« Une vie humaine n'a pas de prix. Je pense que quand un ordre d'évacuer a été donné, il a été réfléchi. Maintenant, je peux comprendre aussi la population qui a voulu rester sur place et défendre sa maison. » (Un pompier le 28 juillet 2026 sur France Inter, à propos des habitants qui sont restés à protéger leur maison des flammes malgré l'ordre d'évacuation).
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Depuis quelques jours, les personnes évacuées de leurs communes en raison de l'énorme incendie du Cap Ferret (qui a commencé le 22 juillet 2026 à midi à Saumos) ont pu regagner leur habitation, et pour certaines familles, c'est l'horreur et la désolation. Au Porge, commune de 3 500 habitants et d'autant de touristes l'été, le paysage est de désolation. Leurs habitants ont payé un très lourd tribut. 183 maisons ont été complètement détruites par le feu, soit environ 20% des habitations de la commune, mais plus des trois quarts des maisons détruites par l'incendie. Le maire du Porge Martial Zaninetti, a lâché le 27 juillet 2026 sur RMC : « C'est une vision d'horreur ! ». Feu Le Porge.
Il faut certes voir la très bonne nouvelle : à ce jour, il n'y a eu heureusement aucune victime humaine, ni parmi les habitants ni parmi les estivants, qui ont été évacués à temps, préventivement, même si c'était dans la précipitation, dans la nuit du 23 au 24 juillet 2026.
Mais cela reste un immense traumatisme. Le premier pour ceux qui ont perdu leur maison, tous leurs biens, et même pour les autres habitants. On imagine aussi que des animaux de compagnie ont disparu dans cette semaine d'horreur. Souvent, les maisons, attaquées par le feu de l'extérieur, sont détruites jusqu'aux fondations.
Revenu lundi 27 au Porge, Yves, un habitant dans la commune depuis quinze ans, a témoigné le 28 juillet 2026 sur RMC : « C’est l’apocalypse. C’est inimaginable. Il ne reste vraiment plus rien. Il y a quelques murs qui sont debout, mais il ne reste rien, tout s’est effondré. À l’intérieur de la maison, on ne reconnaît même pas les meubles. Je suis entré dedans et comme les cloisons ont disparu à un moment, j’étais perdu dans ma propre maison, je ne savais pas dans quelle pièce j’étais. C’est terrifiant. (…) On est parti vite, mais en pensant que c’était juste une mesure de précaution et quand je suis revenu, c’est la désolation totale. Je ne sais pas comment on pourra revivre à cet endroit-là. Il y a l’aspect psychologique. ».
Il y a une forme d'impudeur, voire de voyeurisme qui met très mal à l'aise, dans ces reportages télévisés d'habitants qui retournent chez eux et qui découvrent que tout est détruit chez eux, ou qu'il ne reste plus qu'un salon de jardin rescapé. Ces médias, qui ne font que nourrir les téléspectateurs avides de sensations fortes, ne respectent pas vraiment ces habitants, même si ceux-ci acceptent voire souhaitent de tels reportages. C'est comme après un attentat terroriste, il faut toujours se mettre à la place des victimes ou de leurs proches avant de dire n'importe quoi.
Je ne sais pas comment je réagirais si je me trouvais dans une telle situation, mais je peux déjà dire mal, évidemment. J'ai été étonné, il y a plusieurs jours, quand le feu se propageait encore à folle allure, par une habitante évacuée qui s'exprimait avec un peu de philosophie, elle se focalisait sur le fait que les personnes étaient sauves, et que pour le matériel, eh bien, ce n'est que du matériel. En fait, c'était une réflexion de détachement que j'admire mais que je serais incapable de formuler moi-même.
Traumatisme psychologique, traumatisme matériel. Mais au-delà de la perte matérielle et des problèmes d'indemnisation (par les assurances, par l'État ?), il y a la perte de toute une histoire, toute une vie, parfois de plusieurs générations, de précieux souvenirs, de photographies, de documents administratifs, etc. L'évacuation en urgence a demandé aux personnes de savoir immédiatement quoi prendre avec elles, peut-être sans y avoir réfléchi auparavant et certainement sans s'y être préparés auparavant (désormais, on recommande d'avoir un sac prêt à emporter en cas d'évacuation d'urgence où se trouveraient les papiers d'identité, etc., tout ce qu'on considère comme indispensable, mais est-ce que je préparerai un tel sac ? Sûrement pas).
C'est un peu comme un deuil, heureusement sans décès, mais le rapatriement des habitants est un moment difficile. Retourner dans sa ville, découvrir sa maison détruite doit faire presque l'effet d'une reconnaissance de corps à la morgue d'une personne proche. La réalité qui vient confirmer ce qu'on pouvait imaginer ou pressentir seulement théoriquement. Comme dans un deuil, il y a la tristesse, peut-être la peur, mais aussi la colère.
Yves se posait des questions sur RMC : « On ne comprend pas comment un pays qui se dit être une puissance mondiale peut faillir et permettre que 183 maisons disparaissent comme ça, que des familles soient brisées. (…) Il va falloir demander des comptes à l'État. Comment cela a pu avoir lieu ? On a entendu des décisions qui peuvent sembler aberrantes. (…) Dans le village la parole commence à gronder un peu. Il y a beaucoup de colère. On veut des réponses et on veut qu’on nous aide. ».
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Et il y a une petite musique qui s'invite dans les réseaux sociaux, c'est que les habitations du Porge auraient été sacrifiées pour protéger les habitations de la presqu'île du Cap Ferret, considérées comme plus luxueuses, villas de riches. On aurait favorisé les riches au détriment des autres. En fait, on a aussi sauvé des campings pas très luxueux dans cette zone.
Ce genre de rumeur n'est pas nouvelle. Lorsqu'il y a eu les graves inondations dans la Somme, avec des maisons complètement inondées, certains habitants avaient désigné l'État qui aurait préféré délester l'eau de la Seine en Picardie pour protéger le Bassin parisien en mars 2001 (c'est la rumeur complotiste d'Abbeville qui a commencé à se répandre le 27 mars 2001, rumeur absurde car l'Oise se jette dans la Seine et pas vers le Nord). La question pour Le Porge est : est-ce seulement une rumeur ou une partie de la réalité ?
Toujours est-il qu'environ 500 habitants du Porge se sont rassemblés en collectif, déjà par solidarité et ensuite pour voir s'ils peuvent faire une action commune en justice. Plus qu'aux pompiers qu'ils ont vus abandonner Le Porge au profit du Cap Ferret, ils en veulent surtout aux autorités de l'État.
Leur avocat, maître Sylvain Galinat a précisé le 30 juillet 2026 sur RTL : « Le collectif a été constitué dans une logique d'entraide, de solidarité et de coopération. Il y a eu un certain nombre d'incompréhensions et un sentiment, une réalité concrète et physique d'abandon au Porge. (…) Il y a un travail très rigoureux et très sérieux sur l'organisation et le référencement des preuves, des témoignages, des attestations. (…) L'organisation m'a donc mandaté pour réfléchir au dépôt d'une plainte pénale et l'objectif est d'obtenir des réponses concrètes à la situation, comment les choses ont pu advenir, comment la situation a pu être générée de la sorte, si les choses ont été faites dans les règles. ».
Dans sa conférence de presse du 29 juillet 2026, la préfète de la Gironde (et de la région Nouvelle-Aquitaine), Sophie Brocas, qui se fait pas mal brocarder (injustement) dans les réseaux sociaux, avait répondu par avance en promettant la transparence mais aussi en rappelant que l'incendie n'était pas encore terminé et que ce n'était pas encore le moment de déterminer les responsabilités : « La seule priorité qui nous guide depuis le début, c'est de préserver les vies humaines. Au Porge, j'entends dire que nous aurions détourné les moyens. Toutes les questions sont légitimes. Tout le monde a le droit de poser des questions et nous devons y répondre. C'est notre devoir et le travail sera fait en transparence, avec rigueur, mais quand l'événement sera terminé. Je l'ai dit, je le redis, le temps de la crise n'est pas celui de l'explication. ».
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu
(Pour éviter le voyeurisme que je dénonce, j'ai illustré cet article avec des maisons du Porge qui étaient en vente ou à louer, et pas certaines des maisons complètement brûlées).
Pour aller plus loin :
Feu Le Porge et la désolation des familles.
L'évacuation de George Clooney.
Mortelle canicule.
Bulletin Canicule et Santé de Santé publique France, le 22 juillet 2026 (à télécharger). Séance des questions au gouvernement le 30 juin 2026 à l'Assemblée Nationale (texte intégral).
Cyrielle Chatelain.
La maison brûle !
Cap Ferret : la France continue à s'embraser.
Forêt de Fontainebleau : les larmes de feu.
Canicule : de l'urgence à l'anticipation.
Dimanche 26 octobre 2025 : toujours l'heure d'hiver !
Résumé du Rapport "Scientific Assessment of Ozone Depletion : 2022" (à télécharger).
Planète : bonne nouvelle sur le front de l'ozone.
Vœux présidentiels : un éditorialiste gagne 1 point Godwin sur le climat !
Sobriété énergétique : froid et fatigue chez les députés !
Après la COP27, la coupe au Qatar : le double scandale...
8 milliards de Terriens, et moi, et moi, et moi...
Emmanuel Macron : climat, industrie et souveraineté ...et colère contre le cynisme de l'ultragauche.
Emmanuel Macron s'exprime sur l'Ukraine et sur la pénurie d'essence : nous devons nous serrer les coudes !
Le point chaud de la rentrée d’Emmanuel Macron : l’énergie.
28 juillet 2022 : jour du dépassement de la Terre.
Climatisation : faut-il sanctionner les portes ouvertes ?
Essence : le chèque de 100 euros.
La relance du programme nucléaire.
Heure d’hiver : le dernier changement ?
La preuve par la canicule ?
La COP26.
Inondations à Paris.
Épisode de neige.
Circulation alternée.
L’écotaxe en question.
La COP21.
Rapport du GIEC sur le changement climatique publié le 8 octobre 2018 (à télécharger).
Rapport de l’IPBES sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
L’industrie de l’énergie en France.
Le scandale de Volkswagen.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260730-le-porge.html
https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/feu-le-porge-et-la-desolation-des-270919
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/07/30/article-sr-20260730-le-porge.html
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