« Nous savons tous qu'il y a une limite à ce que peuvent faire les gouvernements. C'est là que nos parlements et nos peuples peuvent jouer un rôle d'éclaireurs. Notre attachement mutuel à la démocratie parlementaire est le socle de notre liberté et de nos valeurs communes. La liberté est le bien le plus précieux que nous ayons, or elle n'est jamais acquise. » (Élisabeth II, le 6 janvier 2017, à Paris, au Sénat).
Une visite de la très francophile reine d'Angleterre au Sénat français, aux sénateurs de France, cela devait être pittoresque. La reine Élisabeth II, qui est morte le 8 septembre 2022, est née il y a 100 ans, le 21 avril 1926 à Londres, l'occasion de revenir sur cette reine exceptionnelle, à la fois moderne et traditionnelle.
La première exception, c'est une longévité extraordinaire. Élisabeth II, qui est née sans envisager un instant d'être un jour reine (elle n'était que la fille du frère du futur roi), a régné pendant plus de soixante-dix ans, si bien qu'elle a dépassé tous les records de longévité d'un règne. C'est à 10 ans qu'elle a su, quand son oncle Édouard VIII a abdiqué, qu'elle pourrait devenir reine, qu'elle serait certainement reine, et elle a tout fait pour s'y préparer. Elle est morte à 96 ans, quasi-centenaire, c'est pour cette raison qu'on pourrait parler de notre époque comme du siècle d'Élisabeth II.
Très vite, la jeune Élisabeth s'est révélée comme une femme moderne, se rendant utile pendant la guerre. Et son accession au trône, qui a eu lieu le 6 février 1952, elle avait alors 25 ans, n'a été que la suite logique d'une longue préparation. Quand vous avez 25 ans dans les années 50, comment imaginez-vous être reine ? Son couronnement a eu lieu le 2 juin 1953 dans l'abbaye de Westminster.
Elle fut reine d'Afrique du Sud, de Ceylan et du Pakistan jusqu'à l'indépendance de ces trois pays. Elle fut également, au-delà du Royaume-Uni, reine du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Belize, de la Jamaïque, des Bahamas, etc. Rien que visiter tous les pays du Commonwealth était un tour très long pour la reine (et avant, la future reine).
C'est elle qui a fait tenir la monarchie britannique malgré toutes les vicissitudes de la vie politique et de la famille royale. Élisabeth II a reçu quinze Premiers Ministres britanniques (de Churchill à Liz Truss) durant son long règne qui a aussi couvert quatorze Présidents des États-Unis (de Dwight Eisenhower à Joe Biden) et dix Présidents de la République française (de Vincent Auriol à Emmanuel Macron). Elle a eu l'occasion de rencontrer cent treize dirigeants du monde et a visité même plus de pays.
Cette longévité n'a pas permis d'égaler celle de notre roi de France Louis XIV qui est resté à la tête du pays pendant soixante-douze ans. En revanche, elle a dépassé de loin son arrière-arrière-grand-mère Victoria (1819-1901) dont le règne était associé au XIXe siècle. En outre, elle était, pendant près de six ans, la monarque la plus ancienne du monde après la mort de Rama IX (1927-2016), roi de Thaïlande à partir de 1946, et elle était la chef d'État la plus âgée au monde (à 96 ans).
Loin d'être une monarque simplement neutre, elle a, très subtilement, eu un peu d'influence sur la politique de son pays, notamment en impulsant la réconciliation avec l'Allemagne par sa visite en 1965. Elle a vécu de nombreuses controverses politiques qui ont accompagné l'histoire de son pays pendant soixante-dix ans, en particulier des crises constitutionnelles avec le Canada, l'Australie, etc., la guerre des Malouines, l'adhésion à la CEE puis le Brexit, de nombreux divorces dans la famille royale... Et je prendrai deux exemples éloquents.
Un positif : lors de la crise du covid-19, Élisabeth II a su exprimer la voix de la raison et de l'espoir auprès du peuple britannique (alors que son Premier Ministre n'était pas très responsable dans cette crise), en particulier en prononçant une allocution télévisée le 5 avril 2020 : « J’espère que dans les années à venir, tout le monde pourra être fier de la façon dont [le peuple britannique] a répondu à ce défi. Ceux qui nous succéderont diront que les Britanniques de cette génération étaient aussi forts que tous. Que les attributs de l’autodiscipline, de la bonne résolution tranquille et de la camaraderie caractérisent toujours ce pays. ». Il faut savoir que c'était seulement la quatrième fois qu'elle s'exprimait de cette manière solennelle depuis 1952 ! Elle s'est montrée ensuite en public avec un masque sanitaire le 4 novembre 2020, puis s'est fait vacciner pour la première fois contre le covid le 9 janvier 2021 (vaccin Pfizer) afin d'encourager ses compatriotes britanniques à l'imiter.
Un autre exemple qui aurait pu rester négatif sans un retournement d'opinion encouragé par le Premier Ministre de l'époque Tony Blair : Élisabeth II a très mal géré la réaction de la famille royale à la mort de Lady Diana le 31 août 1997. Certes, Diana avait divorcé de son fils, le futur Charles III, mais elle restait quand même la mère des deux princes héritiers William (15 ans) et Harry (13 ans). Or, ces deux petits-enfants étaient en vacances avec Charles et les parents de celui-ci, Élisabeth et le Prince Philip, au château de Balmoral, en Écosse, et au lieu de rentrer immédiatement à Londres, Élisabeth II est restée cinq jours cloîtrée dans ce château avec les deux orphelins sans aucune déclaration publique, laissant croire à une forme d'insensibilité incompréhensible alors que la mort de Diana a ému tout le peuple britannique (et même au-delà des frontières). Finalement, sur recommandation de Tony Blair, Élisabeth II est rentrée avec le reste de la famille royale le 5 septembre 1997, la veille des obsèques, et a prononcé une allocution télévisée où elle a exprimé son admiration pour l'ancienne princesse, ce qui a retourné "l'opinion publique" en sa faveur, car elle a enfin montré qu'elle avait quelques sentiments.
Chaque Président de la Cinquième République a eu l'occasion d'être reçu à Londres en visite d'État par la reine Élisabeth II. C'était sans doute pour chacun d'eux le voyage protocolaire le plus prestigieux de leur mandat. Il faut dire que la reine, qui s'exprimait dans un français parfait, appréciait beaucoup la France. Quand aux Français eux-mêmes, sa mort les a émus autant que leurs amis britanniques. En d'autres termes, Élisabeth II, qui était aussi la chef de l'Église anglicane, était plus qu'un chef de l'État, elle était aussi une sorte de monarque spirituelle de l'Europe, voire une sorte de pape d'un genre nouveau. Et assurément, dans ce rôle exceptionnel, elle n'aura pas de successeur. God save the Queen !
« Ensemble, nous avons fait tomber le régime Orban. Nous avons libéré la Hongrie, nous avons repris notre patrie ! (…) La Hongrie sera à nouveau un allié solide représentant les intérêts hongrois, car la place de notre pays est en Europe. » (Péter Magyar, le 12 avril 2026 à Budapest).
Viktor n'est plus synonyme de victoire. La Hongrie retrouve sa place au milieu du village qu'est l'Europe. Fidèle à sa réputation libérale et fêtarde, Budapest a fêté cette nuit la victoire... mais pas celle de Viktor. Quelque 7,5 millions d'électeurs étaient convoqués pour les élections législatives qui ont eu lieu ce dimanche 12 avril 2026 en Hongrie.
Pour Viktor Orban, le Premier Ministre sortant, c'était une échéance cruciale. À 62 ans (seulement), Viktor Orban a largement dominé les trente dernières années de la Hongrie postcommuniste, élu à la tête du gouvernement hongrois cinq fois, du 6 juillet 1998 au 27 mai 2002 et depuis le 29 mai 2010. Président du Fidesz depuis le 18 avril 1993 (sauf entre 2000 et 2003), son parti devenu de plus en plus populiste, nationaliste et conservateur, et il a eu une carrière qui ressemble beaucoup à celle du Premier Ministre israélien actuel Benjamin Netanyahou.
Petit à petit, il a conduit son pays vers des dérives antieuropéennes, se permettant de bloquer par exemple une aide européenne de 90 milliards d'euros destinée à l'Ukraine, et surtout, des dérives que certains appellent illibérales et qui, surtout, remettent en cause l'État de droit, en particulier en ce qui concerne la presse (et son pluralisme) et la justice (et son indépendance).
Mais, comme en Pologne, il ne faut jamais désespérer de la démocratie. Les électeurs hongrois se sont bousculés pour aller aux urnes. La participation était de 79,6% des inscrits, soit une hausse de 10 points par rapport au précédent scrutin du 3 avril 2022. Avec un mode de scrutin en partie majoritaire et en partie proportionnel, seulement trois partis ont réussi à obtenir des sièges ce dimanche.
Fidesz, le parti donc de Viktor Orban, et ses alliés, n'ont obtenu que 38,1% des voix, soit une chute de 16 points, et n'ont sauvé que 55 sièges sur 199 que compte l'Assemblée nationale, soit une perte de 80 sièges ! Le parti d'extrême droite MHM de Laszlo Toroczkai a maintenu son audience de 2022 avec 5,9% des voix et 6 sièges. Ce qui est notable, c'est la formidable victoire du parti Tisza (Parti Respect et Liberté) créé très récemment, le 23 octobre 2020, issu d'une scission avec Fidesz. Ce parti a obtenu 53,3% des voix et 138 sièges, ce qui est beaucoup plus que la majorité absolue (une majorité des deux tiers !), alors qu'il n'avait eu aucune représentation en 2022. Ce niveau de victoire est remarquable et signifiera que la nouvelle majorité pourra réviser la Constitution pour mieux protéger l'État de droit. Précisons que le nombre de sièges cité ici reste encore provisoire et peut être modifié de quelques unités car il y a encore des calculs électoraux jusqu'au 18 avril 2026 avant les résultats définitifs.
Tisza est devenu réellement important en 2024 en se positionnant à la deuxième place aux élections européennes et aussi dans des élections locales à Budapest, devenant ainsi le principal adversaire de Fidesz. Depuis le 22 juillet 2024, Tisza est présidé par Péter Magyar qui va donc devenir logiquement le prochain Premier Ministre de Hongrie.Ce nouveau parti majoritaire a basé toute sa campagne sur sa lutte contre la corruption. Il s'est positionné au centre droit, libéral-conservateur et partisan de la construction européenne. Sa victoire a complètement laminé les anciens partis de centre droit et de centre gauche qui n'ont plus de représentation à l'Assemblée.
Incontestablement, il y a eu un vent nouveau d'une Hongrie libre que les Hongrois ont choisi massivement. Le futur Premier Ministre, Péter Magyar (c'est assez ballot de s'appeler Magyar et de s'apprêter à diriger la Hongrie, mais pas autan que de s'appeler Hollande et de devenir Président de la France) est un avocat qui vient d'avoir 45 ans, élu député européen en juin 2024, inscrit au groupe PPE à Strasbourg.
À l'origine, Péter Magyar était membre du Fidesz, a fait partie du cabinet du Premier Ministre Viktor Orban en 2015. Petit-neveu et filleul de l'ancien Président Ferenc Madl, ex-époux d'une Ministre de la Justice de Viktor Orban, il connaît assez bien les allées du pouvoir malgré sa très faible expérience politique. Il s'est mis dans l'opposition en 2024 (après son divorce) et après le scandale où a été impliquée son ex-épouse qui avait couvert des abus sexuels contre des enfants dans un foyer public en étant favorable à la grâce présidentielle contre l'auteur de ces violences.
Le choix souverain des Hongrois est sans appel. On savait, avec les sondages, que les seize années de gouvernement de Viktor Orban pouvaient être mises à mal dans ce scrutin. En revanche, cette énorme claque était inattendue de la part d'un peuple qui avait pris l'habitude de ses dérives autoritaires sinon qui l'avait approuvé. Un véritable tsunami électoral.
Ce qui est heureux, c'est que les résultats sont incontestables, que Viktor Orban a reconnu sa défaite avant même la fin du dépouillement et qu'il n'y aura donc pas de crise politique mais une passation des pouvoirs en douceur. Il faut saluer cette réaction très respectueuse des institutions et des électeurs. Viktor Orban a annoncé qu'il agirait désormais dans l'opposition. Il est loin d'être fini en politique et attendra les premières difficultés du prochain gouvernement pour rappeler son existence et jouer de nouveau l'homme providentiel.
On dit souvent que les Hongrois sont nationalistes. Et c'est probablement par nationalisme qu'ils ont jeté dehors Viktor Orban, lèche-bottes notoire de Vladimir Poutine, le Président de la Fédération de Russie, mais aussi de J. D. Vance, le Vice-Président des États-Unis venu jusqu'à le soutenir sur place, et encore de Donald Trump lui-même qui avait récemment déclaré que les États-Unis aideraient financièrement la Hongrie si Viktor Orban gagnait à nouveau les élections. Ce chantage et ces ingérences politiques extérieures n'ont sans doute pas eu l'effet escompté et ont dû au contraire être très contre-productifs.
Le Président français Emmanuel Macron s'est réjouit de la victoire de Péter Magyar qu'il a appelé dans la soirée pour le féliciter : « La France salue une victoire de la participation démocratique, de l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union Européenne et pour la Hongrie en Europe. Ensemble, faisons avancer une Europe plus souveraine, pour la sécurité de notre continent, notre compétitivité et notre démocratie. ».
Selon Valérie de Graffenried, envoyé spéciale à Budapest pour "Le Temps" : « Concrètement, la Hongrie avait le choix entre l'autoritarisme et la démocratie, entre le regard tourné vers Moscou ou vers Bruxelles. Un enjeu crucial, qui s'est avéré mobilisateur. (…) Les urnes ont parlé : la majorité des Hongrois ne veulent plus de la "démocratie illibérale" revendiquée par Viktor Orban, plus des affaires de connivences avec la Russie. ». L'analyse du journal "Le Monde" est encore plus éloquente : « Avec la victoire de Péter Magyar, Budapest va désormais perdre son statut de phare de l'internationale réactionnaire, que Viktor Orban avait patiemment bâti à coups de groupes de réflexion et d'invitations de figures de l'extrême droite mondiale. ».
L'Europe est de retour ! Aujourd'hui, le peuple hongrois a exprimé clairement sa volonté de retrouver sa liberté et son État de droit et a exprimé tout aussi clairement son attachement à son appartenance à l'Union Européenne. Tous les chefs d'État et de gouvernement de l'Europe ne s'y sont pas trompés en saluant cette large victoire. Il ne reste plus qu'à ne pas le décevoir, ce peuple si féroce pour les gouvernants...
« Les partis populistes ne sont pas de simples partis protestataires ou de simples partis de refus du système. Quand ils parviennent au pouvoir, ils gouvernent conformément à la logique intrinsèque du populisme : eux et eux seuls représentent le vrai peuple ; par conséquent, il ne saurait exister d'opposition légitime. » (Jan-Werner Müller, 2016).
L'immense défaite de Viktor Orban aux élections législatives de Hongrie du 12 avril 2026 marque-t-elle la fin de l'expansion des mouvements populistes de droite en Europe ? Et auparavant, tentons de définir ces mouvements politiques.
La définition est assez difficile à formuler. Il s'agit avant tout de mouvements de droite radicalisée voire d'extrême droite. Ils se basent à la fois sur un nationalisme identitaire et une démagogie récurrente. Ils critiquent généralement les élites en place, jouent sur leur défense du petit peuple, du pays-d'en-bas contre les élites, les dirigeants, le pays-d'en-haut. Ils se nourrissent des erreurs voire de l'arrogance des élites. Leur identitarisme fait qu'ils rejettent toute sorte d'immigration, cultivent la peur de l'autre, de l'altérité, de l'inclusivité, et sont volontiers machistes, misogynes, rétrogrades, anti-progressistes. Leur discours est souvent haineux, développant une phobie des boucs émissaires (généralement l'étranger). Géopolitiquement, cela se traduit notamment par la fascination pour des hommes de l'ordre, en particulier pour Vladimir Poutine, ou d'autres étrangers qui, pourtant, n'ont aucune volonté de défendre leur pays (celui des mouvements populistes en question). Leur nationalisme s'arrête donc aux intérêts exclusifs de pays comme la Russie voire l'Iran, la Chine ou encore l'Amérique de Donald Trump. Et évidemment, ils se présentent comme europhobes, s'attaquant à toute union permettant à leur pays d'être puissant face aux autres puissances mondiales. En fonction de la solidité des institutions, cela peut aussi se traduire, lorsqu'ils sont au pouvoir, par une remise en cause progressive de l'État de droit, une remise en question systématique du pluralisme de la presse, de l'indépendance de la justice, deux éléments nécessaires pour une démocratie vivante et apaisée. Les attaques actuelles contre l'audiovisuel public de l'extrême droite en France, au moyen d'une commission d'enquête dont elle a perverti complètement l'esprit, en sont aussi un symptôme.
Dans les différents pays européens, ceux de longue tradition démocratique (Europe de l'Ouest) comme ceux issus du joug soviétique (Europe centrale et orientale), ces mouvements populistes se déclinent sous différentes manières selon l'histoire de chacun des pays. Et certains ont réussi à atteindre le pouvoir démocratiquement.
Ainsi, au Royaume-Uni, le parti europhobe de Nigel Farage pourrait en être un représentant, mais, d'une certaine manière, Boris Johnson, du parti conservateur, aussi. Tous les deux ont milité activement pour le Brexit en 2016... et ils y sont parvenus.
En Hongrie, le parti de Viktor Orban pourrait en être. Il a été parmi les premiers hommes politiques à prôner la liberté démocratique à l'époque soviétique, mais il a dangereusement dérivé vers ce que certains appellent improprement l'illibéralisme dans les années 2010-2020.
En Pologne, ce type de mouvement a aussi été présent en tant que national conservateur, remettant en cause une partie de la construction européenne.
En Italie, Matteo Salvini, de la Ligue, a le mieux incarné ce populisme de droite, mais finalement, c'est Giorgia Meloni, issue d'un parti de tradition d'extrême droite qui a su arriver au pouvoir. Sa pratique est mitigée et elle ressemble plus à un gouvernement de droite classique. C'est sûr que la confrontation avec la réalité peut faire changer de point de vue. La polémique stérile et puérile entre le Président des États-Unis et le pape Léon XIV montre les limites d'une alliance populiste à Rome.
En Allemagne, à l'évidence, c'est l'AfD qui a pris ce positionnement, parti ouvertement d'extrême droite composé initialement de cadres dont la principale mesure est de mettre dehors les immigrés, et étrangement, son audience est nettement plus grande dans l'ancienne RDA (Allemagne de l'Est, communiste).
En France, on peut imaginer que le rôle est joué par le RN, avec une Marine Le Pen qui avait réussi à fédérer à la fois l'extrême gauche populaire et l'extrême droite aisée. Mais le mouvement d'Éric Zemmour peut aussi s'apparenter à ce type de mouvement même s'il est sociologiquement très différent du RN.
Petit à petit, à partir de 2010, un certain nombre de pays européens ont touché à ce populisme d'extrême droite. Les principaux furent la Pologne et la Hongrie, mais aussi la République tchèque, la Slovaquie, l'Autriche, les Pays-Bas, etc., et aussi, évidemment, le Royaume-Uni.
Or, que voyons-nous ? Que depuis quelques années, ce mouvement populiste très en vogue, irrésistible, populaire, commence sérieusement à subir un retournement complet de l'opinion. Ainsi, au Royaume-Uni, le retour au pouvoir des travaillistes s'est accompagné d'un regret massif du Brexit (une majorité des Britanniques souhaiterait retrouver l'Union Européenne, mais c'est trop tard). En Pologne, le parti de la raison a retrouvé le pouvoir en décembre 2023. Même en Italie, Giorgia Meloni, considérée pourtant comme curieusement invincible, vient de subir un très grave échec avec sa défaite au référendum qui tentait de bouleverser la justice italienne au profit du pouvoir.
La défaite de Viktor Orban s'inscrit donc dans cette tendance de fond, même si, pour lui, beaucoup de raisons peuvent l'expliquer : usure habituelle du pouvoir (après seize ans consécutifs), détérioration durable de l'économie hongroise, chute drastique de la natalité (malgré une politique nataliste fermement annoncée mais visiblement peu efficace), contrôle de la presse, remise en cause de l'État de droit, vente des intérêts de la Hongrie à la Russie, etc.
Faut-il donc passer par un gouvernement populiste pour que le peuple du pays en question s'aperçoive que c'est une erreur ? Pas sûr et j'espère bien que non, car l'Allemagne et la France ne sont pas passés par cette phase et l'argument selon lequel "on n'a pas encore essayé" est fallacieux, argument d'ailleurs donné en 2024 sans trop de succès.
J'ai l'intuition que la mode pour le populisme de droite est terminée en Europe. La porte du possible s'est heureusement refermée. La guerre en Iran, comme la guerre en Ukraine, ont réveillé les peuples européens endormis depuis 1945. Leur existence est menacée dès lors qu'ils ne sont plus protégés. Ce réveil brutal, qui a engendré une augmentation drastique des dépenses de défense, a renforcé le patriotisme au détriment d'un populisme finalement vendu à des intérêts extérieurs (et en particulier russes, mais pas seulement).
Il y avait une petite fenêtre de tir pour l'extrême droite, et il fallait, ou pas, en profiter, selon de talent des personnalités qui l'incarnaient. Ainsi, Matteo Salvini a raté sa chance alors qu'au contraire, Giorgia Meloni a saisi la sienne. En France, à l'évidence, le moment RN était en 2024. Parviendra-t-il à perdurer jusqu'en 2027. Trois ans, c'est long, et au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'échéance présidentielle, avec les casseroles judiciaires de Marine Le Pen et la vacuité intellectuelle de Jordan Bardella, les gens se posent de plus en plus de question sur l'intérêt de mettre un parti incompétent comme le RN au pouvoir. On voit bien aujourd'hui les sondeurs s'inquiéter que leurs études continuent à donner le RN gagnant en 2027 alors qu'ils savent déjà qu'il ne le sera pas.
Je ne sais pas si l'avenir me donnera raison, car la France et l'Allemagne se retrouvent dans des postures assez étonnantes. L'AfD a le vent en poupe, et pourtant, la reprise en main du gouvernement par Friedrich Merz a changé considérablement la position de l'Allemagne dans le monde. En France, si le RN a aussi le vent en poupe, la figure du Président Emmanuel Macron redevient populaire avec les menaces militaires et économiques (nous sommes au moment du pire choc pétrolier de l'histoire moderne, bien plus grave et durable qu'aux années 1970).
Pourquoi les peuples européens voudraient-ils en finir avec le populisme d'extrême droite ? Parce qu'il y a un parti frère qui est au pouvoir aux États-Unis avec Donald Trump, et que sa manière de diriger son pays depuis un an terrifie tout le monde, pas seulement l'Europe, mais tous les pays, par son inconstance, son instabilité, ses caprices, ses remises en cause, et son viol de toutes les règles internationales. Lorsqu'on arrive à se poser la question chaque matin de savoir ce qu'il va arriver comme nouveau malheur, cette angoisse rappelle qu'un parti de la raison est plus reposant et plus intéressant pour vivre comme avant et envisager la prospérité.
En quelque sorte, Donald Trump est le vaccin contre les maladies populistes d'extrême droite de l'Europe. Aux personnalités de la raison de s'organiser pour renforcer l'efficacité d'un tel vaccin. On n'a jamais essayé un poison pour se soigner. Heureusement. Il ne vaut mieux pas. Préférons les médecins aux charlatans.
« Ensemble, nous avons fait tomber le régime Orban. Nous avons libéré la Hongrie, nous avons repris notre patrie ! (…) La Hongrie sera à nouveau un allié solide représentant les intérêts hongrois, car la place de notre pays est en Europe. » (Péter Magyar, le 12 avril 2026 à Budapest).
Viktor n'est plus synonyme de victoire. La Hongrie retrouve sa place au milieu du village qu'est l'Europe. Fidèle à sa réputation libérale et fêtarde, Budapest a fêté cette nuit la victoire... mais pas celle de Viktor. Quelque 7,5 millions d'électeurs étaient convoqués pour les élections législatives qui ont eu lieu ce dimanche 12 avril 2026 en Hongrie.
Pour Viktor Orban, le Premier Ministre sortant, c'était une échéance cruciale. À 62 ans (seulement), Viktor Orban a largement dominé les trente dernières années de la Hongrie postcommuniste, élu à la tête du gouvernement hongrois cinq fois, du 6 juillet 1998 au 27 mai 2002 et depuis le 29 mai 2010. Président du Fidesz depuis le 18 avril 1993 (sauf entre 2000 et 2003), son parti devenu de plus en plus populiste, nationaliste et conservateur, et il a eu une carrière qui ressemble beaucoup à celle du Premier Ministre israélien actuel Benjamin Netanyahou.
Petit à petit, il a conduit son pays vers des dérives antieuropéennes, se permettant de bloquer par exemple une aide européenne de 90 milliards d'euros destinée à l'Ukraine, et surtout, des dérives que certains appellent illibérales et qui, surtout, remettent en cause l'État de droit, en particulier en ce qui concerne la presse (et son pluralisme) et la justice (et son indépendance).
Mais, comme en Pologne, il ne faut jamais désespérer de la démocratie. Les électeurs hongrois se sont bousculés pour aller aux urnes. La participation était de 79,6% des inscrits, soit une hausse de 10 points par rapport au précédent scrutin du 3 avril 2022. Avec un mode de scrutin en partie majoritaire et en partie proportionnel, seulement trois partis ont réussi à obtenir des sièges ce dimanche.
Fidesz, le parti donc de Viktor Orban, et ses alliés, n'ont obtenu que 38,1% des voix, soit une chute de 16 points, et n'ont sauvé que 55 sièges sur 199 que compte l'Assemblée nationale, soit une perte de 80 sièges ! Le parti d'extrême droite MHM de Laszlo Toroczkai a maintenu son audience de 2022 avec 5,9% des voix et 6 sièges. Ce qui est notable, c'est la formidable victoire du parti Tisza (Parti Respect et Liberté) créé très récemment, le 23 octobre 2020, issu d'une scission avec Fidesz. Ce parti a obtenu 53,3% des voix et 138 sièges, ce qui est beaucoup plus que la majorité absolue (une majorité des deux tiers !), alors qu'il n'avait eu aucune représentation en 2022. Ce niveau de victoire est remarquable et signifiera que la nouvelle majorité pourra réviser la Constitution pour mieux protéger l'État de droit. Précisons que le nombre de sièges cité ici reste encore provisoire et peut être modifié de quelques unités car il y a encore des calculs électoraux jusqu'au 18 avril 2026 avant les résultats définitifs.
Tisza est devenu réellement important en 2024 en se positionnant à la deuxième place aux élections européennes et aussi dans des élections locales à Budapest, devenant ainsi le principal adversaire de Fidesz. Depuis le 22 juillet 2024, Tisza est présidé par Péter Magyar qui va donc devenir logiquement le prochain Premier Ministre de Hongrie.
Ce nouveau parti majoritaire a basé toute sa campagne sur sa lutte contre la corruption. Il s'est positionné au centre droit, libéral-conservateur et partisan de la construction européenne. Sa victoire a complètement laminé les anciens partis de centre droit et de centre gauche qui n'ont plus de représentation à l'Assemblée.
Incontestablement, il y a eu un vent nouveau d'une Hongrie libre que les Hongrois ont choisi massivement. Le futur Premier Ministre, Péter Magyar (c'est assez ballot de s'appeler Magyar et de s'apprêter à diriger la Hongrie, mais pas autan que de s'appeler Hollande et de devenir Président de la France) est un avocat qui vient d'avoir 45 ans, élu député européen en juin 2024, inscrit au groupe PPE à Strasbourg.
À l'origine, Péter Magyar était membre du Fidesz, a fait partie du cabinet du Premier Ministre Viktor Orban en 2015. Petit-neveu et filleul de l'ancien Président Ferenc Madl, ex-époux d'une Ministre de la Justice de Viktor Orban, il connaît assez bien les allées du pouvoir malgré sa très faible expérience politique. Il s'est mis dans l'opposition en 2024 (après son divorce) et après le scandale où a été impliquée son ex-épouse qui avait couvert des abus sexuels contre des enfants dans un foyer public en étant favorable à la grâce présidentielle contre l'auteur de ces violences.
Le choix souverain des Hongrois est sans appel. On savait, avec les sondages, que les seize années de gouvernement de Viktor Orban pouvaient être mises à mal dans ce scrutin. En revanche, cette énorme claque était inattendue de la part d'un peuple qui avait pris l'habitude de ses dérives autoritaires sinon qui l'avait approuvé. Un véritable tsunami électoral.
Ce qui est heureux, c'est que les résultats sont incontestables, que Viktor Orban a reconnu sa défaite avant même la fin du dépouillement et qu'il n'y aura donc pas de crise politique mais une passation des pouvoirs en douceur. Il faut saluer cette réaction très respectueuse des institutions et des électeurs. Viktor Orban a annoncé qu'il agirait désormais dans l'opposition. Il est loin d'être fini en politique et attendra les premières difficultés du prochain gouvernement pour rappeler son existence et jouer de nouveau l'homme providentiel.
On dit souvent que les Hongrois sont nationalistes. Et c'est probablement par nationalisme qu'ils ont jeté dehors Viktor Orban, lèche-bottes notoire de Vladimir Poutine, le Président de la Fédération de Russie, mais aussi de J. D. Vance, le Vice-Président des États-Unis venu jusqu'à le soutenir sur place, et encore de Donald Trump lui-même qui avait récemment déclaré que les États-Unis aideraient financièrement la Hongrie si Viktor Orban gagnait à nouveau les élections. Ce chantage et ces ingérences politiques extérieures n'ont sans doute pas eu l'effet escompté et ont dû au contraire être très contre-productifs.
Le Président français Emmanuel Macron s'est réjouit de la victoire de Péter Magyar qu'il a appelé dans la soirée pour le féliciter : « La France salue une victoire de la participation démocratique, de l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union Européenne et pour la Hongrie en Europe. Ensemble, faisons avancer une Europe plus souveraine, pour la sécurité de notre continent, notre compétitivité et notre démocratie. ».
Selon Valérie de Graffenried, envoyé spéciale à Budapest pour "Le Temps" : « Concrètement, la Hongrie avait le choix entre l'autoritarisme et la démocratie, entre le regard tourné vers Moscou ou vers Bruxelles. Un enjeu crucial, qui s'est avéré mobilisateur. (…) Les urnes ont parlé : la majorité des Hongrois ne veulent plus de la "démocratie illibérale" revendiquée par Viktor Orban, plus des affaires de connivences avec la Russie. ». L'analyse du journal "Le Monde" est encore plus éloquente : « Avec la victoire de Péter Magyar, Budapest va désormais perdre son statut de phare de l'internationale réactionnaire, que Viktor Orban avait patiemment bâti à coups de groupes de réflexion et d'invitations de figures de l'extrême droite mondiale. ».
L'Europe est de retour ! Aujourd'hui, le peuple hongrois a exprimé clairement sa volonté de retrouver sa liberté et son État de droit et a exprimé tout aussi clairement son attachement à son appartenance à l'Union Européenne. Tous les chefs d'État et de gouvernement de l'Europe ne s'y sont pas trompés en saluant cette large victoire. Il ne reste plus qu'à ne pas le décevoir, ce peuple si féroce pour les gouvernants...
« En creux, le référendum révèle un paradoxe : une forte capacité de mobilisation sur des enjeux symboliques ou internationaux, nourrie notamment par un héritage pacifiste inscrit dans la Constitution, mais beaucoup moins sur des thèmes intérieurs, laissant en suspens la question centrale : cette victoire du non peut-elle vraiment structurer une alternative politique durable à l’approche des prochaines échéances ? » (Guillaume Erner, le 24 mars 2026 sur France Culture).
Est-ce la fin du miracle Meloni ? Ça y ressemble. Jouissant d'une confortable majorité parlementaire jusqu'aux prochaines élections parlementaires en automne 2027, ce qui est exceptionnel en Italie (238 députés sur 400 et 116 sénateurs sur 200), la Présidente du Conseil italien Giorgia Meloni vient d'essuyer un sévère échec en ratant son référendum sur sa réforme de la justice. Plus qu'un sévère échec, le premier caillou dans une mécanique pourtant belle et sans soucis jusqu'à maintenant. Giorgia Meloni bénéficiait en effet d'une popularité durable, très rare en Italie.
Elle a organisé un grand référendum constitutionnel pour réformer le système judiciaire en Italie. Cette réforme de la justice est une Arlésienne italienne, prônée par la droite et l'extrême droite italiennes depuis plusieurs décennies, et en particulier par Silvio Berlusconi poursuivi dans plusieurs affaires judiciaires. Cette réforme part du principe que les juges seraient politisés en Italie, et soutiendraient la gauche (l'extrême droite en France pense la même chose de la justice française).
Ce projet était donc un des marqueurs idéologiques du programme de Giorgia Meloni lorsqu'elle est arrivée au pouvoir le 22 octobre 2022. La révision de la Constitution aurait pu se faire par voie parlementaire mais fidèle au populisme plébiscitaire, Giorgia Meloni avait tenu à organiser un référendum. Le oui a longtemps était le favori des sondages, même si dans les derniers jours, les intentions de vote devenaient serrées. On considérait d'ailleurs qu'une forte participation allait bénéficier aux tenants du oui.
Or, ce qu'il s'est passé, c'est qu'il y a eu une forte mobilisation, effectivement, certes, seulement 55,7% des 51,4 millions d'électeurs inscrits, mais c'est nettement plus que la participation attendue, et que celle des référendums précédents (les cinq des 8 et 9 juin 2025 n'avaient que 29,9% de participation !). Et c'est surtout la jeunesse qui s'est mobilisée, cette terrible génération Z qui a pris part au vote avec un taux de participation de 67% (beaucoup plus que le taux national) dont 58,5% en faveur du non, selon le journal centriste milanais "Corriere della Sera" : « Ce fut une campagne caractérisée par un ton dur et plusieurs déclarations scandaleuses qui ont conduit à une plus grande mobilisation des électeurs de centre-droit, initialement moins engagés. (…) C'est parmi les étudiants que l'on observe le taux de participation le plus élevé et, d'une manière générale, c'est chez les plus jeunes que l'abstention est la plus faible : la génération Z, âgée de 18 à 28 ans, affiche un taux de participation de 67 %, dont 58,5 % en faveur du non. ».
Au final, sur les deux jours de vote (22 et 23 mars 2026), 53,2% des électeurs italiens ont dit non au référendum et 46,8% oui, soit un écart de pratiquement 2 millions de voix ! Le résultat n'est pas serré et le référendum portant sur la réforme de la justice s'est transformée en plébiscite pour ou contre Giorgia Meloni, ce qu'elle voulait elle-même car elle était populaire, ce qui signifie que son échec est d'autant plus cinglant. En ce sens, la vie politique italienne s'est cinquième-républicanisée à la française avec un leader fort, malgré l'absence de Président de la République élu au suffrage universel direct.
Au fait, qu'était-ce la réforme de la justice proposée ? C'est un projet qui a été adopté par le Parlement italien le 30 octobre 2025 et qui comprend plusieurs mesures : la séparation des carrières des juges et des procureurs, la séparation en deux du conseil supérieur de la magistrature avec une désignation partiellement par tirage au sort, enfin, la création d'une haute cour disciplinaire composée de 15 membres dont trois tirés au sort dans une liste proposée par le parlement et neuf dans une liste proposée par les magistrats. Pour les partisans du oui, cette réforme apporterait une plus grande impartialité de la justice et surtout sa dépolitisation. Elle a été soutenue par la plupart des avocats.
Ce qui est clair, c'est que le rejet de cette réforme par le peuple italien est un véritable désaveu contre Giorgia Meloni, ce qui laisserait entendre une inflexion de "l'opinion publique" sur son gouvernement qui semblait jusqu'à maintenant invincible. Mais comme elle l'avait prévenu avant le scrutin, la chef du gouvernement italien n'a pas du tout l'intention de démissionner malgré ce revers électoral, puisqu'elle dispose toujours d'une confortable majorité parlementaire : « Les Italiens ont tranché. Et nous respectons cette décision (…). Mais cela ne change rien à notre engagement de continuer, avec sérieux et détermination, à œuvrer pour le bien de la nation et à honorer le mandat qui nous a été confié. » (a-t-elle dit ce lundi sur Twitter).
Le quotidien français "Le Monde" a expliqué que Giorgia Meloni avait pâti de plusieurs facteurs négatifs : « Le contexte international, lourd de menaces, était aussi défavorable à la cheffe du gouvernement, remettant en question le positionnement d’une Présidente du Conseil qui avait (…) fait le choix initial de l’alignement sur l’administration Trump. (…) Enfin, à quelques jours du scrutin, les révélations de presse sur les connexions mafieuses, personnelles comme commerciales, entretenues avec des représentants de la mafia calabraise par le sous-secrétaire d’État à la justice, Andrea Delmastro Delle Vedove, n’ont pas joué en faveur du camp du oui. ».
Pour l'ancien Président du Conseil Giuseppe Conte, à la tête du Mouvement 5 étoiles (dans l'opposition), qui a tenu une conférence de presse joyeuse, c'est le début de la fin : « Nous l'avons fait ! Vive la Constitution ! (…) Un vote aux répercussions politiques considérables. C'est un avis d'expulsion lancé à ce gouvernement, après quatre ans ! (…) [Le M5S] a le droit de jouer un rôle de premier plan dans cette nouvelle saison politique, ce nouveau printemps. ».
Claudio Cerasa, éditorialiste au quotidien "Il Foglio", a déclaré ce mardi sur France Inter : « Elle [Giorgia Meloni] s'est toujours targuée de recueillir un large consensus et pour la première fois, le consensus est mis en cause. C'est la fin de la lune de miel qui a été très longue, le gouvernement est forcément fragilisé, c'est à elle d'affronter calmement cette situation. ».
Sans nul doute, cette amère défaite rappelle la défaite d'un autre chef du gouvernement populaire, il y a neuf ans, celle de Matteo Renzi, du Parti démocrate, qui voulait passer en force sa révision constitutionnelle par référendum le 4 décembre 2016 et qui a reçu, lui aussi, un non cinglant par 59,1% des voix (contre 40,9% en faveur du oui), avec une belle participation, 65,5%. Matteo Renzi, au pouvoir depuis le 22 février 2014, a finalement dû se résoudre à démissionner le 7 décembre 2016 et à laisser la place à son Ministre des Affaires étrangères Paolo Gentiloni. Il avait toutefois mis tout son poids politique dans ce référendum constitutionnel. Ce projet de réforme des institutions voulait réduire la portée du bicamérisme et modifiait les conditions de l'élection présidentielle.
À l'évidence, cela ne se répéterait pas avec Giorgia Meloni qui a appris les leçons de 2016 pour éviter ce précédent et faire une campagne plus prudente, en ne scellant pas son destin avec celui du référendum sur cette réforme de la justice. Elle a perdu une bataille, mais assurément, elle n'a pas dit son dernier mot. En particulier, elle cherchera à modifier le mode de scrutin pour 2027, avec une prime majoritaire pour les formations dépassant les 40%. Le professeur Lorenzo Castellani a même envisagé la suite, à l'AFP : « Le gouvernement devra essayer de tenir le coup face à cette situation et Meloni en ressortira certainement affaiblie. (…) Je pense qu'elle tentera de modifier la loi électorale, comme elle a déjà essayé de le faire, puis d'organiser des élections dès que possible, ce qui, d'un point de vue réaliste, pourrait signifier pour elle des élections début 2027. ». Entre les institutions françaises et les institutions britanniques, l'Italie hésite.
« Christine Lagarde veut donner la possibilité au Président français sortant, Emmanuel Macron, et au Chancelier allemand, Friedrich Merz, de trouver un nouveau dirigeant pour l’une des plus importantes institutions de l’Union Européenne. » ("Financial Times" le 18 février 2026).
L'actuelle présidente de la Banque centrale européenne (BCE), la Française Christine Lagarde (qui vient d'avoir 70 ans il y a quelques semaines), pourrait démissionner dans quelques mois, avant la fin de son mandat qui devrait avoir lieu en automne 2027. C'est du moins une information confidentielle du "Financial Times" publiée le 18 février 2026 et qui a suscité quelques remous en France et en Europe.
La trajectoire de Christine Lagarde est atypique, assez rare et prestigieuse. Elle est aujourd'hui considérée comme l'une des Françaises les plus influentes au monde et cela durablement. Elle est entrée et restée dans le très sélectif Top 10 des femmes les plus puissantes du monde proposé par le magazine "Forbes", depuis 2011 (jusqu'à au moins 2025), avec même la deuxième place de 2019 à 2025, sauf l'année 2021 où elle n'avait "que" la troisième place.
À l'origine, avocate d'affaires et patronne de l'un des plus importants cabinets américains, Christine Lagarde a été appelée par Jacques Chirac pour faire partie du gouvernement. Elle a ainsi eu une carrière ministérielle qui fut loin d'être négligeable, poursuivie par Nicolas Sarkozy (elle est restée six ans ministre) : elle a été nommée Ministre déléguée au Commerce extérieur du 2 juin 2005 au 15 mai 2007 dans le gouvernement de Dominique de Villepin, puis Ministre de l'Agriculture et de la Pêche du 19 juin 2007 au 18 juin 2007 dans le premier gouvernement de François Fillon. Ensuite, elle a profité d'une gaffe électorale de Jean-Louis Borloo pour lui succéder à l'important Ministère de l'Économie et des Finances du 19 juin 2007 au 29 juin 2011 dans les deuxième et troisième gouvernement de François Fillon, cumulant avec l'Emploi, puis, à partir du 14 novembre 2010, l'Industrie. Elle a été la première femme à devenir grande argentière de France.
Femme d'autorité et de compétence, Christine Lagarde a rapidement séduit la classe politique, enfin, surtout à l'UMP. Dès 2010, son nom revenait régulièrement comme prochaine Première Ministre, et ces rumeurs l'ont poursuivie jusqu'en 2024. Certains l'imaginaient même candidate à l'élection présidentielle. En qualité de candidate, elle n'a été élue pour l'instant que localement, conseillère du douzième arrondissement de Paris de mars 2008 à juin 2011.
Mais elle s'est révélée plus à l'aise dans le monde de la finance que dans le monde politique. En juin 2011, elle a bénéficié de manière inattendue de l'affaire du Sofitel qui a provoqué la démission précipitée de Dominique Strauss-Kahn du FMI. Christine Large fut ainsi nommée directrice générale du Fonds monétaire internationale du 5 juillet 2011 au 12 septembre 2019. Et elle n'a quitté le FMI que pour s'occuper de la monnaie européenne, devenant la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) à partir du 1er novembre 2019, première femme à occuper ce poste qui était la compensation française de la désignation de l'ancienne ministre allemande Ursula von der Leyen à la Présidence de la Commission Européenne (première femme également à occuper ce poste).
Fruit de négociations européennes en juillet 2019, Christine Lagarde a été nommée le 20 octobre 2019 à la tête de la BCE pour un mandat de huit ans, qui devrait en principe finir le 1er novembre 2027, c'est-à-dire après l'élection présidentielle de 2027 et après la fin de la Présidence d'Emmanuel Macron. L'information selon laquelle elle quitterait la BCE avant la fin de l'année 2026 n'a donc pas été communiquée par hasard. Si elle-même l'a (mollement) démentie en expliquant qu'elle était « concentrée sur sa mission et n'a pris aucune décision concernant la fin de son mandat », une communication qui semblait moins ferme qu'il y a quelques jours, au Forum de Davos (dont elle pourrait prendre la présidence) où elle expliquait qu'elle était « déterminée à terminer » son mandat, l'ambiguïté demeure. Christine Lagarde a dû envoyer à l'ensemble des gouverneurs des banques centrales de chaque État membre un message le 19 février 2026 pour leur indiquer qu'elle les informerait prioritairement et personnellement si d'aventure elle décidait d'écourter son mandat. Dans tous les cas, il ne semble pas que ce soit à court terme.
L'intérêt politique d'une démission avant l'heure, c'est bien sûr de permettre à Emmanuel Macron de participer activement à la désignation de son successeur, en parallèle avec le Chancelier allemand Friedrich Merz, garantissant une certaine stabilité monétaire en Europe avant l'élection présidentielle française du printemps 2027 pour laquelle l'incertitude règne complètement.
Ce n'est pas la première personnalité à un haut poste financier qui pourrait démissionner avant la fin de son mandat afin de laisser à Emmanuel Macron la possibilité de choisir son successeur. Ainsi, le gouvernemeur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, en fonction depuis le 1er novembre 2015, avait annoncé le 9 février 2026 son intention de quitter ses fonctions avant la fin de son mandat prévue le 1er novembre 2027 (comme Christine Lagarde). Il va en effet démissionner dès le 1er juin 2026, après plus de dix ans à la tête de la Banque de France, et il a justifié ce départ anticipé par une « décision personnelle » afin de devenir le président de la Fondation des apprentis d'Auteuil. À cette occasion, Christine Lagarde, qui en a été informée personnellement, avait exprimé son « respect » à François Villeroy de Galhau. Le successeur de ce dernier pourrait être l'actuel Secrétaire Général de l'Élysée, Emmanuel Moulin ancien directeur général du Trésor. La nomination devra passer par les commissions des finances des deux assemblées (Assemblée Nationale et Sénat) pour validation comme pour toutes les nominations présidentielles.
Quant au successeur potentiel de Christine Lagarde à la BCE, deux candidats favoris semblent en bonne place pour obtenir la désignation : l'ancien gouverneur de la Banque des Pays-Bas, Klaas Knot et l'ancien gouverneur de la Banque d'Espagne, Pablo Hernandez de Cos, qui est l'actuel directeur de la Banque des règlements internationaux (BRI) depuis l'été 2025. Deux autres candidats, tous les deux allemands, peuvent être les outsiders : le président de la Bundesbank, Joachim Nagel et l'actuelle membre du conseil de la BCE, Isabel Schnabel. Mais on imagine mal qu'il y ait deux Allemands à deux positions stratégiques en Europe, Présidence de la Commission Européenne et présidence de la BCE.
Cité par BFM Business, la banque néerlandaise ABNnAmro a envoyé à ses clients une note sur le sujet : « Il est vraiment trop tôt dans le processus pour avoir des convictions fortes sur l'identité du prochain président. Il se peut très bien que la décision soit influencée par des considérations politiques, ce qui ouvre la porte à de nouveaux candidats. ». Ce qui est certain, au contraire de 2019, c'est que cette nomination sera indépendante de la désignation du successeur d'Ursula von der Leyen à la Présidence de la Commission Européenne dont le mandat finit en automne 2029.
Mais l'idée d'écourter son mandat peut avoir une autre motivation. Avec le peu de candidats du socle commun capables avec certitude d'atteindre le second tour en 2027, Christine Lagarde pourrait être encouragée à présenter sa candidature à l'élection présidentielle...
« Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que rien n'a fonctionné comme prévu pour Vladimir Poutine. "L'opération spéciale" devait être un succès rapide de quatorze jours avec une armée intacte. Au bilan, quatre ans après, la situation est catastrophique par rapport au narratif de Moscou. Cependant, le système russe a fait preuve d'une résilience parallèle à celle de l'Ukraine. Même si l'armée russe a dû faire "les fonds de tiroirs", en allant chercher 16 000 soldats nord-coréens ou en recrutant en Afrique et dans les prisons, elle tient. Tant qu'il y a de l'argent, la Russie trouvera des moyens pour payer ses soldats. » (Général Jérôme Pellistrandi, le 19 février 2026 dans Atlantico).
La guerre en Ukraine va, hélas, marquer son quatrième anniversaire le 24 février 2026. Il y a quatre ans, en effet, les troupes de Vladimir Poutine ont foncé sur Kiev par le Nord pour s'emparer de l'ensemble de l'Ukraine. L'horizon, c'était la Grande Russie, et aussi l'élimination d'un pays trop proche de la Russie pour être démocratique. Pourtant, contrairement à ce que dit l'autocrate du Kremlin, de Moscou à Londres, de Paris à Kiev, nous sommes la même civilisation, la civilisation européenne avec une culture commune et surtout une histoire commune, savamment mise en valeur par un historien comme Jean-Baptiste Duroselle, malheureusement, surtout une histoire guerrière plus que pacifique.
"Foncé" est un grand mot car les chars russes ne sont jamais arrivés à Kiev en 2022 et ont fait demi-tour. Quatre ans, c'est plus que la durée de la guerre entre l'Allemagne de Hitler et l'Union Soviétique de Staline, et c'est presque la durée de la Première Guerre mondiale. Je préfère mettre une analogie entre la guerre en Ukraine et la Grande Guerre plutôt qu'avec la Seconde Guerre mondiale. Déjà parce que c'est une guerre de position, typique, à très forts coûts humains. Pour tenir quelques kilomètres de front, des milliers de soldats sont morts. Ensuite parce que c'est une guerre de nationalisme, provoquée par le nationalisme russe qui, par un paradoxe étrange de l'histoire, a forgé le nationalisme ukrainien. On n'est pas loin de la guerre des Balkans en 1913.
Répétons pour nous désintoxiquer de la propagande poutinienne : le peuple ukrainien n'a jamais voulu la guerre et il suffit d'un mot de Poutine pour l'arrêt de la guerre. D'un côté, un pays dont on aurait pu penser composé d'un peuple frère mais qui voudrait anéantir une autre nation, de l'autre côté, une nation qui est bien obligée de se défendre pour sa survie, pour exister encore.
Les velléités prétentieuses de Donald Trump n'ont pas eu beaucoup d'effet sur les calculs cynique de Vladimir Poutine. Quand l'un considère que la Russie et l'Ukraine ne sont que des territoires inexploités de minerais précieux, l'autre considère que l'Ukraine est russe et donc, forcément, aucune paix durable ne pourrait venir sans la fin de cette mégalomanie nationaliste qu'on croyait révolue au début de ce troisième millénaire.
Vladimir Poutine envoie régulièrement des bombes contre la population civile dans les grandes villes d'Ukraine, faisant de très nombreuses victimes. Et c'est d'ailleurs l'élément principal de cette guerre : elle coûte horriblement cher en vies humaines.
Quelles sont les pertes des deux côtés ? Le Président Volodymyr Zelensky a affirmé à Léa Salamé, dans le journal de 20 heures le 4 février 2026 sur France 2, que du côté ukrainien, il y aurait eu la mort de 55 000 soldats ukrainiens depuis le début du conflit. Quant aux pertes russes, elles ont pu être estimées grâce à de nombreuses sources d'information (comme la fabrication de plusieurs centaines de milliers de prothèses, le décompte des décès, des enterrements, etc.), si bien que, selon Atlantico, « un rapport du Center for Strategic and International Studies publié en janvier [2026] estimait que la Russie, à l'aube de la quatrième année de guerre en Ukraine, avait déploré jusqu'à 325 000 morts et près de 900 000 blessés ». Ce qui a conduit Atlantico à titrer son article ainsi : « La Russie a désormais accumulé les plus lourdes pertes humaines subies par n’importe quelle puissance depuis 1945. ».
Cet article d'Atlantico a donné la parole à deux experts militaires. Le général Jérôme Pellistrandi n'a pas hésité à évoquer la situation épouvantable, tout en nuançant sur les difficultés russes : « Sur la ligne de front, pour l'infanterie, le traitement est effectivement épouvantable avec des pertes estimées parfois à 1 000 soldats éliminés par jour. Mais dans d'autres fonctions plus techniques, comme les dronistes ou la guerre électronique, le niveau de perte est moindre et la formation meilleure. Surtout, il ne faut pas sous-estimer l'adversaire : l'armée russe apprend de la guerre. Même affaiblie, elle s'adapte, utilise massivement l'artillerie et les drones, et impose un rapport de force grâce à sa masse. C'est une des leçons de l'histoire : les armées progressent à l'épreuve du feu. Aujourd'hui, l'outil de combat russe reste redoutable. (…) Vladimir Poutine est prêt à continuer tant qu'il le faudra. ».
L'autre expert est un spécialiste des relations internationales, Viatcheslav Avioutskii qui a rappelé à quel point Vladimir Poutine se moquair de faire massacrer ses soldats : « L'armée possède une structure de militaires professionnels qu'elle tente de préserver. À l'inverse, les recrues issues des régions pauvres ou des prisons sont utilisées comme des "consommables". Après un entraînement très sommaire de deux ou trois semaines, ils sont envoyés dans des groupes d'assaut, souvent de petits groupes de quatre ou cinq personnes, pour attaquer des positions ukrainiennes bien dissimulées. Les pertes dans ces groupes sont énormes, parfois 80% meurent très vite. Mais leur sacrifice permet de démasquer les positions ukrainiennes, que l'armée professionnelle frappe ensuite avec de l'artillerie ou des drones. C'est ainsi que l'armée russe avance, mètre par mètre, au prix d'un coût humain exorbitant. ».
Le général Jérôme Pellistrandi a évoqué une fuite en avant de Vladimir Poutine qui a un intérêt politique à poursuivre cette guerre : « Le vrai sujet majeur sera l'après-guerre. Que faire de tous ces vétérans ? On parle de centaines de milliers d'amputés, de traumatisés, de "gueules cassées". Comment la société russe va-t-elle réintégrer ces hommes qui ont vécu l'enfer alors que les élites urbaines ont continué leur vie ? Ce sera un défi politique et social immense pour le pouvoir russe, bien plus que la conduite actuelle des opérations. ».
Dès le 5 mars 2014 (lors de l'annexion militaire de la Crimée par la Russie), dans une tribune publiée par le "Washington Post", Henry Kissinger avait anticipé une guerre aussi longue : « Les Ukrainiens sont l'élément décisif. Ils vivent dans un pays multilingue, à l'histoire complexe. La partie ouest a été incorporée à l'Union Soviétique en 1939 quand Staline et Hitler se sont réparti le butin. La Crimée, dont 60% de la population est russe, n'est devenue une province ukrainienne qu'en 1954, quand Nikita Khrouchtchev, Ukrainien de naissance, l'a offerte lors de la célébration en Russie du 300e anniversaire d'un accord avec les cosaques. L'Ouest est majoritairement catholique, l'Est est majoritairement russe orthodoxe. L'Ouest parle ukrainien, l'Est parle essentiellement russe. Toute tentative d'un côté de l'Ukraine de dominer l'autre (…) mènerait à terme à une guerre civile ou à une sécession. (…) Vladimir Poutine devrait prendre conscience que, quelles que soient ses doléances, il ne pourra pas imposer militairement sa politique sans déclencher une nouvelle guerre froide. De leur côté, les États-Unis devraient éviter de traiter la Russie comme un pays déviant auquel il faut enseigner patiemment des règles de conduite établies par Washington. » (cité par Wikipédia).
Chaque année qui passe éloigne un petit peu le bout du tunnel amenant à la paix, malgré les négociations à Genève qui aboutissent pour l'instant à du néant. Des populations civiles souffrent aujourd'hui, il faut les soutenir. Slava Ukrainia !
« Nous trouverons la vérité et, avec une transparence absolue, nous la ferons connaître au public. » (Pedro Sanchez, le 19 janvier 2026).
Le deuil national de trois jours, décrété le 19 janvier 2026 par le Président du gouvernement espagnol Pedro sanchez, s'achève en Espagne. Le déclencheur, ce fut la tragique catastrophe ferroviaire qui a eu lieu dans la soirée du dimanche 18 janvier 2026 (vers 19 heures 45), près d'Adamuz, dans la province de Cordoue, en Andalousie. Un accident qui a ému toute l'Espagne et même toute l'Europe.
C'est le premier accident qui a eu lieu sur le réseau de lignes à grande vitesse en Espagne (mis en service à partir de 1992). Le bilan est malheureusement tragiquement lourd, et je pense d'abord aux familles des nombreuses victimes. En effet, cet accident a coûté la vie à au moins 45 personnes et en a blessé au moins 152 autres.
Le train Iryo 6189 de type ETR 1000 de la compagnie ILSA (un groupe italien présent en Espagne depuis 2022) partant de Malaga à 18 heures 40 pour Madrid, transportait 294 personnes dont 5 employés de service. Après un aiguillage près d'Adamuz, les trois derniers wagons ont quitté leurs rails. Ce déraillement (encore inexpliqué) a déporté ces voitures sur la voie en sens inverse et provoqué la collision, quelques secondes plus tard, avec un autre train, le train Alvia 2384 de type S-120 de la compagne Renfe (l'opérateur espagnol historique) qui partait de Madrid à 18 heures 05 pour se rendre à Huelva (au sud), empruntant la même liaison Madrid-Séville (avec 187 passagers). Percutés, la locomotive et les premiers wagons de ce second train ont également déraillé et se sont retournés. À ce jour, on compte bien plus de victimes dans ce second train (38 morts) que dans le premier train (7 morts).
Les forces de l'ordre sont arrivés sur les lieux de drame vers 20 heures 30, et lors de l'alerte, les employés du premier train ne semblaient pas avoir pris conscience de la collision avec le second train.
Ce déraillement a été considéré comme très étonnant car ce tronçon rectiligne de la ligne à grande vitesse venait d'être rénové en mai 2025 pour un investissement de 700 millions d'euros et le premier train impliqué était quasiment neuf, mis en service il y a quatre ans seulement. En outre, les deux trains circulaient modérément, aucun à plus de 210 kilomètres par heure alors que la limite pour cette partie de voie était de 250 kilomètres par heure. La vitesse ne semblant pas être en cause, l'enquête semble s'être portée sur la piste d'une altération du rail, sans savoir actuellement si cette altération est la cause du déraillement ou simplement sa conséquence.
Cette catastrophe pouvait-elle être évitée ? Il est évidemment très difficile de le dire à ce stade de l'enquête. Ce qu'on peut dire pour le moment, c'est que ce ne seraient pas des économies ni une maintenance défectueuse qui sont en cause dans la mesure où la ligne a été très récemment rénovée. Du reste, un train de la compagnie Renfe qui suivait celui de la compagnie ILSA en direction de Madrid s'est immédiatement arrêté à deux kilomètres de l'accident grâce aux sécurités qui ont fonctionné (on pourrait imaginer la gravité du drame supplémentaire si un troisième train avait percuté le premier). En tout cas, toutes les compagnies ferroviaires qui utilisent des lignes à grande vitesse seront intéressées par les conclusions de l'enquête et devront peut-être réagir pour renforcer la sécurité de leurs passagers. Les réseaux de voies ferrées aussi, en particulier de lignes à grande vitesse.
Ce n'est pas, hélas, le premier accident ferroviaire qui a fait beaucoup de victimes en Espagne. Il y a eu notamment le déraillement à Saint-Jacques-de-Compostelle le 24 juillet 2013, qui a provoqué la mort d'au moins 79 personnes. La cause aurait été une vitesse excessive du train à grande vitesse qui avait pris à 190 kilomètres par heure une voie hors ligne à grande vitesse, qui plus est à vitesse réduite au maximum à 80 kilomètres par heure (dans un virage).
Coïncidence maléfique du sort : deux jours plus tard, le 20 janvier 2026 vers 21 heures, un autre accident ferroviaire a eu lieu à Gelinda, dans la province de Barcelone, en Catalogne. Un train régional de type S-447 de la compagnie Renfe a percuté un mur de soutènement tombé sur la voie en raison des fortes pluies de la tempête Harry. L'un des trois stagiaires qui accompagnaient le conducteur du train est mort et il y a eu 5 blessés graves parmi les 37 passagers présents dans le train. (Un autre accident du même genre dû à la chute d'une pierre sur la voie à cause de la tempête n'a heureusement pas fait de victime). En cas de forte tempête, faut-il arrêter les trains ? Une économie immobilisée est toujours mieux qu'une perte de vies humaines.
« Prenons le Mercosur, premier motif de votre motion. Fait rare, tous les groupes de cette Assemblée ont exprimé à cinq reprises au cours de la législature, à l’unanimité, leur opposition à cet accord. La France a agi en cohérence : par la voix du Président de la République, Emmanuel Macron, conformément à la souveraineté populaire exprimée ici (…), notre pays s’est opposé au traité lors du vote au Conseil Européen, clairement, sans ambiguïté, parce qu’il ne contenait pas les clauses nécessaires pour protéger nos agriculteurs. Pourtant, cet après-midi, c’est encore non ! Vous souhaitez censurer un gouvernement parce qu’il a fait ce qu’on attendait de lui ! C’est un concept politique innovant. » (Pierre Cazeneuve, le 14 janvier 2026 dans l'hémicycle).
C'était le mercredi 14 janvier 2026 dans l'après-midi : les députés français ont examiné deux motions de censure, l'une déposée par les insoumis, l'autre par le RN, au sujet du projet de traité entre l'Union Européenne et le Mercosur. Le député EPR Pierre Cazeneuve, dans les débats, a pointé du doigt la forte incohérence de déposer une motion de censure alors que tout le monde est d'accord pour s'opposer à ce traité et le Président Emmmanuel Macron et le gouvernement ont agi en conséquence dans les instances européennes pour s'y opposer, quitte à s'isoler diplomatiquement.
Dans son intervention à cette occasion, le Premier Ministre Sébastien Lecornu a évoqué plusieurs décalages entre le débat au sein de l'Assemblée Nationale et la réalité des enjeux nationaux et surtout internationaux : « En vous écoutant, j’ai l’impression d’être davantage dans un moment partisan et politicien que dans un moment parlementaire. De manière démocratique, qu’il me soit permis de revenir sur le grand décalage entre le moment que nous vivons cet après-midi, dans une forme d’indifférence globale, au dehors comme sur les bancs de cette Assemblée. ».
Le premier décalage, c'est de reprocher au gouvernement d'agir conformément à la position de tous les groupes parlementaires : « L’honnêteté intellectuelle commande de rappeler la vérité sur la position de la France sur l’accord avec le Mercosur. Courir depuis une semaine les plateaux de télévision et se comporter comme si la France soutenait le traité, alors qu’elle s’y oppose, repose tout simplement sur un mensonge, sur lequel vous avez bien du mal à fonder la légitimité de votre démarche de censure. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. J’ai renoncé depuis belle lurette à vous demander d’avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que le traité avait évolué ces derniers mois. En réalité, la position des États se constate au Coreper, le Comité des représentants permanents, et au Conseil. Que vous le vouliez ou non, car on finit par se poser la question, la position de la France est l’opposition totale à la signature du traité avec le Mercosur. ».
Le chef du gouvernement a aussi dénoncé une confusion dans les communications de l'opposition sur la manière de s'opposer efficacement au traité, un deuxième décalage : « Ces discours laissent entendre que la saisine de la Cour de Justice de l’Union Européenne suspendrait l’application du traité. La saisine de la CJUE par le Parlement Européen entraîne en effet cette suspension, ce qui n’est pas le cas d’une saisine par un État membre de l’Union Européenne. Ne laissons donc pas entendre ou faire croire des choses fausses aux agricultrices, aux agriculteurs, aux Françaises et aux Français inquiets des modalités complexes d’application de ce traité. Ces deux motions de censure introduisent donc un second décalage : une division, au moment même où l’équipe de France, au grand complet, devrait prendre son bâton de pèlerin et convaincre l’ensemble des sensibilités politiques au Parlement Européen pour obtenir un vote favorable. Le moment de cette motion de censure est objectivement bien mal choisi, en France, nous avons l’habitude de nous diviser, de nous tirer des balles dans le pied et de ne pas être capables de nous réunir pour défendre les intérêts du peuple français. Les mêmes nous le reprocheront ensuite, comme d’habitude ; la trahison viendra toujours du même endroit, alors que des votes sont attendus au Parlement Européen, à Strasbourg, dans les jours qui viennent. On sait qu’ils sont davantage guidés par des intérêts nationaux que par des intérêts partisans, or ils peuvent se jouer à dix, quinze ou vingt voix près. Une fois de plus, on observe un décalage entre la vie de cet hémicycle, ou en tout cas d’une partie de cet hémicycle, et la vie au Parlement Européen. Nous le paierons tôt ou tard, une fois de plus. ».
Le troisième décalage, c'est l'urgence de la discussion budgétaire (le projet de loi de finances pour 2026 n'est toujours pas adopté) et la perte de temps avec ces deux motions de censure sur des sujets qui font pourtant consensus : « Nous sommes le 14 janvier et la France n’a pas de budget. Les deux groupes politiques qui ont déposé les deux motions de censure sont ceux qui ont largement contribué au ralentissement des débats depuis le début. En deuxième lecture, 3 500 amendements déposés, un nombre record ; des votes tactiques dans les deux sens, pour faire en sorte que tous les compromis susceptibles d’émerger dans l’espace le plus central, en tout cas le plus républicain de cet hémicycle, échouent ; La France insoumise votant à droite pour s’assurer que la copie vire le plus à droite possible et devienne indigeste pour une partie de cet hémicycle (…). Rien ne nous aura été épargné ! Quand je pense que pendant des années, la plupart de ces groupes ont réclamé une nouvelle vie parlementaire, une nouvelle pratique du partage du pouvoir, une autre relation entre le gouvernement et le Parlement ! ».
Le quatrième décalage, c'est la gravité de la situation internationale : « Ce décalage, c’est celui que vous introduisez entre la vie politique nationale et l’actualité internationale. La semaine dernière, la Fédération de Russie a tiré des missiles Orechnik sur l’Ukraine, dans une logique d’intimidation nucléaire, et je ne parle pas du Venezuela ou de la question du Groenland. En République islamique d’Iran, le peuple se soulève au point qu’on peut presque parler de guerre civile. La situation au Proche et au Moyen-Orient n’est pas meilleure. Que dire du défi posé par la Chine, dont l’influence ne cesse de grandir, et de la menace terroriste au Sahel ? Les alliances traditionnelles sont bousculées et le multilatéralisme, potentiellement en crise. Il est certain que c’est le bon moment de censurer le gouvernement, de priver la France de stabilité, d’envoyer à nos compétiteurs et à nos alliés le message que vos petits calculs politiciens priment l’intérêt général. Au fond, nous n’avons pas besoin de compétiteurs : nous vous avons déjà, vous et vos tentatives permanentes de sabotage interne. Vous agissez comme des tireurs couchés qui tirent dans le dos de l’exécutif au moment même où nous devons affronter des dérèglements internationaux majeurs. ».
Peu médiatisée car les Français commencent à se lasser de ses petits jeux politiciens, la discussion de ces deux motions de censure a conclu sur deux rejets : la motion de censure déposée par les insoumis n'a recueilli que 256 voix à 17 heures 35 (scrutin n°4986) et la motion de censure déposée par le RN n'a recueilli que 142 voix à 18 heures (scrutin n°4987), alors qu'il en fallait au moins 288 pour renverser le gouvernement (seuls les groupes RN, ciottiste, FI, EELV et PCF ont voté pour).
Mais revenons au traité entre l'Europe et le Mercosur, de quoi s'agit-il ?
Et d'abord, rappelons que le Mercosur représente 330 millions d'habitants, c'est un Marché commun de cinq États d'Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et Bolivie), l'adhésion du Venezuela étant suspendue depuis décembre 2016 en raison de la dictature de Nicolas Maduro. Ce marché commun a été créé le 26 mars 1991 par le Traité d'Asuncion pour créer une zone de libre-échange (« la libre circulation des biens, services et des facteurs productifs entre les pays dans l'établissement d'un arsenal externe commun et l'adoption d'une politique commerciale commune, la coordination de politiques macroéconomiques et sectorielles entre les États et l'harmonisation des législations pour atteindre un renforcement du processus d'intégration »). Son PIB représente plus de 80% du PIB des États de l'Amérique du Sud.
Comme les entreprises internationales se regroupent en forte concentration dans d'immenses multinationales, les États ont trouvé des intérêts économiques et géopolitiques communs à s'unir dans des ensembles plus vastes que les seules entités nationales pour faire face aux autres blocs économiques. On peut citer la Chine et les États-Unis, bien sûr, qui ne sont pourtant que des entités nationales, et l'Union Européenne.
Le traité d'accord commercial entre l'Union Européenne et le Mercosur est en négociation depuis trente ans ! Les discussions commerciales ont commencé le 15 décembre 1995. Ce n'est donc pas un traité fait à la sauvette et bâclé. Après bien des vicissitudes, un premier projet finalisé d'accord a été réalisé le 28 juin 2019, mais après l'opposition de la France (le 23 août 2019) et de l'Allemagne (le 21 août 2020) sur l'impact environnemental (risque de la hausse de la déforestation pour augmenter la production de bœufs, évaluée à 700 000 hectares sur les six premières années d'application du traité), une nouvelle étape a adopté un nouvel accord de principe le 6 décembre 2024 à Montevideo. C'est celui-ci que la Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen voulait signer dès le 20 décembre 2025 (après l'approbation de la Commission Européenne le 3 septembre 2025).
Finalement, elle devrait le signer ce samedi 17 janvier 2026, ce retard d'un mois n'aura servi à rien. Effectivement, le Conseil Européen a approuvé l'accord le 9 janvier 2026 malgré l'opposition de la France (l'Italie a finalement rejoint le camp majoritaire). Pour pouvoir arrêter la course de ce traité, il faudrait un vote opposé au Parlement Européen, et donc, la bataille se situe à Strasbourg et pas au Palais-Bourbon !
Quelle est son inspiration philosophique ? C'est celle de l'Union Européenne en général, portée principalement par les pays anglo-saxons. Que l'idéal serait un monde sans frontières commerciales, avec une libre circulation des biens pour favoriser la libre concurrence. Celle-ci favoriserait alors le meilleur produit accessible aux consommateurs (meilleure qualité, meilleur prix, etc.).
Mais cet idéal est biaisé par une première évidence : c'est valable si et seulement si tout est égal par ailleurs, c'est-à-dire si tous les États de l'accord ont les mêmes règles en fiscalité, charges sociales, droit du travail, normes sur la sécurité, l'environnement, la santé des consommateurs, etc.
Or, ce n'est manifestement pas le cas. C'est là qu'interviennent les "clauses miroirs", c'est-à-dire une réciprocité des normes pour chaque État. Mais là encore, le problème n'est pas la contrainte des normes, c'est l'idée qu'il est impossible, concrètement, de contrôler la réalité des normes localement.
D'où le sentiment que les agriculteurs européens et particulièrement français seront incapables d'affronter la concurrence des agriculteurs sud-américains dont les exploitations sont gigantesques avec des méthodes de production contraires aux normes européennes.
Un autre biais d'origine est la date du commencement des négociations (en 1995), à une époque où les alertes sur les bouleversements climatiques restaient encore des signaux faibles, avec peu de normes environnementales et dans un monde géopolitique d'unification et pas de dispersion comme cela se passe maintenant.
Le Président de la République s'est opposé à l'accord dès octobre 2017. Un article de Cécile Ducourtieux est très explicite dans "Le Monde" du 16 octobre 2017 : « Si la "Macronmania" perdure à Bruxelles, le slogan de "L’Europe qui protège" commence à créer des tensions dans la capitale institutionnelle de l’Union, où certains estiment désormais qu’à trop vouloir préserver les citoyens des excès du libre-échange et de la mondialisation, le Président de la République française contrarie la politique commerciale de ladite Union. ». L'Assemblée Nationale s'est prononcée au moins deux fois récemment, l'une le 26 novembre 2024, l'autre le 27 novembre 2025, contre le traité avec le Mercosur.
Si tous les partis politiques français s'opposent à ce traité, c'est bien parce qu'ils souhaitent défendre les agriculteurs français qui seraient effectivement lésés par ce traité. Mais n'est-ce pas non plus parce qu'ils sont des acteurs économiques capables de se faire entendre, en déposant par exemple des tonnes de pommes de terre à la Concorde, devant l'Assemblée Nationale ?
Le traité commercial est un accord global dans tous les domaines économiques, et il est clair que d'autres secteurs économiques, en Europe mais aussi en France, profiteraient de cet accord, ce qui explique la position favorable du Medef qui considère que le traité serait favorable à l'emploi en France (dont 20% sont amenés par nos exportations). Par exemple, l'industrie du luxe devrait applaudir (mais aussi le secteur automobile, la chimie, l'industrie pharmaceutique et la cosmétique). En gros, ce traité profiterait à certains secteurs comme le luxe, au détriment d'autres, comme l'agriculture. L'impact économique serait globalement positif pour les deux parties : à l'horizon 2040, cela devrait augmenter le PIB de l'Union Européenne de 0,05% et celui du Mercosur de 0,25%. L'impact est donc faible mais positif des deux côtés. Les entreprises européennes économiseraient 4 milliards d'euros de taxes douanières.
Ce que les agriculteurs français voudraient, c'est un accord commercial spécifique à l'agriculture avec des concessions de part et d'autres dans ce même secteur. En l'état, l'accord avec le Mercosur est donc insoutenable pour la France, qui, pour une fois, se retrouve unie dans cette position. Pour autant, l'idée d'origine reste intéressante, d'autant plus que des accords commerciaux, dans tous les cas, favorisent l'expansion économique de tous les pays signataires. On l'a déjà constaté dans l'application du traité commercial entre l'Union Européenne et le Canada. Et a contrario, l'augmentation drastique des tarifs douaniers en 2025 par les États-Unis de Donald Trump ont entraîné une baisse de 0,7% du PIB de l'Union Européenne. Ce n'est pas négligeable.
Il est d'autant plus important de revoir la copie (et pas de simplement la déchirer) qu'un partenariat entre l'Union Européenne et le Mercosur entrerait dans une stratégie géopolitique intéressante en ce moment : face à la réorganisation mondiale, à l'éloignement et l'isolement des États-Unis, l'Europe a besoin de nouveaux partenaires fiables et amis. Le Mercosur pourrait en être. Au-delà des seuls intérêts économiques.
« Ce qui devait être un moment de joie s’est mué, le premier jour de l’an, à Crans-Montana, en un deuil qui touche tout le pays et bien au-delà. (…) C’est avec consternation que le Conseil Fédéral a appris cette terrible tragédie. Ses pensées vont aux victimes, aux blessés et à leurs proches, à qui il adresse par ma voix ses sincères condoléances. » (Guy Parmelin, Président de la Confédération helvétique, le 1er janvier 2026 à Sion).
Horreur absolue. L'Europe en deuil. Ce qui s'est passé ce jeudi 1er janvier 2026 vers 1 heure 30 du matin, durant la nuit de la Saint-Sylvestre, à Crans-Montana, une station de ski du canton du Valais, en Suisse, dans un bar de la ville, Le Constellation, est une horreur absolue. Très vive émotion.
Un incendie s'est déclaré et a provoqué, par les fumées, une explosion. Le nombre de victimes est très élevé. Au 2 janvier 2026, il y aurait 40 personnes décédées et 119 personnes blessées, dont 80 à 100 en urgence absolue, selon les autorités suisses.
La plupart des victimes ont été brûlées et la France, l'Allemagne, l'Italie et la Pologne, entre autres, ont proposé leur aide pour accueillir et soigner les grands brûlés. Il y a une course de vitesse pour sauver les blessés qui ont été transférés dans les centres pour grands brûlés en Suisse ou à l'étranger (la Suisse n'a que deux centres hospitaliers spécialisés, à Lausanne et à Zurich).
On ne connaît pas le nombre de clients présents qui faisaient la fête dans ce bar d'une contenance de 300 à l'intérieur et 40 en terrasse. C'étaient principalement des jeunes. L'identification des victimes est en cours, et parfois est très difficile. Selon le Quai d'Orsay, il y aurait au moins 14 Français blessés et 8 autres n'auraient pas encore été localisés. Interrogée par LCI, une jeune femme de 20 ans était effondrée ce vendredi : « J’ai perdu un de mes amis qui était comme mon frère. Il est malheureusement décédé dans l’incendie. Pour mon autre ami, on n’a toujours pas de nouvelles où il peut être. (…) Le plus compliqué, c’est de ne pas savoir s’il est à l’hôpital, s’il est décédé ou pas, être dans l’incompréhension. (…) On a appelé les parents. Rien. Même les parents, ils ne savent pas. ».
Le Président du Conseil d'État du canton du Valais Mathias Reynard a précisé : « La station de Crans-Montana, on le sait tous, a un caractère international. On ne peut donc pas exclure qu’effectivement des personnes victimes soient de différentes nationalités. ». Parmi les blessés formellement identifiés à ce jour (113 sur 119), il y aurait notamment 14 Français, 71 Suisses, 11 Italiens, 4 Serbes, 1 Portugais, 1 Polonais, 1 Belge, 1 Luxembourg et 1 Bosniaque (selon Frédéric Gisler, le commandant de la police cantonale du Valais).
Plusieurs villes suisses (comme Lucerne) ont annulé leur feu d'artifice ou leurs festivités du nouvel an en raison du deuil, et Guy Parmelin, qui prenait ses fonctions de Président de la Confédération helvétique en ce premier jour de l'an, a repoussé son allocution de nouvel an. Au cours d'une conférence de presse à Sion, Guy Parmelin a mis en évidence le paradoxe d'un lieu et d'une nuit de fête et de détente et cette tragédie : « Quel épouvantable contraste, quelle cruelle ironie ! (…) Le pays partage leur peine avec respect et recueillement. (…) Vous n’êtes pas seuls ! (…) [La vie des jeunes victimes ne] doit pas être résumée à la manière dont elle s’est achevée. Elle doit être honorée pour ce qu’elle a été, une promesse, une énergie, une part de notre avenir commun. (…) Nous leur devons le respect, la mémoire et l’engagement de tout mettre en œuvre pour que de telles tragédies ne se reproduisent pas. La mise en berne des drapeaux du Palais fédéral ce jour pour une durée de cinq jours est l’expression symbolique de cet engagement. ».
Le pape Léon XIV« désire manifester aux proches des victimes sa compassion et sa sollicitude. Il prie le Seigneur d’accueillir les défunts dans sa demeure de paix et de lumière, et de soutenir le courage de ceux qui souffrent dans leur cœur ou dans leur corps. », selon le message du Secrétaire d'État du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, adressé à l'évêque de Sion, Mgr Jean-Marie Lovey (cité par l'AFP). Le Président français Emmanuel Macron a exprimé sa profonde émotion : « Mes pensées vont aux familles endeuillées et aux blessés. À la Suisse, à son peuple et à ses autorités, j’adresse la pleine solidarité de la France et notre soutien fraternel. ».
La Présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a aussi exprimé sa solidarité : « Je suis attentivement l’évolution de la situation afin d’obtenir toutes les informations sur l’incident et sur l’implication éventuelle de ressortissants italiens. Je remercie les ressources de la protection civile déjà opérationnelles et j’exprime ma solidarité aux familles des victimes, aux blessés, aux institutions et au peuple suisse. ». C'était le cas également de Volodymyr Zelensky, le Président ukrainien : « Nous sommes en deuil chaque fois que des vies sont perdues. (…) Le plus important est de tout mettre en œuvre pour empêcher que de telles tragédies se reproduisent ailleurs dans le monde. Nous exprimons nos condoléances au peuple suisse, à Guy Parmelin et à tous ceux qui ont perdu des membres de leur famille et des êtres chers, et nous souhaitons un prompt rétablissement à toutes les personnes blessées. ».
Dès les premières heures qui ont suivi cette épouvantable tragédie, la procureure générale du Valais, Béatrice Pilloud, a affirmé que la piste terroriste était écartée : « Il n’est à aucun moment question d’un quelconque attentat. ». Le conseiller d'État du canton du Valais responsable de la sécurité, Stéphane Ganzer, a complété : « Les témoignages et les premières investigations montrent qu’au départ c’est un incendie qui provoque un embrasement généralisé de l’atmosphère interne à l’établissement. Ce n’est pas la déflagration d’un engin explosif qui provoque un incendie. C’est l’incendie qui, en se développant, provoque une déflagration, un embrasement généralisé. ».
Si les autorités suisses restent très prudentes sur les causes de l'incendie qui a ravagé Le Constellation, certains témoignages publics laissent entendre une maladresse humaine. Ainsi, ce témoignage d'un habitué relayé par le journal "Le Monde" : « Ces témoignages diffusés par différents médias suisses, français et italiens ont précisé que des bougies étincelles fixées sur des bouteilles brandies par une personne juchée sur les épaules d’une autre avaient provoqué l’incendie en touchant le plafond. Ces mêmes témoins ont ajouté qu’il s’agissait d’un "show" habituel dans l’établissement. "Il me semble qu’il y avait des dames, des serveuses, avec des bouteilles de champagne avec des petites fusées. Elles ont été trop, trop près du plafond, eh bien ça a pris feu d’un coup", a notamment raconté Axel, présent au moment du drame, au média italien Local Team. ».
Cette piste possible a été confirmée par Béatrice Pilloud elle-même dans la journée du 2 janvier 2026 : « Tout laisse à penser que le feu est parti des bougies incandescentes ou des feux de Bengale qui ont été mises sur les bouteilles de champagne. (…) De là, tout s’est embrasé. ».
Les services médicaux helvétiques ont été pris de court par cette tragique accident pour secourir les blessés, mais la solidarité entre les cantons et aussi des voisins européens a permis de tous les prendre en charge. Aucun hôpital n'est capable de prendre en charge simultanément une centaine de blessés graves et l'entre-aide est donc essentielle et toujours nécessaire (les services ont rarement plus d'une vingtaine de lits). Une autre priorité est d'identifier les victimes, ce qui peut s'avérer très long.
Enfin, la troisième priorité, c'est évidemment l'enquête et la détermination des causes et des éventuelles responsabilités avec l'objectif évident d'éviter qu'une telle tragédie se renouvelle. Et pourtant, ce n'est hélas pas la première. En France, le rappel de la sinistre catastrophe d'une discothèque à Saint-Laurent-du-Pont, entre Grenoble et Chambéry, ravive de très tristes souvenirs. Un incendie d'une cause probablement accidentelle avait provoqué, le 1er novembre 1970, la mort de 146 personnes, d'une moyenne d'âge de 20 ans (dont 9 n'ont pas pu être identifiés). À l'époque, le pape Paul VI avait envoyé un télégramme pour exprimer toute son affection face à ce drame. La mort de De Gaulle huit jours plus tard a conduit le magazine satirique "Hara-Kiri" à titrer en Une de son numéro du 16 novembre 1970 : "Bal tragique à Colombey : 1 mort", ce qui était d'un humour très douteux.
La procureure générale du Valais n'a, pour le moment, identifié aucune responsabilité pénale dans l'incendie à Crans-Montana et le couple propriétaire du Constellation (des Français d'origine corse), qui a survécu à la tragédie, a été entendu par les autorités suisses. Certains toutefois n'ont pas hésité à évoquer un escalier très étroit, seul accès entre la salle au sous-sol et la sortie, ainsi que le matériau placé au plafond, une mousse synthétique pour isolation acoustique, particulièrement inflammable. Enfin, allumer des bougies et feux de Bengale dans un tel espace confiné a été considéré comme irresponsable par certains témoins, alors que c'était une pratique très courante dans ces lieux. Leur interdiction sera peut-être parmi les recommandations de l'enquête.
Nul doute que, d'une part, hélas, on se souviendra longtemps de ce triste nouvel an 2026, et d'autre part, il faudra bien renforcer les mesures de protection incendie de ces établissements recevant du public dans un espace aussi confiné. Toute mon émotion et ma solidarité exprimées aux victimes et à leurs proches.