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24 février 2026 2 24 /02 /février /2026 03:27

« Christine Lagarde veut donner la possibilité au Président français sortant, Emmanuel Macron, et au Chancelier allemand, Friedrich Merz, de trouver un nouveau dirigeant pour l’une des plus importantes institutions de l’Union Européenne. » ("Financial Times" le 18 février 2026).



 


L'actuelle présidente de la Banque centrale européenne (BCE), la Française Christine Lagarde (qui vient d'avoir 70 ans il y a quelques semaines), pourrait démissionner dans quelques mois, avant la fin de son mandat qui devrait avoir lieu en automne 2027. C'est du moins une information confidentielle du "Financial Times" publiée le 18 février 2026 et qui a suscité quelques remous en France et en Europe.

La trajectoire de Christine Lagarde est atypique, assez rare et prestigieuse. Elle est aujourd'hui considérée comme l'une des Françaises les plus influentes au monde et cela durablement. Elle est entrée et restée dans le très sélectif Top 10 des femmes les plus puissantes du monde proposé par le magazine "Forbes", depuis 2011 (jusqu'à au moins 2025), avec même la deuxième place de 2019 à 2025, sauf l'année 2021 où elle n'avait "que" la troisième place.

À l'origine, avocate d'affaires et patronne de l'un des plus importants cabinets américains, Christine Lagarde a été appelée par Jacques Chirac pour faire partie du gouvernement. Elle a ainsi eu une carrière ministérielle qui fut loin d'être négligeable, poursuivie par Nicolas Sarkozy (elle est restée six ans ministre) : elle a été nommée Ministre déléguée au Commerce extérieur du 2 juin 2005 au 15 mai 2007 dans le gouvernement de Dominique de Villepin, puis Ministre de l'Agriculture et de la Pêche du 19 juin 2007 au 18 juin 2007 dans le premier gouvernement de François Fillon. Ensuite, elle a profité d'une gaffe électorale de Jean-Louis Borloo pour lui succéder à l'important Ministère de l'Économie et des Finances du 19 juin 2007 au 29 juin 2011 dans les deuxième et troisième gouvernement de François Fillon, cumulant avec l'Emploi, puis, à partir du 14 novembre 2010, l'Industrie. Elle a été la première femme à devenir grande argentière de France.

Femme d'autorité et de compétence, Christine Lagarde a rapidement séduit la classe politique, enfin, surtout à l'UMP. Dès 2010, son nom revenait régulièrement comme prochaine Première Ministre, et ces rumeurs l'ont poursuivie jusqu'en 2024. Certains l'imaginaient même candidate à l'élection présidentielle. En qualité de candidate, elle n'a été élue pour l'instant que localement, conseillère du douzième arrondissement de Paris de mars 2008 à juin 2011.


Mais elle s'est révélée plus à l'aise dans le monde de la finance que dans le monde politique. En juin 2011, elle a bénéficié de manière inattendue de l'affaire du Sofitel qui a provoqué la démission précipitée de Dominique Strauss-Kahn du FMI. Christine Large fut ainsi nommée directrice générale du Fonds monétaire internationale du 5 juillet 2011 au 12 septembre 2019. Et elle n'a quitté le FMI que pour s'occuper de la monnaie européenne, devenant la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) à partir du 1er novembre 2019, première femme à occuper ce poste qui était la compensation française de la désignation de l'ancienne ministre allemande Ursula von der Leyen à la Présidence de la Commission Européenne (première femme également à occuper ce poste).
 


Fruit de négociations européennes en juillet 2019, Christine Lagarde a été nommée le 20 octobre 2019 à la tête de la BCE pour un mandat de huit ans, qui devrait en principe finir le 1er novembre 2027, c'est-à-dire après l'élection présidentielle de 2027 et après la fin de la Présidence d'Emmanuel Macron. L'information selon laquelle elle quitterait la BCE avant la fin de l'année 2026 n'a donc pas été communiquée par hasard. Si elle-même l'a (mollement) démentie en expliquant qu'elle était « concentrée sur sa mission et n'a pris aucune décision concernant la fin de son mandat », une communication qui semblait moins ferme qu'il y a quelques jours, au Forum de Davos (dont elle pourrait prendre la présidence) où elle expliquait qu'elle était « déterminée à terminer » son mandat, l'ambiguïté demeure. Christine Lagarde a dû envoyer à l'ensemble des gouverneurs des banques centrales de chaque État membre un message le 19 février 2026 pour leur indiquer qu'elle les informerait prioritairement et personnellement si d'aventure elle décidait d'écourter son mandat. Dans tous les cas, il ne semble pas que ce soit à court terme.

L'intérêt politique d'une démission avant l'heure, c'est bien sûr de permettre à Emmanuel Macron de participer activement à la désignation de son successeur, en parallèle avec le Chancelier allemand Friedrich Merz, garantissant une certaine stabilité monétaire en Europe avant l'élection présidentielle française du printemps 2027 pour laquelle l'incertitude règne complètement.

Ce n'est pas la première personnalité à un haut poste financier qui pourrait démissionner avant la fin de son mandat afin de laisser à Emmanuel Macron la possibilité de choisir son successeur. Ainsi, le gouvernemeur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, en fonction depuis le 1er novembre 2015, avait annoncé le 9 février 2026 son intention de quitter ses fonctions avant la fin de son mandat prévue le 1er novembre 2027 (comme Christine Lagarde). Il va en effet démissionner dès le 1er juin 2026, après plus de dix ans à la tête de la Banque de France, et il a justifié ce départ anticipé par une « décision personnelle » afin de devenir le président de la Fondation des apprentis d'Auteuil. À cette occasion, Christine Lagarde, qui en a été informée personnellement, avait exprimé son « respect » à François Villeroy de Galhau. Le successeur de ce dernier pourrait être l'actuel Secrétaire Général de l'Élysée, Emmanuel Moulin ancien directeur général du Trésor. La nomination devra passer par les commissions des finances des deux assemblées (Assemblée Nationale et Sénat) pour validation comme pour toutes les nominations présidentielles.

Quant au successeur potentiel de Christine Lagarde à la BCE, deux candidats favoris semblent en bonne place pour obtenir la désignation : l'ancien gouverneur de la Banque des Pays-Bas, Klaas Knot et l'ancien gouverneur de la Banque d'Espagne, Pablo Hernandez de Cos, qui est l'actuel directeur de la Banque des règlements internationaux (BRI) depuis l'été 2025. Deux autres candidats, tous les deux allemands, peuvent être les outsiders : le président de la Bundesbank, Joachim Nagel et l'actuelle membre du conseil de la BCE, Isabel Schnabel. Mais on imagine mal qu'il y ait deux Allemands à deux positions stratégiques en Europe, Présidence de la Commission Européenne et présidence de la BCE.


Cité par BFM Business, la banque néerlandaise ABNnAmro a envoyé à ses clients une note sur le sujet : « Il est vraiment trop tôt dans le processus pour avoir des convictions fortes sur l'identité du prochain président. Il se peut très bien que la décision soit influencée par des considérations politiques, ce qui ouvre la porte à de nouveaux candidats. ». Ce qui est certain, au contraire de 2019, c'est que cette nomination sera indépendante de la désignation du successeur d'Ursula von der Leyen à la Présidence de la Commission Européenne dont le mandat finit en automne 2029.

Mais l'idée d'écourter son mandat peut avoir une autre motivation. Avec le peu de candidats du socle commun capables avec certitude d'atteindre le second tour en 2027, Christine Lagarde pourrait être encouragée à présenter sa candidature à l'élection présidentielle...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le départ annoncé de Christine Lagarde de la BCE.
Les grands argentiers de France.
Christine Lagarde nommée au FMI.
Europe sociale : les vacances en arrêt maladie récupérables !
Jacques Delors : Allons, courage, le Printemps de l’Europe est toujours devant nous !
Le testament européen de François Mitterrand.

Crans-Montana : l'enfer pendant la fête.
La parlementarisation de l'Europe (juillet 2025).
Enfin, une vision européenne !
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !

 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260218-christine-lagarde.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-depart-annonce-de-christine-266910

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/18/article-sr-20260218-christine-lagarde.html


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20 février 2026 5 20 /02 /février /2026 03:01

« Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que rien n'a fonctionné comme prévu pour Vladimir Poutine. "L'opération spéciale" devait être un succès rapide de quatorze jours avec une armée intacte. Au bilan, quatre ans après, la situation est catastrophique par rapport au narratif de Moscou. Cependant, le système russe a fait preuve d'une résilience parallèle à celle de l'Ukraine. Même si l'armée russe a dû faire "les fonds de tiroirs", en allant chercher 16 000 soldats nord-coréens ou en recrutant en Afrique et dans les prisons, elle tient. Tant qu'il y a de l'argent, la Russie trouvera des moyens pour payer ses soldats. » (Général Jérôme Pellistrandi, le 19 février 2026 dans Atlantico).



 


La guerre en Ukraine va, hélas, marquer son quatrième anniversaire le 24 février 2026. Il y a quatre ans, en effet, les troupes de Vladimir Poutine ont foncé sur Kiev par le Nord pour s'emparer de l'ensemble de l'Ukraine. L'horizon, c'était la Grande Russie, et aussi l'élimination d'un pays trop proche de la Russie pour être démocratique. Pourtant, contrairement à ce que dit l'autocrate du Kremlin, de Moscou à Londres, de Paris à Kiev, nous sommes la même civilisation, la civilisation européenne avec une culture commune et surtout une histoire commune, savamment mise en valeur par un historien comme Jean-Baptiste Duroselle, malheureusement, surtout une histoire guerrière plus que pacifique.

"Foncé" est un grand mot car les chars russes ne sont jamais arrivés à Kiev en 2022 et ont fait demi-tour. Quatre ans, c'est plus que la durée de la guerre entre l'Allemagne de Hitler et l'Union Soviétique de Staline, et c'est presque la durée de la Première Guerre mondiale. Je préfère mettre une analogie entre la guerre en Ukraine et la Grande Guerre plutôt qu'avec la Seconde Guerre mondiale. Déjà parce que c'est une guerre de position, typique, à très forts coûts humains. Pour tenir quelques kilomètres de front, des milliers de soldats sont morts. Ensuite parce que c'est une guerre de nationalisme, provoquée par le nationalisme russe qui, par un paradoxe étrange de l'histoire, a forgé le nationalisme ukrainien. On n'est pas loin de la guerre des Balkans en 1913.

Répétons pour nous désintoxiquer de la propagande poutinienne : le peuple ukrainien n'a jamais voulu la guerre et il suffit d'un mot de Poutine pour l'arrêt de la guerre. D'un côté, un pays dont on aurait pu penser composé d'un peuple frère mais qui voudrait anéantir une autre nation, de l'autre côté, une nation qui est bien obligée de se défendre pour sa survie, pour exister encore.

 


Les velléités prétentieuses de Donald Trump n'ont pas eu beaucoup d'effet sur les calculs cynique de Vladimir Poutine. Quand l'un considère que la Russie et l'Ukraine ne sont que des territoires inexploités de minerais précieux, l'autre considère que l'Ukraine est russe et donc, forcément, aucune paix durable ne pourrait venir sans la fin de cette mégalomanie nationaliste qu'on croyait révolue au début de ce troisième millénaire.

Vladimir Poutine envoie régulièrement des bombes contre la population civile dans les grandes villes d'Ukraine, faisant de très nombreuses victimes. Et c'est d'ailleurs l'élément principal de cette guerre : elle coûte horriblement cher en vies humaines.

Quelles sont les pertes des deux côtés ? Le Président Volodymyr Zelensky a affirmé à Léa Salamé, dans le journal de 20 heures le 4 février 2026 sur France 2, que du côté ukrainien, il y aurait eu la mort de 55 000 soldats ukrainiens depuis le début du conflit. Quant aux pertes russes, elles ont pu être estimées grâce à de nombreuses sources d'information (comme la fabrication de plusieurs centaines de milliers de prothèses, le décompte des décès, des enterrements, etc.), si bien que, selon Atlantico, « un rapport du Center for Strategic and International Studies publié en janvier [2026] estimait que la Russie, à l'aube de la quatrième année de guerre en Ukraine, avait déploré jusqu'à 325 000 morts et près de 900 000 blessés ». Ce qui a conduit Atlantico à titrer son article ainsi : « La Russie a désormais accumulé les plus lourdes pertes humaines subies par n’importe quelle puissance depuis 1945. ».

Cet article d'Atlantico a donné la parole à deux experts militaires. Le général Jérôme Pellistrandi n'a pas hésité à évoquer la situation épouvantable, tout en nuançant sur les difficultés russes : « Sur la ligne de front, pour l'infanterie, le traitement est effectivement épouvantable avec des pertes estimées parfois à 1 000 soldats éliminés par jour. Mais dans d'autres fonctions plus techniques, comme les dronistes ou la guerre électronique, le niveau de perte est moindre et la formation meilleure. Surtout, il ne faut pas sous-estimer l'adversaire : l'armée russe apprend de la guerre. Même affaiblie, elle s'adapte, utilise massivement l'artillerie et les drones, et impose un rapport de force grâce à sa masse. C'est une des leçons de l'histoire : les armées progressent à l'épreuve du feu. Aujourd'hui, l'outil de combat russe reste redoutable. (…) Vladimir Poutine est prêt à continuer tant qu'il le faudra. ».


L'autre expert est un spécialiste des relations internationales, Viatcheslav Avioutskii qui a rappelé à quel point Vladimir Poutine se moquair de faire massacrer ses soldats : « L'armée possède une structure de militaires professionnels qu'elle tente de préserver. À l'inverse, les recrues issues des régions pauvres ou des prisons sont utilisées comme des "consommables". Après un entraînement très sommaire de deux ou trois semaines, ils sont envoyés dans des groupes d'assaut, souvent de petits groupes de quatre ou cinq personnes, pour attaquer des positions ukrainiennes bien dissimulées. Les pertes dans ces groupes sont énormes, parfois 80% meurent très vite. Mais leur sacrifice permet de démasquer les positions ukrainiennes, que l'armée professionnelle frappe ensuite avec de l'artillerie ou des drones. C'est ainsi que l'armée russe avance, mètre par mètre, au prix d'un coût humain exorbitant. ».
 


Le général Jérôme Pellistrandi a évoqué une fuite en avant de Vladimir Poutine qui a un intérêt politique à poursuivre cette guerre : « Le vrai sujet majeur sera l'après-guerre. Que faire de tous ces vétérans ? On parle de centaines de milliers d'amputés, de traumatisés, de "gueules cassées". Comment la société russe va-t-elle réintégrer ces hommes qui ont vécu l'enfer alors que les élites urbaines ont continué leur vie ? Ce sera un défi politique et social immense pour le pouvoir russe, bien plus que la conduite actuelle des opérations. ».

Dès le 5 mars 2014 (lors de l'annexion militaire de la Crimée par la Russie), dans une tribune publiée par le "Washington Post", Henry Kissinger avait anticipé une guerre aussi longue : « Les Ukrainiens sont l'élément décisif. Ils vivent dans un pays multilingue, à l'histoire complexe. La partie ouest a été incorporée à l'Union Soviétique en 1939 quand Staline et Hitler se sont réparti le butin. La Crimée, dont 60% de la population est russe, n'est devenue une province ukrainienne qu'en 1954, quand Nikita Khrouchtchev, Ukrainien de naissance, l'a offerte lors de la célébration en Russie du 300e anniversaire d'un accord avec les cosaques. L'Ouest est majoritairement catholique, l'Est est majoritairement russe orthodoxe. L'Ouest parle ukrainien, l'Est parle essentiellement russe. Toute tentative d'un côté de l'Ukraine de dominer l'autre (…) mènerait à terme à une guerre civile ou à une sécession. (…) Vladimir Poutine devrait prendre conscience que, quelles que soient ses doléances, il ne pourra pas imposer militairement sa politique sans déclencher une nouvelle guerre froide. De leur côté, les États-Unis devraient éviter de traiter la Russie comme un pays déviant auquel il faut enseigner patiemment des règles de conduite établies par Washington. » (cité par Wikipédia).

Chaque année qui passe éloigne un petit peu le bout du tunnel amenant à la paix, malgré les négociations à Genève qui aboutissent pour l'instant à du néant. Des populations civiles souffrent aujourd'hui, il faut les soutenir.
Slava Ukrainia !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Guerre en Ukraine : déjà 4 ans...
Sommet en Alaska : le guignol et le cynique.
Ukraine : le retour de la diplomatie européenne.
François Bayrou et l'heure de vérité de l'Europe.
Gabriel Attal attaque Marine Le Pen sur l'Ukraine.
Manuel Valls pour la paix, mais pas au prix de la fin de l'Ukraine !
Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 5 mars 2025 (texte intégral et vidéo).
François Bayrou : la France avait raison !
Soumy : grâce musicale versus vulgarité brutale.
Moonraker.
Olena Kohut.
Ukraine : Trump, porte-parole de Poutine !
3 ans de guerre en Ukraine.
Zelensky : Poutine, c'est l'anti-Europe !
L'aide de la France à l'Ukraine le 6 juin 2024.
Emmanuel Macron très gaullien à la télévision pour expliquer la gravité de la situation en Ukraine.
Débat parlementaire sur l'Ukraine : les masques tombent en France !
Ukraine : Sophia Aram traite à la sulfateuse les néopacifistes à la notoriété déclinante !
L'Europe face à Poutine.
Ukraine : Emmanuel Macron est-il un va-t-en-guerre ?
Rapport de la commission d'enquête n°1311 de l'Assemblée Nationale relative aux ingérences politiques, économiques et financières de puissances étrangères (enregistré le 1er juin 2023).
Jean-Pierre Chevènement et ses relations avec la Russie.
François Fillon et ses relations avec la Russie.
Ukraine : Gabriel Attal attaque durement le RN et Marine Le Pen !
Soutien à l'Ukraine : la conférence de l'Élysée pour une défense européenne.
Conférence de presse du Président Emmanuel Macron lors de la Conférence de soutien à l'Ukraine le 26 février 2024 à l'Élysée (vidéos).
2 ans de guerre en Ukraine : Poutine zéro en histoire !
Amitié franco-ukrainienne : fake news et accord de coopération.
Lee Marvin, les Douze Salopards et la Russie.
La France Unie soutient l'Ukraine !
Condoléances cyniques.
Mort d'Evgueni Prigojine.

Sergueï Kirienko.
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L'effondrement du pouvoir de Poutine.
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Ukraine, un an après : "Chaque jour de guerre est le choix de Poutine".
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Kherson libéré, mais menace nucléaire ?

Volodymyr Zelensky demande l'adhésion accélérée de l'Ukraine à l'OTAN.
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
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L'avis de François Hollande.
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Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260220-ukraine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/guerre-en-ukraine-deja-4-ans-266947

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/20/article-sr-20260220-ukraine.html

 

 

 


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23 janvier 2026 5 23 /01 /janvier /2026 03:38

« Nous trouverons la vérité et, avec une transparence absolue, nous la ferons connaître au public. » (Pedro Sanchez, le 19 janvier 2026).




 


Le deuil national de trois jours, décrété le 19 janvier 2026 par le Président du gouvernement espagnol Pedro sanchez, s'achève en Espagne. Le déclencheur, ce fut la tragique catastrophe ferroviaire qui a eu lieu dans la soirée du dimanche 18 janvier 2026 (vers 19 heures 45), près d'Adamuz, dans la province de Cordoue, en Andalousie. Un accident qui a ému toute l'Espagne et même toute l'Europe.

C'est le premier accident qui a eu lieu sur le réseau de lignes à grande vitesse en Espagne (mis en service à partir de 1992). Le bilan est malheureusement tragiquement lourd, et je pense d'abord aux familles des nombreuses victimes. En effet, cet accident a coûté la vie à au moins 45 personnes et en a blessé au moins 152 autres.

Le train Iryo 6189 de type ETR 1000 de la compagnie ILSA (un groupe italien présent en Espagne depuis 2022) partant de Malaga à 18 heures 40 pour Madrid, transportait 294 personnes dont 5 employés de service. Après un aiguillage près d'Adamuz, les trois derniers wagons ont quitté leurs rails. Ce déraillement (encore inexpliqué) a déporté ces voitures sur la voie en sens inverse et provoqué la collision, quelques secondes plus tard, avec un autre train, le train Alvia 2384 de type S-120 de la compagne Renfe (l'opérateur espagnol historique) qui partait de Madrid à 18 heures 05 pour se rendre à Huelva (au sud), empruntant la même liaison Madrid-Séville (avec 187 passagers). Percutés, la locomotive et les premiers wagons de ce second train ont également déraillé et se sont retournés. À ce jour, on compte bien plus de victimes dans ce second train (38 morts) que dans le premier train (7 morts).

Les forces de l'ordre sont arrivés sur les lieux de drame vers 20 heures 30, et lors de l'alerte, les employés du premier train ne semblaient pas avoir pris conscience de la collision avec le second train.

Ce déraillement a été considéré comme très étonnant car ce tronçon rectiligne de la ligne à grande vitesse venait d'être rénové en mai 2025 pour un investissement de 700 millions d'euros et le premier train impliqué était quasiment neuf, mis en service il y a quatre ans seulement. En outre, les deux trains circulaient modérément, aucun à plus de 210 kilomètres par heure alors que la limite pour cette partie de voie était de 250 kilomètres par heure. La vitesse ne semblant pas être en cause, l'enquête semble s'être portée sur la piste d'une altération du rail, sans savoir actuellement si cette altération est la cause du déraillement ou simplement sa conséquence.
 


Cette catastrophe pouvait-elle être évitée ? Il est évidemment très difficile de le dire à ce stade de l'enquête. Ce qu'on peut dire pour le moment, c'est que ce ne seraient pas des économies ni une maintenance défectueuse qui sont en cause dans la mesure où la ligne a été très récemment rénovée. Du reste, un train de la compagnie Renfe qui suivait celui de la compagnie ILSA en direction de Madrid s'est immédiatement arrêté à deux kilomètres de l'accident grâce aux sécurités qui ont fonctionné (on pourrait imaginer la gravité du drame supplémentaire si un troisième train avait percuté le premier). En tout cas, toutes les compagnies ferroviaires qui utilisent des lignes à grande vitesse seront intéressées par les conclusions de l'enquête et devront peut-être réagir pour renforcer la sécurité de leurs passagers. Les réseaux de voies ferrées aussi, en particulier de lignes à grande vitesse.

Ce n'est pas, hélas, le premier accident ferroviaire qui a fait beaucoup de victimes en Espagne. Il y a eu notamment le déraillement à Saint-Jacques-de-Compostelle le 24 juillet 2013, qui a provoqué la mort d'au moins 79 personnes. La cause aurait été une vitesse excessive du train à grande vitesse qui avait pris à 190 kilomètres par heure une voie hors ligne à grande vitesse, qui plus est à vitesse réduite au maximum à 80 kilomètres par heure (dans un virage).

Coïncidence maléfique du sort : deux jours plus tard, le 20 janvier 2026 vers 21 heures, un autre accident ferroviaire a eu lieu à Gelinda, dans la province de Barcelone, en Catalogne. Un train régional de type S-447 de la compagnie Renfe a percuté un mur de soutènement tombé sur la voie en raison des fortes pluies de la tempête Harry. L'un des trois stagiaires qui accompagnaient le conducteur du train est mort et il y a eu 5 blessés graves parmi les 37 passagers présents dans le train. (Un autre accident du même genre dû à la chute d'une pierre sur la voie à cause de la tempête n'a heureusement pas fait de victime). En cas de forte tempête, faut-il arrêter les trains ? Une économie immobilisée est toujours mieux qu'une perte de vies humaines.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La catastrophe ferroviaire d'Adamuz.
Crans-Montana : l'enfer pendant la fête.
Crash de l'A320 de Germanwings.
L'accident aérien de Villa Castelli.
L'accident de Millas.
Le miraculé d'une collision ferroviaire.



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260118-accident-adamuz.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/la-catastrophe-ferroviaire-d-266125

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/20/article-sr-20260118-accident-adamuz.html


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14 janvier 2026 3 14 /01 /janvier /2026 18:54

« Prenons le Mercosur, premier motif de votre motion. Fait rare, tous les groupes de cette Assemblée ont exprimé à cinq reprises au cours de la législature, à l’unanimité, leur opposition à cet accord. La France a agi en cohérence : par la voix du Président de la République, Emmanuel Macron, conformément à la souveraineté populaire exprimée ici (…), notre pays s’est opposé au traité lors du vote au Conseil Européen, clairement, sans ambiguïté, parce qu’il ne contenait pas les clauses nécessaires pour protéger nos agriculteurs. Pourtant, cet après-midi, c’est encore non ! Vous souhaitez censurer un gouvernement parce qu’il a fait ce qu’on attendait de lui ! C’est un concept politique innovant. » (Pierre Cazeneuve, le 14 janvier 2026 dans l'hémicycle).






 


C'était le mercredi 14 janvier 2026 dans l'après-midi : les députés français ont examiné deux motions de censure, l'une déposée par les insoumis, l'autre par le RN, au sujet du projet de traité entre l'Union Européenne et le Mercosur. Le député EPR Pierre Cazeneuve, dans les débats, a pointé du doigt la forte incohérence de déposer une motion de censure alors que tout le monde est d'accord pour s'opposer à ce traité et le Président Emmmanuel Macron et le gouvernement ont agi en conséquence dans les instances européennes pour s'y opposer, quitte à s'isoler diplomatiquement.

Dans son intervention à cette occasion, le Premier Ministre Sébastien Lecornu a évoqué plusieurs décalages entre le débat au sein de l'Assemblée Nationale et la réalité des enjeux nationaux et surtout internationaux : « En vous écoutant, j’ai l’impression d’être davantage dans un moment partisan et politicien que dans un moment parlementaire. De manière démocratique, qu’il me soit permis de revenir sur le grand décalage entre le moment que nous vivons cet après-midi, dans une forme d’indifférence globale, au dehors comme sur les bancs de cette Assemblée. ».

Le premier décalage, c'est de reprocher au gouvernement d'agir conformément à la position de tous les groupes parlementaires : « L’honnêteté intellectuelle commande de rappeler la vérité sur la position de la France sur l’accord avec le Mercosur. Courir depuis une semaine les plateaux de télévision et se comporter comme si la France soutenait le traité, alors qu’elle s’y oppose, repose tout simplement sur un mensonge, sur lequel vous avez bien du mal à fonder la légitimité de votre démarche de censure. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. J’ai renoncé depuis belle lurette à vous demander d’avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que le traité avait évolué ces derniers mois. En réalité, la position des États se constate au Coreper, le Comité des représentants permanents, et au Conseil. Que vous le vouliez ou non, car on finit par se poser la question, la position de la France est l’opposition totale à la signature du traité avec le Mercosur. ».


Le chef du gouvernement a aussi dénoncé une confusion dans les communications de l'opposition sur la manière de s'opposer efficacement au traité, un deuxième décalage : « Ces discours laissent entendre que la saisine de la Cour de Justice de l’Union Européenne suspendrait l’application du traité. La saisine de la CJUE par le Parlement Européen entraîne en effet cette suspension, ce qui n’est pas le cas d’une saisine par un État membre de l’Union Européenne. Ne laissons donc pas entendre ou faire croire des choses fausses aux agricultrices, aux agriculteurs, aux Françaises et aux Français inquiets des modalités complexes d’application de ce traité. Ces deux motions de censure introduisent donc un second décalage : une division, au moment même où l’équipe de France, au grand complet, devrait prendre son bâton de pèlerin et convaincre l’ensemble des sensibilités politiques au Parlement Européen pour obtenir un vote favorable. Le moment de cette motion de censure est objectivement bien mal choisi, en France, nous avons l’habitude de nous diviser, de nous tirer des balles dans le pied et de ne pas être capables de nous réunir pour défendre les intérêts du peuple français. Les mêmes nous le reprocheront ensuite, comme d’habitude ; la trahison viendra toujours du même endroit, alors que des votes sont attendus au Parlement Européen, à Strasbourg, dans les jours qui viennent. On sait qu’ils sont davantage guidés par des intérêts nationaux que par des intérêts partisans, or ils peuvent se jouer à dix, quinze ou vingt voix près. Une fois de plus, on observe un décalage entre la vie de cet hémicycle, ou en tout cas d’une partie de cet hémicycle, et la vie au Parlement Européen. Nous le paierons tôt ou tard, une fois de plus. ».

Le troisième décalage, c'est l'urgence de la discussion budgétaire (le projet de loi de finances pour 2026 n'est toujours pas adopté) et la perte de temps avec ces deux motions de censure sur des sujets qui font pourtant consensus : « Nous sommes le 14 janvier et la France n’a pas de budget. Les deux groupes politiques qui ont déposé les deux motions de censure sont ceux qui ont largement contribué au ralentissement des débats depuis le début. En deuxième lecture, 3 500 amendements déposés, un nombre record ; des votes tactiques dans les deux sens, pour faire en sorte que tous les compromis susceptibles d’émerger dans l’espace le plus central, en tout cas le plus républicain de cet hémicycle, échouent ; La France insoumise votant à droite pour s’assurer que la copie vire le plus à droite possible et devienne indigeste pour une partie de cet hémicycle (…). Rien ne nous aura été épargné ! Quand je pense que pendant des années, la plupart de ces groupes ont réclamé une nouvelle vie parlementaire, une nouvelle pratique du partage du pouvoir, une autre relation entre le gouvernement et le Parlement ! ».

Le quatrième décalage, c'est la gravité de la situation internationale : « Ce décalage, c’est celui que vous introduisez entre la vie politique nationale et l’actualité internationale. La semaine dernière, la Fédération de Russie a tiré des missiles Orechnik sur l’Ukraine, dans une logique d’intimidation nucléaire, et je ne parle pas du Venezuela ou de la question du Groenland. En République islamique d’Iran, le peuple se soulève au point qu’on peut presque parler de guerre civile. La situation au Proche et au Moyen-Orient n’est pas meilleure. Que dire du défi posé par la Chine, dont l’influence ne cesse de grandir, et de la menace terroriste au Sahel ? Les alliances traditionnelles sont bousculées et le multilatéralisme, potentiellement en crise. Il est certain que c’est le bon moment de censurer le gouvernement, de priver la France de stabilité, d’envoyer à nos compétiteurs et à nos alliés le message que vos petits calculs politiciens priment l’intérêt général. Au fond, nous n’avons pas besoin de compétiteurs : nous vous avons déjà, vous et vos tentatives permanentes de sabotage interne. Vous agissez comme des tireurs couchés qui tirent dans le dos de l’exécutif au moment même où nous devons affronter des dérèglements internationaux majeurs. ».

Peu médiatisée car les Français commencent à se lasser de ses petits jeux politiciens, la discussion de ces deux motions de censure a conclu sur deux rejets : la motion de censure déposée par les insoumis n'a recueilli que 256 voix à 17 heures 35 (scrutin n°4986) et la motion de censure déposée par le RN n'a recueilli que 142 voix à 18 heures (scrutin n°4987), alors qu'il en fallait au moins 288 pour renverser le gouvernement (seuls les groupes RN, ciottiste, FI, EELV et PCF ont voté pour).


Mais revenons au traité entre l'Europe et le Mercosur, de quoi s'agit-il ?

Et d'abord, rappelons que le Mercosur représente 330 millions d'habitants, c'est un Marché commun de cinq États d'Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie), l'adhésion du Venezuela étant suspendue depuis décembre 2016 en raison de la dictature de Nicolas Maduro. Ce marché commun a été créé le 26 mars 1991 par le Traité d'Asuncion pour créer une zone de libre-échange (« la libre circulation des biens, services et des facteurs productifs entre les pays dans l'établissement d'un arsenal externe commun et l'adoption d'une politique commerciale commune, la coordination de politiques macroéconomiques et sectorielles entre les États et l'harmonisation des législations pour atteindre un renforcement du processus d'intégration »). Son PIB représente plus de 80% du PIB des États de l'Amérique du Sud.

Comme les entreprises internationales se regroupent en forte concentration dans d'immenses multinationales, les États ont trouvé des intérêts économiques et géopolitiques communs à s'unir dans des ensembles plus vastes que les seules entités nationales pour faire face aux autres blocs économiques. On peut citer la Chine et les États-Unis, bien sûr, qui ne sont pourtant que des entités nationales, et l'Union Européenne.

 


Le traité d'accord commercial entre l'Union Européenne et le Mercosur est en négociation depuis trente ans ! Les discussions commerciales ont commencé le 15 décembre 1995. Ce n'est donc pas un traité fait à la sauvette et bâclé. Après bien des vicissitudes, un premier projet finalisé d'accord a été réalisé le 28 juin 2019, mais après l'opposition de la France (le 23 août 2019) et de l'Allemagne (le 21 août 2020) sur l'impact environnemental (risque de la hausse de la déforestation pour augmenter la production de bœufs, évaluée à 700 000 hectares sur les six premières années d'application du traité), une nouvelle étape a adopté un nouvel accord de principe le 6 décembre 2024 à Montevideo. C'est celui-ci que la Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen voulait signer dès le 20 décembre 2025 (après l'approbation de la Commission Européenne le 3 septembre 2025).
 


Finalement, elle devrait le signer ce samedi 17 janvier 2026, ce retard d'un mois n'aura servi à rien. Effectivement, le Conseil Européen a approuvé l'accord le 9 janvier 2026 malgré l'opposition de la France (l'Italie a finalement rejoint le camp majoritaire). Pour pouvoir arrêter la course de ce traité, il faudrait un vote opposé au Parlement Européen, et donc, la bataille se situe à Strasbourg et pas au Palais-Bourbon !
 


Quelle est son inspiration philosophique ? C'est celle de l'Union Européenne en général, portée principalement par les pays anglo-saxons. Que l'idéal serait un monde sans frontières commerciales, avec une libre circulation des biens pour favoriser la libre concurrence. Celle-ci favoriserait alors le meilleur produit accessible aux consommateurs (meilleure qualité, meilleur prix, etc.).

Mais cet idéal est biaisé par une première évidence : c'est valable si et seulement si tout est égal par ailleurs, c'est-à-dire si tous les États de l'accord ont les mêmes règles en fiscalité, charges sociales, droit du travail, normes sur la sécurité, l'environnement, la santé des consommateurs, etc.

Or, ce n'est manifestement pas le cas. C'est là qu'interviennent les "clauses miroirs", c'est-à-dire une réciprocité des normes pour chaque État. Mais là encore, le problème n'est pas la contrainte des normes, c'est l'idée qu'il est impossible, concrètement, de contrôler la réalité des normes localement.

D'où le sentiment que les agriculteurs européens et particulièrement français seront incapables d'affronter la concurrence des agriculteurs sud-américains dont les exploitations sont gigantesques avec des méthodes de production contraires aux normes européennes.

Un autre biais d'origine est la date du commencement des négociations (en 1995), à une époque où les alertes sur les bouleversements climatiques restaient encore des signaux faibles, avec peu de normes environnementales et dans un monde géopolitique d'unification et pas de dispersion comme cela se passe maintenant.
 


Le Président de la République s'est opposé à l'accord dès octobre 2017. Un article de Cécile Ducourtieux est très explicite dans "Le Monde" du 16 octobre 2017 : « Si la "Macronmania" perdure à Bruxelles, le slogan de "L’Europe qui protège" commence à créer des tensions dans la capitale institutionnelle de l’Union, où certains estiment désormais qu’à trop vouloir préserver les citoyens des excès du libre-échange et de la mondialisation, le Président de la République française contrarie la politique commerciale de ladite Union. ». L'Assemblée Nationale s'est prononcée au moins deux fois récemment, l'une le 26 novembre 2024, l'autre le 27 novembre 2025, contre le traité avec le Mercosur.

Si tous les partis politiques français s'opposent à ce traité, c'est bien parce qu'ils souhaitent défendre les agriculteurs français qui seraient effectivement lésés par ce traité. Mais n'est-ce pas non plus parce qu'ils sont des acteurs économiques capables de se faire entendre, en déposant par exemple des tonnes de pommes de terre à la Concorde, devant l'Assemblée Nationale ?

Le traité commercial est un accord global dans tous les domaines économiques, et il est clair que d'autres secteurs économiques, en Europe mais aussi en France, profiteraient de cet accord, ce qui explique la position favorable du Medef qui considère que le traité serait favorable à l'emploi en France (dont 20% sont amenés par nos exportations). Par exemple, l'industrie du luxe devrait applaudir (mais aussi le secteur automobile, la chimie, l'industrie pharmaceutique et la cosmétique). En gros, ce traité profiterait à certains secteurs comme le luxe, au détriment d'autres, comme l'agriculture. L'impact économique serait globalement positif pour les deux parties : à l'horizon 2040, cela devrait augmenter le PIB de l'Union Européenne de 0,05% et celui du Mercosur de 0,25%. L'impact est donc faible mais positif des deux côtés. Les entreprises européennes économiseraient 4 milliards d'euros de taxes douanières.
 


Ce que les agriculteurs français voudraient, c'est un accord commercial spécifique à l'agriculture avec des concessions de part et d'autres dans ce même secteur. En l'état, l'accord avec le Mercosur est donc insoutenable pour la France, qui, pour une fois, se retrouve unie dans cette position. Pour autant, l'idée d'origine reste intéressante, d'autant plus que des accords commerciaux, dans tous les cas, favorisent l'expansion économique de tous les pays signataires. On l'a déjà constaté dans l'application du traité commercial entre l'Union Européenne et le Canada. Et a contrario, l'augmentation drastique des tarifs douaniers en 2025 par les États-Unis de Donald Trump ont entraîné une baisse de 0,7% du PIB de l'Union Européenne. Ce n'est pas négligeable.

Il est d'autant plus important de revoir la copie (et pas de simplement la déchirer) qu'un partenariat entre l'Union Européenne et le Mercosur entrerait dans une stratégie géopolitique intéressante en ce moment : face à la réorganisation mondiale, à l'éloignement et l'isolement des États-Unis, l'Europe a besoin de nouveaux partenaires fiables et amis. Le Mercosur pourrait en être. Au-delà des seuls intérêts économiques.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Traité Europe-Mercosur : ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain...
Traité Europe-Canada (CETA).
Traité transatlantique avec les États-Unis.
Accord de Paris le 12 décembre 2015 sur le changement climatique.
Traité de Maastricht.
Le Traité de Rome.
Le Traité constitutionnel européen (TCE).
Le Traité de Lisbonne et la démocratie.

30 ans d’Erasmus.
Le Traité de Vienne.
Crans-Montana : l'enfer pendant la fête.
Fitch : ne pas surinterpréter la rétrogradation de la note de la France.
Loi Duplomb.
Courage, le Printemps de l’Europe est toujours devant nous !

ZFE : les députés les suppriment !
Le crash de l'A320 de Germanwings.
Auschwitz : soyons la mémoire de leur mémoire !
Robert Schuman lance la construction européenne.
L'échec de la CED il y a 70 ans.

Élections européennes 2024 (7) : Ursula von der Leyen et ses trois priorités, la défense, le logement et la compétitivité.
Élections européennes 2024 (6) : le casting pour la dixième législature du Parlement Européen.
Élections européennes 2024 (5) : la victoire de... Ursula von der Leyen !
Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.
Élections européennes 2024 (3) : y aura-t-il une surprise dimanche soir ?
Quel est le programme européen de la liste Renaissance ?
Programme de la liste Hayer à télécharger (6 mai 2024).
L'hommage de l'Europe à Jacques Delors.
Le débat Gabriel Attal vs Jordan Bardella du 23 mai 2024.
Élections européennes (2) : 37 listes et un bulletin de vote !
Le souverainisme européen selon Emmanuel Macron : puissance, prospérité et humanisme.
L'hymne à l'Europe.
Fête de l'Europe, joies et fiertés françaises.
Le Tunnel sous la Manche.
Les 120 ans de l'Entente cordiale.
Eurovision 2024.
La vision européenne d'Édouard Balladur.
Débat Valérie Hayer vs Jordan Bardella : l'imposture démasquée de Coquille vide.
Il y a 20 ans, l'élargissement de l'Union Européenne.
La convergence des centres ?
Élections européennes 2024 (1) : cote d'alerte pour Renaissance.
Valérie Hayer, tête de la liste Renaissance.
Charles Michel et Viktor Orban : l'Europe victime d'une histoire belge !
Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
Le 8 mai, l'émotion et la politique.
Ukraine, un an après : "Chaque jour de guerre est le choix de Poutine".
Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
De Gaulle, l’Europe et le volapük intégré.
L’inlassable pèlerin européen Emmanuel Macron.
Valéry Giscard d’Estaing, le rêveur d’Europe.
Enfin, une vision européenne !
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
L’Europe des Vingt-huit.
La construction européenne.
L’Union Européenne, c’est la paix.




 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260114-traite-mercosur-europe.html

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2 janvier 2026 5 02 /01 /janvier /2026 17:29

« Ce qui devait être un moment de joie s’est mué, le premier jour de l’an, à Crans-Montana, en un deuil qui touche tout le pays et bien au-delà. (…) C’est avec consternation que le Conseil Fédéral a appris cette terrible tragédie. Ses pensées vont aux victimes, aux blessés et à leurs proches, à qui il adresse par ma voix ses sincères condoléances. » (Guy Parmelin, Président de la Confédération helvétique, le 1er janvier 2026 à Sion).



 


Horreur absolue. L'Europe en deuil. Ce qui s'est passé ce jeudi 1er janvier 2026 vers 1 heure 30 du matin, durant la nuit de la Saint-Sylvestre, à Crans-Montana, une station de ski du canton du Valais, en Suisse, dans un bar de la ville, Le Constellation, est une horreur absolue. Très vive émotion.

Un incendie s'est déclaré et a provoqué, par les fumées, une explosion. Le nombre de victimes est très élevé. Au 2 janvier 2026, il y aurait 40 personnes décédées et 119 personnes blessées, dont 80 à 100 en urgence absolue, selon les autorités suisses.

La plupart des victimes ont été brûlées et la France, l'Allemagne, l'Italie et la Pologne, entre autres, ont proposé leur aide pour accueillir et soigner les grands brûlés. Il y a une course de vitesse pour sauver les blessés qui ont été transférés dans les centres pour grands brûlés en Suisse ou à l'étranger (la Suisse n'a que deux centres hospitaliers spécialisés, à Lausanne et à Zurich).

On ne connaît pas le nombre de clients présents qui faisaient la fête dans ce bar d'une contenance de 300 à l'intérieur et 40 en terrasse. C'étaient principalement des jeunes. L'identification des victimes est en cours, et parfois est très difficile. Selon le Quai d'Orsay, il y aurait au moins 14 Français blessés et 8 autres n'auraient pas encore été localisés. Interrogée par LCI, une jeune femme de 20 ans était effondrée ce vendredi : « J’ai perdu un de mes amis qui était comme mon frère. Il est malheureusement décédé dans l’incendie. Pour mon autre ami, on n’a toujours pas de nouvelles où il peut être. (…) Le plus compliqué, c’est de ne pas savoir s’il est à l’hôpital, s’il est décédé ou pas, être dans l’incompréhension. (…) On a appelé les parents. Rien. Même les parents, ils ne savent pas. ».

Le Président du Conseil d'État du canton du Valais Mathias Reynard a précisé : « La station de Crans-Montana, on le sait tous, a un caractère international. On ne peut donc pas exclure qu’effectivement des personnes victimes soient de différentes nationalités. ». Parmi les blessés formellement identifiés à ce jour (113 sur 119), il y aurait notamment 14 Français, 71 Suisses, 11 Italiens, 4 Serbes, 1 Portugais, 1 Polonais, 1 Belge, 1 Luxembourg et 1 Bosniaque (selon Frédéric Gisler, le commandant de la police cantonale du Valais).

Plusieurs villes suisses (comme Lucerne) ont annulé leur feu d'artifice ou leurs festivités du nouvel an en raison du deuil, et Guy Parmelin, qui prenait ses fonctions de Président de la Confédération helvétique en ce premier jour de l'an, a repoussé son allocution de nouvel an. Au cours d'une conférence de presse à Sion, Guy Parmelin a mis en évidence le paradoxe d'un lieu et d'une nuit de fête et de détente et cette tragédie : « Quel épouvantable contraste, quelle cruelle ironie ! (…) Le pays partage leur peine avec respect et recueillement. (…) Vous n’êtes pas seuls ! (…) [La vie des jeunes victimes ne] doit pas être résumée à la manière dont elle s’est achevée. Elle doit être honorée pour ce qu’elle a été, une promesse, une énergie, une part de notre avenir commun. (…) Nous leur devons le respect, la mémoire et l’engagement de tout mettre en œuvre pour que de telles tragédies ne se reproduisent pas. La mise en berne des drapeaux du Palais fédéral ce jour pour une durée de cinq jours est l’expression symbolique de cet engagement. ».

Le pape Léon XIV « désire manifester aux proches des victimes sa compassion et sa sollicitude. Il prie le Seigneur d’accueillir les défunts dans sa demeure de paix et de lumière, et de soutenir le courage de ceux qui souffrent dans leur cœur ou dans leur corps. », selon le message du Secrétaire d'État du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, adressé à l'évêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey (cité par l'AFP). Le Président français Emmanuel Macron a exprimé sa profonde émotion : « Mes pensées vont aux familles endeuillées et aux blessés. À la Suisse, à son peuple et à ses autorités, j’adresse la pleine solidarité de la France et notre soutien fraternel. ».

La Présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a aussi exprimé sa solidarité : « Je suis attentivement l’évolution de la situation afin d’obtenir toutes les informations sur l’incident et sur l’implication éventuelle de ressortissants italiens. Je remercie les ressources de la protection civile déjà opérationnelles et j’exprime ma solidarité aux familles des victimes, aux blessés, aux institutions et au peuple suisse. ». C'était le cas également de Volodymyr Zelensky, le Président ukrainien : « Nous sommes en deuil chaque fois que des vies sont perdues. (…) Le plus important est de tout mettre en œuvre pour empêcher que de telles tragédies se reproduisent ailleurs dans le monde. Nous exprimons nos condoléances au peuple suisse, à Guy Parmelin et à tous ceux qui ont perdu des membres de leur famille et des êtres chers, et nous souhaitons un prompt rétablissement à toutes les personnes blessées. ».

Dès les premières heures qui ont suivi cette épouvantable tragédie, la procureure générale du Valais, Béatrice Pilloud, a affirmé que la piste terroriste était écartée : « Il n’est à aucun moment question d’un quelconque attentat. ». Le conseiller d'État du canton du Valais responsable de la sécurité, Stéphane Ganzer, a complété : « Les témoignages et les premières investigations montrent qu’au départ c’est un incendie qui provoque un embrasement généralisé de l’atmosphère interne à l’établissement. Ce n’est pas la déflagration d’un engin explosif qui provoque un incendie. C’est l’incendie qui, en se développant, provoque une déflagration, un embrasement généralisé. ».

 


Si les autorités suisses restent très prudentes sur les causes de l'incendie qui a ravagé Le Constellation, certains témoignages publics laissent entendre une maladresse humaine. Ainsi, ce témoignage d'un habitué relayé par le journal "Le Monde" : « Ces témoignages diffusés par différents médias suisses, français et italiens ont précisé que des bougies étincelles fixées sur des bouteilles brandies par une personne juchée sur les épaules d’une autre avaient provoqué l’incendie en touchant le plafond. Ces mêmes témoins ont ajouté qu’il s’agissait d’un "show" habituel dans l’établissement. "Il me semble qu’il y avait des dames, des serveuses, avec des bouteilles de champagne avec des petites fusées. Elles ont été trop, trop près du plafond, eh bien ça a pris feu d’un coup", a notamment raconté Axel, présent au moment du drame, au média italien Local Team. ».

Cette piste possible a été confirmée par Béatrice Pilloud elle-même dans la journée du 2 janvier 2026 : « Tout laisse à penser que le feu est parti des bougies incandescentes ou des feux de Bengale qui ont été mises sur les bouteilles de champagne. (…) De là, tout s’est embrasé. ».

Les services médicaux helvétiques ont été pris de court par cette tragique accident pour secourir les blessés, mais la solidarité entre les cantons et aussi des voisins européens a permis de tous les prendre en charge. Aucun hôpital n'est capable de prendre en charge simultanément une centaine de blessés graves et l'entre-aide est donc essentielle et toujours nécessaire (les services ont rarement plus d'une vingtaine de lits). Une autre priorité est d'identifier les victimes, ce qui peut s'avérer très long.

Enfin, la troisième priorité, c'est évidemment l'enquête et la détermination des causes et des éventuelles responsabilités avec l'objectif évident d'éviter qu'une telle tragédie se renouvelle. Et pourtant, ce n'est hélas pas la première. En France, le rappel de la sinistre catastrophe d'une discothèque à Saint-Laurent-du-Pont, entre Grenoble et Chambéry, ravive de très tristes souvenirs. Un incendie d'une cause probablement accidentelle avait provoqué, le 1er novembre 1970, la mort de 146 personnes, d'une moyenne d'âge de 20 ans (dont 9 n'ont pas pu être identifiés). À l'époque, le pape Paul VI avait envoyé un télégramme pour exprimer toute son affection face à ce drame. La mort de De Gaulle huit jours plus tard a conduit le magazine satirique "Hara-Kiri" à titrer en Une de son numéro du 16 novembre 1970 : "Bal tragique à Colombey : 1 mort", ce qui était d'un humour très douteux.

La procureure générale du Valais n'a, pour le moment, identifié aucune responsabilité pénale dans l'incendie à Crans-Montana et le couple propriétaire du Constellation (des Français d'origine corse), qui a survécu à la tragédie, a été entendu par les autorités suisses. Certains toutefois n'ont pas hésité à évoquer un escalier très étroit, seul accès entre la salle au sous-sol et la sortie, ainsi que le matériau placé au plafond, une mousse synthétique pour isolation acoustique, particulièrement inflammable. Enfin, allumer des bougies et feux de Bengale dans un tel espace confiné a été considéré comme irresponsable par certains témoins, alors que c'était une pratique très courante dans ces lieux. Leur interdiction sera peut-être parmi les recommandations de l'enquête.


Nul doute que, d'une part, hélas, on se souviendra longtemps de ce triste nouvel an 2026, et d'autre part, il faudra bien renforcer les mesures de protection incendie de ces établissements recevant du public dans un espace aussi confiné. Toute mon émotion et ma solidarité exprimées aux victimes et à leurs proches.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Crans-Montana : l'enfer pendant la fête.
Crash de l'A320 de Germanwings.
L'accident aérien de Villa Castelli.
L'accident de Millas.
Le miraculé d'une collision ferroviaire.

 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260101-incendie-crans-montana.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/crans-montana-l-enfer-pendant-la-265699

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13 octobre 2025 1 13 /10 /octobre /2025 04:35

« Quand elle est morte, Margaret Thatcher a laissé aux Britanniques le sentiment d'une femme particulièrement clivante, très violente socialement, laissant des grévistes de la faim aller jusqu'au bout de leur cursus fatal, sans changer d'un iota sa détermination, mais aussi d'une véritable femme d'État (…), quelqu'un qui a saisi l'intérêt général et qui l'a servi avec une détermination de fer. Probablement qu'Emmanuel Macron serait flatté d'être comparé à cette première Dame de Downing Street. » (8 avril 2023).


 


La femme d'État britannique Margaret Thatcher est née il y a exactement 100 ans, le 13 octobre 1925 (elle est morte il y a douze ans, le 8 avril 2013). Elle a considérablement marqué l'histoire politique de son pays, le Royaume-Uni, par une politique volontariste et courageuse, n'hésitant pas à braver une forte impopularité qui ne l'a pas empêché de gagner trois fois de suite les élections.

Députée d'octobre 1959 (elle avait 34 ans) à avril 1992, Ministre de l'Éducation et des Sciences du 20 juin 1970 au 4 mars 1974, dans le gouvernement d'Edward Heath, chef du parti conservateur du 11 février 1975 au 28 novembre 1990 (d'abord dans l'opposition), Margaret Thatcher est entrée dans l'historie en étant la première femme Première Ministre des Britanniques du 4 mai 1979 au 28 novembre 1990. Victime d'une révolution de palais interne au parti conservateur, par la fronde du pro-européen Michael Heseltine, Ministre de la Défense, elle a réussi à la contrecarrer au prix de se démission et du soutien à son dauphin John Major. Elle s'est retirée ensuite à la Chambre des lords après la fin de son mandat parlementaire, nommée par la reine Élisabeth II le 30 juin 1992.

Margaret Thatcher était très connue de ses homologues européens pour sa dureté dans les négociations financières nocturnes, avec son célèbre : « I want my money back ! » [Je veux retrouver mon argent !], sans pour autant n'avoir jamais pensé à proposer le Brexit (qui est désormais regretté par les Britanniques aujourd'hui), mais c'était une époque où l'Europe était moins "intégrée" (celle d'avant le Traité de Maastricht).

Femme de caractère, elle n'a jamais vraiment utilisé sa féminité, ni a été vraiment victime de celle-ci dans sa vie politique et a participé (avec d'autres, comme Indira Gandhi, Golda Meir, Benazir Bhutto, etc.) à l'idée qu'une femme pouvait être un homme politique, et même un homme d'État, comme un autre !

Ce qui a marqué le Royaume-Uni, mise à part sa longévité de onze ans et demi, ce qui est remarquable même si la Grande-Bretagne est réputée pour sa stabilité politique, c'est sa politique volontariste en faveur de l'économie britannique. Le Royaume-Uni, dirigé par les travaillistes durant les années 1970 (à l'époque des crises pétrolières), a vu sa croissance économique s'effondrer pendant cette période. Margaret Thatcher a initié un mouvement politique de fond de désengagement de l'État, également repris quelques mois plus tard par le Président américain Ronald Reagan, qui a abouti à mettre en avant le libéralisme économique à un moment où les économies planifiées des pays sous influence soviétique étaient moribondes.

Sur le plan intérieur, ce vent de libéralisme a eu plusieurs conséquences au Royaume-Uni. Politiquement, le courage de Margaret Thatcher à ne pas céder ni aux grévistes ni aux indépendantistes irlandais (ce qui a fait des dégâts humains) a été récompensé électoralement malgré parfois une forte impopularité (parce que son message était clair). Économiquement, le Royaume-Uni est redevenu une puissance économique leader, principalement par les nouvelles technologies et les activités financières de la City de Londres.


J'avais, il y a deux ans, en avril 2023, évoqué ce courage politique et imaginé une certaine comparaison avec Emmanuel Macron à l'époque de la réforme des retraites. On croit que cette période est très ancienne, tant la vie politique française bouge à une vitesse folle ; cette accélération n'est d'ailleurs pas sans rapport avec le changement des modes de vie, les réseaux sociaux, les immédiatetés qu'imposent les chaînes d'information continue, etc. Je me suis permis de citer mon article en tête de cet article car c'était significatif.

Et j'avais proposé cette citation très typique de la Dame de fer (mais aussi, finalement, de tous ceux qui ont eu à exercer le pouvoir dans les temps modernes) : « Si votre seul objectif est d'être aimé, vous serez prêt à tous les compromis à chaque instant et vous n'arriverez à rien. ».

 


Et, nous nous entrechoquons avec la réalité politique du moment en France. Margaret Thatcher refusait tout compromis politique : ou ça passe, ou ça casse, mais il n'y a pas de demi-mesures, ne serait-ce que parce qu'elles ne seraient jamais efficaces. Trop ou pas assez.

Mon esprit alors se trouble : en France, qui n'est pas, comme au Royaume-Uni, au contraire de l'Allemagne et de l'Italie, un pays à la culture du compromis, nous mettons, du moins, le "nous" est à préciser, la plus grande partie de la classe politique, le compromis comme le seul moyen, aujourd'hui, de s'en sortir. Sébastien Lecornu veut être le Premier Ministre du compromis, ce qu'avaient voulu être sans l'avoir été ses deux prédécesseurs Michel Barnier et François Bayrou.

Alors, certes, la situation parlementaire de la France de 2025 est très différente de celle de Margaret Thatcher. Elle bénéficiait, tout au long de son mandat, de confortables majorités absolues aux Communes, et il est probable (et même certain) que cela restera toujours ainsi au Royaume-Uni parce que les députés sont élus au très brutal scrutin majoritaire uninominal à un tour qui fait que le candidat arrivé en tête dès le premier tour, même s'il ne recueille pas 50%, est élu.


On aurait pu imaginer aussi cette certitude pour la France avec son scrutin majoritaire à deux tours (sauf en 1986), reproduisant le scrutin présidentiel (avec la différence de taille que plus de deux candidats peuvent se retrouver au second tour, avec des éventuelles triangulaires voire quadrangulaires), mais la réalité historique est qu'il n'y a pas eu de majorité absolue ni en novembre 1958 (les premières élections), ni en juin 1988, ni en juin 2022, ni en juillet 2024.

Ce n'est pas anodin que Michel Debré, le Père de la Constitution, avait réclamé le scrutin britannique en été 1958, mais De Gaulle le trouvait trop brutal et voulait un second tour dans la tradition de la Troisième République (qui a connu toutes les sortes de scrutin). Pour se donner un moyen de comparaison, si ce scrutin britannique avait été adopté en juin 2024, le Rassemblement national aurait obtenu une très large majorité absolue (gagnant toutes les circonscriptions dans lesquelles ses candidats étaient en tête).

La différence entre 2024 et les précédentes législatures sans majorité absolue, c'est que l'hémicycle est éclatée non pas en deux blocs avec quelques indécis, mais en trois blocs, dont les deux blocs extrêmes ne veulent évidemment pas gouverner ensemble mais sont prêts à s'entendre pour renverser les gouvernements qui tenteraient de se présenter. Et cette situation est loin d'être un épiphénomène si l'on en croit les sondages qui renouvellerait, avec quelques différences dans l'ordre d'importance, l'éclatement en trois blocs et l'impossibilité d'obtenir une majorité.


Cette situation est durable, ne provient ni des institutions, ni du mode de scrutin, ni même de la médiocrité de la classe politique actuelle (probablement réelle), mais tout simplement de l'éclatement des électorats populaires et de l'existence de plusieurs France politiques inconciliables (j'insiste sur le "politique" accolé à la France, car nous pouvons retrouver l'unicité de la France lors d'événements nationaux majeurs, quand il y a des attentats, mais aussi quand il y a des jeux olympiques ou d'autres victoires sportives, par exemple).

Le flou inquiète en politique. C'est tout le problème de Sébastien Lecornu qui veut trouver un compromis, mais qui, se rapprochant du PS, ne veut pas pour autant se séparer de LR. Est-ce une erreur ? Non, c'est juste un regard lucide sur la situation parlementaire actuelle, et ce sera valable à court terme pour tous ceux qui auront le pouvoir en France dans les prochaines années. On ne peut plus se payer le luxe de ne pas faire de compromis, comme Margaret Thatcher. Et pourtant, on sait bien que le compromis n'est jamais efficace car il va dans certaines directions trop mollement pour être rentables, tout en n'allant pas dans d'autres directions qui auraient pu être prometteuses.


Si Margaret Thatcher a pu affronter avec courage une "opinion publique" majoritairement contre sa politique, et persévérer dans ce qu'elle a cru être l'intérêt national de son pays, elle avait au moins son "opinion parlementaire" convaincue par elle. Ce qui n'est plus le cas de Sébastien Lecornu et d'Emmanuel Macron. Il faut maintenant une volonté de velours au lieu d'une volonté de fer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 octobre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Margaret Thatcher et le courage en politique.
Un train peut en cacher un autre.
Le fantôme de Margaret Thatcher.

Prix Nobel de Physique 2025 pour la physique quantique à l'échelle macroscopique.
L'intelligence artificielle récompensée par les Nobel 2024 de Physique et de Chimie.
Marianne Faithfull.
Mick Jagger.
Moonraker.
Le Brexit, 5 ans plus tard.
Brexit Day : J – 3 …et De Gaulle dans tout ça ?
Keir Starmer.
Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
Le Tunnel sous la Manche.
Il y a 20 ans, l'élargissement de l'Union Européenne.
Peter Higgs.
Les 120 ans de l'Entente cordiale.
75 ans de l'OTAN.
Le souverain cancer de Charles III.
Le retour surprise de David Cameron.
Charles III en France : oublié le Brexit, vive l'Entente cordiale !
David Hockney.
Richard Attenborough.
Jane Birkin.
Kim Wilde.
Couronnement plus vieux, couronnement heureux !
Tony Blair.
Discours de Tony Blair à l'Assemblée Nationale le 24 mars 1998 à Paris (texte intégral et vidéo).
Êtes-vous invité au couronnement ?

Margaret Thatcher.
John Major.
Michael Heseltine.

Audrey Hepburn.
Anthony Hopkins.
Alireza Akbari.
Ukraine, un an après : "Chaque jour de guerre est le choix de Poutine".
L'Ukraine à l'Europe : donnez-nous des ailes !
Élisabeth II, la reine des Français ?
Howard Carter.
La BBC fête son centenaire.
Rishi Sunak.
Qui succédera à Liz Truss ?
Liz Truss.
Le temps du roi Charles III.
Je vous salue Élisabeth, pleine de grâce…
Archie Battersbee.
Diana Spencer.
Theresa May.

 





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16 août 2025 6 16 /08 /août /2025 13:29

« Je dirais que sur quelques points importants nous ne sommes pas tout à fait d’accord, mais nous avons fait des progrès. Il n’y a pas d’accord tant qu’il n’y a pas d’accord ! » (Donald Trump, le 15 août 2025 à Anchorage).




 


La honte américaine ! Ce vendredi 15 août 2025 sur la base militaire américaine Elmendorf-Richardson d'Anchorage, en Alaska, s'est déroulé le sommet russo-américainDonald Trump et Vladimir Poutine se sont rencontrés pendant un peu moins de trois heures avec leurs conseillers. Au même moment, l'armée de Vladimir Poutine a lancé 85 drones meurtriers sur l'Ukraine.

On pourra toujours disserter sur le choix du lieu : Anchorage est un point équidistant de Moscou et de Washington (huit heures de vol). C'était la première fois que le Président de la Fédération de Russie était sur un territoire américain depuis 2015. Et Donald Trump lui-même, dans sa grande érudition, expliquait peu auparavant qu'il allait se rendre ...en Russie, ce qui aurait été vrai si cela s'était passé avant 1867 et l'achat de l'Alaska par les États-Unis à la Russie.

 


Incontestablement, il ne s'est rien passé de vraiment crucial pour la paix en Ukraine : aucun cessez-le-feu, aucune perspective concrète de paix, de paix durable, seulement un affichage hypocrite et commun d'une hypothétique volonté de paix.
 


Le dessin de Truant illustre à merveille les arrière-pensées des deux chefs d'État : l'un, le guignol, se croit missionné pour faire la paix, mais une paix factice, à court terme, qui ne réglerait aucun problème, la paix de 1917, celle des pacifistes qui voulaient se coucher devant l'ennemi, et son objectif surréaliste serait d'obtenir le Prix Nobel de la Paix, une récompense qui serait à la mesure de son ego de compétition mondiale ; l'autre, le cynique, qui sourit à la naïveté narcissique de son homologue, qui se rêve déjà en nouvel empereur d'une nouvelle Grande Russie (tsar).
 


Les déclarations vides de Donald Trump souhaitent supplanter monsieur de La Palice : « Il n’y a pas d’accord tant qu’il n’y a pas d’accord ! ». Mais clairement, Vladimir Poutine n'a rien lâché, il a montré son cynisme aveuglant. Alors, pourquoi un tel déséquilibre ? Car ce sommet a permis à Vladimir Poutine, pourtant recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité, à redorer son image internationale.
 


En 1938, les Accords de Munich avaient pris acte de la gourmandise tchèque du loup nazi, mais cela n'a pas suffi, car la folie impérialiste ne s'arrête jamais à des accords internationaux. Le sommet en Alaska est pire que les Accords de Munich car en Alaska, il n'y a même pas eu d'accord ! Pire ou mieux, du reste ? L'idée qu'on peut traiter avec un cynique qui ne respecte aucun de ses engagements fait vraiment penser à la machine à remonter le temps.

Par pragmatisme, les Européens, exclus de cette discussion sur l'Ukraine, ont souhaité ne pas perdre le mince espoir de paix que ce sommet a pourtant engendré. Les Ukrainiens notamment sont très prudents dans leur approche et Donald Trump a d'ailleurs convenu qu'il faudrait au moins inclure l'Ukraine dans les prochaines discussions, si ce n'est toute l'Europe.


Le Président français Emmanuel Macron a annoncé pour le 17 août 2025 la tenue d'un sommet de la Coalition des volontaires autour de la France, du Royaume-Uni, de l'Italie, de l'Allemagne et de la Pologne, pour soutenir la sécurité de l'Ukraine. Dans un tweet du 16 août 2025, Emmanuel Macron a assuré une bonne cohésion européenne sur la nécessité « de faire pression sur la Russie tant que sa guerre d’agression se poursuit et qu’une paix solide et durable respectueuse des droits de l’Ukraine n’a pas été conclue », en insistant sur le fait que « la paix durable devra s’accompagner de garanties de sécurité indéfectibles ».
 


Un communiqué commun, signé notamment d'Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Giorgia Meloni, Donald Tusk, Keir Starmer et Ursula von der Leyen, publié le 16 août 2025, a en effet affirmé avec force ceci : « Tôt ce matin, le Président Trump nous a informés, ainsi que le Président Zelensky, des échanges qu’il a eus avec le Président russe en Alaska le 15 août 2025. Les dirigeants ont salué les efforts du Président Trump pour mettre fin aux tueries en Ukraine, mettre un terme à la guerre d’agression menée par la Russie et parvenir à une paix juste et durable. Comme l’a souligné le Président Trump : "il n’y a pas d’accord tant qu’il n’y a pas d’accord". Comme envisagé par le Président Trump, la prochaine étape doit désormais consister en de nouvelles discussions incluant le Président Zelensky, qu’il rencontrera prochainement [le 18 août 2025]. Nous sommes également prêts à travailler avec les Présidents Trump et Zelensky en vue d’un sommet trilatéral, avec le soutien de l’Europe. Nous réaffirmons clairement que l’Ukraine doit bénéficier de garanties de sécurité inébranlables pour défendre efficacement sa souveraineté et son intégrité territorial. Nous accueillons favorablement la déclaration du Président Trump selon laquelle les États-Unis sont prêts à accorder de telles garanties. La Coalition des volontaires est prête à jouer un rôle actif. Aucune restriction ne doit être imposée aux forces armées ukrainiennes ni à leur coopération avec des pays tiers. La Russie ne peut avoir de droit de veto sur le chemin de l’Ukraine vers l’Union Européenne et l’OTAN. C’est à l’Ukraine qu’il appartiendra de prendre des décisions concernant son territoire. Les frontières internationales ne peuvent être modifiées par la force. Notre soutien à l’Ukraine se poursuivra. Nous sommes déterminés à renforcer nos efforts pour maintenir l’Ukraine forte, afin de mettre fin aux combats et d’aboutir à une paix juste et durable. Tant que les tueries en Ukraine se poursuivront, nous resterons prêts à maintenir la pression sur la Russie. Nous continuerons à renforcer les sanctions et les mesures économiques ciblées pour peser sur l’économie de guerre de la Russie, jusqu’à l’établissement d’une paix juste et durable. L’Ukraine peut compter sur notre solidarité sans faille alors que nous œuvrons en faveur d’une paix qui préserve les intérêts vitaux de sécurité de l’Ukraine et de l’Europe. » [source : L'Élysée].
 


Peu avant ce communiqué de la coalition européenne, à l'issue de leur sommet à Anchorage, Vladimir Poutine puis Donald Trump ont tenu une rapide conférence de presse sans répondre aux questions (au total, douze minutes).
 


Vladimir Poutine a notamment déclaré, sans intérêt pour la paix en Ukraine mais dans l'objectif de faire des câlins à Donald Trump : « Je voudrais remercier encore une fois mon homologue américain pour son invitation à venir en Alaska. Il est tout à fait logique de se rencontrer ici, car nos pays, bien que séparés par des océans, sont en réalité des voisins proches. Et lorsque nous nous sommes salués, en descendant de l’avion, je lui ai dit : "Bonjour, cher voisin. Je suis très heureux de vous voir en bonne santé et en vie". Je pense que c’est très amical et que ce sont des amabilités que nous pouvons nous dire. Nous sommes séparés par le détroit de Béring, bien qu’il n’y ait que deux îles entre l’île russe et l’île américaine. Elles ne sont distantes que de quatre kilomètres. Nous sommes des voisins proches, c’est un fait. Il est également important de noter qu’une partie importante de l’histoire commune de la Russie et des États-Unis est liée à l’Alaska. De nombreux événements positifs sont liés à ce territoire. Ainsi, un immense patrimoine culturel de l’époque de l’Amérique russe a été préservé jusqu’à aujourd’hui, comme des églises orthodoxes et plus de 700 noms géographiques d’origine russe. (…) Comme vous le savez, il n’y a pas eu de rencontre au sommet entre la Russie et les États-Unis depuis plus de quatre ans. C’est long. La période écoulée a été très difficile pour les relations bilatérales qui, disons-le franchement, ont atteint leur point le plus bas depuis la guerre froide. Cela n’est bon ni pour nos pays ni pour le monde en général. Il était évident que, tôt ou tard, il faudrait redresser la situation, passer de la confrontation au dialogue, et à cet égard, une rencontre personnelle entre les chefs des deux États était vraiment nécessaire. Naturellement, ce travail a été accompli dans le cadre d’efforts sérieux et minutieux. Le Président Trump et moi-même avons établi de très bons contacts directs. (…) Je tiens à remercier M. Trump pour notre collaboration, pour le ton amical et confiant de nos discussions. L’essentiel est que les deux parties aient été déterminées à obtenir des résultats. Nous voyons que le Président américain a une idée claire de ce qu’il veut atteindre, qu’il se soucie sincèrement de la prospérité de son pays et qu’il comprend en même temps les intérêts nationaux de la Russie. » [retranscription et traduction par "Le Monde"].
 


Le Président russe a parlé d'un « accord » (« l’accord auquel nous sommes parvenus aujourd’hui ») alors qu'il n'y en a pas. De son côté, Donald Trump a brodé sur ce non-accord : « Et je dirais que je pense que nous avons eu une réunion très productive. Nous sommes d’accord sur de nombreux points, sur la plupart d’entre eux. Je dirais que sur quelques points importants nous ne sommes pas tout à fait d’accord, mais nous avons fait des progrès. Il n’y a pas d’accord tant qu’il n’y a pas d’accord. (…) Et je pense que tout le monde veut traiter avec nous. En très peu de temps, nous sommes devenus le pays le plus en vue au monde. Et nous nous en réjouissons. Nous sommes impatients de conclure un accord. Nous allons essayer de régler tout cela. Nous avons vraiment fait d’importants progrès aujourd’hui. J’ai toujours eu une relation fantastique avec le Président Poutine. Avec Vladimir, nous avons eu de nombreuses réunions difficiles, mais aussi de bonnes réunions. (…) Donc, pour résumer rapidement, je vais commencer à passer quelques coups de fil et leur expliquer ce qui s’est passé. Nous avons eu une réunion extrêmement productive et nous nous sommes mis d’accord sur de nombreux points, il n’en reste que quelques-uns. Certains ne sont pas très importants. L’un d’entre eux est probablement le plus important, mais nous avons de très bonnes chances d’y parvenir. Nous n’y sommes pas encore, mais nous avons de très bonnes chances d’y arriver. » [retranscription et traduction par "Le Monde"].
 


Donc, pour résumer, il n'est s'est rien passé de très productif pour la paix en Ukraine. Vladimir Poutine a maintenu cyniquement son objectif de guerre d'invasion de l'Ukraine. Mais "on" fait comme si un accord allait survenir. Le "on", c'est tout le monde : la Russie cynique et les États-Unis naïfs, mais aussi l'Ukraine pragmatique et même les pays européens de la Coalition des volontaires, en particulier la France, le Royaume-Uni, l'Italie, l'Allemagne et la Pologne, vigilants pour apporter un soutien à toute solution pour une paix durable. Honte à Donald Trump d'avoir sympathisé à nouveau avec le criminel de guerre Vladimir Poutine alors que des milliers d'Ukrainiens meurent chaque semaine ! L'Histoire saura ne pas l'oublier.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sommet en Alaska : le guignol et le cynique.
Hiroshima et Nagasaki : le mythe fondateur de la dissuasion nucléaire.
Make Iran Great Again ?
Soumy : grâce musicale versus vulgarité brutale.
Ukraine : le retour de la diplomatie européenne.
Elon Musk.
Moonraker.
La révolution économique de Donald Trump ?
Donald Trump, gros pêcheur devant l'Éternel !
Grippe aviaire : désastre sanitaire mondial en perspective ?
Gene Hackman.
Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
Ukraine : Trump, porte-parole de Poutine !
Trump II : de justiciable à justicier !
Canada, Groenland, Panama : Donald Trump est-il fou ou cynique ?
Attentat à La Nouvelle-Orléans : les États-Unis durement endeuillés.
Jimmy Carter, patriarche de l'humanitaire.
Shirley Chisholm.
Katalin Kariko et Drew Weissman.
Rosalynn Carter.
Walter Mondale.
Marathonman.
Bob Kennedy.
 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250815-sommet-alaska.html

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5 août 2025 2 05 /08 /août /2025 19:46

« Coup d’État avec des manipulations grossières : première étape, le faux charnier pour émouvoir la population ; deuxième étape, les morts par le pouvoir ; troisième étape, la peur d’une résistance de fidèles de Ceausescu ; enfin, quatrième étape, l’exécution bâclée des Ceausescu. La révolution est devenue une révolution de palais. » (18 décembre 2019).




 


Cela faisait plusieurs années que le pays se faisait blâmer par la Cour européenne des droits de l'homme pour ne pas avoir jugé ses criminels. La Roumanie ne pourra plus le juger, ce sera le rôle de l'Histoire, et sans doute que l'Histoire mettra un peu de temps avant de le juger définitivement. L'ancien Président roumain Ion Iliescu est mort à Bucarest ce mardi 5 août 2025 à l'âge de 95 ans (âge qu'il avait atteint le 3 mars dernier). Acteur historique de la Révolution roumaine mais aussi ancien apparatchik du parti communiste roumain, Ion Iliescu aurait pu être un maître de la manipulation des foules pour conquérir le pouvoir. Au prix de centaines voire de milliers de vies humaines.

À 95 ans, Ion Iliescu était un vieux dinosaure et l'un des derniers acteurs vivants de la désoviétisation de l'Europe centrale et orientale, aux côtés de Lech Walesa (81 ans) et Lothar de Maizière (85 ans). Avec le vent de libéralisation politique qu'a connu l'Europe à partir du printemps 1989, qui a commencé d'abord en Pologne, puis en Hongrie, en Allemagne de l'Est avec la date historique de la chute du mur de Berlin, il y a trente-cinq ans et demi, le 9 novembre 1989, les observateurs s'étaient montrés prudents et surpris : dans chaque pays européen précédemment sous le joug soviétique, le régime de dictature communiste a été renversé sans mort d'homme, ce qui n'était pas évident, notamment pour l'Allemagne de l'Est, la Bulgarie ou encore la Pologne... (et même l'Union Soviétique en 1991).

Partout des "révolutions de velours". Sauf dans un seul pays, la Roumanie. En Roumanie, le scénario chinois était sinistrement à l'œuvre (car en 1989, il y a eu aussi la répression sanglante des manifestations sur la place Tiananmen). Des centaines de vies ont été détruites par cette (courte) Révolution roumaine.

 


Ion Iliescu était un apparatchik proche des Ceausescu (il y a une photo qui le montre en train de jouer aux fléchettes avec Elena Ceausescu en 1976). Il a adhéré au parti communiste roumain en 1965 et a grimpé rapidement dans la hiérarchie, devenant membre du comité central du parti de 1969 à 1984. Il fut même Ministre de la Jeunesse jusqu'en 1971.

Puis, il a pris ses distances avec Nicolae Ceausescu à partir de 1983. Au-delà de la politique très sévère que menait le dictateur communiste roumain (le "génie des Carpates" !), l'explication pourrait être simple : Mikhaïl Gorbatchev est arrivé au pouvoir en URSS en mars 1985 et a incité les partis des "pays frères" à se réformer de l'intérieur pour être plus acceptables (transparence et restructuration). Ceausescu ne voulait surtout pas suivre le chemin de Gorbatchev alors qu'Ion Iliescu pourrait être considéré comme l'homme des réseaux gorbatchéviens en Roumanie.

Des premières manifestations de protestation contre la police politique (la Securitate) et contre la politique de Ceausescu ont eu lieu à partir du 16 décembre 1989, d'abord à Timisoara (à l'ouest du pays), puis à Bucarest. La découverte d'un (faux) charnier à Timisoara, laissant entendre de très nombreuses victimes de la répression, a profondément choqué le peuple roumain (on saura plus tard qu'il s'agissait d'une odieuse manipulation). Cette émotion a provoqué de nouvelles manifestations dans tout le pays, tandis que Ceausescu était en voyage en Iran.

 


À son retour, l'autocrate roumain pensait pouvoir appliquer ses vieilles ficelles de répression (au lieu de fuir rapidement). Il a alors organisé un rassemblement de masse le 21 décembre 1989 pour montrer sa force et son soutien populaire, retransmis en direct par la télévision d'État... Mais le soutien a muté en révolution populaire. La foule l'a hué tandis que la télévision a interrompu sa diffusion. Ceausescu, vieillissant, a été incapable de réagir et s'est retiré dans ses appartements.

La nuit et la journée du lendemain (le 22 décembre 1989) ont été cruciales : l'armée avait pour ordre de tirer sur les protestataires, mais ne tirait pas. Le couple Ceausescu a tenté de fuir en hélicoptère mais a vite été rattrapé. À Bucarest, des tirs ont eu lieu. On a compté des centaines de morts, presque un millier. Pendant trois jours, la situation était peu claire. Il semblerait qu'Ion Iliescu ait manipulé l'opinion en encourageant les tirs. Le 25 décembre 1989 a eu lieu le procès expéditif des Ceausescu et leur exécution filmée en direct, ce qui a eu pour effet l'arrêt miraculeux de tous les tirs de snipers.

Dès le 22 décembre 1989, Ion Iliescu est devenu le chef de l'État incontesté. Il allait être onze ans à la tête de la Roumanie : Président du Conseil du Front de salut national du 22 décembre 1989 au 13 février 1990, puis Président du Conseil provisoire d'unité nationale du 13 février 1990 au 20 juin 1990, puis élu le 20 mai 1990 avec 85,1% et réélu le 11 octobre 1992 avec 61,4%, Président de la Roumanie du 20 juin 1990 au 29 novembre 1996, et après un échec à l'élection présidentielle du 17 novembre 1996 (où il n'a recueilli que 45,6% des voix), il s'est fait réélire le 10 décembre 2000 avec 66,8% des voix et est redevenu Président de la Roumanie du 20 décembre 2000 au 20 décembre 2004. Autre figure marquante de la révolution, Petre Roman a été nommé Premier Ministre du 26 décembre 1989 au 1er octobre 1991 et s'est rapidement éloigné d'Ion Iliescu.
 


Comme on le voit, Ion Iliescu, figure paternaliste, rassurante, grand-père tranquille qui a basé ses campagnes électorales sur l'impunité de tous en temps de dictature, a voulu ainsi rendre impossible toute introspection sur la dictature communiste d'après-guerre, mais aussi sur le déroulement exact de la révolution de 1989. Se transformant en social-démocrate, Ion Iliescu a représenté une gauche qui voulait initialement réformer le communisme irréformable.

Conseiller du Président roumain Traian Basescu (élu en 2004), le politologue Alexandru Gussi a regretté l'omerta sur les exactions en 1989 des néo-communistes menés par Ion Iliescu : « La moitié des membres du premier gouvernement post-révolutionnaire appartenaient au parti communiste. (…) Une fois au pouvoir, ce réseau a tout fait pour protéger les siens. En exécutant Nicolae Ceausescu, ils l'ont fait passer pour l'unique responsable. Ils ont ensuite fait disparaître le parti et les symboles du communisme, mais ils n'ont pas changé les structures de l'État. » (dans "Slate" du 22 décembre 2009).
 


Ion Iliescu a eu son heure de gloire lors de sa réception au Parlement Européen de Strasbourg le 23 septembre 2003. La Roumanie n'était pas encore un État membre mais elle avait prévu de l'être (il allait falloir attendre encore plus de trois ans). Le discours d'Ion Iliescu fut donc très pro-européen : « Le principal message que je souhaite faire passer concerne le fait que la Roumanie est un pays sur lequel la communauté démocratique des nations peut compter. La Roumanie sera un État membre de l’Union Européenne fiable et crédible. L’Union Européenne gagnera bien plus qu’un nouvel État membre de plus de 22 millions d’habitants; elle gagnera un fidèle partisan de l’intégration européenne, un pays euro-optimiste par choix. Liés à l’Europe tout au long de notre histoire, nous avons foi dans le système des valeurs positives sur lequel repose la construction européenne: la démocratie, le respect des droits et des libertés des citoyens, la justice et l’équité sociale, la tolérance, la solidarité au sein des nations et entre celles-ci ainsi que la responsabilité envers les générations futures. Les Roumains, que l’histoire a mis sur la touche pendant plus d’un demi-siècle, ont toujours aspiré à participer naturellement à l’évolution de la Communauté européenne dont les valeurs ont servi de guide. Cette aspiration est devenue réalité lors de la révolution de décembre 1989. Cela n’a pas été facile ni simple de sortir du totalitarisme, tant fasciste que communiste. Nous avons été confrontés à un double handicap. Le premier était de nature institutionnelle : les institutions d’un État totalitaire sont incompatibles avec la démocratie et l’économie de marché. Le second handicap était représenté par notre isolement par rapport au monde et nos tendances autarciques. Tout cela s’est inscrit sur un fond de profond retard historique en matière de développement économique et social. (…) La Roumanie est prête à assumer les nouvelles responsabilités qui lui incombent en raison de son nouveau statut de membre de l’OTAN et de futur État membre de l’Union Européenne. (…) La Roumanie appartient à la culture et à la civilisation européenne par son histoire, sa tradition et ses valeurs. Voilà pourquoi son intégration à l’Union Européenne, en tant que processus de retour à la normalité démocratique de notre pays, a été et reste encore un objectif stratégique de la société roumaine et cet objectif a toujours fait l’objet d’un large consensus politique et civique. L’adhésion à l’Union Européenne est considérée comme un objectif politique autant que comme un instrument destiné à accélérer les processus de modernisation institutionnelle et de développement économique et social, dans le but de réduire les décalages qui nous séparent encore du monde industrialisé. (…) En réduisant les décalages économiques dans le cadre de l’Union Européenne élargie, l’Union, en tant qu’acteur global, gagnera en transparence, en cohérence et en efficacité dans la poursuite de ses objectifs sur le plan mondial, contribuant ainsi à la diminution de la pauvreté, à une meilleure répartition des bénéfices de la mondialisation en faveur des régions défavorisées et à une plus large participation de ces régions au commerce mondial. (…) La Roumanie fait partie de l’Europe et ses moindres actes sont issus de son désir de confirmer son identité européenne. Nous savons que ce n’est pas tâche facile. Nous devons travailler avec encore plus d’ardeur et de ferveur afin de remplir les engagements que nous avons contractés en vue de consolider votre confiance, puisque vous êtes nos partenaires européens, dans notre aptitude à mener à bien des processus complexes, tels que les réformes requises pour notre adhésion à l’Union européenne, et nous devons agir et nous comporter en véritables Européens. Plus personne et plus rien ne pourrait mettre en doute l’avenir européen de la Roumanie. Nous possédons à la fois l’aptitude et le désir requis pour mener à terme la transformation structurelle de l’économie et de la société roumaines afin de rendre celles-ci compatibles avec les exigences de l’Union européenne et d’améliorer ainsi le bien-être des citoyens roumains. ».

Mais surtout, il a fallu attendre le 8 avril 2019, alors qu'il était âgé de 89 ans, pour que l'ancien Président Ion Iliescu fût renvoyé en procès sur deux affaires pour crimes contre l'humanité : l'affaire des snipers du 22 au 25 décembre 1989 (bilan extrêmement lourd : 862 morts et plus de 2 150 blessés) ainsi que l'assassinat des Ceausescu, et l'affaire dite des minériades du 13 au 15 juin 1990 : Ion Iliescu avait fait venir par train des ouvriers mineurs à Bucarest pour frapper les étudiants venus manifester contre lui ! Le bilan fut très lourd : 6 morts, 6 femmes violées, 746 blessés, officiellement, car selon les étudiants, plus d'une centaine d'entre eux auraient péri.


Pour le procureur Augustin Lazar qui l'a mis en accusation, « il s’agit d’un moment particulièrement important pour la justice roumaine qui accomplit une dette d’honneur envers l’Histoire ». Considérant ce procès comme une « farce », Ion Iliescu avait déclaré en avril 2018 pouvoir « garder la tête haute devant le jugement de l’Histoire ». Reporté à cause de la crise du covid-19, le procès n'a finalement jamais eu lieu. L'Histoire jugera donc.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ion Iliescu.
Michel Ier  de Roumanie.
La Révolution roumaine de décembre 1989.
Eugène Ionesco.
Nicolae Ceausescu.
Otto von Europa.
Dynasty.
Victoria, mamie Europa.

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250805-ion-iliescu.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/ion-iliescu-l-apparatchik-262516

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/05/article-sr-20250805-ion-iliescu.html


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1 août 2025 5 01 /08 /août /2025 04:31

« Chacun a vu le monde de l'endroit où il se trouvait, et ce point de vue était généralement déformant. Il faut vaincre ses préjugés. Ce que je vous demande là est presque impossible, car il faut vaincre notre histoire et pourtant si on ne la vainc pas, il faut savoir qu'une règle s'imposera, mesdames et messieurs : le nationalisme, c'est la guerre ! La guerre ce n'est pas seulement le passé, cela peut être notre avenir, et c'est vous, mesdames et messieurs les députés, qui êtes désormais les gardiens de notre paix, de notre sécurité et de cet avenir ! » (François Mitterrand, le 17 janvier 1995 au Parlement Européen, à Strasbourg).




 


Cette fameuse phrase (« Le nationalisme, c'est la guerre ! »), c'est la conclusion si remarquable d'un très long discours, l'un des derniers sinon le dernier, du Président François Mitterrand. Il l'a prononcé il y a trente ans, le mardi 17 janvier 1995, à Strasbourg, dans l'enceinte du Parlement Européen. Atmosphère émue des différents dirigeants européens qui voyaient et écoutaient là, sous leur yeux, le testament européen d'un vieillard très malade à qui ses jours étaient comptés.

Personnellement, je n'ai jamais vraiment apprécié François Mitterrand. Politiquement, je veux dire. Je pense qu'il a fait beaucoup de dégâts et la France ne s'en remet toujours pas. Les déficits budgétaires récurrents, c'est lui. Alors qu'avant lui, certains budgets étaient déficitaires à cause des circonstances (second choc pétrolier), François Mitterrand, qui se préoccupait peu d'économie (il avouait volontiers qu'il n'y comprenait rien), a laissé filer les déficits publics. De plus, nous payons encore aujourd'hui l'absurdité du passage de l'âge légal de la retraite de 65 ans à 60 ans, alors que l'espérance de vie n'a cessé d'augmenter (et c'est un bien) depuis quarante ans. Cela nous a coûté la moitié de la dette publique ces dix dernières années.

Bref, Machiavel au pouvoir, manipulateur politique, menteur professionnel, à la vacuité des convictions mouvantes, au passé trouble et même choquant... François Mitterrand, il y en aurait des livres et des livres à l'évoquer, à le critiquer (il n'y a guère que Jean-Luc Mélenchon qui s'en réclame, parmi les dirigeants politiques actuels).

Mais je ne lui retire pas trois choses, et elles comptent au regard de l'histoire.


D'abord, il avait incontestablement la stature d'un Président de la République, certes avec sans doute le comportement le plus monarchique de tous les Présidents de la Cinquième République, avec sa cour, ses grands travaux, et tous les frais que le contribuable a payés, y compris une brigade de gendarmerie chargée d'écouter les échanges téléphoniques de plus de deux mille personnes par simple convenance personnelle (maintenir le secret sur Mazarine). Malgré tout, il savait présider et il honorait les Français quand il était en relation avec ses homologues étrangers.

Sur le plan des valeurs, il a eu le courage de faire adopter l'abolition de la peine de mort, et cela très vite (le premier semestre), malgré l'impopularité de la mesure, avec le zèle des fraîchement convertis.

Enfin, sur le plan de la vision, il n'en a eu qu'une seule qui tenait vraiment la route, et pas des moindres, et ce n'était pas gagné en mars 1983, c'était sa volonté de consolider la construction européenne, notamment du point de vue politique et monétaire (élargissements, Acte unique européen, Accords de Schengen, Traité de Maastricht).

Comment sa vision européenne est-elle venue ? Il l'a confié au détour de son discours de Strasbourg : « Il faut transmettre, non pas cette haine, mais au contraire la chance des réconciliations que nous devons, il faut le dire, à ceux qui dès 1944-1945, eux-mêmes ensanglantés, déchirés dans leur vie personnelle le plus souvent, ont eu l'audace de concevoir ce que pourrait être un avenir plus radieux qui serait fondé sur la réconciliation et sur la paix. C'est ce que nous avons fait. Je n'ai pas acquis ma propre conviction comme cela, par hasard. Je ne l'ai pas acquise dans les camps allemands où j'étais prisonnier, ou dans un pays qui était lui-même occupé comme beaucoup. Mais je me souviens que dans une famille où l'on pratiquait des vertus d'humanité et de bienveillance, tout de même, lorsque l'on parlait des Allemands, on en parlait avec animosité. Je m'en suis rendu compte, lorsque j'étais prisonnier, en cours d'évasion. J'ai rencontré des Allemands et puis j'ai vécu quelques temps en Bade-Wurtemberg dans une prison, et les gens qui étaient là, les Allemands avec lesquels je parlais, je me suis aperçu qu'ils aimaient mieux la France que nous n'aimions l'Allemagne. ». Elle venait donc de loin, même si on peut toujours avoir quelques soupçons sur sa sincérité, étant donné les informations troubles qu'on a pu avoir sur sa jeunesse avant et pendant la guerre.

 


Ce discours présidentiel a été prononcé alors que la France présidait depuis quelques jours (du 1er janvier au 1er juillet 1995) le Conseil de l'Union Européenne : « Ce dont nous avons à parler, c'est bien d'assurer à l'Europe la place et le rôle qui lui reviennent dans un monde à construire, une Europe puissante économiquement et commercialement, unie monétairement, active sur le plan international, capable d'assurer sa propre défense, féconde et diverse dans sa culture. Cette Europe-là sera d'autant plus attentive aux autres peuples qu'elle sera plus sûre d'elle-même. ». Par la voix de François Mitterrand, ce n'était donc pas seulement le Président de la République française qui s'exprimait mais aussi le Président du Conseil de l'Union (comme en 2022, cette Présidence française est intervenue une année d'élection présidentielle en France). La date de janvier 1995 est aussi celle de l'entrée de l'Autriche, de la Suède et de la Finlande dans l'Union Européenne.

Pour cette Présidence française, alors qu'il allait quitter l'Élysée en mai 1995, François Mitterrand a précisé quelques priorités : « Premier impératif : il faut mettre en application le Traité sur l'Union Européenne [Traité de Maastricht] que nos parlements et nos peuples ont solennellement ratifié. J'avais obtenu, quant à moi, que le peuple français fut lui-même acteur dans cet événement majeur de notre histoire. Ne sous-estimons pas l'importance de l'instrument dont nous nous sommes dotés, même si on peut en critiquer bien des aspects et le langage un peu compliqué, un peu administratif, un peu technocratique qui a été utilisé. ».


Sur ce plan-là, c'est une grande réussite : l'euro a été mis en place en 1999 et les peuples européens l'utilisent depuis 2002. Grâce à l'euro, la France a pu éviter toute sorte de crise de la dette souveraine grâce à la solidité de sa monnaie (on voit aujourd'hui à quel point c'était très crucial).

Puis est venu le : « Deuxième impératif : il faut se préparer aux élargissements ultérieurs de l'Union. Il y a entre ces deux impératifs un lien logique : plus l'Europe s'affirme sur le plan interne et plus sa force d'attraction s'exerce sur les autres pays démocratiques d'Europe. Encore faut-il que ces deux objectifs ne se contredisent pas. Et c'est là la difficulté, car il faut élargir, mais il faut renforcer l'Union existante. Il ne faut pas que l'élargissement affaiblisse ce qui existe. Et il ne faut pas que ce qui existe empêche l'élargissement de l'Union aux limites de l'Europe démocratique. C'est un problème difficile à régler. Mais je vous demande d'y prendre garde, c'est peut-être la question la plus difficile que vous aurez à résoudre au cours des années prochaines. ».

Là, on peut se douter que la réussite n'a pas été au rendez-vous de l'histoire. Certes, il y a eu en mai 2004, janvier 2007 et juillet 2013 des énormes élargissements pour intégrer beaucoup de pays d'Europe centrale et orientale, ce qui était une nécessité autant politique que morale, mais le fonctionnement institutionnel, initialement prévu pour Six, a eu du mal à se réformer. Le TCE a permis des avancées mais le référendum français l'a fait capoter. Pour le remplacer, le Traité de Lisbonne en 2008 a été un pis-aller qui a permis de maintenir une certaine cohésion, mais on voit bien qu'il faudrait réviser les institutions et prévoir des intégrations à plusieurs niveaux (sans compter le Brexit, première sortie de l'histoire de l'Europe).

Un peu plus tard dans son discours, le Président français est revenu sur les réformes institutionnelles à faire : « Il faut préserver les grands équilibres institutionnels. Réfléchissez, puisque c'est vous qui le ferez, réfléchissez bien avant d'agir ! L'Europe s'est faite pas à pas ; on peut élargir les enjambées, mais l'on ne peut pas prendre une allure qui ne serait pas conforme à notre nature. ».


Pour réussir la poursuite de la construction européenne, François Mitterrand a évoqué trois atouts : « Au-delà de cette coordination nécessaire de nos politiques, il faut aussi préparer sur un plus long terme les fondements en Europe d'une nouvelle expansion économique, forte, saine et, je l'espère, durable. C'est possible, si nous savons utiliser pleinement trois de nos atouts majeurs. ».

Premier atout : « C'est la dimension de notre marché. Nous avons jusqu'à présent réussi pour l'essentiel à éliminer les barrières administratives, douanières, normatives qui morcelaient ce vaste espace. Cela a été l'œuvre accomplie grâce à l'Acte unique. Il nous reste à éliminer ou à réduire les autres obstacles qui ne sont pas minces, y compris les barrières physiques qui freinent encore la fluidité de la circulation des hommes, des marchandises et des idées. ».

Deuxième atout : « C'est bien sûr, l'Union économique et monétaire qui est à mes yeux le complément naturel et indispensable du marché unique, sans quoi le marché unique deviendrait une charge de l'anarchie et le lieu des concurrences les plus illicites. ». Le Président français s'est adressé spécifiquement aux pays qui ont refusé l'euro (à l'époque) : « La porte restera bien sûr ouverte aux États qui ont estimé ne pas pouvoir s'engager encore sur la monnaie unique. Je comprends leurs difficultés. Nous nous sommes posé les mêmes questions. Ne croyez pas que cela sera facile pour la France. Les conditions sont sévères. Le problème est celui de la volonté politique. Eh bien, je suis sûr que ceux qui ne sont pas encore parmi nous nous rejoindront, à la condition que nous-mêmes, nous ne fléchissions pas en cours de route. ».

Troisième atout : « C'est notre excellence technologique. Innombrables sont les inventions nées de l'esprit de nos chercheurs : ce capital ne demande qu'à fructifier, si nous savons l'exploiter comme il convient et à la dimension de notre continent. Je n'en dirai pas plus, mais dans votre esprit s'impose, sans aucun doute, l'extraordinaire série de réussites technologiques et scientifiques, depuis la moitié du XIXe siècle en Europe et par l'Europe, sans naturellement exclure ceux qui, ailleurs, ont contribué au progrès général. (…) Je sais l'importance que revêt à vos yeux le Programme Cadre de Recherche et Développement et vous avez raison. Il faut donc en convaincre tous les gouvernements. Et je vous donne l'assurance qu'en liaison avec la Commission, la Présidence française veillera à la mise en œuvre de ce programme et à son articulation avec les besoins du marché. ».

François Mitterrand a rappelé la dureté de la campagne référendaire pour l'adoption du Traité de Maastricht, en été 1992 : « L'une des difficultés principales que nous avons rencontrée pour obtenir l'accord de nos concitoyens lors de la ratification du traité de Maastricht, était due à l'effet de surprise. Un certain nombre de gens informés, qui voyagent, qui ont des contacts avec l'étranger, ou bien la partie du public qui lit, qui s'informe, qui étudie, était acquise à l'Europe. On s'était peut-être un peu trop reposé là-dessus ; le peuple, dans ses profondeurs, était pour mais ignorait les conditions nécessaires pour y parvenir, lesquelles conditions pouvaient paraître contraignantes. ».

Au-delà de l'intégration économique, il voulait aussi construire l'Europe sociale pour laquelle il restait encore tout à faire : « Depuis l'origine de la Communauté, j'ai défendu, comme beaucoup d'entre vous, l'idée que nous devions construire une Europe sociale : le Fonds social européen, l'Espace social européen, la Charte sociale, l'accord sur la politique sociale annexé au Traité de l'Union Européenne, la prise en compte des normes sociales dans la préférence européenne sont autant d'avancées, même si je ne cacherai pas qu'à Maastricht j'aurais préféré qu'on allât plus loin et que l'on reprît, dans le traité la totalité de la charte sociale. Ne nous y trompons pas. Les marchés ne sont que des moyens, des mécanismes dominés, trop souvent, par la loi du plus fort ; des mécanismes qui peuvent engendrer l'injustice, l'exclusion, la dépendance si des contrepoids nécessaires n'y sont pas apportés par ceux qui peuvent s'appuyer sur la légitimité démocratique. À côté des marchés, il y a place pour les activités économiques et sociales fondées sur la solidarité, la coopération, l'association, la mutualité, l'intérêt général... bref le service public. Or, aujourd'hui, si nous avons tracé le contour de l'Europe sociale, il n'y a pas de contenu. N'est-ce pas une œuvre exaltante, passionnante que de donner un contenu social à l'Europe ? N'est-ce pas le travail des mois et des années prochains ? Je regarderai, de l'extérieur à ce moment-là, les avancées sociales et je me réjouirai chaque fois que je verrai ensemble des représentants européens s'associer au-delà de leurs divisions naturelles et de leurs opinions diverses pour que l'Europe à construire ne soit pas qu'un jeu de mécano mais soit l'œuvre puissante d'hommes qui construisent leur histoire. ».

 


Pour le socialiste qu'il a été pendant plus de vingt ans, l'immigration devait être aussi une compétence européenne : « Pour le droit d'asile et l'immigration, il reste beaucoup à faire en commun. Il faut harmoniser des réglementations. Je pense en particulier à l'entrée en vigueur de la convention de Dublin sur la détermination de l'État responsable d'une demande d'asile et à l'adoption du règlement établissant la liste commune des pays dont les ressortissants sont soumis à visa. Je suis mêlé aux affaires publiques depuis trop longtemps pour ignorer la difficulté de ce débat, et pour savoir qu'il faut un très grand sens civique et une puissante conviction européenne pour passer par dessus un certain nombre de préférences nationales. Mais vraiment, je vous en prie, faites-le comprendre à vos dirigeants ! L'Europe sera celle des citoyens, si les citoyens se sentent en sécurité en Europe et grâce à l'Europe. ».

Idem pour la sécurité et la justice : « On pourrait en dire autant, de la coopération judiciaire, de l'action coordonnée contre le trafic de drogue, le terrorisme international, le crime organisé. Lequel d'entre nos pays pourrait prétendre traiter et régler isolément l'un de ces fléaux ? Qui en aurait la force ? Enfin, je ne verrais qu'avantage à ce que fussent comparées et confrontées nos expériences nationales en matière de politique d'immigration et d'intégration, et à ce que fût poursuivie et complétée la lutte contre le racisme et la xénophobie. ».

L'Europe des cultures (et pas l'Europe de la culture), c'est d'abord l'amour de l'Europe, selon François Mitterrand : « [L'Europe] a besoin d'être mieux connue des Européens et j'ose dire mieux aimée d'eux. (…) Il faut que les Européens aiment l'Europe. Pourquoi aiment-ils leur patrie ? Parce que c'est leur foyer et c'est leur horizon, leur paysage, c'est leurs amis, c'est leur identité. Si tout cela devait manquer à l'Europe, eh bien il n'y aurait pas d'Europe. Or nous sentons bien qu'elle est au bout de notre main si nous savons l'avancer avec assez d'audace, mais parfois aussi de prudence. (…) Afin de fortifier notre approche, redécouvrons les lieux et les objets de nos mémoires communes. Je souhaite que soit conçu et mis en œuvre un vaste projet de développement de ces lieux de mémoires européens. ».

Et de conclure, sur cette culture partagée : « L'Europe des cultures, mesdames et messieurs, c'est l'Europe des nations contre celle des nationalismes. ».

Long et dense, ce discours a été marquant et a marqué tant l'histoire européenne que l'histoire des deux septennats de François Mitterrand. Il était, en quelque sorte, comme dit en introduction, son testament européen. Il avait déjà adressé ses vœux aux Français le 31 janvier 1994 en évoquant les "forces de l'esprit" : « L'an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses vœux. Là où je serai, je l'écouterai le cœur plein de reconnaissance pour le peuple français qui m'aura si longtemps confié son destin et plein d'espoir en vous. Je crois aux forces de l'esprit et je ne vous quitterai pas. Je forme ce soir des vœux pour vous tous en m'adressant d'abord à ceux qui souffrent, à ceux qui sont seuls, à ceux qui sont loin de chez eux. Bonne année, mes chers compatriotes. Bonne année et longue vie. ». C'étaient ces vœux-là qu'a repris François Mitterrand lorsqu'il a dit (pour l'Europe sociale, déjà cité plus haut) : « Je regarderai, de l'extérieur à ce moment-là, les avancées sociales. ».

Et s'il ne fallait retenir que quelques phrases de ce discours du 17 janvier 1995, au-delà de la fameuse phrase sur le nationalisme, ce serait sans doute celles-ci, en guise de conclusion et d'espoir : « Cette Europe a besoin de s'incarner dans autre chose que des bilans économiques et des tonnages de fret. Dirais-je, mais je ne veux pas enfler mon langage, qu'elle a besoin d'une âme ? Qu'elle exprime sa culture, sa façon de penser, les structures de nos cerveaux, le fruit des siècles de civilisation dont nous sommes les héritiers. Elles sont riches et diverses, les expressions de notre génie protéiforme et nous pouvons faire partager au monde tout entier, (comme par le passé), mais sans vouloir les imposer, (ce qui changerait un peu du passé), nos idées, nos rêves et, dans ce qu'elles ont de bon, nos passions. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Brexit, 5 ans plus tard.
Le testament européen de François Mitterrand.
Discours du Président François Mitterrand le 17 janvier 1995 devant le Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
Le PS de François Mitterrand.
Pierre Mauroy aurait dû se présenter en 2007.
Frédéric Mitterrand.
Roger Hanin.
Mazarine Pingeot.
Danielle Mitterrand.
François Mitterrand et le tournant de la rigueur.
François Mitterrand et l’épineux congrès d’Épinay.
François Mitterrand, le ballet budgétaire élyséen et la règle des 3% du PIB.
François Mitterrand et De Gaulle.
Au cœur de la Mitterrandie.
François Mitterrand et Matteo Salvini.
François Mitterrand et son testament politique.
François Mitterrand et le nationalisme.
François Mitterrand et la science.
François Mitterrand et la cohabitation.
François Mitterrand et l'Algérie.
François Mitterrand, l’homme du 10 mai 1981.
François Mitterrand et la peine de mort.
François Mitterrand et le Traité de Maastricht.

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250117-mitterrand.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/le-testament-europeen-de-francois-258495

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/15/article-sr-20250117-mitterrand.html



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20 juillet 2025 7 20 /07 /juillet /2025 04:41

« Pour beaucoup d’entre nous, Jacques Delors a été le véritable architecte de l’Europe rêvée. Un rêve devenu réalité. La génération de ceux qui, comme moi, sont nés dans les années 1960, et celles qui ont suivi ont pu assister à la naissance de l’Europe sans frontières qu’ils appelaient de leurs vœux et ont eu le privilège de vivre toutes les opportunités de paix et de développement que celle-ci représentait. » (Enrico Letta, le 4 janvier 2024, dans "La Croix").





 


L'ancien Président de la Commission Européenne Jacques Delors est né il y a 100 ans, le 20 juillet 1925. Il est mort il y a un an et demi, à 98 ans, le 27 décembre 2023. Désormais considéré comme un (récent) Père de l'Europe, Jacques Delors a été à l'origine de l'Acte Unique Européen (notamment marché unique et harmonisation des diplômes), du Traité de Maastricht (monnaie unique européenne), des Accords de Schengen (libre circulation des personnes), du programme Erasmus (échange entre étudiants), des programmes européens de recherche, des fonds structurels de cohésion, etc.

Comme l'a exprimé Enrico Letta, ancien Président du Conseil italien, le 4 janvier 2024, Jacques Delors ne considérait le marché unique qu'avec la contrepartie sociale, des fonds de cohésion, de solidarité, dans cette triple deviser : « la concurrence qui stimule, la solidarité qui unit, la coopération qui renforce ».

Je propose ici de revenir sur le discours d'adieu de Jacques Delors. Il allait quitter la Présidence de la Commission Européenne après dix ans très marquants d'exercice et a prononcé ce discours de départ le 19 janvier 1995, il y a un peu plus de trente ans, à Strasbourg, devant le Parlement Européen présidé par Klaus Hansch (qu'on peut lire dans son intégralité ici).

Sa priorité a été d'exprimer l'importance du Parlement Européen pendant les réformes qu'il a entreprises en Europe entre 1985 et 1995, ce qu'allait confirmer la parlementarisation ultérieure de l'Europe : « Le seul véritable Parlement multinational au monde doit savoir que pour peu qu'il trouve les formes adéquates et la persévérance dans l'action, sa parole est entendue partout. Ainsi témoigne-t-il, pour sa part, du combat jamais terminé en faveur de la liberté, des droits de l'homme et du pluralisme spirituel, idéologique et politique. Ce n'est pas un hasard si le Traité de l'Union Européenne en a tiré un enseignement : il vous reconnaît désormais ce rôle d'inspirateur, dont je voulais simplement rappeler qu'il s'était incarné dès avant Maastricht et que ses résultats n'auront pu que favoriser le renforcement récent des pouvoirs de votre institution. (…) Grâce à votre force d'initiative et à votre appui jamais démenti, l'intégration européenne a beaucoup progressé au cours des dix dernières années. ».

L'événement le plus marquant de la période a été la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 : « Avec l'effondrement de l'empire soviétique, le rapport de la Communauté au reste du monde a été remis en cause. La chute du mur de Berlin, en novembre 89, a provoqué le véritable aggiornamento de la Communauté. Elle a modifié en profondeur les données politiques et psychologiques de la construction européenne. La Communauté, fille de la guerre froide, devait-elle prendre fin avec la disparition de cette guerre froide ? Non, avons-nous tranché. Il a été décidé d'aller de l'avant, d'agir sur l'événement, de doter la Communauté d'une véritable personnalité politique : l'Europe était devenue pôle d'attraction, elle devait aussi être le moteur d'une stabilisation politique, au niveau du continent. (…) Une nouvelle Union se dessine. Une Union élargie à quinze membres, depuis qu'au terme de négociations conduites avec célérité elle a accueilli en son sein trois nouveaux États membres porteurs d'une longue tradition démocratique et susceptibles d'enrichir ce modèle social que l'Union veut défendre, rénover et promouvoir. (…) L'Europe se veut puissante pour être généreuse, et son engagement en faveur des pays en développement a été accru ces dix dernières années. ».

 


Plus qu'un bilan, Jacques Delors a surtout évoqué les perspectives futures de l'Europe de l'après-Traité de Maastricht, et la principale est l'élargissement de l'Union Européenne à l'Europe centrale et orientale : « C'est dire que l'avenir s'annonce incertain, malgré les progrès réalisés. Le préalable, c'est bien entendu de mettre en œuvre ce qui a déjà été décidé dans le traité sur l'Union Européenne, mais tout en réfléchissant, dès maintenant, au cadre de la grande Europe et à sa compatibilité avec la poursuite de notre idéal qui n'a pas changé : l'Union politique des pays européens qui le veulent pleinement. Et là commence le débat. Il vous faudra, il nous faudra beaucoup d'imagination, de capacité technique, de force de conviction, de courage, de fidélité à nous-mêmes pour répondre aux défis de l'avenir. ».

L'ancien ministre des finances de François Mitterrand n'a jamais cru au « déclin de l'aventure européenne » car il y a un réel besoin. Le premier, vital, est la paix et la sécurité du continent européen : « La demande de paix et de sécurité est toujours là, impérieuse (…). On assiste à la tentation de remettre en cause les positions acquises et les frontières, à la montée des intégrismes, à la résurgence des nationalismes... Comment ne pas souligner ici le message que nous a transmis, hier, le Président de la République française : les nationalismes, c'est la guerre. Au total, nous devons affronter les risques qui pèsent sur le monde et qui affectent, de manière directe ou indirecte, nos propres acquis en matière de paix et de compréhension mutuelle. L'Union Européenne ne peut se dérober face à ces réalités d'ailleurs difficiles à cerner. Sur son flanc est, sur son flanc sud, en Afrique, au Moyen-Orient, on attend d'elle des positions franches et nettes, une prise de responsabilités sans équivoque et des actions cohérentes avec les idéaux qu'elle affirme. La demande d'Europe, pour reprendre une expression simple, est là. ».

Et de mettre en garde sur l'exigence de puissance, ce qui donne toute sa signification au discours du Président Emmanuel Macron du 13 juillet 2025 : « L'Histoire n'a pas cessé de nous dispenser leçons et avertissements. Malheur à ceux qui ne savent pas se faire respecter. Malheur aux peuples qui s'abandonnent aux délices de la société de consommation, à la nostalgie d'un passé pourtant révolu ou à un mondialisme sans conscience ! Face à cet avenir plein de périls, seule l'union politique des nations européennes peut leur permettre non seulement de défendre leurs intérêts légitimes, mais aussi de rayonner dans le monde, au service des idéaux qui ont marqué le meilleur de l'histoire de l'Europe. Notre crédibilité ne dépend pas uniquement de nos grandes déclarations de principe. Elle est et sera fonction de notre capacité à traduire les objectifs affichés en actes concrets pour la paix, pour la solidarité entre les peuples, pour le respect des droits de l'homme. Nous n'y parviendrons que par un pacte sans équivoque entre ceux des pays européens qui sont prêts à s'engager et à en tirer toutes les conséquences sur les plans politique, économique et institutionnel. ».

L'impératif démocratique était la troisième piste d'avenir en 1995 : « Il ne peut y avoir d'aventure collective réussie sans promotion de la citoyenneté, c'est-à-dire sans renouveau de la vitalité démocratique. Le temps est révolu où la construction européenne pouvait avancer en parallèle aux vies politiques nationales. L'Europe est désormais entrée dans la vie de chaque citoyen européen. En d'autres termes, c'est une démarche avant tout politique dont nous avons besoin. Certes, l'Union Européenne est loin des citoyens ; certes, nous pouvons faire mieux en termes de transparence et de subsidiarité. Mais de là à faire de la construction européenne le bouc-émissaire de notre mélancolie démocratique, il y a une marge qui ne doit pas être franchie. Le mal est en nous, dans nos sociétés, dans les travers de nos vies politiques nationales : la distance qui s'accroît entre gouvernants et gouvernés, la consommation frénétique des faits et l'oubli qui intervient vite, l'épidémie galopante des sondages... voilà les maux pernicieux qui handicapent, il faut bien le dire, nos vieux pays. ».

 


Sans surprise, Jacques Delors a fait la promotion de « l'approche fédérale » : « Le réveil politique de l'Europe se voudra une incitation à l'approfondissement démocratique contre l'abandon et l'atonie. Et c'est alors qu'une fois de plus, et au-delà des passions et des incompréhensions, il me faut rappeler les mérites de l'approche fédérale en matière institutionnelle. Seule, elle permet de préciser qui fait quoi et qui est responsable devant qui. Seule, elle peut décrire clairement les transferts de souveraineté et leurs limites. Seule, elle autorise des procédures de contrôle démocratique et de sanction des abus de pouvoir. Seule, elle garantit le respect des personnalités nationales et des diversités régionales. C'est pourquoi, j'ai proposé cette formule, contradictoire en apparence, de fédération des États nationaux, afin de concilier la mise en œuvre d'ambitions communes avec l'épanouissement de nos nations forgées dans l'histoire, le sang et le contrat qui unissent chacun de nos peuples et qui confortent le sentiment d'appartenance de nos citoyens. Aucun pays européen n'est a priori exclu de cette aventure collective. La Maison est ouverte à tous. ».

Le Président français était intervenu à la même tribune l'avant-veille, le 17 janvier 1995, pour faire aussi son discours d'adieu à l'Europe, à la fin de son second septennat, avec ce message clair : « Mesdames et messieurs : le nationalisme, c'est la guerre ! La guerre ce n'est pas seulement le passé, cela peut être notre avenir, et c'est vous, mesdames et messieurs les députés, qui êtes désormais les gardiens de notre paix, de notre sécurité et de cet avenir ! ».

Jacques Delors et François Mitterrand ont eu une vision très pertinente des dangers concrets de l'Europe, le risque de guerre. Comprenant le sens de la guerre déclarée par Vladimir Poutine en Ukraine, Emmanuel Macron ne fait que s'inscrire dans cette longue tradition française, consolidée (mais pas initiée) par De Gaulle, d'indépendance nationale et européenne pour la défense, autrement dit, ne plus dépendre de la protection des États-Unis et de leur bon-vouloir.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La parlementarisation de l'Europe (juillet 2025).
Jacques Delors : Allons, courage, le Printemps de l’Europe est toujours devant nous !
Les 30 ans du discours d'adieu de Jacques Delors.
Discours de Jacques Delors le 19 janvier 1995 devant le Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
L'hommage de l'Europe à Jacques Delors.
Discours de Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen en hommage à Jacques Delors le 31 janvier 2024 (texte intégral).
L'hommage d'Emmanuel Macron à Jacques Delors : il nous a juste passé le relais !
Discours du Président Emmanuel Macron en hommage à Jacques Delors dans la cour d'honneur des Invalides à Paris le 5 janvier 2024 (texte intégral et vidéo).
Jacques Delors, l'un des pères de l'Europe moderne.
Jacques Delors votera-t-il pour Emmanuel Macron ?
Jacques Delors aurait-il pu être le précurseur d’Emmanuel Macron ?
Jacques Delors, l’honneur de la France et de l’Europe.
Institut Jacques-Delors (créé en 1996).
Qui peut remplacer Jacques Delors en 2014 ?
L’occasion ratée de 1995.
Martine Aubry.

 



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250720-delors.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/jacques-delors-allons-courage-le-258179

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/19/article-sr-20250720-delors.html


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