Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
9 janvier 2020 4 09 /01 /janvier /2020 03:41

"Stupeur et Tremblements" version Renault-Nissan.


_yartiGhosnCarlos03

Amusant de voir que même Jean-Luc Mélenchon, le 8 janvier 2020 à la matinale d’Europe 1, était prêt à le soutenir, appréciant le côté rebelle, rebelle contre ce qu’il appelle l’injustice japonaise. Si moi-même j’ai beaucoup de respect et de fascination pour le côté patron, je les ai beaucoup moins pour le côté évadé (non fiscal).

C’est vraiment un roman qui dépasse les plus folles fictions. Ce mercredi 8 janvier 2020, ce fut une journée Carlos Ghosn dans l’actualité, en dépit de l’escalade de violence en Irak, en dépit des grèves persistantes en France sur la réforme des retraites, en dépit de beaucoup d’autres sujets bien plus "conséquents"…

Il est incontestable que Carlos Ghosn, X Mines, avec ses trois nationalités, française, brésilienne et libanaise, le sauveur de Nissan, a été un grand patron, efficace, surdoué, très intelligent, polyculturel, indispensable, mais aussi, il est probablement cynique et habile. Lorsqu’il a été arrêté à l’aéroport de Tokyo le 19 novembre 2018, on pouvait imaginer une affaire de type Dominique Strauss-Kahn au Sofitel (lui aussi arrêté dans un aéroport), ou encore une affaire de type Jérôme Cahuzac qui avait caché de l’argent dans un compte bancaire secret à l’étranger.

Carlos Ghosn a été enfermé dans une prison japonaise avec des conditions de vie très difficiles du 19 novembre 2018 au 5 mars 2019 et du 4 avril 2019 au 25 avril 2019, pour deux affaires. Il a été libéré sous caution et régime très difficile (interdiction d’avoir des contacts extérieurs sauf une fois par semaine, email, téléphone, etc.) et ses procès sont prévus pour le printemps 2020 et l’hiver 2021. Beaucoup trop loin, loin dans le temps, loin de sa famille, de sa femme…

Dès le 30 janvier 2019, Carlos Ghosn a crié au complot contre les dirigeants de Nissan qui l’ont trahi et qui ont manœuvré pour le faire chuter. Concrètement, il a quitté la présidence de Nissan, la présidence de Renault le 24 janvier 2019, et la présidence de Mitsubishi Motors le 21 juin 2019. Ses retraites chapeau et indemnités de départ ont été supprimées ainsi que ses stocks options. Mais faut-il le plaindre ? Carlos Ghosn a demandé d’être traité comme n’importe quel citoyen, pas moins bien.

L’histoire aurait dû se poursuivre calmement, avec un ancien patron qui crie son innocence et piégé dans l’enfer judiciaire japonais, qui deviendrait juste un sujet de conversation lointain. Mais le rusé a réussi, à la surprise générale, de ses avocats en premier, à "s’évader" de sa résidence surveillée. On dit qu’avec de l’argent, on peut tout s’acheter, mais il faut quand même avoir à la fois une grande habileté et un sacré culot pour oser quitter la légalité et devenir un fugitif. Prendre le maquis ! Le 29 décembre 2019, il a réussi à décoller du Japon et à atterrir à Beyrouth après une escale en Turquie. Charmant cadeau de Noël pour son épouse dont il était séparé depuis si longtemps.

_yartiGhosnCarlos02

Remis de ses émotions (on ne sait toujours pas les conditions exactes de son rapatriement au nez et à la barbe des juges japonais), Carlos Ghosn, à grand renfort de publicité, a tenu une conférence de presse le 8 janvier 2020 à Beyrouth pendant plusieurs heures.

Ne manquant pas de combativité, il a voulu répondre à tout ce que la justice japonaise lui reproche. La langue est anglaise (ou la langue des journalistes qui l’ont questionné), l’esprit vif, la gestuelle très empathique (il a fait de nombreux moulinets), il a cherché à se défendre, documents à l’appui.

Je serais bien incapable de dire si, sur le fond, ce qu’on lui reproche (jusqu’aux rumeurs) est basé sur un poil de vérité ou pas, mais il a eu l’air en tout cas rondement convaincant et surtout, sûr de lui. Des journalistes français ont déjà travaillé, le soir dernier, sur ses arguments qu’ils ont partiellement démontés.

De toutes les déclarations que Carlos Ghosn a faites, il y a celle déjà connue du complot contre lui, pour éviter la fusion entre Renault et Nissan. Mais le vrai scoop, une confirmation, c’est qu’il travaillait, en automne 2018, sur le rapprochement de son groupe Renault-Nissan-Mitsubishi avec Fiat-Chrysler, dont un nouveau round de négociation était prévu pour janvier 2019. Il n’a échappé à personne que le 6 juin 2019, Fiat a retiré son offre de fusion avec Renault et que le 2 novembre 2019, Fiat et Peugeot (le groupe PSA) ont officialisé leur fusion.

S’il a refusé de mettre le Liban en difficulté avec le gouvernement japonais, il a toutefois confirmé qu’il allait demander ses droits à Renault. À 65 ans, il va demander en effet ses droits à la retraite. Cynisme, provocation, assurance démesurée ? Carlos Ghosn voudrait retourner la situation en attaquant Renault dont, a-t-il précisé, il n’a pas démissionné mais s’est seulement "retiré" de la présidence car il était en prison.

Pointilleux, Carlos Ghosn a voulu répondre à toutes les accusations, selon lui infondées, de la justice japonaise, mais aussi à tout ce qui a entaché sa réputation, les informations sur la fête au château de Versailles, et même sur ses traits de caractère supposé être celui d’un autocrate et d’un cupide. Il a utilisé chaque fois des arguments convaincants mais peut-être pas inattaquables : pas cupide car refusé l’offre de General Motors qui portait sur un salaire deux fois plus élevé, mais en oubliant de dire qu’au même moment, il négociait au sein de son groupe les moyens d’augmenter très significativement sa rémunération.

Autre argument très comptable : les dirigeants de Nissan l’ont fait chuter pour quelques dizaines de millions d’euros (qu’est-ce que c’est pour un homme si riche ?) alors que depuis son "affaire", l’action de Nissan s’est effondrée et a fait perdre plus de 5 milliards d’euros aux actionnaires. Seules les trois entreprises du groupe (Renault, Nissan, Mitsubishi) ont eu des résultats décevants en 2019, tandis que le reste du marché était en croissance d’environ 12% en moyenne. Carlos Ghosn est bien dans cette optique "moi ou le chaos".

Ses réflexions sur la justice japonaise sont intéressantes bien qu’étonnantes : elles sont presque les mêmes que celle de Nicolae Ceausescu lorsqu’il a été jugé très expéditivement, avec sa femme, à savoir qu’il refusait d’être jugé par une justice qui considère que le prévenu est coupable dans tous les cas. Drôle d’idée d’imaginer que le justiciable pourrait choisir sa juridiction. Ainsi, lorsqu’il a déclaré qu’il était prêt à être jugé partout sauf au Japon, j’imagine qu’aucun pays n’a voulu se proposer… à part bien sûr le Japon (et la France dont un juge a ouvert aussi une instruction judiciaire).

Nul doute que Carlos Ghosn, maintenant qu’il a un peu temps, pourrait écrire un excellent livre de témoignage sur la justice japonaise, du genre Vue de l’intérieur, un peu l’équivalent du non moins excellent "Stupeur et Tremblements" d’Amélie Nothomb.

Depuis cette conférence de presse, l’auditeur distrait pourrait presque passer directement de l’affaire DSK à …l’affaire Dreyfus. Il est fort, Carlos ! The show must Ghosn, comme on peut lire sans grande originalité musicale…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
The show must (Carlos) Ghosn.
L’investissement productif en France.
Virginie Calmels.
Silvio Berlusconi.
Thierry Breton.
Georges Chavanes.
Volkswagen.
Bernard Tapie.
Grandeur et décadence de Carlos Ghosn.
Serge Dassault.
La SNCF.
L’industrie de l’énergie en France.
La France est-elle un pays libéral ?
La concurrence internationale.

_yartiGhosnCarlos01



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200108-carlos-ghosn.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/the-show-must-carlos-ghosn-220570

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/01/08/37923894.html


 

Partager cet article
Repost0
11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 12:09

Le Premier Ministre Édouard Philippe a prononcé un discours important sur le projet de retraite universelle par points le 11 décembre 2019 au Conseil Économique, Social et Environnemental à Paris. On peut le lire dans son intégralité.

Cliquer sur le lien pour télécharger le discours (fichier .pdf) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2019/12/discours_de_m._edouard_philippe_premier_ministre_-_presentation_du_systeme_universel_de_retraite_au_cese_-_11.12.2019.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191212-edouard-philippe-retraites.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20191211-discours-edouard-philippe-cese.html


 

Partager cet article
Repost0
21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 16:45

Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a publié le 21 novembre 2019 un rapport sur les perspectives des retraites en France à l'horizon 2030. Il est la base documentaire du projet de retraite universelle par points proposé par le gouvernement le 11 décembre 2019.

Cliquer sur le lien correspondant au document (sous forme de fichier .pdf).

Rapport du COR Novembre 2019 - Perspectives des retraites en France à l’horizon 2030 :
https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2019-11/Rapport_novembre_2019.pdf

Synthèse - Rapport du COR de novembre 2019 :
https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2019-11/Synth%C3%A8se_Rapport_novembre_2019.pdf

Présentation - Rapport Novembre 2019 :
https://www.cor-retraites.fr/sites/default/files/2019-11/2019_11_21_Pl%C3%A9ni%C3%A8re.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191212-edouard-philippe-retraites.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20191121-rappor-cor-retraites.html



 

Partager cet article
Repost0
24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 03:05

« On doit enfin cesser de rendre l’économie de libre marché coupable d’avoir causé la Grande Dépression, et mettre la faute sur les vrais coupables : les politiciens, bureaucrates et la masse des économistes "éclairés". Et dans tout autre dépression, passée ou à venir, il en sera de même. » (Murray Rothbar, 1963).



_yarti1929Krach05

Il y a exactement quatre-vingt-dix ans, le 24 octobre 1929, ce fut le Jeudi noir à la bourse de New York. Le krach boursier de Wall Street a eu lieu du 24 au 29 octobre 2019 et a provoqué l’une des plus graves crises financières de l’histoire mondiale, faisant plonger les États-Unis, l’Europe et la plupart des puissances mondiales dans une période de décroissance et de stagnation pendant les années 1930. Parmi les dégâts, elle fut l’une des causes de la montée du nazisme en Allemagne (passant de 3% en 1927 à 37% en 1932) et du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Les causes de cette crise boursière sont multiples. Après la Première Guerre mondiale, les années 1920 ont été dominées par un monde en forte croissance économique. Les progrès techniques ont permis de produire plus avec des gains de productivité. Cette période de forte prospérité a fait de la production de masse, basée sur le pétrole au lieu du charbon, esquissant le début d’une société de consommation. Cette culture de la consommation s’est même appelée "American way of life", qui a été nourrie par la vente à crédit. Les prêts sont toujours un pari sur l’avenir : la confiance en une prospérité durable a encouragé le crédit à la consommation.

Mais comme dans chaque période de forte croissance (c’était le cas aussi pour la bulle Internet), la surproduction agricole et industrielle (faisant baisser les prix) et des crédits incontrôlés, couplés à la spéculation ont engendré un krach boursier. La crise financière a été d’abord bancaire, puis économique (faillite de nombreuses entreprises) et internationale (en raison de la multiplication des échanges commerciaux), enfin sociale avec une chômage de masse qui a engendré une pauvreté en masse, débouchant (parfois) sur une crise politique.

_yarti1929Krach01

Dès 1927, des signes de surchauffe furent détectés (surproduction) si bien que des mesures pour faciliter la consommation, en particulier en facilitant l’accès au crédit ont été prises, sans pour autant agir sur les causes de la surchauffe. Parallèlement, les actions ont grimpé encore plus vite que la production industrielle (entre 1925 et 1929, l’indice moyen des actions a augmenté deux fois plus rapidement que celui de la production industrielle). Cette différence, nécessairement, a fait que la valeur des actions devenait fictive et ne prenait pas en compte la réalité économique. Alors que les actions étaient à leur sommet le 3 septembre 1929, les bénéfices industriels tombaient, ce qui a conduit les investisseurs/spéculateurs à vendre leurs actions tant qu’elles étaient au sommet.

Le 24 octobre 1929, en même pas une demi-journée, treize millions d’actions furent mises en vente (cinq fois plus que le volume journalier habituel) à des prix bas mais sans repreneurs, si bien que les cours se sont effondrés (–22% à midi) avec un enchaînement de dominos. Le 29 octobre 1929 fut appelé Mardi noir, et les cours ont continué à chuter jusqu’en 1932. En quelques semaines, fut parti en fumée l’équivalent de dix fois le budget fédéral des États-Unis ! Des milliers de petits actionnaires ont été ruinés, certains se sont suicidés.

Même si les États-Unis furent le pays d’origine, probablement que le pays qui en a subi les plus néfastes conséquences (tant économiques que politiques), plombé par le Traité de Versailles, fut l’Allemagne, la République de Weimar, dont l’économie s’est effondrée pendant les trois années qui ont suivi le krach, autant qu’aux États-Unis, ainsi que la monnaie par une inflation à trois chiffres (on payait son pain avec des brouettes d’argent !), tandis que le chômage fut de 33% ! Beaucoup de jeunes sans emploi et sans considération sociale furent ainsi tentés par l’aventure politique du nazisme, car ils n’avaient plus rien à perdre. La France a mieux résisté au choc mais son économie n’a pas su redémarrer au milieu des années 1930, si bien que le PIB de la France s’est retrouvé le même en 1939 qu’en 1929.

Les responsables de cet effondrement des cours, ce furent dans les faits les investisseurs/spéculateurs dont la motivation n’était plus de se rémunérer sur les bénéfices des entreprises dont ils avaient une part, mais sur les plus-values des actions qu’ils pouvaient faire en un court moment, sachant qu’ils pouvaient payer l’achat des titres à crédit. Ce fut le début de la financiarisation de l’économie. La plupart des capitaux disponibles ont été absorbés par la spéculation boursière au détriment de la production industrielle.

_yarti1929Krach03

Les réactions politiques à ce krach furent à retardement. Principal responsable américain, le Président des États-Unis Herbert Hoover (1874-1964), ancien Ministre du Commerce (du 5 mars 1921 au 21 août 1928), qui a pris ses fonctions le 4 mars 1929 après une très victorieuse élection le 7 novembre 1928 (58,0% des voix), fut très critiqué pour son inaction ou son inefficacité. Il n’a pas pris la mesure de la catastrophe le vendredi 25 octobre 2019, quand il a déclaré : « Les activités fondamentales du pays reposent sur des bases saines, très prometteuses pour l’avenir. » (c’est évidemment très facile d’ironiser aujourd’hui, avec la connaissance de la suite, mais il a existé quand même des personnalités qui furent un peu plus clairvoyantes que lui).

La crise économique encourage généralement le repli sur soi et le protectionnisme, et favorise aussi les régimes totalitaires. Herbert Hoover a promulgué le 15 juin 1930 la loi Hawley-Smoot qui a augmenté les taxes d’importation. Le but était de protéger le marché intérieur des États-Unis, mais tous les pays importateurs ont pris les mêmes mesures d’augmentation des droits de douane, si bien que l’économie mondiale est restée en récession. C’est le mouvement des biens et de l’argent qui apporte la croissance, la réduction des échanges internationaux réduit cette croissance, voire la bloque.

Herbert Hoover a été plus inefficace qu’inactif. Au contraire de la tradition libérale, il a cherché à faire intervenir l’État, mais de manière nettement insuffisante. Le 2 décembre 1930, le Congrès lui a donné l’autorisation d’engager plus de cent millions de dollars de programmes publics pour fournir du travail aux millions de chômeurs. Ils furent cinq millions aux États-Unis en janvier 1931. Le 22 janvier 1932, Herbert Hoover a injecté deux milliards de dollars pour prêter aux banques dans le but de relancer l’économie américaine. Mais pour équilibrer le budget fédéral, il a dû en même temps augmenter massivement les impôts.

Candidat à sa propre réélection le 8 novembre 1932, il n’a recueilli que 39,6% des voix et fut battu très largement par le candidat démocrate Franklin Delano Roosevelt avec 57,4% es voix, qui a proposé le 2 juillet 1932 son fameux "New Deal" qui fut appliqué de 1933 à 1938 en relançant l’économie avec l’argent public et en aidant les couches les plus pauvres de la population par la redistribution et le déficit budgétaire. De même, le Gass-Steagall Act, à partir du 16 juin 1933, apporta un début de régulation du secteur bancaire, notamment en séparant les activités de dépôts, d’épargne et de prêt et les activités d’investissement et de spéculations.

_yarti1929Krach02

Je termine en faisant la connexion avec la situation actuelle.

Spécialiste reconnu internationalement des crises de 1929 et de 1987, Maurice Allais (1911-2010), "Prix Nobel d’Économie", a publié, à 98 ans, une tribune dans le magazine "Marianne" du 5 décembre 2009 sur son analyse de la crise de 2008. Pour lui, la crise de 2008, comme celle de 1929, provenait avant tout des crédits trop facilement accessibles. Il a commencé par cette revendication : « Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. ».

Il était opposé à l’absence de barrière d’importation entre pays aux coûts sociaux trop différents qui entraînent des délocalisations massives et du chômage : « Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. ».

Et il a rappelé que les seuls supposés experts qui ont encore accès aux médias n’avaient pas du tout prévu la crise de 2008 : « Lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l’objectif d’étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri ; il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. ».

Plus récemment, dans sa Lettre économique d’avril 2019, Thierry Pouch, des Chambres d’agriculture de France, s’inquiétait du climat économique général : « Sans se laisser aller à lire dans le marc de café ou à détecter des similitudes historiques, l’année 2019 apparaît grosse d’incertitudes. Outre les propos de la directrice générale du FMI, les recommandations de la Banque des Règlements Internationaux… concernant les menaces réelles qui alourdissent le climat économique mondial (croissance, commerce, endettement mondial de 184 000 milliards de dollars, soit 225% du PIB de la planète, Brexit…), il convient d’ajouter la crise agricole américaine. Baisse des exportations, du revenu, explosion impressionnante de l’endettement des agriculteurs qui devrait se fixer en 2019 à quelque 427 milliards de dollars, retrouvant le niveau de dettes du début de la décennie 1980, le tout s’inscrivant dans une tendance baissière des prix et des tensions commerciales qui obstruent les flux de marchandises. Le panorama est donc morose, très morose et surtout périlleux. ».

Et de conclure sans optimisme : « Le cataclysme de 1929 fut précédé par de multiples petites crises. Elles n’ont pas empêché les gouvernements et les entreprises à persister dans leurs erreurs, la plus saillante ayant été celle consistant à maintenir les politiques déflationnistes, un entêtement favorisé par le rattachement des monnaies à l’or (étalon-or). On sait que, depuis le début des années 2000, plusieurs alertes ont jalonné les économies jusqu’à aujourd’hui, et notamment la grande crise de 2007-2012. Faut-il y voir un signal ? Institutions financières, de conjoncture, économistes… ils sont nombreux à prévenir du danger que court l’économie mondiale, c’est-à-dire d’une probable reproduction d’une dépression d’ampleur similaire à celle des années 1930. Il est d’ailleurs curieux que l’évocation, à défaut de la célébration, de la Grande Dépression soit si discrète. On ne pourra pas dire cette fois-ci que nous n’avons pas été prévenus. » (avril 2019). Même si le pire n’est jamais sûr…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le krach de 1929, de sinistre mémoire…
Le péché originel de la République de Weimar.
Le Traité de Versailles.
Maurice Allais.
La crise financière mondiale de 2008.

_yarti1929Krach04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191024-krach-1929.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/le-krach-de-1929-de-sinistre-218794

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/10/23/37734891.html


 

Partager cet article
Repost0
12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 16:43

Le Premier Ministre Édouard Philippe a prononcé un discours important sur le projet de retraite universelle par points le 12 septembre 2019 au Conseil Économique, Social et Environnemental à Paris. On peut le lire dans son intégralité.

Cliquer sur le lien pour télécharger le discours (fichier .pdf) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2019/09/discours_de_m._edouard_philippe_premier_ministre_-_presentation_du_calendrier_et_de_la_methode_de_la_reforme_des_retraites_-_cese_-_12.09.2019.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191212-edouard-philippe-retraites.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190912-discours-edouard-philippe-cese.html





 

Partager cet article
Repost0
24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 03:07

« Le principe d’une indemnisation chômage est un des fondements de notre modèle social. Il est bon, il est sain que nous ayons un système permettant de ne pas laisser seul et sans indemnisation, ceux qui, dans leur vie professionnelle, connaissent une interruption liée à l’activité économique. Il ne s’agit donc pas de revenir sur ce principe, mais bien au contraire de faire en sorte que ce principe puisse trouver une application efficace et durable. » (Édouard Philippe, le 26 février 2019 à Matignon).



_yartiAssuranceChomageA04

On parle en ce moment de la réforme des retraites, mais il y a aussi la réforme de l’assurance-chômage en cours. Elle est en train de "mijoter". Le Premier Ministre Édouard Philippe devrait indiquer « au printemps les paramètres et les mesures que nous retiendrons ». Ce sujet est évidemment très sensible puisqu’il s’agit du traitement social du chômage. La France, plus que d’autres pays, s’enorgueillit de parvenir à amortir le choc d'une crise économique par des airbags sociaux. L’assurance-chômage est, à cet égard, l’airbag le plus stratégique.

Le Président Emmanuel Macron s’était étonné, lors d’une participation au grand débat, que le sujet du chômage et de l’emploi était peu évoqué alors qu’il est déterminant dans le redressement de l’économie et l’assainissement des finances publiques. Il a eu beau jeu également de fustiger les partenaires sociaux le 25 février 2019 en disant qu’on lui reprochait de ne pas vouloir de concertation, mais quand il y avait une concertation, cela n’aboutissait à rien et alors, les partenaires sociaux s’en remettaient au gouvernement.

Ce raisonnement présidentiel assez boiteux a fait sortir de leurs gonds les deux parties, les syndicats et le Medef, dans un élan commun, parce que le cahier des charges imposé par le gouvernement était intenable, notamment avec le ou les milliards d’économies demandés afin de désendetter l’Unedic.

Effectivement, le 20 février 2019, les partenaires sociaux ont dû arrêter leurs négociations sur un constat d’échec. Il revient donc au gouvernement de reprendre l’initiative et d’imposer finalement ses propres mesures, après une nouvelle concertation de plusieurs semaines, cette fois-ci menée par le gouvernement.

Pour Édouard Philippe, cet échec est regrettable : « Nous avons laissé toutes ses chances à la négociation. Nous avons rédigé le document qui leur a été adressé après les avoir consultés et après avoir tenu compte de leur avis pour en élaborer le contenu. En affirmant le nécessaire désendettement de l’Unedic, nous avons pris soin de mentionner non pas un objectif budgétaire mais une fourchette d’économies suffisamment large pour que l’espace de discussion soit réel. Et nous avions indiqué aux partenaires sociaux que dès lors qu’ils atteindraient une cible à l’intérieur de cette fourchette, nous pourrions suivre leurs recommandations. ».

_yartiAssuranceChomageA02

Dans sa conférence de presse (dont on pourra lire l’intégralité ici) à Matignon le 26 février 2019, le Premier Ministre Édouard Philippe s’est d’abord réjoui de la baisse durable du chômage avec un taux en dessous de 9%, ce qui était sans précédent depuis dix ans. Pour lui, le retour à plus d’emplois est la priorité du gouvernement : « La lutte contre le chômage reste notre premier objectif. ». La réforme de l’assurance-chômage constitue le troisième levier de sa politique de l’emploi.

Le premier levier était la réforme du code du travail, qui permet une meilleure sécurisation des contrats de travail vis-à-vis des employeurs. Le deuxième levier était la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage « avec le choix de privilégier enfin l’alternance en levant les blocages à son développement, et le choix de privilégier la formation des demandeurs d’emploi plutôt que les emplois aidés ».

Parmi les quelques pistes du gouvernement, deux mauvaises idées se sont glissées qui ne me paraissent pas aller dans le bon sens, même si je conçois la nécessité de faire des économies si l’on ne veut pas augmenter les charges sociales sur les salaires.

La première mauvaise idée, c’est de proposer de créer un malus pour les contrats courts, les CDD (contrats à durée déterminée). L’idée, fort louable, est de faire en sorte que le CDI (contrat à durée indéterminée) soit la norme, ce qui n’est plus le cas actuellement dans les embauches : « Nous considérons que les entreprises doivent être beaucoup plus responsabilisées dans leur choix de recourir aux contrats courts. (…) Vous comprenez bien qu’ayant libéré les entreprises des règles qui créaient des incertitudes défavorables à l’embauche, nous pouvons désormais refaire du CDI et des contrats longs la norme à l’embauche. ».

Le problème, c’est que cette mesure suit une logique complètement antiéconomique, elle serait financièrement catastrophique dans de nombreux secteurs, en particulier la restauration et le tourisme (ce qui est bien connu), mais aussi dans des secteurs moins connus pour ces contrats courts, comme par exemple, le secteur de l’audiovisuel. En effet, le recrutement d’un producteur d’émission ne peut se faire sur une durée indéterminée mais sur les périodes des grilles, à savoir, année scolaire ou mois d’été. Obliger les entreprises du secteur à recruter en CDI reviendrait à nier leur liberté éditoriale. Chaque secteur économique a sa propre logique et ses propres raisons de recourir éventuellement à des contrats courts. Vouloir imposer une mesure globale ne paraît pas pertinent.

Par ailleurs, n’imaginer que des dispositifs qui chargent encore plus les entreprises paraît contradictoire avec la volonté affichée par le gouvernement de mener une politique pro-entreprises. Ce n’est assurément pas en augmentant leurs charges qu’on réduirait le chômage. Mieux vaut trouver un argument incitatif pour recruter en CDI qu’une mesure punitive pour qui recruterait en contrats courts.

C’est une tentation très française de vouloir sans arrêt rajouter une taxe, avec une pléthore de synonymes (ici "malus"), alors même que le gouvernement avait répété qu’il n’augmenterait aucun impôt ni n’en créerait de nouveaux. Ce cette pratique qui a engendré la crise des gilets jaunes où l’on a confondu très hypocritement la sauvegarde de la planète avec le remplissage des caisses de l’État par l’intermédiaire de la taxe carbone.

_yartiAssuranceChomageA01

La seconde mauvaise idée, qui, elle, pourrait avoir un écho favorable à gauche (comme la première du reste), c’est de proposer une limitation du niveau des indemnités chômage : « Il est clair que les règles d’assurance-chômage, qui ne protègent pas suffisamment contre la précarité, indemnisent dans le même temps à un niveau dépassant de très loin ce qui existe ailleurs en Europe, alors même que le marché du travail des cadres est au plein emploi. ». L’idée est "lumineuse" : on imagine mal les cadres au chômage se regrouper et bloquer les ronds-points.

Dans cette petite phrase du Premier Ministre, on lit en filigrane qu’un cadre sans emploi serait au chômage par sa propre volonté, ce qui n’est évidemment pas aussi simple que cela (cela dépend des secteurs et des compétences). Mais surtout, l’indemnisation chômage n’est pas un droit acquis, une faveur octroyée par l’État ou par les partenaires sociaux par solidarité aux demandeurs d’emploi. C’est d’abord et avant tout une assurance. C’est donc ainsi qu’il faut l’imaginer.

Or, une assurance, c’est payer pour un risque, et être indemnisé lorsque ce risque devient réalité. Mettre un plafond (pour les cadres donc) aux indemnisations pourrait sembler juste, mais c’est en fait le contraire. Un tel plafonnement ne peut s’envisager qu’accompagné d’un plafonnement du paiement des cotisations chômage. Car si les cadres peuvent toucher une indemnisation qui peut s’avérer élevée, elle l’est en proportion des cotisations chômage payées qui sont également élevées.

La réforme de 2018 (celle qui a suscité la grogne des retraités) avait un but clair : augmenter la CSG et supprimer la cotisation chômage du salarié, si bien que le salarié y a gagné globalement. Cela a désavantagé ceux qui n’avaient pas à payer à l’origine de cotisation chômage, principalement les retraités et les fonctionnaires. Mais l’idée avait aussi un but moins avouable même si annoncé : c’était de transférer la compétence de l’assurance-chômage des partenaires sociaux vers l’État en supprimant ainsi les cotisations chômage et en intégrant l’assurance-chômage dans le budget de l’État. On imagine la conséquence "philosophique" de cette transformation : l’assurance-chômage ne serait plus une "assurance" mais un droit social, qui pourrait donc être modifié au gré des lois de finance.

En fait, le gouvernement n’a fait que la moitié du travail, dans cette étatisation (nationalisation) de l’assurance-chômage, puisqu’il reste encore des cotisations chômage patronales, qui, en fin de compte, sont techniquement de même nature que les cotisations salariales. Les réduire ou les supprimer ne changerait rien sur le "net à payer" du salarié, mais allègerait le coût du travail pour les entreprises. On n’en est pas là, à moins d’imaginer une nouvelle augmentation équivalente de la CSG, quitte à la coupler avec une augmentation équivalente du salaire brut (le salaire brut n’est pas vraiment brut puisqu’il ne prend pas en compte les charges patronales liées à ce salaire).

La plupart des réformes de l’assurance-chômage, depuis une trentaine d’années, ont eu pour objectif de redonner un équilibre financier au système (sans lequel le système peut imploser), et ce n’est pas facile en période de taux élevé et durable de chômage. Néanmoins, il y a plus de marge de manœuvre que pour les pensions de retraite.

En effet, non seulement il y a un nombre de retraités fixé et irréversible, mais avec le baby-boom, devenu papy-boom, il va éclater dans les années à venir, sans compter la hausse vertigineuse, en elle-même excellente, du nombre de personnes très âgées, ce qui renforcera le coût de la dépendance dans les vingt prochaines années.

L’assurance-chômage n’a pas cette problématique irréversible. Elle dépend du taux de chômage et si celui-ci baisse, l’équilibre financier peut rapidement être atteint. Non seulement avec la baisse des indemnisations, mais aussi, parallèlement, avec la hausse de recettes. L’assurance-chômage n’est donc prisonnière du triple levier montant des cotisations/montant des indemnisations/durée des indemnisations mais aussi du taux de chômage.

La véritable solution, et personne n’en doute, c’est qu’il y ait moins de chômeurs. Tout ce que fait le gouvernement sur le code du travail et sur l’assurance-chômage a malheureusement peu d’impact sur l’emploi qui est d’abord une donnée économique et pas sociale (en quelques sortes, les leviers du gouvernement n’agissent que sur les conséquences et pas sur les causes du chômage). Jusqu’à maintenant, le seul véritable levier de l’emploi, c’est l’investissement productif. Je doute, malgré les discours prometteurs, que celui-ci soit réellement encouragé dans les faits par des mesures effectivement incitatives…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu

(La première image est une parodie trouvée sur Internet du logo de "Pôle Emploi" à la suite d'une certaine déclaration présidentielle ; que son auteur non identifié soit remercié).


Pour aller plus loin :
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe sur l’assurance-chômage le 26 février 2019 à Matignon (texte intégral).
Assurance-chômage : deux mauvaises idées du gouvernement.
L’inversion de la courbe.
La crise de 2008.
Faut-il toucher aux retraites ?
Le statut de la SNCF.
Programme du candidat Emmanuel Macron présenté le 2 mars 2017 (à télécharger).
La génération du baby-boom.
La réforme des sociétés anonymes.
L’investissement productif.
La réforme du code du travail.
La France est-elle un pays libéral ?
Le secteur de l’énergie.

_yartiAssuranceChomageA03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190226-assurance-chomage.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/assurance-chomage-deux-mauvaises-214266

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/02/27/37136834.html



 

Partager cet article
Repost0
28 janvier 2019 1 28 /01 /janvier /2019 18:23

Né le 1er novembre 1928 à Paris, Marc Viénot a fait de brillantes études à l'IEP Paris (1948) et l'ENA (1953), et a fait sa carrière de haut fonctionnaire comme inspecteur des finances. Il fut détaché en 1974 pour travailler dans la banque. En 1986, il fut désigné PDG de la banque Société Générale et a empêché l'OPA contre sa banque par Georges Pébereau en 1988. Administrateur de Vivendi Universal, il fut un protecteur de Jean-Marie Messier.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190128-marc-vienot.html


 

Partager cet article
Repost0
12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 22:36

(verbatim)



Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181120-gilets-jaunes.html



Assemblée nationale
XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Compte rendu
intégral
Première séance du lundi 12 novembre 2018


Présidence de Mme Carole Bureau-Bonnard

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. Le vrai problème, en réalité, tient au temps dont le Parlement, et donc les parlementaires, dispose pour examiner ces textes. Je rappelle que la LOLF impose un délai d’une semaine pour recueillir l’avis du Parlement sur les décrets d’avance du Gouvernement. C’est donc un paradoxe que nous ayons eu bien moins d’une semaine pour examiner ce PLFR ! L’examen de ce texte en commission n’a pu avoir lieu que vendredi, et nous sommes aujourd’hui lundi : il est compréhensible que certains de nos collègues, notamment d’opposition, soient pour le moins mal à l’aise. L’opposition a des droits, qui doivent être respectés ; pour cela, la majorité a des devoirs, dont celui de lui laisser du temps pour examiner les textes.

Et d’ailleurs, ce n’est pas à la majorité de dire s’il y a lieu ou non d’amender un texte : c’est aux parlementaires de le faire ! J’ai été ministre du budget avant vous, je sais bien qu’aucun gouvernement n’a très envie de voir amender les textes qu’il présente. Tout gouvernement pense être l’alpha et l’oméga, et savoir exactement ce qu’il faut faire. Mais c’est le rôle de l’opposition de se saisir les occasions qu’elle rencontre.

(...)

Dernier point : les carburants. C’est une question à la fois politique et technique, comme l’ont révélé les oppositions lors du débat sur le PLF. J’ai une question à poser au Gouvernement et à la majorité à ce sujet : l’augmentation de la fiscalité énergétique vise-t-elle à compenser la baisse de la taxe d’habitation ?

Mme Cendra Motin. Mais non !

M. Laurent Saint-Martin. Ce n’est pas de votre niveau, cela, monsieur le président de la commission !

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. Nous posons cette question depuis plusieurs semaines, sans obtenir de réponse. Les montants sont les mêmes : avouez que c’est troublant ! (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)

M. Hubert Wulfranc. C’est vrai !

M. Jean-Louis Bourlanges. Vous faites de la numérologie, à présent, monsieur Woerth ? (Sourires sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. J’insiste : compensez-vous la baisse de la taxe d’habitation par l’augmentation des prélèvements sur les carburants ? Je suis persuadé que vous allez me dire que non, mais d’année en année, tout au long des deux trajectoires – celle de la baisse de la taxe d’habitation et celle des taxes sur les carburants –, les montants sont étonnamment semblables. Au fond, faites-vous payer aujourd’hui aux automobilistes ce que les contribuables locataires ne paieront plus demain ?

Mme Stella Dupont. Vous vous égarez !

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. Pour conclure, ce PLFR témoigne bien d’un effort de sincérité, et d’un effort de clarification de la répartition des rôles entre PLFR et PLF. Cependant vous ne faites pas d’effort pour clarifier vos politiques : c’est pourtant cela, au fond, que les Français demandent. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)



Source : Assemblée Nationale.
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181112-taxe-carburant-habitation.html

 

Partager cet article
Repost0
11 octobre 2018 4 11 /10 /octobre /2018 23:51

Né le 28 juin 1927 à Paris, Raymond Lévy fut major à Polytechnique en 1946 et est sorti dans le Corps des Mnes. Il travailla chez ERAP puis fut vice-président directeur général d'Elf Aquitaine. Puis, il fut président-directeur général d'Usinor de 1982 à 1984. Prenant la lourde succession de Georges Besse assassiné par Action directe, Raymond Lévy est nommé par le ministre Alain Madelin président-directeur général du groupe automobile Renault de 1987 à 1992. Il a réussi à redresser financièrement le groupe après avoir lancé la R19 et la Clio. Il échoua cependant à faire des alliances avec Skoda et avec Volvo. Par son âge, il a dû quitter son poste qu'il laissa à Louis Schweitzer, ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius à Matignon. En 1993, Raymond Lévy fut nommé président du conseil de surveillance de Lagardère. Il fut en outre conseiller municial de Vaucresson de 2001 à 2008.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181010-raymond-levy.html

 

Partager cet article
Repost0
15 septembre 2018 6 15 /09 /septembre /2018 04:23

« Ceux qui ont perdu toutes leurs économies n’auront retrouvé une vie normale que d’ici un ou deux ans. Dans quatre ans, on se sera tout juste remis. Mais on restera sous le niveau qu’on aurait atteint si on avait poursuivi une voie stable plutôt que la voie de la spéculation. » (Joseph Stiglitz, "Challenges", 27 août 2009).


_yartiKrach2008A03

Dix ans que le système financier mondial s’est effondré. Dix ans que la France cherche à retrouver une certaine marge de manœuvre économique.

L’année 2017, pour la première fois depuis dix ans, le déficit public de la France est repassé en dessous du seuil fatidique de 3% du PIB, à savoir 2,6%. Le déficit de cette année 2018 devrait être encore meilleur, prévu à environ 2,3%. Bon, c’est clair que cela reste un déficit, et celui-ci est l’une des tares chronique des gouvernements des quarante dernières années. La bonne gestion, celle des ménages par nécessité, c’est zéro déficit. Ne pas dépenser plus que l’on ne gagne. Ou alors, investir pour l’avenir, s’endetter pour des investissements, mais pas pour des dépenses de fonctionnement. S’endetter pour préparer la vie de nos enfants et pas s’endetter pour faire vivre nos aînés.

Avant 1981, il y avait déficit public uniquement pour des raisons bien identifiées (les deux chocs pétroliers, par exemple) tandis qu’après 1981, François Mitterrand avait carrément théorisé l’existence permanente du déficit afin de satisfaire ses nombreuses clientèles électorales. Jacques Chirac et Édouard Balladur ont fait de même à la tête de leur gouvernement de cohabitation, et le Traité de Maastricht a renforcé la pérennité de ce seuil, 3% du PIB. Dès sa campagne présidentielle de 2002, François Bayrou avait mis en garde les Français contre ce déficit chronique et contre une dette devenue abyssale (elle est, à la fin de l’année 2017, de plus de 2 200 milliards d’euros, soit 96,8% du PIB, un sommet !).

Le programme du Président Nicolas Sarkozy contenait en 2007 beaucoup de mesures pour libéraliser l’économie française et assainir les finances publiques. François Fillon, le clown triste, avait même parlé de "France en faillite" (ce qui avait mis en colère Nicolas Sarkozy, mais pour une autre raison : il avait osé dire qu’il était à la tête d’un pays qui était en faillite, alors qu’il n’y avait qu’une seule tête, le Président, pas le Premier Ministre !).

Or, un événement a complètement cassé ces perspectives. En effet, cela fait maintenant dix ans qu’une grave crise financière mondiale a été déclenchée. Précisément, le 15 septembre 2008, la banque d’investissement Lehman Brothers a fait faillite. En fait, la crise se pressentait dès l’été 2007 avec la crise de subprimes. La titrisation des prêts bancaires pour l’immobilier aux États-Unis, les trop grandes largesses des banques à accorder des prêts à des ménages aux revenus trop bas, la hausse des taux d’intérêts, la chute de l’immobilier, la faillite des prêteurs incapables de se faire rembourser par la vente du bien immobilier dévalué de leurs clients.

Ce krach était un événement mondial majeur de même ampleur que le fameux 29 octobre 1929. À la différence près que les gouvernements, au lieu de laisser faire le marché, en 2008, ont cherché à soutenir le secteur bancaire.

En France, Nicolas Sarkozy a sans doute montré son plus grand sens de l’État à cette occasion. Il a soutenu l’économie française comme il a pu. Il a même créé un Ministère de la Relance (occupé par l’ancien fidèle Patrick Devedjian, qui fut secrétaire général de l’UMP). Il a su aussi faire prendre les bonnes décisions au niveau européen en faisant pression sur Angela Merkel.

Mais dans tous les cas, son quinquennat était "foutu" par cette crise. Il n’avait plus de marge de manœuvre, et la crise de la dette souveraine grecque en 2010, qui risquait d’enflammer la zone euro, a encore plus réduit ses libertés au point qu’il renonça à la création d’une assurance dépendance pourtant très attendue (et toujours pas créée huit ans plus tard).

Quand François Hollande, énarque HEC de la Cour des Comptes (donc, en principe, calé en économie et en finances) qui avait beaucoup misé, dans sa campagne interne au PS, sur la maîtrise du déficit public et de l’endettement public, se retrouva en concurrent numéro un de Nicolas Sarkozy, durant la campagne présidentielle de 2012, il avait beau jeu de pointer du doigt les "résultats" déplorables de ce quinquennat en termes de finances publiques et aussi de chômage tout en se faisant l’ennemi de l’invisible finance internationale. Rien qu’entre septembre 2008 et septembre 2009, il y a eu en France plus de 500 000 demandeurs d’emploi supplémentaires ! Une catastrophe sociale majeure. Quant au déficit, il fut historique pour l’année 2009, avec 7,2% du PIB (139 milliards d’euros !). Entre 2007 et 2012, la dette publique a progressé de près de 50%, du jamais vu pour un mandat, de 64,5% du PIB en 2007 à 90,6% du PIB en 2012 !

Et pourtant, il fallait savoir ce qu’on voulait : voulait-on faire comme le gouvernement américain en 1929, ne rien faire, laisser faire, laisser la pauvreté s’installer, ou au contraire, fallait-il relancer l’économie, refaire tourner la machine ? Nicolas Sarkozy avait choisi, sans doute avec raison, la seconde possibilité et à l’époque, il était même critiqué par les socialistes de ne pas en avoir fait assez, c’est-à-dire, en clair, de ne pas avoir creusé encore plus le déficit public ! Facile après de fustiger les conséquences secondaires.

Pourtant, avec la conjoncture hyperdéfavorable de la crise mondiale, les performances financières du quinquennat de Nicolas Sarkozy n’étaient pas si critiquables que cela, et tenaient la comparaison avec les autres pays comparables (la Cour des Comptes a même donné un brevet de "bonne gestion" en temps de crise). Rappelons que dès 2010, un plan d’assainissement des finances publiques (porté par François Baroin puis Valérie Pécresse) permettait de réduire le déficit public chaque année. À la fin du quinquennat, la croissance a même retrouvé les environ 2%.

_yartiKrach2008A02

Quand François Hollande a pris les commandes de l’État, ce fut une nouvelle catastrophe, cette fois-ci fiscale : la croissance fut plombée pendant tout le quinquennat, ne dépassant pas 1% alors que la conjoncture internationale, au contraire, était à l’embellie. Le chômage a progressé énormément et le déficit n’a jamais été ramené en dessous du seuil fatidique de 3% du PIB malgré toutes les promesses tant de bateleur de campagne que de Président de la République.

Ce n’est qu’en 2017 que les finances publiques commencent à sortir un peu de l’eau. Ce n’est pas une opération magique avec l’arrivée du Président Emmanuel Macron mais plutôt des circonstances positives avec un discours volontariste en faveur des entreprises. Cependant, la croissance attendue, même si elle est là, risque d’être moins élevée que prévue. Les marges de manœuvre risquent encore d’être faibles pour la suite du quinquennat d’Emmanuel Macron.

La France revient de loin, en dix ans, avec la crise financière mondiale de 2008 et le choc fiscal de 2013, mais la page semble définitivement se tourner. Rien n’est perdu. Le pays reste encore la sixième puissance économique mondiale avec un PIB de 2 583 milliards de dollars. Elle vient certes de se faire dépasser par l’Inde en 2017 qui arrive derrière les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Mais il faut toujours regarder les grands ensembles, et l’Union Européenne reste en elle-même une puissance mondiale majeure, talonnant les États-Unis et encore très nettement au-dessus de la Chine.

C’est cette intuition qui guide Emmanuel Macron et qui va être sans doute l’enjeu principal des élections européennes du 26 mai 2019 : l’avenir économique de la France ne peut se concevoir qu’au sein d’une Europe unie et solidaire qui soit capable de peser économiquement mais aussi politiquement face aux autres grands ensembles économiques du monde. C’est là le chemin.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 septembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La crise financière mondiale de 2008.
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Audit de la Cour des Comtes du quinquennat Sarkozy (2 juillet 2012).
Un désastreux état des finances publiques en 2016.

_yartiKrach2008A01



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180915-crise-financiere.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/la-crise-majeure-de-2008-une-page-207640

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/09/15/36699901.html


 

Partager cet article
Repost0


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).