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29 janvier 2026 4 29 /01 /janvier /2026 03:23

« Le devoir conjugal, défini comme l’obligation d’avoir des relations sexuelles avec son conjoint, constitue une négation des droits et libertés qui fondent la dignité de chaque être humain. Elle est contraire, d’une part, au droit de disposer librement de son corps, et, d’autre part, à la liberté sexuelle, c’est-à-dire au droit de consentir sans aucune forme de contraintes à toute relation sexuelle. » (Rapport n°2360 de Paul Christophe et Marie-Charlotte Garin déposé le 21 janvier 2026 à l'Assemblée Nationale).





 


Ce mercredi 28 janvier 2026, les députés ont fait preuve d'une belle unanimité d'autant plus étrange qu'elle est très rare en cette période de radicalités populistes. En effet, ils ont très largement adopté, en procédure accélérée (procédure engagée par le gouvernement le 9 janvier 2026), la proposition de loi visant à mettre fin au devoir conjugal. Sur 107 votants, 106 députés ont voté pour et seul, un député (du MoDem) s'est abstenu (les autres n'étaient pas présents).

Précisons quand même les 106 votes : 15 RN, 12 EPR, 20 FI, 17 PS, 8 LR, 9 EELV, 10 MoDem, 7 Horizons, 1 LIOT, 4 PCF, 3 ciottistes. Cela signifie que tous les groupes étaient favorables à cette fin du devoir conjugal. Malgré quelques désaccords (voir surtout à la fin de l'article), les groupes les ont tous surpassé pour l'intérêt national, et celui particulièrement des femmes.

Et j'évoque ce devoir conjugal, mais je ne l'ai pas défini. Pire : le terme même sans être défini, tous les lecteurs ont compris de quoi il s'agit. Il s'agit du mariage consommé. En gros, la "règle" (j'écris volontairement la "règle" et pas la loi) serait qu'un mariage qui ne serait pas consommé serait annulable, ou fautif. C'est en tout cas le droit canonique qui le précise et c'est un moyen d'annuler un mariage chrétien et d'en faire un autre. (Pour les chrétiens, le mariage doit permettre de faire des enfants). Mais en fait, rien, dans le code civil, n'évoque le "devoir conjugal". En d'autres termes, aucun époux n'est obligé d'avoir des relations sexuelles avec son conjoint. Enfin, en principe.

Et pourtant, il y a des décisions de justice, parfois récentes (d'il y a un an) qui se base sur l'article 212 et l'article 215 du code civil pour évoquer ce devoir conjugal : les époux « s’obligent mutuellement à une communauté de vie » et « se doivent mutuellement respect, fidélité, secours assistance ». Des tribunaux français l'ont interprété de telle manière qu'une femme (puisque, en l'occurrence, c'est toujours dans ce sens) ayant refusé des relations sexuelles à son mari, a été déclarée fautive par cette obligation non remplie de "communauté de vie" qui signifiait pour le juge des relations sexuelles. Heureusement, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a condamné le 23 janvier 2025 (il y a un an) la France (en réalité, la justice française jusqu'à la Cour de Cassation) pour avoir considéré que le refus de relations sexuelles au sein d'un couple marié était un manquement aux obligations du mariage.
 


La loi française était pour autant déjà très claire : la loi n°2006-399 du 4 avril 2006 sanctionne le viol conjugal (reconnu par la loi dès 1990), et la loi n°2025-1057 du 6 novembre 2025 a intégré la notion du consentement à la définition pénale du viol et des autres agressions sexuelles. Comme dit au début du rapport du député Paul Christophe, le concept du "devoir conjugal" (de l'obligation de relations sexuelles entre époux) est en totale contradiction avec le principe du respect, du consentement et de la liberté.

Pourquoi y a-t-il donc ce paradoxe ? Parce que les lois de 2006 et 2025 ont modifié le code pénal, mais pas le code civil. Or, des juges continuent en France à estimer que l'absence de relations sexuelles entre époux reste un manquement aux obligations du mariage en se basant sur ces articles 212 et 215 du code civil et en interprétant la "communauté de vie" en "communauté de lit".

 


Dans son intervention de présentation dans l'hémicycle, Paul Christophe a rappelé que personne ne demande à définir le "devoir conjugal" car tout le monde sait de quoi l'on parle : « Je suis d’ailleurs frappé de voir qu’aucune des personnes interrogées ne demande jamais aux journalistes ce qu’est le devoir conjugal. Aucune d’entre elles. Comme si nous le savions tous. Comme si nous l’avions collectivement intégré. Notre usage des mots a certes changé. On ne parle plus de "viol légal" ou de "présomption de consentement". Mais visiblement, encore aujourd’hui, les mots "devoir conjugal" évoquent une soumission des femmes à laquelle nous nous sommes trop habitués. ».

En citant les parlementaires qui se sont associés à lui, Paul Christophe a résumé son objectif ainsi : « Avec Marie-Charlotte Garin et Véronique Riotton, nous avons affirmé une vérité simple : le consentement doit être libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable. Avec Sarah Legrain ou la sénatrice Laurence Rossignol, nous disons que le corps de l’autre ne nous appartient jamais, et ce, y compris dans le cadre du mariage. Nous ne sommes pas redevables sexuellement envers notre conjoint. Le mariage n’est pas une forme de disponibilité sexuelle et ne fait pas disparaître le consentement. Cette violence institutionnelle n’est ni légitime ni tolérable. Ces décisions judiciaires fondées explicitement sur le devoir conjugal sont graves et suffisent, à elles seules, à justifier l’intervention du législateur. (…) Comment pourrions-nous dire qu’il n’existe aucun lien entre ces décisions judiciaires et une culture qui autorise encore certains hommes à se croire propriétaires du corps de leur épouse ? Les magistrats et les avocats nous réclament ce texte afin qu’aucune plaidoirie ne vienne plus remettre en cause le libre consentement. Mais je veux croire que cette proposition de loi aura une portée plus grande que sa seule dimension juridique. Je veux croire qu’elle participe à un changement plus profond et à la construction d’une culture nouvelle où le respect entre partenaires est une valeur cardinale. ».

Donc, écrivons pour simplifier. Sur le principe, par le code pénal, les femmes mariées (car ce sont bien les femmes qui sont victimes) sont a priori déjà protégées d'un époux un peu trop entreprenant. Mais lors des jugements de divorce, dans les tribunaux, le refus de relations sexuelles est interprété comme un manquement et la femme est reconnue fautive pour cette raison. On ne sait pas trop ce qui se passe dans la tête de certains juges (ne blâmons pas la profession), mais en clair, les parlementaires ont été suffisamment alertés (en particulier par des associations) pour faire une loi et empêcher que ces interprétations dans les tribunaux se répètent. L'arrêt de la CEDH du 23 janvier 2025 a été aussi un coup de semonce salutaire pour réagir.

Concrètement, la proposition de loi, qui a été déposée le 2 décembre 2025 par Paul Christophe (HOR), a été cosignée par 134 autres députés : 29 EELV, 27 HOR, 25 PS, 22 EPR, 11 LR, 9 MoDem, 6 LIOT et 5 PCF. À l'origine, c'est-à-dire, lors de son dépôt, deux articles étaient prévus pour compléter le code civil. Le premier article devait compléter l'article 212 du code civil par ce nouvel alinéa : « Chacun respecte le consentement de l'autre. ». Et le second article devait compléter l'article 242 du code civil par cet autre nouvel alinéa : « Le divorce pour faute ne peut être fondé sur l’absence ou le refus de relations sexuelles. ». Cela afin de ne plus avoir d'ambiguïté juridique. Cette proposition de loi a deux corapporteurs : Paul Christophe (HOR) et Marie-Charlotte Garin (EELV).

À l'issue de la discussion parlementaire qui s'est achevée par le vote à l'unanimité du texte, la rédaction du premier article a été modifié de cette manière. Le premier article complète l'article 215 et pas 212 du code civil avec cette phrase : « Cette communauté de vie ne crée aucune obligation pour les époux d’avoir des relations sexuelles. ». Et le second article complète l'article 242 du code civil par l'alinéa initial : « Le divorce pour faute ne peut être fondé sur l’absence ou le refus de relations sexuelles. ».
 


Cette modification du premier article de la proposition de loi provient du travail de la commission des lois réunie le 21 janvier 2026. Le corapporteur Paul Christophe s'en est expliqué en séance publique : « En modifiant l’article 215 du code civil, nous affirmons que la communauté de vie ne crée aucune obligation entre époux d’avoir des relations sexuelles. Cette courte modification a aussi une vertu profondément pédagogique : elle fera du consentement une norme sociale énoncée à voix haute au moment de la cérémonie du mariage. Ainsi, toutes les générations réunies autour des futurs mariés, comme le symbole de notre société tout entière, entendront ce que nous attendons du couple : respect et solidarité. Ce texte ne fragilise pas le mariage. Il dit simplement ce que la République accepte et ce qu’elle n’accepte plus. Il ne crée pas une rupture. Il met enfin le droit à la hauteur de nos valeurs. ».

Dans son intervention, l'autre corapporteure, l'écologiste Marie-Charlotte Garin a dénoncé le concept du devoir conjugal : « Le devoir conjugal, c’est une interprétation violente d’une communauté de vie dans le mariage qui serait automatiquement une communauté de lit. C’est cette croyance que l’on devrait à l’autre des relations sexuelles, ou qu’on serait en droit d’en exiger, dans le cadre du mariage en particulier et du couple en général. C’est tout simplement la légalisation de la soumission de la femme, et en l’occurrence, la soumission de l’épouse aux désirs sexuels du mari. C’est également la négation du consentement de la femme puisqu’on ne consent pas à un devoir, on l’exécute, quelle que soit sa répugnance à le faire. Le devoir conjugal, c’est enfin la conception du mariage comme une servitude sexuelle. Un mariage qui donnerait accès au corps de l’autre de façon irrévocable et illimitée. ».

Elle a exposé la logique de cette proposition de loi : « Après la modification du code pénal que nous avons défendue avec ma collègue Véronique Riotton pour y introduire la notion de non-consentement, il est temps de mettre en cohérence notre code civil. Nous rappelons donc dans le code civil que dans le mariage, comme dans n’importe quelle relation sexuelle, on peut dire oui, on peut dire non, on peut changer d’avis, on peut ne pas avoir envie. Nous disons ici que le mariage ne peut être une bulle où le consentement aux relations sexuelles serait acquis, définitif, à vie. ».

Et d'ajouter : « C’est la clef pour qu’il n’y ait plus d’hommes qui pensent que le mariage est un permis de violer. Pour qu’il n’y ait plus de femmes qui n’osent pas aller porter plainte car l’agresseur est leur mari et qu’elles craignent de ne pas être légitimes. Pour qu’on arrête de se forcer dans les relations sexuelles. Plus de "il faut" : il faut parce que si je dis non sa réaction sera catastrophique, il faut parce qu’il sera violent, il faut parce que les enfants, il faut parce que l’argent, il faut parce que les papiers, il faut parce que l’alcool, l’intimidation, la pression... Plus de "il faut" ! Le seul devoir que doit exiger le couple, et encore plus le mariage, c’est le devoir de respecter l’autre, le devoir d’interroger l’envie, le devoir d’entendre le refus, le devoir d’écouter le silence, de communiquer, le devoir de prendre soin. Il est temps de sortir la culture du viol de notre code civil. Ce texte est un texte de justice. C’est un texte de respect, un texte de dignité, un texte de liberté. ».

Au nom du gouvernement, le ministre Laurent Panifous (LIOT) a justifié le soutien très fort de l'exécutif à cette proposition de loi : « Le code civil prévoit que les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance, et qu’ils sont tenus à une communauté de vie. Cette notion n’a jamais signifié, en droit, la mise à disposition du corps de l’un au profit de l’autre. Pourtant, par des constructions jurisprudentielles anciennes aux conséquences encore bien réelles, la communauté de vie a parfois été interprétée comme impliquant une obligation de relations sexuelles, dont le refus pouvait être sanctionné au titre de la faute dans le divorce. Une telle ambiguïté n’est plus tenable. Cette proposition de loi a donc un objectif clair : mettre fin à une confusion normative et affirmer explicitement que la communauté de vie ne saurait inclure une obligation sexuelle, ni explicite, ni implicite. ».

Il a replacé ce soutien dans le cadre d'une action en profondeur en faveur de la cause des femmes : « L’égalité entre les femmes et les hommes est grande cause nationale. Notre pays a engagé un changement de paradigme dans la lutte contre les violences sexuelles et intrafamiliales, avec une volonté claire : mieux protéger, mieux prévenir, mieux accompagner et mieux caractériser pour, finalement, mieux sanctionner. Dans le sillage de la loi du 3 août 2018, le Grenelle de lutte contre les violences conjugales de 2019 a marqué un tournant majeur et a conduit à des avancées concrètes : renforcement des ordonnances de protection, renforcement des dispositifs d’éloignement et de signalement, formation et meilleure coordination entre justice, forces de sécurité et acteurs associatifs. ».

En particulier, l'introduction du consentement dans le droit français : « Cette évolution a trouvé un prolongement majeur avec la loi du 6 novembre 2025 issue des travaux de la présidente de votre délégation aux droits des femmes Véronique Riotton et de la députée Marie-Charlotte Garin. Cette loi modifie en profondeur la définition pénale du viol et des agressions sexuelles, en inscrivant explicitement dans le code pénal le principe selon lequel "constitue une agression sexuelle tout acte sexuel non consenti". Cette loi précise que le consentement doit être "libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable" et qu’il ne peut jamais être déduit du silence, de l’absence de résistance, ni d’un contexte relationnel, y compris conjugal. Il serait incohérent que le droit civil conserve, avec la notion de devoir conjugal, une trace normative d’une obligation que le droit pénal récuse désormais avec force. La proposition de loi que nous examinons aujourd’hui vient précisément assurer la cohérence de notre ordre juridique, en alignant le droit civil sur les principes désormais clairement établis en droit pénal. ».

Et de conclure : « Cette proposition de loi rappelle simplement une évidence juridique : le respect ne se contraint pas, le désir ne se décrète pas, et le consentement ne se présume jamais. Elle protège les victimes potentielles. Elle sécurise les juges dans leur office. Elle clarifie le droit pour les praticiens. Et elle affirme une vision du couple fondée sur l’égalité et la liberté. Pour toutes ces raisons, le gouvernement soutient pleinement cette initiative et invite la représentation nationale à l’adopter. ».
 


Parmi les autres orateurs de cette discussion, le député socialiste Jiovanny William a cité l'arrêt de la CEDH du 23 janvier 2025, à propos dudit devoir conjugal : « L’existence même d’une telle obligation matrimoniale était tout à la fois contraire à la liberté sexuelle, au droit de disposer de son corps et à l’obligation positive de prévention qui pèse sur les États contractants en matière de lutte contre les violences domestiques et sexuelles. ».

La députée LR Alix Fruchon a voulu défendre les femmes victimes de cette absence de précision : « Notre assemblée ne fait pas face aujourd’hui à un simple ajustement juridique. Elle fait face à une réalité violente, longtemps niée, minimisée, contournée : le viol au sein du couple. Depuis 1990, le droit pénal reconnaît le viol conjugal. Pourtant, pendant plus de trente ans, notre droit civil, lui, a continué à tolérer l’intolérable. Car oui, en France, des femmes ont été condamnées pour avoir refusé des relations sexuelles, pour avoir exercé leur liberté la plus fondamentale : disposer de leur propre corps. Elles ont été condamnées en s’appuyant sur une notion archaïque : celle du prétendu "devoir conjugal". Condamnées pour avoir dit non. Le mariage n’a jamais été, et ne sera jamais, un permis de disposer du corps de l’autre. (…) Nous envoyons (…) un message clair aux agresseurs : le mariage ne vous donnera plus d’impunité. Nous envoyons, enfin, un message clair à la société : le corps d’une femme et d’un homme n’est jamais dû. (…) En votant ce texte, nous inscrivons le respect absolu de la dignité humaine au cœur même du mariage. En inscrivant explicitement le consentement dans le code civil, nous faisons œuvre de justice. Nous faisons œuvre de vérité ; nous faisons œuvre de responsabilité politique. Nous affirmons une conception absolue, responsable et profondément humaine du lien conjugal. Ce texte envoie un message clair à la société : le respect du consentement est une valeur non négociable. ».

La députée écologiste nantaise Julie Laernoes a évoqué les liens du mariage comme d'une création continue : « Pendant huit ans, en tant qu’adjointe à la ville de Nantes, j’ai célébré de nombreux mariages. J’ai vu des couples émus, joyeux, parfois tremblants, parfois déjà chargés d’une longue histoire. Quand deux personnes disent oui, elles disent oui à un projet de vie commune, à un respect mutuel, à un soutien réciproque. Elles ne disent pas oui à une disponibilité sexuelle automatique, sans condition, sans désir et sans liberté. Le consentement n’est jamais un acquis définitif : il se renouvelle et se construit chaque jour. (…) Ce texte a une portée juridique essentielle : il clarifie, sans laisser place à aucune ambiguïté, que la communauté de vie ne crée aucune obligation sexuelle et qu’un refus de relation ne peut jamais fonder un divorce pour faute. Il met, enfin, notre droit en cohérence avec nos principes fondamentaux. Il a aussi une portée éducative et culturelle majeure, car les mots de ce texte ne resteront pas dans les codes : ils seront lus, à voix haute, dans nos mairies. L’article 215 du code civil disposera que "Les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie. Cette communauté de vie ne crée aucune obligation pour les époux d’avoir des relations sexuelles". L’article 242 précisera : "Le divorce pour faute ne peut être fondé sur l’absence ou le refus de relations sexuelles". Ces phrases seront entendues par les futurs époux, par leurs familles, par leurs enfants parfois, par plusieurs générations réunies dans une même salle. Le message sera clair  : le respect du consentement ne s’arrête pas à la porte du couple ; le corps de l’autre ne nous appartient jamais, et le cadre du mariage ne fait pas exception. ».

La députée MoDem Maud Petit a estimé que les textes n'ont pas assez évolué avec la société : « Dans notre droit, le mariage repose sur des engagements simples et essentiels : le respect, la fidélité, le secours, l’assistance. Ces engagements ne sont pas des formules figées ; ils traduisent une vision du couple fondée sur la dignité et l’égalité. Pourtant, une idée héritée d’un autre temps continue de hanter notre droit civil : celle du "devoir conjugal", une notion jamais écrite dans la loi, mais longtemps déduite par la jurisprudence, comme si le mariage emportait une disponibilité sexuelle permanente. Comme si le consentement, dans le couple, pouvait être implicite, présumé et permanent. Cette conception a pesé lourd. Elle a invisibilisé des violences. Elle a enfermé des femmes, et parfois des hommes, dans l’idée que l’intimité conjugale ne pouvait être ni discutée, ni refusée. Elle a prolongé, symboliquement, l’époque où le mari était le chef de famille et où l’épouse lui devait obéissance. Mais notre société a changé. ».

La députée HOR Anne-Cécile Violland a placé un aspect historique : « À une époque où la notion de consentement s’impose enfin, dans le débat public comme dans la sphère privée, il convient de s’appuyer sur la connaissance qu’ont nos concitoyens du code civil pour renforcer la compréhension des droits et obligations de chacun en matière de consentement. Il en va ainsi de l’article 212 de notre code civil, qui prévoit que les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance. Peu d’articles de notre droit positif ont traversé les siècles avec une telle stabilité : ces dispositions, issues de la loi du 27 mars 1803, n’ont pas évolué. La clarté et la pérennité de leur rédaction est à la hauteur de leur importance. (…) Les agressions sexuelles et toutes les formes de violences sexuelles constituent des infractions pénales d’une gravité extrême, nécessairement exclues des rapports conjugaux. Or c’est désormais autour du consentement que s’articule la définition pénale du viol et des agressions sexuelles. En vertu de l’article 222-22 du code pénal, tel que modifié par la loi du 6 novembre 2025, "constitue une agression sexuelle tout acte sexuel non consenti commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur ou, dans les cas prévus par la loi, commis sur un mineur par un majeur".Pour le dire autrement, le consentement est désormais la pierre angulaire de la légitimité de tout rapport sexuel. ».

De son côté, la députée communiste Karine Lebon a reformulé ce qui a déjà été dit : « Le mariage n’est ni un abonnement illimité, ni un contrat d’obligation sexuelle à durée indéterminée. Il ne prévaut pas sur le droit inaliénable de chacun à pouvoir disposer librement de son corps. Il n’ouvre aucun droit sur le corps de l’autre. C’est précisément ce que vient affirmer cette proposition de loi : mettre fin à l’idée selon laquelle une relation sexuelle pourrait relever d’une obligation entre époux. Pendant trop longtemps, une zone grise a persisté dans notre droit civil. Alors même que la justice pénale reconnaît le viol conjugal depuis 1990 et le sanctionne, certaines décisions au civil ont considéré l’absence de relations sexuelles comme une faute, au nom d’une lecture pour le moins extensive de la communauté de vie et du code civil. Cette logique est dangereuse. ».

La députée RN Pascale Bordes a nuancé le soutien de son groupe à cette proposition de loi : certes, son groupe voterait le texte, mais en détail, il s'opposerait à la rédaction de l'article premier écrit par la commission. Elle a justifié cette position ainsi : « Cet article affirme désormais que la communauté de vie ne crée aucune obligation pour les époux d’avoir des relations sexuelles. Cette rédaction (…) pose un problème de méthode, de logique juridique et, au fond, de conception du droit. En droit civil, une obligation ne naît que lorsqu’elle est définie positivement par la loi : ce que la loi n’érige pas en obligation n’en est pas une, et donc n’existe pas. En introduisant dans le code civil une affirmation selon laquelle une obligation n’existe pas, on crée une forme d’obligation négative qui n’a pas de portée normative et qui rompt avec la cohérence habituelle de notre droit. La communauté de vie prévue à l’article 215 du code civil n’a jamais créé, par elle-même, une obligation sexuelle. Le problème ne venait pas du texte, mais des interprétations jurisprudentielles extensives. Il fallait donc mettre fin à ces interprétations, sans inverser la logique du code civil en multipliant des déclarations négatives là où une clarification ciblée suffisait. À force de vouloir tout écrire (…), on produit une loi bavarde. On prend le risque d’alourdir inutilement le droit, de le fragiliser et d’ouvrir la voie à de nouvelles confusions interprétatives et jurisprudentielles, l’inverse du but poursuivi. (…) Clarifier le droit, oui ; le réécrire à rebours de ses principes fondamentaux, non. Nous refusons un droit bavard, redondant ou idéologique, mais nous défendons un droit sobre, lisible, protecteur et respectueux des principes fondamentaux qui structurent notre modèle juridique. ».

Enfin, la députée EPR Véronique Riotton, très impliquée dans la construction de la loi sur le consentement (celle du 6 novembre 2025), a rappelé la situation réelle et encore récente d'une femme : « Imaginez un instant : vous refusez des rapports sexuels ; votre mari vous harcèle, encore et encore, jusqu’à un point insupportable ; vous trouvez le courage de déposer une main courante et de demander le divorce ; vous pensez que la justice va vous protéger. Hélas, cette main courante devient une arme contre vous : un juge y voit la preuve que vous refusez vos devoirs conjugaux et le divorce est prononcé à vos torts exclusifs. (…) En résumé : vous dites non ; on vous harcèle. Vous le signalez ; on vous condamne, on vous ruine, on vous brise pour n’avoir pas honoré vos obligations matrimoniales. On peut discuter technique juridique, contradiction des codes ou vide législatif, mais regardons la réalité en face : en 2025, en France, des femmes, car oui, ce sont massivement des femmes, sont encore punies pour avoir dit non. On criminalise le viol conjugal d’un côté ; on sanctionne le refus de l’autre. On dit : "Ton corps t’appartient" mais la loi répond : "Sauf avec un anneau au doigt". C’est indéfendable ! C’est d’ailleurs en raison de cette décision inacceptable que, le 23 janvier 2025, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France. (…) Ce jugement européen n’est pas une surprise, il résulte d’une incohérence : le code civil permet encore de sanctionner une femme parce qu’elle dit non, on reconnaît le viol conjugal mais on punit le refus. Comment est-ce possible ? Cette proposition de loi est indispensable, et nous aurions dû, depuis longtemps, affirmer que le consentement constitue un principe juridique valable en toutes circonstances, et non uniquement au pénal. ».

Pour terminer la discussion générale, la Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discrimination Aurore Bergé a livré son témoignage personnel : « Récemment, alors que je m’étais exprimée sur la question du devoir conjugal, j’ai fait ce que je ne fais plus jamais : regarder les réactions d’internautes sur les réseaux sociaux. Comme toutes celles et tous ceux qui ont pris la parole sur ce sujet, j’ai reçu une avalanche de commentaires signés de courageux anonymes qui m’ont tous demandé, je cite de mémoire : mais à quoi ça sert alors de se marier ? À quoi ça sert, une bonne femme, alors que, je cite toujours, elles ne s’occupent déjà plus des gosses, elles ne font plus ni la bouffe ni le ménage ? Si, en plus, on nous prive de ça, il va nous rester quoi ? Quand on connaît les statistiques et les éléments explicatifs, quand on entend ces déclarations qui ne se cachent même plus, il est évidemment nécessaire d’agir pour modifier le droit et proclamer clairement que le mariage n’a jamais été une autorisation à contrôler le corps de l’autre et que le consentement ne se présume jamais, que l’on porte ou non un anneau au doigt. ».
 


Les insoumis aussi, comme le RN, ont un peu quitté le consensus général en réclamant des changements du code civil encore plus importants : Élise Leboucher (FI) et Ségolène Amiot (FI) souhaiteraient préciser que le mariage est sans violence : « Vous estimez que, puisqu’il est écrit que les époux et les épouses se doivent le respect mutuel, leur engagement à s’abstenir des violences va sans dire. Ça va peut-être sans dire, mais ça va toujours mieux en le disant ! Si nous souhaitons l’inscrire dans la loi, c’est parce qu’au moment où les époux prononcent leurs vœux et scellent le contrat de mariage devant le maire, celui-ci prononce chaque mot de la loi, y compris celui de respect ; pourtant, malgré le fait que les époux ont promis de se respecter, la violence reste présente, quotidiennement, dans les foyers français. C’est donc bien que respect et absence de violences ne sont pas forcément perçus comme des synonymes. » et Nadège Abomangoli (FI) souhaiterait remplacer "fidélité" par "loyauté" : « Nous pensons que cette obligation est essentiellement interprétée comme relevant de la fidélité charnelle, qui serait une composante de la communauté de vie ; à ce titre, elle se situe dans la continuité du devoir conjugal. La notion de fidélité laisse supposer un droit de contrôle sur le corps de l’autre ; la supprimer revient donc à lutter contre le continuum de violence dans le couple. Par ailleurs, l’amendement permet d’adapter l’article du code civil au reste du droit : en effet, depuis la loi du 11 juillet 1975, l’adultère n’est plus une faute pénale. Je précise, pour répondre aux objections qui nous ont été faites en commission, que cette proposition n’altère en rien la présomption de paternité prévue au même article. Cette présomption s’applique aux enfants conçus avant le mariage, donc sans l’obligation de fidélité qui a été historiquement utilisée pour distinguer les enfants dits naturels des enfants dits légitimes, une distinction qui n’existe plus depuis 1971. Nous estimons que la fidélité, largement comprise comme fidélité charnelle, ne doit pas compter parmi les devoirs des époux et que le manquement à la fidélité, encore interprété comme un défaut du devoir conjugal, ne doit pas pouvoir constituer une cause de divorce pour faute. ».

Ces suggestions ont été rejetées par les autres groupes pour plusieurs raisons. D'une part, pour des raisons de méthode : les rapporteurs ont interrogé les sénateurs pour rédiger un texte qui serait adopté par le Sénat dans les mêmes termes, afin de pouvoir adopter définitivement le texte avant l'été 2026 sans une seconde lecture (après, ce sera la période de campagne présidentielle). D'autre part, l'idée est de modifier très modérément la définition du mariage, ses droits et obligations, pour ne pas bouleverser cette institution. Enfin, un débat sur la fidélité en droit mériterait des réflexions beaucoup plus soutenues, et l'interdiction en droit de la violence n'empêchera pas la violence.

Sur l'évocation de la violences, le corapporteur Paul Christophe a expliqué : « Le devoir de respect entre époux, prévu à l’article 212 du code civil depuis la loi du 4 avril 2006, inclut déjà l’obligation de vivre sans violence. Robert Badinter, auteur de l’amendement dont est issue cette disposition, disait, en 2006, qu’il s’agissait de "moderniser l’article 212, en introduisant la notion de respect, base d’une vie de couple harmonieuse et préalable indispensable à la prévention des violences conjugales". Cette interprétation nous a également été confirmée par les services du ministère de la justice, qui estiment que "la doctrine analyse l’introduction de ce devoir de respect entre époux comme la consécration de l’égalité entre les époux symbolisant la fin de l’autorité du mari sur l’épouse et impliquant le respect de la volonté de chacun des époux. Cette affirmation du respect de la volonté des époux participe de la lutte contre les violences au sein du couple, qu’elles soient physiques, psychologiques, sexuelles, ou économiques". Cela englobe bien l’ensemble des violences ; votre amendement paraît ainsi redondant et, selon les magistrats auditionnés, susceptible de fragiliser la jurisprudence. ».

Sur l'évocation de la fidélité, la corapporteur Marie-Charlotte Garin a notamment affirmé : « Sur le fond, en tant que féministe, je trouve problématique d’inférer de l’abolition du devoir conjugal, qui met fin à l’obligation de relations sexuelles, qu’il faille automatiquement faire sauter le verrou de la fidélité. Ce n’est pas l’objectif que nous cherchons à atteindre quand, en tant que féministes, nous disons vouloir changer la notion de fidélité. Il me semble que ce serait brouiller le message politique que de supprimer cette notion dans un texte destiné à mettre fin au devoir conjugal, surtout si l’on n’a pas pris le temps d’engager un vrai débat de fond pour repenser le mariage dans sa globalité afin d’en moderniser la conception, et réfléchir à ce par quoi on pourrait remplacer la notion de fidélité. ».


Dans le même sens, la députée EPR Camille Galliard-Minier a ainsi complété : « Nous sommes surtout là pour écrire un texte solide. Il faut avoir conscience que la suppression de cette obligation dans le texte aura des conséquences juridiques extrêmement importantes, si bien que l’on ne peut pas le faire par le biais d’un amendement. L’obligation de fidélité est la condition pour qu’il existe une présomption de paternité dans le couple marié. La loi de 1971 permet aux enfants d’avoir les mêmes droits, qu’ils soient nés hors mariage ou dans le mariage. Lorsqu’un père est marié, on présume, grâce à cette obligation de fidélité, qu’il est le père de l’enfant, si bien qu’il n’a pas à reconnaître l’enfant, alors qu’un père pacsé ou concubin doit le faire. Cela a également des conséquences sur les actions en contestation de paternité qui ne sont pas soumises au même régime juridique. Si vous souhaitez mettre fin à l’obligation de fidélité, il faudra également supprimer la présomption de paternité et modifier tout le corpus juridique des actions en contestation et en reconnaissance de paternité. Ce texte sur le devoir conjugal est important. Modifier l’obligation de fidélité aura des conséquences beaucoup plus lourdes que celles que vous indiquez. En tant que législateurs, nous devons voter des textes solides, qui n’emportent pas des conséquences qui vont bien au-delà des éléments moraux dont vous venez de débattre. ».

Voilà, les seules aspérités au débat provenaient donc des groupes non signataires de la proposition de loi, le RN (refus de voter l'article premier pour des raisons de formes juridiques) et FI (volonté de transformer plus le texte sur la violence et sur la fidélité, au risque d'un rejet par les sénateurs et finalement, d'un report de l'adoption définitive à après les élections du printemps 2027 avec une issue très incertaine).


Le texte rédigé selon la commission des lois a donc été adopté à l'unanimité malgré ces désaccords, car les députés étaient tous d'accord sur l'objectif : supprimer le supposé devoir conjugal du code civil et le faire rapidement, simplement, pour que ce texte soit applicable le plus rapidement possible. Du côté du Palais-Bourbon, la mission a été remplie. On peut féliciter les députés. Reste aux sénateurs de le faire avec la même efficacité.


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Sylvain Rakotoarison (28 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260128-devoir-conjugal.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/devoir-conjugal-la-fin-de-l-266386

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/28/article-sr-20260128-devoir-conjugal.html


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14 mai 2023 7 14 /05 /mai /2023 05:02

L'association SOS Homophobie créée en 1994 récolte les milliers de témoignages d'actes homophobes en France. Chaque année, elle publie son rapport sur ces phénomènes en hausse ces dernières années. On peut y lire les dernières statistiques de l'année précédente.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport (fichier .pdf) :
https://ressource.sos-homophobie.org/Rapports_annuels/Rapport_LGBTIphobies_2023.pdf

https://ressource.sos-homophobie.org/Rapports_annuels/Rapport_LGBTIphobies_2023_dossier_presse.pdf


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230517-mariage-pour-tous.html



SR

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20230517-rapport-sos-homophobie.html
 

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17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 01:54

Les mesures pour limiter la propagation du coronavirus Covid-19 doivent être déjà bien comprises par les adultes avant de les expliquer aux enfants. Deux psychologues (Dr Geneviève Beaulieu-Pelletier et Dr Frédrérik L. Philippe) ont réalisé une plaquette d'information à destination des enfants.

Beaulieu-Pelletier, G. & Philippe, F. L. (2020).
Parler du COVID-19 aux enfants : Gérer les impacts psychologiques.
© Geneviève Beaulieu-Pelletier, 2020

Cliquer sur le lien pour télécharger la plaquette (fichier .pdf) :
http://www.elaborer.org/covid_enfant.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200316-macron.html

SR
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20200317-coronavirus-enfants.html


 

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20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 19:21

(verbatim)

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191122-andre-gide.html


Discours du Président Emmanuel Macron le 20 novembre 2019 à Paris

Madame la directrice générale de l’Unesco, chère Audrey AZOULAY,
Monsieur le Défenseur des droits, cher Jacques TOUBON,
Madame la Défenseure des enfants,
Mesdames Messieurs les ministres,
Madame la maire de Paris,
Mesdames Messieurs les élus,
Messieurs les présidents, Excellences,
Mesdames Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames Messieurs,

Chers enfants, alors nous nous retrouvons d’abord dans ce lieu et je tenais à être présent à vos côtés aussi ici et c’est plus qu’un symbole c’est rappeler l’origine, la sève de ce qu’est l’Unesco. Et nous arrivons dans un moment un peu particulier, celui de cette 40ème conférence générale de l’Unesco qui nous a valu la présence du Secrétaire général des Nations Unies la semaine dernière, conférence générale qui est une relance de cette ambition éducative, culturelle, artistique que l’Unesco porte. Cette maison ce sont les Nations Unies à Paris, cette maison c’est comme le disait BLUM la « conscience » des Nations Unies. Et donc parler ici des droits de l’enfant, parler ici d’une des grandes chartes que les Etats ont décidé pour eux-mêmes est à mes yeux de la plus grande force. Et donc merci de ne pas seulement nous accueillir, mais de faire vivre ces principes. Merci à l’Unesco.

Vous l’avez dit Monsieur le Défenseur des droits, Madame la directrice générale à l’instant, 30 ans, 30 ans que cette Convention internationale des droits de l’enfant a été conçue puis progressivement signée, ratifiée par la France. Mais le combat continue pour beaucoup d’autres pays parce que nous n’y sommes pas. Alors je suis pour ma part heureux et fier de notre pays qui a participé, contribué il y a 30 ans à la rédaction de ce texte, qu’il a ensuite aussitôt signé, rapidement ratifié pour le mettre en œuvre. Et tout cela vient de loin, au fond d’une culture philosophique, politique qui a toujours irrigué la France depuis RABELAIS en passant par ROUSSEAU jusqu’à Françoise DOLTO pourrais-je dire. Il y a en France cette histoire justement de la reconnaissance de ce que sont les droits de l’enfant, de l’importance de l’éducation, de la formation des esprits, de l’éducation des jeunes gens, d’abord il faut bien le dire des jeunes garçons et en France, plus tôt qu’ailleurs des jeunes filles aussi et de cette conscience que l’enfant avait un droit particulier dans la société. Parce qu’il était déjà cet être en devenir, parce qu’il fallait le protéger, parce qu’il fallait l’aider à construire sa propre conscience. Et cette philosophie a bien évidemment irrigué les Lumières mais au-delà de cela l’action des premiers républicains. Et donc ce sujet en France est d’importance et c’est aussi pour cela que je voulais être parmi vous.

Et je suis parmi vous avec cette fierté de ce que la France a fait porter, avec aussi beaucoup d’humilité. Humilité devant tout le travail qui est fait chaque jour par le Défenseur des droits, la Défenseure des enfants mais si je puis dire partout dans le pays. Nos associations, les travailleurs sociaux, les magistrats, nos départements, leurs services qui sont en particulier en charge de l’aide sociale à l’enfance, vous l’avez rappelé, nos éducateurs, toutes celles et ceux qui accompagnent les enfants en situation de fragilité, les enfants en situation de handicap pour lesquels nous nous battons beaucoup, toutes celles et ceux qui chaque jour œuvrent à l’effectivité de ces droits qu’ils soient ceux de la convention ou ceux de notre droit national. Et je sais que bien souvent ils se sont retrouvés seuls, que pour beaucoup de ces associations qui ont porté parfois des mesures qu’on prend aujourd’hui ou qui sont encore attendues ils ont eu le sentiment qu’on ne les écoutait pas toujours, que ce combat était oublié. Et donc la mobilisation nationale que nous sommes en train de conduire, que vous portez est à mes yeux extrêmement importante mais elle ne doit rien enlever à ce combat parfois solitaire, souvent de soutier mené par toutes celles et ceux que je viens d’évoquer. Et dans cette liste je veux évidemment avoir une pensée toute particulière pour nos professeurs et nos éducateurs, celles et ceux qui chaque jour accompagnent nos enfants et les aident à grandir. Et avec cette humilité je veux avoir une très grande détermination en venant vous voir. Alors je suis désolé parce qu’on m’a dit que c’était une conférence inversée et que c’est vous qui alliez poser les questions et que les gens répondent mais moi j’arrive avec un discours. Donc je vais essayer quand même de répondre à des questions que vous ne m’avez pas posées et de vous dire deux trois choses à vous de cette détermination. Parce qu’il y a beaucoup de choses encore à faire.

Je le disais, nous il y a 30 ans on a aidé à construire ce texte, on l’a signé, on l’a ratifié mais est-ce que tout va bien en France ? Non. Malgré l’engagement de beaucoup. Il y a des combats que nous avons encore à mener, je le disais on le mène pour les enfants en situation de handicap. On a beaucoup fait pour qu’il y ait plus de places à l’école, pour qu’on puisse avoir une école plus inclusive, plus de structures. Ce combat va continuer et on ne lâchera rien. Et puis l’entrée dans le travail. On a, vous l’avez rapidement évoqué, des situations qui sont encore inacceptables, d’enfants qui vivent dans la très grande précarité, qui dorment dans la rue aujourd’hui parce que leurs familles dorment dans la rue. Nous avons ce défi des mineurs non-accompagnés et donc de ces enfants qui ont été pris justement dans ces grandes migrations et qui sont dans des situations aujourd’hui encore inacceptables dans notre pays. Et donc je suis parfaitement lucide, volontaire et déterminé sur tous ces sujets où j’ai demandé au gouvernement d’agir et où nous aurons dans les prochains mois des rendez-vous importants. Et je salue le travail d’aiguillon que beaucoup d’entre vous mènent sur ce point, parce que nous ne devons rien céder. Et pour passer de la convention aux actes, et au fond pour essayer de dire deux trois choses concrètes, il y a peut-être trois sujets sur lesquels je voulais insister, trois sujets sur lesquels nous sommes profondément engagés et qui font partie de ces actes à mettre en œuvre.

Le premier c’est le combat en matière d’éducation, d’accompagnement de la petite enfance. Je le disais en reparlant de cette grande odyssée française justement pour pouvoir aller à l’école, apprendre. Ce qu’on sait c’est que plus vite on est accompagné dans la famille, à l’école, mieux on est encadré, plus vite et plus facilement on arrivera à être un bon citoyen, à être heureux, à bien se développer, à être ensuite heureux à l’école comme vous. Alors on a pris des décisions pour l’école, par exemple de réduire le nombre d’élèves par classe en CP-CE1. On va continuer sur la grande section de maternelle et les autres classes progressivement parce qu’on apprend mieux quand on est moins nombreux. Il y a une deuxième décision importante c’est de s’assurer que partout on ait des personnes pour accompagner les élèves qui sont plus fragiles, en situation de difficulté à l’école. On n’est pas encore au résultat mais on a beaucoup amélioré les choses avec ces auxiliaires de vie scolaire qui jouent un rôle très important. Troisième chose, et moi j’y crois beaucoup, pour la première fois depuis plus de 50 ans on a changé l’âge et donc on a porté l’obligation d’aller à l’école à 3 ans. Et cela touche surtout certains territoires ultramarins et les personnes qui sont, qui étaient les plus fragiles, où les parents parfois ne travaillaient pas, n’emmenaient pas forcément les enfants à l’école. Or ce sont des âges où on se sociabilise beaucoup plus facilement, et où être à l’école change beaucoup de choses. Mais quand on regarde nos grands voisins, quand on regarde ceux qui font mieux que nous pour les droits de l’enfant on s’aperçoit qu’il y a un âge fatidique, c’est celui en quelque sorte qu’on ne rattrape pas à l’école, c’est les 3 premières années, ces 1000 premiers jours. Et c’est pour cela qu’on a confié une mission à une commission d’experts qui est présidée par Boris CYRULNIK, qui est un grand spécialiste du sujet, qui est de nous dire comment on peut faire pour que nos enfants soient le mieux possible en France pendant les 1000 premiers jours de vie. C’est très dur parce que jusqu’à présent on se disait cela ne touche pas l’Etat, ce n’est pas une politique publique. Et c’est vrai que cela reste d’abord et avant tout le rôle des parents, de la famille. Mais d’abord tout le monde ne naît pas parent, ça s’apprend. Et plus on est dans la difficulté économique, sociale, plus on a soi-même connu des difficultés enfant, plus c’est dur d’être parent. Et ensuite quand on a des accidents de la vie c’est parfois très dur. Et puis, en quelque sorte, c’est là déjà que les premières inégalités se font et on s’aperçoit quand on a un enfant qui grandit dans une famille où tout va bien, où les parents peuvent s’occuper de lui, où il est plein d’amour, il va se développer, il va apprendre beaucoup plus facilement et il va arriver à l’école déjà avec une situation bien plus favorable que d’autres. Et donc cette commission 1000 premiers jours elle va nous proposer pour le début de l’année prochaine des mesures très concrètes : comment on aide les parents à devenir parents ? Cela commence dès le 4ème mois de grossesse. Comment on améliore nos visites médicales aussi parfois pour mieux dépister ? On a commencé par exemple avec ce travail de lutte contre l’autisme, mais comment mieux dépister certaines pathologies qui font que l’enfant ne se retrouvera pas forcément au fond de la classe si ça va mal en arrivant et parce que là aussi il faut l’aider, il faut corriger. Comment on peut mieux accompagner les parents pour apprendre ? Soit en donnant plus de congés parentaux, en les organisant mieux, en développant davantage ou mieux les crèches, les différents modes de garde. Je ne vais pas être ici plus détaillé, mais il y a une myriade de choses très concrètes à faire. On a besoin d’être éclairé par les plus grands spécialistes et d’apprendre d’autres pays. J’en prends un, la Finlande. La Finlande fait beaucoup mieux que nous sur ce sujet. Elle fait beaucoup mieux que nous. Elle a des enfants qui arrivent mieux et plus facilement à l’école, qui sont plus heureux. C’est une société plus inclusive grâce à tout ça, et donc, ce chantier est essentiel et on va continuer d’y être engagé. J’y crois pour ma part beaucoup et j’attends beaucoup de ça parce que c’est, comment être plus heureux collectivement dans la société.

Il y a un deuxième grand chantier. Il a beaucoup occupé, le secrétaire d’État, Monsieur TAQUET, la garde des Sceaux aussi et beaucoup d'autres ministres qui sont concernés. C'est le combat contre les violences faites aux enfants. Et ça, c'est le deuxième grand chantier sur lequel je voulais insister. Ce sont des violences qui peuvent être verbales, physiologiques, physiques, sexuelles. Et ici, je n'oublie aucun des prénoms des enfants qui ont disparu ces derniers jours, semaines, mois dans notre pays. Ça se passe partout dans la société et ça se passe avant tout dans la famille. Le Défenseur des Droits l'a dit, en vous interpellant, en disant :  “parlez”. C'est vrai que c'est très dur quand on est un enfant et que on subit des choses. On subit. Mais il faut apprendre à parler, apprendre aux enfants à dire : ceci, c'est mon corps, c'est ma personne, elle doit être respectée même quand ça se passe dans la famille. Il y a souvent eu un tabou dans notre société comme dans beaucoup d'autres pour ne pas dire. Mais les réalités sont là. Deux enfants sont tués chaque semaine par un de leurs parents. Et la moitié d'entre eux ont moins d'un an. Moins d'un an. Ceux-là, ils ne peuvent pas dire, mais il y a d'autres personnes souvent pour voir autour. Il y a des regards qui se détournent. Il y a des silences qui sont faits. Il y a aussi des parents qu'on a laissé s'isoler et aller vers le pire. Alors, face à cela, il y a plusieurs tabous qu'il faut lever et qu'on est en train collectivement de lever. C’est pour cela aussi que je remercie les artistes, les engagés qui sont mobilisés sur ce combat. Les cinéastes. Il y a eu des films formidables comme les Chatouilles qui ont été sortis l'année dernière. Il y a des gens qui ont vécu ça dans leur chair et qui portent ce message parce que lever un tabou, c'est un combat culturel. Mais il faut accepter de dire que ce n'est pas parce que c'est dans la famille que tous les droits sont permis et que tous les silences sont autorisés. Et parfois les choses se passent dans des plis, des replis, des silences. Notre littérature en est pleine. On n'a plus à les accepter. Et donc protéger nos enfants, c'est dire, c'est leur apprendre à dire, leur apprendre à faire respecter leur corps, c'est aussi apprendre cela aux parents et c'est dire le meilleur ami de la famille si l'enfant dit quelque chose d'étrange sur lui, il faut l'écouter. Et dans la famille, il faut aussi écouter. Et donc oui, les pouvoirs publics ont aussi un droit de regard, d'action, comme une forme de droit d'ingérence quand il s'agit de protéger nos enfants et nous devons l'assumer. Et on ne doit rien y céder. Alors ce chemin, on va le faire collectivement ensemble. Mais il est important. Il ne s'arrête bien évidemment pas à la famille. Il se construit aussi à l'école.

J'ai eu l'occasion de vous interpeller il y a quelques semaines quand c'était la journée contre le harcèlement scolaire. Mais les violences, c'est aussi à l'école. Peut-être que vous savez ce que c'est, vous l'avez déjà soit subi, soit parfois vu. C'est quand tout le monde se moque du même élève. C'est quand tout le monde l'isole dans la classe pour telle ou telle raison. Tout cela parce qu'il a un drôle de comportement. Peut-être qu'il a un problème qu’il ne vous dit pas. Parce qu'il ne s'habille pas tout à fait pareil. Parce qu'il a telle ou telle difficulté ou parce qu'on a décidé d'en faire un bouc émissaire. Parce qu'il a la tête pour ça. Le dire là aussi. Parce que je peux vous dire que des années, parfois des décennies après, celui dans la classe qui a été isolé, qui parfois a bien fait rire, il a encore les cicatrices de tout ça. Et je peux vous dire que quand on a été complice de ces agissements, bien souvent, on le regrette. Et là aussi, ce harcèlement qui paraît sympathique au début et qui peut paraître innocent, ce n’est rien. On rit à quelques-uns. Quand il conduit à s'isoler, quand il conduit quelqu'un à souffrir, il peut amener au pire. Et là aussi, on l'a vu au suicide de tel ou tel enfant, à des traumatismes qui se révèleront plus tard, à des drames. Ça se passe à l'école, ça se passe dans la cour de récréation, ça se passe devant l'école, ça se passe sur les réseaux sociaux là aussi. Et donc ce combat, nous devons le mener là. On a besoin de vous aussi pour déjà être, si je puis dire, conscient du rôle que vous avez et de la bienveillance qu'on doit avoir collectivement dans notre école. Et sur ce point, vous savez combien le ministre de l'Éducation nationale, mon épouse aussi est profondément engagée dans ce combat contre le harcèlement à l'école, dans les clubs de sport, dans la rue, partout. Mais on doit aller plus loin sur ce sujet de la violence faite aux enfants. Et donc, c'est tout l'objet du plan qui a été bâti par le secrétaire d'Etat qui a été proposé, exposé en lien avec beaucoup d'autres ministres et qui consiste justement à proposer un plan de mobilisation, d'actions contre ces violences. Je ne vais pas ici rappeler les 22 actions. Je crois sous votre contrôle, Monsieur le ministre, qui sont ainsi proposées, mais qui marque une véritable mobilisation des pouvoirs publics pour protéger l'enfant. Les enfants, tous les enfants, y compris ceux qui sont à la frontière de différentes situations. Entre le handicap et l'aide sociale à l'enfance. Ces enfants qui étaient parfois oubliés parce qu'ils n'étaient pas forcément dans la bonne case. Mais il y a une chose pour moi qui est très importante si je devais en souligner une dans ce plan. C'est la mobilisation très forte pour protéger les enfants de toutes les personnes dont on sait qu'elles sont potentiellement dangereuses pour nos enfants. C'est-à-dire, les personnes qui ont eu justement des actes de consultation d'images pédopornographiques et qui était un sujet qu'on n'avait pas pris pleinement à bras le corps jusque-là. En effet, aujourd'hui, jusqu'à aujourd'hui, on pouvait avoir été condamné pour consultation et détention d'images pédopornographiques mais exercer une profession en contact avec les enfants parce que cette information pourtant capitale n'était pas accessible à tous les employeurs. C'était une réalité dans notre pays. Et je sais pour beaucoup d'associations, de combattants de ce sujet, un scandale absolu. Alors ce que nous allons mettre en place maintenant est simple. La peine sera menée, sera portée et durcie à 5 ans d'emprisonnement pour consultation d'images pédopornographiques. Ce qui veut dire qu'il y aura une inscription automatique au fichier judiciaire national, le fameux FIJAIS qui permet justement de recenser toutes ces personnes qui sont dangereuses. Jusqu'à présent, parce que notre droit n'était pas clair, il y avait en moyenne 400 personnes chaque année qui consultaient ou détenaient de tels contenus, qui étaient donc des gens potentiellement dangereux pour nos enfants. 400 personnes chaque année qu'on trouvait, qu'on avait identifié et qui ne figuraient pas au FIJAIS. Maintenant, ce sera terminé. Ils y seront.

La deuxième chose, et j'y tiens profondément, c'est que toutes les personnes qui dirigent des crèches, des écoles, des clubs de sport, des associations agréées ou qui ont une délégation de service public, non seulement pourront, mais devront consulter ce fichier quand elles embauchent quelqu'un. Elles y auront accès et nous allons passer avec tous les ministères des audits pour nous assurer qu'elles le font bien. Et pour s'assurer que telle personne, qui parfois a commis le pire il y a 5 ans, 10 ans, 15 ans, si elle a purgé sa peine, elle doit pouvoir se réinsérer dans la société. Mais on ne doit pas la réexposer à nos enfants. Et là aussi, il faut être extrêmement clair. Et donc, ce sera maintenant possible grâce à ce plan d'action. Nous l'auditerons, nous le surveillerons. Ce sera non seulement une possibilité, ce qui n'était pas le cas aujourd'hui, mais un devoir. Ce sujet est essentiel parce qu'on a eu trop de drames en agissant pas assez fortement.

Et puis, le troisième sujet sur lequel je voulais m'exprimer devant vous. Vous dire notre mobilisation, mon engagement, c'est aussi la protection des enfants dans l'espace numérique. C'est le dernier point sur lequel je voulais insister. C'est une priorité qui est très importante. C'est protéger nos enfants face à de nouvelles menaces, de nouvelles transformations. Il y a 30 ans, le numérique n'était pas ce qu'il était aujourd'hui. J'ai vu certaines et certains d'entre vous étaient en fac. Donc évidemment, vous avez accès aux réseaux sociaux. Après, il y en a qui y ont accès très jeune. Cela dépend des familles, des situations. Et donc, ils ont accès parfois à des messages qui sont durs. C'est ce que j'évoquais sur le harcèlement qui se passe aussi sur le numérique mais ils ont aussi accès à des contenus qui ne sont pas faits pour eux. Et là aussi, par exemple, les contenus pornographiques. En moyenne, on considère que dans notre pays, c'est à 13 ans, 13 ans qu'on accède à la pornographie. Je ne sais pas si vous imaginez. Cela veut dire que pour beaucoup de jeunes, l'imaginaire se construit, la sexualité se bâtit par les stéréotypes, la brutalité qui va avec ces images et tout ce que ça peut induire. Et donc, ça fait partie de l'éducation que vous ayez progressivement accès aux réseaux sociaux, à ce que le numérique permet d'avoir pour apprendre, pour savoir, oui, mais qu'on vous protège aussi sur le numérique comme on vous protège dans la société. On n'emmène pas un enfant, quand on le promène dans la rue, dans un sex-shop à 13 ans, la plupart du temps. Vous en conviendrez avec moi. Il n'est pas choquant de dire : on doit protéger nos enfants pour ne pas considérer que c'est un espace où tout est permis le numérique, où on devrait détourner le regard et où la liberté en quelque sorte, n'aurait plus d'ordre public, plus qui permet aussi d'éduquer, de protéger. Dans beaucoup de cas d'ailleurs, nos enfants ont par ce truchement accès à la pornographie de manière totalement involontaire, par le biais de publicités qui arrivent, par des pratiques qui sont inacceptables. Et là aussi, dès le début de l'année prochaine, il y a quelques mesures très claires, très fortes qu'on va prendre, sur lesquelles je voulais insister.

La première, c'est permettre aux parents de reprendre davantage la main sur l'utilisation du numérique par leurs enfants. Je veux que soit mis en place un contrôle parental par défaut, qui permettra de garantir simplement son application. Aujourd'hui, c'est une démarche volontaire. Dans la plupart des cas, ça n'est pas suffisant. Ça doit être un contrôle par défaut. Je sais que ça gêne beaucoup de plateformes, beaucoup d'opérateurs numériques. Très bien. Je sais que le dogme est souvent la liberté. J'aime la liberté, moi aussi, mais la liberté n'existe pas s'il n'y a pas d'ordre public. Et donc, on donne 6 mois aux acteurs de l'internet pour participer à cela, pour nous proposer des solutions robustes. Et je le dis très clairement : dès maintenant, nous préparons la loi. Si dans 6 mois, nous n'avons pas de solution, nous passerons une loi pour le contrôle parental automatique. Ensuite, sur ce sujet, la responsabilité et les sanctions des sites pornographiques, qui permettent aux mineurs d'accéder à leur contenu, doivent aussi être renforcées et là-dessus, dans notre projet de loi audiovisuelle, il y a plusieurs éléments très importants sur lesquels je voulais insister. D'abord, on va maintenant enfin préciser dans notre Code pénal que le simple fait de déclarer son âge en ligne ne constitue pas une protection suffisante contre l'accès à la pornographie des mineurs de moins de 15 ans. Il s'agira ainsi de généraliser des dispositifs de vérificateurs d'âge efficaces sur les sites pornographiques. Le choix des moyens sera laissé à l'appréciation des sites, pourvu qu'ils soient efficaces et réels. Et à cette nouvelle obligation répondront de nouvelles sanctions. Les juges pourront ainsi bloquer les sites qui ne respecteront pas cette loi. Et puis on va donner une compétence au Conseil supérieur de l'audiovisuel, qui est l'instance française qui contrôle. Quand vous regardez la télévision, et qu’il y a des choses qui ne sont pas correctes, il y a quelqu'un qui est chargé de contrôler, qui peut sanctionner. Il peut mettre des amendes, voire plus. Eh bien, cette même instance sera étendue à la protection des mineurs contre la pornographie. Le CSA contrôlera que les plateformes respectent bien cette nouvelle obligation et il pourra lui aussi appliquer des sanctions à l'encontre des contrevenants. C'est là aussi un élément très important et j'y tiens.

Il y a d'autres sujets sur lesquels nous allons continuer à avancer : le harcèlement en ligne, comme je l'ai évoqué, qui suppose de faire avancer notre droit. Mais ces combats, et en particulier celui en matière de numérique, doivent aussi devenir des combats européens et internationaux, parce que la France seule ne peut agir. Il suffirait d'ouvrir un site en Belgique, en Allemagne ou ailleurs pour arriver au même résultat sans qu'il puisse être régulé en France. Donc, ce combat, nous allons le porter au niveau européen de la même manière et je souhaite que nous puissions aussi le porter au niveau international. C'est pourquoi je demande au secrétaire d'Etat en charge de l'enfance de lancer des travaux en ce sens avec ses homologues pour aboutir en 2020 à une nouvelle déclaration de politique internationale qui portera sur la protection des enfants dans le monde numérique. Nous avons en effet besoin de protéger la vie privée et les données personnelles des enfants, de protéger nos enfants contre le cyberharcèlement et la haine en ligne, de protéger nos enfants contre la pédo-criminalité et la diffusion d'images d'enfants en ligne, de mieux les protéger contre l'accès en ligne à des contenus illicites, de les protéger contre l'exposition précoce aux écrans. Cela suppose une nouvelle forme d'engagement international. Cela suppose de bâtir là aussi un nouveau cadre pour faire face à des acteurs qui sont internationaux et qui agissent comme tels. Et donc il nous faut construire ce nouveau droit. C'est ce que je souhaite que la France puisse porter et ce sur quoi nous pouvons avancer.

Voilà les 3 sujets sur lesquels je voulais particulièrement insister devant vous ce matin, avant que vous ne poursuiviez vos travaux. Mais je n'oublie pas tout ce que je n'ai pas dit ou effleuré trop vite et des combats souvent rappelés par les associations, le Défenseur et la Défenseure que j'évoquais rapidement au début de mon propos. Ils sont aussi essentiels que ce que je viens de livrer.

Et à nos enfants, je veux le dire comme cela a été dit : apprenez ces droits, ayez accès à ces droits, parlez, libérez la parole, considérez qu'il n'y a pas d'automatisme, et que quand quelque chose vous heurte, vous rend malheureux, il faut le dire. Le dire à vos proches, le dire à vos maîtres, à vos enseignants, le dire à vos amis. Mais permettez-moi aussi de vous dire une chose et de nous dire une chose : il y a tous ces combats. Ces combats, ce sont les nôtres pour vous et parfois, on doit les mener avec vous. Mais n'oubliez pas l'innocence parce que parfois, on vous met beaucoup sur les épaules. Le premier droit d'être enfant, c'est le droit d'être innocent, c'est-à-dire de découvrir la vie avec bonheur, de considérer que l'on n'est pas forcément exposé à tous les maux de la Terre non plus, et qu'on a le droit d'être heureux et d'accéder de manière heureuse à l'éducation, à l'amour, à l'amitié, et donc c'est notre travail à nous. Vous allez nous questionner sur celui-ci et c'est bon que vous ayez à en connaître et que vous le sachiez. Mais parfois, j'ai le sentiment que dans notre société, on ne laisse plus à personne le droit d'être innocent et un peu heureux. Alors, je remercie les artistes, les associations qui sont là, de prendre avec nous cette charge de souci, pour vous en délester parce que ce qu'on doit avant tout vous donner, c'est ce droit d'être innocent, heureux dans notre société. Soyez-le. Ne laissez cela à personne. Personne n'a à vous le voler. C'est un temps béni. Il passe vite, trop vite. Parfois, on a envie de grandir. On regrette ce temps-là, croyez-moi. Mais c'est ce qu'on vous doit au premier chef, vous aider à grandir au bon rythme et à être innocent.

Voilà, Mesdames et Messieurs, chers enfants, ce que je voulais vous dire, mais en vous quittant et en vous souhaitant un bon travail, je voulais vous donner un rendez-vous, un rendez-vous à l'Elysée en janvier prochain, à une autre date, celle du 26 parce que le 26 janvier, c'est la date de signature de cette même convention par la France. Et donc, comme j'aime que les déclarations soient suivies d'effets et qu'il y ait des réunions de chantier, je vous invite tous et j'invite toutes nos associations qui sont en charge de ce combat, tous les acteurs de ce combat, à nous retrouver à l'Elysée, le 26 janvier prochain, pour faire un point sur l'avancée, pour aussi ouvrir de nouveaux sujets. Je vous rassure, ceux qui regarderont verront que c'est un dimanche. Ce n'est pas ça qui m’arrête, nous le ferons en fin de journée et ça nous permettra de faire un point de rendez-vous. Nous en aurons beaucoup. Ce sujet n'avancera pas seul. Ce combat est un combat de longue haleine mais qui supposera beaucoup de mobilisation. Donc, merci à vous, à tous les engagés.

Merci à nos enfants.
Je vous dis au 26 janvier.
Bon travail à vous et merci à tous.

Emmanuel Macron, le 20 novembre 2019 à l'UNESCO, à Paris.

Source : www.elysee.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20191120-discours-macron-unesco.html
 

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 17:17

Vote définitif de la loi sur le mariage des couples homosexuels (23 avril 2013)

23 AVRIL 2013 - 17H08    
Le mariage homosexuel adopté par le Parlement
C'est sans surprise que le Parlement français a adopté définitivement par 331 voix contre 225 le projet de loi qui ouvre le mariage et l'adoption aux couples homosexuels.


Pour en savoir plus, lire cet article :

http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-117162747.html


SR

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 14:16

(dépêches)


 
Le Comité interministériel pour l’adoption réuni à Matignon

Famille  6-02-2009 14:14

Le Premier ministre a réuni, le 6 février, le Comité interministériel pour l’adoption afin de faire un premier bilan d’application du plan d’action sur l’adoption.

Créé par le décret du 30 janvier 2009, le Comité interministériel pour l’adoption a pour objet de coordonner la politique en matière d’adoption.

Ce comité a été l’occasion de faire un premier bilan d’application du plan d’action sur l’adoption présenté en conseil des ministres le 27 août 2008.

Il a approuvé les orientations présentées par les ministres en charge de la famille, des affaires étrangères et de la justice, tendant à :

.  améliorer les conditions d’adoption en France des enfants en manque de famille, ce qui permettra d’augmenter le nombre d’enfants adoptables ; une modification de l’article 350 du code civil est nécessaire : un projet de loi relatif à l’adoption sera en conséquence déposé au printemps ; 
.  renforcer l’information et l’accompagnement des familles dans leur démarche d’adoption ; 
.  faciliter l’adoption internationale dans le respect des règles éthiques, à travers notamment la création d’un fonds de coopération humanitaire et l’envoi de volontaires pour l’adoption internationale.



Le Premier ministre a réuni le Comité interministériel pour l’adoption

Communiqués  6-02-2009 11:42

Le Premier ministre, François Fillon, a réuni ce jour le Comité interministériel pour l’adoption. Créé par le décret du 30 janvier 2009, ce comité a pour objet de coordonner la politique menée en matière d’adoption.


Ce comité a été l’occasion de faire un premier bilan d’application du plan d’action sur l’adoption présenté en conseil des ministres le 27 août 2008.
Il a approuvé les orientations présentées par les ministres en charge de la famille, des affaires étrangères et de la justice, tendant à : 

.  améliorer les conditions d’adoption en France des enfants en manque de famille, ce qui permettra d’augmenter le nombre d’enfants adoptables ; une modification de l’article 350 du code civil est nécessaire : un projet de loi relatif à l’adoption sera en conséquence déposé au printemps ;
.  renforcer l’information et l’accompagnement des familles dans leur démarche d’adoption ;
.  faciliter l’adoption internationale dans le respect des règles éthiques, à travers notamment la création d’un fonds de coopération humanitaire et l’envoi de volontaires pour l’adoption internationale.




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