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13 septembre 2023 3 13 /09 /septembre /2023 05:04

« Cet homme, cet homme qui est là, prostré, diminué, chafouin, cacochyme, malhonnête à coup sûr, communiste peut-être, cet homme (…) porte en lui une double personnalité. Oui (…), je suis en mesure de l'affirmer aujourd'hui : Hubert Deschamps en a deux ! (…) Sous ses dehors de plouc faux-jeton, Hubert Deschamps cache en réalité une âme de vrai faux-cul. C'est pour ça qu'exceptionnellement, je demande la réclusion criminelle à perpétuité avec sursis. » (Pierre Desproges, le 5 mai 1981).




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Le prévenu de ce mythique "Tribunal des flagrants délires" diffusé sur France Inter juste avant l'arrivée de la gauche au pouvoir, n'a pas pris ombrage du n'importe-quoi débité par l'avocat général Pierre Desproges parce qu'à l'époque, les comiques aimaient bien se taquiner entre eux. Hubert Deschamps, comédien et acteur, a sans doute plus hurlé cinq jours plus tard quand la Bastille était une nouvelle fois prise d'assaut par le peuple, lui, le monarchiste gentillet, le bourgeois parisien qui ne faisait qu'aller et venir du sixième au septième arrondissement et qui ne traversait la Seine que le 21 janvier de chaque année pour commémorer la mort du roi à Saint-Germain-l'Auxerrois. Il s'appelait parfois Hubert Deschamps de Saint-Germain-des-Prés (à l'époque, c'était un honneur d'être germanopratin !).

Petit jour particulier aujourd'hui puisqu'il y a 100 ans, le 13 septembre 1923, Hubert Deschamps est né à Paris. Il est mort d'une crise cardiaque à l'âge de 75 ans le 29 décembre 1998, à Paris également, il y a donc près de vingt-cinq ans. À 20 ans, pour refuser le STO, il s'est engagé dans la résistance à Grenoble et dans la 2e division blindée (la division Leclerc) ; au cours des combats, lors de la Bataille de Royan, il a été blessé, avec quatorze éclats d'obus dans la jambe, ce qui lui a valu de boiter un peu et de recevoir la Médaille militaire et la Croix de guerre 1939-1945, comme l'indique sa tombe au cimetière de Chêne-Arnoult, dans l'Yonne (il n'en était pas pour autant un gaulliste, il considérait au contraire De Gaulle comme un... c@n !).

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Hubert Deschamps n'a peut-être pas connu les heures de gloire des grandes stars du cinéma français (il n'a eu qu'un seul premier rôle, dans "La Gueule ouverte" de Maurice Pialat, sorti le 8 mai 1974, avec Philippe Léotard et Nathalie Baye ; Maurice Pialat avait hésité entre lui et Francis Blanche pour jouer le mari d'une personne malade du cancer, qui s'apparentait à la mère du réalisateur). Cependant, il fait partie de notre mémoire nationale comme un talent d'après-guerre qui en a imposé par la subtilité de son humour. Et aussi par la somme de ses participations pendant plus de cinquante ans de carrière : plus de cent trente films au cinéma sortis entre 1950 et 1999, plus de soixante-dix téléfilms ou épisodes de série à la télévision diffusés entre 1954 et 1994 (comme "L'Affaire Seznec", réalisé par Yves Boisset dans une adaptation du livre de Denis Langlois, diffusé sur TF1 le 7 janvier 1993), sans compter ce qu'il préférait, à savoir les quelque soixante-dix pièces de théâtre qu'il a jouées sur scène entre 1949 et 1998. Il n'était pas peu fier que le dramaturge Jean Anouilh a imaginé un personnage en pensant à lui pour plusieurs de ses pièces, comme "L'Hurluberlu ou le Réactionnaire amoureux", créée le 5 février 1959 (avec Paul Meurisse et Édith Scob).

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Fils de l'académicien Paul Deschamps, historien médiéviste qui a fait l'École des Chartes, conservateur de musées et de monuments, Hubert Deschamps était très cultivé et assurait à la fin de sa vie qu'il regardait peu la télévision, sauf les journaux télévisés et aussi une série humoristique qu'il ne ratait jamais, "Les Deschiens" centrée sur une famille de fromagers peu cultivés, créée par son neveu Jérôme Deschamps et la compagne de celui-ci, Macha Makeïeff. Pour Hubert Deschamps, cette troupe de théâtre (composée notamment de Yolande Moreau, François Morel et Philippe Duquesne) lui rappelait de bons souvenirs, à ses débuts : « Je retrouve chez lui et cette bande de Deschiens l'esprit de compagnie que j'ai pu connaître chez Grenier-Hussenot (quatre années de fous rires) ou chez les Branquignols de Robert Dhéry. ».

L'expérience de la scène était inégalable. Pour se faire de l'argent dans les années 1950, il se produisait le soir, après le théâtre, dans des cabarets parisiens aux côtés de Fernand Raynaud, Darry Col, Yves Robert, Jean Rochefort, les frères Prévert, etc. Hubert Deschamps a formé un duo comique avec le très savoureux Jacques Dufilho (qu'il adorait et dont l'aplomb l'impressionnait beaucoup), un duo qui amusait beaucoup les spectateurs. Ils étaient notamment deux vieilles poinçonneuses dont les personnages ont probablement inspiré les Vamps. Dans un entretien accordé à Fabrice Guillermet en 1995, Hubert Deschamps parlait ainsi de son compère Jacques Dufilho : « Jacques est le type qui m'a fait le plus rire. Il n'y avait pas moyen de le démonter. Je n'ai jamais vu quelqu'un avoir autant d'aplomb pour trouver une réponse encore plus délirante à la réplique la plus saugrenue. ».

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Au cinéma, très souvent présent dans les années 1960, 1970 et 1980, Hubert Deschamps avait rarement des rôles majeurs, mais ses apparitions apportaient des épices bienvenues dans les productions, même parfois lorsqu'elles étaient des navets. Au début, il était jeune (La Palisse), mais très vite, il campait des personnages sans âge ou "vieux", rarement séduisants, des Français moyens, des paysans, et son humour était très marqué. Il était un peu comme Michel Robin, Julien Guiomar, Jean-Luc Bideau, Roger Dumas, Jacques Marin, Michel Aumont ou encore Robert Dalban, et plein d'autres comédiens qui servaient l'œuvre et pas l'inverse, ils n'étaient pas des stars du cinéma mais des inamovibles personnages du cinéma français. Des artisans qui manquent aujourd'hui, certainement.

Je propose de rappeler quelques excellents rôles de l'ami Hubert Deschamps. Faut-il s'étonner que dans quatre exemples sur les cinq que je cite, les films soient réalisés par Claude Zidi ?

D'abord, dans l'incontournable film "Les Sous-doués" (sorti le 30 avril 1980), Hubert Deschamps est le professeur de mathématiques et d'anglais, ce qui était étonnant alors qu'il a été un élève toujours nul en maths dans sa scolarité ; dans ce film, il est aussi le mari de Maria Pacôme, la "pétulante" directrice de l'école. Dans un autre numéro de la série, "Les Sous-doués en vacances" (sorti le 10 mars 1982), film connu pour l'agaçante et récurrente chanson de Guy Marchand !, Hubert Deschamps est un désopilant chirurgien : à chaque apparition, il coupe un bout de la jambe d'un même patient, alternant la jambe gauche et la jambe droite (pour tenter vainement de faire une hauteur commune !).

Dans la comédie policière "Inspecteur Labavure" (sorti le 3 décembre 1980) avec Coluche et Gérard Depardieu dans les rôles principaux, Hubert Deschamps est Marcel Watrin, le vieux flic proche de la retraite qui apprend le métier au p'tit jeune Coluche (Michel Clément), par ailleurs fils d'un flic tombé en service, héros posthume de la maison.

Dans "Tendre poulet" de Philippe de Broca (sorti le 18 janvier 1978), qui raconte les retrouvailles de deux amis d'enfance, un intello Philippe Noiret, helléniste anti-police, et une commissaire de police Annie Girardot, embarquée dans une affaire policière, une série de députés assassinés par un poinçon. Hubert Deschamps est dans le rôle du concierge Charmille et (attention, spoiler !), c'est lui le méchant !

Revenons à Zidi pour la fin avec "Association de malfaiteurs" (sorti le 11 février 1987), que j'ai adoré, film qui retrace la rivalité entre d'anciens élèves de HEC, en particulier entre François Cluzet et le requin sans-scrupules Jean-Pierre Bisson qui reluque la femme du premier. Hubert Deschamps est l'oncle Gadin, celui de Christophe Malavoy. François Cluzet et Christophe Malavoy, recherchés par la police dans une affaire de finances, sont hébergés clandestinement en banlieue par l'oncle Gadin... qui a une tortue. Chaque fois qu'il revient le voir, François Cluzet échange sa tortue avec une autre tortue, plus grande. La scène la plus drôle reste celle où la fiancée de François Cluzet le rejoint chez cet oncle. Pour remercier Hubert Deschamps de son accueil, il lui montre la beauté nue de la jeune femme qui dort encore sur le lit (jouée par la charmante Claire Nebout). C'est à ce moment-là que la formule utilisée par les vendeurs de fruits et légumes a tout son sens : touchez avec les yeux !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (09 septembre 2023)
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Pour aller plus loin :
Hubert Deschamps.
Marcel Zanini.

Roman Polanski.
Roger Pierre.
Jean-Marc Thibault.
Richard Attenborough.

Jean-Pierre Melville.
Maria Pacôme.
Serge Gainsbourg.
Jane Birkin.
Justine Triet.
Clint Eastwood.
Les Randonneuses (série télévisée).
L'Affaire d'Outreau (documentaire télévisé).
Lycée Toulouse-Lautrec (série télévisée).
À votre écoute, coûte que coûte !

Tina Turner.
Florent Pagny.
Claude Piéplu.
Arielle Dombasle.
Jacques Dutronc.

Richard Gotainer.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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6 septembre 2023 3 06 /09 /septembre /2023 05:38

« La vie, pour moi, elle est magnifique !
Faut pas que tu la compliques
Par tes hésitations. »
(Paroles de Pierre Cour, 1969).





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Le célèbre chanteur de jazz et clarinettiste Marcel Zanini est né il y a 100 ans, le 7 septembre 1923 et il est mort à Paris au début de cette année, le 18 janvier 2023, pas loin, donc, de son siècle (très âgé, il a continué encore à jouer). Il est le père de "l'écrivain sulfureux" (ou controversé ? je ne sais pas comment le présenter) Marc-Édouard Nabe (né en 1958), pseudonyme de son vrai nom Alain Marc Édouard Zannini (un n a disparu une génération auparavant).

Né Français à Istanbul à l'ambassade de France, baptisé dans une église française, Marcel Zanini a eu une mère grecque et un père français d'origine italienne et sa famille s'est installée à Marseille en 1930. Il a commencé à jouer de la clarinette dans un groupe en 1946 et a fondé son propre groupe de jazz dans les années 1950.

Connu pour sa bonne humeur et son bon humour et reconnaissable par son chapeau, sa moustache et ses (fausses) lunettes rondes, Zanini a enchanté des générations de Français avec ses chansons ...et une particulière. Elles pouvaient sembler simplettes mais elles ont contribué à la chanson française et à cette légèreté des Trente Glorieuses qui nous manque tant aujourd'hui (un rien est maintenant monté en épingle et fait polémique alors que dans ce temps-là, bien lointain, c'était juste un sourire sans conséquences).

L'œuvre la plus connue de Marcel Zanini était unique en son genre, c'était l'interprétation de la chanson "Tu veux ou tu veux pas" (plus exactement "Tu veux, tu veux pas") qu'il a enregistrée en 1969 sur proposition du producteur Eddie Barclay (personne ne voulait la chanter, en particulier Eddy Mitchell). L'enregistrement a duré seulement un quart d'heure et le disque s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires (il faut bien sûr rajouter le temps du service après-vente, les présences dans les émissions de variétés, etc.). Sur la face B : "Ça balance terrible".

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Si l'on regarde de près les paroles de cette chanson un peu loufoque (écrites par Pierre Cour, parolier entre autres de France Gall, Marie Laforêt, Enrico Macias, etc.), on pourrait maintenant imaginer des procès médiatiques pour machisme, puisqu'en quelque sorte, la chanson se résume à : "les femmes ne savent jamais ce qu'elles veulent". Et sous-entendu : "mais on les aime comme ça !" (le "on" ici reprenant les hommes dans le sens "man" et pas "human"). Heureusement, la légèreté souriante du chanteur empêche toute mauvaise interprétation et en particulier de machisme ou de misogynie.





Pierre Cour avait adapté avec beaucoup de liberté une chanson brésilienne (écrite en portugais) composée par le musicien Carlos Imperial : "Nem Vem Que nao Tem" que le chanteur Wilson Simonal de Castro a interprétée en 1967.





D'autres artistes français ont interprété cette chanson à succès populaire, et l'interprétation la plus connue (après Zanini) est celle de Brigitte Bardot qui a sorti un disque quelques mois après celui de Marcel Zanini, en 1970, dans une version plus féminine (donc).





L'association de Marcel Zanini avec "Tu veux ou tu veux pas" a perduré au fil des décennies et il ne le regrettait pas ; au contraire, il trouvait que c'était intéressant et cohérent avec le début de sa carrière qui l'avait déjà rendu célèbre. Il l'a d'ailleurs confié en octobre 2005 à l'occasion du festival Nancy Jazz Pulsations.





Et c'est vrai qu'il interprétait d'autres chansons du même style. On peut citer "Ça balance terrible".





"Thérèse"





Ou encore "My baby ne pense qu'à moi".






Et (pour la fin) : "Un Scotch, un Bourbon, une bière".





Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (02 septembre 2023)
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Pour aller plus loin :
Marcel Zanini.
Roger Pierre.
Jean-Marc Thibault.

Jane Birkin.
Clint Eastwood.
Stéphanie de Monaco.
Tina Turner.
Jacques Dutronc.

Arielle Dombasle.
Richard Gotainer.
Pierre Perret.
Florent Pagny.
Gérard Darmon.
Pierre Palmade.
Serge Lama.
Jane Birkin.
Patrick Bouchitey.

Carla Bruni.
Vanessa Paradis.
Laurent Gerra.
Desireless.
Robert Clary.
Olivia Newton-John.
Michel Berger.
France Gall.
Marilyn Monroe.
Guy Marchand.
Vangelis.
Renaud.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Patricia Kaas.
Kim Wilde.

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30 août 2023 3 30 /08 /août /2023 05:55

« À cette époque [en 1946], Max Revol avait créé une troupe de fantaisistes, située 1 place Pigalle, dont Jean Richard était le producteur. Il y avait donc bien évidemment Max Revol, Jean Richard mais aussi Jean Marc Thibault. J'étais le jeune premier de cette troupe mais il nous manquait quelqu'un pour faire les inters, c'est à dire une personne qui rentre pendant les différentes coupures. Jean-Marc a pensé à un copain, Daniel Gélin, et celui-ci nous a dit qu'il connaissait une personne qui recherchait du boulot, c'était Louis de Funès. La saison d'après, nous ne l'avons pas repris car il ne faisait pas assez rire et nous avons engagé Hubert Deschamps. » (Roger Pierre, le 22 décembre 2007, AutourDeLouisDeFunes.fr).




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Drôle de coïncidence : il y a 100 ans, le duo est né. Pas l'association des deux, mais chacun des deux. Jean-Marc Thibault est en effet né le 24 août 1923 dans l'Yonne et son compère et compagnon du rire Roger Pierre est né quelques jours plus tard, le 30 août 1923 à Paris. Quant à leur association vouée à l'humour, elle date d'un peu plus tard, à peu près de 1946. Pendant trente ans, ils ont fait rire les Français et en même temps, ils ont joué et écrit pour le cinéma. Puis chacun a poursuivi sa carrière en solo, Jean-Marc Thibault plutôt au cinéma et à la télévision, Roger Pierre plutôt au théâtre.

Jean-Marc Thibault a sans doute plus vieilli que Roger Pierre au fil des années. Il était devenu un bon grand-père un peu au look Bidochon, bon Français un peu franchouillard. Du moins, dans le look car un acteur ne fait que jouer son rôle et rien de plus (c'est d'ailleurs une réelle difficulté du comédien, ne pas se métamorphoser dans son personnage tout en étant convaincant).

Et l'un de ses rôles que j'ai particulièrement retenu a été dans la série télévisée "Les Grandes Marées" (j'ai mis un certain temps à retrouver le titre), une série de huit épisodes d'une heure trente réalisée par Jean Sagols qui a été diffusée sur TF1 du 9 juillet au 27 août 1993 (scénario d'Annick Lepage et Christian Watton, avec Bernard Le Coq, Pierre Vaneck, Isabel Otero, Nicole Calfan, Patachou... et aussi, entre autres, Barbara Schulz, Arièle Semenoff et Andrée Damant). Jean-Marc Thibault était alors Maurice Leclerc, un ancien collabo peu fier de l'avoir été et qui, aidé de sa femme jouée par Patachou, tente de cacher son passé honteux malgré toutes les investigations...

Cette saga m'avait particulièrement frappé parce qu'il est toujours difficile d'avoir le mauvais rôle dans une fiction, celui du lâche et du salaud. C'était l'époque qui voulait cela : on était en procès de René Bousquet (qui a été assassiné), et depuis quelques années, on commençait (enfin) à fouiller dans les archives parfois peu ragoûtantes de l'Occupation. Une voire deux générations étaient passées et il fallait bien que la vérité refît surface.

La carrière de Jean-Marc Thibault, indépendamment du comique avec Roger Pierre, est assez impressionnante, tant au cinéma qu'à la télévision, avec des rôles plus ou moins secondaires, citons par exemple "Le juge Fayard dit le shérif" d'Yves Boisset (1976), "Mon curé chez les nudistes" de Robert Thomas (1981), "Mademoiselle Chambon" de Stéphane Brizé (2009), etc.


Roger Pierre, qui a joué avec Louis de Funès et qui admirait Laurel et Hardy, semblait moins accessible à cette boulimie du cinéma. Ou plutôt, ses apparitions étaient plus rares à partir de la fin des années 1970 (le duo s'est séparé en 1976). On pouvait quand même le retrouver dans quelques grands films comme "Mon oncle d'Amérique" d'Alain Resnais (1980) et (du même cinéaste), "Les herbes folles" (2009). Moins souvent acteur, plus souvent comédien au théâtre, et aussi scénariste et dialoguiste.

J'aimais beaucoup Roger Pierre, toujours élégant, et si l'âge l'avait un peu ridé, il semblait comme identique au jeune homme qu'il avait toujours été. D'une diction qui pourrait ressembler à celle de Jacques Chaban-Delmas dans un corps de Jean-Pierre Chevènement, Roger Pierre faisait rire et pas ricaner comme les comiques le font de nos jours.

Roger Pierre était d'abord une voix pour la publicité à la radio et il a connu Jean-Marc Thibault qui lui faisait les textes. Très vite, les deux hommes se sont appréciés et ont entamé une carrière dans les cabarets parisiens. Ils ont coécrit ensemble plus de trois mille spectacles, des sketchs, des mimes, des chansons, etc. Leur chance a été qu'ils ont vite émergé à la télévision, en particulier chez Jean Nohain puis chez Maritie et Gilbert Carpentier. Ils étaient alors des stars de l'humour dès les années 1950 à la télévision. En 1951, Roger Pierre et Bourvil ont coécrit le célèbre sketch (qui n'est pas leur meilleur sketch à mon humble avis) sur l'eau ferrugineuse ("Causerie anti-alcoolique").


Roger Pierre et Jean-Marc Thibault ont aussi tourné cinq longs-métrages au cinéma : "La vie est belle" (1956), "Vive les vacances" (1958), "Les motards" (1959) avec aussi un autre humoriste, Francis Blanche, "Un cheval pour deux" (1981) et "Faites donc plaisir aux amis" (1969).

S'éloignant de Jean-Marc Thibault à partir des années 1980, Roger Pierre a surtout fait du théâtre (beaucoup plus que son compère) et aussi des émissions de télévision, il a aussi participé aux "Grosses Têtes" de Philippe Bouvard, sur RTL qui avait été parmi ses premiers employeurs.

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Parmi les anecdotes amusantes sur chacun des deux membres de ce duo mythique, retenons ces deux suivantes.

Sur Roger Pierre, il a vendu en 1971 à Peter Falk, l'interprète du fameux lieutenant Columbo, sa vieille voiture Peugeot 403 de passage aux États-Unis (en vacances). Peter Falk cherchait pour sa série une vieille voiture originale et a tout de suite flashé sur celle-ci (ce qui ne réjouissait pas vraiment la firme automobile qui y voyait plutôt une contre-publicité).

Sur Jean-Marc Thibault, il s'est retrouvé au centre d'une caricature du regretté Cabu parue dans "Le Canard enchaîné" lors de la victoire des socialistes aux législatives de 1997 et de l'arrivée de Lionel Jospin à Matignon. Le dessin montrait l'acteur Roger Hanin, beau-frère de François Mitterrand, serrer la main à Jean-Marc Thibault devant plein de photographes, avec pour titre : "Passation de pouvoir chez les beaufs". Ah oui, pour comprendre, il fallait savoir que Jean-Marc Thibault été marié à la comédienne Sophie Agacinski, sœur aînée de Sylviane Agacinski, épouse de ...Lionel Jospin (et aujourd'hui académicienne ; elle a été élue membre de l'Académie française le 1er juin 2023).

Roger Pierre est mort de maladie le 23 janvier 2010 à 86 ans dans les Yvelines. Son comparse Jean-Marc Thibault lui a survécu sept années et s'est éteint le 28 mai 2017 à 93 ans à Marseille.

Pour terminer cette très modeste évocation, je voudrais citer une émission à laquelle Roger Pierre et Jean-Marc Thibault participaient tous les jours en 1973 sur la deuxième chaîne de télévision : "Les Maudits Rois fainéants". C'est probablement inutile de préciser que ce titre était issu de la grande fresque historique de Maurice Druon "Les Rois maudits" (publiée de 1955 à 1960) qui venait d'être adaptée par Marcel Jullian et réalisée par Claude Barma (avec l'inoubliable Jean Piat en Robert III d'Artois et Louis Seigner en Spinello Tolomei le banquier), série télévisée diffusée du 21 décembre 1972 au 24 janvier 1973 à la deuxième chaîne de télévision. Précisons aussi que Maurice Druon, déjà membre de l'Académie française, était Ministre de la Culture du 5 avril 1973 au 27 février 1974.

"Les Maudits Rois fainéants" n'était qu'une suite de sketchs quotidiens, précurseurs tant des Guignols de l'Info, que, auparavant, du Petit rapporteur. Ils faisaient référence à l'actualité immédiate ; ainsi, aujourd'hui, il est difficile de comprendre certaines blagues car elles se référaient à des déclarations, par exemple, d'un homme politique qui sont aujourd'hui complètement oubliées (dont la durée de vie n'excédait pas la semaine). Et l'homme politique probablement lui aussi complètement oublié !


Ce qui était frappant, c'était l'improvisation : tournés en direct, ces sketchs s'éloignaient rapidement du texte initial (donc, pouvaient faire frémir le directeur de la chaîne !) et le duo s'amusait gaiement. L'autre caractéristique, c'était le très faible budget. Peu de décor, un sorte de comptoir pour cacher les bas, et pour montrer des bustes avec des costumes différents, des accessoires. Tout cela était de l'artisanat télévisuel, une authenticité qui devient aujourd'hui très rare dans les émissions préenregistrées, répétées, où tout est lissé selon le scénario donné.

En somme, Jean-Marc Thibault et Roger Pierre étaient de ceux qui ont apporté le talent comique français de l'après-guerre... et semblent un peu oubliés aujourd'hui. Heureusement, grâce à quelques DVD (en particulier de l'émission évoquée en dernier), ils revivent maintenant dans des appareils dont ils n'auraient jamais osé imaginer la technologie pour connaître un public totalement anachronique : nul doute que l'époque n'est plus la même !...



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Sylvain Rakotoarison (19 août 2023)
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Pour aller plus loin :
Roger Pierre.
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Dieudonné.
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Laurent Gerra.
Jacques Tati.
Charlie Chaplin.
Jean Roucas.
Jean Bertho.
Thierry Le Luron.
Jean Amadou.
Frédéric Fromet.
Daniel Prévost.
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Sim.
Élie Kakou.
Pierre Desproges.
Pierre Dac.

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28 août 2023 1 28 /08 /août /2023 05:54

« La pire chose à faire avant de commencer un film est d'aller voir celui d'un autre. » (Richard Attenborough).




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Lord Richard Attenborough, anobli baron en 1993, est né il y a 100 ans le 29 août 1923 à Cambridge et est mort presque quatre-vingt-onze ans plus tard, le 24 août 2014 à Londres. Il a perdu sa fille Jane et sa petite-fille Lucy emportées par le tsunami du 26 décembre 2004 en Thaïlande. Il repose désormais auprès d'elles depuis 2015 à Londres.

Cette célébrité britannique a cette particularité assez rare d'avoir été à la fois un grand acteur et un grand réalisateur. En outre, il a été aussi producteur. Pendant la guerre, étudiant de la Royal Academy of Dramatic Art, il a servi pendant trois ans dans la Royal Air Force comme cadreur pour des missions de reconnaissance.

Avec plus d'une soixante de films comme acteur à partir de 1942 et douze films comme réalisateur à partir 1969, Richard Attenborough était l'un des maîtres du cinéma, une référence qui l'a fait présider la British Academy of Film and Television Arts (BAFTA) de 2001 à 2010, la Royal Academy of Dramatic Art de 2003 à 2014 et quelques autres sociétés savantes ou prestigieuses.

Au début des années 1960, l'acteur britannique est allé jouer à Hollywood dans de nombreux films à l'instar de "La Grande Évasion" (1963), de John Sturges, à tel point qu'on aurait pu penser que Richard Attenborough était un citoyen américain. Il a joué avec de grands réalisateurs comme Peter Ustinov, Robert Aldrich, Robert Wise, Otto Preminger, etc.

À la fin des années 1970, il a quasiment arrêté de tourner comme acteur et a passé principalement son temps pour son métier de réalisateur. À l'instar du film "Chaplin", il a proposé plusieurs films biographiques, notamment sur Winston Churchill (1972), Steve Biko (1987) et (donc) Charlie Chaplin (1992).


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Je voudrais surtout évoquer deux petits bijoux d'Attenborough avec chacune de ses deux casquettes.

Le premier, en fait, n'est pas un petit mais un énorme bijou : il a réalisé "Gandhi" (sorti le 8 décembre 1982), une biographie du leader intemporel de la non-violence, le Mahatma Gandhi, joué magistralement par l'acteur indien Ben Kingsley choisi pour le principal rôle après que furent pressenties de nombreuses stars comme Anthony Hopkins, Alec Guinness, John Hurt, Dustin Hoffman, etc.

Richard Attenborough a mis longtemps à préparer ce chef-d'œuvre,
en s'endettant, en hypothéquant sa maison, en jouant des rôles peu intéressants pour se doter d'un trésor de guerre. Le scénario a mis une vingtaine d'années à se construire et surtout, à trouver un producteur. Dès 1962, Attenborough a emporté l'accord du Premier Ministre indien Nehru pour faire ce film, également celui de sa fille qui est devenue également Première Ministre, Indira Gandhi (amie du réalisateur britannique), mais il a eu beaucoup de mal à trouver un producteur pour ce projet considéré comme politiquement très risqué (il y a eu beaucoup de troubles, beaucoup d'Indiens ont tenté d'empêcher le tournage du film, un ancien Premier Ministre a entamé une grève de la faim, etc.).

Le film retrace la vie de Gandhi, en particulier ses principaux épisodes. Toutes les séquences étaient impressionnantes, en particulier celle du massacre d'Amritsar (qui a eu lieu le 13 avril 1919) qui a marqué durablement l'histoire des relations entre l'Inde et le Royaume-Uni. "Gandhi" fut couronné par de nombreux prix et en particulier par huit Oscars dont deux directement adressés à Richard Attenborough, l'Oscar du meilleur film et l'Oscar du meilleur réalisateur. Attenborough est entré parmi les grands du cinéma à cette occasion.

Le second bijou est aussi un gros bijou, c'est le retour de Richard Attenborough comme acteur. Il fut choisi par Steven Spielberg pour interpréter John Hammond, le patron du Jurassic Park dans les deux premiers films (les seuls excellents), "Jurassic Park" (sorti le 11 juin 1993) et "Le Monde perdu : Jurassic Park" (sorti le 23 mai 1997). L'idée du film est très originale et très audacieuse (faire revivre des dinosaures par l'ADN trouvé dans des fossiles), mais avec l'aspect moralisateur (très américain) sur la prétention humaine de vouloir maîtriser la nature.

Certes, ce n'était pas le premier rôle, mais à mon sens, le rôle le plus symptomatique de cette histoire. Son personnage est à la fois un milliardaire passionné par la science, et un chef d'entreprise, propriétaire et investisseur, pour lequel l'argent est un élément majeur, est la priorité (comme pour tout entrepreneur américain). John Hammond n'est pas le savant fou (la science avant tout) mais surtout le patron (pas de vagues en cas de problèmes) qui doit rassurer les actionnaires et attirer les clients. Le film montre les failles humaines de l'excellence scientifique.

S'il ne fallait garder que deux pépites de Sir Richard Attenborough, ce serait donc celles-là, "Gandhi" (sa grande œuvre) et "Jurassic Park" (une contribution valorisante) :
« Tout le monde s'imagine que le gigantisme est un facteur de joie et de satisfaction pour un metteur en scène. Ce n'est pas vrai. Le cinéma doit aussi définir, examiner et creuser l'éternel humain. ».


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (26 août 2023)
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Pour aller plus loin :
Roman Polanski.
Roger Pierre.
Jean-Marc Thibault.
Richard Attenborough.

Jean-Pierre Melville.
Maria Pacôme.
Serge Gainsbourg.
Jane Birkin.
Justine Triet.
Clint Eastwood.
Les Randonneuses (série télévisée).
L'Affaire d'Outreau (documentaire télévisé).
Lycée Toulouse-Lautrec (série télévisée).
À votre écoute, coûte que coûte !

Tina Turner.
Florent Pagny.
Claude Piéplu.
Arielle Dombasle.
Jacques Dutronc.

Richard Gotainer.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
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22 août 2023 2 22 /08 /août /2023 05:31

« À cette époque [en 1946], Max Revol avait créé une troupe de fantaisistes, située 1 place Pigalle, dont Jean Richard était le producteur. Il y avait donc bien évidemment Max Revol, Jean Richard mais aussi Jean Marc Thibault. J'étais le jeune premier de cette troupe mais il nous manquait quelqu'un pour faire les inters, c'est à dire une personne qui rentre pendant les différentes coupures. Jean-Marc a pensé à un copain, Daniel Gélin, et celui-ci nous a dit qu'il connaissait une personne qui recherchait du boulot, c'était Louis de Funès. La saison d'après, nous ne l'avons pas repris car il ne faisait pas assez rire et nous avons engagé Hubert Deschamps. » (Roger Pierre, le 22 décembre 2007, AutourDeLouisDeFunes.fr).




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Drôle de coïncidence : il y a 100 ans, le duo est né. Pas l'association des deux, mais chacun des deux. Jean-Marc Thibault est en effet né le 24 août 1923 dans l'Yonne et son compère et compagnon du rire Roger Pierre est né quelques jours plus tard, le 30 août 1923 à Paris. Quant à leur association vouée à l'humour, elle date d'un peu plus tard, à peu près de 1946. Pendant trente ans, ils ont fait rire les Français et en même temps, ils ont joué et écrit pour le cinéma. Puis chacun a poursuivi sa carrière en solo, Jean-Marc Thibault plutôt au cinéma et à la télévision, Roger Pierre plutôt au théâtre.

Jean-Marc Thibault a sans doute plus vieilli que Roger Pierre au fil des années. Il était devenu un bon grand-père un peu au look Bidochon, bon Français un peu franchouillard. Du moins, dans le look car un acteur ne fait que jouer son rôle et rien de plus (c'est d'ailleurs une réelle difficulté du comédien, ne pas se métamorphoser dans son personnage tout en étant convaincant).

Et l'un de ses rôles que j'ai particulièrement retenu a été dans la série télévisée "Les Grandes Marées" (j'ai mis un certain temps à retrouver le titre), une série de huit épisodes d'une heure trente réalisée par Jean Sagols qui a été diffusée sur TF1 du 9 juillet au 27 août 1993 (scénario d'Annick Lepage et Christian Watton, avec Bernard Le Coq, Pierre Vaneck, Isabel Otero, Nicole Calfan, Patachou... et aussi, entre autres, Barbara Schulz, Arièle Semenoff et Andrée Damant). Jean-Marc Thibault était alors Maurice Leclerc, un ancien collabo peu fier de l'avoir été et qui, aidé de sa femme jouée par Patachou, tente de cacher son passé honteux malgré toutes les investigations...

Cette saga m'avait particulièrement frappé parce qu'il est toujours difficile d'avoir le mauvais rôle dans une fiction, celui du lâche et du salaud. C'était l'époque qui voulait cela : on était en procès de René Bousquet (qui a été assassiné), et depuis quelques années, on commençait (enfin) à fouiller dans les archives parfois peu ragoûtantes de l'Occupation. Une voire deux générations étaient passées et il fallait bien que la vérité refît surface.

La carrière de Jean-Marc Thibault, indépendamment du comique avec Roger Pierre, est assez impressionnante, tant au cinéma qu'à la télévision, avec des rôles plus ou moins secondaires, citons par exemple "Le juge Fayard dit le shérif" d'Yves Boisset (1976), "Mon curé chez les nudistes" de Robert Thomas (1981), "Mademoiselle Chambon" de Stéphane Brizé (2009), etc.


Roger Pierre, qui a joué avec Louis de Funès et qui admirait Laurel et Hardy, semblait moins accessible à cette boulimie du cinéma. Ou plutôt, ses apparitions étaient plus rares à partir de la fin des années 1970 (le duo s'est séparé en 1976). On pouvait quand même le retrouver dans quelques grands films comme "Mon oncle d'Amérique" d'Alain Resnais (1980) et (du même cinéaste), "Les herbes folles" (2009). Moins souvent acteur, plus souvent comédien au théâtre, et aussi scénariste et dialoguiste.

J'aimais beaucoup Roger Pierre, toujours élégant, et si l'âge l'avait un peu ridé, il semblait comme identique au jeune homme qu'il avait toujours été. D'une diction qui pourrait ressembler à celle de Jacques Chaban-Delmas dans un corps de Jean-Pierre Chevènement, Roger Pierre faisait rire et pas ricaner comme les comiques le font de nos jours.

Roger Pierre était d'abord une voix pour la publicité à la radio et il a connu Jean-Marc Thibault qui lui faisait les textes. Très vite, les deux hommes se sont appréciés et ont entamé une carrière dans les cabarets parisiens. Ils ont coécrit ensemble plus de trois mille spectacles, des sketchs, des mimes, des chansons, etc. Leur chance a été qu'ils ont vite émergé à la télévision, en particulier chez Jean Nohain puis chez Maritie et Gilbert Carpentier. Ils étaient alors des stars de l'humour dès les années 1950 à la télévision. En 1951, Roger Pierre et Bourvil ont coécrit le célèbre sketch (qui n'est pas leur meilleur sketch à mon humble avis) sur l'eau ferrugineuse ("Causerie anti-alcoolique").


Roger Pierre et Jean-Marc Thibault ont aussi tourné cinq longs-métrages au cinéma : "La vie est belle" (1956), "Vive les vacances" (1958), "Les motards" (1959) avec aussi un autre humoriste, Francis Blanche, "Un cheval pour deux" (1981) et "Faites donc plaisir aux amis" (1969).

S'éloignant de Jean-Marc Thibault à partir des années 1980, Roger Pierre a surtout fait du théâtre (beaucoup plus que son compère) et aussi des émissions de télévision, il a aussi participé aux "Grosses Têtes" de Philippe Bouvard, sur RTL qui avait été parmi ses premiers employeurs.

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Parmi les anecdotes amusantes sur chacun des deux membres de ce duo mythique, retenons ces deux suivantes.

Sur Roger Pierre, il a vendu en 1971 à Peter Falk, l'interprète du fameux lieutenant Columbo, sa vieille voiture Peugeot 403 de passage aux États-Unis (en vacances). Peter Falk cherchait pour sa série une vieille voiture originale et a tout de suite flashé sur celle-ci (ce qui ne réjouissait pas vraiment la firme automobile qui y voyait plutôt une contre-publicité).

Sur Jean-Marc Thibault, il s'est retrouvé au centre d'une caricature du regretté Cabu parue dans "Le Canard enchaîné" lors de la victoire des socialistes aux législatives de 1997 et de l'arrivée de Lionel Jospin à Matignon. Le dessin montrait l'acteur Roger Hanin, beau-frère de François Mitterrand, serrer la main à Jean-Marc Thibault devant plein de photographes, avec pour titre : "Passation de pouvoir chez les beaufs". Ah oui, pour comprendre, il fallait savoir que Jean-Marc Thibault été marié à la comédienne Sophie Agacinski, sœur aînée de Sylviane Agacinski, épouse de ...Lionel Jospin (et aujourd'hui académicienne ; elle a été élue membre de l'Académie française le 1er juin 2023).

Roger Pierre est mort de maladie le 23 janvier 2010 à 86 ans dans les Yvelines. Son comparse Jean-Marc Thibault lui a survécu sept années et s'est éteint le 28 mai 2017 à 93 ans à Marseille.

Pour terminer cette très modeste évocation, je voudrais citer une émission à laquelle Roger Pierre et Jean-Marc Thibault participaient tous les jours en 1973 sur la deuxième chaîne de télévision : "Les Maudits Rois fainéants". C'est probablement inutile de préciser que ce titre était issu de la grande fresque historique de Maurice Druon "Les Rois maudits" (publiée de 1955 à 1960) qui venait d'être adaptée par Marcel Jullian et réalisée par Claude Barma (avec l'inoubliable Jean Piat en Robert III d'Artois et Louis Seigner en Spinello Tolomei le banquier), série télévisée diffusée du 21 décembre 1972 au 24 janvier 1973 à la deuxième chaîne de télévision. Précisons aussi que Maurice Druon, déjà membre de l'Académie française, était Ministre de la Culture du 5 avril 1973 au 27 février 1974.

"Les Maudits Rois fainéants" n'était qu'une suite de sketchs quotidiens, précurseurs tant des Guignols de l'Info, que, auparavant, du Petit rapporteur. Ils faisaient référence à l'actualité immédiate ; ainsi, aujourd'hui, il est difficile de comprendre certaines blagues car elles se référaient à des déclarations, par exemple, d'un homme politique qui sont aujourd'hui complètement oubliées (dont la durée de vie n'excédait pas la semaine). Et l'homme politique probablement lui aussi complètement oublié !


Ce qui était frappant, c'était l'improvisation : tournés en direct, ces sketchs s'éloignaient rapidement du texte initial (donc, pouvaient faire frémir le directeur de la chaîne !) et le duo s'amusait gaiement. L'autre caractéristique, c'était le très faible budget. Peu de décor, un sorte de comptoir pour cacher les bas, et pour montrer des bustes avec des costumes différents, des accessoires. Tout cela était de l'artisanat télévisuel, une authenticité qui devient aujourd'hui très rare dans les émissions préenregistrées, répétées, où tout est lissé selon le scénario donné.

En somme, Jean-Marc Thibault et Roger Pierre étaient de ceux qui ont apporté le talent comique français de l'après-guerre... et semblent un peu oubliés aujourd'hui. Heureusement, grâce à quelques DVD (en particulier de l'émission évoquée en dernier), ils revivent maintenant dans des appareils dont ils n'auraient jamais osé imaginer la technologie pour connaître un public totalement anachronique : nul doute que l'époque n'est plus la même !...


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Sylvain Rakotoarison (19 août 2023)
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Pour aller plus loin :
Roger Pierre.
Jean-Marc Thibault.

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Claude Piéplu.

Jacques Rouxel.
Les Shadoks.
Richard Gotainer.
Gotlib.
Philippe Bouvard.
Laurent Ruquier.
François Cavanna.
Pierre Palmade.
À votre écoute coûte que coûte !
Dieudonné.
Patrick Bouchitey.
Laurent Gerra.
Jacques Tati.
Charlie Chaplin.
Jean Roucas.
Jean Bertho.
Thierry Le Luron.
Jean Amadou.
Frédéric Fromet.
Daniel Prévost.
Coluche.
Sim.
Élie Kakou.
Pierre Desproges.
Pierre Dac.

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18 août 2023 5 18 /08 /août /2023 10:01

« Rions gaiement de la censure, des culs gelés, des pisse-froid, en un temps où règne quotidiennement la poursuite pour outrage aux mœurs, c’est à ce bon vieux pédéraste d’André Gide qu’on a donné le Prix Nobel, ce qui donne à tous ces phénomènes un estimable relent de pataphysique. » (Boris Vian,1958).




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Le réalisateur franco-polonais Roman Polanski fête son 90e anniversaire ce vendredi 18 août 2023. Cinq Césars du meilleur réalisateur, une Palme d'or au Festival de Cannes, un Oscar du meilleur réalisateur, un Ours d'or, un grand prix du jury de la Mostra de Venise... Ces récompenses prestigieuses ont toutes honoré un grand cinéaste de talent pourtant très controversé. L'occasion de revenir sur la polémique des dernières années concernant l'auteur de nombreux excellents films, notamment "Le Bal des vampires" (1967), "Rosemary's Baby" (1968), "Chinatown" (1974), "Tess" (1979), "Frantic" (1988), "Le Pianiste" (2002), "The Ghost Writer" (2010) et "J'accuse" (2919).

Effectivement, le 10 mars 1977, le réalisateur qui travaillait à Hollywood a abusé sexuellement d'une adolescente de 13 ans à la suite d'une séance photographique. Lui-même avait 43 ans et il fut arrêté le lendemain, accusé d'avoir drogué et violé la jeune fille. Il a plaidé coupable pour "rapports sexuels illégaux avec une mineure" en contrepartie de l'abandon des autres charges, et a été condamné à 90 jours de prison et libéré au bout de 42 jours (pour "conduite exemplaire"). Mais le juge qui l'a relâché est revenu en arrière et a voulu l'arrêter à nouveau, mais anticipant ce revirement, le réalisateur a quitté les États-Unis le 31 janvier 1978 pour s'installer définitivement en France... et n'y est jamais revenu car la justice n'ayant pas bouclé l'affaire, il y est toujours recherché par la police américaine.

En 1979, Roman Polanski a publiquement reconnu qu'il était attiré par les "jeunes filles". En 1997, sa victime de 1977, entre-temps mariée, a annoncé publiquement qu'elle lui pardonnait, a retiré sa plainte et a demandé aux juges de ne plus revenir sur cette affaire :
« Je lui ai pardonné pour moi, pas pour lui. Tout le monde veut me voir traumatisée, brisée, mais c'était il y a trente-six ans, maintenant, ça va, merci. Et tant pis si je ne suis pas la victime idéale, celle que veulent voir les médias ou le procureur. » affirma-t-elle en 2009.


L'affaire a rebondi en septembre 2009 lorsque Roman Polanski s'est rendu à Zurich et a été arrêté par la police suisse pour examiner une demande d'extradition de la justice américaine. En France, cette arrestation a indigné de nombreux artistes, ce qui a suscité une forte polémique au point que le Ministre de la Culture lui-même, Frédéric Mitterrand, neveu de l'ancien Président, s'est retrouvé dans la tourmente en tant qu'auteur d'un roman vaguement autobiographique qui évoquait son amour des "jeunes hommes".

Après deux mois de détention, puis une assignation à résidence dans son chalet de Gstaad de huit mois, Roman Polanski fut de nouveau libre quand la justice suisse a annoncé le rejet de la demande d'extradition en juillet 2010. En raison des risques d'extradition, le réalisateur ne peut circuler sans crainte d'être arrêté que dans trois pays, la France, la Suisse et la Pologne qui avait rejeté une autre demande d'extradition en 2014 lors de son passage à Cracovie.

Depuis mai 2010, onze autres femmes (dont cinq restées anonymes) ont accusé Roman Polanski d'agressions sexuelles ou de viols (alors qu'elles étaient pour la plupart mineures), faits que ce dernier a fermement contestées. La crédibilité de la première accusatrice, Charlotte Lewis, a été vite attaquée par l'avocat du cinéaste, Georges Kiejman, qui faisait remarquer que l'accusatrice aurait reconnu publiquement en 1999 qu'elle se prostituait à l'époque et que trois ans après les faits allégués, elle était choisie par Polanski pour tourner dans son film "Pirates" (1986). Depuis treize ans, de nombreux militantes féministes ont perturbé les déplacements du réalisateur ou les événements l'honorant (comme la rétrospective Polanski à la Cinémathèque française en 2017), pour fustiger "Violanski".

Ces accusations, fondées ou non fondées, ont conduit Roman Polanski à renoncer à présider la cérémonie des Césars en 2017 et le réalisateur a été aussi exclu de l'Académie des Oscars en 2018, dans la suite de l'affaire Harvey Weinstein. En 2020, la polémique a resurgi lorsqu'il a été porté en triomphe le 28 février 2020 aux Césars (avec trois prix) pour son (excellent) film "J'accuse" (qui n'est pas le dernier, puisqu'il a réalisé ensuite "The Palace" avec Fanny Ardant et Mickey Rourke, entre autres, qui sortira après septembre 2023).

À l'
occasion de la sortie de "J'accuse" (sorti le 13 novembre 2019), Roman Polanski y a vu une analogie avec l'antisémitisme : « Je ne parlerais pas d'une identification, ou alors dans un sens assez général. L'essentiel de cette affaire, c'est quoi ? Le refus d'une institution, l'armée en l'occurrence, de reconnaître son erreur, et son obstination à s'enfoncer dans le déni en produisant de fausses preuves. Moi, je connais ça, même si ce n'est pas avec l'armée. » (mai 2019). Répondant à l'écrivain Pascal Bruckner qui lui a posé en août 2019 cette question polémique : « En tant que Juif pourchassé pendant la guerre, que cinéaste persécuté par les staliniens en Pologne, survivrez-vous au maccarthysme néo-féministe d'aujourd'hui ? », Roman Polanski se serait implicitement comparé à Dreyfus : « Je peux voir la même détermination à nier les faits et me condamner pour des choses que je n'ai pas faites. ». Une fois la polémique enflée, la défense du film a changé d'argument et l'identification à Roman Polanski a été mise en sourdine.

On se retrouve dans la difficulté de deux permanentes questions, celle de l'accusé qui revendique son innocence (qui a raison, ses accusatrices de faits datant de presque cinquante ans ou lui qui les dément ?) et aussi de celle de l'œuvre d'art et de l'artiste, peut-on voir une œuvre sublime d'un artiste supposé horrible ? L'art n'excuse pas tout, ni la célébrité, mais un film n'est pas l'œuvre d'un seul, c'est un projet collectif.

Y a-t-il un nouvel ordre moral ? Ce que Boris Vian soulignait dans un ouvrage paru en 1958 (voir au début de l'article), à savoir la contradiction entre une sorte d'ordre moral et de promotion d'auteurs qui seraient plongés dans la débauche (en l'occurrence, ici André Gide), on pourrait le retrouver dans cette réflexion de l'ancien député UMP Christian Vanneste, qui ne renierait pas ses sympathies zemmouriennes, publiée dans son blog le 8 mars 2020 : « Une sorte de puritanisme renaissait à partir d’une répulsion à l’encontre de la pédophilie ou de la sexualité sans frein des "dominants". Inévitablement, ce retour devait se heurter à liberté d’expression. Sade était un grand malade qui a écrit des choses monstrueuses et abjectes… mais c’était un écrivain, comme Gide était pédophile et Céline antisémite. Ils avaient écrit, et tout leur était pardonné. Matzneff n’a plus cette chance, et Polanski dont le cinéma n’est pas lié à une monomanie perverse est cependant censuré par certains en raison d’actes sans rapport avec son œuvre. Le ministre de la culture est même redevenu le censeur des arts pour le disqualifier non pour ses films mais pour les turpitudes que la rumeur lui prête. Quel retour ! Celui de l’ordre moral ! ».

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Parce que j'ai beaucoup apprécié
"J'accuse" qui, loin de seulement dresser un portrait du capitaine Dreyfus, s'est avant tout focalisé sur la personnalité du colonel Picquart (qui allait ensuite devenir ministre), revisitant ainsi une affaire historique sous un angle original, je salue l'Académie des Césars qui a attribué les trois Césars à ce film en toute indépendance en dehors de toute pression (le conseil d'administration de cette académie a démissionné à la suite de la polémique provoquée par l'annonce du palmarès), comme je salue les juges qui auront éventuellement à juger l'homme en toute indépendance en dehors de toute pression.

Il faut vraiment insister sur le fait qu'un film n'est pas l'œuvre du seul réalisateur mais de toute une équipe, nombreuse, ce projet est collectif et ne doit pas être confronté à des éventuels faits allégués à une seule personne. Au même titre qu'on ne va pas ne plus acheter de véhicule Renault sous prétexte que son patron Carlos Ghosn serait en mis en accusation de malversations financières au Japon.

À
l'occasion de la Journée pour la femme le 8 mars 2020, plus d'une centaine d'avocates (114 exactement) ont apporté dans "Le Monde" leur soutien à Roman Polanski en ces termes : « Roman Polanski a fait l’objet de plusieurs accusations publiques, parmi lesquelles une seule plainte judiciaire qui n’a donné lieu à aucune poursuite : il n’est donc pas coupable (…). ». Ce soutien de femmes juristes est important car il rappelle un élément majeur dans le droit français, la présomption d'innocence, principe qui doit protéger tout le monde, y compris les célébrités. S'il est coupable, qu'il soit jugé et condamné !

Roman Polanski a été pourchassé lorsqu'il était enfant par les nazis, au ghetto de Cracovie. En 1943, sa mère enceinte et sa grand-mère ont été assassinées à Auschwitz et son père, interné à Mauthausen, a échappé à la mort. La question de l'antisémitisme est très forte dans l'esprit de Roman Polanski et ce n'est pas un hasard si un antisémitisme s'exprime aussi à l'occasion des dernières polémiques. Certes, ni les militantes féministes ni les prétendues victimes qui se sont indignées des dernières récompenses attribuées à Roman Polanski ne peuvent être taxées d'antisémitisme, mais leurs actions confortent celui-ci : quand on parle d'esprit de classe, de défense communautaire, on laisse entendre que c'est parce qu'il est Juif qui serait protégé (en l'occurrence, en 1943, c'était bien parce qu'il était Juif qu'il était pourchassé).

Nul doute que la sortie, cet automne, de son dernier film "The Palace" fera rejaillir la polémique, d'autant plus qu'il se déroule dans un environnement qui est familier au réalisateur : dans un luxueux chalet à Gstaad...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (12 août 2023)
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Pour aller plus loin :
Polanski césarisé au milieu des crachats.
"J’accuse" de Roman Polanski.
Faut-il boycotter Roman Polanski ?
Roman Polanski.
Roger Pierre.
Jean-Marc Thibault.
Richard Attenborough.
Jean-Pierre Melville.

Maria Pacôme.
Serge Gainsbourg.
Jane Birkin.
Justine Triet.
Clint Eastwood.
Les Randonneuses (série télévisée).
L'Affaire d'Outreau (documentaire télévisé).
Lycée Toulouse-Lautrec (série télévisée).
À votre écoute, coûte que coûte !

Tina Turner.
Florent Pagny.
Claude Piéplu.
Arielle Dombasle.
Jacques Dutronc.

Richard Gotainer.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230818-polanski.html

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2 août 2023 3 02 /08 /août /2023 05:51

« Est melvillien ce qui se conte dans la nuit, dans le bleu de la nuit, entre hommes de loi et hommes de désordre, à coups de regards et de gestes, de trahisons et d'amitiés données sans paroles, dans un luxe glacé qui n'exclut pas la tendresse, ou dans un anonymat grisâtre qui ne rejette pas la poésie. »




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Cette définition du style provient de Philippe Labro dans "Les Cahiers du cinéma" pour évoquer "Le Samouraï" (sorti le 25 octobre 1967) avec Alain Delon, Nathalie Delon et François Périer. Son réalisateur, Jean-Pierre Melville, est mort il y a cinquante ans, le 2 août 1973 à Paris et est enterré au cimetière parisien de Pantin.

Il n'avait que 55 ans (né le 20 octobre 1917 à Paris) et les circonstances de sa mort ont été éprouvantes pour Philippe Labro car il était justement en train de dîner au restaurant avec Melville, son ami, quand ce dernier s'est effondré, victime d'une rupture d'anévrisme.

Il est ainsi devenu un réalisateur inachevé, un peu comme François Truffaut, avec plein de projets dans la tête. Il préparait un film avec Yves Montand, mais l'un de ses plus beaux projets, beau et insolite, un vieux projet de 1950 impossible à concrétiser, aurait été de réaliser la vie d'Arthur Rimbaud qui aurait été interprété par Gérard Philipe avec Bernard Blier en Paul Verlaine (j'aurais bien aimé le voir !).

D'origine alsacienne (son vrai nom était Grumbach), il a pris ce pseudonyme de Melville pendant la guerre : il a rejoint Londres en 1942, s'est engagé dans la Résistance et a participé au débarquement en Provence. Après la guerre, au-delà de la réalisation, il a eu aussi quelques petits rôles, comme celui de Georges Mandel dans "Landru" (sorti le 25 janvier 1963) de Claude Chabrol, avec Charles Denner, Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Stéphane Audran, Juliette Mayniel (qui vient de mourir le 21 juillet dernier), etc., et aussi dans des films notamment de René Clément, Jean-Luc Godard et Éric Rohmer.

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Créateur de ses propres studios pour être indépendant, Jean-Pierre Melville a marqué le cinéma français des années 1960 et a inspiré beaucoup de films de la Nouvelle Vague. Il a commencé par des adaptations de grandes œuvres, "Le Silence de la mer" (sorti le 22 avril 1949) d'après Vercors (sans l'accord de l'écrivain), et "Les Enfants terribles" (sorti le 29 mars 1950) d'après Jean Cocteau (où le journaliste Pierre Bénichou a fait de la figuration, une scène coupée au montage).

Jean-Pierre Melville était l'antithèse des films d'aujourd'hui où tout est misé sur la vitesse, le bruit, la brutalité, la violence. Melville, lui, c'était totalement le contraire. Les scènes sont calmes (mais pas moins glauques), comme la plupart des films de l'époque, certes, mais plus particulièrement avec Melville. L'exemple de son dernier film "Un flic" (sorti le 25 octobre 1972) avec Alain Delon (dont c'était le premier rôle de flic), Catherine Deneuve (très belle) et Richard Crenna, est assez éloquent : tout est dans le geste, les regards, l'implicite, au point qu'on peut comprendre pourquoi il n'avait pas trouvé son public même à l'époque de sa sortie, car finalement, on pouvait s'y ennuyer énormément. J'ai revu "Un flic" il y a peu de temps, la chaîne Arte l'a rediffusé en juin dernier, et j'ai trouvé qu'il a mal vieilli car toutes les technologies modernes (analyses ADN, analyses chimiques, numérisation, etc.) auraient mis en l'air toutes les stratégies, même les plus savantes et précautionneuses, pour échapper à la police.

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Parmi les films devenus des grands classiques, on peut citer "Léon Morin, prêtre" (sorti le 15 septembre 1961), avec Jean-Paul Belmondo, Emmanuelle Riva et Irène Tunc ; "L'Aîné des Ferchaux" (sorti le 2 octobre 1973) d'après Georges Simenon, avec Charles Vanel, Jean-Paul Belmondo et Michèle Mercier (Jean-Paul Belmondo a bousculé Jean-Pierre Melville qui maltraitait psychologiquement Charles Vanel pendant le tournage) ; ou encore "Le Deuxième Souffle" (sorti le 4 novembre 1966), avec Lino Ventura, Paul Meurisse et Michel Constantin.

Il faut marquer son mémorable film sur la Résistance, "L'Armée des ombres" (sorti le 12 septembre 1969) d'après Joseph Kessel, avec Lina Ventura (qui, se sentant humilié, a refusé d'adresser la parole à Melville durant tout le tournage), Simone Signoret, Jean-Pierre Cassel, Paul Meurisse, etc. (Serge Reggiani y a joué un rôle). André Dewavrin, alias le colonel Passy, y a joué son propre rôle (il faut rappeler qu'il était le supérieur de Jean-Pierre Melville pendant la Résistance). Pour moi, c'est un chef-d'œuvre
qui a fabriqué une image éloquente (et probablement idéalisée) de la Résistance pour longtemps.

Son meilleur succès, avec 4,3 millions d'entrées en salle, c'est "Le Cercle rouge" (sorti le 20 octobre 1970), avec Bourvil, Alain Delon, Yves Montand, François Périer etc. (Mireille Darc et Jean-Pierre Castaldi y ont aussi participé). C'était l'avant-dernier film de Melville mais également l'avant-dernier film de Bourvil (il tenait pendant le tournage avec des piqûres de morphine et est mort un mois avant la sortie).

"Le Cercle rouge", qui a eu de nombreuses versions à l'étranger, a aussi fait l'objet de parodie. Probablement la plus drôle a été proposée par Gotlib dans sa bande dessinée "Rubrique-à-brac" où il évoque un réalisateur qui paraît en tout point être Melville (le look chapeau de cow boy et lunettes noires), avec son film "Le Rectangle vert" (l'allusion est très claire)... qui n'est rien d'autre qu'un billet de 1 dollar. Le dessinateur y a consacré deux pages de BD dont une image représentant la cage d'un zoo avec des singes dont le derrière est peint d'un rond rouge.


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On n'est pas forcément prophète dans sa disciple d'excellence. Ainsi, dans "Le Cinéma selon Melville", le réalisateur a pronostiqué, avec pessimisme : « Je ne sais pas ce qui restera de moi dans 50 ans. Probablement tous les films auront pris un coup de vieux terrible, et le cinéma n'existera sans doute plus. J'estime que la disparition du cinéma aura lieu vers l'an 2020 et que dans cinquante ans environ il n'y aura plus que la télévision. ».

Eh bien, il s'est trompé pour deux raisons au moins : d'une part, la télévision est venue compléter le cinéma au lieu de le remplacer, les chaînes de télévision participent au financement du cinéma et les rediffusions à la télévision redonnent aux films de cinéma une nouvelle vie avec beaucoup plus d'audience ; d'autre part, dans nos années 2020, le danger n'est plus la télévision, mais bien l'Internet et les nouveaux comportements des consommateurs qui veulent pouvoir regarder un film quand ils veulent où ils veulent (de préférence chez eux pour ceux qui ont investi dans un home cinéma), et en cela, des plate-formes de type Netflix sont les véritables concurrentes tant du cinéma que de la télévision.

Mais que Melville se rassure : si son cinéma a vieilli, il reste néanmoins immortel.



Aussi sur le blog.



Sylvain Rakotoarison (29 juillet 2023)
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Pour aller plus loin :
Jean-Pierre Melville.
Maria Pacôme.
Serge Gainsbourg.
Jane Birkin.
Justine Triet.
Clint Eastwood.
Les Randonneuses (série télévisée).
L'Affaire d'Outreau (documentaire télévisé).
Lycée Toulouse-Lautrec (série télévisée).
À votre écoute, coûte que coûte !

Tina Turner.
Florent Pagny.
Claude Piéplu.
Arielle Dombasle.
Jacques Dutronc.

Richard Gotainer.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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1 août 2023 2 01 /08 /août /2023 05:22

« Sous nos yeux, s'assemble, cohérente, efficace, ouvertement militante, une presse de la haine, qui se donne pour but de fédérer tous les combats réactionnaires, de la xénophobie jusqu'au climato-scepticisme décomplexé (…). Rien ne semble arrêter Vincent Bolloré sur ce chemin-là. À l'observer depuis des années conquérir, terroriser, virer, asseoir sa domination sur les médias français, au risque de saboter les marques auxquelles il passe la muselière et dont il fait fuir les talents, il est permis de se demander : mais qu'est-ce qui motive, carrière faite, fortune consolidée, ce septuagénaire, qui avait promis de passer la main à ses enfants pour son 70e anniversaire ? » (Daniel Schneidermann, le 27 juin 2023).




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Ce mardi 1er août 2023, le journaliste Geoffroy Lejeune, qui va avoir 35 ans dans un mois (le 8 septembre), a pris ses fonctions de nouveau directeur de la rédaction du "Journal du dimanche". Il vient avec sa collègue Charlotte d'Ornellas. Et un accord a été trouvé entre les journalistes quasi-unanimes de la rédaction, en grève permanente depuis le 22 juin 2023, et la direction. La grève s'est donc terminée après 40 jours (soit la plus longue depuis 1975) et 1,5 million d'euros de pertes en CA.

La veille dans le site "The Conversation", l'historien Alexis Lévrier, maître de conférences de l'Université de Reims et spécialiste de la presse, expliquait : « Quelle que soit l’issue de cette grève, on aurait tort de penser qu’il s’agit d’un conflit isolé et sans implication pour le reste des médias : dans ce combat si dissymétrique se joue sans doute une partie de l’avenir de la presse française. (…) Geoffroy Lejeune incarne en effet mieux qu’aucun autre la tentation réactionnaire à laquelle une partie des médias français ont cédé depuis une dizaine d’années. », tout en pronostiquant un échec des grévistes comme ce fut le cas pour iTélé en 2016 et Europe 1 en 2021.

Et effectivement, les journalistes en grève se sont avoués vaincus ce 1er août 2023 : « Aujourd'hui, nous avons perdu une bataille, mais notre lutte ne s'éteint pas. À l'issue de cette grève historique, nous dressons ce constat : face au pouvoir des actionnaires, les journalistes ne peuvent s'en remettre qu'à la loi. Notre rédaction disparaît, mais un collectif puissant s'est formé. ».

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Entré en 2012 à "Valeurs actuelles", rédacteur en chef du service politique en 2015, directeur de la rédaction en 2016 (le plus jeune des directeurs de rédaction de France, à 27 ans), Geoffroy Lejeune a transformé ce magazine en un prospectus à la gloire d'une supposée extrême droite réactionnaire et xénophobe.

Le 19 juin 2023, il a été viré de l'hebdomadaire par l'actionnaire principal à cause de sa trop grande zemmourophilie, à la suite d'une altercation personnelle, mais aussi parce que les résultats commerciaux n'étaient pas au rendez-vous (se souvenir qu'une entreprise, pour être viable et continuer à employer des salariés, doit faire des profits). "Le Monde" a fait, le 24 juin 2023, un bilan désastreux de la période Geoffroy Lejeune : « Entre 2021 et 2022, il a perdu 10% de ses quelque 100 000 abonnés, la moitié de ses visiteurs en ligne, passant de quatre millions à deux millions, vu la publicité fondre et le recul de la vente en kiosque. ». Geoffroy Lejeune a été remplacé par Tugdual Denis.

Quasiment tous les journalistes du JDD avaient fait grève dès l'annonce du remplaçant de Jérôme Béglé (parti pour "Paris Match") à la tête de la rédaction par Arnaud Lagardère qui est propriétaire du JDD. Une sorte de zèle auprès de Vincent Bolloré qui, par l'intermédiaire de Vivendi, a absorbé Lagardère. Les journalistes exprimaient ainsi leur « refus d'être dirigés par un homme dont les idées sont en contradiction totale avec les valeurs du journal » (j'y reviens plus loin).

Jamais une grève entre journalistes et direction n'a été aussi longue, et cela dans un contexte difficile de restructuration de la presse écrite, notamment en raison des nouveaux comportements avec l'Internet. La rédaction y a vu un sorte de coup d'État pour imposer une ligne éditoriale autoritaire et d'extrême droite comme cela s'est déjà passé avec d'autres médias Bolloré, en particulier CNews (ex-iTélé), Europe 1 et aussi "Paris Match". Une longue grève de journalistes s'était produite en 2016 à iTélé pour protester contre le recrutement de Jean-Marc Morandini et cela s'est terminé par la démission ou la soumission des journalistes ainsi que par la victoire de Vincent Bolloré.

Dans cette polémique, toutes les rancœurs mais aussi toutes les contradictions de la presse sont concentrées. Je ne pense pas que Geoffroy Lejeune, ami d'enfance de Marion Maréchal et fervent soutien de son collègue devenu polémiste puis candidat à l'élection présidentielle Éric Zemmour, imaginait créer autant le scandale, ce qui lui permet la notoriété mais aussi l'étiquetage probablement justifié d'extrême droite.

J'ai "connu" Geoffroy Lejeune il y a cinq ans dans ses débats sur LCI quand la chaîne confrontait deux éditorialistes opposés. À l'époque, il avait les cheveux longs, il m'apparaissait sympathique, avec des idées claires, simples, pour ne pas dire synthétiques, intelligent, et, somme toute, redoutable. On dit que le diable ne se présente jamais avec sa face de bouc, son odeur pestilentielle, sa queue crochue et son regard à faire peur les plus endurcis. Ce serait trop facile. Au contraire, il se présente plutôt sous la forme d'une innocente et charmante sirène prête à endormir toute vigilance.

Le psychanalyste de la bande à Ruquier et de la maison des insoumis, Gérard Miller, qui a eu 75 ans il y a un mois (le 3 juillet), soit plus du double, ou quarante de plus que le jeune Lejeune, a été longtemps son contradicteur sur le plateau de LCI. Sa description comme un "patte-pelu" était celle-ci, dans "20 Minutes" le 27 juin 2023 : « Ce sont des gens dont la manière d’agir est douce et flatteuse et ils s’en servent à des fins terribles. J’ai débattu avec Lejeune pendant deux ans, c’est un jeune homme aimable, bien élevé à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Il est capable de dire les pires horreurs avec l’apparence de quelqu’un de mesuré (…). J’ai rencontré tous les ténors de l’extrême droite, il est un peu à part. Il fait partie d’une génération de jeunes gens d’extrême droite qui se veulent au second degré, raison pour laquelle il est proche de Gaspard Proust. Ils ne veulent pas se présenter comme ce qu’ils sont, ce sont des militants d’un nouveau look. ».

Le principe d'un débat hebdomadaire pendant deux ans entre Gérard Miller et Geoffroy Lejeune était en lui-même contestable car cela laisserait entendre qu'en dehors d'Éric Zemmour et de Jean-Luc Mélenchon, point de salut. Heureusement que si ! Geoffroy Lejeune a finalement été remercié (et exclu) de LCI en août 2020, quand "Valeurs actuelles" a présenté la députée FI Danièle Obono sous les traits dégradants d'une esclave, ce qui a condamné le journal en appel le 17 novembre 2022 pour injure à caractère raciste. Le journaliste Louis de Raguenel, également redoutable débatteur à la télévision, qui travaillait pour "Valeurs actuelles", en a profité pour quitter le magazine le 4 septembre 2020 et rejoindre la maison Bolloré à la radio Europe 1 (pressenti comme chef du service politique et vivement contesté par les journalistes, il a été nommé adjoint de Michaël Darmon).

Les contradictions, il y en a plein, évidemment, dans cette polémique.

La principale est sans doute que tous les journalistes de gauche sont venus soutenir les journalistes du JDD, et pourtant, le "Journal du dimanche" est loin d'être un journal de gauche, plutôt un journal de droite libéral, prêt à aider un pouvoir qui cherche à sonder la réaction à certaines mesures. L'interview au milieu du week-end permettait ainsi de communiquer doucement et attendre le retour en début de semaine. Si la gauche défend aujourd'hui la rédaction du JDD, c'est parce que, selon elle, la liberté et surtout l'indépendance des journalistes seraient en cause. Après tout, beaucoup ont manifesté en proclamant "Je suis Charlie" alors que "Charlie Hebdo" ne cesse de vouloir être transgressif et choquer tout le monde. Et cela toujours au nom de la liberté de la presse (qui, à mon sens, n'était pas vraiment en cause avec l'attentat du 7 janvier 2015, les autres attentats l'ont prouvé).

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La contradiction existe aussi dans l'autre camp. Après tout, ceux qui soutiennent CNews, ou Geoffroy Lejeune, ce sont aussi ceux qui fustigent la presse aux mains de milliardaires qui feraient la pluie et le beau temps et imposeraient une "doxa", voire une "pensée unique". Or, justement, Vincent Bolloré est un milliardaire qui veut imposer sa propre rhétorique idéologique aux médias qu'il a achetés. Du reste, il y a des connexions entre Vincent Bolloré et le parti LR, entre autres avec Nicolas Sarkozy.

Autre contradiction sur la liberté de la presse : liberté des journalistes à ne pas suivre un directeur à l'idéologie éditoriale refusée... mais aussi liberté de ce directeur à exprimer et développer des idées même repoussantes. Au nom de quoi, à part la loi (qui considère comme un délit l'incitation à la haine, par exemple), certaines idées ne devraient pas être plus exprimées publiquement que d'autres ? La liberté, c'est aussi de rendre libres ceux qui refusent la liberté. C'est le talon d'Achille des démocraties.

La contradiction économique aussi : dès lors qu'un journal est une entreprise privée, il est normal que ce soient les actionnaires qui prennent les décisions et fassent les choix stratégiques, quitte à se tromper et à perdre des parts de marché. Depuis quand un salarié déciderait-il de la stratégie d'une entreprise privé s'il n'est pas lui-même actionnaire ? Ce serait un peu comme si la personne qui assure la peinture de la maison de son client décidait lui-même de la couleur, etc. C'est le le principe même de la propriété qui serait remise en cause.

Mais justement, c'est ce côté-là qui sera en débat, probablement au cœur des états-généraux de la presse qui seront lancés par le gouvernement en septembre 2023, avec une attention particulière portée aux ingérences et aux concentrations des médias. En considérant que l'activité d'un journaliste est particulière (mais on pourrait le dire de chaque profession), faut-il entourer les journalistes de garanties le protégeant dans son autonomie éditoriale. Là encore, on nage en pleine contradiction, car il y a l'indépendance d'un journaliste et l'indépendance d'un journal, et un journal ne peut être vraiment un journal sans cohérence éditoriale.

Il y a des journaux "rassembleurs", c'est-à-dire qui essaient (tant bien que mal) à rester neutres (selon le contexte du moment), c'est le cas généralement de la presse quotidienne régionale (pas toujours), et il y a aussi des journaux qui affichent clairement leur parti pris éditorial. "L'Humanité", "Libération", "L'Obs", "Le Figaro", "Les Échos", etc. sont clairement marqués politiquement. "Marianne" est un peu plus compliqué à définir. Il est donc normal qu'il y ait une ligne directrice, et une charte des valeurs. Et il ne semble pas inconvenant qu'il existe aussi une presse dite d'extrême droite (c'est d'ailleurs dans la grande tradition de l'extrême droite française depuis le début de la Troisième République).

Ce qui se passe dans la presse écrite depuis une dizaine d'années, c'est comme si des communistes avaient rachetés "Le Figaro" (ou l'inverse). C'est l'utilisation volontaire de la marque d'un journal et de la transformer complètement. Le pire exemple est bien sûr "France-Soir" qui avait une signification dans le passé mais qui n'est plus qu'un torchon complotiste et populiste sans journaliste.

En changeant le nom de la chaîne iTélé, le groupe Bolloré avait ainsi élégamment transformé la chaîne sans en reprendre la marque originelle, donc, sans tromperie : CNews a toujours été de la même ligne éditoriale que depuis ses débuts. En revanche, "Valeurs actuelles" (qui n'est pas la propriété du groupe Bolloré) a clairement radicalisé ses positions conservatrices en positions extrémistes.

Certains internautes, favorables à Geoffroy Lejeune, se demandent pourquoi les journalistes de la rédaction du JDD qui ont fait grève ne quitteraient pas le journal pour créer le leur ? C'est sûr que c'est ce qui s'est passé dans les années 1950, 1960, 1970 et même 1980, avec de belles créations (dont "L'Express", "Le Nouvel Observateur", "Le Quotidien de Paris", "Le Point", "L'Événement du jeudi", "Marianne", etc.). Mais aujourd'hui, à l'heure du numérique, ce n'est pas réaliste du tout car il faut un modèle économique qui tienne la route et si les journalistes veulent être indépendants d'éventuels actionnaires, ils ne doivent pas non plus se retrouver en dépendance avec leurs éventuels annonceurs.

Finalement, la question pourrait se retourner : si c'est pour faire un journal d'extrême droite, pourquoi le groupe Bolloré ne créerait-il pas son propre journal ? Comme le milliardaire a les moyens de créer une entreprise non rentable, pourquoi vouloir à tout prix reprendre un titre déjà existant, avec sa marque, son histoire, ses valeurs et ses lecteurs, et les trahir par la transformation au service d'une idéologie très marquée et très clivante ?



Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (01er août 2023)
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Pour aller plus loin :
Geoffroy Lejeune.
Alexandre Adler.
Antone Sfeir.
Anne Sinclair.
Jean-François Kahn.

Victoria Amelina.
Éric Zemmour.
Denise Bombardier.
Pierre Loti.
Laurent Ruquier.
François Cavanna.
La santé à la radio.
Philippe Tesson.
Daniel Schneidermann.
Catherine Nay.
Serge July.
La BBC fête son centenaire.
Philippe Alexandre.
Alain Duhamel.

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18 juillet 2023 2 18 /07 /juillet /2023 03:12

« Je me demande souvent comment je vais mourir. Je ne veux pas que ce soit dans la décrépitude ni bien sûr dans d’horribles souffrances. L’idéal, ce serait d’être surprise en bon état. Avoir juste le temps de se donner un coup de peigne et enfiler une culotte propre pour que la mort, cette p*te, ne me trouve pas négligée ! » (Maria Pacôme, "France Dimanche" le 9 mai 2008).



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Elle vient de disparaître en région parisienne après une longue nuit de maladie le samedi 1er décembre 2018. Maria Pacôme a été une comédienne qui fut identifiée à son rôle fétiche, celui de la bourgeoise "exubérante", selon le terme de Gilles Jacob, ancien délégué général du Festival de Cannes : « Elle avait les dents du bonheur, un talent fou, une drôlerie à faire glousser de rire De Funès (…). C’était la boulevardière Maria Pacôme, avec sur le O l’accent circonflexe de l’exubérance. ». Elle avait 95 ans (née 18 juillet 1923 à Paris).

Un peu trop identifiée comme la bourgeoise exubérante à son goût d’ailleurs, au point d’écrire des pièces elle-même pour choisir ses propres rôles : « Quand j’en ai eu marre de toujours interpréter ce rôle de bourgeoise hystérique qu’on me proposait au cinéma, j’ai écrit mes propres pièces de boulevard. Et comme je jouais toujours sans chaussures sur scène, mon public m’a surnommée "l’actrice aux pieds nus". (…) Si Paris et le métier m’ont oubliée, je peux vous assurer que mes admirateurs et mes spectateurs se souviennent bien de moi. » ("France Dimanche", interrogée par Cédric Potiron le 25 septembre 2016).

Maria Pacôme a été "lancée" tardivement dans son métier de comédienne et d’actrice, même si elle a commencé à 18 ans. D’une famille très modeste et traumatisée par la Seconde Guerre mondiale (son père, garagiste et militant communiste, a été déporté à Buchenwald et son frère de 19 ans fusillé par les nazis), Maria Pacôme s’est retrouvée en 1941 condisciple de futures stars au Cours Simon d’art dramatique, en particulier Danièle Delorme et Michèle Morgan. Elle avait contacté cet établissement en choisissant au hasard une école, et a pu assister gratuitement aux leçons.

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Maria Pacôme avait la passion du théâtre qu’elle a attrapée à l’âge de 11 ans en colonie de vacances aux Sables-d’Olonne. Elle avait fait un atelier de théâtre et a joué une pièce se passant au Moyen-Âge. Elle a eu tout de suite du succès auprès de ses camarades.

Comme elle n’a pas voulu gêner la carrière de son mari, également acteur, jeune espoir du cinéma français, Maurice Ronet (1927-1983), qu’elle a épousé en 1950 (et dont elle a divorcé en 1956 de manière "élégante"), elle n’a pas poursuivi le théâtre. Au début, d’ailleurs, les deux époux envisageaient d’arrêter la scène pour faire autre chose. Sa carrière fut donc un peu en dents de scie : « J’ai exactement la carrière que je mérite. Plus, cela aurait été injuste. Jamais, je n’ai jamais téléphoné, je n’ai jamais tiré un cordon de sonnette, jamais tiré un coup. Jamais rien fait pour ça. Jamais. » (6 octobre 2007).

Son retour au théâtre en 1956 démarra sa véritable carrière. Ce ne fut donc plus une très jeune fille qui commença sa carrière devant le grand public mais déjà une femme de 33 ans (ce qui reste évidemment jeune, mais beaucoup moins que les stars du cinéma qui ont débuté généralement avant leurs 20 ans). Sa première pièce fut "La Reine et les insurgés" (d’Ugo Betti) aux côtés de Laurent Terzieff, Maurice Pialat et surtout Edwige Feuillère, qu’elle n’arrivait pas à tutoyer.

Mais il a fallu attendre deux ans, en 1958, avant que Maria Pacôme fût consacrée par la scène avec "Oscar" de Claude Magnier (mise en scène par Jacques Mauclair) qu’elle a jouée aux côtés de Jean-Paul Belmondo et Pierre Mondy au Théâtre de l’Athénée. Elle a, par la suite, joué dans une quarantaine de pièces, des comédies de boulevard, dans des œuvres mises en scène notamment par Jean Le Poulain, Pierre Mondy, Jean-Luc Moreau, Agnès Boury, Francis Perrin, etc., aux côtés d’autres grands noms de la comédie comme Louis de Funès (pour un remake de "Oscar", ils ont même joué ensemble à l’Élysée devant Georges Pompidou), Jean Poiret (qu’elle a adoré), Jean Piat, Odette Laure, Daniel Auteuil (qu’elle a adoré aussi), Patrick Bruel, Michel Creton, etc. Plusieurs représentations ont été retransmises à la télévision dans la célèbre émission "Au théâtre ce soir".

Les pièces qui ont fait sa réputation sont notamment "N’écoutez pas, Mesdames" en 1962, "Ta femme te trompe" en 1965, "Interdit au public" en 1967, "Les Grosses Têtes" en 1969, "Le noir te va si bien" en 1972, "Joyeuses Pâques" en 1980, etc. Certaines pièces ont été écrites par Jean Poiret et Michel Serrault, par Sacha Guitry, par René Barjavel… et aussi par elle-même qui fut l’auteure de sept pièces qu’elle a évidemment jouée (dont "Les Seins de Lola" en 1987, jouée sur scène et aussi en téléfilm en 1989).

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Sa dernière pièce fut jouée à l’âge de 84 ans en 2008-2009, "La Maison du lac" d’Ernest Thompson, mise en scène par Stéphane Hillel, où elle avait remplacé Danièle Darrieux victime d’un accident (une fracture du tibia à trois jours de la première représentation !). En 2007, Maria Pacôme avait pourtant annoncé qu’elle arrêtait définitivement le théâtre : « C’est vrai que j’avais juré de ne jamais remonter sur scène. Et je suis très embêtée d’avoir l’air d’une girouette, mais je n’ai pas pu faire autrement ! Je vous jure que cela me crucifie de devoir retourner chaque soir au théâtre. Mais voilà, l’amitié, un sentiment qu’habituellement, je ne ressens pas trop, m’a subitement saisie et, après avoir d’abord dit fermement non, j’ai fini par craquer. (…) Je n’ai pas pu dire non à Danielle. Toutes les deux, on s’est toujours bien entendues. Alors, tout d’un coup, cette fameuse famille du théâtre, dont le concept me faisait plutôt rire, j’ai eu le sentiment d’y appartenir et je ne pouvais plus me défiler. Me revoilà donc… (…) Elle comme moi, on n’a pas d’ego et pas mal de distance. Un peu comme les acteurs anglais, on ne se "remplace" pas, on s’entraide. Je l’ai d’ailleurs prévenue : "Sitôt que t’es sur pattes, je me casse !". D’ailleurs, Danielle aurait été victime d’une grave maladie, j’aurais refusé de créer la pièce à sa place. Mais là, pour une histoire d’os, j’ai dit ok. Et puis, je crois qu’elle est vraiment contente que ce soit moi. » ("France Dimanche", interrogée par Alain Morel le 9 mai 2008). En trois jours, elle a donc dû apprendre son texte.

Ella été nommée pour le Molière du one-man-show en 2003 pour "L’Éloge de ma paresse" (spectacle autobiographique qu’elle a écrit en 2002 et joué en décembre 2002 à la Gaîté-Montparnasse). En tout, elle a eu quatre nominations pour un Molière, mais elle n’a jamais assisté à ce genre de cérémonie (poussée par son fils, elle a quand même assisté à une cérémonie des Césars), car elle ne savait pas comment un comédien devait réagir quand il ne recevait pas le prix.

Parallèlement au théâtre, Maria Pacôme a également poursuivi une grande carrière au cinéma, en jouant dans une trentaine de films et une cinquantaine de téléfilms. Le premier film où elle a joué fut "Voulez-vous danser avec moi ? " de Michel Boisrond (1959). On peut citer notamment ses rôles mémorables dans "Le Gendarme de Saint-Tropez" de Jean Girault (1964), "Les Tribulations d’un Chinois en Chine" de Philippe de Broca (1965), "Tendre Voyou" de Jean Becker (1966), "Le Distrait" de Pierre Richard (1970), "Les Sous-doués" de Claude Zidi (1980) et "La Crise" de Coline Serreau (1992), retour au cinéma après douze ans d’absence, pour lequel elle a été nommée au César du meilleur second rôle féminin en 1993 (elle campe la mère de Vincent Lindon au bord de la crise de nerfs : « Tes problèmes, je m’en fous ! »).

Parmi les films qui lui ont donné de très beaux souvenirs, "Les Jeux de l’amour" de Philippe de Broca (1960) et "Le bel été 1914" de Christian de Chalonge (1996). Sa voix très reconnaissable a également été utilisée dans un film d’animation, "Titeuf" de Zep (2011), pour la grand-mère de l’enfant. Elle a arrêté le cinéma avec "Arrête de pleurer Pénélope" de Corinne Puget et Juliette Arnaud (sorti le 6 juin2012).

Le dernier téléfilm où elle a joué fut "Emma", l’adaptation d’une œuvre de Sophie Tasma (1957-2004), réalisé par Alain Tasma et diffusé le 30 mai 2012 sur France 2. Maria Pacôme est alors la grand-mère de l’adolescente tandis que Julie Gayet la belle-mère froide et élégante : « [Maria Pacôme] est incroyable ! Cette rencontre a été un vrai cadeau. Pendant le tournage, les ados étaient de leur côté et nous du nôtre, dans une ambiance un peu de vacances, à l’île d’Oléron. On dînait tous les trois avec Éric Caravaca [rôle du père de l’ado] et Maria Pacôme, elle nous racontait ses anecdotes, sa vie, on parlait ciné… » ("Télé 2 Semaines", Julie Gayet interrogée par Laurence Gallois le 30 mai 2012).

Maria Pacôme, joueuse, sans chichi, avait un certain humour vache, comme lorsqu’elle racontait cette histoire (drôle) : « Il a débarqué avec une nouvelle copine, une fille charmante et absolument ravissante, mais qui visiblement s’était fait gonfler les lèvres. J’ai résisté à lui dire : mais ne sortez pas comme ça, mettez un slip ! ».

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Adepte des animaux récupérés à la SPA, Maria Pacôme a confié qu’elle se sentait plutôt une « fieffée paresseuse » et une « inquiète insouciante » (notamment très dépensière et folle du volant) et n’hésitait pas à accepter n’importe quoi pour pouvoir matériellement vivre avec cette insouciance. À 78 ans, elle attendait encore « un très beau rôle au cinéma »…

Pour donner un petit exemple des charmes de la Maria Pacôme des années 1960, la voici avec Bourvil et aussi… la succulente Alice Sapritch, dans "Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville" d’Alex Joffé (1961).





Maria Pacôme chantait aussi, comme "À la Villette", chanson d’Aristide Bruant, interprétée à la télévision le 24 avril 1982.





Je termine avec sa participation éblouissante à l’émission "On n’est pas couché" diffusée le 6 octobre 2007 sur France 2. Interrogée par Laurent Ruquier à l’occasion de la sortie de son livre "Maria sans Pacôme" (éd. Le Cherche Midi), Maria Pacôme montrait à quel point elle était un esprit libre, plaisant, farceur, spontané. On la voit maugréer le 30 septembre 2007 contre son fils unique qui allait lui "donner" trop tardivement son premier petit-enfant.





Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Entretien de Maria Pacôme avec Serge Bressan (novembre 2007) : « Je ne suis pas timide, je suis sauvage et complexée. ».
Maria Pacôme.
Ennio Morricone.
Francis Lai.
Bernadette Lafont.
Pauline Lafont.
Marthe Mercadier.
Jean Piat.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Charlie Chaplin.
Maurice Chevalier.

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16 juillet 2023 7 16 /07 /juillet /2023 15:59

« Dis-moi que tu m'aimes encore si tu l'oses
J'aimerais que tu te trouves autre chose
De mieux »
("Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve", août 1983,
Jane Birkin, paroles et musique de Serge Gainsbourg)





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Dimanche maussade malgré l'été, malgré le soleil, ce 16 juillet 2023 : l'annonce de la mort de Jane Birkin, la chanteuse et actrice britannique, à Paris à l'âge de 76 ans, a ému de nombreux Français qui se sentaient très proches d'elle. Elle était venue en France et elle faisait partie du paysage familier de la France.

Moi-même, je l'ai encore "croisée" au détour d'un zapping un soir de cette semaine ; elle jouait dans une comédie de Claude Zidi avec Pierre Richard (fils de Claude Piéplu), c'était "La moutarde me monte au nez" (sorti le 9 octobre 1974 dans la France giscardienne), diffusé sur Arte le 10 juillet dernier, et je me suis alors arrêté à cette chaîne (je suis vieux jeu, je n'ai pas Netflix).

Ce n'était sans doute pas le meilleur film, parmi les quatre-vingts dans lesquels elle a joué (elle a "fait" tous les styles, du cinéma populaire au cinéma d'auteur), mais cette comédie légère était la bienvenue dans ce climat très lourd de tensions internationales (et nationales) permanentes. Son accent british, tellement adorable, tellement indispensable malgré ses quelque soixante ans de vie en France, était paradoxalement tellement représentatif de la "French life" !

Oui, je sais, Jane Birkin n'était justement représentative de personne, de rien, du moins le voulait-elle, mais bien malgré elle, elle donnait une image de la femme, archi-belle et pourtant tellement en dehors des canons classiques de la beauté (un peu à l'instar d'une Audrey Hepburn), une image de femme combattante aussi, celle qui défend des causes, celle des animaux par exemple. Elle était malade, très malade, mais elle vivait, elle était encore présente, devant le public de l'Olympia à la cérémonie des Césars le 24 février 2023, aux côtés de sa fille Charlotte Gainsbourg, de sa petite-fille Alice Attal pour un film documentaire sur sa vie ("Jane par Charlotte" réalisé par sa fille, sorti le 12 janvier 2022).

Elle a aussi joué au théâtre, fait des lectures aux côtés notamment de Michel Piccoli il y a une dizaine d'années. Elle ne s'était jamais arrêtée avec le succès (
« Il paraît qu'il vaut mieux travailler que tourner en rond. »).

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Elle comptait se produire en 2023, ce printemps, cet été, elle avait prévu plein de participations à des concerts, à des festivals, qu'elle a dû annuler à cause de sa santé. Auteure d'une trentaine de disques, la chanteuse a aussi produit des albums récemment, avec notamment Étienne
Daho, aussi Salvator Adamo, un peu avant, un hommage à Barbara avec le pianiste Alexandre Tharaud... Elle était fatiguée, mais elle y mettait toute son énergie, elle ne faisait pas les choses à moitié.

Dans une interview accordée à "Télérama" en décembre 2014, elle était sous le choc de la perte d'un enfant : « Rien ne peut consoler. En tant que mère, je n’ai plus confiance dans la vie. Avant, j’étais sûre que rien n’arriverait aux miens si j’étais auprès d’eux. J’avais la conviction démesurée que tout irait bien. Maintenant... Une panique nouvelle est apparue pour les autres enfants. Ça change une vie. Complètement. ».

Dans cet entretien, elle expliquait qu'elle n'a jamais pensé choquer le monde et pourtant, elle a fait de nombreuses transgressions dans sa carrière, peut-être malgré elle. Aujourd'hui, on se demande bien pourquoi elle avait tant choqué et si elle ne l'imaginait pas à l'époque, c'était peut-être parce qu'elle était une femme moderne avant l'heure. Par exemple, dans le film "Blow-Up" (1966) de Michelangelo Antonioni, on la voyait entièrement nue pendant quelques secondes. Dans la fameuse chanson "Je t'aime... moi non plus", le scandale était arrivé jusqu'aux oreilles du pape qui s'est senti obligé de la condamner :
« Serge disait que c’était notre meilleur attaché de presse. ». Dans "Le Pirate" (1984) de Jacques Doillon, son personnage aimait à la fois un homme et une femme. Etc.

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La France est endeuillée pendant qu'elle part en vacances. Voici, dans la vidéo suivante, en son hommage, un petit rappel de cette fuite du bonheur, ce bonheur qui s'éloigne au fur et à mesure que cette Terre tourne et tourne encore. Une chanson qui avait été conçue et enregistrée alors que Serge Gainsbourg et Jane Birkin venaient de se séparer et qui reste, comme son interprète, intemporelle.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (16 juillet 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Serge Gainsbourg.
Les 75 ans de Jane.
Jane Birkin.
Justine Triet.
Clint Eastwood.
Les Randonneuses (série télévisée).
L'Affaire d'Outreau (documentaire télévisé).
Lycée Toulouse-Lautrec (série télévisée).
À votre écoute, coûte que coûte !

Tina Turner.
Florent Pagny.
Claude Piéplu.
Arielle Dombasle.
Jacques Dutronc.

Richard Gotainer.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230716-jane-birkin.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/intemporelle-jane-birkin-rejoint-249402

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/07/16/39975362.html






 

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