, comme une respiration. Ton viatique. Alors ce silence, cher Michel, dans ce moment, te permet une dernière fois d’entendre leurs applaudissements, et l’ovation de la France. ». Grâce aux enregistrements, Michel Bouquet nous laisse une immense œuvre audiovisuelle (théâtre, cinéma, lecture, etc.). Parions que sa légende perdurera jusqu'à la fin de ce siècle, voire au-delà. C'était le Bouquet !



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 novembre 2025)
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Pour aller plus loin :
Michel Bouquet.
Hommage du Président Emmanuel Macron à Michel Bouquet le 27 avril 2022 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Le roi ne se meurt pas.
La vitalite du roi Bouquet.
Bouquet final.
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Lauren Bacall.
Micheline Presle.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Marlène Jobert.
Alfred Hitchcock.
Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
Charlie Chaplin.
 


 

https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251106-michel-bouquet.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/c-est-le-bouquet-263460

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30 septembre 2025 2 30 /09 /septembre /2025 04:23

« Moi ? Personnellement ? Euh, oui, oui oui oui. Je pense qu'on a évidemment tous cette part de fragilité et puis cette part de force... Heureusement, d'ailleurs, qu'on a un équilibre, un peu, qui fait que, quand on a trouvé une harmonie, on arrive à s'aimer, à aller bien... » (Marion Cotillard, le 15 septembre 2025 sur France 2).




 


Amusant d'imaginer une star au sommet : une étoile est dans le lointain fond de l'univers et nous apparaît timidement, éblouissant de son éclat après une longue trajectoire. C'est pourtant le cas de l'actrice (et productrice) française Marion Cotillard qui fête son 50e anniversaire ce mardi 30 septembre 2025.

Marion Cotillard, c'est l'étonnante star consacrée partout, et en particulier à Hollywood comme à Cannes, à Paris, cinéma américain comme cinéma français, tournant sous la direction des plus grands réalisateurs avec d'autres stars comme partenaires, bref, un rêve d'enfant devenu réalité, comme elle le disait à Léa Salamé dans le journal de 20 heures sur France 2 le lundi 15 septembre 2025 : « Parfois, je me dis que tous ces rêves que j'avais quand j'étais enfant, de faire des grands films, de vivre des grands aventures et de travailler avec des gens que j'admire, je suis très heureuse de pouvoir le faire. ».


À 50 ans, sa carrière est impressionnante : près de 60 films longs-métrages au cinéma, 14 courts-métrages, 16 téléfilms et séries à la télévision, 13 documentaires ou dessins animés pour sa voix, 10 pièces de théâtre, et beaucoup de clips de publicité ou de mode, sans compte ses participations musicales (elle a interprétée par exemple une chanson avec Jeanne Moreau)... ce qui fait que dans le seul box-office français, tous ses films ont fait, au 27 septembre 2025, selon un site spécialisé, 76 138 656 entrées en salle française, et pour le cumul mondial, 3 737 780 190 dollars ! Près de 4 milliards de dollars ! (dont 1,3 milliard de dollars sur le sol américain). En 2010, elle était l'actrice la plus rémunérée avec près de 2,4 millions d'euros.

Pour les récompenses, l'héroïne de "La Môme", d'Olivier Dahan (sorti le 14 février 2007), qui a fait revivre Édith Piaf, en langue française (avec notamment Gérard Depardieu, Jean-Pierre Martins, Clotilde Courau et Sylvie Testud), a cumulé, ce qui était sans précédent pour une actrice, les plus grandes récompenses : le César de la meilleure actrice 2008, l'Oscar de la meilleure actrice 2008, le Golden Globe de la meilleure actrice 2008, le BAFT de la meilleure actrice 2008, etc. Ce film a fait 5,1 millions d'entrées dans les salles françaises et 7,6 millions d'entrées dans les salles américaines, marquant un point dans sa carrière qui a pris un tournant international (franco-américaine), même si ses premières participations hollywoodiennes datent d'avant.

En tout, Marion Cotillard a reçu 2 Césars (et 6 nominations), 1 Oscar (et 1 nomination), 1 Golden Globe (et 3 nominations) et 1 BAFTA (et 1 nomination). Et elle a présidé la cérémonie des Césars du 27 février 2010.


Ces récompenses proviennent principalement de son premier rôle dans "La Môme", mais son premier César, de la meilleure actrice dans un second rôle, obtenu en 2005, elle l'a dû à sa très captivante apparition de sept minutes, dans le rôle d'une prostituée, dans "Un long dimanche de fiançailles" de Jean-Pierre Jeunet (sorti le 27 octobre 2004) aux côtés d'Audrey Tautou, Gaspard Ulliel, Dominique Pinon, Ticky Holdago, Clovis Cornillac, Jean-Pierre Darroussin, André Dussolier, etc.

On peut ainsi citer ses rôles dans les films suivants, encore non cités : "Taxi" de Gérard Pirès (sorti le 8 avril 1998), avec Samy Naceri, Frédéric Diefenthal et Édouard Montoute ; "Taxi 2" de Gérard Krawczyk (sorti le 29 mars 2000) ; "Taxi 3" de Gérard Krawczyk (sorti le 29 janvier 2003) ; "Big Fish" de Tim Burton (sorti le 9 janvier 2004), avec Albert Finney, Jessica Lange, Helena Bonham Carter et Alison Lohman ; "Cavalcade" de Steve Suissa (sorti le 25 mai 2005), avec Titoff, Richard Bohringer, Bérénice Bejo et Estelle Lefébure ; "La boîte noire" de Richard Berry (sorti le 2 novembre 2005), avec José Garcia, Michel Duchaussoy et Bernard Le Coq ; "Dikkenek" d'Olivier Van Hoofstadt (sorti le 21 juin 2006), avec Dominique Pinon, François Damiens, Mélanie Laurent, Florence Foresti et Catherine Jacob ; "Une grande année" de Ridley Scott (sorti le 10 novembre 2006), avec Russel Crowe, Albert Finney, Didier Bourdon, Jacques Herlin et Valeria Bruni Tedeschi ; "Public Enemies" de Michael Mann (sorti le 1er juillet 2009), avec Johnny Depp ; "Inception" de Christopher Nolan (sorti le 16 juillet 2010), avec Leonardo DiCaprio, Elliot Page et Michael Cain ; "Les Petits Mouchoirs" de Guillaume Canet (sorti le 20 octobre 2010), avec François Cluzet, Benoît Magimel, Gilles Lellouche, Valérie Bonneton et Jean Dujardin.
 


Et aussi : "Minuit à Paris" de Woody Allen (sorti le 11 mai 2011), avec Owen Wilson, Rachel McAdams et Carla Bruni ; "Contagion" de Steven Soderbergh (sorti le 8 septembre 2011), avec Matt Damon, Laurence Fisburner, Jude Law, Gwyneth Paltrow et Kate Winslet ; "De rouille et d'os" de Jacques Audiard (sorti le 17 mai 2012), avec Céline Sallette et Corinne Masiero ; "The Dark Knight Rises" de Christopher Nolan (sorti le 20 juillet 2012), avec Christian Bale, Gary Oldman, Anne Hathaway, Michael Caine et Morgan Freeman ; "The Immigrant" de James Gray (sorti le 27 novembre 2013), avec Angela Sarafyan, Joaquin Phoenix et Jeremy Renner ; "Deux jours, une nuit" de Jean-Pierre et Luc Dardenne (sorti le 21 mai 2014), avec Fabrizio Rongione et Pili Groyne ; "Macbeth" de Justin Kurzel (sorti le 2 octobre 2015), avec Michael Fassbender ; "Jules la fin du monde" de Xavier Dolan (sorti le 21 septembre 2016), avec Nathalie Baye, Vincent Cassel et Léa Seydoux ; "Mal de pierres" de Nicole Garcia (sorti le 19 octobre 2016), avec Louis Garrel ; "Alliés" de Robert Zemeckis (sorti le 23 novembre 2016), avec Brad Pitt et Lizzy Caplan ; "Les Fantômes d'Ismaël" d'Arnaud Desplechin (sorti le 17 mai 2017), avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg et Louis Garrel ; "Gueule d'ange" de Vanessa Filho (sorti le 23 mai 2018) ; "Nous finirons ensemble" de Guillaume Canet (sorti le 1er mai 2019) ; "Astérix et Obélix : L'Empire du Milieu" de Guillaume Canet (sorti le 1er février 2023), où elle est Cléopâtre avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Vincent Cassel, Julie Chen, Pierre Richard, Philippe Katerine, etc. ; et son dernier film, "La Tour de glace" de Lucile Hadzihalilovic (sorti le 17 septembre 2025).

Le 4 juin 2020, le magazine "Vogue" a classé l'actrice comme quatorzième plus belle actrice française de tous les temps ! Pourquoi Marion Cotillard est-elle autant récompensée et autant appréciée par le public, notamment français malgré ses "infidélités" américaines ? Parce que, comme actrice, elle réussit à jouer réellement son personnage, et ce sont des personnages parfois très différents d'une fiction à l'autre. C'est cela qui est très impressionnant. Elle est très malléable dans la réalité d'un personnage, psychologique, mais aussi physique.


Le site Wikipédia écrit : « Marion Cotillard est une actrice largement reconnue pour la justesse de ses interprétations, notamment grâce à ses méthodes de recherche psychologique fouillée (…). Parmi d'autres interprétations exigeantes, l'actrice prend des cours de natation de manière à paraître crédible en dresseuse d'orques dans "De rouille et d'os", et elle apprend le polonais ainsi qu'à parler anglais avec un accent polonais dans "The Immigrant". (…) Son engagement dans ses rôles et l'authenticité de ses interprétations forcent l'admiration de ses pairs, à commencer par l'actrice australienne Cate Blanchett, elle-même lauréate de deux Oscars. », et cite son ex-compagnon Guillaume Canet : « À partir du moment où elle a décidé de faire un film, elle le fait à 150%, sans se poser la question de savoir si le metteur en scène va faire un bon film ou un mauvais film. Parfois, il peut arriver qu'un acteur se retienne, se protège, ne se lâche pas complètement dans la direction que lui demande le réalisateur parce qu'il a peur pour son image. Chez Marion, ça n'existe pas. ».

L'encyclopédie en ligne cite aussi Marion Cotillard elle-même, interviewée le 3 août 2014 dans "The Guardian" : « Avant de fonder ma famille, je dévouais ma vie à mon personnage. Plus celui-ci m'affectait, plus je m'en sentais proche. Mais je ne peux plus m'enfermer dans un autre monde, maintenant. Je ne veux pas perturber mon fils sous le prétexte que je serais dans un état second, en pleine dépression ou en train de tuer un roi. ».


Et sa famille, c'est Guillaume Canet et leurs deux enfants. Marion Cotillard a été "victime" du sensationnalisme assumé de la présentatrice vedette du journal de France 2, Léa Salamé, qui n'a pas hésité à lui demander, il y a deux semaines : « La question, c'était qu'on a appris cet été votre séparation après dix-huit ans de vie commune (…), je voulais juste savoir comment vous alliez ? ». Et la grande actrice de lui répondre, avec son tempérament, polie mais agacée : « Merci, ça va... Et vous, vous allez bien ? ».

La vidéo a fait un buzz, et juste avant cette question inappropriée (qui, dans un entretien professionnel, souhaite évoquer des problèmes personnels sans l'avoir demandé ?), l'actrice avait bien remis en place la journaliste qui pensait que son neuvième film avec Guillaume Canet (un thriller, "Karma"), sortirait en octobre 2025 alors qu'il s'agissait de l'année 2026 (la sortie est prévue le 21 octobre 2026 ; le tournage s'est achevé le 28 mai 2025).

Par ailleurs, Marion Cotillard a eu de nombreuses occasions de faire part de ses engagements écologiques (elle a participé par exemple à la dernière session de la Convention citoyenne pour le climat en 2020), mais lucide sur sa propre vie, faite de longs-courriers entre Amérique et Europe, elle a reconnu dans "The Guardian" du 3 août 2014 que, contrairement à Audrey Hepburn qui a arrêté de tourner pour cette raison : « Moi, je ne suis pas encore prête à le faire ! ». Pour le grand bonheur des amateurs de ses personnages et de ses films. Bon anniversaire, Marion !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Lauren Bacall.
Micheline Presle.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Marlène Jobert.
Alfred Hitchcock.
Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
Charlie Chaplin.

 

 

 

 

 

 


https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250930-marion-cotillard.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/marion-cotillard-au-sommet-263344

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/30/article-sr-20250930-marion-cotillard.html

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24 septembre 2025 3 24 /09 /septembre /2025 21:21

« À un moment donné, il a pris le mégaphone et il a hurlé : "Ne me tuez pas la cardinale !". Alors là, j'ai compris qu'il m'avait remarquée ! » (Claudia Cardinale, le 26 juin 2015 sur France Inter).




 


La première rencontre de l'actrice avec Luchino Visconti pour le tournage de "Rocco et ses frères" (sorti le 5 septembre 1960), avec Alain Delon, Annie Girardot et Renato Salvatori, a été exceptionnelle et a valu quatre films, "Le Guépard" (sorti le 23 mars 1963), avec Burt Lancaster et Alain Delon, "Sandra" (sorti le 16 septembre 1965), avec Michael Craig et Jean Sorel, et (dans une moindre mesure) "Violence et Passion" (sorti le 10 décembre 1974), avec Burt Lancaster. L'actrice franco-italienne Claudia Cardinale s'est éteinte ce mardi 23 septembre 2025 à l'âge de 87 ans (elle est née le 15 avril 1938) d'une longue maladie à Nemours, au sud de Fontainebleau, à son domicile auprès de ses deux enfants.

Claudia Cardinale est ce qu'on appelle un monument du cinéma (du cinéma italien, du cinéma français et même du cinéma américain). Plus de cent cinquante films, dont des films d'auteur, des fictions à la télévision, du théâtre, plus de soixante ans de carrière. En 2020, elle faisait partie des actrices les mieux rémunérées du monde. Elle a consacré sa notoriété et sa fortune à de très nombreuses causes (lutte contre le sida, abolition de la peine de mort, droits des LGBT, etc.).

Parce qu'elle était la beauté incarnée dans son temps, dans la modernité, avec ce côté sauvage et garçon manqué, Claudia Cardinale, surnommée CC pour faire concurrence à BB, Brigitte Bardot, a été la muse des plus grands cinéastes italiens avec lesquels elle a démarré sa carrière : Visconti, Fellini, Zeffirelli, Squitieri (le seul homme qu'elle a véritablement aimé, avec qui elle a vécu entre 1974 et 2011) et quelques autres, alors que, née et vivant à Tunis, bien qu'Italienne, elle ne savait même pas parler l'italien, seulement le français. Elle était plutôt la nouvelle concurrente de Sophia Loren.

Claudia Cardinale n'avait aucune envie de devenir une star du cinéma. Elle s'est prêtée à des petits tournages sans prétention alors qu'elle séjournait encore en Tunisie, mais sa beauté a rendu fous des producteurs, des réalisateurs italiens qui l'ont encouragée à venir à Rome. C'est seulement après quelques hésitations et allers-et-retours que la jeune starlette a finalement accepté cette nouvelle vie, complètement folle : en dix ans, elle a tourné dans quarante films.

 


Notoriété au maximum. La star est arrivée au Festival de Cannes de 1961 à 23 ans pour présenter deux films, "La Fille à la valise" de Valerio Zurlini (sorti le 9 février 1961), avec Jacques Perrin, et "Le mauvais chemin" de Mauro Bolognini (sorti le 13 juin 1961), avec Jean-Paul Belmondo. Au début, son futur époux Franco Cristaldi, producteur de cinéma, subjuguée par elle, l'a fait jouer aux côtés de grandes stars et même si c'étaient des petits rôles, cela lui permettait de se faire remarquer. Elle allait être récompensée de nombreux prix dont le Lion d'Or à Venise en 1993 et l'Ours d'Or à Berlin en 2002.

Visconti, dont elle s'est fait l'ambassadrice de l'œuvre au Festival international du Film de La Rochelle en 2015, Claudia Cardinale a parlé volontiers de sa personnalité, sa grande culture, à Augustin Trapenard qui l'a interviewée le 26 juin 2015 sur France Inter. Une très forte amitié, de la conversation : « J'étais toujours chez lui, toujours chez lui ! ».

 


Elle disait la différence entre Visconti et Fellini : « Avec Visconti, c'était comme faire du théâtre. C'est-à-dire, on répétait autour d'une table. Tout devait être précis. ». Alors que Federico Fellini, avec qui elle a tourné "Huit et demi" (sorti le 14 février 1963), avec Marcello Mastroianni, Anouk Aimée et Sandra Milo, était plus dans l'improvisation. Fellini lui a imposé de parler italien pour ne plus être doublée (et sa voix, en peu éraillée, est devenue elle aussi connue). Elle a tourné au même moment pour Visconti et pour Fellini (en 1963).

À la fin des années 1970, Claudia Cardinale en a fini avec des rôles de star ; avec la maturité, elle a préféré prendre des rôles différents. Et elle l'a fait jusqu'au début des années 2020 (elle a joué encore à l'âge de 84 ans, dans "L'Île du pardon" de Ridha Béhi, sorti le 17 novembre 2022).

 


Parmi les films, avec Claudia Cardinale, qui ont marqué et que je n'ai pas encore évoqués, on peut citer "Le Pigeon" de Mario Monicelli (sorti le 24 septembre 1958), le premier avec des stars comme Vittorio Gassman et Renato Salvatori ; "Austerlitz" d'Abel Gance (sorti le 17 juin 1960), avec Pierre Mondy, Elvire Popesco et Martine Carol ; "Cartouche" de Philippe de Broca (sorti le 7 mars 1962), avec, entre autres, Jean-Paul Belmondo, Jean Rochefort et Jacques Balutin ; "La Panthère rose" de Blake Edwards (sorti le 19 décembre 1963), avec Peter Sellers, David Niven et Robert Wagner ; "Le plus grand cirque du monde" de Henry Hathaway (sorti le 25 juin 1964), avec John Wayne et Rita Hayworth ; "La ragazza" de Luigi Comencini (sorti le 24 janvier 1964) ; "Les Centurions" de Mark Robson (sorti le 8 juillet 1966), avec Anthony Quinn, Alain Delon, Michèle Morgan et Maurice Ronet ; "Il était une fois dans l'Ouest" de Sergio Leone (sorti le 21 décembre 1968), avec Charles Bronson et Henry Fonda, où elle tenait beaucoup plus la route que bien des acteurs hommes pour la résistance physique dans un désert ; "Les Conspirateurs" de Luigi Magni (sorti le 21 octobre 1969), avec Nino Manfredi, Robert Hossein et Ugo Tognazzi ; "Les Pétroleuses" de Christian-Jaque (sorti le 16 décembre 1971), avec Brigitte Bardot, Micheline Presle et Georges Beller (où BB et CC rompaient avec le rôle de femmes stars en se bagarrant dans la poussière !).

Et aussi : "La Scoumoune" de José Giovanni (sorti le 12 décembre 1972), avec Jean-Paul Belmondo et Michel Constantin ; "Le Ruffian" de José Giovanni (sorti le 12 janvier 1983), avec Lino Ventura et Bernard Giraudeau ; "La Révolution française" de Robert Enrico et Richard T. Heffron (sorti le 25 octobre 1989), avec François Cluzet, Jean-François Balmer, Peter Ustinov, Jean-François Stévenin, Jean Bouise, Philippine Leroy-Beaulieu, Michel Duchaussoy, Dominique Pinon, Michel Galabru, etc. ; "Hiver 54, l'abbé Pierre" de Denis Amar (sorti le 1er novembre 1989), avec Lambert Wilson, Robert Hirsch, Antoine Vitez et Laurent Terzieff ; "Mayrig" et "588 rue Paradis" d'Henri Verneuil (sorti les 27 novembre 1991 et 15 janvier 1992), avec Omar Sharif, Richard Berry, Isabelle Sadoyan, Jacques Villeret et Zabou Breitman.

 


La dernière expression publique de Claudia Cardinale fut pour son compagnon de tournage Alain Delon, mort l'an dernier et qui comptait beaucoup pour elle : « Il occupe une place d’exception parmi les différents partenaires que j’ai eus. Alain est un être magnétique par sa beauté mais aussi par son aura, sa personne. ».

Claudia Cardinale s'est dit chanceuse d'avoir eu le cinéma qui lui a donné une certaine forme d'immortalité. Malgré le star system, malgré la proximité des plus grands acteurs, des plus grands réalisateurs, elle a tenté de ne pas « se monter la tête ». Et elle a réussi à ne jamais dévoiler sa nudité dans un film : « Moi, la nudité, ça a toujours été hors de question ! », disait-elle en 1995.

Cette immortalité nous laisse ainsi de très nombreux films où son sourire devient éternel. Le Président Emmanuel Macron lui a rendu hommage à sa façon, ce mercredi matin sur Twitter : « Claudia Cardinale incarnait une liberté, un regard, un talent qui ajouta tant aux œuvres des plus grands, de Rome à Hollywood, et Paris, qu’elle choisit comme patrie. Nous, Français, porterons toujours dans notre cœur cette star italienne et mondiale, dans l’éternité du cinéma. ».

Pour comprendre comment la star Claudia Cardinale est née, le documentaire réalisé par Emmanuelle Nobécourt et Erwan Bizeul en 2019 et rediffusé ce mercredi 24 septembre 2025 sur la chaîne Arte, montre « le visage sans maquillage d'une femme de 40 ans qui a cessé de se cacher, pour dérouler le parcours follement romanesque d'une belle personne devenue grande actrice à son corps défendant ».



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claudia Cardinale.
François Cluzet.
Robert Redford.
Alain Delon.
Sheila.
Nicole Croisille.
Gérard Depardieu.
Philippe Labro.
Jean d'Ormesson.
Josiane Balasko.
Joséphine Baker.
Moonraker.
Gene Hackman.
Pierre Dac.
Bertrand Blier.
Pierre Arditi.
Pierre Palmade.
Carla Bruni.
Valeria Bruni Tedeschi.
Teddy Vrignault.
Pierre Richard.
François Truffaut.
Roger Hanin.
Daniel Prévost.
Michel Blanc.
Brigitte Bardot.
Marcello Mastroianni.
Jean Piat.
Sophia Loren.
Lauren Bacall.
Micheline Presle.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Marlène Jobert.
Alfred Hitchcock.
Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
Charlie Chaplin.


 

 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250923-claudia-cardinale.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/ne-me-tuez-pas-la-cardinale-263411

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/23/article-sr-20250923-claudia-cardinale.html


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