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31 juillet 2026 5 31 /07 /juillet /2026 04:06

« Une vie humaine n'a pas de prix. Je pense que quand un ordre d'évacuer a été donné, il a été réfléchi. Maintenant, je peux comprendre aussi la population qui a voulu rester sur place et défendre sa maison. » (Un pompier le 28 juillet 2026 sur France Inter, à propos des habitants qui sont restés à protéger leur maison des flammes malgré l'ordre d'évacuation).





 


Depuis quelques jours, les personnes évacuées de leurs communes en raison de l'énorme incendie du Cap Ferret (qui a commencé le 22 juillet 2026 à midi à Saumos) ont pu regagner leur habitation, et pour certaines familles, c'est l'horreur et la désolation. Au Porge, commune de 3 500 habitants et d'autant de touristes l'été, le paysage est de désolation. Leurs habitants ont payé un très lourd tribut. 183 maisons ont été complètement détruites par le feu, soit environ 20% des habitations de la commune, mais plus des trois quarts des maisons détruites par l'incendie. Le maire du Porge Martial Zaninetti, a lâché le 27 juillet 2026 sur RMC : « C'est une vision d'horreur ! ». Feu Le Porge.

Il faut certes voir la très bonne nouvelle : à ce jour, il n'y a eu heureusement aucune victime humaine, ni parmi les habitants ni parmi les estivants, qui ont été évacués à temps, préventivement, même si c'était dans la précipitation, dans la nuit du 23 au 24 juillet 2026.

Mais cela reste un immense traumatisme. Le premier pour ceux qui ont perdu leur maison, tous leurs biens, et même pour les autres habitants. On imagine aussi que des animaux de compagnie ont disparu dans cette semaine d'horreur. Souvent, les maisons, attaquées par le feu de l'extérieur, sont détruites jusqu'aux fondations.

Revenu lundi 27 au Porge, Yves, un habitant dans la commune depuis quinze ans, a témoigné le 28 juillet 2026 sur RMC : « C’est l’apocalypse. C’est inimaginable. Il ne reste vraiment plus rien. Il y a quelques murs qui sont debout, mais il ne reste rien, tout s’est effondré. À l’intérieur de la maison, on ne reconnaît même pas les meubles. Je suis entré dedans et comme les cloisons ont disparu à un moment, j’étais perdu dans ma propre maison, je ne savais pas dans quelle pièce j’étais. C’est terrifiant. (…) On est parti vite, mais en pensant que c’était juste une mesure de précaution et quand je suis revenu, c’est la désolation totale. Je ne sais pas comment on pourra revivre à cet endroit-là. Il y a l’aspect psychologique. ».

Il y a une forme d'impudeur, voire de voyeurisme qui met très mal à l'aise, dans ces reportages télévisés d'habitants qui retournent chez eux et qui découvrent que tout est détruit chez eux, ou qu'il ne reste plus qu'un salon de jardin rescapé. Ces médias, qui ne font que nourrir les téléspectateurs avides de sensations fortes, ne respectent pas vraiment ces habitants, même si ceux-ci acceptent voire souhaitent de tels reportages. C'est comme après un attentat terroriste, il faut toujours se mettre à la place des victimes ou de leurs proches avant de dire n'importe quoi.

Je ne sais pas comment je réagirais si je me trouvais dans une telle situation, mais je peux déjà dire mal, évidemment. J'ai été étonné, il y a plusieurs jours, quand le feu se propageait encore à folle allure, par une habitante évacuée qui s'exprimait avec un peu de philosophie, elle se focalisait sur le fait que les personnes étaient sauves, et que pour le matériel, eh bien, ce n'est que du matériel. En fait, c'était une réflexion de détachement que j'admire mais que je serais incapable de formuler moi-même.

Traumatisme psychologique, traumatisme matériel. Mais au-delà de la perte matérielle et des problèmes d'indemnisation (par les assurances, par l'État ?), il y a la perte de toute une histoire, toute une vie, parfois de plusieurs générations, de précieux souvenirs, de photographies, de documents administratifs, etc. L'évacuation en urgence a demandé aux personnes de savoir immédiatement quoi prendre avec elles, peut-être sans y avoir réfléchi auparavant et certainement sans s'y être préparés auparavant (désormais, on recommande d'avoir un sac prêt à emporter en cas d'évacuation d'urgence où se trouveraient les papiers d'identité, etc., tout ce qu'on considère comme indispensable, mais est-ce que je préparerai un tel sac ? Sûrement pas).

C'est un peu comme un deuil, heureusement sans décès, mais le rapatriement des habitants est un moment difficile. Retourner dans sa ville, découvrir sa maison détruite doit faire presque l'effet d'une reconnaissance de corps à la morgue d'une personne proche. La réalité qui vient confirmer ce qu'on pouvait imaginer ou pressentir seulement théoriquement. Comme dans un deuil, il y a la tristesse, peut-être la peur, mais aussi la colère.

Yves se posait des questions sur RMC : « On ne comprend pas comment un pays qui se dit être une puissance mondiale peut faillir et permettre que 183 maisons disparaissent comme ça, que des familles soient brisées. (…) Il va falloir demander des comptes à l'État. Comment cela a pu avoir lieu ? On a entendu des décisions qui peuvent sembler aberrantes. (…) Dans le village la parole commence à gronder un peu. Il y a beaucoup de colère. On veut des réponses et on veut qu’on nous aide. ».
 


Et il y a une petite musique qui s'invite dans les réseaux sociaux, c'est que les habitations du Porge auraient été sacrifiées pour protéger les habitations de la presqu'île du Cap Ferret, considérées comme plus luxueuses, villas de riches. On aurait favorisé les riches au détriment des autres. En fait, on a aussi sauvé des campings pas très luxueux dans cette zone.

Ce genre de rumeur n'est pas nouvelle. Lorsqu'il y a eu les graves inondations dans la Somme, avec des maisons complètement inondées, certains habitants avaient désigné l'État qui aurait préféré délester l'eau de la Seine en Picardie pour protéger le Bassin parisien en mars 2001 (c'est la rumeur complotiste d'Abbeville qui a commencé à se répandre le 27 mars 2001, rumeur absurde car l'Oise se jette dans la Seine et pas vers le Nord). La question pour Le Porge est : est-ce seulement une rumeur ou une partie de la réalité ?

Toujours est-il qu'environ 500 habitants du Porge se sont rassemblés en collectif, déjà par solidarité et ensuite pour voir s'ils peuvent faire une action commune en justice. Plus qu'aux pompiers qu'ils ont vus abandonner Le Porge au profit du Cap Ferret, ils en veulent surtout aux autorités de l'État.

Leur avocat, maître Sylvain Galinat a précisé le 30 juillet 2026 sur RTL : « Le collectif a été constitué dans une logique d'entraide, de solidarité et de coopération. Il y a eu un certain nombre d'incompréhensions et un sentiment, une réalité concrète et physique d'abandon au Porge. (…) Il y a un travail très rigoureux et très sérieux sur l'organisation et le référencement des preuves, des témoignages, des attestations. (…) L'organisation m'a donc mandaté pour réfléchir au dépôt d'une plainte pénale et l'objectif est d'obtenir des réponses concrètes à la situation, comment les choses ont pu advenir, comment la situation a pu être générée de la sorte, si les choses ont été faites dans les règles. ».

Dans sa conférence de presse du 29 juillet 2026, la préfète de la Gironde (et de la région Nouvelle-Aquitaine), Sophie Brocas, qui se fait pas mal brocarder (injustement) dans les réseaux sociaux, avait répondu par avance en promettant la transparence mais aussi en rappelant que l'incendie n'était pas encore terminé et que ce n'était pas encore le moment de déterminer les responsabilités : « La seule priorité qui nous guide depuis le début, c'est de préserver les vies humaines. Au Porge, j'entends dire que nous aurions détourné les moyens. Toutes les questions sont légitimes. Tout le monde a le droit de poser des questions et nous devons y répondre. C'est notre devoir et le travail sera fait en transparence, avec rigueur, mais quand l'événement sera terminé. Je l'ai dit, je le redis, le temps de la crise n'est pas celui de l'explication. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu


(Pour éviter le voyeurisme que je dénonce, j'ai illustré cet article avec des maisons du Porge qui étaient en vente ou à louer, et pas certaines des maisons complètement brûlées).


Pour aller plus loin :
Feu Le Porge et la désolation des familles.
L'évacuation de George Clooney.
Mortelle canicule.
Bulletin Canicule et Santé de Santé publique France, le 22 juillet 2026 (à télécharger). Séance des questions au gouvernement le 30 juin 2026 à l'Assemblée Nationale (texte intégral).
Cyrielle Chatelain.
La maison brûle !
Cap Ferret : la France continue à s'embraser.
Forêt de Fontainebleau : les larmes de feu.
Canicule : de l'urgence à l'anticipation.
Dimanche 26 octobre 2025 : toujours l'heure d'hiver !
Résumé du Rapport "Scientific Assessment of Ozone Depletion : 2022" (à télécharger).
Planète : bonne nouvelle sur le front de l'ozone.
Vœux présidentiels : un éditorialiste gagne 1 point Godwin sur le climat !
Sobriété énergétique : froid et fatigue chez les députés !
Après la COP27, la coupe au Qatar : le double scandale...
8 milliards de Terriens, et moi, et moi, et moi...
Emmanuel Macron : climat, industrie et souveraineté ...et colère contre le cynisme de l'ultragauche.
Emmanuel Macron s'exprime sur l'Ukraine et sur la pénurie d'essence : nous devons nous serrer les coudes !
Le point chaud de la rentrée d’Emmanuel Macron : l’énergie.
28 juillet 2022 : jour du dépassement de la Terre.
Climatisation : faut-il sanctionner les portes ouvertes ?
Essence : le chèque de 100 euros.
La relance du programme nucléaire.
Heure d’hiver : le dernier changement ?
La preuve par la canicule ?
La COP26.
Inondations à Paris.
Épisode de neige.
Circulation alternée.
L’écotaxe en question.
La COP21.
Rapport du GIEC sur le changement climatique publié le 8 octobre 2018 (à télécharger).
Rapport de l’IPBES sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
L’industrie de l’énergie en France.
Le scandale de Volkswagen.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260730-le-porge.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/feu-le-porge-et-la-desolation-des-270919

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/07/30/article-sr-20260730-le-porge.html


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30 juillet 2026 4 30 /07 /juillet /2026 14:43

« À l’heure actuelle, nous ne savons pas si notre belle maison résistera à cette terrible épreuve. » (George Clooney, le 29 juillet 2026).




 


Nouveau feu de forêt dans le Var. Ce mercredi 29 juillet 2026, 650 habitants de certains quartiers de Brignoles ont été contraints par les autorités préfectorales à quitter la ville et donc à abandonner leur maison en raison d'un nouvel incendie. Parmi les habitants de Brignoles, depuis 2021, un hôte de marque, l'acteur George Clooney.

Depuis cinq ans, George Clooney a entamé une nouvelle vie en France, avec sa femme Amal et leurs deux enfants, jumeaux, Alexander et Ella, âgés de 9 ans. Ils se sont installés dans une propriété de 100 hectares, une belle ferme au milieu d'un domaine viticole. L'acteur n'imaginait pas éduquer ses enfants dans la culture hollywoodienne, d'où ce choix pour la France et les Français devraient en être fiers. Et le 26 décembre 2025, le célèbre Américain a reçu la nationalité française par naturalisation, ainsi que sa femme et leurs enfants. Chapeau et bienvenue aux nouveaux citoyens !

Ainsi, par l'envoi du message adressé au maire de Brignoles, Didier Brémond, George Clooney aurait laissé entendre que lui et sa famille faisaient partie de ces 650 personnes évacuées. Certains journaux ont en effet publié l'intégralité du message : « Cher Didier, à l’heure actuelle, nous ne savons pas si notre belle maison résistera à cette terrible épreuve. Alors que nous évacuons Brignoles, nous tenons à souligner deux choses : premièrement, nous espérons que toi et les habitants de notre ville êtes sains et saufs ; deuxièmement, Amal et moi sommes déterminés à faire en sorte que, quoi qu’il arrive à notre village, nous restions partie intégrante de cette communauté et que nous contribuions à la reconstruire. Nous aimons Brignoles et nos amis qui y vivent. ».

Le feu ensuite a été heureusement fixé pendant la nuit, puis maîtrisé le lendemain jeudi 30 juillet 2026 grâce à l'action efficace des pompiers. L'incendie a ravagé une zone de 130 d'hectares.
 


L'information sur Georges Clooney est pourtant assez inexacte. Sans doute a-t-il adressé le message présenté et sans doute a-t-il quitté Brignoles avec sa famille (il a d'autres propriétés en Europe, en Italie et Angleterre), mais, en revanche, il n'a pas été contraint par les autorités à quitter sa maison pour la simple raison que son quartier n'était pas en danger.

En effet, seuls, les quartiers Pélicon, Tombarel, Les Jausserannes, Sainte-Barbe, Les Agasses et les Petits Ubacs étaient concernés par les évacuations préventives. Or, la propriété des Clooney se trouve dans le domaine du Canadel, une zone complètement opposée à ces quartiers. Probablement que le panache de fumée devait être très visible de là, mais aucun risque n'a semblé être envisagé par les autorités.

L'entourage du maire de Brignoles aurait juste confirmé la réalité d'un message adressé au maire, mais n'aurait pas eu d'informations supplémentaires « sur les raisons et les conditions de son évacuation » selon le quotidien "Nice-Matin". L'évacuation volontaire des Clooney ne sera certainement pas blâmée, car on voudra les ménager pour "la reconstruction".

À ma connaissance, George Clooney n'a pas encore tourné dans un film relatant le drame des incendies de forêt (avec ce qui s'est passé en France cet été 2026, il y aura probablement un réalisateur qui s'y collera dans un futur proche, même si en Californie, les incendies gigantesques sont récurrents), mais, à défaut, je recommande très vivement deux excellents films, "In the Air" de Jason Reitman (sorti le 4 décembre 2009), avec Vera Farmiga et Anna Kendrick, et "The Descendants" d'Alexander Payne (sorti le 16 novembre 2011), avec Shailene Woodley et Judy Greer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
George Clooney.
"Paradis Paris".
Marie-Paule Belle.
Laura Laune.
Line Renaud.
Des yeux et de l'optimisme à revendre !
Madonna.
Guesch Patti.
Coluche.
Restos du cœur.
Candidat du rire et de la peur.
Sois fainéant, l'avenir t'attend !
L'Opio du peuple.
Raymond Devos.
Brigitte Fossey.
Marjane Satrapi.
Claude Pinoteau.
Tsilla Chelton.
Patrick Bruel.
Avis de tempête et présomption.
On s'était dit rendez-vous dans quarante ans.
Marilyn Monroe.
Star éternelle.
"Le fabuleux destin d'Amélie Poulain".
Audrey Tautou.
Nathalie Baye.
Isabelle Mergault.
Bruno Salomone.
Brigitte Bardot.
Monstre sacré du cinéma français.
Michel Piccoli.
Rob Reiner.
Jean-Pierre Bisson.
Woody Allen.
Michel Bouquet.
Hommage du Président Emmanuel Macron à Michel Bouquet le 27 avril 2022 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Le roi ne se meurt pas.
La vitalite du roi Bouquet.
Bouquet final.
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Lauren Bacall.
Micheline Presle.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Marlène Jobert.
Alfred Hitchcock.
Charlie Chaplin.


 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260729-george-clooney.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/l-evacuation-de-george-clooney-270918

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/07/30/article-sr-20260729-george-clooney.html



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27 juillet 2026 1 27 /07 /juillet /2026 04:21

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » (Jacques Chirac, le 2 septembre 2002 à Johannesburg).



 


Cette phrase prophétique du Président Jacques Chirac n'a jamais été autant d'actualité que cet été en France, mais avec un petit progrès, puisque nous ne regardons plus ailleurs, nous voyons, avec des yeux au contraire bien conscients, ce qui nous arrive en pleine tronche, les canicules à répétition (au moins quatre cet été), les nombreux feux de forêt, les fumées qui envahissent quasiment tout le pays... Et une image qui a fait le tour du web et qui mérite le détour pour évoquer le catastrophique incendie de forêt en Gironde, qui a brûlé le Cap Ferret et qui inquiète l'agglomération de Bordeaux (autour d'un million d'habitants).

Il s'agit d'une photographie de Maximilien Lamy, reporter de l'AFP, qui a été publiée par le quotidien "Le Monde" le vendredi 24 juillet 2026 et qui a été prise sur la plage de Moutchic, près de Lacanau, au bord de l'étang de Lacanau, en Gironde.

On voit un couple de vacanciers installés sur la plage, de manière assez classique, avec chaises pliantes et parasol, sandalettes sur le sable chaud, doigts de pied en éventail, appareil photo à la main, regardant le rivage et, au-delà, à l'horizon, les fumées incandescentes du feu de forêt qui ravage le Cap Ferret.

Cette photographie a tellement incarné ce désastre apocalyptique qui nous sidère qu'elle est devenue virale dans les réseaux sociaux (notamment Twitter) et qu'elle a été mise en Une le 25 juillet 2026 à l'étranger, par "The Guardian", "The New York Times" et "The Wall Street Journal".


La catastrophe est terrible. Au dimanche 26 juillet 2026, cet incendie a provoqué l'évacuation de plus de 260 000 personnes, et met en danger, à cause de mistral, toute la population de l'agglomération de Bordeaux. Les flammes sont à 15 kilomètres de celle-ci. Les habitants de Pessac, notamment, ont été évacués à cause des fumées. Mais les fumées, elles étaient visibles jusqu'en région parisienne dès le 25 juillet 2026. 50 000 hectares de forêt ont été détruits dans cet incendie, l'équivalent de quatre fois la superficie de Paris, et l'ensemble des feux de forêt en France depuis le début de l'année a détruit 115 000 hectares, et on n'est même pas au milieu de l'été. En outre, 240 maisons ont été détruites par le feu. Pour la première fois, l'A400M a été utilisé le 25 juillet 2026 en Gironde pour déverser 20 tonnes de retardant (l'équivalent de 3 Canadair).

Oui, le photographe, qui est un grand professionnel, a su saisir le moment et le lieu pour montrer ce qui est une sidération de plus, après les nombreuses autres (crise sanitaire du covid-19, guerre en Ukraine, guerre en Iran, canicules, etc.).
 


Il existe d'autres photographies qui décrivent cet apocalypse, comme celle de ce vacancier allemand, le Pr. Stefan Rahmstorf, prise le 24 juillet 2026 sur la plage de Lacanau avec ce commentaire sur Twitter : « Vacances en pleine urgence climatique. Non, ce n’est pas de l’IA ou un montage, c’est une photo que je viens de prendre avec mon téléphone sur la plage de Lacanau en France. De la cendre tombe du ciel. Dans quel avenir ce garçon grandira-t-il ? C’est entre nos mains, mais le temps presse. ».

D'autres photographies du même vacancier montrent de la suie sur la plage où il était avec cette interrogation pleine de candeur : (l'air qu'il respirait aurait dû lui fournir la réponse).
 


Une autre internaute, Ellen, a publié le 24 juillet 2026 une photographie depuis la rive occidentale du lac d'Hourtin et de Carcans, à Piqueyrot.
 


Pour revenir à la première photo, le commentaire d'un twitternaute le 26 juillet 2026 semblerait résumer un certain état d'esprit : « Des touristes contemplent assis sur la plage, passifs, le spectacle extraordinaire certes désastreux mais éloigné et sans danger pour eux pris en photo à leur insu par un photographe talentueux, tout aussi passif qu'eux mais qui aura, lui, son heure de gloire. Eux, seront jugés. ».

Oui, ces vacanciers seront jugés, ils le sont déjà, si l'on lit par exemple cet autre commentaire, assez long, de Rémi Kasprzyk, "expert en santé publique", sur Twitter le 25 juillet 2026, qui a même voulu généraliser la situation : « Cette photo mérite absolument tous les prix. Elle a même sa place au Louvre. Elle relate précisément l’inertie de l’individu face à l’effondrement. Regardez la composition. Un chef-d’œuvre involontaire. Au premier plan, le sable doré, les tongs abandonnées, la glacière. Le décor ordinaire du bonheur estival. Deux personnages assis, de dos, comme dans un tableau de Caspar David Friedrich. Sauf que Friedrich peignait des hommes contemplant le sublime. Ici, ils contemplent la catastrophe. Et ils ne bougent pas. Au centre, le parasol. Publicitaire, criard, dérisoire. Un pastis face à l’apocalypse. C’est presque trop parfait : la France qui prend l’apéro pendant que le monde brûle. Aucun scénariste n’aurait osé. Et puis le ciel. Les deux tiers de l’image. Cette muraille de fumée qui avale la lumière, ce dégradé d’ocre et de noir digne d’un Turner. La nature qui reprend la palette des maîtres pour peindre notre propre fin. La femme photographie l’incendie avec son téléphone. Mise en abyme totale : nous documentons notre disparition au lieu de l’empêcher. Cette image dit tout. Le déni, le confort, l’habitude. Nous sommes tous sur cette plage. Nous voyons tous le nuage. Et nous restons assis, parce que l’eau est bonne et qu’on a posé nos congés. Les historiens de l’art parleront un jour de cette photo comme on parle du Radeau de la Méduse. Sauf que cette fois, le naufrage, c’est nous qui le regardons depuis la plage. ».

C'est exagéré car personne n'a dit que ces vacanciers étaient des Français et donc, "La France qui prend l'apéro" n'est pas une phrase pertinente, pas plus que "l'inertie face à l'effondrement", car non visibles, 2 500 pompiers et 1 500 militaires sont sur le front jour et nuit pour tenter de vaincre le dragon, et 75 ont même été blessés, la plupart du temps intoxiqués par les fumées. En revanche, je suis d'accord pour dire que cette photo est digne d'un Turner.

Avec son succès mondial, le photographe Maximilien Lamy s'est senti obligé de commenté sa propre photographie. Ainsi, interrogé par Lucie Oriol pour "Le Nouvel Obs" le 25 juillet 2026, il a répété la réflexion de Jean-Luc Godard : « Ce n’est pas une image juste, c’est juste une image. » pour éviter de faire des erreurs d'interprétation et des généralisations intempestives. Et l'article insiste bien : « Il ne veut pas que sa photo (…) soit détournée politiquement. ». L'article précise d'ailleurs que Maximilien Lamy n'est pas un photographe mais un éditeur à l'Agence France-Presse, et que la photographie en question a été prise avec un smartphone.
 


Loin de culpabiliser les deux personnages de la photographie, Maximilien Lamy s'est posé la question : qu'y avait-il d'autre à faire ? L'auteur de la photographie, par ailleurs membre du collectif Street Photography France, a ainsi raconté son cliché : « J’ai tout de suite vu ce couple et le paradoxe qu’ils incarnent. On a l’impression qu’ils sont face au spectacle du monde qui brûle. ». Il ne leur a pas jeté la pierre : « Ils sont en vacances, il n’y a pas de danger immédiat pour eux, et de toute façon ils ne peuvent rien faire d’autre. Aurait-on vraiment agi autrement ? À côté, sur la plage, des gens poursuivaient leur activité ou leur hobby. D’autres étaient plus figés, comme cette famille qui avait un regard solennel et inquiet. ».

Sur Instagram, le collectif du photographe a voulu en profiter pour renforcer la prise de conscience de la population sur les bouleversements climatiques : « Nous pensons qu’avec des photographies aussi fortes, il existe une véritable opportunité de sensibiliser le public et d’inciter à agir face aux enjeux liés à la climatisation et au réchauffement climatique. ». À chacun son instrumentalisation.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La maison brûle !
Cap Ferret : la France continue à s'embraser.
Forêt de Fontainebleau : les larmes de feu.
Canicule : de l'urgence à l'anticipation.
Dimanche 26 octobre 2025 : toujours l'heure d'hiver !
Résumé du Rapport "Scientific Assessment of Ozone Depletion : 2022" (à télécharger).
Planète : bonne nouvelle sur le front de l'ozone.
Vœux présidentiels : un éditorialiste gagne 1 point Godwin sur le climat !
Sobriété énergétique : froid et fatigue chez les députés !
Après la COP27, la coupe au Qatar : le double scandale...
8 milliards de Terriens, et moi, et moi, et moi...
Emmanuel Macron : climat, industrie et souveraineté ...et colère contre le cynisme de l'ultragauche.
Emmanuel Macron s'exprime sur l'Ukraine et sur la pénurie d'essence : nous devons nous serrer les coudes !
Le point chaud de la rentrée d’Emmanuel Macron : l’énergie.
28 juillet 2022 : jour du dépassement de la Terre.
Climatisation : faut-il sanctionner les portes ouvertes ?
Essence : le chèque de 100 euros.
La relance du programme nucléaire.
Heure d’hiver : le dernier changement ?
La preuve par la canicule ?
La COP26.
Inondations à Paris.
Épisode de neige.
Circulation alternée.
L’écotaxe en question.
La COP21.
Rapport du GIEC sur le changement climatique publié le 8 octobre 2018 (à télécharger).
Rapport de l’IPBES sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
L’industrie de l’énergie en France.
Le scandale de Volkswagen.


 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260725-feux-gironde.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/la-maison-brule-270805

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24 juillet 2026 5 24 /07 /juillet /2026 04:21

« Face à l’évolution de l’incendie actuellement en cours dans le secteur de Saumos, Le Porge et Lège-Cap-Ferret (33), la préfecture maritime de l’Atlantique appelle à la plus grande vigilance et émet une stricte mise en garde aux usagers de la mer et aux plaisanciers. (…) Il est demandé à l'ensemble des usagers de naviguer avec la plus extrême prudence et de ne gêner sous aucun prétexte les éventuels moyens de secours ou de pompage opérant à proximité des plans d'eau. » (Communiqué de la Préfecture maritime de l'Atlantique, le 23 juillet 2026).




 


Nouveau paysage de désolation sur le Bassin d'Arcachon. C'était un lieu paradisiaque, synonyme de vacances et de détente, et cela devient celui d'un enfer. Un incendie de forêt à Lège-Cap-Ferret n'est toujours pas sous contrôle des pompiers ce jeudi 23 juillet 2026 dans la soirée.

Au dernier bilan, 3 800 hectares de forêt ont été déjà brûlés (pour comparaison, la forêt de Fontainebleau a été ravagée sur 2 400 hectares), et s'il n'y a aucune victime corporelle, parmi les habitants ou parmi les pompiers (deux des leurs ont perdu leur vie à Mérignac, un peu plus au nord-est, il y a deux jours dans un autre incendie près de l'aéroport de Bordeaux), il faut déplorer la destruction d'au moins quatre maisons en ville à Lège-Cap-Ferret.

18 800 personnes ont été évacuées de trois communes de Lège-Cap-Ferret, Saumos et Le Porge, notamment plusieurs campings. Saluons non seulement le courage des pompiers mais aussi la solidarité des bénévoles des communes environnantes qui ont su accueillir ces personnes évacuées. La plupart des autres habitants sont confinés chez eux dans la ville, et si nécessaire, ils seront évacués par la voie maritime dans le Bassin d'Arcachon. Ce sont parmi les premiers réfugiés climatiques de la France, pour la plupart des vacanciers.

 


Lège-Cap-Ferret est une ville d'environ 8 000 habitants, mais en période estivale, cela peut décupler, autour de 80 000 personnes sur toute la presqu'île. Parmi les propriétaires de maison à Lège-Cap-Ferret, on peut citer Audrey Tautou, Marion Cotillard, Guillaume Canet, Julien Courbet, Xavier Niel, Pascal Obispo, Alice Taglioni, Laurent Delahousse, Philippe Starck, etc. Jean Anouilh et Lino Ventura ont aussi été propriétaires d'une maison dans cette commune.
 


Il faut connaître un peu l'endroit pour comprendre l'inquiétude du feu. La presqu'île du Cap Ferret sépare l'Océan Atlantique et le Bassin d'Arcachon. Il y a une conjonction des mauvais paramètres : la canicule (la température en journée n'a jamais été en dessous de 30°C depuis le 3 juillet 2026) ; les vents, une conjonction entre le vent du nord-est et la brise marine en opposition, qui alimentent le feu ; la sécheresse des sols à cause des conditions météorologiques ; en février, les fortes pluies ont fait pousser les fougères et d'autres feuillages qui, devenus secs, alimentent le feu ; la nature même de la forêt qui est une monoculture, des résineux, etc. Pourtant, les forêts ne sont pas laissées à l'abandon, elles sont pour la plupart privées et les propriétaires les entretiennent le mieux possible, notamment avec des zones coupe-feux, mais ce n'est pas suffisant. Il y a déjà eu un incendie mémorable en 2022, mais celui de 2026 est déjà bien plus grave.

850 pompiers avec environ 200 véhicules sont sur le front, dans des conditions très difficiles, tant physiques (fortes chaleurs et rayonnements) que psychologiques (ils ont perdu trois collègues ce mois, un en Savoie et deux en Gironde), et ils ont reçu des renforts notamment de l'Île-de-France et du Ministère de l'Intérieur, et même de l'Union Européenne (merci Bruxelles !).

 


À propos de l'aide européenne : il faut saluer Michel Barnier pour cela car c'est lui, lorsqu'il était commissaire européen, qui a mis en place une Europe de la sécurité civile, bien pratique pour s'aider mutuellement, même si, au même moment, en Europe, il y a des feux dans plusieurs pays (notamment en Espagne).

Il est clair qu'il faut prendre en compte ce changement de paradigme complet que représentent des canicules fréquentes et des feux de forêt dont l'ampleur ne sera plus exceptionnelle mais récurrente. Cela signifie redimensionner notre force de frappe, ce qui l'était déjà puisque quatre Canadair avaient été commandés il y a plusieurs années par le gouvernement. Mais plus généralement, il faudra réindustrialiser pour que le pays puisse produire lui-même non seulement des climatiseurs mais aussi des Canadair, par exemple. Il ne faut toutefois pas projeter trop d'importance sur la lutte dans les airs des incendies de forêt, car cette lutte aérienne ne contribue qu'à 5% à l'extinction des feux qui se fait principalement au sol.

 


Il faut aussi augmenter les capacités de réserves citoyennes (des bénévoles prêts à aider en cas de crise, d'accident ou de catastrophe), et attirer de nouvelles recrues pour augmenter le nombre de pompiers. Il y a environ 200 000 pompiers, pour la plupart volontaires car les professionnels ne sont que 43 000 (aux salaires et à la reconnaissance peu satisfaisants). On comprend que les pompiers, qui ont aussi d'autres activités que combattre les feux de forêt, surtout pendant la période estivale avec des malaises et des accidents de vacanciers plus nombreux, ne cessent de demander plus de moyens humains et matériels.

Au même moment, il y a un autre feu dans le Var particulièrement grave également. On aimerait dire que l'été 2026 resterait dans les annales, mémorable pour ses canicules à répétitions (une quatrième arriverait la semaine prochaine en France) et pour ses feux de forêt ravageurs, avec un bilan pour le seul premier mois d'été de déjà 44 000 hectares de forêt brûlés et de 12 500 départs de feu (beaucoup de départs de feu ont pu être arrêtés à temps), mais il est probable que les prochains étés seront semblables à celui-ci, peut-être même pires que celui-ci.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Cap Ferret : la France continue à s'embraser.
Forêt de Fontainebleau : les larmes de feu.
Canicule : de l'urgence à l'anticipation.
Dimanche 26 octobre 2025 : toujours l'heure d'hiver !
Résumé du Rapport "Scientific Assessment of Ozone Depletion : 2022" (à télécharger).
Planète : bonne nouvelle sur le front de l'ozone.
Vœux présidentiels : un éditorialiste gagne 1 point Godwin sur le climat !
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Emmanuel Macron : climat, industrie et souveraineté ...et colère contre le cynisme de l'ultragauche.
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28 juillet 2022 : jour du dépassement de la Terre.
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Essence : le chèque de 100 euros.
La relance du programme nucléaire.
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La preuve par la canicule ?
La COP26.
Inondations à Paris.
Épisode de neige.
Circulation alternée.
L’écotaxe en question.
La COP21.
Rapport du GIEC sur le changement climatique publié le 8 octobre 2018 (à télécharger).
Rapport de l’IPBES sur la biodiversité publié le 6 mai 2019 (à télécharger).
L’industrie de l’énergie en France.
Le scandale de Volkswagen.



 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260723-incendie-cap-ferret.html

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25 avril 2026 6 25 /04 /avril /2026 04:02

« Ce matin, le SCPRI a annoncé une légère hausse de la radioactivité de l’air, non significative pour la santé publique, dans le Sud-Est de la France et plus spécialement au-dessus de Monaco. » (Noël Mamère, le 1er mai 1986 au journal de 13 heures sur Antenne 2).





 


À l'époque, Noël Mamère n'était pas encore un homme politique très engagé chez les écologistes, député-maire de Bègles pendant plus d'une vingtaine d'années et candidat à l'élection présidentielle en 2002. Il était un journaliste, présentateur du journal télévisé de la mi-journée "Antenne 2 Midi" et il lisait un communiqué du professeur Pierre Pellerin, directeur du Service central de protection contre les rayons ionisants (SCPRI), organisme sous tutelle du Ministère (français) de la Santé, qu'il a fondé en 1956.

Mais revenons en arrière. Car on commémore cette année le quarantième anniversaire de la sinistre catastrophe nucléaire de Tchernobyl, dans la nuit du 25 au 26 avril 1986. Je l'ai déjà évoquée en 2016 et je souhaiterais aujourd'hui plus particulièrement évoqué ses conséquences sanitaires en France et la communication des pouvoirs publics.

Ce n'est que le 28 avril 1986 dans la soirée que l'Union Soviétique a reconnu l'existence d'un grave accident nucléaire et d'une contamination radioactive de l'atmosphère. Cette communication n'était pas forcément volontaire mais était la conséquence d'une information par des autorités suédoises en milieu de journée le même jour, 28 avril 1986, sur une hausse du niveau de radioactivité.


La crainte, pour les pays ouest-européens, était une contamination atmosphérique par l'arrivée d'un "panache" radioactif. Dans le journal de 20 heures du 30 avril 1986 sur Antenne 2, la présentatrice météo Brigitte Simonetta a tenté de rassurer ses auditeurs. L'anticyclone des Açores devrait retarder l'arrivée du panache radioactif : « En France, l'anticyclone des Açores restera suffisamment puissant pour offrir une véritable barrière de protection ; il bloque en effet toutes les perturbations venant de l'Est. ».

Et c'était tant mieux, car le pont du 1er mai arrivait. Un long pont de quatre jours ! Il s'agissait d'un jeudi 1er mai 1986, si bien que beaucoup de fonctionnaires dans les ministères ont pris quelques jours de vacances, ainsi que les journalistes et même la Poste qui transportait avec retard des échantillons pour mesurer la radioactivité. Du reste, les ministères venaient à peine d'être pourvus puisque le 20 mars 1986, Jacques Chirac venait d'être nommé Premier Ministre de cohabitation et allait former son gouvernement. Michèle Barzach devenait la jeune Ministre de la Santé, pleine d'avenir et d'enthousiasme. Aucun texte n'indiquait clairement qui communiquerait quoi en cas d'accident nucléaire majeur, si bien que l'initiative du professeur Pierre Pellerin pour communiquer officiellement au grand public a été rapidement approuvée par le gouvernement car cela l'arrangeait bien.

Ainsi, dès le 29 avril 1986, le SCPRI a publié son premier communiqué qui se voulait très rassurant : « Aucune élévation significative de la radioactivité n'a été constatée. ». En fait, les prévisions météorologiques du 30 avril 1986 étaient erronées et le panache est quand même arrivé au Sud-Est de la France.

 


Ph. Renaud et D. Louvat ont publié dans la revue scientifique "Radioprotection" (vol. 38, n°4, p. 529) une analyse soumise au comité de lecture le 19 décembre 2002 sur les mesures de radioprotection en France à la suite de la catastrophe de Tchernobyl.

Que dit cette analyse ? D'abord, elle rappelle les données du problème : « L’accident nucléaire de Tchernobyl représente le cas particulier d’une situation post-accidentelle à gérer sans connaître les détails de la phase accidentelle qui permettent d’en appréhender la gravité. La pertinence de la réponse à ce type de situation repose sur un réseau de mesures qui rend compte rapidement et de manière appropriée de l’existence d’une pollution, de son niveau et de son ampleur sur le territoire national. ».

Ensuite, l'étude entérine la teneur des communications rassurantes de l'époque : « Les mesures d’aérosols atmosphériques effectuées principalement par le SCPRI et le CEA, permettaient la caractérisation des masses d’air contaminé très rapidement en fournissant une bonne indication des niveaux d’activité atteints. Ces mesures (…) permettaient d’évaluer dans des délais satisfaisants les doses reçues par la population lors du passage du nuage. Ces doses efficaces qui sont faibles, inférieures à 0,5 μSv [microsievert] pour l’irradiation externe et inférieures à 20 μSv pour l’inhalation (IPSN, 1986 ; Renaud et al., 1999a), ne nécessitaient pas, à elles seules, de dispositions particulières de protection de la population (mise à l’abri ou distribution d’iode stable). ».

Néanmoins, l'analyse insiste aussi sur la sous-évaluation des retombées de la catastrophe de Tchernobyl dans les premiers communiqués du SCPRI : « Cette relation pluie-dépôt a permis d’aboutir à une carte des dépôts théoriques de césium 137 et d'iode 131 en 1986. Cette carte fait apparaître des dépôts supérieurs, voire très supérieurs aux estimations faites à l’époque, notamment sur toutes les zones de l’Est de la France ayant reçu des précipitations supérieures à 20 mm. Si l’on excepte le premier bilan établi le 7 mai par le SCPRI, mentionnant des dépôts extrêmement faibles et inférieurs à 1 000 Bq/m2 [becquerel par mètre carré], la première carte publiée par cet organisme dans son bulletin mensuel de juin 1986 (sorti quelques semaines plus tard) faisait état de dépôts moyens régionaux de césium 137 allant de 1 000 à 5 400 Bq/m2 dans l’Est de la France (SCPRI, 1986) alors qu’ils ont pu atteindre jusqu’à 40 000 Bq/m2. ».

Ce qui conduit à cette conclusion : « Dix-sept ans après l’accident de Tchernobyl, toutes les données de mesure de la radioactivité dans l’environnement faites a l’époque par les différents services de l'État ont été collationnées et validées. Ces données étaient appropriées pour évaluer dans des délais satisfaisants, les conséquences des retombées de cet accident pour la grande majorité de la population française. En revanche, elles ne permettaient pas, du fait de l’absence de prise en compte de l’importance des précipitations, d’évaluer la contamination des produits alimentaires locaux dans les régions de l’Est de la France où les dépôts ont été très supérieurs aux moyennes. Ainsi, la capacité de mesure mobilisée a la suite de cet accident n’a pu être focalisée sur des productions sensibles telles que les laits de brebis et de chèvre en Corse dont la consommation a pu conduire a des doses à la thyroïde des enfants significativement supérieures aux moyennes estimées pour l’Est de la France. Aujourd’hui, l’expérience de I’IRSN permettrait de mieux optimiser l’utilisation des moyens de mesures et de mieux assimiler les données produites. Toutefois cette optimisation ne pourra être complète sans que soit conduite l’analyse préalable de la sensibilité radioécologique des différentes composantes géographiques du territoire français qui doit guider toute stratégie d’échantillonnage. ».
 


En clair, les mesures qui ont été faites étaient avec des valeurs faibles de radioactivité, mais elles auraient été insuffisantes pour être vraiment rassurantes car cela dépendait aussi des conditions météorologiques locales, des précipitations pouvant mettre en péril des biens de consommation comme le lait.

Dès le 12 mai 1986, en raison des commentaires alarmistes dans d'autres pays européens, le ton résolument rassurant des communications officielles en France a fait l'objet d'une polémique dans les médias, à partir d'un article du quotidien "Libération" dénonçant le supposé "mensonge" des autorités françaises, relayé par "Le Canard enchaîné", etc. ce qui a abouti à faire dire par Pierre Pellerin une phrase qu'il n'a jamais prononcée, à savoir que le panache radioactif se serait arrêté à la frontière française.

Le Prix Nobel de Physique Georges Charpak a considéré, dans un rapport publié en 2005, que les valeurs mesurées étaient peu élevées pour la santé publique : « La dose moyenne reçue par les populations françaises estimée pour 1986 est comprise entre moins de 0,025 mSv [millisievert] dans l'Ouest et 0,4 mSv dans l'Est. ». Toutefois, ce rapport a mis en évidence des communications erronées du SCPRI : « Le SCPRI avait pleinement connaissance du dépassement quelquefois très important des valeurs de la radioactivité. (…) Les cartes qui ont été fournies par le SCPRI sont inexactes dans plusieurs domaines. (…) Le SCPRI n'a visiblement pas restitué toutes les informations qui étaient en sa possession aux autorités décisionnaires ou au public (…). Les risques de contamination ont toujours été niés ainsi que l'irradiation de la population avec, pour conséquence, l'absence de toute prophylaxie et en particulier l'absence de l'administration d'iode. ». Pour la petite histoire, en plus de ses compétences en physique nucléaire, Georges Charpak avait des raisons d'être concerné personnellement par la catastrophe de Tchernobyl car il est né pas très loin du lieu.
 


C'est la raison pour laquelle Pierre Pellerin a été mis en examen le 31 mai 2006 pour « tromperie aggravée ». Ces poursuites judiciaires qui lui ont valu un procès a fini le 7 septembre 2011 par un non-lieu, confirmé le 20 novembre 2012 par la Cour de Cassation qui a expliqué : « En l'état des connaissances scientifiques actuelles, [il est] impossible d'établir un lien de causalité certain entre les pathologies constatées et les retombées du panache radioactif de Tchernobyl. ». De plus : « Considérant qu'aux termes de l'instruction, il n'est pas démontré que le professeur Pellerin ait, de mauvaise foi, donné des informations fausses, inexactes ou tronquées sur les qualités substantielles, les contrôles des produits alimentaires atteints par la radioactivité ou les précaution à prendre après l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, que les faits reprochés ne peuvent recevoir la qualification de tromperie ou tout aucune qualification pénale. ». Et de préciser : « Aucune comparaison avec les décisions prises par les autres pays limitrophes de la France n'est pertinente en raison des différences de pluviométrie et de relief. ».

De quelles "pathologies constatées" parle-t-on ? D'une augmentation du nombre de cancers de la thyroïde en France. Dans son rapport, Georges Charpak a évalué à 100 cancers supplémentaires en un an, et environ 300 par an à la trentième année, soit un total autour de 10 000 : « La grande majorité des cancers ne sont pas causés par l'accident, y compris dans les zones les plus affectées, à la notable exception du cancer de la thyroïde de l'ensemble des cancers mortels sur la même période. ».

Toutefois, il est difficile d'être persuadé que l'origine de ces cancers supplémentaires soit la catastrophe nucléaire. En effet, depuis 1975, le nombre de cancers de la thyroïde est en augmentation constante à +7%/an et aucune inflexion n'a été observée en 1986. De plus, les zones géographiques qui ont connu le plus d'augmentation ne correspondent pas aux zones où les retombées radioactives étaient les plus importantes. Autre considération : l'augmentation des cancers secondaires de la thyroïde peut être lié à des traitements radiothérapiques plus nombreux qu'auparavant.
 


Pour certains spécialistes, les plaignants atteints du cancer de la thyroïde, pour la plupart déjà adultes lors de la catastrophe de Tchernobyl (dans la région de Tchernobyl, on n'a relevé une augmentation du nombre de cancers de la thyroïde que parmi les enfants, une augmentation d'environ 5 000), seraient des "otages" du "lobby" antinucléaire. La Société française d'énergie nucléaire a rejeté la causalité entre cette augmentation du nombre de cancers de la thyroïde et les retombées de l'accident nucléaire : « Les registres des cancers ont révélé une augmentation préférentielle de cas à l’Ouest de la France, région la moins exposée aux retombées du nuage radioactif. ». La seule véritable exception serait la Corse où l'augmentation du nombre de cancers de la thyroïde (notamment chez les hommes alors que généralement cela concerne surtout les femmes) ne pourrait s'expliquer que par les retombées de l'accident de Tchernobyl.

Comme on le voit, on n'en sait pas vraiment plus sur les conséquences sanitaires en France qu'au lendemain de la catastrophe de Tchernobyl. Les analyses statistiques ont souvent beaucoup de biais et corrélation ne signifie pas automatiquement causalité (on l'a vu avec le covid-19). Quant à la communication d'État, elle a été en partie défaillante plus par amateurisme et improvisation que par volonté consciente de cacher la vérité aux Français. La vraie question est : a-t-on appris de la catastrophe de Tchernobyl pour ne pas recommencer les mêmes errements ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 avril 2026)
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260426-tchernobyl.html

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11 mars 2026 3 11 /03 /mars /2026 03:46

« Le séisme initiateur, d'une magnitude 9, soulève une vague qui atteint 30 mètres de haut sur certaines parties de la côte orientale japonaise et qui se répand jusqu'à dix kilomètres à l'intérieur des terres, faisant plus de 18 000 morts par noyade. La vague atteint une hauteur de 15 mètres au niveau de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, située sur le littoral, et met hors service les systèmes assurant le refroidissement des réacteurs et des piscines de stockage du combustible irradié, ce qui entraîne la fusion des cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 ainsi que la surchauffe de la piscine de désactivation du réacteur 4. » (Wikipédia).





 


Et l'encyclopédie en ligne Wikipédia de poursuivre : « Il s'agit de la deuxième catastrophe de centrale nucléaire de l'histoire classée au niveau 7, le plus élevé sur l'échelle internationale des événements nucléaires (INES), au même degré de gravité que la catastrophe de Tchernobyl (1986), en particulier par le volume important des rejets radioactifs dans l'océan Pacifique. L'accident nucléaire de Fukushima est ce qu’on appelle au Japon un Genpatsu-shinsai, un accident combinant les effets d'un accident nucléaire et d'un séisme. ».

La catastrophe nucléaire de Fukushima, au Japon, près de Sendai, est survenue il y a exactement quinze ans, le 11 mars 2011 et, avec la catastrophe de Tchernobyl, constitue ce que redoutaient tous les militants anti-nucléaires, à savoir un accident d'une importance mondiale.

Paradoxalement, le bilan humain serait étrangement faible malgré l'importance majeure de la catastrophe puisqu'un seul décès a été pris en compte, susceptible d'être une conséquence de cette catastrophe, un ouvrier atteint de leucémie qui est mort cinq années plus tard. En revanche, victimes collatérales, plus de 2 200 personnes auraient péri des suites des déplacements de populations consécutifs à la catastrophe nucléaire.

 


Les installations avaient été construites pour résister à un séisme de magnitude 8 et d'un tsunami de 5,7 mètres de hauteur. Au-delà, cela avait été considéré comme hautement improbable, même si ce n'était pas impossible. Ce qui a été mis en évidence, c'était la défection des systèmes de refroidissement des réacteurs ainsi que de ceux de secours. Le risque, sans refroidissement, était la fusion du cœur du réacteur. C'est ce qui se serait passé pour les réacteurs 1, 2 et 3. Pendant un mois, la situation des quatre réacteurs nucléaires fut scrutée en direct minute après minute avec un écho international, entraînant une véritable psychose du nucléaire avec, comme conséquence directe, l'arrêt du nucléaire allemand (surtout pour des raisons électorales).

Concrètement, la centrale de Fukushima a été rendue hors service définitivement et est amenée à être totalement démantelée d'ici à 2050-2060. Pendant ce temps-là, des millions de mètres cubes d'eau de refroidissement sont rejetés dans l'océan après filtrage et dilution. Ces coûts très élevés du démantèlement devraient être pris en compte dans le coût du nucléaire. Les coûts de la catastrophe ont été évalués par l'exploitant Tepco le 7 novembre 2012 à environ 100 milliards d'euros, comprenant la décontamination des zones touchées et l'indemnisation des villes et des personnes.
 


Au cours d'un conseil extraordinaire de l'OCDE réuni le 28 avril 2011 à Paris, le directeur général de l'AEIA (Agence internationale de l'énergie atomique) Yukiya Amano a déclaré : « La confiance du public dans la sûreté des centrales nucléaires a été profondément ébranlée dans le monde entier. Nous devons par conséquent continuer à travailler dur pour augmenter la sûreté de ces centrales, et garantir la transparence par rapport aux risques que représentent les radiations nucléaires. C'est seulement de cette manière qu'il sera possible de répondre aux questions soulevées par Fukushima Daiichi. ».

Néanmoins, les mentalités ont beaucoup évolué depuis quinze ans en raison des conséquences du bouleversement climatique dont la cause serait les émissions de carbone. Tout doit donc être désormais fait pour réduire voire supprimer toute énergie d'origine fossile (principalement le pétrole, le gaz et le charbon). À cet égard, les énergies renouvelables que sont l'hydroélectricité, les éoliennes et le photovoltaïques ne tiennent pas leurs promesses car elles sont insuffisantes en puissance et, pour les deux dernières, seulement complémentaires d'une énergie fossile.

C'est pourquoi l'énergie nucléaire se retrouve dans la situation d'être la meilleure énergie pour réduire au maximum les émissions de carbone. L'inflexion politique en France, pays nucléaire par excellence (et bon élève pour les émissions de carbone) a eu lieu le 9 février 2022 lorsque le Président Emmanuel Macron, après avoir confirmé le démantèlement de la centrale de Fessenheim au début de son premier quinquennat (une décision purement politique car elle ne se justifiait pas du point de vue technique), a annoncé un plan d'installation de nouvelles centrales nucléaires. Une sorte de repentance nucléaire.

Au Japon, le gouvernement japonais avait pris la décision le 14 septembre 2012 d'une sortie totale du nucléaire en 2040, mais le Premier Ministre japonais est revenu sur cette décision en été 2015 en relançant les réacteurs en état de marche et de sécurité, considérant que cela reste encore l'énergie la moins chère. En mai 2021, sur un parc de 33 réacteurs, 26 ont été définitivement arrêtés et 7 sont encore en fonctionnement.


Ce retour des perspectives nucléaires arrive également avec la volonté de favoriser la voiture au moteur électrique (au détriment de la voiture au moteur thermique). Rien qu'en France, si on gardait les déplacements automobiles constatés (donc sans les réduire), il faudrait doubler le parc des centrales nucléaires (plus d'une cinquantaine de réacteurs actuellement) pour faire face aux besoins en énergie pour l'automobile. Cela paraît un gigantesque défi tant financier que technologique que la France, pas plus que ses partenaires européens et mondiaux, ne sont capables de relever à ce jour.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mars 2026)
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14 août 2025 4 14 /08 /août /2025 04:15

« Les chiffres déclinants de la balance commerciale agro-alimentaire française, particulièrement concernant la filière sinistrée des fruits et légumes, illustrent une vérité que les agriculteurs constatent dans leurs territoires année après année : l'excès de normes et les surtranspositions minent la ferme France. Ce constat commande d'agir avant qu'il ne soit trop tard. » (Extrait du rapport du sénateur Pierre Cuypers sur la loi Duplomb, adopté le 4 décembre 2024 par la commission des affaires économiques du Sénat).



 


Comme il l'avait fait savoir dès l'annonce de la décision du Conseil Constitutionnel du 7 août 2025, le Président de la République Emmanuel Macron a promulgué ce lundi 11 août 2025 la loi Duplomb qui devient donc très officiellement la loi n°2025-794 du 11 août 2025 visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur dont le texte a été publié au Journal Officiel du 12 août 2025.

C'est toujours étonnant que le processus législatif d'une loi aussi emblématique s'achève en plein mois d'août, et pourtant, ce n'est pas rare, c'est même souvent que cela arrive, dans un contexte pourtant où ce processus dure généralement plus d'une année.


Qu'importe ! La loi Duplomb a fait beaucoup de mécontents mais le gouvernement de François Bayrou et le Président Emmanuel Macron peuvent s'avouer satisfaits de la tournure des événements. C'était un point chaud dans la cohésion du socle commun et LR, à cause de la surenchère du RN, en avait fait un causus belli, tandis qu'Emmanuel Macron et ses amis regrettaient un retour en arrière peu compréhensible au sein de la sacro-sainte "opinion publique".
 


La "censure" du Conseil Constitutionnel du volet le plus controversé, à savoir la dérogation des interdictions d'utilisation et de stockage des pesticides de la famille des néonicotinoïdes, en particulier de l'acétamipride (soulignons que j'ai écrit ces deux mots sans m'arrêter et sans faute, mais cela fait penser bien sûr à un sketch célèbre des Inconnus sur l'acide acétylsalicylique que le dessinateur Xavier Gorce n'a pas manqué de décliner dans notre contexte politique actuel)... mais je m'égare dans ma phrase, reprenons, la censure du Conseil Constitutionnel a donc permis au Président de la République de promulguer une loi qui, finalement, ne ré-autorise pas l'acétamipride dans les exploitations agricoles, tout en n'ayant pas eu la responsabilité politique de supprimer cette disposition.

Pour la gauche écolo-socialiste, le texte reste néanmoins indéfendable en ce sens qu'il permet d'augmenter la taille des élevages des porcs et des volailles pour se mettre au niveau de la rude concurrence européenne et mondiale. Le groupe écologiste a déjà annoncé qu'il déposerait une proposition de loi pour tenter d'abroger ce texte (pourtant largement adopté par l'Assemblée Nationale).
 


Si la Ministre de l'Agriculture Annie Genevard (LR) a regretté la décision du Conseil Constitutionnel, qui ferait perdurer « une divergence entre le droit français et le droit européen [et les] conditions d’une concurrence inéquitable faisant courir un risque de disparition de certaines filières », le Premier Ministre a toutefois pu se sentir soulagé de cet épilogue sans heurt avant d'attaquer la grosse discussion budgétaire. Le Ministre de la Santé Yannick Neuder a, de son côté, déclaré le 8 août 2025 qu'il fallait avoir une même réglementation européenne sur l'acétamipride : « Il s’agit bien de mettre la France au même niveau de principe de précaution que les autres pays européens. ».

Toutefois, beaucoup d'agriculteurs et leurs partisans à l'Assemblée, ont vivement critiqué la décision du Conseil Constitutionnel, soit sur ce qu'on appelle le gouvernement des juges (je recommande de revenir sur les fondamentaux avec De Gaulle), soit sur les conséquences d'avoir intégré dans la Constitution en 2005 la Charte de l'Environnement.

 


Ainsi, comme exemple ambiant, le dessinateur déjà cité, Xavier Gorce, n'a pas hésité à blâmer cette charte sur Twitter, le 7 août 2025 : « On n'a pas fini de payer les conneries de Chirac. La Charte de l'Environnement en est une. Le problème n'est pas le Conseil Constitutionnel, mais les patchs ajoutés à la Constitution pour faire du "mieux disant" sans bien mesurer tous les effets rebonds délétères. ». Puis le 8 août 2025 : « Il faut au plus vite supprimer cette Charte de l'Environnement stupide (mais bien intentionnée, donc forcément stupide) qui ne sert qu'à interdire chez nous ce qui est permis ailleurs et donc faire une course les pieds liés sans régler AUCUNE question environnementale ou de santé. ».

Même si elle est plus argumentée que bien des critiques de la décision du Conseil Constitutionnel du 7 août 2025, elle oublie un élément fondamental : de prendre en compte la motivation des Sages, plus exactement, de lire leur texte exact. Les membres du Conseil Constitutionnel ne vivent pas sur une autre planète et connaissent les enjeux de leur décision sur l'économie mais aussi sur la santé et l'environnement. Leur niveau d'expertise est juridique et constitutionnel, et c'est pour cela qu'on les appelle les Sages, car leur décision ne va plus de soi.

 


En effet, la plupart de leurs décisions sont cruciales car le problème vient d'une opposition entre deux principes constitutionnels ou considérés comme tels (comme la laïcité). Par exemple, on oppose souvent sécurité et liberté, les deux sont indispensables. De même, on oppose aussi liberté et égalité. Le travail des Sages, c'est de rendre ces principes équilibrés, c'est-à-dire de ne pas favoriser l'un au détriment total de l'autre.

Ainsi, pour l'affaire de l'acétamipride, le principe de l'intérêt général se cognait à la fois contre le mur de la santé et de l'environnement à préserver (par la Charte de l'Environnement) et contre le mur de l'intérêt des agriculteurs et leur équité face aux autres agriculteurs européens. Le Conseil Constitutionnel a donc bien pris en compte l'intérêt des agriculteurs, considéré aussi comme l'intérêt général en ce sens que ce n'est pas l'intérêt du peuple français que tous les agriculteurs français fassent faillite. Les Sages ne sont pas une machine glaciale, une sorte d'IA constitutionnelle. Non, ils ont pris en compte aussi la réalité de la société tout en voulant rester dans le cadre des textes constitutionnels (que les parlementaires et gouvernement ont toujours la possibilité de modifier si nécessaire).

Or, que dit le Conseil Constitutionnel ? Pas que l'acétamipride est un vilain produit interdit par la Constitution à cause de l'article premier de la Charte de l'Environnement (« Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. »). Parce que cette phrase, en elle-même, pourrait interdire tout produit, même l'oxygène (dangereux à trop forte dose). Non, le Conseil Constitutionnel a mis en balance l'idée qu'on peut mettre un peu en danger cette équilibre environnemental et cette santé pour des raisons d'intérêt général (la survie des agriculteurs), ce qui est grave, mais pas de manière trop forte. Il faut le faire de manière équilibré car il faut que tout le monde puisse vivre, c'est les limites de ce vivre-ensemble que le Conseil Constitutionnel tente de définir, décision après décision.
 


En clair, les Sages ont donné la clef : messieurs les parlementaires, vous avez été bourrins ce coup-là, vous n'avez pas pris en compte l'intérêt de tous dans cette affaire, vous avez proposé des dérogations sans aucune précision, ce qui se transformerait en autorisation permanente et universelle. Ce qui est contraire à la prise en compte de l'environnement, de la biodiversité et surtout, de la santé des personnes.

Du reste, le sénateur Laurent Duplomb l'a bien compris et a annoncé dès le 8 août 2025 qu'il n'excluait pas de déposer une nouvelle proposition de loi sur le sujet en écoutant les Sages constitutionnels. Il faudra alors que les dérogations soient limitées dans le temps, pour des filières bien précises (betteraves, noisettes, pommes de terre, kiwis, par exemple), sans le mettre par pulvérisation et à la condition que l'Union Européenne ne considère pas le produit comme toxique. Pour les quatre filières que je viens de citer, le député LR Julien Dive a estimé le 10 juillet 2025 que leurs parcelles ne représenteraient que 1,7% au maximum des surfaces agricoles utilisées en France.

De plus, le Conseil Constitutionnel attend de l'éventuel futur texte que des solutions alternatives soient mises à l'étude et que l'utilisation exceptionnelle et temporaire de l'acétamipride relève d'une dernière solution économique, faute de mieux, afin de garder la compétitivité des productions.

 


Au lieu de critiquer la Charte de l'Environnement, il faut au contraire se réjouir qu'elle nous, nous, peuple français, protège juridiquement de toute sorte d'abus économiques, industriels, agricoles sur la santé, la biodiversité et l'environnement. Car elle n'empêche ni l'utilisation exceptionnelle de substances dangereuses, ni n'oblige à faire faillite le cas échéant. C'est ce que démontrerait l'éventuel prochain texte Duplomb s'il était déposé et que le processus législatif allait jusqu'à son terme. Et dans ce cas, le Conseil Constitutionnel, puisqu'il a défini précisément les critères de conformité à la Constitution, ne pourrait déclarer ce nouveau texte que conforme, et ce serait alors ses opposants, la gauche socialiste et écologiste, qui critiqueraient le Conseil Constitutionnel.

Mais dans tous les cas, ce second texte Duplomb ne percuterait pas la discussion budgétaire car le processus serait trop long. Et c'est tant mieux pour le gouvernement, qui risque la censure, et si l'état d'esprit des socialistes n'est pas à l'indulgence, ils peuvent se satisfaire quand même que l'utilisation des néonicotinoïdes reste toujours rigoureusement interdite par la législation actuelle. Rappelons-nous que la gauche avait déposé le 4 juin 2025 la septième motion de censure contre le gouvernement Bayrou qui portait justement sur la loi Duplomb.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
Document à télécharger : Décision n°2025-891 DC du 7 août 2025 sur la loi Duplomb.
Loi Duplomb : les Sages interdisent la réintroduction des néonicotinoïdes dans l'agriculture.
Emmanuel Macron doit-il promulguer la loi Duplomb ?
Laurent Duplomb.
La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
Les 10 mesures de Gabriel Attal insuffisantes pour éteindre la crise agricole.
Émotion nationale pour Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
José Bové.

 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250811-loi-duplomb.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/loi-duplomb-amputee-mais-262610

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/15/article-sr-20250811-loi-duplomb.html

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9 août 2025 6 09 /08 /août /2025 04:05

« Il découle notamment de cette Charte que le législateur doit, lorsqu’il adopte des mesures susceptibles de porter une atteinte grave et durable à un environnement équilibré et respectueux de la santé, veiller à ce que les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne compromettent pas la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins, en préservant leur liberté de choix à cet égard (art. 1er de la Charte). Il doit prendre en compte le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement (art. 2) et l’exigence de promouvoir un développement durable conciliant la protection et la mise en valeur de l’environnement, le développement économique et le progrès social (art. 6). » (Conseil Constitutionnel, le 7 août 2025).



 


Coup de théâtre sur le front de la loi Duplomb : ce jeudi 7 août 2025 en début de soirée, le Conseil Constitutionnel a rendu public son avis sur la conformité de la loi Duplomb si controversée après avoir reçu trois saisines des parlementaires, par sa décision n°2025-891 DC du 7 août 2025. À l'évidence, les Sages bossent tout l'été !

L'élément important est que le Conseil Constitutionnel a invalidé les dispositions permettant un régime dérogatoire dans l'interdiction des pesticides de la famille des néonicotinoïdes en raison de la Charte de l'Environnement intégrée dans la Constitution par la loi constitutionnelle n°2005-205 du 1er mars 2005 (promulguée par le Président Jacques Chirac).

C'est important pour la loi Duplomb qui se voit donc amputer de cette disposition très controversée, mais aussi on peut craindre pour l'avenir car cela va peut-être faire jurisprudence et l'interprétation de la Charte de l'Environnement, notamment son article premier : « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. » pourrait probablement conduire à des impasses juridiques particulièrement calamiteuses (quid de l'autoroute A69, par exemple ?). En fait, comme on le verra plus loin, l'interprétation de cette Charte est très rationnelle et très encadrée.


Les trois saisines des parlementaires avaient apporté un certain nombre d'éléments pour invalider la loi Duplomb. Le plus important des arguments visant à censurer tout le texte était sur les conditions d'adoption définitive du texte, en particulier par l'adoption d'une motion de rejet préalable en première lecture à l'Assemblée Nationale supposée pour contourner le droit d'amendement et éviter l'examen des 3 500 amendements déposés à cette occasion. L'instance des Sages a considéré que les droits constitutionnels devaient s'appliquer de manière équilibrée, tant le droit d'amendement que le droit de rejet préalable.

Et que ce fut le cas pour la loi Duplomb : « Le Conseil rappelle que bon déroulement du débat démocratique et le bon fonctionnement des pouvoirs publics constitutionnels supposent que le droit d’amendement des parlementaires soit pleinement respecté, mais aussi que parlementaires comme gouvernement puissent utiliser sans entrave les procédures. Cette double exigence implique qu’il ne soit pas fait un usage manifestement excessif de ces droits. Appliquant ces principes à la procédure dont il était saisi, il juge qu’ au regard des conditions générales du débat, l’adoption de la motion de rejet préalable en première lecture à l’Assemblée Nationale n’a méconnu ni le droit d’amendement, ni les exigences de clarté et de sincérité du débat parlementaire. ».

 


Ensuite, le Conseil Constitutionnel a examiné certains articles de la loi Duplomb au regard des exigences de la Charte de l'Environnement. En particulier, il souligne la différence entre principe de précaution et principe de prévention : « La Charte fait (…) la distinction entre le principe de précaution (art. 5 de la Charte), qui ne joue que lorsque la réalisation d’un dommage est incertaine, mais susceptible si elle advient d’affecter de manière grave et irréversible l’environnement, et le principe de prévention (art. 3), applicable en cas de risque certain pour l’environnement, et qui impose alors de prendre les mesures de nature soit à prévenir sa survenance, soit, à défaut, d’en limiter les conséquences négatives. ».

C'est donc bien sur l'article 2 de la loi Duplomb que la décision du Conseil Constiutionnel est importante. Il rappelle sa jurisprudence : « En l’état actuel du droit, l’utilisation de tels produits est interdite par l’article L. 253 8 du code rural et de la pêche maritime. La loi déférée créait une possibilité de dérogation à cette interdiction. Le Conseil Constitutionnel s’était déjà prononcé sur la constitutionnalité de dérogations de ce type par sa décision n° 2020-809 DC du 10 décembre 2020. Il avait alors jugé que les produits phytopharmaceutiques contenant des néonicotinoïdes ont des incidences sur la biodiversité, en particulier pour les insectes pollinisateurs et les oiseaux ainsi que des conséquences sur la qualité de l’eau et des sols et induisent des risques pour la santé humaine. Il avait néanmoins admis une dérogation cantonnée au traitement des betteraves sucrières dont la culture était soumise à de graves dangers, circonscrite dans le temps, soumise à des conditions procédurales garantissant une mise en œuvre limitée et encadrant les usages des produits concernés, en excluant en particulier toute pulvérisation afin de limiter les risques de dispersion. ».
 


D'où sa conclusion sur l'article 2 de la loi Duplomb et sur les dérogations pour ce type de produits : « Après avoir relevé le motif d’intérêt général que le législateur a entendu poursuivre en permettant à certaines filières agricoles de faire face aux graves dangers qui menacent leurs cultures, le Conseil a rappelé les dangers associés à l’usage des produits concernés, puis a constaté que la dérogation rendue possible par la loi déférée : 1/ était instaurée pour toutes les filières agricoles, sans les limiter à celles pour lesquelles le législateur aurait identifié une menace particulière dont la gravité compromettrait la production ; 2/ n’était pas accordée à titre transitoire pour une période déterminée ; 3/ et pouvait être décidée pour tous types d’usage et de traitement y compris ceux qui, recourant à la pulvérisation, présentent des risques élevés de dispersion des substances. Il en a déduit que faute d’encadrement suffisant les dispositions déférées méconnaissaient le cadre défini par sa jurisprudence, découlant de la Charte de l’Environnement. ». Donc, la phrase la plus politiquement importante : « Le Conseil censure la possibilité de déroger à l’interdiction d’utiliser des produits phytopharmaceutiques contenant des néonicotinoïdes. ».

En d'autres termes, le Conseil Constitutionnel considère que les dérogations accordées par la loi du Duplomb seraient généralisées, pour tous les secteurs, tout le temps et avec toutes les méthodes dont la pire, la pulvérisation, si bien que cela en fait une ré-autorisation générale incompatible avec le principe de prévention contenu dans la Constitution.

On voit ainsi dans cette argumentation un moyen possible, pour les partisans de la loi Duplomb, de corriger le texte en précisant les filières (betteraves et noisettes, par exemple), la durée (jusqu'à l'interdiction de ces pesticides au niveau européen, par exemple), et en interdisant des méthodes qui risquent la dispersion de ces pesticides. Pour cela, soit le Président de la République Emmanuel Macron propose de faire une nouvelle délibération sur cet article 2 pour le rendre conforme à la Constitution et à la jurisprudence du Conseil Constitution (c'est-à-dire, qu'une dérogation reste vraiment une dérogation, à savoir dans des cas précis et exceptionnels), soit les députés partisans de la loi Duplomb dépose un nouveau texte sur ce sujet spécifique, avec tout le parcours du combattant d'une telle loi dans une Assemblée divisée en trois blocs et sous pression d'électeurs divisés.

On pourra d'ailleurs commenter ainsi : les partisans de la loi Duplomb ont été trop gourmands et excessifs dans la rédaction de la loi et auraient mieux fait d'être plus modérés pour passer entre les mailles (très logiques) du Conseil Constitutionnel.

 


Enfin, le Conseil Constitutionnel a formulé deux réserves d'interprétation pour encadrer la portée de l'article 5 relatif à l'implantation d'ouvrages de stockage d'eau. Là aussi, ce sujet est très polémique et sensible.

Rappelons d'abord qu'une réserve d'interprétation dans un avis du Conseil Constitutionnel a valeur forte équivalente au texte même de la loi : « Une réserve d’interprétation permet de valider une disposition qui, sans le respect de cette réserve, devrait être censurée. Elle s'impose aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles. ».

Dans un premier temps, le Conseil Constitutionnel admet une opposition ente deux formes d'intérêt général : « Le Conseil estime que la réalisation des ouvrages de stockage d’eau et des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines associés est susceptible de porter atteinte à l’environnement eu égard à leurs incidences sur la ressource en eau et la biodiversité. Il relève toutefois qu’en adoptant ces dispositions, le législateur a poursuivi un motif d’intérêt général, visant à préserver la production agricole dans des zones soumises à un déficit quantitatif pérenne d’eau susceptible d’affecter la capacité de production. ».

Il poursuit dans un deuxième temps : « Il relève également que les présomptions sont réservées aux ouvrages et prélèvements situés dans des zones affectées d’un déficit quantitatif pérenne d’eau compromettant le potentiel de production agricole, et ne s’appliquent qu’à la condition qu’ils résultent d’une démarche territoriale concertée sur la répartition de la ressource en eau, qu’ils s’accompagnent d’un engagement des usagers dans des pratiques sobres en eau et qu’ils concourent à un accès à l’eau pour tous les usagers. ».

Et, dans un troisième temps, il impose deux réserves d'interprétation pour considérer le texte conforme à la Constitution (c'est-à-dire conforme au premier article de la Charte de l'Environnement) : « Le Conseil formule (…) deux réserves d’interprétation pour exclure toute méconnaissance du droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. La première réserve précise que si les dispositions contestées s’appliquent à des prélèvements sur les eaux souterraines, elles ne sauraient être interprétées comme permettant la réalisation de prélèvements au sein de nappes inertielles. La seconde précise que les présomptions instituées doivent être réfragables : autrement dit, elles n’interdisent pas de contester devant le juge l’intérêt général majeur ou de la raison impérative d’intérêt général majeur du projet d’ouvrage concerné. Enfin le Conseil relève que la loi ne dispense pas l’autorité administrative compétente de s’assurer, sous le contrôle du juge, qu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuit pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle. ».

Il faut bien noter, pour la seconde réserve, que le texte visait la sécurité juridique des promoteurs d'ouvrages de stockage d'eau. Elle ne sera donc pas présente puisque la loi Duplomb n'empêchera aucune contestation judiciaire.
 


Pour résumer, le Conseil Constitutionnel valide la loi Duplomb dans sa globalité, en y précisant deux réserves d'interprétation pour les ouvrages de stockage d'eau, et surtout, en supprimant, pour non-conformité à la Charte de l'Environnement, la disposition qui permet l'automaticité des dérogations à l'interdiction des pesticides de la famille des néonicotinoïdes.

Cette décision d'invalidation partielle aurait pu être envisagée si l'on avait étudié les décisions antérieures du Conseil Constitutionnel sur le même sujet, car elle est cohérente avec celles-ci (notamment celle de décembre 2020). En reformulant, les agriculteurs en ont trop demandé qu'ils ont chargé trop la barque de l'anticonstitutionnalité.

Il faut bien insister sur le fait que le Conseil Constitutionnel n'invoque la Charte de l'Environnement que de manière très modérée et que la conformité d'un texte plus nuancé aurait sans doute été validée par lui car un tel texte plus nuancé aurait respecté les principes généraux de la Charte de l'Environnement. C'est l'inconvénient de passer par une proposition de loi (d'origine parlementaire) pour ce sujet si critique d'un point de vue tant constitutionnel que sociétal : un projet de loi (d'origine gouvernementale) aurait dû passer le filtre du Conseil d'État qui aurait tout de suite intégré ce risque de non-conformité et aurait proposé une autre rédaction plus restrictive, et plus prudente, qui aurait sans doute été acceptée par le Conseil Constitutionnel.

Attention ! Cette décision est donc loin d'être une victoire constitutionnelle des opposants aux néonicotinoïdes. Comme je viens de l'écrire, un texte plus restrictif devrait en fait pouvoir passer le filtrage de l'examen de constitutionnalité. Rien n'est perdu pour les partisans de la loi Duplomb et le combat n'est certainement pas terminé pour ses opposants politique.
 


Cela signifie qu'encore une fois, le Conseil Constitutionnel a donné son avis sans pression ni des partisans de la loi Duplomb, ni de ses opposants, qui se sont exprimés notamment au moyen d'une pétition qui a eu un formidable succès. Il n'a pas non plus agi avec des considérations politiques, ni même morales (les pesticides, ce n'est pas bien !). Le Conseil Constitutionnel n'a pris sa décision que sous l'angle juridique et constitutionnel et rien d'autre. Si les parlementaires sont mécontents de cette décision, ils peuvent toujours réviser la Constitution.
 


Dans les commentaires de cet avis du 7 août 2025, les personnalités politiques se grandiraient s'ils nous épargnaient le rituel couplet anti-Conseil Constitutionnel, nous sommes dans le gouvernement des juges, et blabla, et ceux qui oseraient encore invoquer De Gaulle pour parler du peuple comme seule cour suprême qui vaille, je leur conseille de lire mon article sur le sujet, justement.

Quant au Président de la République, il a jusqu'au 22 août 2025 pour prendre sa décision, soit simplement la promulgation de la loi Duplomb avec cette amputation des néonicotinoïdes, soit une nouvelle délibération pour reprendre la rédaction de son article 2 sur le sujet, comme l'y autorise l'article 10 alinéa 2 de la Constitution. J'ai une petite idée de la décision qu'il prendra finalement... Pas vous ?



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Document à télécharger : Décision n°2025-891 DC du 7 août 2025 sur la loi Duplomb.
Loi Duplomb : les Sages interdisent la réintroduction des néonicotinoïdes dans l'agriculture.
Emmanuel Macron doit-il promulguer la loi Duplomb ?
Laurent Duplomb.
La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
Les 10 mesures de Gabriel Attal insuffisantes pour éteindre la crise agricole.
Émotion nationale pour Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
José Bové.

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250807-loi-duplomb.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/loi-duplomb-les-sages-interdisent-262552

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6 août 2025 3 06 /08 /août /2025 03:31

« Le matin était redevenu calme, tranquille. On n’entendait aucun bruit d’avion. Alors, soudain, le ciel fut déchiré par un flash lumineux, jaune et brillant comme dix mille soleils. Nul ne se souvient avoir entendu le moindre bruit à Hiroshima quand la bombe a éclaté. (…) Un nuage de poussière commença à s’élever au-dessus de la ville, noircissant le ciel comme une sorte de crépuscule. » (John Hersey, août 2005 dans "The New Yorker").




 


On commémore, ce mercredi 6 août 2025, le 80e anniversaire de la première explosion voulue d'une bombe nucléaire sur un terrain de guerre, dans la ville japonaise de Hiroshima, suivie, trois jours plus tard à Nagasaki, de la seconde explosion nucléaire. On se posera toujours la question de le pertinence d'avoir bombardé Nagasaki, alors que la démonstration de force à Hiroshima semblait bien suffisante.

Si on commémore, on ne fête pas ; il n'y a pas de quoi fêter l'application concrète négative jusqu'à son extrême d'une découverte scientifique pourtant très heureuse (l'énergie nucléaire et, pour avoir une idée, la possibilité de passer l'hiver au chaud et, aussi, de produire une énergie sans carbone). 140 000 habitants de Hiroshima et 80 000 habitants de Nagasaki auraient perdu la vie par ces deux explosions infernales, immédiatement ou dans les mois qui ont suivi. Je l'ai déjà évoqué plus précisément il y a quelques années.

Cette date est une singularité dans l'histoire de l'humanité. Non pas qu'elle puisse détruire la planète (il en faut beaucoup plus pour cela, la Terre est forte et solide), mais elle peut se détruire elle-même, et ça suffit amplement pour angoisser des générations entières.


Cela a donc entraîné de nombreuses réflexions et inspiré de nombreuses œuvres.

Des œuvres d'art, bien sûr, toute sorte d'art, comme la musique ; par exemple, parmi d'autres, le groupe Orchestral Manoeuvres in the Dark a sorti le 26 septembre 1980 cet excellent tube, qui fut un succès mondial, "Enola Gay", du nom du bombardier qui a lancé la bombe à Hiroshima. Il y a eu aussi le fameux film "Hiroshima mon amour", sorti le 10 juin 1959, réalisé par Alain Resnais et scénarisé par Marguerite Duras, avec la participation notamment d'Emmanuelle Riva et Bernard Fresson parmi les acteurs.





Comme la peinture, avec ces silhouettes (bleues) du peintre Yves Klein réalisées le 28 février 1960 (voir en fin d'article). Une anthropométrie que le jeune peintre, choqué comme tout le monde, commentait ainsi : « Hiroshima, les ombres d’Hiroshima ; dans le désert de la catastrophe atomique, elles ont été un témoignage sans doute terrible mais cependant un témoignage tout de même d’espoir de la survie et de la permanence, même immatérielle, de la chair. ».

De ces silhouettes, on ne peut que repenser à cette célèbre photographie prise à Nagasaki par Matsumoto Elichi, dans les débris d'une base militaire détruite par l'explosion. Le corps a été désintégré par le rayonnement mais son ombre a marqué le mur. Cela fait penser aux victimes de Pompéi et aussi, dans une autre mesure, mais c'est un tout autre sujet, au saint Suaire de Turin supposé (ou pas) représenté le visage du Christ (juste au moment de la Résurrection ?).

 


Ces deux explosions nucléaires ont fait poursuivre les réflexions philosophiques permanentes sur la science sans conscience qui ne serait, selon Rabelais, que ruine de l'âme, et la capacité des hommes (et des femmes) à contrôler (ou pas) des énergies et des choses beaucoup plus grandes qu'eux-mêmes. Ce débat a eu lieu ensuite sur l'informatique, la génétique, etc. et il est actuellement posé par le développement ultrarapide de l'intelligence artificielle.

Ces réflexions ne sont pas nouvelles, elles ont au moins un demi-millénaire et sans doute bien plus si on relit les philosophes classiques. En effet, dans son livre publié en 1532, "La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruélisme", Rabelais faisait écrire par Gargantua dans une lettre s'adressant à Pantagruel, son fils donc : « Mais parce que selon les dire du sage Salomon, Sapience n’entre point en âme malveillante, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme, il te convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui remettre toutes tes pensées et tout ton espoir ; et par une foi charitable, lui être fidèle, en sorte que jamais tu ne t’en écartes par péché. ».

Vouloir contrôler le monde, être capable de diriger la Nature... Le mythe de Prométhée nous rappelle qu'on n'est pas forcément gagnant lorsqu'on veut s'attaquer au dieu des dieux.
 


Mais ce sont les réflexions militaires et géostratégiques qui ont bouleversé le monde postmoderne : dans les années 1950, l'idée était que la possession d'une arme nucléaire permettait la protection par dissuasion nucléaire. Cela se passait en pleine guerre froide avec une surenchère de l'armement nucléaire. Le raisonnement, c'est qu'on ne peut plus attaquer et détruire l'ennemi sans être en retour attaqué et détruit. Dans ce dogme de la dissuasion nucléaire, l'armement nucléaire n'est pas tout, et on le voit maintenant, c'est aussi la manière de bombarder, c'est-à-dire la technologie des missiles qui fait beaucoup dans le processus de la dissuasion.

Russie, États-Unis, France, Royaume-Uni, et puis Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël, Iran... le risque de la multiplication des pays possédant l'arme nucléaire a encouragé le monde à se doter d'un traité de non-prolifération nucléaire plus ou moins bien respecté. Du reste, rappelons que la salutaire politique de dissuasion nucléaire n'a pas été initiée par De Gaulle (qui l'a poursuivie et consolidée) mais par des hommes d'État de la Quatrième République, en particulier Félix Gaillard, aussi Jules Moch, etc.

La guerre en Ukraine a montré les limites de cette dissuasion nucléaire puisqu'elle n'empêche pas le retour au cœur de l'Europe d'une guerre de type Première Guerre mondiale. En raison de la tentative d'invasion orchestrée par Vladimir Poutine, la Russie s'est positionnée agressivement contre l'Europe et les États-Unis. L'arrivée de Donald Trump n'en changera pas cet état des choses ; sa naïveté finira bien par s'écraser au mur de la réalité. Et c'est même maintenant !

Le dernier épisode est une réponse à des déclarations toujours inconséquentes et excessives de Dimitri Medvedev. Depuis février 2022, on a du mal à comprendre qui est cet ancien Président de la Fédération de Russie (2008 à 2012), servant de prête-nom à Vladimir Poutine (interdit d'un troisième mandat en 2008 ! Il en est à son cinquième mandat, et encore, en rallongeant de 50% leur durée et sans compter son temps de Premier Ministre), actuellement vice-président du conseil de sécurité de la Russie. Alors qu'il était initialement considéré comme "raisonnable" et "sérieux", avec des bonnes connaissances économiques, etc., il s'est transformé en pire que Vladimir Poutine, comme s'il y avait un concours de surenchères de celui qui propose le plus de menaces de guerre contre un supposé "Occident".

Dimitri Medvedev a réagi à la déclaration de Donald Trump réclamant la paix en Ukraine d'ici au 8 août 2025. L'ancien Président russe a écrit sur Twitter : « Chaque nouvel ultimatum est une menace et un pas vers la guerre. ». Or, pour une fois, au lieu d'ignorer les propos surbelliqueux de Dimitri Medvedev, Donald Trump l'a pris au mot en considérant que les déclarations ainsi exprimées étaient graves et menaçaient l'intégrité des États-Unis : « Soyons prudents, une menace a été proférée et nous avons estimé que ce n'était pas approprié ! ».

 


Résultat : le 1er août 2025, Donald Trump a annoncé le déploiement de deux sous-marins nucléaires américains vers la Russie. Concrètement, cela ne changera rien dans la mesure où les États-Unis n'avaient pas besoin de ce déploiement pour être défendus et en capacité de répondre aux éventuelles attaques nucléaires de la Russie, mais cela permet de montrer un changement de ton. La naïveté semblerait laisser maintenant place à la lucidité.

Après tout, prendre au sérieux toutes les logorrhées de Dimitri Medvedev a cet avantage qu'il la ramènera un peu moins la prochaine fois, et ce n'est pas dans l'intérêt de Vladimir Poutine de se montrer grossièrement belliqueux (ce qu'il est pourtant). Donald Trump, qui est bien du niveau de cette cour de récréation "virile" (celui qui a la plus longue), pourrait montrer à Vladimir Poutine qu'il a désormais trouvé un maître en la matière.

Quant à la dissuasion nucléaire, elle ne tient que si les protagonistes agissent avec raison et pas avec émotion. À l'ère de Trump, les invariants se réduisent à peau de chagrin.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Hiroshima et Nagasaki : le mythe fondateur de la dissuasion nucléaire.
Le syndrome d'Hiroshima.
En France, record mondial pour la fusion nucléaire !
Dominique Voynet, la fossoyeuse de l'énergie nucléaire française.
La repentance nucléaire : Emmanuel Macron à Belfort.
La filière nucléaire en crise, par Marc Endeweld dans "La Tribune" du 9 février 2022.
COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
Rapport de RTE sur les perspectives de production d’électricité, publié le 25 octobre 2021 (à télécharger).
Rapport du GIEC publié le 9 août 2021 (à télécharger).
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
Interview de François Bayrou le 24 mars 2021 sur LCI (à télécharger).
Le débat rayonnant sur le nucléaire.
François Hollande coincé entre Jean-Pierre Chevènement et Eva Joly sur le nucléaire.
Andrei Sakharov.
Incompréhensions américaines : le nucléaire iranien.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Marie Curie.
La Corée du Nord selon Guy Delisle.
Fukushima, dix ans après.
Tchernobyl (1986).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250805-hiroshima.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/hiroshima-et-nagasaki-le-mythe-262455

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/04/article-sr-20250806-hiroshima.html


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5 août 2025 2 05 /08 /août /2025 03:31

« Le matin était redevenu calme, tranquille. On n’entendait aucun bruit d’avion. Alors, soudain, le ciel fut déchiré par un flash lumineux, jaune et brillant comme dix mille soleils. Nul ne se souvient avoir entendu le moindre bruit à Hiroshima quand la bombe a éclaté. (…) Un nuage de poussière commença à s’élever au-dessus de la ville, noircissant le ciel comme une sorte de crépuscule. » (John Hersey, août 2005 dans "The New Yorker").




 


On commémore, ce mercredi 6 août 2025, le 80e anniversaire de la première explosion voulue d'une bombe nucléaire sur un terrain de guerre, dans la ville japonaise de Hiroshima, suivie, trois jours plus tard à Nagasaki, de la seconde explosion nucléaire. On se posera toujours la question de le pertinence d'avoir bombardé Nagasaki, alors que la démonstration de force à Hiroshima semblait bien suffisante.

Si on commémore, on ne fête pas ; il n'y a pas de quoi fêter l'application concrète négative jusqu'à son extrême d'une découverte scientifique pourtant très heureuse (l'énergie nucléaire et, pour avoir une idée, la possibilité de passer l'hiver au chaud et, aussi, de produire une énergie sans carbone). 140 000 habitants de Hiroshima et 80 000 habitants de Nagasaki auraient perdu la vie par ces deux explosions infernales, immédiatement ou dans les mois qui ont suivi. Je l'ai déjà évoqué plus précisément il y a quelques années.

Cette date est une singularité dans l'histoire de l'humanité. Non pas qu'elle puisse détruire la planète (il en faut beaucoup plus pour cela, la Terre est forte et solide), mais elle peut se détruire elle-même, et ça suffit amplement pour angoisser des générations entières.


Cela a donc entraîné de nombreuses réflexions et inspiré de nombreuses œuvres.

Des œuvres d'art, bien sûr, toute sorte d'art, comme la musique ; par exemple, parmi d'autres, le groupe Orchestral Manoeuvres in the Dark a sorti le 26 septembre 1980 cet excellent tube, qui fut un succès mondial, "Enola Gay", du nom du bombardier qui a lancé la bombe à Hiroshima. Il y a eu aussi le fameux film "Hiroshima mon amour", sorti le 10 juin 1959, réalisé par Alain Resnais et scénarisé par Marguerite Duras, avec la participation notamment d'Emmanuelle Riva et Bernard Fresson parmi les acteurs.





Comme la peinture, avec ces silhouettes (bleues) du peintre Yves Klein réalisées le 28 février 1960 (voir en fin d'article). Une anthropométrie que le jeune peintre, choqué comme tout le monde, commentait ainsi : « Hiroshima, les ombres d’Hiroshima ; dans le désert de la catastrophe atomique, elles ont été un témoignage sans doute terrible mais cependant un témoignage tout de même d’espoir de la survie et de la permanence, même immatérielle, de la chair. ».

De ces silhouettes, on ne peut que repenser à cette célèbre photographie prise à Nagasaki par Matsumoto Elichi, dans les débris d'une base militaire détruite par l'explosion. Le corps a été désintégré par le rayonnement mais son ombre a marqué le mur. Cela fait penser aux victimes de Pompéi et aussi, dans une autre mesure, mais c'est un tout autre sujet, au saint Suaire de Turin supposé (ou pas) représenté le visage du Christ (juste au moment de la Résurrection ?).

 


Ces deux explosions nucléaires ont fait poursuivre les réflexions philosophiques permanentes sur la science sans conscience qui ne serait, selon Rabelais, que ruine de l'âme, et la capacité des hommes (et des femmes) à contrôler (ou pas) des énergies et des choses beaucoup plus grandes qu'eux-mêmes. Ce débat a eu lieu ensuite sur l'informatique, la génétique, etc. et il est actuellement posé par le développement ultrarapide de l'intelligence artificielle.

Ces réflexions ne sont pas nouvelles, elles ont au moins un demi-millénaire et sans doute bien plus si on relit les philosophes classiques. En effet, dans son livre publié en 1532, "La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruélisme", Rabelais faisait écrire par Gargantua dans une lettre s'adressant à Pantagruel, son fils donc : « Mais parce que selon les dire du sage Salomon, Sapience n’entre point en âme malveillante, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme, il te convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui remettre toutes tes pensées et tout ton espoir ; et par une foi charitable, lui être fidèle, en sorte que jamais tu ne t’en écartes par péché. ».

Vouloir contrôler le monde, être capable de diriger la Nature... Le mythe de Prométhée nous rappelle qu'on n'est pas forcément gagnant lorsqu'on veut s'attaquer au dieu des dieux.
 


Mais ce sont les réflexions militaires et géostratégiques qui ont bouleversé le monde postmoderne : dans les années 1950, l'idée était que la possession d'une arme nucléaire permettait la protection par dissuasion nucléaire. Cela se passait en pleine guerre froide avec une surenchère de l'armement nucléaire. Le raisonnement, c'est qu'on ne peut plus attaquer et détruire l'ennemi sans être en retour attaqué et détruit. Dans ce dogme de la dissuasion nucléaire, l'armement nucléaire n'est pas tout, et on le voit maintenant, c'est aussi la manière de bombarder, c'est-à-dire la technologie des missiles qui fait beaucoup dans le processus de la dissuasion.

Russie, États-Unis, France, Royaume-Uni, et puis Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël, Iran... le risque de la multiplication des pays possédant l'arme nucléaire a encouragé le monde à se doter d'un traité de non-prolifération nucléaire plus ou moins bien respecté. Du reste, rappelons que la salutaire politique de dissuasion nucléaire n'a pas été initiée par De Gaulle (qui l'a poursuivie et consolidée) mais par des hommes d'État de la Quatrième République, en particulier Félix Gaillard, aussi Jules Moch, etc.

La guerre en Ukraine a montré les limites de cette dissuasion nucléaire puisqu'elle n'empêche pas le retour au cœur de l'Europe d'une guerre de type Première Guerre mondiale. En raison de la tentative d'invasion orchestrée par Vladimir Poutine, la Russie s'est positionnée agressivement contre l'Europe et les États-Unis. L'arrivée de Donald Trump n'en changera pas cet état des choses ; sa naïveté finira bien par s'écraser au mur de la réalité. Et c'est même maintenant !

Le dernier épisode est une réponse à des déclarations toujours inconséquentes et excessives de Dimitri Medvedev. Depuis février 2022, on a du mal à comprendre qui est cet ancien Président de la Fédération de Russie (2008 à 2012), servant de prête-nom à Vladimir Poutine (interdit d'un troisième mandat en 2008 ! Il en est à son cinquième mandat, et encore, en rallongeant de 50% leur durée et sans compter son temps de Premier Ministre), actuellement vice-président du conseil de sécurité de la Russie. Alors qu'il était initialement considéré comme "raisonnable" et "sérieux", avec des bonnes connaissances économiques, etc., il s'est transformé en pire que Vladimir Poutine, comme s'il y avait un concours de surenchères de celui qui propose le plus de menaces de guerre contre un supposé "Occident".

Dimitri Medvedev a réagi à la déclaration de Donald Trump réclamant la paix en Ukraine d'ici au 8 août 2025. L'ancien Président russe a écrit sur Twitter : « Chaque nouvel ultimatum est une menace et un pas vers la guerre. ». Or, pour une fois, au lieu d'ignorer les propos surbelliqueux de Dimitri Medvedev, Donald Trump l'a pris au mot en considérant que les déclarations ainsi exprimées étaient graves et menaçaient l'intégrité des États-Unis : « Soyons prudents, une menace a été proférée et nous avons estimé que ce n'était pas approprié ! ».

 


Résultat : le 1er août 2025, Donald Trump a annoncé le déploiement de deux sous-marins nucléaires américains vers la Russie. Concrètement, cela ne changera rien dans la mesure où les États-Unis n'avaient pas besoin de ce déploiement pour être défendus et en capacité de répondre aux éventuelles attaques nucléaires de la Russie, mais cela permet de montrer un changement de ton. La naïveté semblerait laisser maintenant place à la lucidité.

Après tout, prendre au sérieux toutes les logorrhées de Dimitri Medvedev a cet avantage qu'il la ramènera un peu moins la prochaine fois, et ce n'est pas dans l'intérêt de Vladimir Poutine de se montrer grossièrement belliqueux (ce qu'il est pourtant). Donald Trump, qui est bien du niveau de cette cour de récréation "virile" (celui qui a la plus longue), pourrait montrer à Vladimir Poutine qu'il a désormais trouvé un maître en la matière.

Quant à la dissuasion nucléaire, elle ne tient que si les protagonistes agissent avec raison et pas avec émotion. À l'ère de Trump, les invariants se réduisent à peau de chagrin.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Hiroshima et Nagasaki : le mythe fondateur de la dissuasion nucléaire.
Le syndrome d'Hiroshima.
En France, record mondial pour la fusion nucléaire !
Dominique Voynet, la fossoyeuse de l'énergie nucléaire française.
La repentance nucléaire : Emmanuel Macron à Belfort.
La filière nucléaire en crise, par Marc Endeweld dans "La Tribune" du 9 février 2022.
COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
Rapport de RTE sur les perspectives de production d’électricité, publié le 25 octobre 2021 (à télécharger).
Rapport du GIEC publié le 9 août 2021 (à télécharger).
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
Interview de François Bayrou le 24 mars 2021 sur LCI (à télécharger).
Le débat rayonnant sur le nucléaire.
François Hollande coincé entre Jean-Pierre Chevènement et Eva Joly sur le nucléaire.
Andrei Sakharov.
Incompréhensions américaines : le nucléaire iranien.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Marie Curie.
La Corée du Nord selon Guy Delisle.
Fukushima, dix ans après.
Tchernobyl (1986).
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L’industrie de l’énergie en France.

 





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