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10 juillet 2026 5 10 /07 /juillet /2026 04:02

« J'ai eu des nodules sur mes cordes vocales, donc j'ai dû être opérée. Sauf qu'après une telle intervention, on n'est pas censé parler pendant quelque temps, et moi je trouve ça très difficile ! Ça m'a laissée effectivement plus éraillée. » (Bonnie Tyler, le 16 mai 2019 sur France Info).




 


Après cette délicate opération, elle s'est mise à parler trop tôt, avant la cicatrisation de ses cordes vocales. Elle a cru sa carrière terminée. Juste avant d'enregistrer "le" titre qui lui a apporté une réputation mondiale en 1977, "It's A Heartache", vendue à plus de 6 millions d'exemplaires, l'une des chansons les plus vendues au monde ! Nicolas Lespaule, spécialiste du rock, expliquait sur France Info : « Contre toute attente, [sa] voix convalescente et rocailleuse va faire toute la différence : elle l'utilise comme un instrument pour traduire, avec une surprenante vérité, le déchirement d'un cœur brisé. ». Rockeuse à la voix rauque, rocailleuse. La légendaire Bonnie Tyler s'est éclipsée ce mercredi 8 juillet 2026 dans un hôpital de Faro, au Portugal, où elle avait une résidence secondaire, après de graves ennuis de santé. Elle avait 75 ans (née le 8 juin 1951).

Elle a récidivé en 1983 avec "Total Eclipse of the Heart", vendue aussi à plusieurs millions d'exemplaires. Avec Bonnie Tyler, c'est toute une partie de la jeunesse de certaines générations qui s'est envolée. Séquence Nostalgie !

Séduite lors de son adolescence par Janis Joplin et Tina Turner, Bonnie Tyler, la Galloise, pensait que ça ne durerait pas, qu'elle resterait seulement quelques années sur l'avant-scène musicale, et finalement, elle a continué pendant une cinquantaine d'années. À 61 ans en 2013, elle a même représenté son pays, le Royaume-Uni, pour le concours d'Eurovision, à Malmö, avec "Believe In Me". Elle n'était pas chaude pour cette participation (elle ne fut classée que dix-neuvième), mais elle avait accepté car elle pensait que cela lui ferait la promotion de son nouvel album.

Bonnie Tyler aimait la France et ses deux dernières présences à l'Olympia furent récentes, en mai 2019 et en 2022 (avec une tournée en province). Elle a sorti son dernier album, le dixième-huitième, en 2021, son titre "The Best is Yet to Come". Et sans doute pensait-elle pouvoir encore continuer
. Elle devait commencer une nouvelle tournée européenne le 22 mai 2026, une trentaine de concerts étaient prévus en Allemagne, en Suisse, en Autriche, au Danemark, en Écosse et en Angleterre.

En son hommage, je propose ici quelques tubes de Bonnie Tyler (sur Youtube, il est complètement fou de voir le nombre de vues, la première vidéo proposée a déjà eu 1 356 154 851 visites depuis novembre 2009, montrant à quel point elle a été aimée et populaire durant son existence).



1. "Total Eclipse of the Heart" (1983)






2. "It's A Heartache" (1977)






3. "Lost In France" (1977)






4. "More Than a Lover" (1977)






5. "Holding Out For A Hero" (1984)






6. "If You Were A Woman (And I Was A Man)" (1986)






7. "Believe In Me" (2013)






8. "When the Lights Go Down" (2020)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bonnie Tyler.
Laura Laune.
Line Renaud.
Madonna.
La Isla Bonita.
Guesch Patti.
Marianne Faithfull.
Marcel Zanini.
Patricia Kaas.
Kim Wilde.

 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260708-bonnie-tyler.html

https://www.agoravox.fr/culture-et-loisirs/culture/article/la-legende-de-bonnie-tyler-la-270399

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/07/09/article-sr-20260708-bonnie-tyler.html


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8 juillet 2026 3 08 /07 /juillet /2026 04:10

« Chacun, en guettant ce chapeau qui pourrait s'envoler, le revoit là, avec son sourire, sa voix. On revoit ses yeux fendus de bonheur et ce qui sent peut-être un pas de danse, vivre en poésie. Merci, Edgar. » (Emmanuel Macron, le 3 juin 2026 aux Invalides).





 


Merci Edgar ! C'étaient les derniers mots du Président de la République pour l'hommage national à Edgar Morin le mercredi 3 juin 2026 aux Invalides. C'est vrai, Emmanuel Macron aimait beaucoup le sociologue et philosophe, ancien résistant. Il le rencontrait aussi souvent qu'il le pouvait. Edgar Morin aurait eu 105 ans ce mercredi 8 juillet 2026. Le destin en a voulu autrement. Il est parti sur la pointe des pieds le 29 mai 2026, pas très loin de ses 105 ans, après une vie intellectuelle et de communication exceptionnelle.

Le chef de l'État a d'abord rappelé toutes les raisons pour qu'Edgar Morin ne vive pas, avec des coups du sort tous les dix ans. Un enfant de santé fragile que les médecins avaient condamné, mais Edgar était un dur à cuire et chaque fois, il renaissait avec une force de vivre extraordinaire : « Chaque fois, Edgar Morin ressuscita. Chaque fois, il voulut encore davantage "vivre de mort, mourir de vie". Oui, Edgar Morin aimait la vie. Il l'aimait et fut, tout au long de la sienne, cet homme des renaissances. Esprit de la Renaissance aussi, mu par une ambition intellectuelle digne des siècles de l'humanisme et qui, comme Montaigne, entendait embrasser toutes les facettes de notre condition : les idées, les lois, les arts, les sciences, les technologies. Homme de toutes les Renaissances, esprit de la grande Renaissance. La pensée complexe qu'il établit et qu'il enseigna fut au fond avant tout cette pensée de la vie. ».

Et d'évoquer la Résistance, où le futur philosophe de la complexité a failli tomber dans un piège tendu par la gestapo : « Il s'y engagea en patriote, enfant d'un enseignement laïc dispensé à l'école de Ménilmontant, vibrant de son identité de Français juif traqué, opprimé, fort de sa conscience politique forgée devant la montée des fascismes dans les années 30. Malgré le deuil des camarades, la peur au ventre, il ne cessa de lutter. Dans la Résistance, Edgar Nahoum avait trouvé son nom clandestin, Morin. Il avait aussi et surtout trouvé un sens à sa vie, une fraternité avec des camarades extraordinaires, Jean Cassou, Florence Malraux, Mascolo, Jankélévitch ou sa future épouse, Violette Chapellaubeau. Au plus près de la mort, la vie s'était éclaircie. Et la pensée complexe, déjà, pour comprendre comment la barbarie fut enfantée par la civilisation. Alors, après la guerre, Edgar Morin, encore soldat, s'établit un temps en Allemagne sur les traces du nazisme, produit par la même nation qui avait inventé Nietzsche ou Beethoven, génies si chers à son cœur. ».
 


Edgar Morin trouva sa voie, celle de « penser par soi-même, même contre l'époque, même contre les siens » : « Il se fit, durant ces décennies, penseur de son temps, de l'époque, avec lucidité, exigeant toujours sans jamais donner quelque leçon. C'est parce qu'il s'exerçait à cette pensée de vérité et de contradiction qu'Edgar Morin aperçut, dans la conduite de la guerre en Algérie, les risques fatals encourus par la République, et qu'il s'engagea, pour Messali Hadj, et l'indépendance de l'Algérie. C'est ainsi qu'Edgar Morin sut discerner dans la puissance du Parti communiste le risque totalitaire et qu'il s'en affranchit en publiant un livre de rupture qui fit date : Autocritique. C'est ainsi qu'à l'inverse de sa génération intellectuelle prompte à effacer la figure de l'Homme au profit des lois de l'économie ou des formes du langage, lui ne cessait de placer l'Homme, ses passions, sa Raison, au cœur de tout. Oui, Edgar Morin, par sa vie, qu'il refusait de séparer de son œuvre, avait appris à penser contre les apparences, contre les écoles, parfois contre lui-même. Pensée inclassable, intempestive et donc intemporelle. ».

Fin observateur de son temps, il fut aussi le directeur de recherches du CNRS, à l'affût des émergences, « saisissant la société dans chacun de ses soubresauts » : « Il sut décrire la rumeur d'Orléans avec ses emballements, ses croyances, ses lâchetés, et son travail éclaire encore ce que nous savons de ses poussées de fièvre imaginaire. Dans la Folle nuit de la place de la Nation, un concert de Johnny et Sylvie Vartan, il aperçut l'émergence de la génération des yéyés, enfants nés après la guerre, animés de l'urgence de vivre. Dans les Stars, il vit l'avènement d'une nouvelle culture de masse. Dans le Journal de Plozévet, écrit après une immersion en Bretagne, la fin de la société rurale. Mort, naissance, renaissance toujours. Vie d'une société, description de la France. ».

La démarche intellectuelle d'Edgar Morin, c'était de se méfier des simplifications réductrices et de déceler les paradoxes contemporains : « Comprendre, toujours, comment ce qui transforme est lui-même transformé. Pour Edgar Morin, cela revenait à savoir pourquoi, après la chute du mur de Berlin, après l'essor de la mondialisation, le modèle occidental entrait en crise. Au moment de sa victoire politique et économique, il se corrodait de ses excès et de ses succès. C'était la crise écologique qu'Edgar Morin avait discernée dès 1972. C'était, au cœur même de la modernité politique, le retour du fondamentalisme religieux. C'était la crise de l'ordre international avec le surgissement des guerres, des conflits, des massacres à grande échelle. C'était au moment même du triomphe de la pensée humaine par le progrès matériel et technologique, la menace de son asservissement par les machines et de sa colonisation par les empires numériques. Aussi, jusqu'à la fin, Edgar Morin enseignait à des millions d'esprits à travers le monde à ne jamais se résigner aux simplismes. Pour lui, la vérité ne résultait jamais d'un seul camp, d'un seul dogme. L'engagement ne pouvait être l'embrigadement, et l'avenir était promis au chaos si l'on cédait à l'accablement ou à l'inaction. Pour Edgar Morin, cette pensée complexe fut toujours le prélude à l'action juste. ».

 


Avec Edgar Morin, on pouvait aimer les humains, tous les humains, et aimait la France, toute la France : « Humaniste planétaire, certes, mais irréductiblement Français, toujours. Pour ses combats de liberté, celui de la Résistance et du front de Libération. Pour ses combats d'égalité, d'émancipation. Pour ses combats de fraternité aussi, avec tous les peuples privés de leurs droits. (…) Edgar Morin enseigne que nos générations, confrontées à tant d'épreuves politiques, climatiques, stratégiques, économiques, ne doivent jamais perdre l'espérance dans l'Homme, seul et ultime responsable du monde tel qu'il est. ».

Emmanuel Macron a terminé sur la joie du sociologue de poser aux passants, dans la rue, la question fondamentale qui tue : êtes-vous heureux ? Edgar Morin est maintenant parti : « Cette énergie française, généreuse, ambitieuse, universelle, va continuer de renaître. Sommes-nous heureux ? Nous sommes désormais sans lui, privés de son sourire, de sa voix, de sa bienveillance, mais là, avec son œuvre, sa pensée. ».

Et vous, chers lecteurs et lectrices, êtes-vous heureux ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Edgar Morin, le colosse plus-que-centenaire.
Hommage de la République à Edgar Morin aux Invalides.
Discours du Président Emmanuel Macron en hommage à Edgar Morin le 3 juin 2026 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Edgar Morin, le départ d'un grand esprit.
Edgar Morin, penseur de réputation mondiale !
Naissance de la conscience politique d'Edgar Morin.
Edgar Morin : "Nous allons vers de probables catastrophes" !
Edgar Morin, 102 ans et toute sa vie !
Edgar Morin sur France Inter (à télécharger).
Les 100 ans d’Edgar Morin.
Le dernier intellectuel ?
La complexité face au mystère de la réalité.
97 ans.
Introducteur de la pensée complexe.
"Droit de réponse" du 12 décembre 1981 (vidéo INA).
Université d’été d’Arc-et-Senans avec Edgar Morin le 9 septembre 1990 (vidéo INA).

 

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260708-edgar-morin.html

https://www.agoravox.fr/culture-et-loisirs/culture/article/edgar-morin-le-colosse-plus-que-269547

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/07/05/article-sr-20260708-edgar-morin.html


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2 juillet 2026 4 02 /07 /juillet /2026 03:10

« Chacun, en guettant ce chapeau qui pourrait s'envoler, le revoit là, avec son sourire, sa voix. On revoit ses yeux fendus de bonheur et ce qui sent peut-être un pas de danse, vivre en poésie. Merci, Edgar. » (Emmanuel Macron, le 3 juin 2026 aux Invalides).


 


Merci Edgar ! C'étaient les derniers mots du Président de la République pour l'hommage national à Edgar Morin le mercredi 3 juin 2026 aux Invalides. C'est vrai, Emmanuel Macron aimait beaucoup le sociologue et philosophe, ancien résistant. Il le rencontrait aussi souvent qu'il le pouvait. Edgar Morin aurait eu 105 ans ce mercredi 8 juillet 2026. Le destin en a voulu autrement. Il est parti sur la pointe des pieds le 29 mai 2026, pas très loin de ses 105 ans, après une vie intellectuelle et de communication exceptionnelle.

Le chef de l'État a d'abord rappelé toutes les raisons pour qu'Edgar Morin ne vive pas, avec des coups du sort tous les dix ans. Un enfant de santé fragile que les médecins avaient condamné, mais Edgar était un dur à cuire et chaque fois, il renaissait avec une force de vivre extraordinaire : « Chaque fois, Edgar Morin ressuscita. Chaque fois, il voulut encore davantage "vivre de mort, mourir de vie". Oui, Edgar Morin aimait la vie. Il l'aimait et fut, tout au long de la sienne, cet homme des renaissances. Esprit de la Renaissance aussi, mu par une ambition intellectuelle digne des siècles de l'humanisme et qui, comme Montaigne, entendait embrasser toutes les facettes de notre condition : les idées, les lois, les arts, les sciences, les technologies. Homme de toutes les Renaissances, esprit de la grande Renaissance. La pensée complexe qu'il établit et qu'il enseigna fut au fond avant tout cette pensée de la vie. ».

Et d'évoquer la Résistance, où le futur philosophe de la complexité a failli tomber dans un piège tendu par la gestapo : « Il s'y engagea en patriote, enfant d'un enseignement laïc dispensé à l'école de Ménilmontant, vibrant de son identité de Français juif traqué, opprimé, fort de sa conscience politique forgée devant la montée des fascismes dans les années 30. Malgré le deuil des camarades, la peur au ventre, il ne cessa de lutter. Dans la Résistance, Edgar Nahoum avait trouvé son nom clandestin, Morin. Il avait aussi et surtout trouvé un sens à sa vie, une fraternité avec des camarades extraordinaires, Jean Cassou, Florence Malraux, Mascolo, Jankélévitch ou sa future épouse, Violette Chapellaubeau. Au plus près de la mort, la vie s'était éclaircie. Et la pensée complexe, déjà, pour comprendre comment la barbarie fut enfantée par la civilisation. Alors, après la guerre, Edgar Morin, encore soldat, s'établit un temps en Allemagne sur les traces du nazisme, produit par la même nation qui avait inventé Nietzsche ou Beethoven, génies si chers à son cœur. ».
 


Edgar Morin trouva sa voie, celle de « penser par soi-même, même contre l'époque, même contre les siens » : « Il se fit, durant ces décennies, penseur de son temps, de l'époque, avec lucidité, exigeant toujours sans jamais donner quelque leçon. C'est parce qu'il s'exerçait à cette pensée de vérité et de contradiction qu'Edgar Morin aperçut, dans la conduite de la guerre en Algérie, les risques fatals encourus par la République, et qu'il s'engagea, pour Messali Hadj, et l'indépendance de l'Algérie. C'est ainsi qu'Edgar Morin sut discerner dans la puissance du Parti communiste le risque totalitaire et qu'il s'en affranchit en publiant un livre de rupture qui fit date : Autocritique. C'est ainsi qu'à l'inverse de sa génération intellectuelle prompte à effacer la figure de l'Homme au profit des lois de l'économie ou des formes du langage, lui ne cessait de placer l'Homme, ses passions, sa Raison, au cœur de tout. Oui, Edgar Morin, par sa vie, qu'il refusait de séparer de son œuvre, avait appris à penser contre les apparences, contre les écoles, parfois contre lui-même. Pensée inclassable, intempestive et donc intemporelle. ».

Fin observateur de son temps, il fut aussi le directeur de recherches du CNRS, à l'affût des émergences, « saisissant la société dans chacun de ses soubresauts » : « Il sut décrire la rumeur d'Orléans avec ses emballements, ses croyances, ses lâchetés, et son travail éclaire encore ce que nous savons de ses poussées de fièvre imaginaire. Dans la Folle nuit de la place de la Nation, un concert de Johnny et Sylvie Vartan, il aperçut l'émergence de la génération des yéyés, enfants nés après la guerre, animés de l'urgence de vivre. Dans les Stars, il vit l'avènement d'une nouvelle culture de masse. Dans le Journal de Plozévet, écrit après une immersion en Bretagne, la fin de la société rurale. Mort, naissance, renaissance toujours. Vie d'une société, description de la France. ».

La démarche intellectuelle d'Edgar Morin, c'était de se méfier des simplifications réductrices et de déceler les paradoxes contemporains : « Comprendre, toujours, comment ce qui transforme est lui-même transformé. Pour Edgar Morin, cela revenait à savoir pourquoi, après la chute du mur de Berlin, après l'essor de la mondialisation, le modèle occidental entrait en crise. Au moment de sa victoire politique et économique, il se corrodait de ses excès et de ses succès. C'était la crise écologique qu'Edgar Morin avait discernée dès 1972. C'était, au cœur même de la modernité politique, le retour du fondamentalisme religieux. C'était la crise de l'ordre international avec le surgissement des guerres, des conflits, des massacres à grande échelle. C'était au moment même du triomphe de la pensée humaine par le progrès matériel et technologique, la menace de son asservissement par les machines et de sa colonisation par les empires numériques. Aussi, jusqu'à la fin, Edgar Morin enseignait à des millions d'esprits à travers le monde à ne jamais se résigner aux simplismes. Pour lui, la vérité ne résultait jamais d'un seul camp, d'un seul dogme. L'engagement ne pouvait être l'embrigadement, et l'avenir était promis au chaos si l'on cédait à l'accablement ou à l'inaction. Pour Edgar Morin, cette pensée complexe fut toujours le prélude à l'action juste. ».


Avec Edgar Morin, on pouvait aimer les humains, tous les humains, et aimait la France, toute la France : « Humaniste planétaire, certes, mais irréductiblement Français, toujours. Pour ses combats de liberté, celui de la Résistance et du front de Libération. Pour ses combats d'égalité, d'émancipation. Pour ses combats de fraternité aussi, avec tous les peuples privés de leurs droits. (…) Edgar Morin enseigne que nos générations, confrontées à tant d'épreuves politiques, climatiques, stratégiques, économiques, ne doivent jamais perdre l'espérance dans l'Homme, seul et ultime responsable du monde tel qu'il est. ».

Emmanuel Macron a terminé sur la joie du sociologue de poser aux passants, dans la rue, la question fondamentale qui tue : êtes-vous heureux ? Edgar Morin est maintenant parti : « Cette énergie française, généreuse, ambitieuse, universelle, va continuer de renaître. Sommes-nous heureux ? Nous sommes désormais sans lui, privés de son sourire, de sa voix, de sa bienveillance, mais là, avec son œuvre, sa pensée. ».

Et vous, chers lecteurs et lectrices, êtes-vous heureux ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Edgar Morin, le colosse plus-que-centenaire.
Hommage de la République à Edgar Morin aux Invalides.
Discours du Président Emmanuel Macron en hommage à Edgar Morin le 3 juin 2026 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Edgar Morin, le départ d'un grand esprit.
Edgar Morin, penseur de réputation mondiale !
Naissance de la conscience politique d'Edgar Morin.
Edgar Morin : "Nous allons vers de probables catastrophes" !
Edgar Morin, 102 ans et toute sa vie !
Edgar Morin sur France Inter (à télécharger).
Les 100 ans d’Edgar Morin.
Le dernier intellectuel ?
La complexité face au mystère de la réalité.
97 ans.
Introducteur de la pensée complexe.
"Droit de réponse" du 12 décembre 1981 (vidéo INA).
Université d’été d’Arc-et-Senans avec Edgar Morin le 9 septembre 1990 (vidéo INA).

 

 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260603-edgar-morin.html

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/06/03/article-sr-20260603-edgar-morin.html

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27 juin 2026 6 27 /06 /juin /2026 04:38

« Tropical the island breeze
All of nature wild and free
This is where I long to be
La isla bonita »




 


Il y a quarante ans, le 30 juin 1986, sortait un nouvel album de la chanteuse Madonna, intitulé "True Blue" sous le label Sire Records (Warner Music Group), né d'une collaboration avec Patrick Leonard et Stephen Bray. C'était son troisième album ; son dernier album (le quinzième), "Confessions II", va sortir dans quelques jours, le 3 juillet 2026.

Comme chaque fois avec Madonna, de son vrai nom Madonna Louise Ciccone, furtive amante de Basquiat et de Prince, transgression et provocation sont inséparables de talent artistique. Sa capacité de renouvellement et de réinvention est permanente. L'album cherchait à élargir son public vers des auditeurs plus âgés, avec de la musique classique, des chansons d'amour (c'était la première année de son mariage avec l'acteur Sean Penn), ou évoquant des problèmes de société. L'album a confirmé la puissance de Madonna l'artiste, l'auteure, la chanteuse. Il a confirmé qu'elle était l'une des plus importantes stars des années 1980. Il a reçu un très grand succès commercial avec près de 25 millions de disques vendus dans le monde dont 7 aux États-Unis.

Parmi les tubes de l'album, l'un, qui est sorti en single le 25 février 1987 (le cinquième single de cet album), est intitulé "La Isla Bonita", c'est de l'espagnol. Le clip autant que le tube ont eu un immense succès, numéro un aux États-Unis, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, au Japon, en Suisse, etc. Le clip vidéo a été tourné le 14 mars 1987 à Los Angeles.

On y voit Madonna en touriste sur une île merveilleuse et elle trouve que ses journées sont passées trop vite. La chanson a été considérée par des critiques américains comme « la plus grande, plus influente et éternelle chanson de Madonna et aussi la meilleure de l'album ».


Le critique Maury Dean évoquait en 2003 cette chanson ainsi : « Madonna roucoule une berceuse espagnole. Une romance florale grésillante entre les abris confortables des palmiers. Des mélodies difficiles à ignorer pour la plupart des hommes. » ("Rock 'n' Roll Gold Rush").
 


Étrangement, cette chanson avait initialement été proposée à Michael Jackson (pour son album "Bad"), et après le refus de ce dernier, Madonna a tout de suite accepté de l'interpréter à sa place, à condition de réécrire les paroles elle-même, avec le parolier Patrick Leonard (et Bruce Gaitsch), montrant ainsi les influences hispaniques de l'art de Madonna. Sa robe rouge dans le clip allait devenir très à la mode pour les jeunes femmes.

On a souvent comparé Madonna à Marilyn Monroe dont elle s'est beaucoup inspirée sur le côté bombe sexuelle. Mais elle en est désormais loin... parce qu'elle a beaucoup plus vécu que l'ancienne star présidentielle. En effet, elle a eu la chance de ne pas mourir jeune, et à bientôt 68 ans (elle est née le 16 août 1958), elle a montré que son talent artistique était durable, et chaque fois, novateur, tant sa musique que son image.

Madonna est l'artiste qui a vendu le plus de disques au monde de tous les temps, avec plus de 400 millions d'exemplaires, ce qui la consacre comme la Reine de la Pop. Cela ne l'a pas empêchée de faire quelques incursions au cinéma, avec notamment deux succès "Recherche Susan désespérément" de Susan Seidelman (sorti le 29 mars 1985) avec Rosanna Arquette, et "Evita" d'Alan Parker (sorti le 25 décembre 1996). Puis, après quelques productions mitigées, l'actrice a cédé devant la réalisatrice.


Star de la mode, star de la musique, star boulimique et multidisciplinaire, voici donc Madonna dans son entièreté, avec La Isla Bonita, il y a quarante ans !





Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 juin 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Madonna.
La Isla Bonita.
Guesch Patti.
Marianne Faithfull.
Marcel Zanini.
Patricia Kaas.
Kim Wilde.



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260630-madonna.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/madonna-chante-la-isla-bonita-269402

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/06/25/article-sr-20260630-madonna.html


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23 juin 2026 2 23 /06 /juin /2026 23:24

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260623-marc-bloch.html



CÉRÉMONIE PRÉSIDÉE PAR EMMANUEL MACRON










23 juin 2026
Discours du Président de la République à l’occasion de l’entrée de Marc Bloch au Panthéon
 




Ce 16 juin 1944, au crépuscule, dans un champ de la région lyonnaise, les nazis exécutent leurs prisonniers. 30 hommes de toutes conditions, confessions, opinions. Un menuisier, un syndicaliste, un cheminot, des Polonais, des Résistants, des communistes, et parmi eux, un professeur d'histoire, Marc Bloch.

De la Sorbonne à ce champ où il tomba, Marc Bloch vécut ainsi : parmi les Hommes, guidé par la volonté de comprendre leurs vies et de partager leurs idéaux.
Mort héroïque parce que stoïque. Mort à laquelle il s'était préparé pour la France, comme soldat déjà blessé au front, 29 ans plus tôt. Mort dont son ami Lucien Febvre dira qu'elle fut « une sainte mort ». Mort infligée parce que Marc Bloch a résisté à la barbarie nazie et à son complice, le gouvernement de Vichy. Quand l'ennemi occupe la France à partir de juin 1940, quand le gouvernement de l'État français aux mains de Pétain et Laval, entre dans la voie de la collaboration, le destin de Marc Bloch bascule, comme celui de tous les Juifs.
De cœur et de raison authentiquement républicain, défenseur ardent et inlassable de la laïcité, Marc Bloch endure les conséquences de l'antisémitisme d'État initié par le gouvernement du maréchal Pétain.

Qu'importent, aux yeux des hommes de Vichy, la vie et l'œuvre de Marc Bloch. Pour eux, rien ne compte plus que sa judéité. Il était pourtant de Ceux de 14. Croix de guerre. Chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire. Vétéran de la Campagne de France de 39-40. Réengagé à plus de 50 ans pour défendre sa patrie. Historien, normalien, professeur à l'Université de Strasbourg puis à la Sorbonne. Fondateur avec Lucien Febvre de l'École des Annales. Auteur des « Rois Thaumaturges » ou de « La Société féodale ».
Qu'importe cette vie de grandeur et de labeur. Les hommes au service de l'État français ne voient en Marc Bloch que le juif. Le juif malfaisant, funeste, nocif. Coupable parce que juif.
À exclure, persécuter et effacer parce que juif. Dès la fin de 1940, Marc Bloch subit comme tant de nos compatriotes les conséquences de cette politique menée au nom de la France. Et sa famille avec lui. Infernal enchaînement.

Il est exclu de l'université au bout d'un processus bureaucratique inique. Ses traitements et pensions sont supprimés, ses comptes bancaires bloqués. Son appartement parisien réquisitionné.

Il est alors obligé de quitter avec les siens la zone nord occupée par les nazis. Ne pouvant plus partir pour l'Amérique, tous se réfugient en zone sud qui n'a de « libre » que le nom.

De là, Marc Bloch, qui se proclame « juif qui ne se cache pas », se bat comme il peut contre ce régime, où l'antisémitisme est d'État après l'adoption des deux statuts des Juifs et la loi de juillet 1941. Marc Bloch mène alors une première bataille contre Vichy et les nazis.

Devenu nomade, entre sa maison de Fougères, Montpellier et Lyon, il lui faut sauver sa bibliothèque. Oui, sa bibliothèque, que le Gouvernement de Vichy, comme l’occupant, veulent lui confisquer. 5 000 livres, patiemment rassemblés par Marc Bloch tout au long de sa vie. Livres de l'étudiant, du professeur, du Républicain. 5 000 livres qui disent la vérité d'un homme, son amour de la littérature, son appétit de savoir, sa soif de transmettre.
Alors, Marc Bloch résiste à cette persécution inepte, ne veut pas renoncer à ses livres, à sa vie, à ce qui donne sens à son existence.
Alors il se bat.
Demande à Lucien Febvre d'activer tous les réseaux possibles, sollicite Fernand de Brinon, représentant de Vichy en zone occupée, écrit à Jérôme Carcopino, ancien élève de son père, désormais au service de Pétain.
On lui a tout pris, mais au moins qu'on lui laisse ses livres. Il ne demande rien d'autre pour lui, pour ses enfants. Mais non, rien n'y fait.
La lâcheté des uns et la méchanceté des autres se conjuguent. L'antisémitisme lui a volé son métier, son appartement, son argent. Il faut qu'il lui vole aussi ses livres. Ces derniers sont expédiés en Allemagne, dispersés. Et pour beaucoup perdus. Dans la France de la collaboration, avide de prendre sa revanche sur l'affaire Dreyfus, le cas de Marc Bloch montre que dès qu'il faut s'en prendre à un Juif, il se trouve toujours un préfet pour réquisitionner. Un policier pour perquisitionner. Un juge pour condamner. Un universitaire pour justifier. Un journaliste pour approuver. Un voisin pour dénoncer. Et tant d'autres pour détourner le regard.

Ne l'oublions jamais.

Tout cela s'est passé. Et s'est mise en place une mécanique idéologique de haine conjuguée à une épidémie de lâcheté.
Dans le même temps, ils furent quelques-uns pour rallumer les braises de ce que nous sommes, et sauver l'honneur et l'âme de la France avant d'en hâter la victoire. Oui, quelques-uns, auxquels nous nous raccrochons.
Un préfet. Jean Moulin organise l'armée secrète au nom de De Gaulle. Un policier. Achille Peretti, fonde le réseau Ajax.
Un juge. Paul Didier, refuse de prêter serment à Pétain.
Un professeur agrégé de droit. Pierre-Henri Teitgen, entre dans le réseau qui va devenir Combat.
Un journaliste. Pierre Dac, moque les collaborateurs sur les ondes de Radio Londres.
Une psychiatre. Adélaïde Hautval, est déportée à Auschwitz pour avoir défendu des juifs molestés dans la rue et deviendra Juste parmi les Nations. Et 1 038 garçons « sans attache » choisissent de rejoindre la France Libre pour y gagner le plus beau des titres de noblesse en République : Compagnon de la Libération.
Marc Bloch s'inscrit dans cette chaîne humaine salutaire.
 
Lui, l'héritier des Lumières, ancien combattant des deux guerres, choisit à son tour l'armée des ombres. Le voici. À Lyon, réseau Franc-Tireur recruté à 57 ans par Maurice Pessis, un gamin de 20 ans. « C'est moi le poulain de Maurice », lâche-t-il dès la première rencontre avec ses camarades, fidèle à cet humour pince-sans-rire dont il ne s'est jamais départi.
Le voici, rebaptisé « Maurice Blanchard », « Monsieur Rolin » ou de ses alias de Résistant : « Chevreuse » ou « Narbonne ». Le voici, siégeant dans le Comité des experts créé par Jean Moulin aux côtés d'Henri Frenay, François de Menthon, Alexandre Parodi, Michel Debré et tant d'autres. Ensemble, ils pensent le destin de la France libérée.

Le voici dirigeant régional des Mouvements unis de Résistance.
Le voici, conscient des risques qu'il prend en s'exposant de la sorte, mais aussi sa famille, son épouse Simonne et leurs enfants.
Le voici arrêté ce 8 mars 1944 sur le pont de la Boucle, à Lyon, par des Français membres de cette Gestapo dont le chef est Klaus Barbie.
Le voici enfermé à Montluc, comme Jean Moulin avant lui. Prisonnier de Francis André, dit « gueule tordue », et de sa bande de collaborateurs voleurs et tortionnaires. Torturé, passé sept fois au supplice de la baignoire, ne donnant que des noms connus pour être déjà à Londres en sécurité, préservant la vie de tous les autres.
Professeur d'espoir aussi, encore et toujours.
Dans la prison de Montluc, Marc Bloch, frappé, torturé, supplicié est ce prisonnier qui demeure calme, souriant et gai. Oui, gai. « Il nous encourageait », raconte l'un de ses compagnons de captivité, « il nous ranimait, nous parlait de la France, de son passé et ne désespérait jamais ». Livré aux nazis et assassiné avec ses compagnons, au soir du 16 juin 1944, Marc Bloch est présenté par la propagande de Vichy comme terroriste parce que Juif.
Sa mort est même revendiquée par le chef de la Milice, Joseph Darnand, terrible aveu qui marque alors la volonté des derniers fidèles de Vichy d'entraîner le pays dans la guerre civile alors même que la défaite du nazisme et la chute du gouvernement de Vichy est inéluctable.

Disons-le ici : voilà où mène inévitablement l'antisémitisme, dès lors que quiconque s'engage sur ce chemin de ténèbres. Confronté à ce cauchemar, la grandeur de Marc Bloch est cependant de n'avoir jamais désespéré de la France et du peuple Français. La résistance de Marc Bloch est aussi de pensée et d'écriture. Puisqu'il est historien et que l'Histoire est un combat. Puisque Vichy lui a volé ses livres, le voici qui en écrit de nouveaux.
Deux livres de combat, deux livres de résistance : « Apologie pour l'histoire » et « L'Étrange défaite ». Marc Bloch dédicace ainsi à Lucien Febvre son « Apologie de l'histoire » : « nous sommes les vaincus provisoires d'une injuste défaite ».
Tout Marc Bloch est là, dans ces quelques mots.
L'historien n'a pas vocation à contempler le passé pour déplorer ce qui n'est plus. Son devoir est au contraire d'entrer dans l'action au nom du passé. « Je croyais à l'avenir parce que je l'écrivais moi-même », dira-t-il plus tard. Ainsi naît « L'Étrange défaite », essai d'histoire du temps présent pour tous les lendemains à venir. Il y ausculte les plaies de la patrie vaincue et les multiples causes politiques, militaires, morales de l'humiliation de 1940. Bloch prodigue des enseignements qui nous obligent encore et pointe les raisons qui ont mené la France heureuse du Front populaire de l'été 36 au désastre du printemps 40. La perte de toute force morale de la Nation. À commencer par ses élites qui cédèrent à l'esprit de défaite par détestation des élans du peuple français.
Marc Bloch est sévère avec les dirigeants des gouvernements Blum qui n'ont pas vu le pire advenir, mais il l'est encore plus et surtout avec ces Français d'influence et de pouvoir qui, de fait, préféraient admirer Hitler plutôt que le Front populaire. Qui doutaient de la France, la voyaient déjà décadente, au fond, n'y croyaient plus.
L'esprit de défaite, sans cesse entretenu par ceux qui se proclament plus Français que vous. Ce sont toujours les premiers à sacrifier la France aux intérêts de puissances hostiles. Les premiers à la renier. Les premiers à la trahir. Premiers à sacrifier à leurs intérêts un peuple libre, peuple qu'au plus profond d'eux-mêmes, ils n'aiment pas. Ainsi persiste encore et toujours cet esprit de défaite indissociable de l'esprit de Vichy, poison lent de notre vie publique et qu'il faut combattre inlassablement. Esprit qui prétend sauver la France en l'écartant de nos principes de liberté, d'égalité et de fraternité. Fascination pour la force brute d'esprits faibles qui s'étaient fatigués de la complexité du monde, manquaient de caractère et ne croyaient plus dans le peuple français.

Intellectuel intranquille, Marc Bloch est pour nous ce testament permanent.
Testament de vie, car Marc Bloch est inséparable de Simonne, son amour, son éternelle victoire, sans qui il n'aurait pu accomplir son œuvre. Inséparable de la bravoure des siens : Alice, engagée dans le secours aux enfants. Étienne, Louis et Daniel entrés en Résistance, quand les deux cadets Jean-Paul et Suzanne vivent les épreuves du temps. La flamme aussi de la République chez ses petits-enfants et arrière-petits-enfants. Marc Bloch, affaire de famille, famille de devoirs, de pensée et d'action.
Testament de savoir et de science aussi. Sa bibliothèque a été dispersée par les nazis, mais ce sont bien les graines de son génie européen qui ont essaimé et enfanté d'autres savants, comme lui attachés à notre civilisation de liberté, jusqu'à Carlo Ginzburg disparu voilà quelques jours. Testament pour l'historien aussi. « Papa, à quoi sert l'histoire ? », selon la phrase qu'il place au début de son Apologie. Pour Marc Bloch, l'Histoire sert à chercher la vérité et à trouver la liberté. Inspiré par son père, lui-même professeur d'histoire antique, et son frère médecin, Marc Bloch a placé la méthode scientifique au cœur de sa discipline, le rapport au fait, la construction de la vérité, mais aussi l'étude des sociétés humaines dans les rapports sociaux et religieux comme dans les imaginaires.

« L'histoire est la science des hommes dans le temps », écrit-il. Elle n'est pas une succession d'événements bruts, initiés par des individus, aussi exceptionnels soient-ils parfois, mais une construction de temps long. Marc Bloch entend lire le passé aussi dans les mentalités des peuples. Pour ce médiéviste, les croyances du paysan de la France féodale comptent autant que les gestes du Roi de France. S'il est des Rois thaumaturges qui guérissent par miracle et que le peuple accepte de croire à cette légende, il est indispensable de comprendre les ressorts de cette relation entre roi et peuple. Le métier de l'historien est de configurer, contextualiser, interpréter ce qui doit devenir vérité scientifiquement éprouvée.
C'est là, dans les « façons de sentir et penser » de chacun, dans l'exploration de ce que Lucien Febvre nomme « l'outillage mental », que se trouve le chemin qui mène à la vérité dans l'Histoire. Vérité bâtie sur les traces, les faits, les analyses. Vérité qui se polit dans l'historiographie. Dilexit veritatem : il a chéri la vérité. Épitaphe et boussole, idéal démocratique qui rejoint le métier de l'historien.

Ainsi Marc Bloch lie-t-il France et Histoire, République et science, Gouvernement et Raison. Cette méthode et ce lien sont aujourd'hui encore les meilleurs antidotes contre les poisons de la révision historique qu'un peu partout nous revoyons poindre.
Oui, pour Marc Bloch, adolescent au temps de l'affaire Dreyfus, la République organise la confrontation respectueuse des faits, des idées, donne sa place à la science et à la justice, libère de la dépendance aux croyances faciles et de la crédulité aux fausses nouvelles.
L'intégrité intellectuelle ne va jamais sans force morale ni sans courage physique. Deux fronts d'une même guerre pour la vérité : science et Résistance.

Testament d'un professeur, enfin. Fils de professeur, Marc Bloch ne cessa jamais d'enseigner. N'importe où, à l'université de Strasbourg comme dans la prison de Montluc.
C'est comme s'il montait sur l'estrade, donnant à tous un cours simple, sans jargon, à hauteur d'intelligence, optimiste toujours.
« Je crois aux jeunes », disait-il. Oui, être professeur d'histoire est ce plébiscite de chaque jour à notre jeunesse et à la force d'un nouveau printemps.
Testament permanent qu'il ne finit pas de nous léguer.

Ainsi Marc Bloch entre-t-il au Panthéon, vivant, là, devant nous.
Et son legs devient nôtre, formulé avec ses propres mots : « La France demeurera, quoi qu'il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J'y suis né, j'ai bu aux sources de sa culture, j'ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux. »

Vive Marc Bloch, vive Simonne Bloch, vive la République, vive la France !

Emmanuel Macron, le mardi 23 juin 2026 à Paris.



Source : elysee.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20260623-pantheon-marc-bloch.html
 

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19 juin 2026 5 19 /06 /juin /2026 04:10

« À défaut d'avoir la notoriété de Dali ou de Picasso, David Hockney s'impose, au début des années 1970, comme une figure majeure de la bohème artistique internationale et d'une certaine aristocratie déviante des arts et des lettres, au même titre que William Burroughs, Andy Warhol et Francis Bacon, [à une époque où] nombre de créateurs continuent de bousculer les préjugés moraux de la bourgeoisie en cette ère de contestation généralisée. » (Éric Dahan, en juillet 2017, "Vanity Fair").





 


Un très grand artiste britannique est mort finalement en Grande-Bretagne, malgré son amour de la France. David Hockney s'est en effet éteint à Londres le 11 juin 2026 à un mois de ses 89 ans. Il aimait tellement la France qu'il y a séjourné pendant de très nombreuses années à partir des années 1970 et jusqu'en été 2023 (avec des retour en Grande-Bretagne).

Un des plus grands artistes d'art contemporain du XXe siècle, David Hockney est considéré comme une figure majeure du pop art des années 1960, à l'instar de son ami Andy Warhol. Un moyen de s'en apercevoir "objectivement" (même si cela peut être contestable), c'est qu'il a été l'artiste vivant le plus coté au monde, avec ce record de la vente aux enchères d'une de ses toiles, réalisée en 1972, "Portrait of an Artist (Pool with two figures)" le 15 novembre 2018 chez Christie's à New York pour un montant de 90,3 millions de dollars (record qui n'a duré que six mois).

Il y a trois ans, j'ai eu l'occasion d'évoquer une de ses dernières expositions (une rétrospective) qui présentait un aperçu historique de toute sa carrière artistique, avec la Collection de la Tate (visible notamment au Musée Granet à Aix-en-Provence en 2023, mais aussi dans d'autres musées internationaux).

C'était un moyen de voir que, malgré des évolutions permanentes de sa créativité, son style était repérable, était caractéristique, des couleurs vives qui n'hésitent pas à provoquer. Car bien sûr, Hockney était un provocateur (comme tout artiste du reste), on ne reste pas insensible face à ses œuvres, même pour ceux qui ne les apprécieraient pas.


C'étaient par les couleurs que le jeune Hockney a voulu être artiste, fasciné par des peintres contemporains comme Picasso, Matisse et Francis Bacon. Dessinateur de presse en Égypte puis en Californie, il se trouvait trop à l'étroit dans l'art contemporain américain, et a su reproduire ses sensations d'une eau de piscine ou de l'ondulation d'un corps dans un cadre estival à Los Angeles.
 


Son regard, devenu le regard du spectateur de ses œuvres, était novateur, il donnait un sens à des petits riens, à des détails de la vie contemporaine, chaque étincelle de la vie, chaque mouvement qui paraissait ordinaire, chaque poussière était devenue une approche nouvelle de la réalité, en permanence renouvelée au fil des décennies.

Dans ses provocations parfois involontaires, il y a eu son mode de vie, en d'autres termes, son homosexualité qu'il assumait malgré une époque qui l'avait criminalisée. Il n'a pas hésité à en faire des thèmes de plusieurs de ses œuvres, qu'on dirait osées. Il a ainsi été un porte-étendard d'un mouvement sociétal de fond issu des États-Unis mais aussi d'Europe, sur les droits LGBT+ et s'il défendait les droits LGBT, il n'était pas forcément favorable au mariage pour tous dont le concept l'avait dépassé : « J'ai toujours pensé que je ne me marierais jamais parce que j'étais gay. Le monde d'avant le mariage gay était si différent. Mon seul regret est de ne pas avoir eu d'enfants. ».
 


Son art était sans arrêt réinventé, et en particulier, il a fait quelques essais intéressants avec des nouvelles technologies à partir des années 2010, en proposant des paysages vus de plus d'une quinzaine d'angles, et aussi des sortes de films de paysages donnant l'évolution d'un tableau un peu à la manière de Picasso filmé par Henri-Georges Clouzot. Ces vidéos étaient diffusées sur iPad au Musée Granet en 2023. On pouvait aussi les retrouver à la Fondation Louis-Vuitton à Paris dans le cadre d'une dernière rétrospective jusqu'en août 2025 (qui avait battu les records de fréquentations pour un artiste vivant).





Dans son hommage, le Président de la République Emmanuel Macron, passionné par les arts, a salué l'innovateur et le créateur, mais aussi l'amateur de la Normandie qu'il a habitée pendant quatre ans à la fin de sa vie : « Sa gaieté libre, son humour britannique ont fait de lui une personnalité aimée bien au-delà des amateurs d’art contemporain ; ses lunettes colorées, son sourire souvent agrémenté d’une éternelle cigarette, ont façonné une silhouette inimitable. Génie de la créativité, il s’essaya tout au long de sa vie à diverses manières de faire naître l’image, de l’aquarelle à l’acrylique en passant par les Polaroid. En 2020, il repoussa encore les limites de sa création avec une fresque de quatre-vingt-onze mètres, faite à partir de dessins digitaux représentant le changement des saisons dans le verdoyant pays d’Auge. ».
 


Pour lui rendre hommage, je propose quelques vidéos reprenant soit des interviews de David Hockney soit une présentation de son œuvre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 juin 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
David Hockney.
Collection de la Tate.
Pablo Picasso.
Lucien Freud.
Le Petit Prince.
Le trèsor de Toutankhamon.
Sarah Bernhardt.
Pierre Soulages.
La fresque d’Avignon.
Sempé.
Dmitri Vrubel.
Margaret Keane.
Maurits Cornelis Escher.
Christian Boltanski.
Frédéric Bazille.
Chu Teh-Chun.
Rembrandt dans la modernité du Christ.
Jean-Michel Folon.
Alphonse Mucha.
Le peintre Raphaël.
Léonard de Vinci.
Zao Wou-Ki.
Auguste Renoir.























https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260611-david-hockney.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/david-hockney-et-l-etincelle-des-269769

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/06/12/article-sr-20260611-david-hockney.html


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5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 04:48

« J’espère accepter de vivre avec un si immense deuil. On verra. »


 


C'était son dernier message pour le magazine "Le Point" qui s'était inquiété de sa santé il y a deux mois. Elle était alors allée dans une clinique à Munich, mais cela n'a pas suffi. La très grande auteure de bande dessinée Marjane Satrapi est morte ce jeudi 4 juin 2026 à Paris. Elle avait 56 ans (elle est née le 22 novembre 1969 en Iran). Sa disparition a heurté beaucoup de monde car elle s'était fait connaître par son excellente autobiographie dessinée, "Persepolis".

Sa famille a rendu publique la triste nouvelle par cette formule qui pourrait surprendre car inhabituelle : « Marjane Satrapi morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie. ». En effet, son mari, le producteur suédois Mattias Ripa était mort le 8 avril 2025 à 53 ans, et cela faisait un an qu'elle luttait contre la dépression à la suite de ce deuil de son amour de trente ans. L'originalité de cette femme est allée jusqu'à cet étrange faire-part qui ne se focalise pas sur elle mais sur son mari et la tristesse de l'avoir perdu.
 


Marjane Satrapi est d'abord une femme, une femme iranienne, et ensuite, elle est une artiste, certes auteure de bande dessinée, mais elle est devenue par la suite réalisatrice de cinéma et même peintre. L'art comme vecteur de messages qu'elle avait à transmettre. Dans sa notice, le Centre Pompidou indique : « Marjane Satrapi est née en 1969 à Rasht, dans la région de Guilan, sur les bords de la mer Caspienne. Un peu azérie, un peu turkmène, un peu musulmane, un peu zoroastrienne, Iranienne, quoi. C'est en arrivant à Paris qu¹elle rencontre Christophe Blain qui la fait rentrer à l'Atelier des Vosges, célèbre repère des grands noms de la bande dessinée d¹aujourd'hui. ».
 


Iranienne, Marjane Satrapi adolescente est partie quatre ans, entre 1984 et 1988, pour suivre les cours du lycée français de Vienne en Autriche. Elle retourna ensuite poursuivre ses étude à l'École des beaux-arts de Téhéran et en 1994, elle s'est esquivée en France, d'abord à l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, enfin à Paris où elle a intégré l'Atelier des Vosges, place des Vosges, un milieu très créatif où elle a rencontré de nombreux auteurs de bande dessinée, très créatifs, comme Christophe Blain (futur dessinateur de "Quai d'Orsay") et Joann Sfar.

C'est toutefois la lecture d'Art Spiegelman, son œuvre majeure "Maus", l'histoire racontée des camps d'extermination d'un point de vue particulier (les Juifs sont les souris, les nazis sont des chats), ce qui l'inspira pour raconter sa propre histoire.

 


Et cette histoire, c'est celle d'une petite fille de 9 ans quand la Révolution islamique a éclaté dans son pays, où les libertés, en particulier des femmes, ont été bafouées (sous le shah d'Iran, ce n'était pas forcément plus libre, mais sans charia). Marjane Satrapi, à l'instar des auteurs modernes de la bande dessinée, a raconté son histoire entre 1979 et 1993 dans les quatre tomes de la BD passionnante "Persepolis", publiés de 2000 à 2003 (éd. L'Association). L'encyclopédie Wikipédia constate : « À la fois témoignage historique et réflexion sur l'identité et l'exil, "Persepolis" est le plus grand succès éditorial de la bande dessinée alternative européenne des années 2000. Très bien reçu par la presse, il a fait de Satrapi l'une des autrices francophones les plus reconnues. ».

C'est dans cette bande dessinée moderne et talentueuse qu'on a pu apprendre qu'elle a eu une expérience d'adolescente exilée à Vienne où elle a découvert l'insouciance de la jeunesse gâtée et nihiliste d'Europe, l'absence d'engagement, de foi, de pudeur, etc. Elle a connu la libération sexuelle, l'infidélité, la solitude qui l'ont plongée dans une dépression jusqu'à la faire hospitaliser. C'est pourquoi elle est retournée en Iran, pour retrouver ses racines culturelles.

 


Saluant « une immense artiste qui avait transformé une enfance iranienne en fable universelle », le Président Emmanuel Macron, qui avait reçu le soutien de Marjane Satrapi en 2017, a rappelé, dans un communiqué, toute la richesse de cet album de BD : « En noir et blanc, défilaient les épisodes d’une enfance mêlée à la grande histoire contemporaine de l’Iran : la révolution de 1979, la prise d’otages de l’ambassade américaine, l’emprise des pasdaran, le fondamentalisme, l’exil de la jeune Marjane, le racisme subi en Autriche, les difficultés de l’intégration, l’initiation à l’anarchisme, les malheurs du cœur, la dépression, le retour en Iran après la guerre contre l’Irak. Avec son œil d’enfant, son ironie, sa tendresse, ses démons intérieurs, l’auteure créa un monde bouleversant dans lequel s’identifièrent les lecteurs. C’était aussi le déploiement d’une histoire intime et douloureuse aux proportions du destin du peuple iranien. ».
 


Récompensé par deux Alph-Art (coup de cœur en 2001 et meilleur scénario en 2002) au Festival d'Angoulême, "Persepolis" a connu un succès international (vendu à plusieurs millions d'exemplaires, traduit dans plus d'une centaine de langues et considéré par le "New York Times" comme le deuxième plus grand livre des trente dernières années), ce qui a encouragé Marjane Satrapi à réaliser l'adaptation de sa BD au cinéma, en collaboration avec Vincent Paronnaud. Le film est sorti en France le 27 juin 2007 (interdit en Iran et au Liban, très contesté en Tunisie), et a reçu de nombreuses récompenses dont : le Prix spécial du jury du Festival de Cannes 2007 (sélectionné pour la Palme d'or), deux Césars en 2008 (meilleur premier film et meilleure adaptation) avec trois autres nominations, et une nomination pour les Oscars en 2008 (meilleur film d'animation). Il est sorti en DVD le 27 décembre 2007.
 


Passionnée par le cinéma lorsqu'elle était petite (François Truffaut, Luis Bunuel, Roman Polanski, Luchino Visconti), la dessinatrice franco-iranienne a réussi à faire participer dans cette adaptation (pour les voix) Catherine Deneuve (elle a échoué pour Alain Delon), Danielle Darrieux, Chiara Mastroianni, Simon Abkarian, et pour la version anglophone, Iggy Pop et Sean Penn.

Marjane Satrapi a continué sur la lancée avec d'autres albums de bande dessinée, notamment "Adjar" en 2002, "Broderies" en 2003, qui décrit la vie quotidien des femmes en Iran, et "Poulet aux prunes" en 2004, sa dernière BD qui fut récompensée par le Prix du meilleur album au Festival d'Angoulême en 2005. Wikipédia décrit ce film en soulignant le chaud et froid de l'auteure, capable de mettre de l'humour dans des situations dramatiques, héritage de "Maus" : « En dépit du destin mortel du personnage principal, "Poulet aux prunes" illustre à la perfection cette ambiguïté satrapienne d’un comique qui fait rire aux éclats comme fondre en larmes. ».


À partir de 2005, Marjane Satrapi a délaissé la BD et s'est consacrée au cinéma, et après le succès de son adaptation de "Persepolis", elle a aussi adapté au cinéma sa BD "Poulet aux prunes" (film sorti le 26 octobre 2011), avec Mathieu Amalric et Édouard Baer, qui a reçu quelques récompenses, et elle a réalisé d'autres films dont le dernier fut "Paradis Paris" (sorti le 12 juin 2024), le thème central est la mort, avec notamment Monica Belluci, Martina Garcia, André Dussollier et Alex Lutz.

Entre-temps, elle a eu l'occasion de réalisé trois autres longs-métrages : "La Bande des Jotas" (sorti le 6 février 2013), avec Marjane Satrapi et Mattias Ripa (son mari), dans une histoire qui part d'un échange involontaire de bagages ; "The Voices" (sorti le 15 janvier 2015), avec Ryan Reynolds, l'histoire d'un fou qui tue en écoutant une voix ; et "Radioactive" (sorti le 11 mars 2020), avec Rosamund Pike, Sam Riley et Anya Taylor-Joy, une biographie de la physicienne Marie Curie et une réflexion sur la radioactivité.

Sur Internet, Mathilde Leïchlé, chercheuse à l'Institut national d'histoire de l'art, a décrit l'œuvre de Marjane le 3 avril 2020 ainsi : « Son propos est clair : elle ne souhaite pas attirer la compassion mais susciter la curiosité. Selon elle, son livre est réussi si une seule question reste dans l’esprit des lecteurs : "Est-ce que ces gens sont vraiment différents de nous ?" (…). Marjane Satrapi, dans ses bande-dessinées, commence toujours par dessiner les yeux. Selon elle, on comprend tout des autres en regardant leurs yeux. Elle nous prête les siens, dans ses livres, ses œuvres et ses films, pour regarder le monde. Elle nous apprend à en rire, malgré tout, pour mieux l’aimer. ».

 


Parallèlement à son activité de réalisatrice, Marjane Satrapi a peint en amatrice, et a organisé sa première exposition en 2013 à Paris sur la femme, une autre en 2020 sur le même thème. Pour les Jeux olympiques de 2024 à Paris, le Mobilier national lui a même commandé un triptyque qui va être reproduit en tapisserie par les artisans de la Manufacture des Gobelins.

Très engagée en faveur des femmes iraniennes, et en particulier au sein du mouvement Femme, Vie, Liberté, elle a dirigé en juin 2023 un livre de témoignages par le récit et la bande dessinée en hommage à Mahsa Amini, assassinée le 16 septembre 2022 par la police politique iranienne pour un voile mal porté. Marjane Satrapi a expliqué la raison de ce livre (lu par plus de 150 000 lecteurs) : « Ce livre a deux vocations. La première est d'essayer d'expliquer ce qui se passe en Iran, de décrypter les événements dans leur complexité et leurs nuances pour un lectorat non iranien, de vous les faire comprendre du mieux que nous pouvons (…). La deuxième vocation de ce livre est de donner un signe aux Iraniens pour leur rappeler qu'ils ne sont pas seul. (…) La société civile en Occident, elle, est engagée à leurs côtés. La preuve en est que la majeure partie des artistes participant à ce projet sont des Occidentaux. Quel plus grand soutienn de la part d'un artiste que son art ? ».

 


La consécration, Marjane Satrapi l'a obtenue le 28 février 2024 en étant élue membre de l'Académie des beaux-arts, pour succéder à l'acteur Jacques Perrin au fauteuil V de la section cinéma et audiovisuel. Passionnée pour la transmission du cinéma, elle a créé dès son élection la Fondation pour le cinéma Mattias et Marjane Ripa-Satrapi – Académie des beaux-arts pour venir en aide à des étudiants étrangers voulant étudier le cinéma à Paris. À l'annonce de sa disparition, l'Académie a rendu hommage à « une femme admirable, lumineuse, d’une intégrité absolue ». Marjane Satrapi est désormais enterrée au Père Lachaise. RIP (Requiescat in pace).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juin 2026)
http://www.rakotoarison.eu


(Les dessins proviennent de Marjane Satrapi, sauf mention contraire).


Pour aller plus loin :
Marjane Satrapi.
Dino Attanasio.
Édika.
Albert Uderzo.
René Goscinny.
Le peuple d’Astérix.
Pluralité dissonante.
Astérix, Obélix et Idéfix partent à la retraite.
Les Shadoks.
L'influence d'un philosophe en BD.
Un livre pour bien comprendre la BD.
Rumeurs sur un ministre.
La Vilaine Lulu.

Pour ou contre la peine de mort ?
Gaston Lagaffe.
Petite anthologie des gags de Lagaffe.
Jidéhem.
André Franquin.
Morris.

François Cavanna.
Charlie Hebdo.
Art Spiegelman.
Maus.
Jean Teulé.
Dmitri Vrubel.
La fresque qui fait polémique.
Sempé.
Escher.
Reiser.





 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260604-marjane-satrapi.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/marjane-satrapi-de-nouveau-en-exil-269555

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/06/04/article-sr-20260604-marjane-satrapi.html


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3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 21:31

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260708-edgar-morin.html



CÉRÉMONIE PRÉSIDÉE PAR EMMANUEL MACRON









3 juin 2026
Discours du Président de la République à l’occasion de l’Hommage national à Edgar Morin aux Invalides



Tant de fois, Edgar Morin avait vu la mort en face.
À dix ans, quand son père se posa, grave, devant lui, le jeune Edgar Nahoum comprit en un instant que sa mère était morte. Chagrin premier et inconsolable, qui l'accompagna jusqu'au bout de son existence. L'année suivante, le petit garçon, frappé d'un mal mystérieux, condamné par tous les médecins, en réchappa à force de soins donnés par sa tante.
À 20 ans, Edgar Nahoum, devenu Edgar Morin, Résistant, se rendit à un rendez-vous. Au bas de l'escalier, un pressentiment, comme un étourdissement : il rebroussa chemin. Un piège était en effet tendu par la Gestapo.
À 30 ans, Edgar Morin fit paraître L'Homme et la mort, son premier livre. Dix ans plus tard, une hépatite le laissa dans le coma.
Chaque fois, Edgar Morin ressuscita. Chaque fois, il voulut encore davantage « vivre de mort, mourir de vie ». Oui, Edgar Morin aimait la vie. Il l'aimait et fut, tout au long de la sienne, cet homme des renaissances. Esprit de la Renaissance aussi, mu par une ambition intellectuelle digne des siècles de l'humanisme et qui, comme Montaigne, entendait embrasser toutes les facettes de notre condition : les idées, les lois, les arts, les sciences, les technologies. Homme de toutes les Renaissances, esprit de la grande Renaissance. La pensée complexe qu'il établit et qu'il enseigna fut au fond avant tout cette pensée de la vie.

Ce fut dans la résistance, d'abord, qu'Edgar Morin trouva sa voie.
Il s'y engagea en patriote, enfant d'un enseignement laïc dispensé à l'école de Ménilmontant, vibrant de son identité de Français juif traqué, opprimé, fort de sa conscience politique forgée devant la montée des fascismes dans les années 30. Malgré le deuil des camarades, la peur au ventre, il ne cessa de lutter. Dans la Résistance, Edgar Nahoum avait trouvé son nom clandestin, Morin. Il avait aussi et surtout trouvé un sens à sa vie, une fraternité avec des camarades extraordinaires, Jean Cassou, Florence Malraux, Mascolo, Jankélévitch ou sa future épouse, Violette Chapellaubeau. Au plus près de la mort, la vie s'était éclaircie. Et la pensée complexe, déjà, pour comprendre comment la barbarie fut enfantée par la civilisation. Alors, après la guerre, Edgar Morin, encore soldat, s'établit un temps en Allemagne sur les traces du nazisme, produit par la même nation qui avait inventé Nietzsche ou Beethoven, génies si chers à son cœur. Il en tira un livre à rebours de l'époque, pour défendre l'idée de l'Allemagne qu'il aimait, l'idée de l'Europe qu'il aimait et ces idées dont il espérait la renaissance.
Penser par soi-même, même contre l'époque, même contre les siens.
Dans la France de l'après-guerre, encore sous les décombres, dans ces jours de dénuement passés rue Saint-Benoît, avec Robert Antelme et Marguerite Duras, vibrer au tourbillon de la vie, chacun chez soi est reparti. Il se fit, durant ces décennies, penseur de son temps, de l'époque, avec lucidité, exigeant toujours sans jamais donner quelque leçon. C'est parce qu'il s'exerçait à cette pensée de vérité et de contradiction qu'Edgar Morin aperçut, dans la conduite de la guerre en Algérie, les risques fatals encourus par la République, et qu'il s'engagea, pour Messali Hadj, et l'indépendance de l'Algérie. C'est ainsi qu'Edgar Morin sut discerner dans la puissance du Parti communiste le risque totalitaire et qu'il s'en affranchit en publiant un livre de rupture qui fit date : Autocritique. C'est ainsi qu'à l'inverse de sa génération intellectuelle prompte à effacer la figure de l'Homme au profit des lois de l'économie ou des formes du langage, lui ne cessait de placer l'Homme, ses passions, sa Raison, au cœur de tout.

Oui, Edgar Morin, par sa vie, qu'il refusait de séparer de son œuvre, avait appris à penser contre les apparences, contre les écoles, parfois contre lui-même.
Pensée inclassable, intempestive et donc intemporelle.
Il fut aussi ce chercheur, traquant les émergences, saisissant la société dans chacun de ses soubresauts. Devenu chercheur au CNRS, il sut décrire la rumeur d'Orléans avec ses emballements, ses croyances, ses lâchetés, et son travail éclaire encore ce que nous savons de ses poussées de fièvre imaginaire. Dans la Folle nuit de la place de la Nation, un concert de Johnny et Sylvie Vartan, il aperçut l'émergence de la génération des yéyés, enfants nés après la guerre, animés de l'urgence de vivre.
Dans les Stars, il vit l'avènement d'une nouvelle culture de masse.
Dans le Journal de Plozévet, écrit après une immersion en Bretagne, la fin de la société rurale. Mort, naissance, renaissance toujours. Vie d'une société, description de la France.

Dans la Californie des années 1970, Edgar Morin se réinventa une vie, laissa son existence de chercheur et engloutit de nouveaux continents du savoir. Sur les rives du Pacifique, il se laissa gagner par l'air de la modernité à toute allure : informatique, révolution de la jeunesse, science nouvelle. À la manière d'Arthur Rimbaud, il voulut se faire voyant, par ce « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ». Comprendre, toujours, comment ce qui transforme est lui-même transformé. Pour Edgar Morin, cela revenait à savoir pourquoi, après la chute du mur de Berlin, après l'essor de la mondialisation, le modèle occidental entrait en crise.
Au moment de sa victoire politique et économique, il se corrodait de ses excès et de ses succès. C'était la crise écologique qu'Edgar Morin avait discernée dès 1972. C'était, au cœur même de la modernité politique, le retour du fondamentalisme religieux. C'était la crise de l'ordre international avec le surgissement des guerres, des conflits, des massacres à grande échelle. C'était au moment même du triomphe de la pensée humaine par le progrès matériel et technologique, la menace de son asservissement par les machines et de sa colonisation par les empires numériques. Aussi, jusqu'à la fin, Edgar Morin enseignait à des millions d'esprits à travers le monde à ne jamais se résigner aux simplismes. Pour lui, la vérité ne résultait jamais d'un seul camp, d'un seul dogme. L'engagement ne pouvait être l'embrigadement, et l'avenir était promis au chaos si l'on cédait à l'accablement ou à l'inaction.
Pour Edgar Morin, cette pensée complexe fut toujours le prélude à l'action juste. Pensée complexe - le mot intimide.

Edgar Morin, pourtant, l'avait illustré par sa vie.
La partie vaut pour le tout, vie d'un siècle français. À présent, il n'est plus. Et jamais Edgar Morin n'a paru si vivant.

Vivant par ses intuitions, son travail sur les rumeurs, devançant les algorithmes devenus fous. Vivant grâce à son œuvre somme, la Méthode, plaidant l'unité de tous les savoirs, vision éclairée à l'heure de l'intelligence artificielle. Vivant, parce que la nécessité de réconcilier les hommes avec la nature et avec eux-mêmes n'a jamais été si impérieuse.
Ce qui transforme est lui-même transformé.
Certes, il demeurait tel qu'en lui-même. Enfant de Ménilmontant, fou de cinéma, de Rimbaud, de Dostoïevski, juif et méditerranéen, passionné du Maroc, Monsieur le Premier ministre, proche des siens, de sa famille, de ses filles, amoureux de la vie, de son épouse, cher Sabah, complice d'existence et de pensée, aimant ses amis, fidèle de chaque instant.
Humaniste planétaire, certes, mais irréductiblement Français, toujours. Pour ses combats de liberté, celui de la Résistance et du front de Libération. Pour ses combats d'égalité, d'émancipation. Pour ses combats de fraternité aussi, avec tous les peuples privés de leurs droits.

Pourtant, Edgar Morin, au fil de ses 104 ans de pensée et de combat, avait lui-même été changé et transformé par la vie. Il avait opéré tant de renaissances, quittant les dogmes, les étiquettes, les partis et les appartenances pour se réinventer sans cesse. Parce qu'il guettait en tout l'imprévu. « Êtes-vous heureux ? ». C'était la question que posait aux passants Edgar Morin dans son film documentaire tourné avec Jean Rouch, « Chronique d'un été ».
Sommes-nous heureux ? Heureux de l'écouter encore.
Car Edgar Morin enseigne que nos générations, confrontées à tant d'épreuves politiques, climatiques, stratégiques, économiques, ne doivent jamais perdre l'espérance dans l'Homme, seul et ultime responsable du monde tel qu'il est.

Avec Edgar Morin s'éteint un destin exceptionnel dans le siècle.
Mais cette énergie française, généreuse, ambitieuse, universelle, va continuer de renaître. Sommes-nous heureux ? Nous sommes désormais sans lui, privés de son sourire, de sa voix, de sa bienveillance, mais là, avec son œuvre, sa pensée.
« Elle est retrouvée. Quoi ? L'Éternité. C'est la mer allée avec le soleil ». Alors, cher Edgar, vous avez retrouvé l'éternité et vous êtes heureux. Alors nous sommes heureux. D'accord. Car c'est là l'élégance de la vie que vous nous avez aussi transmise. Chacun, en guettant ce chapeau qui pourrait s'envoler, le revoit là, avec son sourire, sa voix. On revoit ses yeux fendus de bonheur et ce qui sent peut-être un pas de danse, vivre en poésie.

Merci, Edgar.
Vive la République. Vive la France.

Emmanuel Macron, le mercredi 3 juin 2026 aux Invalides, à Paris.



Source : elysee.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20260603-hommage-edgar-morin.html

 

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30 mai 2026 6 30 /05 /mai /2026 04:55

« Ces souvenirs témoignent que j'ai pu admirer inconditionnellement des hommes ou femmes qui furent à la fois mes héros et mes amis. Ils témoignent des illuminations qui m'ont révélé mes vérités, de mes émotions, de mes ferveurs, de mes douleurs, de mes bonheurs. » (Edgar Morin, 2021, éd. Fayard).




 


La mort l'avait oublié, ou, du moins, c'est ce qu'il disait en plaisantant, mais la dure réalité de la condition humaine fait que l'immortalité n'est pas possible. Le philosophe Edgar Morin s'est éteint ce vendredi 29 mai 2026, à quelques semaines de ses 105 ans qu'il aurait atteints le 8 juillet prochain. Je suis triste aujourd'hui. Une immense émotion me submerge et je ne pense pas être le seul. Chaque fois que j'allais à ses conférences, je croisais d'autres grands admirateurs très sensibles à son œuvre, et sa simplicité et sa proximité faisaient qu'il avait tissé avec ses lecteurs non seulement des liens intellectuels mais aussi des liens de grande affection.

C'est un lieu commun de dire qu'un grand esprit vient de partir et toujours un peu exagéré de dire que c'était le dernier grand esprit de notre temps... jusqu'au départ d'un autre grand esprit qui aura, lui aussi, apporté sa contribution à la compréhension humaine du monde. Pourtant, ce n'est pas une erreur de dire qu'il n'existe pas beaucoup d'Edgar Morin aujourd'hui, mais même hier. Il était unique en son genre !

Deux maîtres mots ont dominé son immense et féconde œuvre intellectuelle : la complexité (désormais, ce mot lui est associé), et la transdisciplinarité, et c'est aussi l'atout compétitif du CNRS par rapport aux autres organismes de recherches internationaux. C'est le seul grand organisme qui fait cohabiter des sociologues avec des physiciens, des médecins, des historiens, des climatologues, des paléontologues, des mathématiciens, des biologistes, etc. Le monde est complexe et il y a un réel besoin de transdisciplinarité alors que les chercheurs deviennent très spécialisés sur des disciplines au champ très réduit. Beaucoup d'analystes, peu de "synthétiseurs". Avoir une vision globale des connaissances humaines et tenter de mettre tout cela en forme.

C'est l'histoire d'un savant du XXe siècle. Il y a quelques siècles, on disait savant pour chercheur scientifique car la personne connaissait toutes les choses qu'on connaissait alors : toutes les disciplines, de l'astronomie à la philosophie. Je ne dirais pas que c'était facile déjà à l'époque, mais aujourd'hui, c'est quasiment impossible. Savoir précisément toutes les disciplines de la connaissance humaine est une entreprise folle d'une ambition démesurée vouée la plupart du temps à l'échec.

Et pourtant, c'est ce qu'Edgar Morin a tenté. Il a bénéficié justement d'une structure de recherches très performantes, le CNRS, à une période où la prospérité économique (les Trente Glorieuses) permettait un financement adéquat des projets. Lui, c'était surtout de la ressource humaine dont il avait besoin : il a réuni autour de lui une quarantaine de chercheurs dans tous les domaines de la science et il en a fait ses veilleurs intellectuels. Il ne pouvait pas tout comprendre en génétique, en intelligence artificielle, en physique quantique, en biologie moléculaire, en chimie organique, etc., mais il devait en saisir les principaux enjeux, enjeux de société (énergie, médecine, informatique, etc.) et enjeux de recherches (que sait-on ? que cherche-t-on encore à savoir ?).
 


Je reviendrai peut-être sur ses écrits très nombreux, dont "La Méthode" en six volumes publiés de 1977 à 2004 aux éditions du Seuil, mais Edgar Morin, c'est aussi l'histoire humaine voire conviviale des intellectuels de la seconde moitié du XXe siècle. Je propose en son hommage de revenir sur la rencontre de certains de ces intellectuels, avec qui il a pu sympathiser et dont il évoque quelques moments privilégiés dans son livre souvenirs "Les Souvenirs viennent à ma rencontre" publié en 2021 chez Fayard.

Vladimir Jankélévitch en 1940 : « L'homme avait un énorme front où tombait une mèche de cheveux apparemment rebelle, un visage pathétique, une voix de fausset, mais qui, dès qu'il commençait son cours ou sa conférence, toujours dans l'improvisation, le rendait inspiré, poétique, ardent. Jankélévitch bénéficiait déjà d'un grand prestige chez les étudiants de philo. Il fit sa dernière classe et fut salué par de vifs et longs applaudissements. À côté de moi, une étudiante méridionale s'exclama : "Il faut faire quelque chose !". C'est alors que je fis la connaissance de Violette Chapellaubeau, avec laquelle je me lie d'abord d'amitié, puis d'amitié amoureuse, avant qu'elle ne devienne une compagne de résistance, et enfin mon épouse pour ce qui aurait dû être la vie. Vladimir Jankélévitch avait des étudiantes qui l'adoraient, dont Violette. Elles lui organisèrent un cours hebdomadaire privé dans une salle au premier étage d'un café de la place du Capitole, où nous payions chacun une petite contribution. Bien qu'à l'époque je croyais au primat de l'économie sur toute chose, je ne pouvais pas ne pas subir la fascination, le charme, la poésie, la profondeur de son cours sur le "je-ne-sai-quoi" et celui sur la mort. Il donnait également dans un appartement privé des conférences sur les musiciens qu'il aimait, Fauré, Debussy, qu'il illustrait au piano. ».

Milan Kundera : « J'avais lu et beaucoup aimé "La Plaisanterie" de Milan Kundera, et je l'ai rencontré quand il émigra à Paris, grâce à Jean Daniel dont il devint l'ami. J'ai beaucoup apprécié ses œuvres, et particulièrement son essai, "L'Art du roman". Milan Kundera n'a jamais accordé d'interview, alors que, pour ma part, afin de contourner le silence de la critique à mon égard et aussi par ma difficulté à dire non, j'en ai trop subi et j'ai perdu énormément de temps à les corriger, car l'interviewer, surtout français, coupe, déforme et récrit avec son propre langage, totalement différent du mien. Kundera m'a dit un jour : "Je ne fais pas d'interview, c'est mon dogme". J'ai pensé qu'il avait totalement raison, j'aurais tant voulu l'imiter, je n'ai pas pu. Il a ainsi jalousement préservé sa sphère privée, aidé en cela par son épouse, Vera. Récemment, Sabah, au cours d'un déjeuner commun chez les Daniel, a voulu le prendre en photo et s'est fait vivement rabrouer par Vera. ».

Marguerite Duras et Simone de Beauvoir : « J'avais introduit dans le cercle [de Duras] Jacques-Francis Rolland qui, tout en étant fasciné par Marguerite, fréquentait en même temps le clan rival de Beauvoir-Sartre, où il avait entre autres pour amis Jean Cau et Jacques-Laurent Bost avec qui il faisait de multiples sorties et parties de poker. Bien qu'étant sur des positions politiques très voisines à l'époque, le clan Sartre et le clan Saint-Benoît ne communiquaient pas. Rolland faisait la navette entre les deux, mais sans jamais parler de ses relations avec l'autre clan. Marguerite et Simone étaient rivales pour la prééminence littéraire. Beauvoir s'imposa intellectuellement auprès des femmes par son féminisme, mais Duras s'imposa viscéralement auprès d'elles par sa féminité. L'une montrait que la femme était semblable à l'homme et égale en droit ; l'autre exprimait sans cesser l'irréductible féminin, venu des profondeurs, et sa littérature unique le révéla pleinement. ».

Roland Barthes : « Naïvement "progressiste", il devint un temps maoïste sous l'influence de Sollers, tandis que j'allais vers les thèmes anthropocosmologiques qui me conduiraient à "La Méthode". Il se lia à Sollers et Kristeva, les suivit dans leur voyage en Chine maoïste, puis, sommé par eux de faire un article sur la Chine dans "Le Monde", il ne trouva qu'à louer la beauté du gris. Je fus très content de son retour à la littérature et de sa distanciation discrète à l'égard du structuralisme dont il fut un chantre, mais tant d'intellectuels raffinés ont versé alors dans la croyance que l'homme était un mythe, une illusion, à l'instar de la notion de sujet, d'auteur (ce qui ne les empêchait pas de signer leurs œuvres et de se réjouir des compliments personnels) ou d'histoire. (…) Dans ses dernières années, Barthes abandonna doucement sa mythologie structuralo-sémiotique au profit de la littérature. Il oublia, comme d'autres, le rejet des notions d'auteur, de sujet, d'homme. Les vertus de la littérature éclipsèrent celles de la science qui apparemment expliquait celle-ci en la stérilisant. ».

Si j'ai beaucoup d'admiration pour l'homme et l'œuvre, ses travaux, en revanche, je n'ai jamais été proche de ses idées politiques. J'ai même toujours été étonné par un certain paradoxe entre la modernité de ses études et la ringardise dans ses réflexes pour commenter l'actualité politique et économique, comme si sa zone de confort était plus les longues périodes que l'actualité du jour.


Je termine sur son témoignage de sa première participation à un événement politique. Il avait 12 ans et demi lors des émeutes du 6 février 1934 (cela donne le vertige qu'il était à la limite de son éveil politique lors d'un événement si ancien dans l'histoire) : « C'est alors que la politique est entrée en coup de vent dans ma classe du lycée Rollin et continua à l'agiter. Insultes et empoignades se multiplièrent entre fils de parents de gauche et de droite. J'avais 13 ans, et ce fut le premier événement politique qui me marqua. Comme j'avais dévoré les romans d'Anatole France dont j'avais fait mien le "scepticisme souriant", je contemplais de haut l'agitation de mes camarades de droite et de gauche. Par contre, plus tard, je fus transporté, ému, par la formidable grève de juin 1936. ». Il précisa aussi : « Je ne me souviens nullement de l'accession de Hitler au pouvoir en Allemagne, le 30 janvier 1933, alors que j'avais 12 ans [11 ans et demi, en fait], mais j'avais dû être frappé dès cette époque par ses apparitions hurlantes, quasi-possédées, aux actualités cinématographiques. ». Bon voyage Edgar, et merci !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Edgar Morin, le départ d'un grand esprit.
Edgar Morin, penseur de réputation mondiale !
Naissance de la conscience politique d'Edgar Morin.
Edgar Morin : "Nous allons vers de probables catastrophes" !
Edgar Morin, 102 ans et toute sa vie !
Edgar Morin sur France Inter (à télécharger).
Les 100 ans d’Edgar Morin.
Le dernier intellectuel ?
La complexité face au mystère de la réalité.
97 ans.
Introducteur de la pensée complexe.
"Droit de réponse" du 12 décembre 1981 (vidéo INA).
Université d’été d’Arc-et-Senans avec Edgar Morin le 9 septembre 1990 (vidéo INA).


 



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260529-edgar-morin.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/edgar-morin-le-depart-d-un-grand-269442

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/30/article-sr-20260529-edgar-morin.html


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28 mai 2026 4 28 /05 /mai /2026 04:17

« Grand musicien de l'histoire du jazz, Sonny Rollins a marqué l'histoire de son instrument : le saxophone ténor, registre medium de la famille des saxophones. Pionnier dans son domaine, il a façonné, avec John Coltrane, ce qu'est le saxophone tel qu'on le connaît aujourd'hui. » (Flore Caron, le 26 mai 2026 sur France Culture).




 


Les mots colosse et géant ont été systématiquement associés par les médias au saxophoniste américain Sonny Rollins qui vient de mourir le lundi 25 mai 2026 à son domicile de Woodstock, à l'âge de 95 ans et demi (il est né le 7 septembre 1930 à Harlem). Il a fait partie des très grands compositeurs et interprètes de jazz, à l'égal de Miles Davis, dont on vient de fêter le centenaire de la naissance, John Coltrane et quelques autres avec qui il a pu avoir des projets communs. Au-delà de sa longévité d'homme, c'est sa longévité de musicien qui impressionne avec la diversité de ses créations. Il a commencé à 16 ans et il a continué jusqu'au début des années 2020 où il a dû renoncer à la scène à cause de problèmes respiratoires.

Jouant dès l'enfance du piano puis du saxophone, Sonny Rollins a commencé à enregistrer des disques à la fin des années 1940. Sa notoriété a décollé dès 1954. Il a multiplié les collaborations avec d'autres grands du jazz et d'autres musiciens. Roi de l'improvisation, il avait une grande maîtrise du rythme et un goût prononcé pour l'expérimentation.

Celui qui a reçu deux Grammy Awards (en 2002 pour "This Is What I Do" et en 2006 pour "Why Was I Born ?") se faisait appeler Colosse en raison de son album "Saxophone Colossus" enregistré le 22 juin 1956. Légende de l'âge d'or du jazz et auteur de plusieurs chefs-d'œuvre, Sonny Rollins s'est inspiré notamment de Coleman Hawkins, Charlie Parker, Thelonious Monk, Jay Jay Johnson, Max Roach, etc.

Le journaliste Pierre Ropert a déclaré à France Culture : « Après être tombé dans l'héroïne et s'en être sorti, il devient pour de bon une légende en 1956 avec son premier album "Saxophone Colossus". Connu pour ses longues pauses musicales, Sonny Rollins n'avait de cesse de se réinventer. ».
 


Le journaliste Alex Dutilh, qui a produit l'émission "Open Jazz", a de son côté déclaré le 26 mai 2026 sur France Musique : « Son retour a été une suite ininterrompue de succès et surtout de concerts phénoménaux. Voir Sonny Rollins en concert, c'était une thérapie qui vous rendait optimiste sur la vie. C'était non-stop pendant au moins deux heures. Il déambulait sur la scène de droite à gauche. C'était vraiment un phénomène. Il avait vraiment un amour pour la musique et pour la liberté. ».

Beaucoup de saxophonistes se sont inspirés de Sonny Rollins : « Tous les saxophonistes ténor doivent quelque chose à Sonny Rollins et ils vous le disent sans la moindre hésitation. C'est assumé. Ces héritiers, ils le sont par la clarté de l'expression, par la force d'affirmation, mais Rollins était aussi un tendre. ».

Le même jour, un internaute musicien l'a évoqué ainsi sur Youtube : « Un des meilleurs, il a changé ma vie. C'est grâce à lui, à Dexter Gordon, Teddy Edwards, Joe Henderson, Stanley Turrentine, Stan Getz et quelques autres, que j'ai forgé mon identité au saxophone ténor. Sonny m'a appris à toujours aller droit au but (à la vérité). Je l'ai vu jouer tous les soirs pendant une semaine : le premier soir était excellent, le deuxième moins, et le troisième excellent. C'est comme ça que ça s'est passé. J'ai joué le thème d'Alfie dans mon groupe pendant des années. Sonny incarnait la vérité dans sa musique. ».

Grâce à la technologie, voici quelques exemples du génie de Sonny Rollins.


1. "Tenor Madness" avec John Coltrane (1956)






2. "The Freedom Suite" (1958)






3. "The Night Has a Thousand Eyes" (1962)






4. "Alfie's Theme" (1966)






5. La masterclass de Sonny Rollins à Paris (1980)






6. Sextet live in Munich (1992)






7. Saxophone Colossus Documentary






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sonny Rollins.
Miles Davis.
Péter Eötvös.
Maurizio Pollini.
Piotr Ilitch Tchaïkovsky.
György Ligeti.
Vangelis.
Nicholas Angelich.
Joséphine Baker.
Léo Delibes.
Ludwig van Beethoven.
Jean-Claude Casadesus.
Ennio Morricone.
Michel Legrand.
Francis Poulenc.
Francis Lai.
Georges Bizet.
George Gershwin.
Maurice Chevalier.
Leonard Bernstein.
Jean-Michel Jarre.
Pierre Henry.
Barbara Hannigan.
Claude Debussy.
Binet compositeur.
Pierre Boulez.
Karlheinz Stockhausen.
Mstislav Rostropovitch.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260525-sonny-rollins.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/sonny-rollins-colossal-269371

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/27/article-sr-20260525-sonny-rollins.html




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