« Tout professionnel qui contacte par téléphone une personne en vue de la réalisation d'une étude ou d'un sondage respecte des règles déontologiques, rendues publiques, élaborées par les professionnels opérant dans ce secteur. Ces règles précisent notamment les jours et horaires ainsi que la fréquence auxquels les appels téléphoniques aux fins de réalisation d'études ou sondages sont autorisés. » (article 3 de la loi n°2020-901 du 24 juillet 2020).
Et suit juste après : « Les jours et horaires ainsi que la fréquence auxquels peuvent être passés ces appels sont, en tant que de besoin, précisés par décret. ». Ce décret a mis deux ans à être rédigé et publié. À partir du 1er mars 2023, le démarchage téléphonique est en effet encadré de manière plus rigoureuse.
Prévu par la loi n°2020-901 du 24 juillet 2020 visant à encadrer le démarchage téléphonique et à lutter contre les appels frauduleux, le décret n°2022-1313 du 13 octobre 2022 relatif à l’encadrement des jours, horaires et fréquence des appels téléphoniques à des fins de prospection commerciale non-sollicitée, signé par la Première Ministre Élisabeth Borne, le Ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique Bruno Le Maire et la Ministre déléguée chargée des PME, du commerce, de l'Artisanat et du Tourisme Olivia Grégoire, entre en vigueur ce mercredi.
Le décret limite les horaires accessibles à la prospection téléphonique : « Le démarchage téléphonique des consommateurs est autorisé du lundi au vendredi, de 10 heures à 13 heures et de 14 heures à 20 heures. Il est, en revanche, interdit le samedi, le dimanche et les jours fériés. ».
Par ailleurs : « Un consommateur ne peut pas être sollicité par voie téléphonique à des fins de prospection commerciale plus de quatre fois par mois par le même professionnel ou par une personne agissant pour son compte. Enfin, lorsque le consommateur refuse ce démarchage lors de la conversation, le professionnel s'abstient de le contacter ou de tenter de le contacter avant l'expiration d'une période de soixante jours calendaires révolus à compter de ce refus. ».
Enfin, il prévoit des sanctions (sévères) en cas d'infraction : « La violation de ces règles est sanctionnée de l'amende administrative prévue à l'article L. 242-16 du code de la consommation (75 000 euros d'amende pour une personne physique et 375 000 euros pour une personne morale). ».
Ce n'est pas la première fois que l'État tente de réguler plus strictement le démarchage téléphonique qui a souvent entraîné des ventes quasi-forcées et presque toujours une atteinte à la vie privée. Tout le monde a eu dans son entourage plus ou moins proche le cas d'une personne âgée dont on découvre, quand elle ne peut plus s'occuper de ses affaires personnelles, qu'elle était abonnée au câble ou à une chaîne cryptée alors qu'elle ne savait même pas que ça existait, et cela depuis vingt ans ! Avec la libéralisation de la fourniture de l'électricité, du gaz, etc., ce type de procédé, qui peut s'apparenter à un abus de faiblesse, a pu se multiplier.
Les efforts des gouvernements ont été pourtant permanents pour tenter de réduire les abus sans pour autant attenter à la liberté d'entreprendre. La loi n°2014-344 du 17 mars 2014 relative à la consommation (loi Hamon) a mis en place une liste d'opposition aux démarches téléphoniques appelée Bloctel qui a été mise en application le 1er juin 2016. Les entreprises de télémarketing doivent depuis lors vérifier que les numéros qu'elles démarchent ne sont pas présents dans cette liste. Elle prévoyait déjà les mêmes sanctions lourdes pour les contrevenants : 75 000 euros pour une personne physique et 375 000 euros pour une personne morale.
Mais le concept de Bloctel est resté inefficace. Une nouvelle loi a donc été votée : la loi n°2020-901 du 24 juillet 2020, entrée en vigueur le 26 juillet 2020, a renforcé la lutte contre les abus et les fraudes, en particulier en interdisant le démarchage téléphonique dans le secteur de la rénovation énergétique. Un décret a donné plus de contraintes à partir du 1er avril 2022, en particulier l'impossibilité de signer un contrat avant 24 heures après l'appel.
Cependant, en 2022, Matthieu Robin, chargé d’étude à l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, déplorait sur franceinfo : « Bloctel est un échec patent car il y a de plus en plus de consommateurs qui sont sollicités par le démarchage en général, et les litiges n’ont pas cessé d’augmenter les dernières années. ». En 2022, il y a eu environ 240 000 litiges contre des démarchages abusifs, c'est-à-dire des "appels téléphoniques commerciaux non désirés", signalés sur la plate-forme SignalConso. C'est considérable.
Toute la législation et réglementation s'est révélée souvent inefficace, car les démarcheurs ont de nombreux autres moyens pour tromper les consommateurs (et contourner la loi), en se présentant sous une fausse vitrine (connue, comme la Sécurité sociale ou une mutuelle connue), ou en cas d'identification, les sociétés fautives déposent leur bilan et se recréent sous une autre identité pour éviter les sanctions.
Le démarchage téléphonique est donc une véritable plaie et certains parlementaires, dans la législature précédente, avaient demandé l'interdiction pure et simple du démarchage téléphonique sauf si le prospect a clairement indiqué accepter d'être appelé pour une prospection commerciale (c'était le cas du député LR Pierre Cordier dont la proposition de loi a été rejetée le 21 juin 2018). Le gouvernement de l'époque avait rejeté l'idée en considérant qu'elle mettait en péril les centres d'appels en France qui respectent la réglementation (et d'ailleurs, rien n'empêche un prospecteur de s'installer à l'étranger).
Effectivement, Delphine Gény-Stephann, la Secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Économie et des Finances de l'époque, qui avait montré son accord pour améliorer le dispositif, a déclaré à l'Assemblée Nationale le 21 juin 2018 : « Le gouvernement est plus réservé quant aux mesures qui, sans apporter une réponse efficace à la fraude, pénaliseraient le démarchage respectueux de la réglementation. Cela pourrait être le cas de la mesure consistant à présumer que le consommateur est opposé à tout démarchage quel qu’il soit, et à rendre illégal tout démarchage qui n’a pas été explicitement demandé. Elle pourrait méconnaître le fait que le démarchage peut faire jouer la concurrence pour proposer de nouveaux produits et services aux consommateurs. ».
Le journal "Ouest France" a proposé quatre moyens pour se débarrasser des prospecteurs abusifs : s'inscrire sur les listes rouges (dont Bloctel) mais c'est rarement efficace ; mentir au démarcheur et lui dire n'importe quoi mais il faut avoir le temps pour cela ; acheter un téléphone spécial qui demande à l'appelant, avant de sonner, un code que seul le propriétaire de la ligne aura donné à ses interlocuteurs potentiels, solution qui paraît très efficace depuis 2021 mais qui coûte cher au consommateur et utilisable seulement pour un téléphone fixe ; utiliser une appli de blocage pour les téléphones mobiles (plus ou moins efficace).
En fait, il y a peu de solutions vraiment satisfaisantes et durables et les consommateurs en sont réduits souvent à jouer au chat et à la souris avec les démarcheurs abusifs. Le risque d'une solution du type : seules les personnes autorisées peuvent m'appeler, c'est l'impossibilité de l'imprévu, des rencontres nouvelles, des croisement d'idées, c'est ce qui se passe déjà dans les réseaux sociaux où les idées se mordent la queue, tournent en boucle, se répétant et s'auto-confirmant, sans chercher à l'extérieur d'idées autres, nouvelles, différentes.
Et la liberté, favorable à l'innovation (et au mouvement), se couple mal avec l'encadrement et la sécurité qui fige une situation donnée dans la durée. C'est l'histoire des digicodes en bas des immeubles, la sécurité empêche le contact direct. Ce qui est sûr, c'est qu'aucune solution durable ne peut être envisagée sans une harmonisation internationale, au moins européenne, minimale.
« Il y a une forme de déception puisque l'Assemblée Nationale a passé trois jours à débattre de plus de 2 000 amendements sur un index des seniors (…). Ceux qui nous disent "vous ne faites pas assez pour les seniors" suppriment l'index. » (Olivier Dussopt, le 15 février 2023 sur France Inter).
L'article 2 du texte, prévoyant l'institution d'un "index des seniors", a été rejeté par les députés ce mardi 14 février 2023 (scrutin n°972), par 256 voix contre 203 députés favorables à l'article, sur 467 votants (parmi les votes pour, seulement 140 députés Renaissance sur 170, 39 MoDem sur 51 et 24 Horizons sur 29). Le groupe Les Républicains a été l'arbitre de ces votes en rejetant l'index seniors par 38 députés LR sur 61 (6 se sont abstenus, les autres, dont Éric Ciotti, n'ont pas participé au vote). Les députés LR ont trouvé que l'index était trop contraignant, ceux de la Nupes et du RN qu'il n'était pas assez contraignant. C'est évidemment un camouflet pour le gouvernement, et ce n'était pas faute d'une meilleure mobilisation de la majorité. En effet, si tous les députés de la majorité avaient voté (à l'exception de la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet qui ne participe jamais aux votes), seulement 46 voix seraient venus en renfort de la majorité et cela aurait été insuffisant pour rattraper les 53 voix de retard.
Adopté au conseil des ministres et déposé sur le bureau de l'Assemblée Nationale le 23 janvier 2023 ("projet de loi de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023, n°760"), le projet de réforme des retraites présenté par le gouvernement est examiné par l'Assemblée Nationale en séances publiques depuis le lundi 6 février 2023. En plus d'une semaine, on mesure à quel point le débat démocratique a du mal à s'installer même au cœur de la démocratie parlementaire, l'hémicycle du Palais-Bourbon.
En n'ayant qu'une majorité relative, le gouvernement savait que ces débats parlementaires seraient difficiles, mais n'imaginait sans doute pas à quel niveau les députés du groupe FI seraient tombés dans l'invective, l'insulte, les mensonges, l'obstruction. En déposant plus de 18 000 amendements, l'opposition populiste de gauche avait un objectif : dénaturer les débats parlementaires et donner à la rue le rôle principal. Sauf qu'en démocratie, ce ne sont pas les pavés qui gouvernent mais les urnes.
Il est vrai que les quatre journées de manifestations ont été plutôt une réussite malgré le froid hivernal : 1,1 million de manifestants le 19 janvier, 1,27 million de manifestants le 31 janvier, 757 000 manifestants le 7 février et 963 000 manifestants le 11 février (j'ai repris les statistiques du Ministère de l'Intérieur bien plus proches de la réalité que celle des syndicats, si l'on les compare avec le décompte neutre d'Occurrence ; la CGT a donné, de son côté, l'estimation de 2,5 millions tant pour le 31 janvier que pour le 11 février). La prochaine journée a lieu ce jeudi 16 février 2023 et les syndicats promettent un blocage complet du pays à partir du 7 mars 2023.
Mais cette protestation, aussi respectable soit-elle, ne peut remplacer la parole sacrée de l'ensemble des électeurs (et le candidat Emmanuel Macron avait clairement annoncé cette réforme avant le premier tour de l'élection présidentielle de 2022). Alors que le monde se trouve dans une crise stratégique majeure avec l'agression par la Russie de l'Ukraine et ses risques d'embrasement mondial, qu'il est en train de sortir d'une longue crise sanitaire d'une gravité inédite depuis un siècle et que se profilent les menaces du bouleversement climatique en cours, la France risque de se retrouver paralysée dans un bras de fer d'un autre temps.
Au cours du débat parlementaire, les députés FI ont multiplié les incidents afin de retarder le processus parlementaire. Leur objectif, celui de la "bordélisation" de l'Assemblée, c'est de ne pas avoir le temps d'arriver au vote de l'article 7 de la réforme (il y a 18 articles dans le projet !) qui institue l'âge légal de la retraite à 64 ans. Pourtant, ce serait le meilleur moyen de faire prendre leurs responsabilités aux députés, savoir qui vote quoi.
Je citerai juste deux gros incidents, le premier a eu lieu le 10 février 2023 avec le député FI Thomas Portes qui a refusé de présenter ses excuses après avoir publié la veille une photo qui pouvait être considérée comme un appel au meurtre d'Olivier Dussopt, le Ministre du Travail, du Plein emploi et de l'Insertion. Il a été immédiatement sanctionné d'exclusion de l'Assemblée Nationale pendant quinze jours de séances, la plus sévère des sanctions (qu'un député du RN avait également eue le 4 novembre 2022). Après cet incident, l'Assemblée n'a repris ses travaux que le lundi à 16 heures. Le 13 février 2023, rebelote, si j'ose écrire, avec un autre député FI (qui ne mérite pas qu'on cite son nom) qui a traité Olivier Dussopt d'imposteur et d'assassin. La séance a été interrompue mais, au contraire de Thomas Portes, il a fait amende honorable, a présenté ses (strictes) excuses (Olivier Dussopt le 15 février 2023 : « Il y a des mots qui ne se pardonnent pas : moi ce que je sais, c'est que j'ai beaucoup de mémoire. »).
Ce climat d'extrême violence verbale n'est pas à la mesure des enjeux politiques et socio-économiques et ne redonnera certainement pas l'envie aux nombreux abstentionnistes des élections législatives de juin 2022 de reprendre le chemin de l'isoloir pour élire la prochaine Assemblée.
Dans ces discussions, le RN se pose en modérateur. Sous la présidence de Sébastien Chenu, vice-président de l'Assemblée, le 13 février 2023, il montrait un désir d'ordre dans les débats qui donnait au RN toute l'illusion d'être un jour responsable et en capacité de gouverner, même si, très temporairement, Marine Le Pen a chuté dans les sondages au profit de Jean-Luc Mélenchon parce qu'elle refuse de se prêter au jeu de rôle des manifestations. Les Insoumis devraient se méfier de leurs comportements particulièrement contre-productifs, leurs électeurs commencent à se dire qu'ils ont élus des voyous, et je pense surtout que ce sont des députés immatures, souvent élus par surprise ou de justesse et qui ne s'y attendaient pas.
Je propose de reprendre succinctement l'historique des débats pour comprendre où les députés en sont.
Tout d'abord, l'opposition a déposé, comme l'y autorise le règlement intérieur de l'Assemblée, trois demandes pour empêcher le débat dès le départ.
La première est une motion de rejet préalable déposée par la présidente du groupe FI Mathilde Panot, qui a été rejetée le 6 février 2023 (scrutin n°908) par 292 députés contre 243 sur 538 votants (parmi ceux qui ont voté pour cette motion, on retrouve 85 députés RN sur les 88 au total, la totalité des 74 députés FI, 26 députés PS sur 31, la totalité des 22 députés EELV et 18 députés PCF sur 22). Sans état d'âme, les députés de la Nupes ont joint leur suffrages à ceux du groupe RN pour tenter de rejeter immédiatement le projet de loi. Il faut insister sur le fait qu'il y a plus de députés RN qui ont voté cette motion de rejet préalable que de députés FI qui en étaient pourtant les initiateurs (ce qui est logique vu que le groupe RN est plus nombreux).
La deuxième demande est la motion référendaire avec une polémique sur laquelle devait être présentée aux votes. Je rappelle juste, pour faire simple, que le règlement de l'Assemblée ne prévoie le vote que d'une seule motion référendaire par texte en examen. Or deux motions référendaires ont été déposées, une émanant du groupe RN et une autre des groupes de la Nupes. La Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivert a résolu cette difficulté de procédure en procédant à un tirage au sort qui a bénéficié au groupe RN. Au dernier moment, Charles de Courson, du petit groupe technique LIOT, a déposé une troisième motion référendaire qui n'a pas été prise en compte (car trop tardive), tandis que les députés de la Nupes voulaient en profiter pour faire un nouveau tirage au sort. Par ailleurs, le règlement impose que la totalité des signataires de la motion référendaire soit présents en séance pour qu'on puisse procéder au vote. 60 députés RN avaient présentés cette motion et parmi eux, certains députés ont reçu de faux appels téléphoniques qui leur annonçaient qu'une personne proche était à l'hôpital et qu'il fallait aller auprès d'elle, dans le but de les éloigner de l'hémicycle (j'espère qu'une enquête permettra d'en déterminer l'origine).
Cette motion référendaire, qui vise à soumettre le texte examiné au vote populaire, présentée par Marine Le Pen et 59 députés RN, a été rejetée le 6 février 2023 (scrutin n°909) par 272 députés contre 101 sur 381 votants (parmi ceux qui ont voté pour cette motion, on retrouve 86 députés RN et 2 non-inscrits, Emmanuelle Ménard et Nicolas Dupont-Aignan, mais aucun député de la Nupes qui ne voulait pas mélanger ses voix avec le RN).
Enfin, la troisième demande est la "demande de constitution d'une commission spéciale pour l'examen de la proposition de loi pour une retraite universellement juste" présentée par André Chassaigne, le président du groupe communiste, là encore, comme le permet le règlement de l'Assemblée. J'y reviendrai plus loin.
Il a fallu attendre le 10 février 2023 pour l'adoption de l'article 1er du texte, qui concerne la suppression des régimes spéciaux de retraite (scrutin n°947). Ce premier article a été adopté par 181 députés contre 163 sur 346 votants. Parmi les votes pour, il y avait 117 députés Renaissance, 14 LR, 31 MoDem, 18 Horizons ; parmi les votes contre, 61 RN, 59 FI, 19 PS, 12 PCF et10 EELV. Comme on voit, il y a eu beaucoup de députés absents.
Dans les débats publics, tant dans l'hémicycle (examen du texte et questions au gouvernement) que dans les médias, l'opposition s'est focalisée sur la mesure sociale du relèvement de la pension minimale (qui n'a rien à voir avec le minimum vieillesse). En effet, selon un économiste (Michaël Zemmour), la mesure des 1 200 euros de pension mensuelle ne concernerait pas tous les retraités. Mais à cela, rien de surprenant : le gouvernement a toujours communiqué que ces 1 200 euros étaient dans le cas d'une carrière complète en temps plein avec un salaire au moins au SMIC. Le contraire serait croire au Père Noël. Donc, au fil des interpellations, l'opposition a changé son fusil d'épaule et a réclamé le nombre de bénéficiaires pour lesquelles cette mesure s'appliquerait, dans le but de dire que cela ne concernerait que très peu de monde. C'était encore le sujet des questions au gouvernement lors de la séance du 14 février 2023.
Invité de la matinale de ce mercredi 15 février 2023 sur France Inter, Olivier Dussopt a donné des indications chiffrées. Elles ne sont pas forcément simples à comprendre parce que le système des retraites est compliqué en lui-même, chaque situation personnelle était un cas différent.
Voici sa réponse qui montre que la mesure du gouvernement n'est pas aussi négligeable que fustigée par l'opposition : « L'engagement d'une retraite à 85% du SMIC a toujours été pris pour une carrière complète à temps plein. C'est cet engagement que nous allons tenir (…). Grâce à cette réforme, 1,8 million de retraités actuels vont voir leur pension revalorisée. Parmi eux, 900 000 auront une revalorisation comprise entre 70 et 100 euros. Comme ce sont les retraités actuels, et que nous connaissons mieux leurs situations, vous en avez 125 000 qui vont aller jusqu'au maximum des 100 euros de revalorisation. Cela peut paraître peu et en fait, c'est énorme. Cela signifie que nous avons 250 000 retraités supplémentaires qui vont franchir le cap des 85% du SMIC. Lorsqu'on regarde les 800 000 nouveaux retraités, 200 000 auront une pension revalorisée. Parmi eux, un tiers aura une revalorisation supérieure à 70 euros. 40 000 personnes de plus chaque année passeront le cap des 85% du SMIC [parmi les nouveaux retraités] grâce à cette seule réforme. (…) Pourquoi 40 000 sur 200 000 ? Parce que ceux qui resteront en-dessous [de ce seuil] sont ceux qui ont des carrières incomplètes. Sur les 17 millions de retraités, on en a plus de 5 millions qui ont une retraite inférieure à 1 000 euros brut. Et derrière ces 1 000 euros brut, ce sont des carrières très incomplètes. Notre système de retraite renvoie les parcours de vie et les inégalités de vie. ».
Olivier Dussopt a, par ailleurs, confirmé l'information de la veille d'un amendement qui serait déposé par le gouvernement sur l'article 8 du projet de loi sur les carrières longues, une concession pour le groupe LR qui s'est dit satisfait de la décision : « Un amendement du gouvernement va permettre de le mettre en œuvre. On va faire quatre dispositifs : un pour ceux qui ont commencé à travailler avant 16 ans, ils sont très peu nombreux, ils continueront à partir à 58 ans. Nous créerons un dispositif pour ceux qui ont commencé à travailler entre 16 et 18 ans. À 60 ans, si vous avez 43 annuités, vous pouvez partir. Il y a un dispositif pour ceux qui ont commencé à travailler entre 18 et 20 ans. À 62 ans, vous pouvez partir si vous avez vos 43 annuités. Enfin il y a un nouveau dispositif si vous avez commencé entre 20 et 21 ans, si, lors de vos 63 ans, vous avez vos 43 annuités, vous partez. ».
Autre sujet très important, la capacité, pour ceux qui ont un métier pénible, de se reconvertir en cours de carrière ou de quitter en douceur leur emploi avec du temps partiel : « La question forte, c'est la capacité que nous avons à trouver du sens et du plaisir dans le travail. (…) Cela renvoie aux questions de pénibilité et de reconversion. (…) Dans le cadre de la modernisation du compte professionnel de prévention pour les métiers les plus pénibles. Nous créons la possibilité d'un congé de reconversion pour vraiment pouvoir changer de métier et se réorienter. Je pense que cette possibilité doit être ouverte plus largement. Changer de métier, avoir un autre avenir, permet de durer plus longtemps (…). Nous allons très largement faciliter pour le secteur privé, et ouvrir le droit dans le secteur public, à la retraite progressive. C'est une façon de lever le pied, décélérer en passant au temps partiel payé par l'employeur et le reste du temps payé par la caisse de retraites tout en continuant à valider des trimestres. C'est aussi une façon d'accompagner la fin de carrière. ».
Le ministre a aussi confirmé que l'article 49 alinéa 3 de la Constitution n'était pas à l'ordre du jour car, avec le groupe LR, il existe une majorité à l'Assemblée en faveur de la réforme : « Nous considérons que nous avons une majorité sur ce texte-là, mais pour avoir une majorité, il faut aller au vote et pour aller au vote, il faut en finir avec l'obstruction. ».
Je termine en revenant à la séance du 7 février 2023 et sur la demande d'une commission spéciale. De la part de l'opposition, tout est bon pour éviter le débat de fond. C'est la raison pour laquelle cette commission spéciale a été demandée alors que l'opposition a bloqué les travaux de la commission des affaires sociales en déposant une vingtaine de milliers d'amendements. La présidente du groupe Renaissance, Aurore Bergé, a pris la parole pour s'opposer, avec beaucoup de combativité, à la constitution d'une telle commission spéciale.
Voici son intervention complète : « Chers collègues du groupe GDR [communiste], pourquoi donc vous jetez-vous ainsi dans les bras de la Nupes et de toutes les manœuvres de vos alliés LFI ? Vous qui aimez tant le Parlement et la vie parlementaire, vous voilà alliés de leurs méthodes, de leurs 18 000 amendements, de leur obstruction systématique et de leurs incohérences. Hier, vous qui en appeliez au peuple, vous avez préféré déserter pendant le vote d’une motion référendaire. Pourtant, quand il s’agit de vos motions de rejet, joindre vos voix à celles du Rassemblement national ne vous gêne absolument pas. Si vous ne voulez pas entretenir la confusion entre vous et l’extrême droite, alors cessez d’employer leurs méthodes ! À défaut de pouvoir couper court à nos débats, vous avez désormais recours à un nouveau stratagème reposant sur l’article 31 de notre règlement. Libre à vous, chers collègues, de faire usage de votre droit d’initiative parlementaire, mais comment comprendre que vous souhaitiez débattre des retraites au sein d’une commission spéciale, alors que vous refusez de le faire ici, dans l’hémicycle ? Puisque vous nous invitez au débat, nous y sommes évidemment prêts. Parlons donc, en quelques mots, de votre projet : avec la Nupes, c’est l’obstruction et la taxation ; 18 000 amendements et 130 milliards d’euros d’impôts supplémentaires. Un ouvrier dans l’automobile, qui gagne 2 000 euros par mois et travaille une heure supplémentaire par semaine, perdra 150 euros de salaire net sur l’année, parce que la Nupes veut rétablir les charges que nous avons supprimées sur les heures supplémentaires. C’est la vérité, la triste vérité de votre politique. Un fleuriste paiera 700 euros de charges supplémentaires par mois pour un salarié au SMIC, parce que la Nupes veut supprimer les allégements de cotisations patronales que nous avons votés sur les bas salaires. Parlons aussi des fausses informations, celles qui circulent sur les réseaux sociaux, celles que vous relayez dans les manifestations et, matin, midi et soir, dans les médias. L’une d’entre elles est particulièrement indécente, celle selon laquelle 25% des Français les plus pauvres seraient déjà morts au moment où ils prennent leur retraite. Heureusement, c’est faux, vous le savez pertinemment, mais vous continuez à diffuser cette fausse information. Vous continuez à faire peur et à inquiéter sur un projet qui doit nous rassembler. Parlons enfin de ce contre quoi vous voterez en rejetant demain ce texte. Vous voterez contre le fait de garantir une retraite décente à tous les Français qui ont une carrière complète. Vous voterez contre le fait de percevoir enfin une pension égale à 85% du SMIC net, ce qui est tout simplement de la justice sociale, et ce que nous voulons au sein de la majorité. Vous voterez contre le fait que des Français qui veulent travailler et ne peuvent trouver un emploi en raison de leur âge aient demain la garantie d’en trouver un. Vous voterez contre un index seniors qui permettra de mesurer les inégalités et, surtout, de les corriger, car c’est évidemment ce que nous devons faire. Vous voterez contre l’amélioration de la situation des femmes, dont vous avez tant parlé. Assumons ce débat. Assumons que, demain, avec la réforme, les femmes partiront plus tôt que les hommes. Assumons qu’elles bénéficieront de la revalorisation de la retraite minimale, puisque 60% de ceux qui la touchent actuellement sont des femmes. Assumons que nous allons créer des trimestres supplémentaires pour les aidants familiaux, qui sont principalement des femmes. Oui, le débat a lieu ici et maintenant, pas demain ou après-demain. C’est aujourd’hui que cette réforme doit se mener, et c’est aujourd’hui que nous la mènerons. Car il y va de l’avenir des Français, de l’avenir des plus vulnérables, dont le seul capital est la solidarité nationale et la solidarité intergénérationnelle, autrement dit notre régime par répartition. Vos alliés et vous répétez à l’envi que vos 18 000 amendements visent à enrichir nos débats et non à les obstruer. Faites en donc la démonstration ! Débattons ici et maintenant, et non demain au sein d’une commission spéciale. C’est maintenant que nous devons débattre et voter. C’est pourquoi nous rejetterons votre demande de constitution d’une commission spéciale. ».
Finalement, la demande de commission spéciale a été rejetée le jour même (scrutin n°912) par 260 députés contre 127 sur 413 votants. Parmi ceux qui étaient favorables à cette commission spéciale, 3 RN, 59 FI, 22 PS, 17 EELV et 18 PCF. Et également un non-inscrit, le député Adrien Quatennens, qui a fait dans la soirée du 7 février 2023 sa première intervention depuis l'été et son "affaire", sous les huées de certains députés de la majorité, choqués qu'il ne restât pas discret pendant sa peine de quatre mois de prison avec sursis.
« Face à ce sentiment qu’ont les femmes d’une société pas encore prête à accepter sans préjugés le congé menstruel, l’instauration d’une telle mesure doit à l’évidence s’accompagner d’une libération de la parole visant à briser le tabou des règles et d’une phase de pédagogie auprès de l’ensemble des salarié(e)s et de leurs dirigeants. » (Louise Jussian, chargé d'études de l'IFOP, septembre 2022).
Le communiqué ne précise pas si ce jour de congé est donné chaque mois ou pour une année (a priori, c'est chaque mois). Il précise par ailleurs que des protections hygiéniques sont accessibles gratuitement dans les locaux pour leurs salariées. La décision du PS est très osée financièrement puisque, à la suite des catastrophes électorales (qui s'apparentent à des catastrophes industrielles si on considère un parti comme une entreprise) depuis 2017, ce parti vit avec très peu de moyens, au point d'avoir dû quitter le siège "historique" du 10, rue de Solférino (ancienne résidence particulière du duc Albert de Broglie, achetée en 1980 par le PS) pour emménager le 12 octobre 2018 dans un sordide bâtiment industriel au 99, rue Molière à Ivry-sur-Seine.
Dans le monde politique, on a déjà vu une femme enceinte ne prendre que quinze jours de congé pendant toute sa grossesse et travailler presque normalement (une ministre très médiatisée). À l'opposé, la possibilité de congés menstruels réguliers, sans justification des douleurs (c'est-à-dire sans avis médical), peut être considérée comme une avancée en faveur des femmes et de leur bien-être dans leur milieu professionnel, au risque de certaines en profitent plus que d'autres.
La réflexion sur les congés menstruels est intéressante car elle touche un sujet très important des femmes. Je suis mal placé pour en parler (pour des raisons évidentes) et le sujet peut être évoqué, du moins en France, avec des petits sourires en coin qui ne devraient pas avoir lieu d'être, sourires typiquement machistes sinon graveleux. Il reste encore des révolutions sociales à faire.
D'ailleurs, une salariée sur cinq en France a déjà admis avoir été moquée à propos de ses règles, et le sujet a souvent été traitée par de l'humour (voir la chronique de Guillaume Meurice le 5 septembre 2017 sur France Inter, dans la vidéo à la fin de l'article). Ce qui nuit à la prise en compte du sérieux et parfois de la gravité de certaines situations.
Pourtant, c'est un sujet important qui pourrit régulièrement la vie de nombreuses femmes au travail (et pas seulement au travail). Dans un sondage réalisé par l'IFOP pour EVE AND CO du 12 au 15 septembre 2022 sur un échantillon de 993 femmes salariées âgées de 15 ans et plus, 53% des salariées sondées déclarent avoir des règles douloureuses, 35% considèrent que cela impacte négativement leur travail (un tiers, c'est beaucoup !), 65% ont été confrontées à des difficultés liées à leurs règles au travail (deux tiers !), 66% sont favorables aux congés menstruels en entreprises (les plus jeunes étant plus favorables que les plus âgées), mais 82% craignent que les congés menstruels soient un frein nouveau à l'embauche des femmes ou à l'évolution de leur carrière.
Le sujet n'est pas nouveau puisqu'une entreprise japonaise a adopté la mesure dès le début des années 1930 à la suite de revendications ouvrières. La mesure a été généralisée à toutes les entreprises au Japon en 1947 par loi (mais sans sanction pour les entreprises qui ne la respectent pas ; pour un tiers seulement, ce congé est payé), en Indonésie en 1948, en Corée du Sud en 2001, à Taïwan en 2013. En Zambie (en Afrique), cette possibilité est aussi offerte aux salariées, après une forte polémique dans le pays.
Dans plusieurs pays asiatiques, cette mesure a été adoptée, mais néanmoins, peu de femmes y ont aujourd'hui recours (au Japon, plus d'un quart des Japonaises y avaient recours en 1965, elle étaient moins de 0,1% en 2016) et certains pays attribuent même des primes de présence aux femmes qui n'y ont pas recours (en Corée du Sud par exemple).
En Europe, certains pays commencent à en parler. En Espagne, la loi a instituée les congés menstruels, elle est considérée comme une victoire des féministes (la loi a été adoptée par 190 députés contre 154 le 15 décembre 2022, proposant jusqu'à trois jours de congés par mois). En France, aucune disposition législative n'existe, mais certaines entreprises (ou associations) le permettent, à l'instar de la start-up Louis design depuis le 8 mars 2022, société qui propose du mobilier de bureau écoresponsable.
En fait, il y a deux problèmes en proposant des congés menstruels (un à trois jours par mois) : d'une part, ils risquent de réduire la productivité des femmes et donc, leur chance à l'embauche (malgré les lois contre les discriminations qui existent déjà, comme les discriminations contre les femmes en devenir de maternité) ; d'autre part, ils confortent la stigmatisation des femmes alors que les courants féministes veulent au contraire l'égalité (salariale notamment).
Le risque est même de renforcer la caricature de la femme qui a ses règles et qui ne serait pas capable de prendre les bonnes décisions en raison de ses humeurs (ce qu'estimait Colette malgré sa modernité, mais c'était il y a un siècle). Caricature qui ne peut évidemment pas cibler certains hommes caractériels ou colériques, entêtés, etc. qui sont aussi insupportables que certaines femmes (mais eux, en permanence !).
À mon sens, le congé menstruel ne devrait pas être institué par la loi pour la raison simple que c'est un problème de santé et que le sujet a déjà été traité par la Sécurité sociale. Si les périodes de menstruation pour certaines femmes sont douloureuses et impactent leur vie professionnelle, elles devraient avant tout consulter un médecin et que celui-ci leur prescrive un arrêt-maladie.
Cette solution permettrait, d'une part, de vérifier que les règles douloureuses ne cachent pas un problème plus grave (40% des femmes qui souffrent de douleurs pendant leurs règles sont atteintes de pathologie comme l'endométriose, maladie chronique souvent mal diagnostiquée chez la femme). Le fait d'avoir mal pendant ses règles n'est pas normal (et jamais anodin) et se soigner paraît meilleur que rester seulement chez soi. D'autre part, le secret médical étant là, le congé maladie même récurrent d'une femme au travail n'a pas à être justifié auprès de ses collègues ou supérieurs, tandis qu'un congé menstruel pris en tant que tel donne clairement le calendrier intime de la personne qui le prend.
Nul doute que les parlementaires français, dans leur niche propre à chaque groupe, s'empareront bientôt du sujet puisqu'il fait partie des sujets sociétaux par excellence, celui noble d'améliorer sincèrement, comme Françoise Giroud en fut la première ministre, la condition féminine.
« Ce n’est pas du tout de l’argent que j’ai sur mon compte. C’est la valeur des actions du groupe. Si les actions montent, ça monte, si les actions baissent, ça baisse. » (Bernard Arnault, "Le Monde" du 26 novembre 2019).
Un titre qui est fait pour attirer tant l'argent attire, dans un sens ou dans un autre. S'il est vrai, il est incomplet : Bernard Arnault (73 ans), patron du groupe de luxe français LMVH, a été l'homme le plus riche du monde pendant quelques heures ce mercredi 7 décembre 2022. C'est plus précis.
En effet, si lui et sa famille sont généralement au deuxième rang mondial dans le classement de la revue Forbes chaque année des grandes fortunes de la planète, cette année derrière Elon Musk, il existe aussi un classement en temps réel qui évalue les fluctuations des fortunes.
On pourra d'ailleurs toujours critiquer la méthode pour estimer la fortune d'une personne, puisque sa plus grande part reste très virtuelle, c'est le nombre d'actions multiplié par la valeur de l'action au temps t. Comme cette valeur fluctue tous les jours, les fortunes fluctuent aussi. Et si le classement change souvent au fil des années, et surtout, si les estimations grossissent énormément au fil des années, c'est avant tout grâce à la forte valorisation des entreprises dont les milliardaires sont propriétaires.
C'est donc une richesse qui est sur le papier, qui est réelle, bien sûr, car si le propriétaire de ces actions les vendait toutes, il recevrait cet équivalent sonnant et trébuchant, mais cela ne signifie pas qu'il est comme oncl' Picsou, sur une montagne d'or.
Cette explication permet de comprendre que le classement est, lui aussi, très virtuel, puisqu'en fonction du cours des actions, certains seront plus ou moins avantagés. Ce fut le cas de Bernard Arnault, qui a atteint la première place mondiale des milliardaires, avec une estimation de 184,7 milliards de dollars. Il a détrôné ce jour le premier du classement, Elon Musk, patron de Tesla, SpaceX et maintenant de Twitter, en raison d'un recul de l'action de Tesla.
Cependant, à 18 heures 30, Elon Musk est repassé devant Bernard Arnault (on est comme aux petits chevaux), avec une fortune de 184,9 milliards de dollars, tous les deux loin devant Gautam Adani (développeur portuaire et producteur d'électricité en Inde), avec 134,8 milliards de dollars, et Jeff Bezos, le patron d'Amazon, avec 111,3 milliards de dollars. Bill Gates (Microsoft) n'est qu'à la sixième place autour de 105 milliards de dollars et la famille Bettencourt (L'Oréal) à la quatorzième place avec environ 75 milliards de dollars (ces deux dernières estimations sont reprise du classement Forbes de 2022 et sont probablement "périmées"). Dans cette cour des très grands, Xavier Niel (Free), par exemple, est un "petit joueur" (!) avec une fortune de "seulement" 10 milliards d'euros (Il serait à la 230e place mondiale, selon Forbes, avec 5% de la fortune de la famille Arnault !).
Bernard Arnault s'était déjà hissé à la première place mondiale le lundi 24 mai 2021 pendant quelques heures, de 9 heures à 14 heures 30, en détrônant cette fois-ci Jeff Bezos, le premier de l'époque, de 300 millions de dollars, mais le patron de LVMH a dû rendre la première place à l'ouverture de la bourse à New York. La valeur patrimoniale de l'industrie de luxe est en hausse très largement ces dernières années, ce qui explique ces performances (les actifs de la famille Arnault ne valaient que 76 milliards de dollars en 2020). Moët Hennessy Louis Vuitton possède un portefeuille de plus de soixante-quinze marques de luxe qui sont très courues, comme Christian Dior, Givenchy, etc. La croissance du groupe est exceptionnelle, malgré la crise du covid-19 (Bernard Arnault, qui jouissait d'un salaire d'environ 8 millions d'euros par an comme patron en 2016, ne s'était pas payé en avril et mai 2020 au cause de la crise sanitaire).
Une petite remarque en passant : pourquoi vouloir être le premier ? C'est un peu ce qu'on a pu comprendre quand on a découvert les malversations supposées de l'ancien président de Renault, Carlos Ghosn. Quand on a 100 millions, pourquoi vouloir tripatouiller pour en avoir 110 ? Simplement parce qu'entre grands patrons, la valeur de la fortune et de la rémunération est le signe qu'ils sont les meilleurs. Il y a donc une course qui n'est même plus pécuniaire mais surtout égotique. L'existence de ce type de classement comme celui de Forbes, qui doit cependant être incomplet, certaines fortunes préférant vivre très cachées sous des sociétés très anonymes dans des paradis fiscaux, renforce ce type de compétition complètement délirante.
Une fois écrit cela, toujours avec la réserve que la majeure partie de la fortune est virtuelle et peut monter ou descendre selon les fluctuations de la bourse, on peut comprendre que ce sont des fortunes colossales et, pour bien dire, absolument impossible à appréhender. On peut encore imaginer ce que signifie 1 million de dollars, 10 millions, 100 millions... mais au-delà ? Une fois qu'on s'est acheté toutes les maisons voulues, voitures, assurer l'alimentaire pour quatre générations, être généreux avec ses amis et toutes les mouches qui gravitent autour de soi, payer son obole pour la reconstruction de Notre-Dame-de-Paris... ? C'est assez inimaginable.
Aux États-Unis, une telle information ferait chanter les citoyens d'un cocorico (gaulois), une fierté d'avoir su monter à la première place. Fierté du succès qui se calcule en sonnant et trébuchant, et sentiment d'être utile à la société, à son pays, au monde, en faisant travailler des centaines de milliers de personnes dans des activités économiquement pérennes.
Mais en France, un vieux reste catholique sans doute (pas le meilleur), on a l'argent honteux. On est supposé toujours trop mal payé mais on cherche à montrer qu'on a la meilleure voiture, la meilleure école pour ses enfants, etc. On recherche l'argent mais on dit rarement quand ça marche, quand ça prospère, on n'est pas des vantards imprudents comme Bernard Tapie, on est plutôt des discrets Bernard Arnault ou François Pinault, pas question de dire que ça roule au niveau des finances.
Alors, quand la fortune d'un Français est étalée en plein jour, au lieu du sentiment national de fierté, on a simplement un sentiment de jalousie. On va critiquer, on va vouloir même, pour les extrémistes, lui couper la tête, histoire de refaire la Révolution à l'endroit. En oubliant que la fortune de Bernard Arnault, il la doit à lui-même, à ses prises de risque il y a longtemps, à des fortes intuitions, à un travail acharné, à une stratégie pertinente, et bien sûr, à beaucoup de chances (et de relations).
Le marronnier nupo-mélenchoniste qui consiste à faire payer les riches pour se payer les services de l'État montre vite ses limites justement. Prenons Bernard Arnault, il est le plus riche des Européens et le deuxième plus riche au monde, donc, et il pèse 185 milliards de dollars, arrondissons à 200 milliards d'euros. C'est juste le déficit d'une année ou son double, selon les années. La dette publique en France, c'est 3 000 milliards d'euros. 200 milliards d'euros, non seulement ce n'est pas suffisant en confisquant tout, mais c'est en une seule fois, ce n'est pas tous les ans. On croit qu'en taxant les riches, cela apportera plus aux pauvres, mais on ne vaincra pas la pauvreté en éliminant les richesses. C'est le contraire qu'il faut faire.
Une certaine gauche prend toujours les problèmes à l'envers. Oui, il faut redistribuer les richesses ; oui, il faut de la justice sociale et surtout, de la solidarité nationale, car tout le monde ne part pas avec les mêmes chances, mais avant de redistribuer les richesses, il faut les produire, et c'est souvent ce qui manque à gauche dans le raisonnement. De la même manière, non, l'existence de milliardaires ne me gênerait pas si tout le monde avait de quoi se nourrir, se vêtir, se loger, se soigner, s'éduquer, se cultiver, etc. Mais ce n'est pas en éliminant les riches qu'on éliminera la pauvreté. Ce n'est pas le même ordre de grandeur malgré les nombres astronomiques des milliardaires. Ceux des déficits de l'État sont encore plus monstrueux.
Le dogme de l'égalitarisme freine sinon empêche les initiatives économiques en prenant des risques. Les réussites de jeunes entreprises (on le voit avec Amazon, Microsoft, Tesla, Google, Apple, etc.), jeunes par rapport à la grande industrie traditionnelle (comme Renault, Michelin, etc.), donnent des valorisations astronomiques. Mais pour une start-up de réussie, combien de fermées ?
Au fond, c'est comparable aux chanteurs, aux acteurs, aux écrivains... beaucoup ne percent pas, vivent chichement, et puis, parfois, un jour, c'est le jackpot, ça marche du tonnerre et leur rémunération est scandaleusement élevée... tout simplement parce que le marché le souhaite, en quelque sorte, parce que les consommateurs le veulent. Il y a donc une sorte de schizophrénie à reprocher à Bernard Arnault d'être ultrariche et, en même temps, à acheter soi-même un parfum ou du champagne de LVMH, ou encore à jalouser la fortune de Jeff Bezos tout en faisant systématiquement ses courses chez Amazon, etc.
Alors, face à cette information furtive très anecdotique (Bernard Arnault n'est pas resté longtemps en haut du podium), j'en reste simplement au sentiment patriotique en disant bravo les génies français de l'économie mondiale d'être capables d'égaler les plus grandes fortunes à l'étranger. Cela n'enlève rien à l'impérieuse nécessité de solidarité nationale, bien sûr, mais c'est du ressort de l'État de favoriser l'activité pour réduire le chômage, la précarité et la pauvreté. La jalousie et la haine n'ont jamais rien construit.
« L'arrivée de plus en plus rapide des choses faisait reculer le passé. Les gens ne s'interrogeaient pas sur leur utilité, ils avaient simplement envie de les avoir et souffraient de ne pas gagner assez d'argent pour se les payer immédiatement. Ils s'habituaient à rédiger des chèques, découvraient les "facilités de paiement", le crédit Sofinco. » (Annie Ernaux, "Les Années", 2008, éd. Gallimard).
À ceux qui seraient déconnectés de la réalité commerciale, disons-leur immédiatement que ce vendredi 25 novembre 2022, c'est le Black Friday. Cela fait une dizaine d'années que ce phénomène est arrivé en France, d'abord principalement par des campagnes très polluantes d'emails si jamais vous aviez eu le malheur (ou le bonheur de consommateur) d'être inscrit dans des sites marchands.
Le Black Friday consiste en une journée de promotions commerciales pour démarrer la période de Noël. Il a lieu le quatrième vendredi du mois de novembre, ou plutôt, le vendredi qui suit le quatrième jeudi du mois de novembre. En effet, l'origine de cette fiesta commerciale est américaine. Le Black Friday a lieu le lendemain de Thanksgiving, une fête très importante aux États-Unis (fête familiale équivalente à Noël) qui a lieu le quatrième jeudi du mois de novembre, et donc, généralement, les gens ne travaillent pas le vendredi qui suit et font le pont, si bien que les commerçants ont compris que cela pourrait être une journée de shopping.
Aux États-Unis, cette fête commerciale a commencé dans les années 1950. C'est un événement économique majeur, puisqu'en 2015, par exemple, les consommateurs américains ont consommé près de 70 milliards de dollars rien que pour cette journée (ces journées en fait, car cela s'étale sur quelques jours, selon les commerces).
En France, le phénomène n'a commencé vraiment qu'à partir de 2013, il y a une dizaine d'années, et exclusivement sur les sites de e-commerce et pour du matériel informatique, électroménager, audio, vidéo, photo, etc. Mais très rapidement, les enseignes commerciales "classiques", les grands distributeurs, ont pris le relais pour tenter de profiter de l'aubaine. Car il s'agit d'une aubaine, double aubaine en principe, celle des marchands et celle des consommateurs à la recherche de la "bonne affaire".
Parmi les précurseurs en France, on peut citer, sans en faire nécessairement la publicité (ou contre-publicité pour les "anti-consuméristes"), la Fnac, Darty, Cdiscount, Amazon, Auchan, Leclerc, Casino, La Redoute, SFR, Leroy Merlin, etc. Aujourd'hui, quasiment toutes les marques font le Black Friday, sinon, leur absence avantagerait la concurrence. En 2019, cette fête commerciale représentait plus de 56 millions de transactions enregistrées en une seule journée.
L'agenda commercial est assez marqué par ces échéances : la rentrée scolaire en fin août et début septembre se caractérise par une surconsommation de papeteries et autres ustensiles pour bien commencer la scolarité des écoliers, puis continue avec Halloween en fin octobre, où les jouets, les farces et attrapes et autres déguisements et décorations sont en vogue, et tout le mois de décembre pour les cadeaux de Noël et de nouvel an. Après, en plus des deux périodes de soldes (janvier et juillet), il y a la Saint-Valentin (très ciblée, car c'est une fête qui énerve les célibataires et qui rend indifférents les amoureux au long cours), et enfin Pâques et les cloches en chocolat (ou pas). L'arrivée du Black Friday est donc une nouvelle échéance commerciale en fin novembre qui permet de démarrer la période la plus lucrative de l'année.
En 2018, certaines enseignes françaises de e-commerce avaient même organisé une autre période commerciale en fin mars, appelée les French Days (allez savoir pourquoi en anglais ! enfin, si, je sais) pour concurrencer l'hégémonique Amazon, mais même les enseignes étrangères comme Amazon les ont finalement imitées. Cela ne correspond toutefois à une augmentation du trafic que de 15% en 2017 à comparer aux 112% pendant la période du Black Friday (selon une étude d'Idealo).
Au fil des années, le Black Friday s'est étalé sur toute la semaine (Cyber Week), voire le week-end et le lundi suivants (le Cyber Monday, principalement sur les sites de e-commerce). En 2015, les commerces en France avaient changé ce nom commercial (juste cette année-là) en raison des attentats qui avaient eu lieu le vendredi 13 novembre 2015, qui était déjà, pour les victimes et leurs proches, un vendredi particulièrement très noir. En 2020 et 2021, le Black Friday a été minoré en raison des vagues successives de la pandémie de covid-19, ce qui fait que pour 2022, la fête commerciale tente de prendre une très grande ampleur, pour compenser les deux années de (pseudo-)disette (commerciale).
Le ressort psychologique est le même que pour les autres périodes de promotion ou les périodes de soldes : l'idée que le consommateur y gagne, fait une bonne affaire, paie moins cher ce qu'il n'aurait pas acheté si c'était au prix ordinaire. Cette frénésie d'achats, surtout en période inflationniste et en période où la pauvreté gagne du terrain, se renforce paradoxalement afin d'acquérir à plus bas prix des choses ordinaires du quotidien (vêtements, ustensiles de cuisine, etc.) voire des cadeaux pour Noël.
Bien entendu, comme dans toutes les promotions commerciales, hors arnaques classiques de faux sites commerciaux, faux sites de paiement (phishing, c'est-à-dire hameçonnage), même avec des enseignes connues, il peut y avoir de la tromperie, des faux rabais, des rabais qui n'en sont pas, ce qui, en France, est illégal et frauduleux. L'association UFC-Que choisir avait étudié les prix une semaine avant et pendant le Black Friday en 2016 sur les vingt plus grands sites de e-commerce en France, et avait conclu que les rabais étaient globalement à peine de 2% sur chaque article. En fait, seuls un nombre très restreints d'articles sont en promotion (l'association avait ainsi constaté par exemple que seulement 26 offres de PC portables sur les 3 813 étudiées bénéficiaient d'une réduction de prix supérieure ou égale à 20%).
Le site du Ministère de l'Économie rappelle d'ailleurs les conseils de bon sens délivrés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) dont je ferais grâce au lecteur, comme bien vérifier la réalité des rabais (en vérifiant les prix avant la période en question), se garder de se précipiter pour acheter, bien comparer avec la concurrence, préférer faire confiance aux sites déjà connus, vérifier les conditions d'achat, de paiement, de garantie et de livraison, etc.
La DGCCRF donne aussi ces conseils aux commerçants, qui sont d'autant de droits pour les consommateurs qui nous sommes : « Veillez à éviter toute pratique commerciale déloyale ou trompeuse pour le consommateur. En particulier, les réductions de prix que vous proposez doivent être réelles : elles doivent être calculées par rapport à un prix de référence clairement mentionné, et vous devez pouvoir justifier qu’il a bien été pratiqué avant la période de promotion. Les articles que vous présentez en promotion doivent bénéficier des mêmes garanties en matière de défauts de fabrication non apparents, de défauts de conformité ou de service après-vente que tout autre article. Par ailleurs, dans le cas de vente en ligne, plusieurs règles spécifiques doivent être respectées, notamment en matière d’information du consommateur (identité du e-commerçant, les caractéristiques des biens et services vendus etc.) et de délai rétractation, qui ne peut être inférieur à quatorze jours. ».
Au-delà des critiques sur les risques d'arnaques, nombreuses, ce sont des critiques quasi-philosophiques que doivent essuyer aussi les commerçants qui pratiquent le Black Day, représentant le symbole de la société de consommation. Ainsi, au-delà des très rares marchands militants qui contre-réagissent (par exemple, la CAMIF ferme son site Internet le vendredi-là), il y a tout un mouvement contre la surconsommation, pour la décroissance, pour la sobriété écologique qui commence à prendre de l'importance depuis environ cinq ans, avec des campagnes de publicité du genre : n'achetez rien au Black Friday ! (Ce que je vais faire, ou plutôt, ne pas faire, car je n'en ai pas l'occasion et ne la recherche pas).
Des initiatives de Green Days (Jours verts) sont proposées, avec des encouragements au recyclage, et même un site marchand comme TradeDiscount (pour prendre un exemple) tente d'être positionné sur les deux côtés à la fois, en proposant des rabais ordinaires pour un Black Friday et en proposant une Green Week (Semaine verte), cette marque étant bien placée dans ce domaine puisqu'elle a pour principale activité de recycler des ordinateurs d'occasion, donc avec une certaine éthique mise en avant dans sa publicité.
Ce genre d'initiatives devrait se multiplier avec cette période de sobriété énergétique qui s'ouvre et cette idée que la frénésie surconsommatrice, si elle fait tourner l'économie (plus les économies étrangères que nationale d'ailleurs), elle vient en opposition frontale aux nouveaux réflexes écologiques que de nombreux citoyens commencent parallèlement à adopter. C'est la schizophrénie du citoyen consommateur. Heureusement, le contribuable essoré saura y mettre un terme !
« Il faut que les Français se rendent compte, et ils vont le faire, que la solidarité sociale n’est pas quelque chose qu’on peut puiser dans un puits sans fond. Ça doit être payé par quelqu’un. » (Jean-Louis Bourlanges, le 11 juillet 2022 sur LCI).
Elles ne sont pas nombreuses les personnalités politiques en situation de responsabilité qui ont des idées nouvelles, les expriment et les promeuvent avec un écho médiatique efficace, qui alimentent le débat public de manière constructive et sans esprit de posture. Jean-Louis Bourlanges en fait partie. Il était l’invité d’Élizabeth Martichoux dans la matinale de LCI le lundi 11 juillet 2022.
C’est un habitué d’Élizabeth Martichoux. Quand il était son invité le 5 mai 2022, il hésitait encore à se représenter aux législatives après un premier mandat de parlementaire national sur le tard (il a longtemps été député européen). À 75 ans, le haut fonctionnaire se disait trop âgé, ne se voyait pas encore exercer les fonctions de député jusqu’à l’âge de 80 ans (à la fin du mandat), mais "on" a dû vivement l’encourager à rempiler parce qu’il est un esprit indépendant, intelligent, fort et original. Il enrichit la majorité. Successeur de la regrettée Marielle de Sarnez à la présidence de la commission des affaires étrangères, Jean-Louis Bourlanges a aussi rempilé à la tête de cette commission le 30 juin 2022, malgré les candidatures de ses opposants (FI et RN) dans cette commission. Seul, le parti LR lui a laissé la voie libre.
Jean-Louis Bourlanges est un député très utile au Président de la République Emmanuel Macron car il assure deux éléments très positifs : d’une part, il est d’une loyauté totale, ce qui, en ces temps de majorité relative, est très précieux ; d’autre part, son indépendance d’esprit lui permet de sortir des sentiers battus, des directives élyséennes et d’être force de proposition originale et ce titre, il peut au moins enrichir le débat si ce n’est le conduire vers une direction plus sociale.
Plus sociale ? C’est très difficile de qualifier politiquement Jean-Louis Bourlanges, si ce n’est qu’il était originaire de la droite modérée, dans le sens du centre droit. Il a été gaulliste mais aussi proche du CDS (Centre des démocrates sociaux), et à ce titre, pas loin de l’UDF et du MoDem (dont il est maintenant membre), proche de François Bayrou sans lui être totalement allégeant (avant de le "quitter", il était venu au congrès fondateur du MoDem pour lui dire crûment et courageusement qu’il n’était pas d’accord avec sa stratégie !).
L’idée originale et révolutionnaire de Jean-Louis Bourlanges sur le pouvoir d’achat est de rappeler une évidence : le gouvernement ne peut pas durablement donner des "chèques" pour compenser l’inflation dans un certain nombre de secteurs, en particulier ceux de l’énergie, du logement et des transports. D’une part, parce que le budget de l’État n’est pas, comme il le dit, un « puits sans fond », ce qu’on a trop tendance à oublier depuis la politique du "quoi qu’il en coûte" d’accompagnement de la crise sanitaire. D’autre part, parce que ces chèques sont rarement ciblés, ou très difficilement ciblés (au prix parfois d’une usine à gaz).
Certes, à court terme, il faut mettre en place des mesures d’urgence, c’est d’ailleurs l’objet du texte actuellement en discussion au Parlement sur le pouvoir d’achat, mais il faut aussi anticiper pour l’avenir proche et imaginer un mécanisme satisfaisant et durable qui permette d’aider ceux qui ont des revenus très modestes (en juin 2022, l’inflation est à un rythme de 5,8% annuel, c’est énorme), sans augmenter la dette et les déficits (car sinon, ce serait de l’argent qu’on met à crédit qui plomberait les générations futures).
C’est là où le libéral rencontre le social. Jean-Louis Bourlanges reprend ainsi une idée déjà ancienne, il cite Gaspard Koenig (qui voulait se présenter à l’élection présidentielle), mais elle était aussi soutenue par le professeur Jacques Marseille dans les années 2000 à l’époque où Nicolas Sarkozy nourrissait son ambition présidentielle.
Jean-Louis Bourlanges a proposé un revenu universel, c’est-à-dire à tous les Français, inconditionnellement, sans condition de revenus, pauvres ou riches, totalement libre d’en faire ce qu’ils veulent. Et il serait financé par la redistribution, par une hausse de la CGS proportionnelle (donc, totalement finançable). Reste à trouver où mettre le curseur : le montant du revenu universel et sa conséquence en augmentation de la CSG. L’intérêt de le faire financer par la CSG, c’est qu’elle est redevable sur tous les revenus et pas seulement ceux du travail. C’est une sorte d’impôt négatif. Les plus modestes seraient largement gagnants et les plus aisés contribueraient ainsi à cet effort de redistribution.
C’est à la fois libéral, en ce sens où ce revenu n’est pas conditionnel, libre d’être dépensé comme on veut, mais aussi très social puisqu’il s’agit de redistribution. Pour Jean-Louis Bourlanges, il ne s’agirait pas d’une hausse d’impôt ou de taxe puisque ce serait entièrement redistribué (au global, c’est une opération neutre, mais individuellement, certains vont y gagner et d’autres y perdre).
Jaques Marseille avait étudié ce genre de proposition et l’a trouvée beaucoup plus profitable aux personnes ayant des revenus modestes que l’idée simpliste et stupide de "faire payer les riches" (lire la démonstration ici). Jean-Louis Bourlanges reprend ainsi cette idée qui reste révolutionnaire et qui avait été proposée entre autres par Benoît Hamon mais avec une tout autre philosophie (et probablement avec une autre application).
Les mots de Jean-Louis Bourlanges étaient assez clairs : « Ça ne peut pas être durable. Moi, j’ai mon idée là-dessus. Je suis pour un revenu universel, tel qu’il a été proposé notamment par Gaspard Koenig que je trouve très intéressant, dans lequel on donnerait à tous les Français une somme forfaitaire, du plus riche au plus pauvre, qui bénéficierait évidemment d’abord à ceux qui ont peu d’argent, revenu qui serait financé par un prélèvement proportionnel de la CSG, sur tout le monde. ».
Prenant le langage de la vérité : « Non, ça n’augmenterait pas les impôts car ce serait un effet de redistribution. Il faut savoir ce qu’on veut. Si l’on veut soutenir le pouvoir d’achat, qui est prêt à payer ? S’il s’agit de soutenir le pouvoir d’achat des plus modestes, il faut que ce soit soit ceux qui sont au-dessus, soit la dette et l’augmentation des déficits. Je crois qu’on en a assez avec la dette et les déficits. ».
L’objectif est de soutenir le pouvoir d’achat des plus modestes : « Je crois qu’il faut mettre les gens en face de leurs responsabilités. C’est une idée personnelle. Est-ce que nous voulons aider ou non ? Je crois qu’il faut être très ciblé. Qu’est-ce qui arrive aux gens qui ont des revenus limités ? Ils n’arrivent pas à se chauffer. Ils n’arrivent pas à conduire leur voiture. Soit on baisse le prix de l’essence, et ça fait qu’on augmente potentiellement la consommation de carburant alors que cela contredit nos objectifs climatiques. Donc, il vaut mieux leur donner une somme globale. Avec cette somme, ils font ce qu’ils veulent. Et ils développeront des modes de transports alternatifs s’ils le peuvent. Mais ils auront une sorte de palier, ciblé selon moi sur la transition climatique. ».
L’idée intéressante, c’est de globaliser l’effort de pouvoir d’achat sur le budget des ménages. En effet, en proposant un chèque essence, on contribue à renforcer l’essence au lieu de présenter des solutions alternatives (transports en commun, véhicule électrique etc.). En permettant aux ménages de gérer ce soutien au pouvoir d’achat comme ils l’entendent, librement, leur avantage resterait justement de changer de mode de transport pour éviter d’être impactés encore par la hausse des carburants, tout en gardant l’aide au pouvoir d’achat. C’est donc beaucoup plus incitatif qu’un simple chèque essence (et cela pour un coût identique pour la collectivité).
Autrement dit, il n’y a pas de Père Noël : « Il faut que les Français se rendent compte, et ils vont le faire, que la solidarité sociale n’est pas quelque chose qu’on peut puiser dans un puits sans fond. Ça doit être payé par quelqu’un. Alors, la meilleure façon de la payer, c’est la croissance. C’est là où je suis entièrement d’accord avec l’approche du gouvernement. Il faut créer les conditions de la croissance. Il faut que les gens travaillent plus, travaillent mieux, qu’il y ait beaucoup moins de friction entre le moment où l’on termine ses études… il faut que l’éduction forme mieux… C’est important. Si vous produisez plus, vous pouvez donner plus. ».
La grande différence entre l’idée du revenu universel de Jean-Louis Bourlanges et celle de Jacques Marseille, c’est son financement. Jean-Louis Bourlanges est beaucoup plus prudent : on ne remet pas en cause les prestations sociales, on finance le revenu universel par une hausse de la CSG. Il faudra le réglage le plus juste du curseur pour savoir au-dessus de quels revenus le contribuable sera perdant (c’est la définition d’être riche ou pas, or, le risque, effectivement, c’est que c’est la classe moyenne qui paie). Jacques Marseille, lui, ne s’embarrassait pas de cette notion : il finançait ce revenu universel par la suppression de toutes les autres prestations sociales (sauf celles de l’assurance-maladie), y compris les pensions de retraites reconverties en une retraite complémentaire par capitalisation.
C’est une proposition intéressante, grave, sérieuse, solide et révolutionnaire. Et, pourquoi pas ?, elle pourrait faire l’objet d’un référendum. Après tout, ce n’est pas insensé de demander aux Français s’ils acceptent d’accroître leur solidarité nationale à l’égard des plus modestes et des plus fragiles. L’idée du référendum est de moi, pas de Jean-Louis Bourlanges, et elle a un sens : on ne peut plus imposer aux contribuables d’augmenter les taxes et impôts sans leur consentement (cela conduit à des crises comme celle des gilets jaunes). Mais cela ne doit pas empêcher pour autant d’avancer à aider les plus modestes. J’espère que cette belle idée trouvera sa voie, politique, parlementaire et même référendaire, dans sa réalisation. Révolution, c’était le nom du livre-programme d’Emmanuel Macron en 2017…
« Ah ben, si un raisonnement n’est pas une preuve… En effet, il n’y a rien qui vaille. Depuis Descartes, ça s’appelle le doute méthodique… Arrêtez de dégrader le niveau politique. La politique, ce n’est pas forcément mentir. » (Jean-Luc Mélenchon, le 17 juin 2022 sur BFM-TV).
Comment dire n’importe quoi et passer à une heure de grande écoute à la télévision ? Tiens, encore une autre formule : « Lundi matin, je serai chez moi à attendre le coup de téléphone du Président. ». C’est ça, la réalité alternative. Le sujet est plongé dans un autre monde, celui de ses caprices et de ses songes. Quand, dans ses Mémoires, De Gaulle parlait de la vieillesse, qui est un naufrage, il ne pensait pas à Jean-Luc Mélenchon mais à Pétain. Pourtant, à quelques semaines de ses 71 ans, on peut quand même vraiment y penser pour le lider maximo de la Nupes tant ses délires politiques sont désormais mis en plein jour. Le fait-il exprès ou pas ?
Le délire mélenchonesque de la semaine, c’est le supposé projet caché du gouvernement d’augmenter la TVA pour engranger 80 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires afin d’atteindre 3% du PIB de déficit en 2027. Cela pourrait être vrai, ce ne serait pas la première fois qu’un pouvoir cacherait quelques mauvais destins, mais l’attitude du Président Emmanuel Macron a toujours été claire et il n’a jamais rien caché de ses intentions, au risque de perdre des voix ; pour preuve, il a confirmé une semaine avant le scrutin que la réforme des retraites s’appliquerait dès l’été 2023. Pour la TVA, c’est surtout ne rien comprendre à la logique du gouvernement.
Dès le soir du premier tour, Jean-Luc Mélenchon a lancé gratuitement, j’insiste sur le "gratuitement", la rumeur d’augmentation de la TVA qui serait voulue par le gouvernement. Il n’est pas fou, Jean-Luc Mélenchon, il sait que c’est un sujet très sensible pour les ménages, surtout en période inflationniste (où la TVA a d’ailleurs un meilleur rendement puisqu’elle est proportionnelle au prix). Il sait qu’en juin 2007, à cause d’une maladresse entre les deux tours des législatives sur le sujet du Ministre de l’Économie et des Finances d’alors, Jean-Louis Borloo (qui ne dura pas longtemps à Bercy, remplacé après les élections par Christine Lagarde), le tout nouveau Président Nicolas Sarkozy a perdu une cinquantaine de sièges. On peut aussi dire que ce même Nicolas Sarkozy a sans doute perdu sa réélection pour avoir augmenté la TVA à deux mois et demi de l’élection présidentielle de 2012 (pour transférer les cotisations sociales sur les prix à la consommation). Donc, Jean-Luc Mélenchon, qui connaît très bien l’histoire politique du pays (il était lui-même sénateur en 2007), veut répéter l’idée et comme le gouvernement ne fait pas dans la maladresse sur ce sujet, il y va avec ses procès d’intentions.
La réaction outrée du Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a été ferme : il répète et martèle depuis le début de la semaine qu’il n’est pas question d’augmenter les impôts, ni directs ni indirects, ni des ménages, ni des entreprises (au contraire de la Nupes !). Il a même évoqué le 15 juin 2022 sur LCI le comportement complotiste de Jean-Luc Mélenchon visant à insinuer le doute et le soupçon en calomniant gratuitement. Une méthode qui donne une idée de ce que serait un gouvernement Mélenchon si par malheur il arrivait au pouvoir (Robespierre est toujours vivant).
Même les journalistes en économie des grands médias étaient dans la stupéfaction avec cette affaire. Car Jean-Luc Mélenchon aurait pu retrouver dans une poubelle un brouillon d’une idée possible d’un commencement de suggestion d’une telle mesure, mais non, à la connaissance de ces journalistes, rien, strictement aucun projet allant dans ce sens. Le seul projet connu à propos de la TVA, ce serait même de la faire baisser pour les produits pétroliers pendant une période inflationniste.
Donc, ce procès d’intention provient simplement de l’imagination très créative de Jean-Luc Mélenchon qui accuse la majorité d’une proposition qu’elle n’a jamais formulée et jamais voulue. C’est donc n’importe quoi et montre une idée du niveau de la vie politique en France (il a l’audace de retourner cette critique à son profit alors que c’est lui qui dégrade considérablement le niveau intellectuel et politique du débat public). Je pensais que le gourou de la Nupes allait donc s’arrêter sur cette désinformation grossière, vu qu’elle ne fonctionnait pas.
Eh bien non. Invité par Apolline de Malherbe à la matinale de BFM-TV ce vendredi 17 juin 2022, il est revenu à la charge devant une journaliste complètement médusée par une telle assurance dans la fake-news. Car bien évidemment, Jean-Luc Mélenchon n’a apporté aucun nouveau fait confirmant cette supposée volonté du gouvernement d’augmenter la TVA et ce n’est pas en martelant "c’est un fait" que la mesure est là (il disait "c’est un fait" pour des choses qui n’avait rien à voir).
Alors, il a redit son raisonnement, car Jean-Luc Mélenchon est un garçon qui se veut très rationnel, il sait lire la pensée des autres et il sait ainsi projeter plein de choses invisibles. Il n’est pas gourou pour rien, ce n’est pas donné à tout le monde. Les 80 milliards d’euros, ça vient de la différence entre le déficit public actuel en 2022 et le déficit cible en 2027 (3% du PIB). Donc ce chiffre est un chiffre de Jean-Luc Mélenchon qui a regardé dans le programme de la majorité présidentielle que 40 milliards d’euros seraient économisés d’une manière ou d’une autre (c’est notamment le rôle de la réforme des retraites). Bref, pour lui, il manque encore 40 milliards d’euros.
Et là, il a sorti des recommandations de la Commission Européenne. Ce n’est pas parce que la Commission Européenne dit une chose que c’est le programme d’Emmanuel Macron : alors que Jean-Luc Mélenchon veut carrément "désobéir" aux Traités européens (le terme est d’ailleurs amusant, serait-il un petit enfant dans madame l’Europe ?), un gouvernement national n’est pas encore censé obéir à la Commission Européenne, surtout quand elle exprime une "recommandation". La souveraineté nationale existe toujours, il faut parfois le rappeler.
Je regrette le manque de réactivité d’Apolline de Malherbe qui pourtant voulait coincer intellectuellement Jean-Luc Mélenchon sur cette mesure. Jean-Luc Mélenchon déduit de plusieurs recommandations depuis une dizaine d’années de la Commission Européenne demandant une augmentation de la TVA (ce qui reste à vérifier) pour conclure qu’Emmanuel Macron va augmenter la TVA. Sauf qu’en expliquant que la Commission Européenne avait déjà plusieurs fois recommandé une telle augmentation (il a même cité des dates, mais il ne semblait pas très assuré), il venait de prouver lui-même que les gouvernements français s’en moquaient, de telles recommandations, puisque aucun d’eux ne l’avait proposé à sa majorité depuis 2012 (François Hollande ayant défait l’augmentation de Nicolas Sarkozy dès juillet 2012).
Mais la mauvaise foi n’étouffait pas Jean-Luc Mélenchon quand il expliquait que déjà en 2017, Emmanuel Macron avait promis qu’il n’augmenterait aucun impôt et que finalement, il a mis en place la taxe carbone qui a engendré la crise des gilets jaunes. Là encore, foutage de gueule et réécriture de l’histoire. La taxe carbone était un impôt mis en place sous le quinquennat de François Hollande et probablement que l’erreur d’Emmanuel Macron était d’avoir laissé cette disposition s’appliquer au jour dit sans voir ses conséquences sociales à une époque où les écologistes et aussi les mélenchonistes le pressaient pour faire la transition écologique. Les mesures de la Nupes engendraient bien plus de colère des gilets jaunes qu'en 2018.
D’ailleurs, notons aussi la mauvaise foi de Jean-Luc Mélenchon qui a reproché à la majorité d’avoir laissé courir la taxe carbone et dire en même temps qu’elle ne faisait pas assez pour la lutte contre le réchauffement climatique (il n’est pas à une contradiction près). Du reste, pendant toute cette semaine, les zélateurs du centralisme mélenchonique tentaient de récupérer électoralement la canicule pour donner une raison supplémentaire de voter pour eux ! (le risque serait plutôt qu’ils encouragent les abstentionnistes à rester chez eux pour se protéger de la grande chaleur !).
Prenons le verbatim exact : « Je redis : monsieur Le Maire a avoué qu’il veut retirer 40 milliards du budget de l’État. Comment fait-il ? Ou bien il nous dit où il l’enlève, ou bien il nous dit où il prend. Mais cela ne peut pas être les deux en même temps et dire : je ne prends rien et je n’enlève rien. Donc monsieur Le Maire, dans cette situation, a un problème avec la vérité. La vérité, c’est qu’il a prévu des diminutions de prestations sociales, il a prévu de continuer dans la santé et l’éducation les coupes claires auxquelles il procède. ». J’aime bien le verbe "avouer", avec Jean-Luc Mélenchon, l’Inquisition n’est jamais loin. Quant à la TVA, étrangement, elle est sorti des propos. Là, il parlait de "coupes claires".
Cette citation montre à quel point Jean-Luc Mélenchon n’a rien compris à l’économie et fait dans le simplisme démagogique (du genre : les riches doivent payer en oubliant qu’avant de la redistribuer, il faut d’abord créer la richesse). Le ministre parlait de déficit et pas de retirer 40 milliards du budget de l’État, c’est-à-dire qu’on peut équilibrer un budget autrement qu’en prenant ou en enlevant.
Réponse par les propos du Président Emmanuel Macron dans son allocution du 14 juin 2022 : « Cette indépendance, nous ne la ferons pas par plus d’impôts, au contraire, nous continuerons de les baisser, ni par plus de dette, nous devons la réduire, ni par la décroissance, nous la combattons. Nous le ferons par le travail. Travailler tous en atteignant le plein emploi qui est à portée de mains. Travailler mieux, en améliorant les rémunérations et les conditions de travail. Travailler plus pour gagner, par notre effort collectif, en force économique. ».
En résumé, Jean-Luc Mélenchon, dont le programme va coûter à la France 300 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires, avec un choc fiscal de 160 milliards d’euros dont 50 des poches des ménages, n’a pas manqué de culot pour fustiger une proposition que n’a jamais formulée la majorité et que la majorité dément formellement car la philosophie générale de la majorité présidentielle, c’est au contraire de libérer les énergies, de desserrer l’étau fiscal pour augmenter l’activité économique et favoriser la croissance (il faut répéter que Jean-Luc Mélenchon est nul en économie, comme son mentor François Mitterrand).
Bref, persister dans ce procès d’intention, persister dans cette fake-news démontre au moins une chose : c’est que le programme de la majorité présidentielle n’est pas si condamnable que cela puisque le leader suprême de la Nupes doit inventer des mesures fantaisistes pour le condamner. Il se rend bien compte que dans les circonscriptions où le duel s’est transformé en affrontement entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, les électeurs, partisans de l’ordre et de la prospérité, refusant le chaos qu’un potentat vieillissant jusqu’au naufrage et ne comprenant rien à la société française entraînerait dans sa déroute, sauront choisir selon l’intérêt de la France, je n’en doute pas. Quant à ceux qui se sont embarqués dans le Titanic-Mélenchon, je leur souhaite bien du plaisir à assumer politiquement l’après-Nupes dans honte de leurs prochains électeurs…
« François Perigot n’a pas son pareil pour effacer les distances. (…) Il met à l’aise et parle rond, car il a le réflexe des idées, mais la prudence de les habiller de relatifs. Il fréquente la planète comme un VRP sillon sa zone de chalandise. (…) [Il] s’accommode mal des frontières quelles qu’elles soient : géographiques, idéologiques ou autres. Il se lit "libéral non excessif", se veut légitimiste et se présente en homme d’apaisement. » (Émile Favard, "Les Échos", le 3 juin 1994).
Un homme d’apaisement, ce qui, pour un dirigeant d’entreprises qui a commencé dans la dentelle, n’est pas un vain mot ! L’ancien chef d’entreprise François Perigot est mort le 7 janvier 2022 à l’âge de 95 ans (né le 12 mai 1926 à Lyon). Les plus anciens peuvent se rappeler qu’il a été le patron des patrons, à l’époque président du CNPF (Conseil national du patronat français, ancêtre du Medef) de 1986 à 1994.
Diplômé de l’IEP Paris, François Perigot fut entrepreneur et dirigeant d’entreprises, ce qui l’a amené à présider le groupe Unilever d’abord en Espagne puis en France (Unilever était alors un groupe anglo-néerlandais de 200 milliards de francs de CA employant 300 000 personnes dans 75 pays). Il s’est beaucoup impliqué dans les instances représentatives des chefs d’entreprise et a présidé aussi l’Institut de l’entreprise de 1983 en 1986.
Lorsqu’il fut élu président du CNPF, en décembre 1986, c’était dans un combat contre Yvon Chotard, ancien résistant, président des éditions France-Empire, déjà candidat favori en 1981. François Perigot, se disant posé et courtois, diplomate et dynamique, succédait alors au "consensuel" Yvon Gattaz qui, durant un mandat particulièrement difficile, avait dû batailler contre la gauche socialo-communiste arrivée au pouvoir avec, dans son programme, des nationalisations, la semaine de 39 heures de travail, de nouveaux impôts et taxes, et une véritable culture anti-entreprises.
En 1986, au contraire, la droite est revenue aux affaires avec un programme affichant un néo-libéralisme de revendication. François Perigot a exercé deux mandats de quatre ans jusqu’en juin 1994, avec des gouvernements de droite ou de gauche d’une culture plus raisonnablement pro-entreprises. J’écris "plus raisonnablement" car sans entreprises qui font des profits, pas de possibilité de redistribuer la richesse pour la solidarité nationale. L’argent ne vient que dans la création de valeur et celle-ci doit être encouragée pour maintenir de fortes ambitions sociales.
Le journaliste Patrick Bonazza, dans "Le Nouvel Observateur" du 12 décembre 1986, a décrit ainsi le nouveau patron des patrons : « Unilever, c’est une culture qui privilégie les carrières sans histoire, récompense la fidélité et pas seulement la compétence, sécurise ses poulains. C’est une méritocratie, une société de managers cooptés. Quand Unilever vous prend sous sa coupe, il ne peut vous arriver malheur. (…) François Perigot n’a donc rien d’un aventurier : il a fait toute sa carrière dans l’univers tranquille de la multinationale. Pour l’essentiel d’ailleurs, dans des tâches bien plus administratives qu’entrepreneuriales. (…) Dans le jardon maison : un "fonctionnel" qui ne se frotte pas au marché comme les "opérationnels". (…) Perigot, avant de donner un avis, s’entoure de mille conseils, il excelle dans les réunions où s’expriment les autres. ». Ce qu’allait résumer sept ans plus tard son confrère Émile Favard : « Perigot assume mieux qu’il innove ; c’est un responsable davantage qu’un créateur. ».
François Perigot a conquis le CNPF avec le patron Michel Maury-Laribière (1920-1990), président du groupe industriel qui est devenu Terreal, nommé premier vice-président du CNPF. Michel Maury-Laribière avait été présent aux accords de Grenelle en mai 1968 pour conseiller les représentants du patronat et il a obtenu en 1982, du gouvernement de gauche, l’exonération de l’outil de travail dans le calcul de l’impôt sur les grandes fortunes.
Durant son double mandat, des enjeux internationaux furent très importants : le cycle d’Uruguay du GATT pour le commerce international, la préparation du Traité de Maastricht pour le commerce communautaire, mais aussi la chute du mur de Berlin, l’effondrement de l’URSS, la guerre du Golfe, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, les Accords d’Oslo, etc. François Perigot a compris très tôt l’importance des marchés internationaux (notamment européens) et il a encouragé les entreprises françaises à conquérir le monde, au moins l’Europe (sa carrière de chef d’entreprise était elle-même internationale).
Il a ainsi créé en 1989 la branche du CNPF International (qui est devenue Medef International), présidée d’abord par l’ancien ministre gaulliste François-Xavier Ortoli, président de la Compagnie française des pétroles, jusqu’en 1997, puis François Perigot en a pris la présidence lui-même de 1997 à 2005. Enfin, de 2005 à sa mort, il fut président d’honneur du Medef et de Medef International.
Par ailleurs, François Perigot a aussi donné une grande importance à l’entrée des jeunes dans la vie active, même si l’arrivée de la crise économique des années 1990 a rendu difficile cette entrée dans la vie active par le chômage des jeunes. Il a "cédé" sa place de président du CNPF (pour prendre celle de Business Europe) à Jean Gandois, le très ouvert patron de Péchiney.
Sous la présidence de François Perigot, le CNPF a vu toutefois réduire son influence sur l’économie française, notamment en raison de la crise économique, du chômage, de la fin du contrôle des prix et plus conjoncturellement, par de mauvaises relations avec le Premier Ministre de l’époque, à savoir Édouard Balladur.
Évoquant la fin de sa présidence du CNPF, le journaliste Émile Favard a décrit, dans "Les Échos" du 3 juin 1994, le président sortant du CNPF : « Entre deux voyages, il reçoit à domicile Lech Walesa, Nelson Mandela, Carlos Salinas, le roi de Suède et le Premier Ministre indien. "Pas un chef d’État ne vient désormais à Paris sans passer par le CNPF. J’ai donné une visibilité internationale à cette maison", commente-t-il, franchement satisfait de ce crédit accordé au patronat français. À la tête du CNPF, Paul Huvelin avait apporté de la modernité, François Ceyrac de l’autorité, Yvon Gattaz de la pugnacité, lui y ajoute de l’espace afin d’internationaliser l’économie française. ».
Parmi les autres mandats ou responsabilités dans le cadre de son activité au service du patronat, François Perigot fut président de Business Europe (le patronat européen, alors Union des confédérations de l’industrie et des employeurs d’Europe implantée dans 36 d’Europe) de 1994 à 1998 (il était vice-président de 1988 à 1994), organisation qui est présidée depuis 2018 par Pierre Gattaz (Ernest-Antoine Seillère en fut aussi président de 2005 à 2009). En 2004, il fut également membre de la commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation dans le cadre de l’Organisation internationale du travail (OIT).
En outre, François Perigot fut nommé membre du Conseil Économique et Social (ensuite et Environnemental) de 1989 à 1999. Dans ce cadre, il a publié le 15 avril 1998 un rapport sur le rôle de la France dans les relations entre l’Union Européenne et les pays méditerranéens où il a précisé, en conclusion : « Avec la constitution d’une zone de libre-échange à l’horizon 2010 destinée à favoriser le développement économique et social et à accompagner l’intégration de ces pays dans l’économie mondiale et avec l’intensification des échanges et de la coopération dans le domaine culturel, social et humain afin d’instaurer un dialogue entre les cultures, [la conférence de Barcelone de novembre 1995] a introduit des innovations essentielles. ».
Dans sa retraite, François Perigot a créé en 2010 un petit groupe de réflexion au sein des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC), une émanation/transformation du Centre français du patronat chrétien (CFPC), sur la difficulté des patrons chrétiens à appliquer la doctrine sociale de l’Église, en particulier à comprendre et interpréter l’encyclique "Caritas in veritate" du pape Benoît XVI publiée le 29 juin 2009, qui évoque des thèmes économiques très actuels : la mondialisation, le bouleversement climatique et la crise financière. Le cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d’État du Saint-Siège (le numéro deux du Vatican) de 2006 à 2013, a décrit ainsi cette encyclique en mai 2008 : « Le pape ne veut pas répéter des lieux communs de la doctrine sociale de l’Église, mais veut apporter quelques éléments originaux, conformément aux défis de l’époque. ».
Il en est ressorti une intervention de François Perigot le 14 juin 2010 à Rome, lors de la "International conference on social entrepreneurship" qui s’est terminée par ceci : « La pratique authentique de la responsabilité sociale ne peut se faire que dans l’engagement personnel à partir des valeurs de références spirituelles qui sont très précisément celles que l’encyclique nous rappelle. Elles sont au cœur du message pontifical et nous conduisent à reconsidérer notre propre vision de notre responsabilité comme expression de notre valeur morale (art. 5) "sans vérité, sans confiance et sans amour il n’y a pas de conscience ni de responsabilité sociale". Elles constituent le grand défi que nous devons relever (art. 36) "montrer dans un contexte de plus en plus pressant qu’au niveau de la pensée comme des comportements que les principes traditionnels de l’éthique ne peuvent être ni négligés, ni sous-évalués". À côté des valeurs traditionnelles de solidarité et de fraternité, deux thèmes illuminent ce message : celui d’une "éthique amie de la personne" ; celui de la gratuité et de la logique du don comme expression de fraternité et fondement de la recherche du bien commun. "La gratuité qui nous apparaissait comme un plus ou un choix, devient le matériau constitutif, le tissu même de la vie sociale, politique, économique au quotidien". ».
« Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’il faut augmenter les droits de succession à tout-va, au contraire. Nous sommes une nation de paysans dans notre psychologie collective, ce qui est une force. Nous avons cela dans notre ADN et donc la transmission est importante pour nous. Donc, je pense qu’il y a des choses à améliorer. Il faut plutôt accompagner les gens pour les aider à transmettre les patrimoines modestes. » (Emmanuel Macron, "Le Parisien", le 4 janvier 2022).
Occultée par la loi de l’emmerdement maximal contre les personnes non-vaccinées, les propos du Président de la République Emmanuel Macron sur les droits de succession, lors de son interview dans "Le Parisien", le 4 janvier 2022, sont passés inaperçus. Ce sont pourtant, peut-être, les plus stratégiques.
Il faut toujours replacer ces petites phrases dans leur contexte : selon le journaliste du "Parisien" David Doukhan qui a participé à l’entretien, Emmanuel Macron n’a été à l’origine d’aucune question ni sujet, ni du reste "Le Parisien" lui-même (sinon, on aurait parlé de régalien, de sécurité) ; les thèmes abordés ne provenaient que du choix (arbitraire) des sept "citoyens" (lecteurs du quotidien) choisis pour l’occasion.
Néanmoins, Emmanuel Macron a su rattraper la balle au bond et au bon moment. Actuellement, les droits de succession sont énormes pour une rentabilité faible. Très largement supérieurs à nos voisins européens, ils ne rapportent au budget de l’État que 14,4 milliards d’euros (en 2019, y compris les taxes sur les donations), alors qu’ils sont une surimposition puisque l’argent ou le patrimoine taxés avaient déjà été imposés auparavant.
À l’époque du Président Nicolas Sarkozy, par la loi TEPA (loi en faveur du travail, de l’emploi et de la protection du pouvoir d’achat), il avait allégé et simplifié les droits de succession (et taxes sur les donations). En ligne directe (parents/enfants), l’abattement applicable aux successions et aux donations était de 159 500 euros par enfant et le délai de rappel fiscal pour les donations était fixé à six ans. Par la loi de finances rectificative du 29 juillet 2011, cela s’est durci en prolongeant le délai de rappel fiscal à dix ans et en ne réévaluant plus les montants des abattements (ce qui a augmenté le nombre de successions taxables, 12% au lieu de 5%). En outre, Nicolas Sarkozy avait entièrement exonéré les transmissions entre époux.
Mais ces dispositions, qui ont été allégées sous Nicolas Sarkozy (puis un peu réalourdies après la crise financière de 2011), ont été les premières cibles idéologiques du Président François Hollande juste après son élection. En effet, il a fait voter très rapidement la loi de finances rectificative du 16 août 2012 qui a modifié les avantages précédents : l’abattement en ligne directe a chuté à 100 000 euros et le délai de rappel fiscal prolongé à quinze ans ! (Le rappel fiscal, c’est la période pendant laquelle l’abattement est pris en compte dans les donations et les successions : plus ce rappel est court, plus le contribuable est avantagé). Les seuls avantages maintenus par François Hollande furent l’exonération fiscale des transmissions entre époux et la majoration spécifique pour les héritiers en situation de handicap instaurée par Nicolas Sarkozy, dont le montant est 159 3325 euros.
Les droits de succession sont, comme l’impôt sur la grande fortune, des marqueurs idéologiques (de gauche ou de droite), alors que la plupart des personnes qui ont épargné toute leur vie pour transmettre un petit patrimoine à leurs enfants ne sont pas forcément de grands fortunés. En 2017, Emmanuel Macron n’a pas voulu y revenir dans son programme ni depuis, dans sa politique. Comme mesure phare en faveur du pouvoir d’achat, il avait proposé (puis mis en application un fois au pouvoir) l’abrogation de la taxe d’habitation.
En 2022, ce sera probablement un thème de campagne fort. Le premier à avoir senti le vent passer a été Éric Ciotti pendant la campagne de la primaire LR de décembre 2021. Dans son programme assez complet, il a, sans complexe, proposé une réduction massive des taxes et impôts, considérant que l’impôt tuait l’impôt et que le regain d’activités économiques engendré par cette réduction massive allait compenser le manque à gagner.
Les propositions de celui qui est arrivé en tête du premier tour de la primaire LR sont les suivantes : « supprimer l’impôt sur les successions en ligne directe (plafond à 5 millions d’euros) ; supprimer l’impôt sur les donations en ligne directe ; exonération des droits de succession et de donation d’entreprises en ligne directe conditionnée la continuité de l’activité ; exonérer les donations entre grands-parents et petits-enfants jusqu’à 150 000 euros ; diminuer à cinq ans le renouvellement périodique des abattements sur les donations. ».
Éric Ciotti a ainsi testé cette baisse drastique des droits de succession dans son électorat, et a considéré que ce serait plus juste, favorisant le travail et la famille : « L’impôt sur les successions et sur les donations représente un impôt sur la mort profondément injuste qui vient taxer le fruit d’une vie de travail. Mon projet défend puissamment la transmission. Je supprimerai ces impôts pour faire circuler le patrimoine plus facilement vers les générations qui en ont besoin. ».
Ces propositions fortes ont contribué, indépendamment du volet régalien déjà bien connu d’Éric Ciotti, à son succès interne parmi les militants de LR. Et même elles ont reçu un écho très favorable de la part de la sacro-sainte "opinion publique".
Il faut bien comprendre que le marqueur idéologique est très prégnant. Du côté de l’étatisme, le principe de succession est une hérésie sur le plan de l’égalité, du moins de l’égalité des chances à la naissance, selon que sa famille est riche ou pauvre. Remettre à la naissance tout le monde au même niveau est une tentation totalitaire et gauchiste (confiscation totale du patrimoine du défunt et redistribution). Mais il n’y a pas que la bataille pour l’égalité. Il y a aussi cette stupidité idéologique de haine contre les riches, ce qui avait déjà motivé l’impôt sur les grandes fortunes.
Au contraire, chez les partisans de la liberté, la taxation du patrimoine du défunt est une hérésie fiscale, puisque ce patrimoine est déjà le résultat d’un argent déjà taxé et imposé. Non seulement la valeur de la famille est en jeu, mais aussi celle du travail : la motivation d’un chef d’entreprise peut être tout autre, mais elle est aussi de retransmettre ce patrimoine à ses enfants, parfois sur plusieurs générations. Pas seulement que d’un chef d’entreprise, d’ailleurs, mais de toute personne dont la profession bien rémunérée est très prenante ; pendant toutes ses journées, pendant toute sa vie, il s’est refusé des loisirs, du repos, pour pouvoir in fine transmettre à ses enfants. Plus on taxera ses donations et sa succession, plus il se dira "à quoi bon ?" et pourquoi donc ne pas occuper un emploi de "fonctionnaire", pris ici dans le sens trivial, caricatural et parfois profondément injuste (je vois tous les jours des fonctionnaires dévoués et consciencieux qui en font largement plus que leur salaire) si c’est pour transmettre son patrimoine plutôt à l’État qu’à ses enfants ou à d’autres bénéficiaires choisis par lui (j’ai mis au masculin, cela peut s’entendre au féminin bien évidemment).
Désignée candidate LR, Valérie Pécresse a bien compris l’importance des propositions d’Éric Ciotti sur les droits de succession et il me semble qu’elle est en cours de les prendre pour elle (en tout cas, c’est à suivre). Je le répète, c’est un impôt qui apporte peu d’argent à l’État et qui clive idéologiquement.
C’est ainsi que la "sortie" d’Emmanuel Macron est très intéressante : il faut se préoccuper, dit-il, des « transmissions populaires ». En gros, c’est le même problème que le discours des entreprises (il faut par exemple écouter le candidat communiste). Dire entreprises ne signifie rien : à gauche, c’est soit des grandes entreprises du CAC40 (bouh, les vilains, riches, à taxer !), soit des petites entreprises, l’artisan du quartier, qu’il faut soutenir, des ouvriers de qualité, des pauvres, etc. C’est pareil pour les successions, soit les petites transmissions, un père maçon qui a travaillé toute sa vie en se privant pour épargner et transmettre un petit capital à ses enfants. Ou la succession de Serge Dassault ou de Jean-Luc Lagardère.
Bien sûr, les Français sont pour les impôts qu’ils ne paient pas et contre les impôts qu’ils paient. Donc, tout revient à mettre au bon endroit le curseur. Que signifient les "petites successions" ? Pour Nicolas Sarkozy, c’est 159 500 euros par enfant. Pour François Hollande, c’est 100 000 euros par enfant. Il devient probable que le futur candidat Emmanuel Macron fasse bientôt une proposition sur ce sujet au cours de la campagne présidentielle.
À la pointe de l’innovation, le candidat Jean-Luc Mélenchon n’est pas en reste sur les droits de succession, mais dans sa version "égalitaire". Au "Grand Jury" RTL LCI "Le Figaro" du 9 janvier 2022, le leader de la France insoumise a en effet évoqué ce sujet qui sera peut-être l’un des thèmes majeurs de la campagne, dans le cadre de la protection du pouvoir d’achat.
Jean-Luc Mélenchon a d’abord fait le "modéré" en comprenant que les successions "modestes" ne devraient pas être taxées. Il est d’ailleurs plus généreux que François Hollande puisqu’il pose 120 000 euros la limite d’exonération des droits de succession (mais je pense, à sa manière de parler, qu’il croit que c’est le seuil actuel alors qu’il est seulement de 100 000 euros). Mais sa "modération" a chuté quand lui, qui a déclaré l’un des patrimoines personnels les plus élevés en 2017 (de plus d’un million d’euros), a estimé que 120 000 euros était déjà "beaucoup". Rien qu’une résidence principale du parent décédé, s’il est propriétaire, doit faire deux à trois fois plus, à moins d’en être resté au stade d’étudiant et de vivre dans un studio (certes, tout le monde n’est pas propriétaire, mais on ne peut pas dire qu’on est "riche" quand on a une résidence à transmettre qui vaut maintenant une ou deux ou même trois fois 120 000 euros, selon le nombre d’enfants).
Jean-Luc Mélenchon a ensuite fait état d’une autre catégorie, celle entre 120 000 et 12 millions d’euros, soit 100 fois plus. Là, c’est selon le barème actuel, si j’ai bien compris. Donc, rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c’est les deux choses suivantes.
La première est idéologiquement totalitaire et égalitariste, ce seraient des droits de succession de 100% au-delà de 12 millions d’euros. Bref, ce serait confiscatoire et c’est clairement assumé comme tel. On n’aurait pas le droit de transmettre plus de 12 millions d’euros à ses enfants. Pour l’ultramajorité des Français, ils ne seraient pas concernés par une telle mesure.
Il le dit d’ailleurs : « Je propose de mettre en place un héritage maximum à 12 millions d’euros. Au-delà, on prend tout. Cela concerne 0,01% de la population. Cet argent permettra de financer l’allocation d’autonomie pour les jeunes étudiants et dans l’enseignement pro à 1 063 euros par mois. ». Il faudra vérifier si ses calculs sont justes, et dans un premier temps de réflexion, on pourrait être d’accord avec cette mesure : 12 millions d’euros, le bénéficiaire aurait déjà de quoi tenir, et cela éviterait les gros abus de dynasties bourgeoises, 100 millions, 1 milliard d’euros… qui sont de toute façon ultrarares et je doute que cela financerait l’allocation en question.
L’argument idéologique est bien rappelé : « Il y a un phénomène social qui a été repéré. L’héritage prend une part considérable dans la différenciation sociale. Notre société est de plus en plus inégalitaire. ». Je ne comprends pas le problème des inégalités qui est structurel à l’âme humaine. Je m’en moque que des gens soient plus riches que moi, ce que j’aimerais, comme tout le monde, c’est que les plus pauvres soient suffisamment riches pour vivre décemment (à définir). Cette idéologie égalitariste est surtout une forme de jalousie, voire pire, d’envie.
Dans un second temps, d’ailleurs, on pourrait dire : la personne défunte aurait alors travaillé toute sa vie pour un patrimoine confisqué qui va servir à financer des étudiants glandeurs qui vont s’éterniser dans leurs études… Piètre motivation pour continuer à s’esquinter la vie par le travail !
Dans l’émission sur LCI, à aucun moment on ne rappelle un petit B.A. BA d’économie. Qui sont les plus riches en France ? Pas des propriétaires terriens, mais des propriétaires d’entreprises, de grandes entreprises encore plus ou moins familiales. Et même, des fleurons de l’industrie française (j’ai cité Dassault et Lagardère, mais on peut penser aussi à L’Oréal, LVMH, Kering, Bolloré, Bouygues, etc.). En clair, leur richesse est principalement virtuelle, bien réelle mais également virtuelle, c’est le prix de leurs entreprises, fluctuant, dépendant de leur propre succès.
Avec cette mesure totalitaire, qui démantèlerait tous les grands groupes français, il ne faudrait pas une décennie pour que toutes ces entreprises soient rachetées par des intérêts étrangers ! Et je ne parle même pas de l’effet de fuite des entrepreneurs, et tous ceux qui peuvent avoir de gros revenus (artistes, sportifs, etc.). Je préfère la méthode Ciotti, beaucoup plus efficace (et rentable pour l’État) : « exonération des droits de succession et de donation d’entreprises en ligne directe conditionnée la continuité de l’activité ».
Toutefois, Jean-Luc Mélenchon a fait une seconde proposition, celle-ci très innovante et moins idéologique, qui traduirait sa volonté de solidarité entre les citoyens. Je le cite sur Twitter : « Je propose de créer un nouveau statut, celui de l’adoption sociale. Celui-ci permettrait de créer un partenariat civil dans lequel chacun doit s’occuper de l’autre. Et dans ce cas, l’héritage obéirait aux règles qui sont celles dans les cas d’un héritage familial. ». C’est-à-dire, d’une transmission en ligne directe. C’était du reste "son annonce du jour" (« Je mets la bombe sur la table ! »).
Il y a même deux innovations en une : celle d’adopter quelqu’un pour l’aider dans la vie, et cela à n’importe quel moment de la vie, et l’autre innovation, c’est la réciprocité de la relation, du "partenariat civil". Chacun est chargé d’aider l’autre, mutuellement. C’est déjà le cas entre époux ou entre parents et enfants, mais ce lien d’adoption particulier rendrait aussi obligatoire ce devoir de charge. Ce serait très utile pour des personnes qui vivent seules, notamment, et l’avantage fiscal est un bon incitatif. C’est une idée qui mérite d’être creusée et qui ne concerne d’ailleurs pas seulement les droits de succession.
Bref, cette petite excursion hors covid-19 de la campagne présidentielle est intéressante. Les droits de succession vont sans doute être un sujet important sur lequel les différents candidats devront se positionner. Je ne pense pas que le vent électoral soit dans le sens confiscatoire, comme le souhaite Jean-Luc Mélenchon, mais ce dernier a suffisamment de créativité qu’entre deux ou trois idées stupides et génératrices de destruction économique, il y ait une petite pépite d’innovation sociale qu’il s’agit d’isoler et de faire fructifier. C’est pour cela qu’il est indispensable : il pense par lui-même ! Et c’est rare quand beaucoup de ses concurrents ne pensent qu’à lire les sondages (à l’instar des journalistes et autres éditorialistes).
« Chaque fois qu’un enfant dit : "Je ne crois pas aux fées", il y a quelque part une petite fée qui meurt. » (J. M. Barrie, 1904).
Dans les boîtes aux lettres, il y a déjà les premiers catalogues de jouets pour Noël, court-circuitant les festivités commerciales d’Halloween. L’an dernier a été tellement confiné que les marchands veulent s’y prendre à l’avance, ils ont peut-être raison. Les jouets sont des produits particuliers. Ils sont prescrits par les enfants, et donc, ils sont inattaquables, à moins de décevoir les enfants. Et puis, les jouets donnent aussi un peu de nostalgie aux parents, or la nostalgie est souvent une bonne motivation pour consommer. Cette volonté de revenir dans le passé, dans sa jeunesse, un moteur également politique.
Cette année, le champion du monde des jouets Lego (qui a dépassé Mattel en 2014), a annoncé une bonne nouvelle ce lundi 11 octobre 2021 : il va "dégenrer" ses produits Lego. En effet, depuis une dizaine d’années, et de manière très contestable, dans un cadre de déclinaison de ses gammes, Lego a différencié les boîtes pour les garçons (bleu) et les boîtes pour les filles (rose). Souvent, dans le marketing, c'est l'emballage qui fait tout.
Cette distinction a fait hurler, avec raison, tous ceux qui sont attachés au combat contre le sexisme. Le bulldozer est bleu et la dînette est rose, par exemple. C’était incompréhensible, car la firme danoise existe depuis 1932 et a commercialisé sa brique en plastique élémentaire il y a plus de soixante-dix ans. Plus les formes sont basiques, plus l’imagination et la créativité des enfants sont encouragées. En multipliant les couleurs et les pièces, Lego a voulu se glisser dans la position d’un producteur de jouets "classique" qui veut toujours en proposer plus.
Cette décision ravira donc non seulement les féministes (dont je ne suis pas) mais aussi tous ceux qui sont attachés à ne pas considérer le sexe comme l’élément identitaire exclusif d’un être (dont je suis). Bien sûr, le sexe est un élément identitaire important qu’il ne s’agit pas de gommer, et quand on est enfant, il est encore plus important que parmi les adultes, mais en ne mettant en avant que cette caractéristique, on perpétue des schémas culturels éculés.
C’était d’ailleurs contreproductif pour Lego, car les garçons qui voulaient jouer avec des personnages féminins tout comme les filles qui voulaient construire des bulldozers avaient honte d’utiliser des jouets du sexe opposé (et je ne parle pas de ceux qui ne se sentent pas dans leur propre sexe).
Concrètement, au-delà de l’âge, les critères pour les constructions Lego serait plutôt des qualités très spécifiques comme la patience, la persévérance, l’organisation, la créativité, etc.
Lego sera ainsi en conformité avec une loi adoptée en Californie et applicable à partir du 9 octobre 2021 qui interdit de ranger les jouets dans un magasin selon le sexe du jeune consommateur potentiel. Fini le bleu et le rose bonbon, et bravo la complexité !
Lego a été créé en 1932 par le Danois Ole Kirk Christiansen (1891-1958) qui fabriquait à l’origine des jouets en bois (et encore avant, des meubles en bois). Le nom commercial provient du danois : "leg godt" qui signifie "joue bien". Par la suite, on a aussi rappelé qu’en latin, "lego" signifie "j’assemble", mais le créateur de l’entreprise ne devait pas le savoir (cela dit, cette coïncidence tombe bien).
Il a créé les briques Lego en 1949 et la première figurine date de 1978. Bien que d’utilisation très simple, la brique en plastique est le résultat d’un procédé de fabrication très sophistiqué, aujourd’hui éco-compatible. La brique est produite avec une précision de 10 microns (10 millionièmes de mètre). Environ une vingtaine de pièces par million de pièces produites sont défectueuses et retirées du circuit.
Lego a fabriqué, en plus de soixante-dix ans, plus de 330 milliards de pièces (75 milliards chaque année : 7 boîtes et près de 1 000 pièces de Lego sont vendues chaque seconde dans le monde, disponibles dans 130 pays !). En 2020, le chiffre d’affaires de Lego a été de 5,9 milliards d’euros (en augmentation de 13%), avec un résultat net de 1,3 milliard d’euros (en augmentation de 19%). L’entreprise emploie près de 20 500 salariés.
La réussite de Lego repose sur deux éléments nécessaires mais indépendants, et complémentaires : la conception très subtile de la brique en plastique permettant d’être bloquée par des cylindres intérieurs (brevetée en 1958), et un marketing mondial qui a permis de conquérir toutes les cultures (chaque année, 400 millions d’enfants jouent aux Lego dans le monde).
La marque est en effet mondialement connue (en 2015, un expert l’a même considérée comme "la marque la plus puissante au monde"), et elle a essaimé avec des parcs d’attraction (Legoland), des dessins animés voire des longs-métrages (un décor et des personnages en Lego), des reprises de nombreuses marques en Lego ou son équivalent petite enfance Duplo (Mickey, Dora, Bob le Bricoleur, Ninja, Batman, Star Wars, The Simpson, etc.), des "monuments" en Lego parfois enregistrés dans le Livre des records, etc.
J’ai toujours trouvé frustrant ces boîtes comprenant "quelques" pièces avec une finalité (le bulldozer par exemple) et le mode d’emploi pour l’atteindre. Certes, cela permet de construire de grands jouets (fusées, automobiles, bâtiments, etc.). Mais j’ai toujours considéré que l’intérêt des Lego, c’était de mettre dans un baril des centaines de briques de toutes les tailles et couleurs et de laisser faire l’imagination des enfants. Alors, vouloir "genrer" ce jouet par excellence universel était particulièrement maladroit. Son "dégenrage" est donc le bienvenu et va sans doute permettre à la firme danoise d’améliorer encore son chiffre d’affaires à la fin de cette année…