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20 septembre 2026 7 20 /09 /septembre /2026 22:50

« Ces réformes doivent être mises en œuvre (…). Bien sûr, cela nous place tous dans une situation difficile, mais nous assumons cette responsabilité. J’assume cette responsabilité, car je souhaite faire avancer notre pays. » (Friedrich Merz, allocution du 20 septembre 2026).







 


Pour une fois, le Chancelier Friedrich Merz, doté d'une impopularité historique, s'est exprimé juste après la fermeture des bureaux de vote. La précédente fois, le 6 septembre 2026, il avait attendu le lendemain midi. Pour dire la même chose : son parti s'est effondré, vient de connaître un désastre électoral, mais il ne démissionnera pas, il continuera à faire les réformes pour lesquelles il avait été élu à la tête du gouvernement allemand l'année dernière.

Ce dimanche 20 septembre 2026, deux élections régionales ont eu lieu en Allemagne de l'Est, dans deux Länder : la capitale, Berlin, et la région du nord-est du pays, au bord de la Baltique, la Mecklembourg-Poméranie occidentale.

Dans les deux cas, alors que les situations politiques et électorales y sont très différentes, ce fut un désastre pour la CDU, l'Union des chrétiens-démocrates (centre droit) actuellement au pouvoir au niveau fédéral (dans une grande coalition avec les sociaux-démocrates du SPD).


Alors que les résultats ne sont pas encore définitifs, le suspense n'est plus de mise. La CDU a perdu doublement : le Land de Berlin alors qu'il menait la majorité depuis les élections régionales du 12 février 2023, et le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale où la CDU, frôlant le seuil de 5%, n'a même plus le droit à être représentée dans cette région. En tout, la victoire a été pour l'extrême gauche (à Berlin) et l'extrême droite (à Rostock).

Voyons d'abord Berlin, capitale de l'Allemagne réunifiée. Le Land compte 3,7 millions d'habitants. Depuis le 27 avril 2023, il est administré par un ministre-président de la CDU, ce qui était assez exceptionnel car généralement, c'est une terre électorale du SPD. Le 12 février 2023, le SPD avait subi une grave défaite, ne supplantant les Verts que de 53 voix !
 


Ce 20 septembre 2026, à Berlin, le grand vainqueur est Die Linke, un parti qui pourrait s'apparenter à celui de Jean-Luc Mélenchon, de gauche radicalisée voire d'extrême gauche. Il a obtenu 25,7% des voix, soit 13,5 points de plus (ce parti a donc plus que doublé !), obtenant 47 sièges sur 159 (soit un gain de 25).

La CDU, au contraire, s'est effondrée de 9,4 points jusqu'à 18,8%, et n'a obtenu que 35 sièges (une perte de 17). Cette chute de la CDU s'est fait parallèlement à un bond de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) qui est passée à 16,3% (7,2 points de plus) avec 29 sièges (gain de 12). Le SPD a poursuivi sa dégringolade avec 12,1% (perte de 6,3 points) et 22 sièges (12 de moins), doublé par les Verts qui ont, eux aussi, chuté à 14,3% (perte de 4,1 points) avec 26 sièges (8 de moins). Les pertes à gauche (SPD et Verts) ont été compensées par les grains pour Die Linke et aussi pour la BSW, un parti d'extrême gauche populiste issu de Die Linke, qui n'a cependant pas réussi à atteindre le seuil de 5% pour être représentée, puisqu'elle n'a obtenu que 4,7% des voix (sans comparaison avec 2023 car elle est trop récente).


Concrètement, le besoin d'une majorité signifie mobiliser au moins 80 sièges (sur 159). Si Die Linke veut gouverner, elle devra convaincre le SPD et les Verts de les rejoindre pour une majorité à 95 sièges. Sinon, l'autre possibilité serait une gouvernance de grande coalition rassemblant la CDU, le SPD et les Verts, soit 83 sièges. C'est là tout le paradoxe du mode de scrutin allemand, très mauvais car proportionnel, puisque finalement, ce sont deux des trois grands perdants qui sont indispensables pour la prochaine majorité, voire, en cas de grande coalition, les trois grands perdants du scrutin berlinois (CDU, SPD, Verts).

Même s'il n'est pas équivalent à certains Länder pauvres d'Allemagne de l'Est, l'AfD a fait une percée exceptionnelle à Berlin avec plus de 16% des voix, s'intégrant dans tous les territoires, même les plus hostiles pour elle, et remplaçant pour beaucoup la CDU comme "parti de droite".


Passons maintenant à la Mecklembourg-Poméranie occidentale, la région du nord-est de l'Allemagne, au bord de la Baltique, de 1,6 million d'habitants, avec pour capitale Schwerin et incluant la grande ville portuaire Rostock. Cette région était gouvernée par le SPD depuis le 3 novembre 1998.
 


On ne sait pas trop si le premier élément marquant de ces élections, c'est la grande victoire de l'AfD, passant à 38,2% des voix (21,5 points de plus par rapport aux précédentes élections du 26 septembre 2021 !) ou si c'est l'extinction de la CDU comme parti représenté dans cette région, puisqu'elle n'a obtenu que 4,9% des voix (8,4 points en moins), soit inférieur à 5%. En 2021, la CDU avait 12 sièges sur 79, et le FDP (parti libéral démocrate) était aussi représenté avec 5 sièges, mais en 2026, avec seulement 1,0% des voix, il est également exclu de la représentation.

Toujours est-il que l'AfD, avec ses 32 sièges sur 71 (soit 18 de plus malgré la réduction du nombre de sièges total, de 79 à 71), pourra se targuer d'être la seule formation dite de droite (en fait d'extrême droite) de cette assemblée régionale.


Quant à la gauche dans ce Land, elle reste plus ou moins stable en voix. Le SPD a perdu 4,1 points pour atteindre 35,5% des voix, soit 29 sièges (perte de 5). Les Verts sont stables à 5,7% des voix (perte de 0,6 point), avec le maintien de 5 sièges, tandis que l'extrême gauche a progressé. Si Die Linke a perdu 3,4 points à 6,5% des voix et 5 sièges (perte de 4 sièges), la BSW a obtenu 4,8% des voix (venant de rien car de construction récente), ce qui est beaucoup, mais insuffisant pour être représentée.

Le résultat n'est pas trop incertain : des formations de gauche face à l'AfD. L'extrême droite aura donc beaucoup de mal à trouver des alliés pour atteindre la majorité des 71, soit 36 sièges. Ces 4 sièges manquants devraient profiter à une coalition de gauche SPD-Verts-Linke qui serait sans doute difficile à fédérer mais dont l'opposition à l'extrême droite resterait la meilleure motivation et le meilleur ciment.
 


Pour résumer, en Allemagne, cela peut craindre : comme en France, le peuple allemand a favorisé deux extrêmes, une extrême droite prête désormais à prendre le pouvoir, l'AfD, et une extrême gauche, divisée par deux partis sensiblement de même force (Die Linke et BSW) qui vont pouvoir s'imposer face aux partis de la gauche gouvernementale. Quant à la CDU (et à son allié FDP), c'est la déroute dans l'Allemagne de l'Est, même si à Berlin, c'est une région un peu spéciale. Cela signifie surtout qu'il y a eu, en moins d'une décennie, une brutale translation des votes vers la droite.

Pour l'heure, Friedrich Merz, accusé de toute part de tous les maux de la Terre, tient bon, ne veut pas démissionner, considérant que ces élections régionales ne sont pas des élections fédérales, et qu'il faut tenir la barre même dans la tempête. Sa chance, c'est qu'il n'a pas de remplaçant facilement identifiable. Ses opposants au sein de sa grande coalition n'ont pour l'instant pas de Chancelier de rechange, ce qui est indispensable à présenter pour renverser le gouvernement. Mais cette extrême fragilité électorale montre que Friedrich Merz ne sera pas un grand Chancelier. Tout juste un syndic de transition.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 septembre 2026)
http://www.rakotoarison.eu


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http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/09/20/article-sr-20260920-berlin-mecklembourg-pomeranie-occidentale.html



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7 septembre 2026 1 07 /09 /septembre /2026 03:13

« Dans ce Land considéré comme l'un des plus pauvres d'Allemagne, le parti d'extrême droite a surfé sur le sentiment de déclassement de la population, la peur d'une partie des électeurs d'une dilution de leur identité allemande, mais aussi sur le talent de communicateur et la maîtrise des réseaux sociaux de son dirigeant. » ("Les Échos", le 7 septembre 2026).





 


Triste dimanche que ce 6 septembre 2026 en Allemagne. Il y avait des élections régionales, et dans ce pays fédéral, ces élections sont importantes car beaucoup de décisions sont prises à ce niveau administratif, en particulier tout ce qui concerne l'éducation. L'alerte était donnée par les sondages et la réalité a surgi des urnes : l'AfD a obtenu 43,8% des suffrages exprimés pour le Land de Saxe-Anhalt, soit 39 sièges sur 83 au total. Il manque à l'AfD 3 sièges pour obtenir la majorité absolue et pouvoir gouverner cette région.

Les titres sont nombreux pour exprimer le coup de semonce électoral de ce dimanche estival en Allemagne. Parlons d'abord de la région : le Land de Saxe-Anhalt est une région de l'ancienne Allemagne de l'Est (RDA) d'environ 2,1 millions d'habitants. Ceux-ci ressentent encore la différence entre l'Est et l'Ouest, sentant que ceux de l'Ouest les regardent avec condescendance. Cette impression est peut-être fausse mais elle est là.


Aux précédentes élections régionales du 6 juin 2021, la CDU (parti de centre droit actuellement présent à la Chancellerie depuis 2025) et l'AfD étaient données au coude-à-coude dans les sondages, et finalement, la CDU les avaient remportées au bénéfice du vote utile et de la popularité du ministre-président Reiner Haseloff en place depuis le 19 avril 2011. Le Land était jusqu'à maintenant dirigé par la CDU depuis le 28 octobre 1990 sauf de 1994 à 2001 par le SPD (parti social-démocrate). Toutefois, Reiner Haseloff devait constituer une majorité très large avec la CDU, le SPD et le FDP (le parti libéral-démocrate, centre droit, ce dernier de nouveau représenté en 2021).

À 71 ans, Reiner Haseloff ne se représentait plus pour un nouveau mandat. Il a laissé Sven Schulze prendre la relève en le laissant lui succéder le 28 janvier 2026. Mais la situation politique était très différente de 2021. Le Chancelier Friedrich Merz est très impopulaire et il semblerait bien que la moitié des électeurs de la CDU aient voté dimanche pour l'AfD.

En effet, l'AfD a gagné 23 points par rapport à 2021 tandis que la CDU en a perdu 20 à 17,2%, son score le plus bas historiquement. Le désastre de la CDU est même pire si l'on regarde le mode de scrutin : 41 sièges sont pourvus dans le cadre de circonscriptions et 42 sièges sont pourvus sur une liste à l'échelle régionale afin de faire la proportionnelle. Or, l'AfD a gagné quasiment tous les sièges en circonscription (scrutin majoritaire), 38 sur 41 ! Et la CDU n'en a obtenu aucun. Cette tentation de voter AfD est de même pour les électeurs du FDP qui a chuté de 4 points (2,6%) et est descendu en dessous du seuil de représentation (5%), là encore probablement au profit de l'AfD.


Cette victoire de l'AfD est d'autant plus large que la participation n'a jamais été aussi élevée, avec 77,8% des inscrits, soit plus de 17 points supplémentaires par rapport aux élections régionales de 2021 ! Cela signifie que c'est l'AfD qui a su mobiliser toutes les couches de la population en sa faveur, alors qu'une première analyse de la forte participation avant les résultats pouvait faire croire qu'une mobilisation anti-AfD s'était formée. Pas du tout.

Avec 9,3%, le SPD est resté stable, tandis que les écologistes (8,9%) ont obtenu un score un peu meilleur, sans doute provenant des pertes de Die Linke (extrême gauche) à 8,6%. À moins que les pertes de Die Linke (2,5 points) ne proviennent de l'intérêt que les électeurs de gauche ont eu pour le nouveau parti BSW (Alliance Sahra Wagenknecht), d'extrême gauche populiste, qui, avec 5,3%, s'est vu obtenir de justesse sa représentation, avec 5 sièges, soit deux de plus pour faire la majorité absolue avec l'AfD (bien que d'extrême gauche, la BSW avait condamné le cordon sanitaire contre l'AfD et peut se retrouver sur des positions communes sur l'immigration ou la guerre en Ukraine).
 

(Schéma issu de Wikipédia).

L'AfD est-elle d'extrême droite ? C'est tout le débat qu'on a dans beaucoup de pays, notamment en Italie, au Royaume-Uni et, évidemment, en France. Issue de cadres contestataires, certains de l'AfD pourraient être taxés d'anarchistes de droite. Mais d'autres, surtout les jeunes, sont très proches des néonazis, et c'est cela qui fait peur.


Dans le programme de l'AfD pour ce Land, il y a notamment la création d'une force pour expulser les immigrés en situation irrégulière, des changements dans les programmes scolaires pour faire moins de place à la période nazie (1933-1945) dans les manuels d'histoire et la suppression des subventions aux artistes considérés comme anti-allemands.

Le leader de l'AfD dans ce Land de Saxe-Anhalt est Ulrich Siegmund, et à 35 ans (il est né quelques jours après la Réunification), pourrait bien devenir rapidement le prochain ministre-président (équivalent de président du conseil régional en France, mais avec plus de pouvoirs). Il est membre du Landtag (conseil régional) depuis 2016 et est ouvertement d'extrême droite. Il a participé à Potsdam en novembre 2023 à une réunion d'activistes d'extrême droite où fut présenté un projet de remigration, y compris pour des citoyens allemands considérés comme non assimilés.

L'AfD est d'ailleurs tellement proche de néonazis que Jordan Bardella avait décidé de s'éloigner de ce parti au Parlement Européen. Du reste, le RN ne se félicite pas de cette victoire régionale en Allemagne, et seul Éric Zemmour semble heureux de celle-ci. "Les Échos" ont remarqué ainsi : « A contrario du Rassemblement national en France, l'extrême droite allemande n'a cessé de se radicaliser ces dernières années, ce qui ne l'a pas empêchée d'attirer de plus en plus d'électeurs, tandis que le RN coupait les ponts avec la formation allemande au Parlement Européen. ».

Pour l'AfD, la Saxe-Anhalt serait un précurseur d'une victoire nationale aux prochaines élections fédérales. L'un des slogans était d'ailleurs : « Ça commence ici ! ». Le parti d'extrême droite est pro-russe et sa victoire dans la plus grande économie européenne serait un événement historique.


La BBC a pointé l'inquiétude des milieux européens : « Les douze prochains mois s'annoncent comme une saison électorale chargée dans toute l'Union Européenne. Des scrutins sont prévus dans des pays clefs tels que la France, l'Italie, l'Espagne et la Pologne. (…) [Et Bruxelles] craint que davantage de partis "extrêmes", tant à gauche qu'à droite de l'échiquier politique, ne tirent profit de cette situation à tous les niveaux. ».

En revanche, Euronews s'est plutôt focalisé sur la situation de Friedrich Merz : « Le revers est sévère pour Friedrich Merz. Impopulaire, le chef de la CDU s'est peu impliqué dans cette campagne locale. La cuisante défaite de [dimanche soir] risque d'affaiblir davantage le Chancelier et pourrait fragiliser sa position à la tête du gouvernement fédéral. ». De son côté, "Le Monde" a souligné une contestation interne au sein de la CDU : « Nombre de militants de la CDU tiennent le Chancelier pour responsable de leur défaite en Saxe-Anhalt. ». Et de citer l'un d'eux : « Beaucoup votent en raison de la situation au niveau fédéral, c’est-à-dire à cause de Friedrich Merz, et voilà le résultat ! ».

Friedrich Merz a refusé de s'exprimer à chaud le dimanche soir. Il a réservé son intervention en milieu de journée du lundi 7 septembre 2026. Quant au nouveau Landtag, sa première réunion devrait avoir lieu avant le 6 octobre 2026.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 septembre 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
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Le mur de Berlin.
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Le massacre d'Oradour-sur-Glane.
Le 60e anniversaire du Traité de l'Élysée le 22 janvier 2023.
Le testament de Benoît XVI.
Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
L’Église de Benoît XVI.
L'Ukraine à l'Europe : donnez-nous des ailes !
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Olaf Scholz, l’étincelle du feu tricolore.
Législatives allemandes 2021 (2) : Olaf Scholz bientôt Chancelier.
Bonne retraite, Frau Merkel !
Législatives allemandes 2021 (1) : INCERTITUDE !
L’Allemagne en pleine fièvre extrémiste ?
 





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27 août 2026 4 27 /08 /août /2026 18:34

« La Chambre déclare Ratko Mladić (…) COUPABLE, en tant que membre de plusieurs entreprises criminelles communes, des [dix] chefs suivants : génocide ; persécutions, un crime contre l’humanité ; extermination, un crime contre l’humanité ; assassinat, un crime contre l’humanité ; meurtre, une violation des lois et coutumes de la guerre ; expulsion, un crime contre l’humanité ; actes inhumains ayant pris la forme du transfert forcé, un crime contre l’humanité ; terrorisation, une violation des lois et coutumes de la guerre ; attaques illégales contre des civils, une violation des lois et coutumes de la guerre ; prise d’otages, une violation des lois et coutumes de la guerre. (…) Pour les crimes que Ratko Mladić a commis, la Chambre le condamne à une peine d’emprisonnement à vie. » (Chambre de première instance du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie, le 22 novembre 2017 à La Haye).






 


La charité chrétienne pourrait me surprendre de me réjouir de la mort du général Ratko Mladic à l'hôpital de La Haye ce jeudi 27 août 2026 à l'âge de 84 ans (il est né le 12 mars 1942). En fait, je ne me réjouis jamais de la mort d'une personne, même des pires bourreaux, même des plus cruels des criminels de guerre, car la rédemption ultime peut toujours survenir bien qu'improbable. En revanche, je me réjouis qu'il soit mort condamné et incarcéré dans la prison du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie à La Haye car je désespérais que la justice fût faite après les horreurs qui ont eu lieu lors de la guerre civile en ex-Yougoslavie entre 1991 et 1995. La présidente de ce qui reste des tribunaux pénaux de l'ONU, la juge Graciela Gatti Santana a ordonné une enquête complète sur les circonstances de sa mort. Depuis quelques mois, son état de santé s'était dégradé et le Ministre serbe de la Justice avait demandé le 24 août 2026 son transfert dans un hôpital de Serbie.

En effet, Ratko Mladic a fui pendant plus de quinze ans la justice internationale, entre 1995 et 2011, puis a été arrêté en 2011, jugé et condamné en 2017 à la réclusion à perpétuité, peine confirmée le 8 juin 2021 par la Chambre d'appel.


Dans le prononcé du jugement du 22 novembre 2017, il est rappelé ainsi : « L’Accusé, Ratko Mladić, a fait l’objet d’actes d’accusation dressés le 24 juillet et le 16 novembre 1995. Il a été arrêté en Serbie le 26 mai 2011, presque 16 ans après l’établissement des actes d’accusation initiaux. Son procès s’est ouvert le 16 mai 2012 et la présentation des moyens de preuve a duré plus de quatre ans. Le réquisitoire et la plaidoirie ont été prononcés entre le 5 et le 15 décembre 2016. La Chambre a siégé 530 jours, pendant lesquels ont été produits 592 témoignages et quelque 10 000 pièces à conviction. Elle a par ailleurs dressé le constat judiciaire d’environ 2 000 faits jugés. L’Accusé devait répondre de 11 chefs d’accusation pour des crimes qu’il lui était reproché d’avoir commis en qualité de commandant de l’état-major principal de l’Armée de la République serbe de Bosnie, appelée aussi VRS, entre le 12 mai 1992 et le 30 novembre 1995. L’acte d’accusation comprenait deux chefs de génocide et cinq chefs de crimes contre l’humanité, à savoir les persécutions, l’assassinat, l’extermination, l’expulsion et les actes inhumains ayant pris la forme de transferts forcés. Il comprenait en outre quatre chefs de violations des lois ou coutumes de la guerre, notamment le meurtre, les actes de violence dont le but principal était de répandre la terreur parmi la population civile, les attaques illégales dirigées contre des civils, et la prise d’otages. Le champ géographique des crimes retenus dans l’acte d’accusation couvrait notamment Sarajevo, Srebrenica et 15 municipalités de Bosnie-Herzégovine. ».
 


Les Balkans m'ont toujours fasciné. Territoires du centre de l'Europe, ils ont connu tous les empires européens : empire romain, Saint empire romain germanique, empire ottoman, etc. Montagnes, rivages, les paysages sont aussi fascinants que leur histoire. Je me rappelais qu'entre le 8 et 19 février 1984, ce n'était pas loin, les XIVe Jeux olympiques d'été ont été organisé à Sarajevo, capitale de la Bosnie et ville symbole de la division de l'Europe, par là où a commencé la Première Guerre mondiale. Les JO, c'étaient la fête du vivre ensemble, de la trêve mondiale, au-delà de la guerre froide et du boycott des JO d'été (des États-Unis aux JO de Moscou en 1980 et de l'URSS aux JO de Los Angeles en 1984, quelques mois plus tard). Quarante-neuf nations ont participé à ces JO d'hiver.

Or, pour ce petit coin d'Europe, c'était probablement les dernières années de paix. Après la chute de l'Union Soviétique et les premiers soubresauts avaient commencé dès la mort de Tito en mai 1980, la Yougoslavie s'est progressivement disloquée, provoquant une guerre civile particulièrement horrible entre les Serbes (principalement orthodoxes), les Croates (principalement catholiques) et les Bosniaques (principalement musulmans).

Ratko Mladic a été le commandant en chef de l'armée de la République serbe de Bosnie à partir du 14 mai 1992 et à ce titre, il a été, avec le chef de cette république Radovan Karadzic, les deux principaux auteurs des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité, et des massacres, d'opérations de "purification ethnique", et de génocides.

 


Le Tribunal de La Haye a notamment instruit un certain nombre de faits terribles. Je propose de citer quelques passages du prononcé du jugement du 22 novembre 2017 pour se faire un très amère idée.

Massacre de Sanski Most : « Le 31 mai 1992 ou vers cette date, dans la commune de Sanski Most, des membres des forces serbes de Bosnie ont rassemblé un groupe d’hommes musulmans de Bosnie près du pont de Vrhpolje. Pendant qu’ils les y emmenaient, ils en ont tué quatre. Arrivés sur le pont, ils les ont obligés à sauter dans la rivière, l’un après l’autre, puis ont ouvert le feu sur eux. Au moins 28 sont morts, tous des hommes, dont un mineur et deux d’un grand âge. Un homme a survécu. ».

Massacre de Keraterm : « Le 25 juillet 1992 ou vers cette date, des policiers et des membres de la VRS ont pointé une mitrailleuse vers l’entrée de la salle 3 du camp de Keraterm où se trouvaient un grand nombre de détenus. Dans la nuit, une sorte de gaz chimique a été introduite dans la salle, provoquant la panique parmi les détenus et poussant certains à essayer de sortir. Des projecteurs ont été dirigés sur la salle, et les soldats et gardiens ont tiré à l’arme automatique sur les détenus au fur et à mesure qu’ils sortaient, tuant un grand nombre d’entre eux. Les soldats et gardiens ont ensuite abattu des détenus dans la salle, notamment ceux qui essayaient de se cacher. Ils en ont tué entre 190 et 220 cette nuit-là. ».
 


Persécutions : « Les conditions de détention dans plusieurs camps étaient épouvantables. L’eau et la nourriture étaient rares au point que certains détenus ont gravement souffert de malnutrition et sont décédés. Les installations sanitaires étaient totalement inadéquates. Souvent, les détenus n’étaient autorisés à les utiliser qu’une fois par jour, et aucune importance n’était accordée à l’hygiène ou à la prévention de la propagation des maladies. Les détenus étaient périodiquement battus, parfois avec des coups de poing américains en laiton et des barres de fer. Les soins médicaux étaient également insuffisants. Des détenus ont été forcés à se violer mutuellement et à se livrer à d’autres actes sexuels dégradants. De nombreuses femmes musulmanes de Bosnie détenues illégalement ont été violées. Par exemple : Dans une maison de la municipalité de Foča, appelée la maison de Karaman, plusieurs groupes de femmes et de filles, âgées d’une douzaine d’années pour les plus jeunes, étaient violées, régulièrement et brutalement. Certaines des victimes étaient attribuées à un soldat, d’autres étaient contraintes à des rapports sexuels avec de nombreux hommes. Une victime a déclaré qu’un soldat l’avait emmenée à une fête où l’Accusé était venu les voir et avait demandé d’abord au soldat si elle était sa [je cite] "femme d’Herzégovine" [fin de citation], et ensuite à elle si elle n’allait [je cite] "pas bien mieux que chez Alija" [fin de citation]. ».

Massacre de Srebrenica : « Le 8 mars 1995, Radovan Karadžić a pris la directive numéro 7 et ordonné au corps de la Drina de [je cite] "créer une situation invivable d’insécurité totale, ne laissant aucun espoir de survie ou de vie future aux habitants de Srebrenica" [fin de la citation]. Le 31 mars 1995, Ratko Mladić a signé la directive numéro 7/1, qui traduisait la directive numéro 7 en missions militaires opérationnelles et prévoyait une opération stratégique contre l’enclave. Environ de 15 à 20 jours avant la prise de contrôle de la ville de Srebrenica, la VRS a élaboré un plan, appelé Krivaja-95, visant à attaquer l’enclave et ayant pour objectif de la faire disparaître, de la vider et de faire de cette zone un territoire serbe en chassant par la force la population musulmane de Bosnie. La VRS a lancé l’attaque le 6 juillet et, le 11 juillet, elle était entrée dans la ville de Srebrenica. Pendant l’attaque, la VRS s’est également mise à incendier les maisons et les mosquées des Musulmans de Bosnie. Des milliers de Musulmans de Bosnie, principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées, se sont réfugiés à Potočari, à la base utilisée par la Force de protection des Nations Unies, la FORPRONU. La grande majorité des hommes musulmans valides ont fui l’enclave à pied pour tenter de gagner Tuzla. (…) Les 13 et 14 juillet 1995, environ 1 000 hommes musulmans de Bosnie non armés, y compris des garçons et des personnes âgées, ont été exécutés dans l’entrepôt de Kravica. Le 16 juillet 1995, de 1 000 à 1 200 civils musulmans de Bosnie ont été sommairement exécutés à la ferme militaire de Branjevo. Avant l’exécution, certains d’entre eux avaient les mains attachées et les yeux bandés et on les avait forcés à prier [je cite] "à la musulmane" [fin de la citation]. Le même jour, environ 500 hommes musulmans de Bosnie et deux femmes ont été exécutés dans le centre culturel de Pilica. Pendant plusieurs semaines au mois de septembre et au début d’octobre 1995, de hauts responsables de la VRS et du MUP ont tenté de dissimuler leurs crimes en exhumant les corps de leurs victimes de plusieurs fosses communes, puis en les réensevelissant dans des endroits plus reculés dans les municipalités de Zvornik et Bratunac. Leur tentative de dissimulation des massacres de Srebrenica a finalement échoué. ».
 


Responsabilité de Ratko Mladic pour les massacres de Sarajevo : « La Chambre a conclu que l’Accusé avait l’intention de concevoir et de mettre en œuvre une campagne de tirs isolés et de bombardements contre la population civile de Sarajevo. En outre, la Chambre a conclu que l’Accusé avait l’intention, par cette campagne, de répandre la terreur parmi la population civile de Sarajevo et de commettre les crimes de terrorisation, d’attaques illicites contre des civils et de meurtre. La Chambre a conclu que l’Accusé était animé de cette intention pendant toute la période visée par l’Acte d’accusation. De ce fait, il était membre de l’entreprise criminelle commune relative à Sarajevo. ».

Responsabilité de Ratko Mladic pour les massacres de Srebrenica : « La Chambre a conclu que l’Accusé avait l’intention d’éliminer les Musulmans de Srebrenica en tuant les hommes et les garçons et en chassant par la force les femmes, les enfants et quelques hommes âgés en commettant les crimes de persécutions, 11 de meurtre, d’assassinat, d’extermination et de transfert forcé qualifié d’acte inhumain. La Chambre a conclu que la seule déduction raisonnable était que l’Accusé avait l’intention de détruire les Musulmans de Srebrenica en tant que partie substantielle du groupe de Musulmans protégé en Bosnie-Herzégovine. En conséquence, la Chambre a conclu que l’Accusé avait l’intention de mettre en œuvre l’objectif de l’entreprise criminelle commune relative à Srebrenica en commettant le crime de génocide et qu’il était membre de cette entreprise criminelle commune. ».

Ce ne sont que quelques extraits de certains chefs d'inculpation dont Ratko Mladic avait été reconnu coupable. Sa mort devrait au moins rappeler la mémoire de ces massacres qui ont été les plus gros massacres sur territoire européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce qui se passe en Ukraine ne montre pas que la leçon a été apprise. Les massacres se font aussi dans des pays que l'on croyait cultivés et civilisés.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 août 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ratko Mladic.
La Croatie.
Sarajevo.


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260827-mladic.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/ratko-mladic-l-incarnation-du-mal-271596

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/08/27/article-sr-20260827-mladic.html

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8 août 2026 6 08 /08 /août /2026 03:51

« Tout le monde est d’accord : Vivre une éclipse totale est une expérience dont on se souviendra toujours. Au fur et à mesure que la lune cache le soleil et que le ciel s'assombrit, l'étonnement et les sensations augmentent, jusqu'à l'éclipse totale. Alors les cris d'enthousiasme éclatent et nous pouvons contempler, pendant un bref moment et sans filtre, la beauté fascinante de la couronne solaire. » (Spain.Info).





 


Il y a toujours un petit côté magique en observant une éclipse totale du Soleil. La chance est à l'Espagne qui pourra accueillir sur son territoire une bande lui permettant d'observer une éclipse totale du Soleil ce mercredi 12 août 2026. Ce sera la même chose le 2 août 2027 ! La chance, donc !

Rappelons très rapidement ce qu'est une éclipse solaire, et la spécificité d'une éclipse totale. Une éclipse du Soleil, c'est lorsque la Lune se retrouve exactement dans l'alignement entre la Terre et le Soleil. La Lune forme alors une ombre sur la Terre lorsqu'elle cache complètement le Soleil, sinon, on parle de pénombre. C'est assez simple sur le principe, un peu plus compliqué pour les calculs et les différents types d'éclipse.

 


Toutefois, il y a une particularité importante pour un type bien précis, une éclipse totale. Dans ce cas, comme l'expression le fait comprendre, pendant un (court) moment, l'éclipse est totale, c'est-à-dire que la Lune cache complètement le Soleil et donc, il n'y a plus du tout de lumière solaire. L'intérêt, en termes d'observation, c'est de pouvoir admirer la couronne solaire qui est, en général, difficilement visible en raison de l'intensité lumineuse de la surface du Soleil.
 


Une simple éclipse, c'est-à-dire, sans qu'il n'y ait cette ablation totale de la lumière du Soleil pendant un moment, est plutôt décevante, donc, et la France et une partie de l'Europe auront ce type d'éclipse le 12 août 2026. Certes, en France, l'éclipse sera à plus de 90% (92,2% à Paris ; 97,9% à Toulouse), mais cela suffira à parasiter toute observation.

La bande espagnole est du reste assez étroite, au Nord du pays. Elle va de l'Ouest en Est, Bilbao sans doute la grande ville la plus proche de la France, Saint-Sébastien n'est pas dans cette couverture. Au Nord de la bande, cela va de Bilbao à Tarragone en passant par Saragosse. Au Sud de la Bande, pas loin de Saint-Jacques-de-Compostelle, puis Madrid (un peu trop au Sud), puis Valence. Cela inclut Oviedo, Burgos, Valladolid, Ségovie, Palma (aux Baléares), mais pas Salamanque ni Barcelone. En fait, l'ombre sera passée auparavant au Groenland et en Islande.
 


L'éclipse se terminera en même temps que l'exposition du Soleil, en d'autres termes, la fin de l'éclipse coïncidera avec le coucher du Soleil. Il faudra donc avoir un horizon très dégagé, à l'Ouest/Nord-Ouest, car l'éclipse se fera quand le Soleil sera déjà très bas (la carte donne l'angle au maximum de l'éclipse).
 


Mais une éclipse, c'est d'abord une histoire humaine, des histoires humaines. Je vais en citer deux. Deux histoires pour une éclipse totale, celle du 11 août 1999.

Une personnelle : j'étais à Nancy à cette époque, mais ce n'était pas dans la zone où l'éclipse était totale, il fallait "remonter" au Nord, jusqu'à Pont-à-Mousson. Je me suis retrouvé en pleine campagne... mais avec un temps complètement nuageux et pluvieux, le ciel était complètement couvert. On ne faisait que deviner la lumière du Soleil derrière les nuages. Et malgré tout, l'effet a été très émouvant. L'obscurité a surgi et, alors que je croyais que j'allais vivre un spectacle en image, c'est le son qui m'a le plus ému, car il y a eu un silence total en pleine campagne : plus d'oiseau, plus de bruit, tout semblait feutré malgré l'eau des rivières ou l'herbe pourtant bien habitée. Et j'étais sans doute avec la plus jeune observatrice du monde : elle avait ...moins quatre mois et demi !

La seconde histoire, c'est toujours pour cette éclipse du 11 août 1999. L'une des zones d'éclipse totale, c'était à Madagascar. Pour être sûrs de bénéficier d'un ciel dégagé, des scientifiques européens ont donc fait le trajet jusqu'à la Grande Île pour observer l'éclipse totale avec leurs collègues malgaches... tandis que d'autres habitants malgaches, beaucoup moins scientifiques et beaucoup plus superstitieux, se sont terrés dans leurs habitations, morts de peur, pas très loin d'eux. Ce contraste était frappant et montrait le fossé que pouvait présenter au sein de la population un pays très pauvre comme Madagascar.
 


Attention ! Même lorsque l'ombre est au maximum, c'est très dangereux de regarder l'éclipse sans une protection des yeux. Il faut porter par exemple des lunettes éclipse certifiées (norme ISO 12312-2) qui n’ont pas été abîmées (pliure ou griffure de la protection) et dont la date de péremption n’est pas dépassée. Il faut bien comprendre que la brûlure de la rétine ne se ressent pas (ne fait pas mal) et le risque est de perdre la vue.

Toutes les illustrations proviennent du site de la Cité de l'Espace à Toulouse (dont certaines cartes issues de l'Observatoire de Paris, d'autres du logiciel Stellarium), à l'exception de la première image, qui est une photographie issue du site espagnol Spain.Info, et de la dernière image, celle-ci animée, qui provient de la NASA : la partie grise correspond à l'évolution de la pénombre et le point noir au centre représente le territoire où l'éclipse sera totale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 août 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Une éclipse totale du Soleil pas loin de la France.
Hong Wang.
Robert Tournier.
Frank Drake.
Roland Omnès.
Marie Curie.




 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260812-eclipse.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/une-eclipse-totale-du-soleil-pas-271188

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/08/11/article-sr-20260812-eclipse.html


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21 juillet 2026 2 21 /07 /juillet /2026 04:26

« Il faut montrer aux gens où nous allons, puis les étapes pour y parvenir. » (Andy Burnham, le 20 juillet 2026 dans "Times").




 


Un nouveau locataire du 10 Dowing Street (comme on dit) s'est installé ce lundi 20 juillet 2026. Après un détour au palais royal où le bon roi Charles III l'a nommé Premier Ministre de Sa Majesté, le quatrième pour son règne, le second depuis la victoire des travaillistes le 4 juillet 2024, Andy Burnham a pris son poste de Premier Ministre.

Il y avait urgence politique. Aux élections législatives du 4 juillet 2024, les conservateurs, au pouvoir depuis douze ans, très divisés et responsables du Brexit, ont été remerciés très largement par leurs électeurs, ce qui a permis la victoire mécanique des travaillistes qui ont à peine progressé en suffrages. Le bipartisme renforcé par le scrutin majoritaire à un tour leur a permis une très forte victoire avec 404 sièges sur les 650 de la Chambre des Communes. Le problème aujourd'hui, c'est que les conservateurs étant toujours autant discrédités, la force d'alternance qui a le vent en poupe dans les sondages est le parti d'extrême droite de Nigel Farage, promoteur du Brexit, pour les élections de 2029.

Le Premier Ministre travailliste Keir Starmer, qui a eu une intense activité diplomatique pour resserrer les liens entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne, notamment la France, était politiquement usé en moins de deux ans de gouvernement, par des mesures maladroites sur le plan intérieur et également par une sévère défaite aux élections locales du 7 mai 2026.

 


Dès lors, Andy Burnham s'est fait réélire député le 18 juin 2026 (il faut être député pour diriger le parti et le gouvernement), alors qu'il était maire de Manchester (il a fait démissionner un député en place), ce qui lui a permis de commencer sa campagne interne pour remplacer Keir Starmer. Résultat, ce dernier a jeté l'éponge le 22 juin 2026, et sa démission a ouvert une campagne pour diriger le parti travailliste (Labour Party) : la plupart des députés et même des ministres travaillistes sortants ont apporté leur soutien à Andy Burnham qui a finalement obtenu le 13 juillet 2026 un nombre de parrainages de députés tellement important (349) qu'il ne pouvait pas avoir d'opposant (car il faut au moins 81 parrainages).

Ainsi, le 17 juillet 2026, Andy Burnham a été élu à l'unanimité à la tête du parti travailliste, ce qui est une belle victoire après deux tentatives infructueuses. En effet, il avait été éliminé au deuxième tour avec 10,4% contre Ed Miliband en septembre 2010, puis battu à 19,0% contre Jeremy Corbyn le 12 septembre 2015. Andy Burnham n'a aucune expérience internationale et dans ses premières déclarations, il s'est engagé à ne plus avoir de sans-abri dans les rues de Grande-Bretagne, un engagement très imprudent (qui ressemble à celui du Président Emmanuel Macron en 2017), d'autant plus qu'il n'a pas été capable de les éviter dans sa propre ville qu'il a gérée pendant trois mandats. Par ailleurs, ses relations avec Donald Trump sont pour l'instant un peu compliquées.
 


À 56 ans, Andy Burnham est déjà un vieux briscard de la vie politique britannique, représentant du Nord populaire, avec une grande expérience de mandats électifs et gouvernementaux. Il a été élu député à la Chambre des Communes de juin 2001 à mai 2017 et depuis juin 2026. En outre, il a été élu maire de Manchester (et de toute son agglomération) du 8 mai 2017 au 19 juin 2026 (élu le 4 mai 2027 avec 63,4% des voix, réélu le 6 mai 2021 avec 67,3% des voix et le 2 mai 2024 avec 63,4% des voix). Par ailleurs, il a fait partie du gouvernement de Gordon Brown, du 28 juin 2007 au 11 mai 2010, d'abord au Trésor, puis à partir du 24 janvier 2008 à la Culture, aux Médias et aux Sports et enfin, à partir du 5 juin 2009, il a été nommé Ministre de la Santé.

Époux d'une Néerlandaise depuis trente-sept ans, catholique, Andy Burnham est considéré comme un ancien proche de Tony Blair, représentant d'une "gauche modérée non-traditionnelle". Il devient l'espoir pour les travaillistes d'éviter la victoire de Nigel Farage en 2029.

Le Royaume-Uni est secoué par une vague d'instabilité ministérielle depuis la victoire du Brexit il y a dix ans. En effet, en dix ans, il y a eu sept Premiers Ministres : David Cameron, Theresa May, Boris Johnson, Liz Truss, Rishi Sunak, Keir Starmer et enfin Andy Burnham. La France connaît aussi ce genre d'instabilité alors que les deux pays étaient réputés pour la stabilité de leurs chefs de gouvernement. Aujourd'hui, Andy Burnham a reçu les félicitations d'Emmanuel Macron et le salut amical de la France.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'avènement d'Andy Burnham.
Bonnie Tyler.
David Hockney.
Le Siècle d'Élisabeth II.
Margaret Thatcher.
Diana Spencer.
Theresa May.
 

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260720-burnham.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/l-avenement-d-andy-burnham-270644

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/07/20/article-sr-20260720-burnham.html

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17 juillet 2026 5 17 /07 /juillet /2026 18:47

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260717-macron.html




26e CONSEIL DES MINISTRES FRANCO-ALLEMAND À BRÜHL
AU CHÂTEAU D'AUGUSTUSBURG LE VENDREDI 17 JUILLET 2026










17 juillet 2026
Conférence de presse du Président de la République française à l'occasion du 26e conseil des ministres franco-allemand



Emmanuel MACRON

Merci beaucoup, Monsieur le Chancelier, cher Friedrich. Merci pour ces mots et merci Mesdames, Messieurs les Ministres et l'ensemble de nos équipes, nos ambassadeurs, pour la préparation de ce Conseil franco-allemand pour la défense et la sécurité, de ce Conseil des ministres franco-allemand. C'était le 26e. Merci Mesdames, Messieurs d'être là pour cette conférence de presse.

Le Chancelier a tout dit et très bien dit. Et donc je vais essayer d'apporter juste quelques touches. D'abord pour vous dire que c'est pour nous un grand honneur de vous retrouver dans ce château d'Augustusburg, qui est en effet le symbole de la réconciliation entre nos deux pays, à la fois la première visite d'État en Allemagne en 1962 du Président De Gaulle, et si on remonte encore plus dans le temps, le traité de 1751, dit traité d'union, d'amitié et de bonne correspondance entre Louis XV et l'archevêque prince électeur de Cologne. C'est dire que ce lieu est fait pour les grands moments franco-allemands.

Je crois pouvoir dire que ce 26e Conseil des ministres franco-allemand a été marqué par un esprit de franchise, d'amitié, de pragmatisme et de volontarisme. Monsieur le Chancelier l'a parfaitement dit, mais nous vivons un moment de défi pour nos deux pays et une époque très singulière. La guerre sur le sol européen, la question régulièrement posée sur la convergence transatlantique et sa solidité, les défis technologiques auxquels nous sommes soumis, les défis migratoires que nous avons subis, et évidemment aussi aujourd'hui une guerre commerciale ouverte et une grande agressivité commerciale chinoise. Tout ça remet en cause beaucoup des fondamentaux de ce qu'était d'abord notre croissance, parfois nos modèles économiques et ce qui avait fondé l'Europe ces dernières décennies.

Au fond, ça impose encore plus de travailler en franco-allemand, c'est ce fameux réflexe qu'on a mis au point il y a un an, à la fois pour nos deux pays, parce qu'on doit bâtir aussi les nouvelles sources de prospérité, assurer aujourd'hui notre sécurité parce que c'est là qu'elle se joue, et parce qu'on le sait très bien, si la France et l'Allemagne ne se mettent pas d'accord, l'Europe n'avance pas. On connaît par cœur tout ce qui se dit sur le couple franco-allemand, mais la vérité, c'est que si le couple franco-allemand n'avance pas, l'Europe n'avance pas. Ce n'est pas une raison qui est parfois totalement suffisante, mais c'est la condition nécessaire pour les progrès européens.

Pour tout cela, je crois pouvoir dire que sur, à la fois nos discussions en tête-à-tête et avec nos équipes hier, et les conseils d'aujourd'hui ont marqué des avancées et une feuille de route très claire. Sur la partie sécurité-défense, Monsieur le Chancelier l'a dit, bon, on n'a pas mis en œuvre tout ce qu'on voulait mettre en œuvre il y a un an. Il faut être lucide. De toute façon, vous le savez. On le regrette, parce que ce n'est pas optimal à tous égards. On en a tiré une conséquence pour ce qui est de l'échec du SCAF, qui est de mettre en place une gouvernance de nos projets maintenant refondée, beaucoup plus resserré où, évidemment, les équipes politiques et nos ministres vont suivre avec leurs principaux collaborateurs en charge les projets pour pas les laisser dériver.

Mais surtout, je crois qu'on a redonné une impulsion par quelque chose et des initiatives qu'on a prises ensemble et qui n'étaient pas forcément attendues il y a un an. C'est ce qu'on a conçu patiemment pendant plusieurs mois et annoncé ensemble en mars dernier autour de la dissuasion avancée. Ce que la France a proposé, ce que l'Allemagne a immédiatement répondu et ce qu'ensemble nous avons bâti, qui est aussi de donner à l'Allemagne ce rôle d'avant-garde dans la dissuasion avancée, de partenaire singulier et unique. Et je crois que le meilleur symbole, c'était ce matin à Norvenich sur la base, les Rafale, les Eurofighter ensemble et notre réunion qui s'est tenue dans cet endroit.

Donc on a programmé avec un document confidentiel aussi beaucoup de choses ensemble sur ce volet. Et sur la dissuasion avancée, on va vraiment continuer la gamme des signalements possibles. Et c'est très important pour notre sécurité collective parce que ça crée du doute stratégique chez nos adversaires, parce que ça renforce notre intimité. Et derrière, il en découle aussi de nouvelles coopérations. C'est toute la partie épaulement conventionnel qui accompagne cette dissuasion avancée. Et donc on a acté d'avancer ensemble et là, on a consolidé la feuille de route de Toulon sur ce qu'on appelle l'alerte avancée, donc JEWEL, où à la fois la composante spatiale mais aussi terrestre, on a acté dans notre texte commun d'y aller. Donc on aura une offre commune franco-allemande.

La deuxième chose, c'est les frappes dans la profondeur. On a demandé à nos ministres d'avancer pour qu'il y ait une coopération trilatérale qui se passe avec chacun son segment du jeu très clair pour qu'on ait des capacités de tir dans la profondeur Allemagne, Royaume-Uni, France. Très bonne chose là aussi pour l'épaulement conventionnel de cette dissuasion avancée. Et puis, sur la défense antiaérienne, nous plaidons pour une souveraineté européenne et on veut avancer sur les fameux SAMP/T nouvelle génération, avec là aussi très clairement une volonté de la France de coproduire avec l'Allemagne et nos partenaires italiens qui sont dans le SAMP/T nouvelle génération, d'avoir une offre très claire.

On va aussi avancer dans les prochaines semaines sur la stratégie et la gouvernance de KNDS, qui est un des points clés de notre coopération. Donc relance très forte sur ce sujet avec une nouvelle feuille de route, une nouvelle méthode. Et puis, Monsieur le Chancelier a parfaitement dit tout ce qu'on fait sur l'Ukraine. Je crois que ces dernières semaines, par notre travail conjoint, on a d'abord bâti une reconvergence européenne et américaine à Évian. On a ensuite consolidé celle-ci à Ankara avec l'offre en particulier américaine de licensing à l'Ukraine et un réengagement américain concret. Et on a traduit l'engagement des Européens et de leurs partenaires sur les garanties de sécurité en début de semaine à Paris. Là, il y a une vraie synergie et une très grande complémentarité.

Sur la partie économique, là aussi, on a eu de très bons échanges. Il y a d'abord des choses sur lesquelles on avance très bien, et ce Conseil a consolidé tout le très bon travail qui avait été fait par les équipes, les ministres, sur la base à la fois de Toulon l'année dernière, le précédent CMFA, et puis du sommet qui s'était tenu à Berlin sur la souveraineté numérique européenne et de VivaTech il y a quelques semaines. Et donc, sur le numérique et l'innovation, on a vraiment là des coopérations très fortes, la création de l'initiative d'intelligence artificielle de frontière en particulier, qu'on va porter ensemble, une création d'ARPA, donc d'agence d'innovation de rupture en franco-allemand, avec le partenariat qu'on avait installé l'année dernière entre BPI et SPRIND, et une volonté d'avancer aussi sur les matières premières critiques, qui vient en complémentarité de cette initiative, et évidemment aussi, on a arrêté notre agenda commun sur le volet innovation, souveraineté technologique et ce qu'on va porter au niveau européen, souveraineté numérique européenne, etc. Sur souveraineté numérique, innovation, technologies de pointe et matières critiques, des avancées très importantes.

Sur l'espace, on est au milieu du gué. Ces derniers mois étaient incertains, on le voyait bien parce qu'il y a des tentations chez beaucoup de nos industriels parfois de revenir à des solutions plus nationales, parfois. Chez certains autres, peut-être de préférer le grand large à l'Europe. Nous, on préfère l'au-delà du Rhin à l'au-delà de l'océan, parce que c'est plus efficace. Et donc, je crois qu'on a bien avancé là aussi. D'abord, on a ensemble marqué notre soutien au projet Iris². C'était très important, il y avait eu des doutes. Donc soutien à ce projet, à son financement, qui est la clé pour avoir une constellation vraiment européenne, et retrouver de la souveraineté par rapport à ce qui est aujourd'hui l'exclusivité d'une offre américaine ou chinoise.

Volonté ensuite d'avancer sur nos projets de consolidation dans le secteur des satellites et puis volonté de passer en revue là aussi, sur le civil comme le militaire, tout ce qu'on peut faire pour améliorer les choses. Au-delà du soutien à IRIS², je considère qu'un des grands acquis qu'on a consolidés ici et qui s'était structuré ces dernières semaines, c'est notre position commune sur l'attribution des fréquences en Europe pour les services de satellites vers mobile et garantir justement cette souveraineté européenne, là aussi. Très important.

Donc voilà, on a commencé ce travail, on a reconvergé sur l'espace avec ces 2 acquis, on a dessiné les lignes, on a demandé à nos ministres vraiment de travailler pour septembre. On a le Sommet spatial international en septembre qu'on va co-présider ensemble. Et donc là, on doit vraiment aller encore plus loin et porter ensemble aussi d'autres initiatives européennes. Sur l'agenda de compétitivité européenne, dès l'année dernière, on avait ensemble porté vraiment un agenda et scandé un agenda de simplification, de débureaucratisation, et celui-ci avance. Et c'est vraiment, je crois pouvoir dire, l'impulsion franco-allemande qui l'a porté. Donc on continue sur la simplification de la réglementation européenne d'avancer, sur l'approfondissement du marché unique dans tous les domaines du jeu, et ça, on le porte ensemble et nos équipes de manière très forte.

On a acté là qu'il fallait que ce soit dans ce semestre qu'on parachève l'union des marchés de capitaux ou l'union de l'épargne et du financement. C'est fondamental parce que si on veut une Europe qui sait financer ses projets de rupture et au fond avoir la partie financière privée de ce que je viens de dire sur l'IA, le quantique et autres, il faut aller au bout de ce projet. Il y a un vrai accord franco-allemand, il y a ce groupe des 6 que les ministres ont structuré. Maintenant, c'est de la mise en œuvre, mais on pense qu'il faut le faire et la présidence irlandaise le veut. Soutien plein et entier de notre part, avec aussi le label d'épargne européen et tout ce qu'on fait sur, justement, finance, euro numérique, etc. Ça, c'est un point très important pour moi de cet agenda de compétitivité qu'on a acté, reconfirmé.

Ensuite, il y a eu un très bon échange et je trouve qu'on n'a jamais été aussi convergents sur la question de la Chine. On n'avait pas la même histoire sur la relation à la Chine et pas toujours les mêmes positions. Je crois qu'on constate tous aujourd'hui l'impact qu'elle a. On n'est pas du tout anti-chinois, soyons clairs, et dans notre diplomatie comme dans notre économie, mais on regarde lucidement. Notre Europe, c'est chaque jour 1 milliard d'euros de déficit commercial à l'égard de la Chine. Chaque jour, 1 milliard. C'est chaque jour des milliers, des dizaines de milliers d'emplois détruits. Chaque jour.

Alors derrière ça, il y a une Chine qui est très bonne en matière d'innovation. Et ça, on est d'accord. Et donc là-dessus, on veut engager avec la Chine pour avoir des transferts de technologie dans nos pays. Pas importer les produits, transférer en étant respectés, en créant des emplois chez nous pour pouvoir en profiter parce qu'on est lucides.

Deuxième chose, on veut protéger par ailleurs nos entreprises et nos secteurs. On l'a vu sur la chimie, on le voit sur la machine-outil, sur l'automobile et sur beaucoup d'autres. On est aujourd'hui bousculés. Pourquoi ? Parce qu'on a quand même une Chine qui aide en moyenne 8 fois plus ses entreprises que la moyenne de l'OCDE et que nous, et qui ne respecte pas les règles du jeu. Et donc là-dessus, on a appuyé, on va réappuyer très fortement le mandat donné à la Commission européenne d'aller beaucoup plus vite sur ces enquêtes de marché et ces instruments de protection de nos industries. Et ça, c'est absolument fondamental. Et on a demandé à nos ministres de l'Économie, des Finances, des Affaires étrangères, à l'initiative de Monsieur le Chancelier, et je suis 100 % d'accord, pour septembre, d'avoir une feuille de route franco-allemande sur ce sujet.

Et puis derrière ça, on veut engager un dialogue aussi avec la Chine sur la question du change et de l'ouverture des marchés financiers, parce que c'est aussi fondamental pour corriger ce qui sont aujourd'hui des dysfonctionnements de la relation en matière de change et de la relation monétaire. Ça, je pense, c'est aussi un des grands acquis de notre discussion très approfondie.

Sur les autres questions économiques, il y a aussi une volonté réaffirmée d'avancer, d'abord pour finir d'ici la fin d'année le prochain cadre financier pluriannuel, et de le faire en étant conscient qu'on veut de l'ambition européenne, mais on veut de l'efficacité des dépenses. On regardera ensemble la copie, on va la préparer ensemble, qui sera donnée par la Commission sur les ressources propres, mais on ne peut pas avoir une trajectoire irréaliste d'augmentation de nos contributions nationales. Donc ambition, efficacité, exigence.

Sur l'élargissement et les réformes internes de l'Union européenne, nous partageons la même feuille de route. On a pris il y a quelques semaines une initiative franco-allemande sur l'élargissement qu'on va mettre en œuvre, on en a longuement parlé hier, dans les prochains mois. Et puis on a demandé à nos ministres de travailler ensemble sur un accord franco-allemand sur la question de la préférence européenne et du contenu européen, sur la réforme dite ETS, sur les flexibilités à nos objectifs carbone, et évidemment aussi sur l'ensemble des révisions de directives, et en particulier l'accélérateur industriel. Cette famille de sujets qui est aujourd'hui en train d'être discutée au niveau européen, nous voulons bâtir un accord franco-allemand très structurant pour, au fond, garder nos ambitions et nos ancres, mais défendre la compétitivité européenne avec force, et défendre notre industrie. On croit dans une industrie décarbonée, mais au bon rythme, avec les bonnes protections et avec du pragmatisme quand on regarde la compétition internationale.

Enfin, le troisième axe de notre coopération, c'est la protection, la résilience de nos sociétés et de nos démocraties. Là-dessus, soutien à notre politique et la très bonne coopération franco-allemande en matière de lutte contre l'immigration clandestine de sécurité. Et je veux vraiment remercier Monsieur le Chancelier, son ministre pour la très bonne coopération à cet égard, on l'a dit, pour lutter contre les passeurs, pour là aussi mettre en œuvre ce que nous avons soutenu au niveau européen pour le pacte asile-migration. Volonté d'aller vers des avancées concrètes sur le plan aussi transfrontalier, avec les transports ferroviaires, la mobilité des travailleurs, la santé, où on a eu des propositions très concrètes, et l'apprentissage.

Et puis sur le plan du dialogue social, nous avons un sommet social franco-allemand qui se tiendra le 10 novembre prochain à Paris, qui est pour nous une occasion importante d'abord d'échanger sur les réformes qui se font de part et d'autre du Rhin, sur la modernisation de notre modèle social. On pense que c'est extrêmement important qu'il y ait une convergence, d'essayer de voir tout ce qu'on peut faire pour faire converger nos agendas et nos partenaires sociaux. Et puis pour aussi ensemble bâtir la préparation en termes de formation continue liée à l'intelligence artificielle et ses impacts. Sur ce sujet, je vais être très clair : nous avons poussé une réforme des retraites qui permettait une reconvergence franco-allemande. Force est de constater que le consensus politique en France a décalé les dernières étapes de cette réforme des retraites au moment même où l'Allemagne, avec pragmatisme et lucidité, a mis sur la table une réforme des retraites qui, elle, remet de l'ambition à la fois sur la question de l'âge, de la capitalisation. Je pense que c'est nécessaire d'avoir un dialogue franco-allemand, à la fois dans les mois à venir pour le gouvernement en place et votre serviteur, mais également pour éclairer le débat présidentiel français, parce que je ne crois pas que les choses changent drastiquement en termes démographiques et économiques de part et d'autre du Rhin. Nous sommes confrontés aux mêmes défis. Et c'est très important d'avoir ce travail ensemble.

On a eu de très bons échanges sur notre ambition renouvelée pour l'Office franco-allemand de la jeunesse, fonds jeunesse qu'on va adosser complètement à celui-ci, nos luttes contre les ingérences étrangères et la manipulation de l'information en ligne, la mise en œuvre de ce qu'on avait annoncé sur Arte avec l'européanisation des projets et le bouclier informationnel porté par France Médias Monde et Deutsche Welle.

Et enfin, je voudrais dire ici qu'on a eu une très bonne discussion et surtout acté une convergence de vues pour la protection des mineurs sur les contenus en ligne. La France, comme vous le savez, s'apprête à finir les débats parlementaires sur ce sujet, mais nous voulons ensemble porter cet agenda au niveau européen pour bâtir de l'unité à la fois sur la protection des mineurs, mais la protection aussi de notre démocratie et de l'espace informationnel face aux réseaux sociaux et à l'IA.

Voilà ce que je pouvais rajouter. Monsieur le Chancelier, je veux ici vous dire vraiment de notre part à la fois notre gratitude pour votre hospitalité et les très bons échanges qu'on a eus depuis hier, parce que c'est souvent en prenant le temps, en partageant aussi la vision stratégique qu'on arrive à faire avancer les choses, et l'esprit de grande confiance qui a régné, on l'a vu, entre nos ministres et nos collaborateurs. Ce sommet avait été très bien préparé. Il a permis du coup d'arriver à des résultats concrets, mais aussi à ce qu'on bâtisse ensemble avec nos ministres une feuille de route pour les semaines à venir très concrète, avec des rendez-vous là dès septembre qui vont permettre sur la relation bilatérale et pour l'agenda européen d'avoir des résultats concrets.

Et pour moi, la période octobre-décembre, c'est vraiment le temps de l'action sur à la fois les projets industriels qu'on a évoqués, sur le budget, sur l'union des marchés de capitaux. Sur la stratégie à l'égard de la Chine. Et donc c'est un moment de vérité aussi pour nous et pour l'Europe. Et donc c'est tout ça qu'on a préparé avec ce sommet et ce Conseil des ministres franco-allemand. Merci infiniment, cher Friedrich.

Journaliste

Monsieur le Président, Monsieur le Chancelier, bonjour. Vous vous êtes projeté, je vous cite, sur les prochains mois, les prochaines années, mais ce n'est pas un mystère, vous en avez parlé, Monsieur le Chancelier. Dans moins d'un an, il y a une élection présidentielle en France. Si l'on en croit les sondages, il y a des chances, aujourd'hui, importantes que le Rassemblement national l'emporte.

Est-ce qu'il y a urgence selon vous à cranter des avancées en matière militaire avant cette échéance ? Est-ce qu'une victoire de Marine Le Pen mettrait en danger selon vous le tandem franco-allemand ? Pour l'éventualité d'une victoire de Marine Le Pen, est-ce que vous la considérez comme une partenaire, Monsieur le Chancelier ?

Emmanuel MACRON

Merci beaucoup. Trois remarques. La première, méfiez-vous tout de même des sondages, si je puis me permettre. Je connais beaucoup de gens qui étaient élus en juillet 2016. Ce n'étaient pas les mêmes forcément qu'on a retrouvés en mai 2017. Et donc, mon humble remarque, c'est que l'élection, de ce que j'ai compris, elle était en avril et mai 2027. La deuxième remarque, c'est faites confiance au peuple français. Ne lui prédisez pas toujours le pire, laissez-lui vouloir le meilleur. Et ma troisième remarque, c'est que nous travaillons pour nos peuples, pour nos pays et au-delà de nos personnes. Et je crois que l'agenda que nous avons dessiné aujourd'hui, les décisions qu'on a prises, elles sont nécessaires, elles sont bonnes pour notre sécurité, notre prospérité, notre paix, pour la société.

Je crois qu'elle rassemble très largement, et donc l'agenda de mise en œuvre c'est le plus vite possible et le plus fort possible. Parce qu'au fond de part et d'autre, ce que nous voulons, c'est de l'efficacité. Voilà, c'est avec cet esprit que nous travaillons.

Journaliste

Monsieur le Président, je voudrais vous poser une question sur la dissuasion nucléaire. Aujourd'hui, vous avez décidé que l'Allemagne, pour la première fois, pourra participer à un exercice nucléaire français.

Quels sont les autres pas que vous envisagez pour l'avenir ? Est-ce que c'est possible, envisageable, de stationner des armes nucléaires françaises en Allemagne ? Et Monsieur le Chancelier fédéral, une participation nucléaire comme celle qui existe déjà avec les États-Unis, avec la France, est quelque chose que vous envisagez de cofinancer, le programme nucléaire français ? Et est-ce que cette coopération sera aussi bonne si Marine Le Pen gagne les élections présidentielles ?

Emmanuel MACRON

Alors je vais tordre le cou à un canard, comme on dit chez moi, qui est dans votre deuxième question, qui ne m'est pas adressée, mais à laquelle je vais quand même répondre. L'objectif de la dissuasion avancée, ce que nous avons proposé, ce que nous avons préparé très intimement avec le Chancelier et ses équipes les plus proches, et qui a donné lieu à cette réponse savamment préparée ensemble en mars dernier, en aucun cas ne vise un cofinancement du nucléaire français. En aucun cas.

Je préfère être clair tout de suite et définitif. Je sais que c'est une idée de tous ceux qui voudraient voir derrière cela des choses. Non. Notre nucléaire, on l'a financé depuis qu'il existe et il fait partie de la trajectoire. Il a été voté. On a doublé le budget de nos armées ces 9 dernières années. On vient de voter une loi de programmation militaire qui sera promulguée dans les prochaines semaines. Et donc c'est financé. L'objectif, qu'est-ce que c'est ? C'est d'améliorer la sécurité du continent européen, de créer plus d'incertitude chez nos adversaires en permettant à, justement, cette dissuasion nucléaire d'avoir d'autres voies et moyens. D'abord de créer de l'intimité stratégique entre nous, c'est-à-dire nous d'expliquer un peu nos secrets, comment on fait, de proposer des exercices conjoints, des éléments conjoints de partenariat, une plus grande intimité entre nos équipes, nos experts, nos militaires — ce matin était une illustration — et de créer de l'incertitude chez nos adversaires parce que ça dilue la présence de cette dissuasion nucléaire.

Ça nous permet de potentiellement rejoindre d'autres points. Et je me suis exprimé à l’Île Longue sur chacun de ces sujets. Donc nous, nous sommes ouverts opérationnellement à tout, mais je ne vais pas ici agiter des choses qu'on n'a pas encore faites. Et en tout cas, c'est des choses qui se discutent avec nos partenaires. Et donc nous, notre volonté, c'est d'aller le plus loin et le plus utilement possible avec l'Allemagne, qui est le partenaire de confiance, le partenaire privilégié, de par le traité d'Aix-la-Chapelle, de par la confiance entre nos deux pays, de le faire pour aussi créer de l'incertitude chez nos adversaires, et donc assumer de ne pas toujours dire 100 % des choses de ce qu'on va faire, parce que la visibilité totale et absolue n'est pas forcément la stratégie la plus efficace face à des adversaires sur le sol européen, mais de le faire toujours en décidant ensemble ce que l'exercice qu'on fait ou la localisation qu'on produit. Mais le financement du nucléaire français sera toujours fait par la France. Je tiens à vous rassurer.

Journaliste

Monsieur le Chancelier, Monsieur le Président. Monsieur le Président, après l'abandon du projet du SCAF, pouvez-vous nous donner des précisions sur le futur, sur l'avenir de deux coopérations franco-allemandes, à savoir le volet 2 du SCAF, la partie cloud de combat, et le projet de char du futur MGCS ? Et puis un mot, si vous le permettez, Monsieur le chef de l'État, une question sur la situation au Moyen-Orient. Vous avez appelé la semaine dernière l'Iran au calme, à la retenue. Les États-Unis ont poursuivi la nuit dernière leurs frappes contre l'Iran. Appelez-vous les États-Unis au calme et à la retenue ?

Emmanuel MACRON

Sur votre première question, oui, le reste des projets, y compris sur le cloud et autres, continue d'avancer entre nos industriels et les industriels compétents. Et donc ceci se poursuit sur le calendrier prévu. Ce qui a marqué un arrêt, c'est le projet d'avion unique. Et par voie de conséquence de moteurs associés, mais tout le reste, et le cloud et les systèmes, nous continuons de coopérer.

Sur le programme sur le char du futur dit MGCS que vous avez évoqué, là-dessus, donc, on a réaffirmé notre engagement. On a aussi pris acte de l'accord conclu entre nos deux pays sur la stratégie et la gouvernance de KNDS, qui est une composante importante de ce projet, avec pour ambition d'en faire une entreprise de défense franco-allemande de premier plan. Et là, avec, vous le savez, des sujets à venir à la fois de recomposition du capital et de capacité à le rendre public. Donc là aussi, c'est un projet qui avance. Il a pris du retard, mais dans les deux cas, ce que nous avons constaté, c'est qu'en laissant la main exclusivement à des stratégies industrielles qui, si je puis dire, par nature ne sont pas forcément convergentes, on avait perdu des opportunités.

Donc notre volonté, c'est derrière d'adapter et d'améliorer la gouvernance des projets de défense communs et c'est tout ce que nous avons acté dans le CFADS de ce matin. Enfin, sur votre dernier point, je ne ferai pas un parallélisme exactement de la même manière. Il y a un accord qui a été conclu, préparé à Islamabad, finalisé à Lucerne, et qui d'ailleurs s'est conclu autour de notre G7, et que nous avons soutenu. Cet accord prévoit la réouverture sans conditions et péage d'Ormuz, la paix et le cessez-le-feu plein et entier au Liban et le début de discussions. Cet accord, il doit avoir environ 30 jours maintenant. Il prévoyait cette période de 60 jours. Moi, j'appelle surtout les Iraniens à le respecter. Il n'était pas écrit que les Iraniens avaient le droit de frapper dans les eaux omanaises ou les eaux internationales. Ce n'est ni la lettre ni l'esprit de cet accord. Et donc je pense que tout le monde doit revenir au calme et les Iraniens doivent respecter ce qu'ils ont signé, c'est-à-dire permettre la réouverture du détroit d'Ormuz et permettre la reprise des discussions. Et je constate que les forces américaines sont venues en réaction aux frappes iraniennes d'il y a quelques jours. Et je pense que ça, ce n'est pas la bonne méthode collectivement.

Donc moi, j'en appelle au retour à cet accord qui n'est pas parfait, mais qui permet au moins le cessez-le-feu et la réouverture d'Ormuz et la paix au Liban, au respect de ce cessez-le-feu et à la reprise de dialogue, et nulle autre chose. Nous avons marqué, quant à nous, notre disponibilité pour aider à la réouverture d'Ormuz dans le cadre de la mission ad hoc que nous avons bâtie il y a quelques semaines. J'ai pu recevoir le sultan d'Oman et proposer cela dans les eaux omanaises. Et que je ne sache, ça n'est pas l'Iran qui décide pour les eaux omanaises.

Journaliste

Merci. Monsieur le Président, je voudrais savoir quels sont les buts européens. Vous avez parlé tous les deux du cadre financier pluriannuel. Où est la convergence entre la France et l'Allemagne ? Je ne vois pas vraiment, parce que la France voulait avoir un financement important pour les dépenses agricoles. Et le souhait est plutôt de les limiter. Et, Monsieur le Chancelier fédéral, le Président a parlé de la convergence dans les rapports avec la Chine, mais la Chine récuse vos accusations de l'infra-valorisation du yuan. Il y a également l'accusation des surcapacités qui serait tout à fait fausse parce qu'il y a cette demande de la part de l'Europe. Est-ce que vous pouvez nous donner une réponse si vous voulez être vraiment prêts à vous défendre face aux produits chinois ? Et sur la question sur Jens Spahn, il y a déjà une partie de la CSU qui exige son retrait. Quelle est votre réponse ? Est-ce que vous allez défendre Monsieur Spahn ou pas ?

Emmanuel MACRON

Vous avez posé deux questions sur la Chine et le budget. Sur le budget, la France défend un budget agricole ambitieux, mais elle n'est pas toute seule. Ne vous trompez pas. Il n'y a pas d'accord sur le budget si vous n'avez pas les gens sur l'agriculture et les fonds de cohésion, en vrai. Malheureusement pour moi, ça sera mon troisième exercice budgétaire négocié, donc je peux vous le dire en connaissance de cause. Nous, on est prêts à faire ce que dans le langage bruxellois, j'ai découvert ça, on appelle des smart cuts, des coupes intelligentes, c'est-à-dire des coupes sur lesquelles on est d'accord. Donc, en vrai, on va commencer la discussion pour dire où est-ce qu'on peut faire des économies intelligentes qui n'impactent pas nos priorités réciproques. Mais on va devoir trouver une convergence sur tout ça. De quoi on a besoin ? D'un budget européen qui tient nos politiques historiques sur l'agriculture.

Parce que l'agriculture, il en va aussi de notre souveraineté alimentaire. Il ne faut pas se tromper. Ça ne sert à rien de bâtir la souveraineté numérique de défense si c'est pour construire une dépendance agricole. On pense que l'agriculture, c'est acquis de tout temps. Faux.

On a construit après-guerre, par notre Europe, une souveraineté alimentaire. Il faut la défendre. Donc l'agriculture, important. Les fonds de cohésion, très importants pour beaucoup de nos collègues parce que ça recrée de la convergence européenne. Après, on voit bien qu'il y a des budgets qui augmentent beaucoup dans d'autres politiques sur les coûts de fonctionnement de notre Europe, etc., où on peut se mettre d'accord.

Ensuite, on a la nécessité d'avoir de nouvelles politiques et sur le spatial, on s'est mis d'accord sur IRIS², sur le numérique, sur les technologies vertes, sur des sujets de défense, l'IA, le quantique. On veut une politique européenne ambitieuse. Si on veut défendre le marché unique, on ne peut pas renvoyer ça aux budgets nationaux, sinon on détricote le marché unique. Donc ce qu'on a appelé là ce fonds de compétitivité, ces dépenses d'avenir, appelez-le comme vous voulez, c'est aussi un pilier très important du prochain budget. Et derrière ça, nous, ce qu'on fait, c'est qu'on va travailler ensemble pour regarder où est-ce qu'on peut faire les coupes intelligentes pour que ça revienne à un niveau raisonnable mais ambitieux. Et on a besoin de cette ambition. Et préparer ensemble notre réponse aussi à ce que la Commission nous prépare sur les ressources propres, très important.

Dans les prochaines semaines, la discussion sur les ressources propres, elle est clé. Pourquoi ? Parce que les ressources propres que l'Union peut avoir, qui sur une taxe numérique, qui sur le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières ou autre, c'est ce qui vous permet d'avoir plus d'investissements européens sans avoir plus de contributions nationales, surtout de la part des pays comme nous qui sont des contributeurs nets. Donc voilà l'esprit dans lequel on va travailler et en bâtissant un accord et un compromis.

Sur la Chine, les chiffres, ils sont assez simples et assez clairs. On peut dire ce qu'on veut, la Chine, c'est en aide aux entreprises 8 fois la moyenne de l'OCDE. La Chine, ça représente à peu près 15 % du commerce mondial et c'est 35 % des produits manufacturés. Si ça ne s'appelle pas une surcapacité ! Et c'est l'effondrement du marché domestique.

Ce qui fait que nous, Européens, on est un facteur d'ajustement du déséquilibre entre offre et demande chinois. C'est vraiment très clair. Et on l'est encore plus post-tarifs américains. Donc, il est clair qu'on doit régler ça. Et il n'y avait pas forcément de convergence au début entre nous. Rappelez-vous, quand la Commission a lancé son enquête sur les véhicules électriques venant de Chine, elle a fait d'ailleurs une approche très fouillée, différenciée entreprise par entreprise. On n'était pas d'accord en franco-allemand à cette époque-là. Là, vraiment, on est d'accord parce que les chiffres sont là. Il y a une vraie convergence historique. Et donc, on ne doit insulter personne, on n'est pas du tout pour faire un decoupling, comme on le dit en bon français ou en bon allemand, avec la Chine. On est pour à la fois nous dérisquer, réduire nos dépendances, d'où ce qu'on veut faire ensemble sur la technologie, les matières premières critiques, mais on est pour protéger nos entreprises. Des mesures de sauvegarde, des mesures, ce qu'on demande à la Commission, et au fond, pas mettre 18 mois pour faire une enquête.

Il y a un secteur qui est menacé par une attaque de l'industrie chinoise et ça se voit tout de suite, quelque part, des mesures d'urgence et des procédures d'alerte que la Commission pourra prendre pour pouvoir tout de suite réagir et protéger notre base industrielle. Et ça, il faut réussir à le faire dans un dialogue avec la Chine pour qu'elle comprenne que sinon, elle nous place dans une position impossible. Mais c'est fondamental.

Et à côté de ça, j'insiste sur 2 autres choses et je conclurai là. On doit défendre le contenu européen parce qu'au-delà de la Chine, plus largement, on est le seul grand espace qui ne défend pas son contenu domestique. La Chine, elle a une préférence chinoise. Elle défend un contenu chinois, elle défend un capital chinois. Les États-Unis d'Amérique et même l'Amérique du Nord à travers le NAFTA, ils défendent un contenu, surtout quand il y a des subventions fédérales. Nous, en Europe, on est les seuls jusqu'à présent à ne pas le faire. On commence à le faire, mais il faut le faire, il faut le faire. Et l'Europe, c'est 27, parce que le budget, on est 27 à payer.

Les Marocains, les Turcs qu'on aime beaucoup, avec lesquels on a un lien industriel et qui sont des partenaires de confiance, ils ne sont pas dans le budget européen. Nos partenaires commerciaux, l'Inde ou autres, qui sont des gens de confiance avec qui on a une relation amicale, on les aime beaucoup, on veut commercer, mais ils ne sont pas dans le budget européen. Donc on défend une préférence européenne et un contenu européen qui est vraiment à 27, parce que c'est sur des dispositifs que les Européens à 27 payent. Et on doit défendre notre emploi à 27.

Et mon dernier point, c'est qu'on doit compléter tout ça, et je salue vraiment ce que le Chancelier avait lancé dans la discussion au G7 il y a quelques semaines, d'un dialogue sur le change avec la Chine. C'est très important. C'est-à-dire qu'on doit vraiment réengager avec la Chine un dialogue stratégique, nous Européens, parce qu'aujourd'hui on a un renminbi qui a une relation à l'euro qui n'est pas soutenable et qui ne correspond pas aux termes de l'échange. Il ne peut pas y avoir un tel excédent commercial de leur part et un renminbi autant dévalué par rapport à l'euro. Ce n'est pas soutenable. Et ça, et la fermeture de leurs marchés financiers est un problème pour la relation commerciale et financière entre nos 2 espaces. Et donc, ça, on doit l'aborder de manière extrêmement respectueuse, mais volontariste.


Emmanuel Macron, le vendredi 17 juillet 2026 à Brühl, en Allemagne.



Source : elysee.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20260717-declaration-macron-bruhl.html


 

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13 juillet 2026 1 13 /07 /juillet /2026 21:59

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260713-macron.html




SOMMET DE LA COALITION DES VOLONTAIRES
COPRÉSIDÉE PAR EMMANUEL MACRON LE 13 JUILLET 2026











13 juillet 2026
Déclaration à la presse à l'issue de la réunion de la Coalition des Volontaires


Merci Mesdames et Messieurs d'être là. 
Monsieur le Président, cher Volodymyr,
Monsieur le Chancelier, cher Friedrich,
Monsieur le Premier Ministre, cher Keir,
Mesdames, Messieurs, les ministres, 
Mesdames, Messieurs, les ambassadrices et ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs, les journalistes,

Merci d'être là aux Invalides aujourd'hui.

Nous avons en effet tenu à Paris une nouvelle réunion des chefs d'État et de gouvernement des 37 pays qui composent désormais la Coalition des volontaires. La Moldavie, la Macédoine du Nord nous ont rejoints, ce qui est une bonne chose. 37 pays européens, et je n'oublie pas nos amis canadiens, comme aussi nos amis de la région Indo-Pacifique, du Japon à l'Australie, en passant par la Nouvelle-Zélande. 

Cette réunion est la seizième depuis la première que nous avions tenue en février 2025 à Paris et Londres, et s'inscrit dans une séquence nouvelle, un moment nouveau, et a permis d'amplifier et accélérer une double dynamique. 

D'abord, celle du terrain militaire, puisque l'Ukraine a largement repris l'initiative, elle a résisté à cet hiver si difficile, elle reconquiert du terrain, et les difficultés s'accumulent pour la Russie sur les fronts militaires et économiques. 

Deuxième dynamique, c'est celle de la négociation où les facteurs s'alignent pour renforcer les chances d'une paix robuste. Forts des résultats du Sommet du G7 à Évian, nous avons reconstruit une unanimité au Conseil européen qui s'en est suivi au mois de juin, et cette dynamique a été confirmée au sommet de l'OTAN à Ankara la semaine dernière, tant sur le diagnostic, à savoir, pour le dire vite, que l'OTAN ne joue pas en faveur de la Russie et qu'elle ne peut pas espérer tenir ses objectifs, que sur les conséquences qu'il faut en tirer, imposer la fin des combats et relancer les négociations.

Ce moment nouveau nous conduit, avec cette mobilisation d'aujourd'hui, à plusieurs axes directeurs, sur lesquels je voulais revenir. Premièrement, nous sommes déterminés à continuer de consolider notre unité entre alliés pour converger vers un cessez-le-feu et une paix juste et durable. Deuxièmement, pour ce faire, nous sommes aussi déterminés à continuer de soutenir l'Ukraine, aujourd'hui encore plus vite et plus fort. Et ce sommet, cette Coalition, a été un moment d'accélération et de mise en œuvre d'engagements pris durant ces derniers mois. C'est vrai du soutien financier qui a été acté avec le prêt européen de 90 milliards d'euros, rejoint par le Royaume-Uni, et j'en remercie Monsieur le Premier Ministre, des engagements pris à Ankara, 70 milliards d'euros, avec les premiers déboursements qui viennent d'advenir. C'est vrai aussi sur le soutien militaire, et c'est dans cet esprit que nous avons agréé, en début d'après-midi, avec le Président Zelensky, une feuille de route entre nos deux pays, mettant en œuvre ce qui avait été acté sur le principe en novembre dernier pour notre coopération bilatérale.

Sur la défense antiaérienne, d'une part avec l'acquisition par l'Ukraine d'une première série de batteries SAMP/T de nouvelle génération qui vient compléter les systèmes qui seront livrés avec leurs missiles dans les semaines à venir, et sur la modernisation de la chasse ukrainienne d'autre part avec le projet d'acquisition de 16 Rafales et du système d'armement qui les accompagne, dont les premiers doivent voler dans les airs ukrainiens dès 2028-2029, avec les formations qui se tiendront dès les prochains mois. Des systèmes de radar sont aussi cédés, des missiles supplémentaires, et nous avons acté du licensing dans des capacités nouvelles A2SM, Aster 30, SCALP, qui permettra de produire beaucoup plus rapidement ces capacités avec nos amis ukrainiens et sur le sol ukrainien.

Plusieurs autres éléments plus confidentiels ont été aussi actés entre nos deux pays. L'Ukraine a des besoins immédiats, en particulier en matière antibalistique. Cette contribution bilatérale y participe, mais à l'initiative du Président Zelensky, nous avons réuni un peu plus tôt une coalition nouvelle, la Coalition antibalistique, réunissant 8 pays au total — l'ensemble d'entre nous y étions, avec nos industriels — qui a permis justement et qui va permettre d'accélérer de manière très concrète la défense antibalistique de l'Ukraine. D'abord en continuant à donner à l'Ukraine les capacités dont elle a besoin pour défendre son ciel, les populations civiles et ses infrastructures critiques. Ensuite, en autorisant la production de capacités nouvelles sous licence, le Président Trump l'a déjà annoncé sur la production d'intercepteurs pour les batteries Patriot. Nous avons, je le disais, décidé de le faire pour les missiles Aster qui arment les systèmes SAMP/T que nous développons avec l'Italie, et plusieurs autres ont décidé des licencings dans ce sens, mais aussi de mettre en commun nos forces et notre expertise pour développer des capacités nouvelles.

C'est le sens du projet FREYA qui, en agrégeant justement les briques capacitaires de nos 8 pays et de plusieurs de nos industriels, va permettre d'agréger une offre commune et d'accélérer en la matière la protection de l'Ukraine. Dans un contexte où la Russie voit ses vulnérabilités économiques s'accroître, notamment du fait des mesures que nous avons adoptées jusqu'à présent, nous sommes aussi déterminés à les exploiter en renforçant la pression que nous exerçons. Et c'est le troisième axe sur lequel nous avons avancé aujourd'hui par le biais de nos sanctions et de la lutte contre la flotte fantôme. Nos sanctions, c'est ce que nous soutenons, avec le 21ᵉ paquet de sanctions pour l'Union européenne qui ciblera en particulier le secteur bancaire et financier, le complexe militaro-industriel, les acteurs participant à tout contournement. Et je remercie, là aussi, nos amis britanniques de la parfaite coordination avec l'Union européenne. Je veux aussi saluer à cet égard les décisions prises récemment par l'administration américaine, celles de pardonner les régimes d'exception sur les hydrocarbures fossiles venant de la Russie, celles aussi qui ont été prises à l'initiative de plusieurs sénateurs américains pour renforcer ces sanctions américaines. Et qu'il me soit permis, en cet instant, de rendre hommage à la mémoire du sénateur Lindsey Graham, qui a joué un rôle important durant ces dernières années aux côtés de l'Ukraine, des valeurs qui nous lient et du lien transatlantique.

En parallèle, nous renforçons nos moyens de lutte contre la flotte fantôme, notre moyen de presser sur la Russie. L'arraisonnement du bâtiment Deliver par la Marine nationale le 1ᵉʳ juin dernier, cinquième opération d'arraisonnement par la France depuis la fin 2025, démontre notre engagement. Je veux ici aussi saluer le travail de la Suède, du Royaume-Uni, la contribution de nos amis britanniques, espagnols et de plusieurs autres. C'est un effort que nous allons continuer. Nos chefs d'état-major nous ont présenté les modalités pour que d'autres pays s'y joignent et nous continuerons de nous organiser à cette fin. Une réunion se tiendra en septembre prochain à Paris au niveau ministériel.

Enfin, nous sommes déterminés à poursuivre notre travail sur les garanties de sécurité qui seront la colonne vertébrale d'une paix juste et durable. Vous vous en souvenez sans doute, il y a plus de 6 mois, le 6 janvier dernier, la Déclaration de Paris pour les garanties de sécurité robustes pour une paix solide et durable avait permis à tous les pays de la Coalition d'endosser une même stratégie qui consacrait aussi une convergence opérationnelle entre nous tous avec les États-Unis, présents à cette occasion, pour une vision commune des garanties de sécurité et une organisation commune. Premier pilier, le soutien militaire à long terme pour les Forces armées ukrainiennes. Deuxième pilier, la force de réassurance, la mission, justement, de soutien à l'Ukraine, la MNFU, déployée en mer, dans les airs, sur le sol ukrainien lorsqu'un cessez-le-feu sera conclu, à vocation purement défensive. Elle ne constitue en aucun cas un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, mais la démonstration de notre engagement à nous assurer que la cessation des hostilités est irréversible, et elle vise à mener des actions pour accompagner la régénération des forces ukrainiennes, donner des gages de réassurance et permettre des avancées très concrètes pour le pays, comme la reprise des liaisons aériennes ou le trafic maritime. Et puis, troisièmement, des mesures mises en œuvre pour prévenir une nouvelle attaque de la Russie et y répondre si la Russie décidait d'attaquer à nouveau.

Ces mesures de réponse pourront être d'ordre militaire, économique et politique. Ces garanties, je le disais, sont défensives, en aucun cas escalatoires. Nous avons franchi cette étape en janvier dernier. Depuis, une planification intense a été finalisée sous l'autorité de nos chefs d'état-major. La coalition a donc bien cette force multilatérale pour l'Ukraine maintenant prête à agir. Le QG de cette force organise cette planification et la transforme semaine après semaine en engagements opérationnels concrets. Nous avons à cet égard décidé aujourd'hui des exercices qui se tiendront dans les prochains mois. Ils nous ont été présentés officiellement tout à l'heure. Ils seront déployés dans les pays voisins de l'Ukraine, pour valider nos plans de déploiement et démontrer que nous sommes prêts, déterminés et crédibles, sur terre, dans les airs et en mer. Je veux le dire avec clarté, le soutien à l'Ukraine est un investissement dans notre propre sécurité. Et ceux qui pensent que cette guerre s'arrêtera aux frontières ukrainiennes si nous cédons ou cherchons des moyens d'accommoder l'agresseur se trompent. L'histoire de notre continent nous a appris ce que coûte le renoncement face à l'agression et nous ne referons pas cette erreur. Je veux m'adresser directement aux Européens. Ce que nous construisons ici n'est pas seulement pour l'Ukraine, c'est la démonstration que l'Europe peut assumer sa propre sécurité, défendre ses intérêts, et qu'elle peut agir avec unité, avec force, sans naïveté quant aux intentions de Moscou. Cette coalition en est la preuve la plus concrète. Et c'est un grand honneur pour la France demain, non seulement de procéder au défilé traditionnel de nos forces armées, mais d'y adjoindre un défilé de l'ensemble de nos partenaires de la coalition, des volontaires et de nos amis ukrainiens qui défileront avec nous et illustreront ce réveil stratégique et notre unité.

Monsieur le Président, Monsieur le Chancelier, monsieur le Premier Ministre, chers amis, je veux ici le redire, nous nous battons tous ensemble pour la paix et la sécurité de notre continent. Et nous nous tenons aux côtés du peuple ukrainien, pour lequel nous avons respect, estime et amitié. Et vous avoir à nos côtés, Monsieur le Président, est une grande fierté. Merci à mes deux collègues d'être là. Et je veux redire que la crédibilité de nos engagements s'est encore renforcée aujourd'hui, lors de ce sommet qui a permis de concrétiser les choses, d'accélérer notre défense et notre engagement aux côtés de l'Ukraine, il sera démontré avec force demain lors du défilé.

Et permettez-moi d'avoir un dernier mot pour notre collègue, le Premier Ministre Keir Starmer, qui nous a fait l'honneur d'être à nos côtés. Dans quelques jours, il passera le relais dans un esprit de continuité. Mais je veux ici lui redire combien ce fut une fierté pour nous de travailler avec lui et combien cette coalition des volontaires lui doit beaucoup et l'engagement des Européens aux côtés de l'Ukraine lui doit beaucoup. C'était une grande fierté d'être avec vous, Monsieur le Premier Ministre. Merci à vous.

Emmanuel Macron, le mercredi 13 juillet 2026 aux Invalides, à Paris.



Source : elysee.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20260713-discours-macron-volontaires.html


 

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20 avril 2026 1 20 /04 /avril /2026 04:19

« Nous savons tous qu'il y a une limite à ce que peuvent faire les gouvernements. C'est là que nos parlements et nos peuples peuvent jouer un rôle d'éclaireurs. Notre attachement mutuel à la démocratie parlementaire est le socle de notre liberté et de nos valeurs communes. La liberté est le bien le plus précieux que nous ayons, or elle n'est jamais acquise. » (Élisabeth II, le 6 janvier 2017, à Paris, au Sénat).




 


Une visite de la très francophile reine d'Angleterre au Sénat français, aux sénateurs de France, cela devait être pittoresque. La reine Élisabeth II, qui est morte le 8 septembre 2022, est née il y a 100 ans, le 21 avril 1926 à Londres, l'occasion de revenir sur cette reine exceptionnelle, à la fois moderne et traditionnelle.

La première exception, c'est une longévité extraordinaire. Élisabeth II, qui est née sans envisager un instant d'être un jour reine (elle n'était que la fille du frère du futur roi), a régné pendant plus de soixante-dix ans, si bien qu'elle a dépassé tous les records de longévité d'un règne. C'est à 10 ans qu'elle a su, quand son oncle Édouard VIII a abdiqué, qu'elle pourrait devenir reine, qu'elle serait certainement reine, et elle a tout fait pour s'y préparer. Elle est morte à 96 ans, quasi-centenaire, c'est pour cette raison qu'on pourrait parler de notre époque comme du siècle d'Élisabeth II.

Très vite, la jeune Élisabeth s'est révélée comme une femme moderne, se rendant utile pendant la guerre. Et son accession au trône, qui a eu lieu le 6 février 1952, elle avait alors 25 ans, n'a été que la suite logique d'une longue préparation. Quand vous avez 25 ans dans les années 50, comment imaginez-vous être reine ? Son couronnement a eu lieu le 2 juin 1953 dans l'abbaye de Westminster.


Elle fut reine d'Afrique du Sud, de Ceylan et du Pakistan jusqu'à l'indépendance de ces trois pays. Elle fut également, au-delà du Royaume-Uni, reine du Canada, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Belize, de la Jamaïque, des Bahamas, etc. Rien que visiter tous les pays du Commonwealth était un tour très long pour la reine (et avant, la future reine).
 


C'est elle qui a fait tenir la monarchie britannique malgré toutes les vicissitudes de la vie politique et de la famille royale. Élisabeth II a reçu quinze Premiers Ministres britanniques (de Churchill à Liz Truss) durant son long règne qui a aussi couvert quatorze Présidents des États-Unis (de Dwight Eisenhower à Joe Biden) et dix Présidents de la République française (de Vincent Auriol à Emmanuel Macron). Elle a eu l'occasion de rencontrer cent treize dirigeants du monde et a visité même plus de pays.

Cette longévité n'a pas permis d'égaler celle de notre roi de France Louis XIV qui est resté à la tête du pays pendant soixante-douze ans. En revanche, elle a dépassé de loin son arrière-arrière-grand-mère Victoria (1819-1901) dont le règne était associé au XIXe siècle. En outre, elle était, pendant près de six ans, la monarque la plus ancienne du monde après la mort de Rama IX (1927-2016), roi de Thaïlande à partir de 1946, et elle était la chef d'État la plus âgée au monde (à 96 ans).

Loin d'être une monarque simplement neutre, elle a, très subtilement, eu un peu d'influence sur la politique de son pays, notamment en impulsant la réconciliation avec l'Allemagne par sa visite en 1965. Elle a vécu de nombreuses controverses politiques qui ont accompagné l'histoire de son pays pendant soixante-dix ans, en particulier des crises constitutionnelles avec le Canada, l'Australie, etc., la guerre des Malouines, l'adhésion à la CEE puis le Brexit, de nombreux divorces dans la famille royale... Et je prendrai deux exemples éloquents.

Un positif : lors de la crise du covid-19, Élisabeth II a su exprimer la voix de la raison et de l'espoir auprès du peuple britannique (alors que son Premier Ministre n'était pas très responsable dans cette crise), en particulier en prononçant une allocution télévisée le 5 avril 2020 : « J’espère que dans les années à venir, tout le monde pourra être fier de la façon dont [le peuple britannique] a répondu à ce défi. Ceux qui nous succéderont diront que les Britanniques de cette génération étaient aussi forts que tous. Que les attributs de l’autodiscipline, de la bonne résolution tranquille et de la camaraderie caractérisent toujours ce pays. ». Il faut savoir que c'était seulement la quatrième fois qu'elle s'exprimait de cette manière solennelle depuis 1952 ! Elle s'est montrée ensuite en public avec un masque sanitaire le 4 novembre 2020, puis s'est fait vacciner pour la première fois contre le covid le 9 janvier 2021 (vaccin Pfizer) afin d'encourager ses compatriotes britanniques à l'imiter.

 


Un autre exemple qui aurait pu rester négatif sans un retournement d'opinion encouragé par le Premier Ministre de l'époque Tony Blair : Élisabeth II a très mal géré la réaction de la famille royale à la mort de Lady Diana le 31 août 1997. Certes, Diana avait divorcé de son fils, le futur Charles III, mais elle restait quand même la mère des deux princes héritiers William (15 ans) et Harry (13 ans). Or, ces deux petits-enfants étaient en vacances avec Charles et les parents de celui-ci, Élisabeth et le Prince Philip, au château de Balmoral, en Écosse, et au lieu de rentrer immédiatement à Londres, Élisabeth II est restée cinq jours cloîtrée dans ce château avec les deux orphelins sans aucune déclaration publique, laissant croire à une forme d'insensibilité incompréhensible alors que la mort de Diana a ému tout le peuple britannique (et même au-delà des frontières). Finalement, sur recommandation de Tony Blair, Élisabeth II est rentrée avec le reste de la famille royale le 5 septembre 1997, la veille des obsèques, et a prononcé une allocution télévisée où elle a exprimé son admiration pour l'ancienne princesse, ce qui a retourné "l'opinion publique" en sa faveur, car elle a enfin montré qu'elle avait quelques sentiments.

Chaque Président de la Cinquième République a eu l'occasion d'être reçu à Londres en visite d'État par la reine Élisabeth II. C'était sans doute pour chacun d'eux le voyage protocolaire le plus prestigieux de leur mandat. Il faut dire que la reine, qui s'exprimait dans un français parfait, appréciait beaucoup la France. Quand aux Français eux-mêmes, sa mort les a émus autant que leurs amis britanniques. En d'autres termes, Élisabeth II, qui était aussi la chef de l'Église anglicane, était plus qu'un chef de l'État, elle était aussi une sorte de monarque spirituelle de l'Europe, voire une sorte de pape d'un genre nouveau. Et assurément, dans ce rôle exceptionnel, elle n'aura pas de successeur. God save the Queen !



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Siècle d'Élisabeth II.
Margaret Thatcher.
Diana Spencer.
Theresa May.



 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260421-elisabeth-ii.html




http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/19/article-sr-20260421-elisabeth-ii.html


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17 avril 2026 5 17 /04 /avril /2026 04:19

« Ensemble, nous avons fait tomber le régime Orban. Nous avons libéré la Hongrie, nous avons repris notre patrie ! (…) La Hongrie sera à nouveau un allié solide représentant les intérêts hongrois, car la place de notre pays est en Europe. » (Péter Magyar, le 12 avril 2026 à Budapest).


 

 
Viktor n'est plus synonyme de victoire. La Hongrie retrouve sa place au milieu du village qu'est l'Europe. Fidèle à sa réputation libérale et fêtarde, Budapest a fêté cette nuit la victoire... mais pas celle de Viktor. Quelque 7,5 millions d'électeurs étaient convoqués pour les élections législatives qui ont eu lieu ce dimanche 12 avril 2026 en Hongrie.

Pour Viktor Orban, le Premier Ministre sortant, c'était une échéance cruciale. À 62 ans (seulement), Viktor Orban a largement dominé les trente dernières années de la Hongrie postcommuniste, élu à la tête du gouvernement hongrois cinq fois, du 6 juillet 1998 au 27 mai 2002 et depuis le 29 mai 2010. Président du Fidesz depuis le 18 avril 1993 (sauf entre 2000 et 2003), son parti devenu de plus en plus populiste, nationaliste et conservateur, et il a eu une carrière qui ressemble beaucoup à celle du Premier Ministre israélien actuel Benjamin Netanyahou.

Petit à petit, il a conduit son pays vers des dérives antieuropéennes, se permettant de bloquer par exemple une aide européenne de 90 milliards d'euros destinée à l'Ukraine, et surtout, des dérives que certains appellent illibérales et qui, surtout, remettent en cause l'État de droit, en particulier en ce qui concerne la presse (et son pluralisme) et la justice (et son indépendance).

Mais, comme en Pologne, il ne faut jamais désespérer de la démocratie. Les électeurs hongrois se sont bousculés pour aller aux urnes. La participation était de 79,6% des inscrits, soit une hausse de 10 points par rapport au précédent scrutin du 3 avril 2022. Avec un mode de scrutin en partie majoritaire et en partie proportionnel, seulement trois partis ont réussi à obtenir des sièges ce dimanche.


Fidesz, le parti donc de Viktor Orban, et ses alliés, n'ont obtenu que 38,1% des voix, soit une chute de 16 points, et n'ont sauvé que 55 sièges sur 199 que compte l'Assemblée nationale, soit une perte de 80 sièges ! Le parti d'extrême droite MHM de Laszlo Toroczkai a maintenu son audience de 2022 avec 5,9% des voix et 6 sièges. Ce qui est notable, c'est la formidable victoire du parti Tisza (Parti Respect et Liberté) créé très récemment, le 23 octobre 2020, issu d'une scission avec Fidesz. Ce parti a obtenu 53,3% des voix et 138 sièges, ce qui est beaucoup plus que la majorité absolue (une majorité des deux tiers !), alors qu'il n'avait eu aucune représentation en 2022. Ce niveau de victoire est remarquable et signifiera que la nouvelle majorité pourra réviser la Constitution pour mieux protéger l'État de droit. Précisons que le nombre de sièges cité ici reste encore provisoire et peut être modifié de quelques unités car il y a encore des calculs électoraux jusqu'au 18 avril 2026 avant les résultats définitifs.
 


Tisza est devenu réellement important en 2024 en se positionnant à la deuxième place aux élections européennes et aussi dans des élections locales à Budapest, devenant ainsi le principal adversaire de Fidesz. Depuis le 22 juillet 2024, Tisza est présidé par Péter Magyar qui va donc devenir logiquement le prochain Premier Ministre de Hongrie.Ce nouveau parti majoritaire a basé toute sa campagne sur sa lutte contre la corruption. Il s'est positionné au centre droit, libéral-conservateur et partisan de la construction européenne. Sa victoire a complètement laminé les anciens partis de centre droit et de centre gauche qui n'ont plus de représentation à l'Assemblée.

Incontestablement, il y a eu un vent nouveau d'une Hongrie libre que les Hongrois ont choisi massivement. Le futur Premier Ministre, Péter Magyar (c'est assez ballot de s'appeler Magyar et de s'apprêter à diriger la Hongrie, mais pas autan que de s'appeler Hollande et de devenir Président de la France) est un avocat qui vient d'avoir 45 ans, élu député européen en juin 2024, inscrit au groupe PPE à Strasbourg.


À l'origine, Péter Magyar était membre du Fidesz, a fait partie du cabinet du Premier Ministre Viktor Orban en 2015. Petit-neveu et filleul de l'ancien Président Ferenc Madl, ex-époux d'une Ministre de la Justice de Viktor Orban, il connaît assez bien les allées du pouvoir malgré sa très faible expérience politique. Il s'est mis dans l'opposition en 2024 (après son divorce) et après le scandale où a été impliquée son ex-épouse qui avait couvert des abus sexuels contre des enfants dans un foyer public en étant favorable à la grâce présidentielle contre l'auteur de ces violences.

Le choix souverain des Hongrois est sans appel. On savait, avec les sondages, que les seize années de gouvernement de Viktor Orban pouvaient être mises à mal dans ce scrutin. En revanche, cette énorme claque était inattendue de la part d'un peuple qui avait pris l'habitude de ses dérives autoritaires sinon qui l'avait approuvé. Un véritable tsunami électoral.


Ce qui est heureux, c'est que les résultats sont incontestables, que Viktor Orban a reconnu sa défaite avant même la fin du dépouillement et qu'il n'y aura donc pas de crise politique mais une passation des pouvoirs en douceur. Il faut saluer cette réaction très respectueuse des institutions et des électeurs. Viktor Orban a annoncé qu'il agirait désormais dans l'opposition. Il est loin d'être fini en politique et attendra les premières difficultés du prochain gouvernement pour rappeler son existence et jouer de nouveau l'homme providentiel.
 


On dit souvent que les Hongrois sont nationalistes. Et c'est probablement par nationalisme qu'ils ont jeté dehors Viktor Orban, lèche-bottes notoire de Vladimir Poutine, le Président de la Fédération de Russie, mais aussi de J. D. Vance, le Vice-Président des États-Unis venu jusqu'à le soutenir sur place, et encore de Donald Trump lui-même qui avait récemment déclaré que les États-Unis aideraient financièrement la Hongrie si Viktor Orban gagnait à nouveau les élections. Ce chantage et ces ingérences politiques extérieures n'ont sans doute pas eu l'effet escompté et ont dû au contraire être très contre-productifs.

Le Président français Emmanuel Macron s'est réjouit de la victoire de Péter Magyar qu'il a appelé dans la soirée pour le féliciter : « La France salue une victoire de la participation démocratique, de l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union Européenne et pour la Hongrie en Europe. Ensemble, faisons avancer une Europe plus souveraine, pour la sécurité de notre continent, notre compétitivité et notre démocratie. ».

 


Selon Valérie de Graffenried, envoyé spéciale à Budapest pour "Le Temps" : « Concrètement, la Hongrie avait le choix entre l'autoritarisme et la démocratie, entre le regard tourné vers Moscou ou vers Bruxelles. Un enjeu crucial, qui s'est avéré mobilisateur. (…) Les urnes ont parlé : la majorité des Hongrois ne veulent plus de la "démocratie illibérale" revendiquée par Viktor Orban, plus des affaires de connivences avec la Russie. ». L'analyse du journal "Le Monde" est encore plus éloquente : « Avec la victoire de Péter Magyar, Budapest va désormais perdre son statut de phare de l'internationale réactionnaire, que Viktor Orban avait patiemment bâti à coups de groupes de réflexion et d'invitations de figures de l'extrême droite mondiale. ».

L'Europe est de retour !
Aujourd'hui, le peuple hongrois a exprimé clairement sa volonté de retrouver sa liberté et son État de droit et a exprimé tout aussi clairement son attachement à son appartenance à l'Union Européenne. Tous les chefs d'État et de gouvernement de l'Europe ne s'y sont pas trompés en saluant cette large victoire. Il ne reste plus qu'à ne pas le décevoir, ce peuple si féroce pour les gouvernants...


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Sylvain Rakotoarison (12 avril 2026)
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260412-magyar.html

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15 avril 2026 3 15 /04 /avril /2026 04:40

« Les partis populistes ne sont pas de simples partis protestataires ou de simples partis de refus du système. Quand ils parviennent au pouvoir, ils gouvernent conformément à la logique intrinsèque du populisme : eux et eux seuls représentent le vrai peuple ; par conséquent, il ne saurait exister d'opposition légitime. » (Jan-Werner Müller, 2016).





 


L'immense défaite de Viktor Orban aux élections législatives de Hongrie du 12 avril 2026 marque-t-elle la fin de l'expansion des mouvements populistes de droite en Europe ? Et auparavant, tentons de définir ces mouvements politiques.

La définition est assez difficile à formuler. Il s'agit avant tout de mouvements de droite radicalisée voire d'extrême droite. Ils se basent à la fois sur un nationalisme identitaire et une démagogie récurrente. Ils critiquent généralement les élites en place, jouent sur leur défense du petit peuple, du pays-d'en-bas contre les élites, les dirigeants, le pays-d'en-haut. Ils se nourrissent des erreurs voire de l'arrogance des élites. Leur identitarisme fait qu'ils rejettent toute sorte d'immigration, cultivent la peur de l'autre, de l'altérité, de l'inclusivité, et sont volontiers machistes, misogynes, rétrogrades, anti-progressistes. Leur discours est souvent haineux, développant une phobie des boucs émissaires (généralement l'étranger). Géopolitiquement, cela se traduit notamment par la fascination pour des hommes de l'ordre, en particulier pour Vladimir Poutine, ou d'autres étrangers qui, pourtant, n'ont aucune volonté de défendre leur pays (celui des mouvements populistes en question). Leur nationalisme s'arrête donc aux intérêts exclusifs de pays comme la Russie voire l'Iran, la Chine ou encore l'Amérique de Donald Trump. Et évidemment, ils se présentent comme europhobes, s'attaquant à toute union permettant à leur pays d'être puissant face aux autres puissances mondiales. En fonction de la solidité des institutions, cela peut aussi se traduire, lorsqu'ils sont au pouvoir, par une remise en cause progressive de l'État de droit, une remise en question systématique du pluralisme de la presse, de l'indépendance de la justice, deux éléments nécessaires pour une démocratie vivante et apaisée. Les attaques actuelles contre l'audiovisuel public de l'extrême droite en France, au moyen d'une commission d'enquête dont elle a perverti complètement l'esprit, en sont aussi un symptôme.

Dans les différents pays européens, ceux de longue tradition démocratique (Europe de l'Ouest) comme ceux issus du joug soviétique (Europe centrale et orientale), ces mouvements populistes se déclinent sous différentes manières selon l'histoire de chacun des pays. Et certains ont réussi à atteindre le pouvoir démocratiquement.


Ainsi, au Royaume-Uni, le parti europhobe de Nigel Farage pourrait en être un représentant, mais, d'une certaine manière, Boris Johnson, du parti conservateur, aussi. Tous les deux ont milité activement pour le Brexit en 2016... et ils y sont parvenus.

En Hongrie, le parti de Viktor Orban pourrait en être. Il a été parmi les premiers hommes politiques à prôner la liberté démocratique à l'époque soviétique, mais il a dangereusement dérivé vers ce que certains appellent improprement l'illibéralisme dans les années 2010-2020.


En Pologne, ce type de mouvement a aussi été présent en tant que national conservateur, remettant en cause une partie de la construction européenne.

En Italie, Matteo Salvini, de la Ligue, a le mieux incarné ce populisme de droite, mais finalement, c'est Giorgia Meloni, issue d'un parti de tradition d'extrême droite qui a su arriver au pouvoir. Sa pratique est mitigée et elle ressemble plus à un gouvernement de droite classique. C'est sûr que la confrontation avec la réalité peut faire changer de point de vue. La polémique stérile et puérile entre le Président des États-Unis et le pape Léon XIV montre les limites d'une alliance populiste à Rome.

En Allemagne, à l'évidence, c'est l'AfD qui a pris ce positionnement, parti ouvertement d'extrême droite composé initialement de cadres dont la principale mesure est de mettre dehors les immigrés, et étrangement, son audience est nettement plus grande dans l'ancienne RDA (Allemagne de l'Est, communiste).


En France, on peut imaginer que le rôle est joué par le RN, avec une Marine Le Pen qui avait réussi à fédérer à la fois l'extrême gauche populaire et l'extrême droite aisée. Mais le mouvement d'Éric Zemmour peut aussi s'apparenter à ce type de mouvement même s'il est sociologiquement très différent du RN.

Petit à petit, à partir de 2010, un certain nombre de pays européens ont touché à ce populisme d'extrême droite. Les principaux furent la Pologne et la Hongrie, mais aussi la République tchèque, la Slovaquie, l'Autriche, les Pays-Bas, etc., et aussi, évidemment, le Royaume-Uni.

Or, que voyons-nous ? Que depuis quelques années, ce mouvement populiste très en vogue, irrésistible, populaire, commence sérieusement à subir un retournement complet de l'opinion. Ainsi, au Royaume-Uni, le retour au pouvoir des travaillistes s'est accompagné d'un regret massif du Brexit (une majorité des Britanniques souhaiterait retrouver l'Union Européenne, mais c'est trop tard). En Pologne, le parti de la raison a retrouvé le pouvoir en décembre 2023. Même en Italie, Giorgia Meloni, considérée pourtant comme curieusement invincible, vient de subir un très grave échec avec sa défaite au référendum qui tentait de bouleverser la justice italienne au profit du pouvoir.

La défaite de Viktor Orban s'inscrit donc dans cette tendance de fond, même si, pour lui, beaucoup de raisons peuvent l'expliquer : usure habituelle du pouvoir (après seize ans consécutifs), détérioration durable de l'économie hongroise, chute drastique de la natalité (malgré une politique nataliste fermement annoncée mais visiblement peu efficace), contrôle de la presse, remise en cause de l'État de droit, vente des intérêts de la Hongrie à la Russie, etc.


Faut-il donc passer par un gouvernement populiste pour que le peuple du pays en question s'aperçoive que c'est une erreur ? Pas sûr et j'espère bien que non, car l'Allemagne et la France ne sont pas passés par cette phase et l'argument selon lequel "on n'a pas encore essayé" est fallacieux, argument d'ailleurs donné en 2024 sans trop de succès.

J'ai l'intuition que la mode pour le populisme de droite est terminée en Europe. La porte du possible s'est heureusement refermée. La guerre en Iran, comme la guerre en Ukraine, ont réveillé les peuples européens endormis depuis 1945. Leur existence est menacée dès lors qu'ils ne sont plus protégés. Ce réveil brutal, qui a engendré une augmentation drastique des dépenses de défense, a renforcé le patriotisme au détriment d'un populisme finalement vendu à des intérêts extérieurs (et en particulier russes, mais pas seulement).

Il y avait une petite fenêtre de tir pour l'extrême droite, et il fallait, ou pas, en profiter, selon de talent des personnalités qui l'incarnaient. Ainsi, Matteo Salvini a raté sa chance alors qu'au contraire, Giorgia Meloni a saisi la sienne. En France, à l'évidence, le moment RN était en 2024. Parviendra-t-il à perdurer jusqu'en 2027. Trois ans, c'est long, et au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'échéance présidentielle, avec les casseroles judiciaires de Marine Le Pen et la vacuité intellectuelle de Jordan Bardella, les gens se posent de plus en plus de question sur l'intérêt de mettre un parti incompétent comme le RN au pouvoir. On voit bien aujourd'hui les sondeurs s'inquiéter que leurs études continuent à donner le RN gagnant en 2027 alors qu'ils savent déjà qu'il ne le sera pas.

Je ne sais pas si l'avenir me donnera raison, car la France et l'Allemagne se retrouvent dans des postures assez étonnantes. L'AfD a le vent en poupe, et pourtant, la reprise en main du gouvernement par Friedrich Merz a changé considérablement la position de l'Allemagne dans le monde. En France, si le RN a aussi le vent en poupe, la figure du Président Emmanuel Macron redevient populaire avec les menaces militaires et économiques (nous sommes au moment du pire choc pétrolier de l'histoire moderne, bien plus grave et durable qu'aux années 1970).

Pourquoi les peuples européens voudraient-ils en finir avec le populisme d'extrême droite ? Parce qu'il y a un parti frère qui est au pouvoir aux États-Unis avec Donald Trump, et que sa manière de diriger son pays depuis un an terrifie tout le monde, pas seulement l'Europe, mais tous les pays, par son inconstance, son instabilité, ses caprices, ses remises en cause, et son viol de toutes les règles internationales. Lorsqu'on arrive à se poser la question chaque matin de savoir ce qu'il va arriver comme nouveau malheur, cette angoisse rappelle qu'un parti de la raison est plus reposant et plus intéressant pour vivre comme avant et envisager la prospérité.


En quelque sorte, Donald Trump est le vaccin contre les maladies populistes d'extrême droite de l'Europe. Aux personnalités de la raison de s'organiser pour renforcer l'efficacité d'un tel vaccin. On n'a jamais essayé un poison pour se soigner. Heureusement. Il ne vaut mieux pas. Préférons les médecins aux charlatans.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 avril 2026)
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La fin de la tentation populiste en Europe ?
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