« Aujourd'hui, on est à un moment très important de notre histoire (…). Il faut absolument arriver à générer un sursaut civique. (…) Nous avons (…) un projet puissant pour que la France soit respectée, que la France soit indépendante, que la France soit gagnante. » (David Lisnard, le 31 mars 2026 sur France 2).
Ça m'apprendra à partir à la pêche et à vouloir attraper un poisson dans mon filet. En ces temps incertains où le monde est à l'envers, le trouble à l'endroit et les imprévus prévisibles, il fallait évidemment compter sur l'idée que la réalité pouvait rattraper l'imagination, on dit d'ailleurs souvent que la fiction dépasse la réalité. Nous sommes dans le Monde selon Trump, et Donald Trump est lui-même, à lui tout seul, un gros poisson. Alors, là, David Lisnard m'a pris de court. Il a fait sa déclaration de candidature à l'élection présidentielle la veille au soir du jour où j'ai proposé qu'il le fît. En pensant que c'était un poisson.
C'est cela, la dégradation de nos institutions. C'est de penser que tous les jours, une personnalité politique (ou pas politique), aussi estimable soit-elle, puisse faire une déclaration de candidature à la Présidence de la République. Comme on fait du jogging le matin ou qu'on se brosse les dents. Mince ! L'Élysée, c'est quand même le sommet de l'État, la magistrature suprême, on peut quand même garder un peu de sacré dans notre vie politique et arrêter de vouloir sans arrêt être le calife à la place du calife. Surtout quand on se réclame du gaullisme.
Bref, David Lisnard est donc bien candidat. J'avais souligné le paradoxe de vouloir être un candidat électron libre et réclamer depuis un certain temps l'organisation de primaire ouverte à droite. Mais l'ambition, c'est ce qui reste quand on se lime trop souvent les dents. Une candidature est irrésistible. Le jour de gloire... ou l'heure de gloire... même pas, la minute de petite gloire alors. La déclaration de candidature de David Lisnard a eu le même impact médiatique que celle de Jérôme Guedj. Une curiosité. Dans le sens des cabinets de curiosités.
D'ailleurs, Léa Salamé (elle, c'est la star et elle le sait) lui a réservé seulement la fin de son journal de 20 heures, pas de quoi en faire la une (et même pas annoncé en début de journal). Ce mardi 31 mars 2026, sur France 2, David Lisnard n'a donc eu droit qu'à cinq petites minutes pour dire qu'il voulait diriger la France, pays de 69 millions d'habitants, pendant cinq ans.
Sa démission de LR, il l'a actée après son entrevue avec Bruno Retailleau : « Je quitte LR parce que LR n'a pas quitté tout simplement ses ambiguïtés et la Macronie, c'est aussi simple que cela. ». Il a critiqué la confiance à François Bayrou, la suspension de la réforme des retraites alors qu'il faudrait la retraite par capitalisation, il a critiqué aussi la participation peu claire de LR au gouvernement de Sébastien Lecornu (à moitié à l'intérieur, à moitié à l'extérieur).
Rejetant l'esprit des appareils de parti (alors que paradoxalement il a créé son propre parti, Nouvelle Énergie), le maire de Cannes a rappelé son origine professionnelle : « Moi, vous savez, je viens d'un monde simple, je viens d'un monde du petit commerce où on est habitué à être responsable de ses actes. Quand on gagne, on gagne. Quand on perd, on perd. ». On comprend d'où vient son discours sur la liberté et la responsabilité, les deux thèmes de campagne du RPR pour les élections législatives du 16 mars 1986.
David Lisnard a confirmé sa candidature à l'élection présidentielle au détour d'une question de Léa Salamé, pas vraiment formellement : « Ça veut dire qu'il faut porter ce projet, et qu'en France, sous la Cinquième République, cela ne peut passer que par la présidentielle. Et c'est cette proposition-là, cette proposition du terrain, cette proposition du pays réel que je voudrais faire entendre. (…) Donc je suis candidat ! ».
Dubitative, la journaliste vedette a mis en doute sa volonté d'aller jusqu'au bout. Serait-ce une candidature de témoignage ? La réponse, c'est son projet : « Évidemment, je n'ai pas la notoriété d'autres, mais je travaille depuis des mois et des mois avec Nouvelle Énergie. On a beaucoup de gens qui nous rejoignent. On a des propositions extrêmement fortes qui ne sont pas du tout extrémistes mais qui sont radicales, qui vont à la racine des choses. (…) Je porte une projet libéral, sécuritaire, éducatif et scientifique. ».
La question à dix balles de Léa Salamé (la tarte à la crème pour les "candidats de droite"), c'est la potentielle alliance avec le RN. David Lisnard a répondu avec conviction. Au premier tour le 15 mars 2026, il a gagné à Cannes (à 81,1%) contre une liste du RN (11,7%) et contre une liste de gauche (7,2%) : « J'ai battu le RN très fortement, et la gauche, aux municipales. Je crois que l'on peut, en France, apporter une proposition qui redonne de l'espérance, notamment à notre jeunesse. Donc, si je devais aller au RN, je serais au RN. Je n'y suis pas. Ils se sont présentés contre moi. Je les ai battus. Et j'espère effectivement avoir une force d'attraction (…). ».
S'il a convaincu sur ses relations avec le RN, David Lisnard n'a pas vraiment convaincu sur l'offre qu'il vient de proposer aux Français pour le débat présidentiel de 2027. À quoi servira-t-il, à part de faire-valoir au candidat du RN, le seul susceptible aujourd'hui d'être certain d'être présent au second tour de l'élection présidentielle ?
D'abord, il a adopté une forme très ringarde, le 20 heures à la télévision, alors que cette ancienne grand-messe journalistique est désormais désertée par la majeure partie de la population. Sur la forme, son discours n'est pas très attrayant et ne sort pas des sentiers battus. De plus, son manque de notoriété pourrait être un obstacle à l'originalité de son programme.
Ensuite, ce qu'il a réussi à faire à Cannes, ce qui est effectivement admirable (ne serait-ce que mettre le RN à moins de 12%), n'est pas un argument pour qui veut gouverner la France entière : Cannes n'est pas représentative de la population française, et de loin. Même s'il y a des quartiers populaires, Cannes reste le symbole d'une ville spectacle, des paillettes de son festival de cinéma, d'une succession de personnalités privilégiées dans les hôtels de luxe... loin de la réalité de la France périphérique qui se lève tôt pour travailler et qui a à peine de quoi se payer l'essence pour se rentre au travail.
Enfin, les mesures chocs qu'il souhaite introduire dans le débat public sont loin d'être populaires (ce qui est tout à son honneur et à son courage). Au contraire, elles sont très impopulaires, comme le programme présidentiel de François Fillon en 2017. David Lisnard veut réformer le système des retraites pour introduire la capitalisation : qui le veut ? David Lisnard veut supprimer 600 000 postes de fonctionnaires : qui le veut ? David Lisnard veut mettre la France sous cloche sécuritaire : qui le veut ? Etc.
Le temps de campagne sert à convaincre, c'est vrai. Mais David Lisnard n'aura pas compris la France s'il n'a pas compris que le mot libéralisme est un gros mot pour la plupart des Français. S'il parvenait à faire comprendre à une majorité d'électeurs que le principal outil de la redistribution, c'est d'abord le profit des entreprises, pour qu'elles puissent prospérer et apporter leur part à la solidarité nationale, ce serait déjà un grand pas de pédagogie politique et j'applaudirais. À ce titre, il rejoint complètement, quoi qu'il veuille l'admettre, l'obsession du Président actuel Emmanuel Macron qui voulait faire de la France un start-up nation. Et finalement, il y a réussi, la France reste le pays européen le plus attractif économiquement. Mais alors, quelle sera la valeur ajoutée de David Lisnard ?
Dans la vieille tradition du poisson d'avril, cet article est un canular, les informations principales sont donc délibérément erronées.
...OU PAS ! Prenant de court mon propre poisson, David Lisnard a en fait annoncé réellement sa candidature à l'élection présidentielle, le mardi 31 mars 2026 au journal de 20 heures sur France 2. Une candidature qui a fait pssschiiiiit dès les premières minutes. Aucun écho...
Merci de votre attention et bonne journée.
SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20260401-dossier-nouvelle-energie.html
« À nous, il revient de reconstruire la France. Je ne vous dis pas que ce sera facile. Mais je vous promets que c’est possible. » (Bruno Retailleau, le 12 février 2026 sur Youtube).
Décidément, c'est la braderie des déclarations de candidature ratées ! Après Jérôme Guedj dont la déclaration de candidature le 5 février 2026 est passée totalement inaperçue, voici Bruno Retailleau qui a foiré sa déclaration de candidature présidentielle ce jeudi 12 février 2026 à 18 heures.
La forme d'abord : on a l'impression d'être revenu cinquante ans en arrière, avec un discours terne, peu attractif et en oubliant même à la fin les si indispensables « Vive la République, vive la France ! » qui font qu'on aime sa patrie. Discours plus stressé que stressant, indéniablement, Bruno Retailleau, qui est parti bien trop tôt (et pourquoi partir un mois avant les élections municipales alors que cette échéance préoccupe toute la classe politique ?), quatorze mois avant l'élection présidentielle.
Au-delà de ce calendrier complètement baroque (l'heure n'est pas à la présidentielle mais aux municipales, qui sont des échéances cruciales en particulier pour son parti qui n'a plus que les exécutifs locaux comme crédibilité), la déclaration de candidature de Bruno Retailleau coche beaucoup de mauvais signes de communication. C'est un tristus qui ne semble promettre que du sang et des larmes (un peu comme François Fillon) et incapable de faire rêver, de faire penser à l'avenir.
Sa déclaration a été retransmise en direct sur Youtube à 18 heures, annoncée par un message sur Twitter trois heures auparavant (message dont les réactions sont presque quasi-exclusivement très critiques à son encontre, mais c'est souvent le lot des réseaux sociaux que d'être critiques), et le message a été relayé et amplifié par ses deux interventions dans le journal de 20 heures sur TF1 (interrogée par Gilles Bouleau) puis à 21 heures sur LCI (interrogé par Darius Rochebin). Autant dire que c'est dans la forme une déclaration de candidature d'un ultra-classicisme désuet que Jacques Chirac n'avait même pas osé faire en 1995 !
Très étonnant que cet homme. On peut avoir la gloire, être la star, mais être durablement la star nécessite une habileté qu'apparemment il n'a pas montrée jusqu'à maintenant.
En 2024-2025, Bruno Retailleau a été le principal bénéficiaire de la situation parlementaire inextricable : il est devenu Ministre de l'Intérieur, populaire (malgré l'absence de résultats) et suffisamment autonome pour ne pas tomber dans le macronisme ressenti (sauf qu'à sa droite, on lui reprochera qu'il est justement un traître, procès habituel des extrémistes, comme l'extrême gauche reproche aux socialistes d'être des traîtres).
En intégrant le gouvernement de Michel Barnier en septembre 2024, Bruno Retailleau avait gagné la première manche face à Laurent Wauquiez qui avait renoncé à prendre le train gouvernemental. En mai 2025, Bruno Retailleau s'est fait élire triomphalement président du parti Les Républicains en battant son encore rival Laurent Wauquiez pour la deuxième manche. Sa présidentialité était confirmée ; son comportement austère, sérieux, vieille France, un peu bourgeoise sur les bords, un François Fillon (son mentor après Philippe de Villiers) sans les casseroles judiciaires et sans la vénalité, l'ont conduit à obtenir autour de 10% d'intentions de vote dans les sondages, avec un potentiel de 15%, ce qui est pas mal et même susceptible de lui donner un ticket de présence au second tour.
Et puis, patatras ! C'est exactement le 5 octobre 2025 que la mécanique Retailleau s'est enrayée. Après vingt-six jours (un record) pour former son (premier) gouvernement, Sébastien Lecornu a rendu publique la liste de ses ministres dans laquelle figure en bonne place Bruno Retailleau, toujours Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur comme l'avait nommé François Bayrou. Sa présence provenait d'une validation le 5 octobre 2025 du maintien de la présence de LR dans le gouvernement, contre l'avis de Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l'Assemblée Nationale. On pouvait imaginer que Bruno Retailleau reprendrait son autonomie et quitterait le gouvernement seulement après les élections municipales.
En fait, le premier gouvernement Lecornu a changé très peu du gouvernement Bayrou, mais à une exception énorme, car Sébastien Lecornu devait se trouver un successeur aux Armées, qui furent attribuées à Bruno Le Maire avec rang de Ministre d'État (le cinquième derrière Élisabeth Borne, Manuel Valls, Gérald Darmanin et Bruno Retailleau). Non seulement le retour de Bruno Le Maire n'était pas très malin politiquement car attisant les oppositions comme symbole du fort déficit de l'année 2024 en tant qu'ancien Ministre de l'Économie et des Finances, mais Bruno Retailleau a semblé découvrir cette présence en écoutant les informations.
Résultat : retournement de positionnement chez LR. Bruno Retailleau a renoncé à rester au gouvernement et a prôné le départ de tous les ministres LR pour rentrer chaudement dans l'opposition... tandis que Laurent Wauquiez, au contraire, a préféré la participation gouvernementale. En particulier, Annie Genevard voulait absolument rester à l'Agriculture.
Sébastien Lecornu a toutefois était plus rapide que ces frères rivaux de LR en auto-dissolvant son gouvernement dès le lendemain matin. Le gouvernement n'aura duré que quatorze heures, c'est un record historique de brièveté depuis qu'un gouvernement existe en France ! Après quelques jours de consultations et alors qu'il était prêt à partir définitivement de Matignon après ce bref passage, Sébastien Lecornu a proposé un second gouvernement qui a eu le mérite de la modestie en retirant tous les poids lourds politiques à l'exception de Gérald Darmanin (qui a sauvé son Ministère de la Justice).
Et depuis cette date, Bruno Retailleau fait désormais partie des ultras aux LR qui refusent l'alliance avec le bloc central, quitte à faire chuter le gouvernement, tandis que Laurent Wauquiez, toujours à front renversé, milite désormais pour l'esprit de responsabilité et la stabilité.
Pour Bruno Retailleau, ce départ du gouvernement n'a eu aucune signification politique. On savait qu'il voulait quitter l'Intérieur pour prendre son indépendance et s'éloigner du Président Emmanuel Macron, mais sur un prétexte politique important, comme les relations avec l'Algérie ou le refus d'une nouvelle loi sur l'immigration. Or, son départ ici n'a été interprété, avec raison, que comme un caprice personnel pour s'opposer au retour d'un pourtant ancien compagnon de route de l'UMP et LR, Bruno Le Maire était même un ancien candidat à la primaire LR pour l'élection présidentielle de 2017.
Bref, loin de bénéficier de son départ du gouvernement, Bruno Retailleau a surtout provoqué incompréhension et ironie. Son positionnement depuis le 5 octobre 2025 est donc complètement illisible et cela explique que sa déclaration de candidature n'a reçu aucun enthousiasme de la part même des militants de LR.
Son seul intérêt, très limité et très politicien, a été de prendre de court ses concurrents LR, à savoir Laurent Wauquiez, mais aussi Xavier Bertrand, Michel Barnier, David Lisnard, et quelques autres velléitaires de la candidature. Dans son allocution, il a confirmé qu'il ne serait pas sexy et qu'il ne serait donc pas élu (parce que pour être élu, il faut séduire les électeurs, leur donner envie, se faire désirer) : « Je ne chercherai pas à séduire à tout prix. Je ne tenterai pas de vous convaincre par des slogans démagogiques ou par des postures théâtrales. Je crois au sérieux, à la constance, à la cohérence. Je ne promettrai rien que je ne pourrai tenir. ». Cela prononcé avec une tête de pompes funèbres, n'a pas pour conséquence de créer un mouvement favorable.
La figure du père Fouettard n'est déjà pas aimée des députés (la preuve par François Bayrou !), alors comment les Français sauraient-ils l'apprécier et lui faire confiance ?
Un internaute sur Youtube paraît résumer avec brio la situation de Bruno Retailleau : « Parfois, un homme a rendez-vous avec l'histoire... et celle-ci lui pose un lapin. ». Le train de l'histoire ne l'a pas attendu. Il a peu de chance de revenir.
« Je souhaite exprimer une voix respectueuse et posée dans un hémicycle trop souvent divisé, où le dialogue doit redevenir une force, et où le respect des convictions de chacun est une condition essentielle à la vitalité démocratique. » (Michel Barnier, le 18 juillet 2025).
L'ancien Premier Ministre Michel Barnier fête son 75e anniversaire ce vendredi 9 janvier 2026 (il a juste dix ans de moins que Joan Baez !). Malgré cet âge canonique (les évêques prennent leur retraite à l'âge de 75 ans), Michel Barnier, qui est de la même année que François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon, est loin de vouloir prendre sa retraite.
Certes, le 4 décembre 2024, une majorité absolue de députés (en l'occurrence 331 sur 577) l'avaient mis en retraite anticipée de Premier Ministre et à ce titre, il est devenu le Premier Ministre le plus bref de la Cinquième République, 3 mois et 8 jours (à l'instar d'un roi mérovingien, on aurait pu l'appeler Michel le Bref). Comme François Bayrou, qui est resté maire de Pau, Michlel Barnier, en toute possession de ses moyens physiques et mentaux, ne voulait pourtant pas jeter l'éponge. Il a eu le courage de vouloir se faire élire au sein même de l'Assemblée qui l'a censuré.
Ainsi, il a été élu député dans la deuxième circonscription de Paris le 28 septembre 2025 au second tour avec 62,6% des voix contre l'ancienne ministre socialiste Frédérique Bredin et (au premier tour) contre l'ancien ministre UMP devenu RN Thierry Mariani. En principe, Michel Barnier est élu pour un mandat qui se terminerait en juin 2029, mais la durée de vie de cette Assemblée serait au maximum jusqu'à l'élection présidentielle (et des rumeurs de dissolution indiquent que des élections législatives anticipées pourraient même avoir lieu en même temps que les élections municipales de mars 2026).
J'ai écrit "élu", mais il faudrait écrire "réélu" car c'est son sixième mandat au Palais-Bourbon. Son premier mandat, il l'a conquis le 19 mars 1978, soit il y a quarante-huit ans ! À 27 ans ! Du coup, on pourrait dire aussi Michel le long, disons, Michel au long cours. Car il a quitté l'Assemblée Nationale il y a trente-trois ans, en mars 1993, pour entrer au gouvernement, puis au Sénat, à la Commission Européenne, au Parlement Européen... et (enfin) à Matignon.
Michel Barnier est donc de nouveau député depuis trois mois. Il s'est inscrit au groupe LR (son parti d'origine), il s'est inscrit aussi à la commission des affaires étrangères et à la commission des affaires européennes, ce qui n'est pas étonnant pour cet ancien commissaire européen et grand négociateur en chef du Brexit. Mais en trois mois, qu'a-t-il fait ?
Au-delà de ses interventions médiatiques, Michel Barnier est intervenu huit fois dans l'enceinte de l'Assemblée Nationale. Six fois au sein de la commission des affaires étrangères pour divers sujets : le 8 octobre 2025 sur les dangers pesant sur le multilatéralisme, deux fois le 22 octobre 2025 sur le retour du protectionnisme, le 5 novembre 2025 sur des considérations budgétaires, le 19 novembre 2025 sur l'aide et la reconstruction de l'Ukraine et le 26 novembre 2025 enfin. Comme on le voit, le mercredi est un jour Barnier.
C'est le cas aussi pour ses deux interventions dans l'hémicycle, à l'occasion des questions d'actualité au gouvernement. Cet exercice permet à la fois posture et hauteur, les deux étant souvent incompatibles. C'est dans ce cadre que l'ancien Premier Ministre a pris la parole sur des sujets graves et importants.
Le premier sujet était la paix à Gaza, avec sa question du 15 octobre 2025 : « Pendant que nous avons des débats nationaux, parfois même très hexagonaux, comme nous le constatons ces jours-ci, le monde, autour de nous, continue de tourner et d’avancer, parfois plus vite qu’on ne le croit, parfois dans la bonne direction. C’est ce qui vient de se produire au Proche-Orient, où une lueur de paix et d’espoir s’est allumée, avec le retour des vingt derniers otages, même si nous pensons aussi à toutes celles et à tous ceux, nombreux, qui ne reviendront jamais. ».
Mais cette paix est très fragile. Michel Barnier a posé la question du rôle de la France : « Quelle part notre pays prendra-t-il, sur place, avec nos partenaires européens, à ce plan de paix, pour lui donner une vraie chance de durer ? Je pense à l’aide et à l’urgence humanitaires dans la bande de Gaza, au démantèlement effectif du Hamas, à la formation des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne et, évidemment, à la reconstruction de Gaza, mais aussi, dans le même temps, aux garanties de sécurité que nous devons, de manière définitive, durable au peuple d’Israël, pour travailler à la perspective de deux États, l’État d’Israël et l’État de Palestine, vivant côte à côte en paix et se reconnaissant mutuellement. ».
La seconde interrogation dans sa question concernait la recrudescence de l'antisémitisme, mais l'ancien Premier Ministre n'a pas pu la terminer par manque de temps : la Présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet lui a purement coupé le micro et rappelé la règle simple : « Le temps de parole est de deux minutes sauf pour le Premier Ministre. ». En effet, et lui le savait lorsqu'il était à Matignon, le Premier Ministre est la seule personnalité politique capable d'intervenir dans l'hémicycle à tout moment et aussi longtemps qu'il le souhaite. Mais un ancien Premier Ministre perd ce privilège, évidemment.
C'est l'actuel locataire de Matignon, Sébastien Lecornu, par courtoisie, qui lui a répondu en évoquant un « contexte d'urgences » de l'après-7 octobre : « La première d’entre elles demeure l’urgence humanitaire, aussi bien s’agissant de l’alimentation que de l’accès aux soins. (…) Le fil conducteur de l’action de la France depuis de nombreux mois, y compris lorsque vous étiez le chef du gouvernement, est la possibilité donnée au ministère des affaires étrangères et au ministère des armées de procéder à un acheminement très important de denrées, de vivres et de médicaments. Nous poursuivrons dans ce sens, notamment avec le partenaire égyptien (…). La deuxième urgence est la gouvernance du territoire palestinien. Cette question a déjà été abordée, je n’y reviens pas. La troisième urgence est bien sûr la sécurité : désarmement du Hamas et capacité à faire monter en puissance des forces de sécurité palestiniennes. C’est indispensable pour la sécurité des civils mais aussi pour celle d’Israël. La France dispose des compétences nécessaires, forces armées et de sécurité intérieure, pour accompagner une telle formation et pour trouver un cadre avec nos partenaires britannique et américain, notamment au sein des Nations Unies. J’ai cru comprendre, monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, que des réflexions étaient en cours, en tout cas qu’un brouillon de résolution était élaboré, débattu et étudié au Conseil de Sécurité des Nations Unies. ».
Sébastien Lecornu a aussi répondu sur « la lutte contre l'antisémitisme à l'intérieur de notre pays ». Avec un constat : « La triste réalité, c’est que les actes antisémites ont augmenté. Ils ont été multipliés par quatre depuis le 7 octobre 2023. La triste, et inacceptable, réalité, c’est que nos compatriotes de confession juive représentent 1% de la population mais concentrent plus de la moitié des agressions à caractère religieux enregistrées par les forces de police et de gendarmerie et par l’autorité judiciaire. ».
La réaction ferme du gouvernement à ces actes : « Vous nous appelez à redire, comme vous-même l’aviez fait en tant que Premier Ministre, la détermination totale du gouvernement de la République à ne rien accepter, à ne rien laisser passer, à lutter par tous les moyens contre l’antisémitisme, aussi bien à l’école qu’en matière de politique pénale ou de sécurisation des lieux de culte. Mais, je veux le dire parce que c’est un combat que vous avez mené au cours de votre vie politique : aucun plan, aucune ligne budgétaire, aucune loi ne changeront rien au fait que ce combat est un combat pour la République, qui doit être mené par l’ensemble des groupes politiques de cette assemblée. C’est bien là l’enjeu essentiel des semaines, des mois à venir : refuser l’antisémitisme et comprendre que lorsqu’on s’en prend à un juif de France, on s’en prend à la République ! ».
La seconde question de Michel Barnier, posée le 12 novembre 2025, a fait écho au dixième anniversaire des sinistres attentats de Paris et du Bataclan : « Plusieurs leçons sont à tirer et plusieurs devoirs s’imposent. D’abord, un devoir de mémoire à l’égard de toutes les victimes et un devoir de solidarité avec leurs familles. Ensuite, un devoir de soutien inébranlable, j’insiste sur ce mot, aux forces de sécurité, aux services de renseignement, aux sapeurs-pompiers, aux médecins, aux infirmiers et aux magistrats, qui ont, avec un professionnalisme remarquable, incarné la force de l’État et la résilience de la République face à ceux qui défient notre société démocratique de la plus lâche et de la plus abjecte des façons. ». Et entre homme d'État, la courtoisie est de rigueur, puisque François Hollande était présent dans l'hémicycle pour l'écouter : « Je tiens à saluer à mon tour François Hollande, qui était le chef de l’État. ».
L'ancien chef du gouvernement s'est inquiété de la permanence de l'islamisme et de sa lutte : « Nous avons aussi, dix ans après, un devoir de vigilance et de détermination. Les terrasses et les salles de concert sont sans doute bondées, nous n’avons pas peur, nous gagnons la bataille de la vie. Néanmoins, dix ans après, avons-nous vraiment gagné la bataille contre l’islamisme ? L’État est-il encore suffisamment déterminé face à toutes les menaces quotidiennes que cette idéologie dirige contre notre sécurité, notre culture et notre mode de vie ? Avons-nous pris la bonne mesure de l’entrisme des Frères musulmans et de la façon dont il dévoie au quotidien les valeurs démocratiques et républicaines ? Monsieur le Premier Ministre, que fait le gouvernement pour protéger la France et les Français contre l’islamisme ? ».
Là encore, c'est par courtoisie que Sébastien Lecornu lui a répondu. Il a cité le devoir d'unité : « Depuis les attentats perpétrés par Mohammed Merah, celui commis contre Charlie Hebdo et les vingt-quatre attentats mortels survenus depuis le 13 novembre 2015, le premier des devoirs est celui de l’unité. Nous nous souvenons de ceux qui, en leur temps, ont voulu diviser le peuple français. Or il importe d’assurer l’unité politique inébranlable aux côtés de ceux qui incarnent l’État dans ces moments d’épreuve, à l’époque, le Président Hollande, son Premier Ministre et ses ministres, afin de garantir aux services de l’État l’efficacité et la réactivité nécessaires pour protéger nos concitoyens. C’est cela, la continuité républicaine ; nous la devons au peuple français, quelle que soit notre sensibilité politique. ».
Depuis dix ans, les forces de sécurité ont gagné en puissance et efficacité : « Des leçons ont aussi été tirées pour renforcer l’efficacité des forces de l’ordre et de la direction générale de la sécurité intérieure (…). Des décisions courageuses face au terrorisme ont également été prises, dès le mandat du Président Hollande, concernant l’action des forces armées (…) et de la direction générale de la sécurité extérieure. La menace terroriste est endogène, mais elle est aussi exogène, compte tenu de la situation au Levant et des menaces que l’État islamique au Khorassan fait peser sur l’ensemble des pays européens. (…) La lutte antiterroriste décisive passe aussi par des opérations en mer ou dans des pays amis comme l’Irak (…). N’oublions pas que la menace projetée sur notre sol il y a dix ans provenait de l’extérieur. Nous ne pouvons séparer durablement la lutte contre le terrorisme menée sur le territoire national de ce qu’il se passe à l’étranger. ».
Et Sébastien Lecornu d'envisager l'amélioration de l'arsenal juridique pour lutter contre le séparatisme et l'entrisme : « [Votre question] soulève le problème de l’entrisme et du séparatisme, c’est-à-dire de ce qui n’est pas encore du terrorisme endogène mais conduit à la remise en cause du pacte social et républicain. À cet égard, un travail considérable a été remis au goût du jour tout au long de l’année 2024 : des rapports ont été remis, certains rendus publics, des conseils de défense et de sécurité nationale se sont tenus, parfois en votre présence lorsque vous étiez Premier Ministre. (…) Il peut s’agir d’éléments juridiques très techniques qui font encore défaut à l’autorité judiciaire ou aux préfets. ».
C'est aussi un combat politique : « Toutes les lois, tous les décrets, juges ou préfets n’effaceront pas la nécessité pour l’ensemble des partis politiques de lutter contre ces idéologies, à commencer par l’entrisme dans les listes des prochaines élections municipales ! Chaque formation politique, chaque commission d’investiture doit faire le ménage. Au-delà des règles et des lois que nous édictons, ce combat politique dans l’unité et pour la République demeure nécessaire. Je propose que nous le menions ensemble. Nous le devons au peuple français qui, au-delà des paroles, attend de nous des actes. ». Ce combat devrait donc être partagé par tous les groupes de l'Assemblée.
Ainsi, tous les mois, Michel Barnier se permet d'user de son droit d'interpellation du gouvernement en posant une question grave à son successeur. François Bayrou n'a pas eu la chance d'une telle "interpellation", puisque son gouvernement a chuté avant que le nouveau député de Paris n'ait été élu.
XVIIe législature
Session ordinaire de 2025-2026
Deuxième séance du mardi 25 novembre 2025
Avertissement: version provisoire établie à 00:11
Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet
Mme la Présidente
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à quinze heures.) 1. Éloge funèbre d’Olivier Marleix
Mme la Présidente
(Mmes et MM. les députés ainsi que les membres du gouvernement se lèvent.)
Il est des moments où notre hémicycle se pétrifie dans la stupeur et la sidération. Le 7 juillet fut de ces jours, lorsque la nouvelle de la disparition d’Olivier Marleix nous surprit, nous saisit, nous meurtrit.
Olivier Marleix était des nôtres. Il était un pilier, une colonne du Palais-Bourbon. Il était une voix familière de notre hémicycle, respectée bien au-delà des rangs qu’il présidait. Pour beaucoup, il était aussi un ami. Aujourd’hui, c’est à l’homme, au parlementaire chevronné, au serviteur indéfectible de la France que nous rendons hommage, dans la solennité de cet hémicycle où il siégea treize années durant.
Pour comprendre l’engagement d’Olivier Marleix, il faut remonter à sa source. Pour lui, la politique était une langue maternelle, ou plutôt paternelle. Son père, Alain Marleix, fut en effet durant quarante ans le « Monsieur carte électorale » du Rassemblement pour la République (RPR). Il fut aussi député du Cantal et secrétaire d’État entre 2007 et 2010.
Tout juste âgé de cinq ans, le jeune Olivier se rendait en famille au siège du RPR, retenant tous les noms des députés et employés du parti gaulliste. À la maison, quand il répondait au téléphone, il avait à l’autre bout du fil Maurice Couve de Murville, Pierre Messmer ou encore l’amiral Philippe De Gaulle. C’est donc naturellement qu’à l’âge de 12 ans, pour les élections municipales de 1983 à Paris, le jeune Olivier fit ses premières armes en politique. Aux aurores, avant le collège, il distribuait des tracts pour Jacques Chirac, qu’il comparait volontiers à Johnny Hallyday.
Son militantisme se poursuivit au sein de l’Union des jeunes pour le progrès (UJP), le mouvement des jeunes gaullistes, puis au Sénat où il devint, à 20 ans à peine, le proche collaborateur de Charles Pasqua, président du groupe RPR.
Après cette expérience au palais du Luxembourg, jeune diplômé de Sciences Po mais déjà empreint d’une grande maturité, il entama un parcours comme conseiller en cabinet, notamment auprès de Michèle Alliot-Marie, de Brice Hortefeux, de Claude Guéant et du Président Nicolas Sarkozy, en qualité de conseiller chargé du lien avec les parlementaires.
En 2012, cependant, l’ascétisme des cabinets, qu’il jugeait trop monacaux, ne lui suffisait plus. Il se présenta donc au suffrage universel ; non dans le Cantal paternel, par refus viscéral d’être un héritier, mais dans la deuxième circonscription d’Eure-et-Loir.
De ses quatre victoires consécutives aux élections législatives, il parlait avec une fierté immense, car elles touchaient à la quintessence de son engagement. « Pour un député, vos patrons, ce sont vos électeurs », confiait-il, ce qui place une certaine forme d’exigence sur vos épaules.
Cette exigence, il se l’imposa à lui-même, sans relâche, à l’Assemblée nationale. De 2012 à 2025, en bretteur et rhéteur estimé et respecté, il devint un pilier de la commission des lois, s’imposant comme un technicien rigoureux et méticuleux.
Ses combats furent à son image : exigeants et sans concession. D’abord, son combat pour l’indépendance et la souveraineté industrielle de la France. Une évidence pour ce patriote, admirateur du gaullo-pompidolisme. Chacun se souvient de la passion, de l’intransigeance, de l’exigence avec laquelle il présida la commission d’enquête sur les décisions de l’État en matière de politique industrielle.
Un autre de ses grands combats fut celui pour l’intégrité et la déontologie parlementaire. Il batailla pour durcir notre législation en faveur de la transparence de la vie publique et contre la corruption, lui qui, selon son frère Romain, avait une conception sacerdotale de l’engagement civique. Il n’eut de cesse de pourfendre le pantouflage, qu’il qualifiait de plaie pour la République.
Enfin, son troisième grand engagement fut celui pour la sécurité des Français. Le destin parfois dessine de poignantes symétries. Sa dernière intervention dans cet hémicycle porta sur ce sujet, alors qu’il défendait une proposition de loi dont il était le rapporteur. De même, sa toute première intervention, le 6 novembre 2012, portait elle aussi sur la sécurité des Français, et plus précisément sur la police de proximité. Ce jour-là, on devinait déjà tout de l’homme : sa fermeté, mais aussi son humour pince-sans-rire. Il lança ainsi cette saillie à Manuel Valls : « vous semblez, monsieur le ministre, vous distinguer par un certain pragmatisme, ce qui est sans doute ce qu’il y a de mieux à espérer d’un socialiste en matière de sécurité ».
Chers collègues, derrière l’homme politique, il y avait avant tout l’homme. Un homme au regard complice et caustique, à l’humour acéré, tranchant, pertinent. Oui, la personnalité d’Olivier Marleix était un fascinant alliage de contrastes. Cet homme, à la stature imposante, à la parole et au caractère parfois rêches, recelait aussi une tendre et profonde sensibilité.
Cantalien dans l’âme, sage depuis l’enfance, il était taiseux, discret, secret. Il n’était pas fait pour le monde du buzz, des clashs et des petites phrases. Il leur préférait la sincérité des engagements et la puissance des convictions.
Gladiateur parlementaire accompli, sincère et vrai, il fut ainsi un opposant à la dent dure, redouté et redoutable. Un grand journal du soir écrivit même que si l’antimacronisme était enseigné au Collège de France, Olivier Marleix en tiendrait la chaire.
Oui, Olivier Marleix était redoutable, mais il fut toujours respectueux de nos institutions. Élu sur des terres qui connurent l’extrême droite, il incarnait la fidélité à la droite et à la droiture républicaine, plaçant toujours l’intérêt général au-dessus de tout. Je peux en témoigner, pour avoir siégé cinq ans à ses côtés à la commission des lois puis travaillé étroitement avec lui en conférence des présidents. J’ai le souvenir de son engagement constructif sur les prisons et la déontologie, où il sut dépasser les postures et les clivages pour œuvrer au service du pays. Toujours, nous avons travaillé en bonne intelligence, dans l’estime et l’appréciation mutuelle.
En parallèle de ce destin national, Olivier Marleix n’oublia jamais son profond ancrage local. Élu de terrain avant tout, le député eurélien prisait passionnément le contact humain et la possibilité d’améliorer concrètement la vie de ses mandants. « Je suis la seule relation de ceux qui n’en ont pas », expliquait-il pour justifier ces longues heures passées avec les Euréliens qu’il aimait tant, qu’il respectait tant.
Conseiller général puis vice-président du conseil départemental, maire d’Anet de 2008 à 2017, il se passionna pour l’histoire politique de son département, au point de cosigner en 2007 une biographie de Martial Taugourdeau, député puis sénateur d’Eure-et-Loir, dont il fut le directeur de cabinet. Il voyait dans le bon docteur Taugourdeau, je cite son livre, « un homme de droite plus sensible qu’un autre à la détresse humaine ». Sans doute ce portrait était-il aussi un autoportrait.
Homme de cœur, homme de terrain, Olivier Marleix était aussi un homme de lettres. Il cultivait une curiosité intellectuelle aux multiples facettes. Je mentionnerai sa passion pour l’histoire, de Richelieu à De Gaulle et Pompidou, lui qui avait pour livre de chevet Le Nœud gordien du Président cantalien ; son amour pour la littérature, de Belle du Seigneur aux Mémoires d’Hadrien ; sa passion pour la musique – il jouait du violon et adorait Léonard Cohen. Et sa prédilection, plus méconnue, pour la peinture, car il maniait les pinceaux. Il avait aussi accroché, dans son bureau de député, des toiles d’Yves Lévêque, un peintre eurélien, dont un paysage tellurique et bucolique qui était à son image, si terrien et si sensible.
Dans la postface du dernier ouvrage d’Olivier Marleix, sa famille, présente ce jour dans nos tribunes et que je salue, écrit ces mots : « Olivier était un homme d’engagement, quel qu’en soit le prix. Un engagement total pour ses combats au service de la France, un engagement total au service de ses concitoyens ».
Mes chers collègues, souvenons-nous que derrière les armures, il y a des êtres de chair et de sang, avec leurs forces et leurs failles. Nous nous combattons si durement, si âprement, que nous oublions parfois que nous formons une même famille, la famille parlementaire. Ne l’oublions plus.
En cette heure, il nous incombe de méditer sur l’héritage d’Olivier Marleix. Dans les ultimes lignes de son dernier ouvrage, il confie une ambition collective : celle de construire une nation plus fraternelle.
Aujourd’hui, nos pensées se tournent vers sa famille et tous ses proches. La représentation nationale s’associe à votre peine. Votre deuil est le nôtre. J’adresse aussi une pensée particulière à nos collègues du groupe Les Républicains, qui pleurent un ancien président, respecté et aimé.
Chers collègues, mesdames et messieurs les membres du gouvernement, en hommage à notre collègue disparu, je vous invite à observer une minute de silence. (Mmes et MM. les députés et les membres du gouvernement se lèvent et observent une minute de silence.)
La parole est à M. Laurent Wauquiez, président du groupe Droite Républicaine.
M. Laurent Wauquiez, Président du groupe Droite Républicaine
En écoutant vos mots, nous ne mesurons que plus durement à quel point Olivier nous manque. Cela fait bientôt cinq mois qu’il est parti, et Olivier nous manque. Il manque à sa famille, qui fait preuve d’un courage à son image. Il manque à ses proches, qui l’aimaient. Il nous manque à nous, qui étions assis à ses côtés dans cet hémicycle.
Sa disparition a été si brutale. Elle nous a saisis parce que derrière sa pudeur, derrière son humour aussi élégant que tranchant, derrière sa carapace, nous n’avons pas toujours su déceler la douleur et les blessures.
M. Laurent Wauquiez
Je veux vous remercier très sincèrement pour les mots de soutien, venus de tous les bancs. Ces mots nous ont touchés, parce qu’ils disaient tous la même chose : qu’au-delà des différences politiques, son départ nous avait marqués, bien au-delà de ceux qui étaient ses proches et ses amis. Merci à chacun d’entre vous.
Si ce départ nous a touchés, c’est sans doute aussi parce qu’Olivier portait au fond de lui cette haute idée de la fonction parlementaire, et qu’elle l’arrangeait – une forme de nostalgie de la grande politique. De la politique, il connaissait les épreuves et il acceptait la rudesse. Mais il avait choisi de ne jamais oublier qu’elle devait d’abord être une vocation : une vocation forgée dans l’attachement à un territoire, qui donne à chacun d’entre nous le sens de ce que nous faisons – lui, le Cantalou, qui avait épousé l’Eure-et-Loir, sa ville d’Anet, ceux qu’il aimait, lui qui était convaincu qu’être un député, c’est être plus qu’un représentant – ; une vocation forgée dans le gaullisme, qu’il a défendu dans son combat pour la souveraineté industrielle de notre pays.
Il avait su bien avant d’autres déceler toutes les menaces : Alstom ou Atos étaient pour lui les bras armés de la souveraineté française, qu’il voulait que nous défendions. Nul sans doute n’était habité plus que lui par cette conscience inquiète de la nation. Ces parties de son engagement sont connues. Est moins connu son combat pour la protection de l’enfance, que le parlementaire rigoureux qu’il était a mené avec discrétion et pudeur.
Chers collègues, au moment où nous lui rendons hommage, je voudrais vous demander quelque chose – nous le lui devons : que la mémoire d’Olivier Marleix soit non pas la brutalité de son départ, mais cela – la profondeur et la solidité de son engagement en politique. Rendre hommage à sa mémoire, c’est ne pas la laisser être affectée par sa fin, c’est rappeler ce qui a été le sens d’une vie politique à laquelle il a tout donné et tant sacrifié. Ce que je vous demande, c’est que nous continuions à nous souvenir d’Olivier comme d’un homme droit qui a dédié sa vie à l’honneur et à l’amour de son pays. (Mmes et MM. les députés et les membres du gouvernement se lèvent et applaudissent longuement.)
Mme la Présidente
La parole est à M. le Premier Ministre.
M. Sébastien Lecornu, Premier Ministre
Mesdames et messieurs les députés, monsieur le président Wauquiez, mesdames et messieurs les représentants de la famille d’Olivier Marleix, monsieur le ministre Marleix – cher Alain –, mesdames et messieurs les compagnons de route, anciens parlementaires présents dans les tribunes, les nombreux proches qui l’ont accompagné tout au long de sa vie d’homme mais aussi de sa carrière politique, à notre tour, au nom du gouvernement de la République, nous nous associons à ce très bel hommage, madame la Présidente. À entendre l’émotion et l’atmosphère de cet hémicycle, c’est un moment rare, fait d’humanité et de fraternité, que nous partageons, quelle que soit l’histoire politique de chacun.
À mon tour, au nom du gouvernement mais aussi sur un terrain plus personnel, je veux saluer le militant extraordinaire qu’il a été : un militant gaulliste – cela a été rappelé –, patron de l’UJP, une des grandes figures des campagnes électorales de 1995 et de 2002, qui ont vu la victoire de Jacques Chirac. Je veux saluer également le grand serviteur qu’il a été auprès du président Nicolas Sarkozy, mais aussi sa volonté de devenir le militant de son territoire : maire d’Anet, conseiller général d’Eure-et-Loir – nous étions voisins de département et je peux témoigner à quel point cet enracinement comptait pour lui.
Sans jamais être idéologue, c’était un homme d’idées et militant pour ses idées. Le président Wauquiez a rappelé son combat discret pour la protection de l’enfance. Il a mené un combat plus vocal pour la souveraineté de notre pays, y compris sa souveraineté industrielle. Nous lui devons aussi d’avoir permis de faire bouger des lignes – la politique politicienne pouvait parfois s’emparer de certains dossiers, mais il parvenait toujours, au bon moment, à leur donner l’envergure nationale qu’ils méritaient, y compris en matière de défense nationale.
Mon dernier propos est lié à ce qu’il est et à ce qu’il a signifié dans cet hémicycle et pour ses électeurs : un être d’une profonde humanité. La puissance personnelle qu’Olivier Marleix était capable de dégager venait de cette humanité extraordinaire qui ne laissait personne indifférent. Au nom du gouvernement, je veux dire à ses proches que nous sommes à leurs côtés dans ce deuil douloureux. Nous n’oublierons jamais ce qu’il a fait pour la France et les Français. (Mme la Présidente, Mmes et MM. les députés et les membres du gouvernement se lèvent et applaudissent longuement. – De nombreux députés se tournent vers la tribune centrale où se trouvent la famille et les proches d’Olivier Marleix.)
« On espère encore de pouvoir y aller uni sous la bannière du socle commun (avec LR), mais ce n’est pas gagné. » (un "cadre" du parti Renaissance, le 24 juillet 2025 dans "Le Parisien").
Après la catastrophe industrielle des mandats de la maire de Paris Anne Hidalgo (circulation impossible, absence de stationnement, endettement massif de la ville, propreté de la ville, etc.), la probabilité d'une alternance à Paris lors des prochaines élections municipales de mars 2026 paraît d'autant plus élevée que la nouvelle loi sur le mode de scrutin pour Paris, Lyon et Marseille, validée par le Conseil Constitutionnel le 7 août 2025, va aller dans le même sens avec l'égalité des voix (des arrondissements très peuplés étant majoritairement au centre droit). Dans cette nouvelle Bataille de Paris où les protagonistes à gauche se bousculent, montrant leurs pleines divisions, le cente droit... ne fait pas mieux !
Les divisions à droite ne sont pas nouvelles. En mars 2001, Philippe Séguin avait battu Édouard Balladur pour obtenir l'investiture du RPR mais devait affronter Jean Tiberi, le maire sortant, contre le socialiste Bertrand Delanoë qui n'était pourtant pas le favori.
Le 11 juillet 2025, le Conseil Constitutionnel a rejeté les comptes de campagne de trois députés élus le 7 juillet 2025 en les condamnant notamment à une peine d'inéligibilité d'un an. Parmi ces trois députés, Jean Laussucq, député EPR de la deuxième circonscription de Paris (élu en juillet 2024 avec 56,5% contre la candidate socialiste Marine Rosset). Une élection législative partielle aura donc lieu les 21 et 28 septembre 2025 à Paris.
Cette circonscription, créée par l'ordonnance n°2009-935 du 29 juillet 2009 (et ratifiée par la loi n°2010-165 du 23 février 2010), comprend le cinquième arrondissement (désormais plutôt à gauche), une partie du sixième arrondissement et une partie du septième arrondissement de Paris. À l'évidence, la sociologie montre que le centre droit est très largement majoritaire. Or, depuis mars 2008 où elle a toujours été élue et réélue, Rachidat Dati, à l'époque Ministre de la Justice, est la maire du septième arrondissement.
En juin 2012, après l'échec de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle, son ancien Premier Ministre François Fillon a décidé de se parachuter dans cette circonscription. Pour nourrir son ambition présidentielle, c'était plus facile d'être élu à Paris, d'autant plus que son ancienne circonscription allait être gagnée par un (futur) ministre socialiste. Déjà en 2012, Rachida Dati, qui n'était plus ministre et qui avait obtenu un lot de consolation, députée européenne (dont l'intérêt du mandat a laissé à désirer), voulait entrer à l'Assemblée et donc se présenter dans cette circonscription. Finalement, elle y a renoncé. François Fillon a gagné avec 56,5% contre le candidat socialiste Axel Kahn (le généticien) qui avait pris comme suppléante Marine Rosset.
En juin 2017, après l'échec de François Fillon à l'élection présidentielle, son ancienne ministre Nathalie Kosciusko-Morizet a voulu, elle aussi, se parachuter dans cette circonscription en or, elle avait été candidate (malheureuse) de l'UMP à la mairie de Paris en mars 2014. Mais elle a été battue au second tour par le macroniste Gilles Le Gendre avec 54,5% des voix. Marine Rosset, la candidate du PS, n'a fait que 6,1% au premier tour.
En juin 2022, Gilles Le Gendre a été réélu au second tour avec 63,4% face à Marine Rosset. Alors qu'en 2017, il était élu contre la droite, en 2022, il a été réélu contre la gauche et la droite l'a soutenu au second tour. Jean-Pierre Lecoq, le candidat LR de 2022, est passé de 9,2% au premier tour de 2017 (il était LR dissident) à 18,2% au premier tour de 2022.
Ensuite, Rachida Dati, LR, est devenue macroniste en se faisant nommer Ministre de la Culture le 11 janvier 2024 dans le gouvernement de Gabriel Attal. En juin et juillet 2024, elle a soutenu son directeur de cabinet à la mairie du septième arrondissement (et ancien assistant parlementaire quand elle était députée européenne) Jean Laussucq (élu au conseil de Paris en juin 2020), qui a été élu avec l'étiquette macroniste avec 56,5% contre Marine Rosset, et le député sortant Gilles Le Gendre s'est présenté en dissident et a été éliminé au premier tour avec 19,6%. Participait également la candidate officielle de LR, Félicité Herzog, qui n'a obtenu que 6,2%.
Profitant de cette élection législative partielle, Michel Barnier, qui, depuis décembre 2021, s'était mis en retrait de la vie politique après son échec à la primaire LR de décembre 2021, ne s'était pas présenté ni en juin 2022 ni en juin 2024 aux élections législatives. Toutefois, en tant qu'ancien Premier Ministre de septembre à décembre 2024, Michel Barnier avait toutes les raisons du monde pour rentrer dans l'hémicycle afin de justifier, défendre ou simplement expliquer son action passée à Matignon (il a vécu la censure comme une blessure et comme une injustice). Sa candidature dans la seconde circonscription de Paris, bien que parachutée depuis la Savoie, était donc tout à fait légitime.
Mais c'était sans compter avec Rachida Dati. Pourtant, sa propre candidature aurait été peu pertinente pour elle puisque si elle se faisait élire députée, elle devrait démissionner de son Ministère de la Culture qui l'aide pourtant beaucoup pour conquérir la ville de Paris (grande ville culturelle). Candidature d'autant plus étonnante que la réforme de l'audiovisuel public, à laquelle elle tient tant, n'est pas encore achevée.
Rachida Dati a reproché aux dirigeants de LR (qui sont désormais membres du gouvernement) de ne pas avoir négocié avec elle la candidature de Michel Barnier alors que la circonscription ferait partie de son territoire en tant que maire du septième arrondissement. Ainsi, les choses ont empiré le 28 juillet 2025 lorsque la direction de LR, par sa commission nationale d'investiture, a apporté officiellement à Michel Barnier l'investiture de LR, parti présidé désormais par le Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, son collègue du gouvernement.
Résultat : pour l'instant, Michel Barnier et Rachida Dati sont partants tous les deux à cette élection. La division n'est pourtant pas le meilleur prologue pour une bataille municipale à Paris qui s'annonce difficile pour tout le monde. Michel Barnier ne comprend pas vraiment l'opposition de Rachida Dati : il n'a aucune intention d'être candidat à la mairie de Paris, alors qu'il aura 75 ans ! Le deal entre Rachida Dati et LR serait donc bien celui-ci : Michel Barnier à la législative partielle en 2025 et Rachida Dati aux municipales en 2026.
Rappelons que Michel Barnier et Rachida Dati ont dû "cohabiter" ensemble (sur demande de Nicolas Sarkozy) pour la campagne des élections européennes de juin 2009 : il était tête de liste de la région parisienne pour l'UMP et sa numéro deux était Rachida Dati qui lui ravissait régulièrement la première place dans les médias. Malgré les incompatibilités d'humeurs, la liste a fait un bon score avec 29,6% en tête devant la liste écologiste de Daniel Cohn-Bendit à 20,9%, la liste socialiste d'Harlem Désir à 13,6% et la liste centriste de Marielle de Sarnez à 8,5%.
Les nouveaux rivaux du septième arrondissement devraient tout de même faire gaffe : il n'y a jamais de terre électorale facile, elle n'est pas la propriété d'un parti ou d'un courant de pensée ; la preuve avec le PS qui a conquis la ville de Paris.
Le journaliste Olivier Beaumont a révélé, dans "Le Parisien" du 24 juillet 2025, que le parti macroniste (qui soutient Rachida Dati) avait fait réaliser un premier sondage chez l'IFOP pour connaître le poids des différents protagonistes. Dans une étude réalisée selon ce journaliste entre le 17 et le 21 juillet 2025, auprès d'un échantillon de 600 personnes inscrites sur la liste électorale de cette circonscription, sans représentant officiel de Renaissance, Rachida Dati viendrait en tête avec 33% d'intentions de vote, suivie du candidat de gauche supposée unie en un seul bloc 30%, puis Michel Barnier 28%, ces trois candidats dépassant de très loin le candidat RN Thierry Mariani, ancien ministre UMP de Nicolas Sarkozy. Dans le cas d'un duel au second tour, Rachida Dati l'emporterait avec 52% d'intentions de vote contre 48% à Michel Barnier.
Attention ! Ce n'est qu'un sondage avant campagne et avant de connaître exactement tous les noms des protagonistes, mais c'est le plus mauvais cas possible pour LR : en gros, avec un léger avantage pour Rachida Dati, les deux sont à peu près de même poids électoral (l'une mieux implantée territorialement, l'autre plus important politiquement).
Certes, ce n'est pas du côté RN qu'il y a un risque même si la candidature de Thierry Mariani est habile pour attirer des électeurs LR. Mais du côté du PS, le risque est énorme, surtout qu'on connaît désormais sa candidate, l'ancienne ministre Frédérique Bredin (certes, cela fait un peu Retour vers le futur avec une ancienne ministre de François Mitterrand de 68 ans !), investie par le PS le 6 août 2025, prenant sous son aile en suppléante Marine Cosset (qui, pourtant, comptait bien se présenter en titulaire et gagner).
Une surprise n'est jamais impossible. L'intérêt de Rachida Dati serait de se retirer sur la pointe des pieds, de rester au gouvernement, de soutenir un de "ses" anciens Premiers Ministres et de se focaliser sur la seule élection municipale à Paris, la seule qui compte à ses yeux. Un échec lors de cette élection législative partielle hypothéquerait sérieusement ses chances de victoire municipale l'année suivante... tandis qu'une victoire ne lui apporterait rien d'autre qu'une satisfaction narcissique. Quant au Premier Ministre François Bayrou, il s'est gardé, à ma connaissance, de prendre position.
« Stupéfaction et immense tristesse à l'annonce de la disparition brutale d'Olivier Marleix. On ne se rend jamais compte de la fragilité des êtres humains... » (François Bayrou, le 7 juillet 2025 sur Twitter).
Face à un événement qu'on ne comprend pas, qui ne s'explique pas, parallèlement à la sidération, il y a le complotisme qui est une manière confortable de se réassurer que tout est sous contrôle sur cette Terre chaotique. Parmi ces événements incompréhensibles, il y a le suicide, d'autant plus s'il s'agit du suicide d'une personnalité qui paraissait forte, à l'aise, déterminée, solide. C'était le cas de l'ancien président du groupe LR à l'Assemblée Olivier Marleix, retrouvé sans vie à son domicile le lundi 7 juillet 2025, ce qui a plongé toute la classe politique, j'insiste, toute la classe politique, dans un état de sidération profond.
Prenons un petit temps sur la pollution de cet événement, c'est-à-dire le complotisme. Autant dire les choses : c'est écœurant. Le cadavre est encore chaud que ces trolls (car ce sont des trolls sur Internet) salissent sa mémoire pour faire de la honteuse récupération politicienne contre le Président de la République Emmanuel Macron. Pensez donc un peu à la famille au lieu de pourrir, par votre indécence, le débat public ! Honte face à l'émotion unanime.
Je m'y attarde un peu car certains refusent de comprendre qu'il est des actes qu'on ne peut pas expliquer, du moins publiquement, et le suicide en fait partie, c'est un geste extrême qui est d'une extrême intimité et qui ne regarde en fin de compte que les proches... et aussi la police.
Du reste, ce jeudi 10 juillet 2025, le procureur de la République de Chartres a indiqué que l'autopsie qui a été faite à l'Institut médico-légal de Rouen a permis de confirmer « la thèse du suicide, sans signe de violences extérieures ou intérieures ». Il a ajouté : « Les constatations des médecins convergent vers un diagnostic fondé sur les conséquences d'une asphyxie causée par la pendaison. ». Et a précisé : « Le corps a été remis à disposition de la famille, qui va le rapatrier sur Dreux. ». Il n'y a donc aucun doute, Olivier Marleix n'est pas Robert Boulin.
Cela n'empêche pas certains complotistes de se jeter sur son cadavre, quitte à faire aussi des amalgames avec d'autres décès, comme ceux de l'élue écologiste Michèle Rivasi (on se demande pourquoi), le professeur Luc Montagnier (qui était très âgé, 89 ans et demi), ou encore le général Jean-Louis Georgelin (qui, loin d'être un opposant politique, était au contraire un proche d'Emmanuel Macron au point de l'avoir nommé à la tête du projet de restauration de Notre-Dame de Paris après l'incendie, un projet auquel tenait énormément le Président de la République).
Un exemple parmi d'autres, dès le lendemain de la mort d'Olivier Marleix, provenant d'un avocat poutinolâtre très connus des réseaux sociaux et qui assène : « Je ne sais rien des conditions de leur mort. Mais ce que je sais, c'est que ce pays commence vraiment à puer. ». En l'occurrence, le puant, dans cette affaire, c'est celui qui fait des insinuations vaseuses reposant sur RIEN, absolument RIEN, et il le concède d'ailleurs lui-même. J'ai flouté le nom des personnes car je n'ai rien contre les personnes en particulier (qui peuvent être autre chose que des complotistes de salon, du moins je l'espère), mais cela montre à quel point on est tombé dans une sorte de folie virtuelle de réalité alternative.
Toutefois, lorsqu'on lit les réactions à ce tweet, on peut être rassuré car il y a une grande majorité qui reste saine d'esprit, et qui se contente d'ailleurs de lui dire tout simplement : « "Je ne sais rien des conditions de leur mort", et vous ne pouvez pas en conclure de vous taire ? ».
Et pourquoi ne pas mettre aussi dans le même lot, la "drôle" de mort de l'humoriste français Bun Hay Mean, dit le Chinois marrant, qui a été retrouvé au bas de son immeuble du dix-septième arrondissement de Paris ce jeudi 10 juillet 2025, à l'âge de 43 ans, alors qu'il cherchait à récupérer son smartphone huit étages plus haut ? Comme il avait commencé sa carrière en 2014, il s'est forcément moqué d'Emmanuel Macron un jour ou l'autre. Encore une victime du pouvoir ?
En fait, on pourrait faire un petit calcul simple : combien y a-t-il de Français décédés depuis mai 2017 ? Si je ne dis pas de bêtise, il y a environ 600 000 décès par an, hors crise sanitaire, ce qui fait (en très gros) dans les 5 millions (sur huit ans). Aujourd'hui, il y a environ 80% des personnes sondées qui expliquent qu'elles ne font pas confiance à Emmanuel Macron. On pourrait donc dire qu'il y a des centaines de milliers de personnes qui étaient des opposants résolus à Emmanuel Macron et qui sont mortes durant sa Présidence. De là à conclure que de supposés Tontons Macoutes macroniens auraient provoqué tous ces décès, je pense qu'il faut avoir le cerveau particulièrement givré pour un tel raisonnement.
Mais revenons aux hommages, car ce que les complotistes du web n'ont pas compris, c'est que, malgré les clivages politiques, malgré les positions politiques très tranchées, Olivier Marleix a fait l'unanimité dans les hommages, dans toute la classe politique, et c'est un moment remarquable et rassurant sur l'esprit humain. Parfois, toute la classe politique est capable de se rassembler lors de moments difficiles, émouvants, sidérants.
C'est sans doute le Premier Ministre François Bayrou, en bon humaniste, qui a eu les mots les plus appropriés, et même, le mot le plus approprié : l'être humain a des fragilités, aussi fort soit-il, et il faut savoir les percevoir. Il a participé ainsi aux deux hommages solennels qu'ont voulu faire les deux assemblées du Parlement.
Ainsi, pour débuter la séance de 15 heures le mardi 8 juillet 2025, la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet a rendu hommage à Olivier Marleix de cette façon : « Hier après-midi, notre Assemblée Nationale s’est glacée de stupeur et de douleur lorsque nous avons appris la tragique disparition de notre collègue Olivier Marleix. Olivier Marleix était des nôtres. Il siégeait dans cet hémicycle depuis 2012. Il en était une figure familière, un collègue estimé, pour beaucoup un ami. Je peux en témoigner comme nombre d’entre vous sur ces bancs : Olivier Marleix incarnait le parlementaire dans la plus noble acception du terme. Il était à la fois un technicien rigoureux et méticuleux, un orateur pugnace et précis, un défenseur de nos institutions et un fidèle serviteur de l’intérêt général. Chacun ici le savait. Chacun ici le respectait. (…) Durant ces quinze années, Olivier Marleix fut un véritable pilier de la commission des lois. Il s’investit particulièrement dans la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts, en grand défenseur de la déontologie et de l’intégrité parlementaires. Le fil rouge de son engagement, ce fut peut-être son admiration, teintée de nostalgie, pour l’État gaullo-pompidolien. Fervent avocat de la souveraineté industrielle et énergétique de la France, il présida ainsi en 2018, avec une pugnacité que chacun lui reconnaît, la commission d’enquête sur les décisions de l’État en matière de politique industrielle. Enfin, tout au long de ses engagements, Olivier Marleix n’a jamais séparé la liberté des Français de leur sécurité. Sa toute première intervention dans cet hémicycle, le 6 novembre 2012, comme sa toute dernière, le 1er juillet dernier, portèrent justement sur la sécurité des Français. Olivier Marleix prenait encore la parole dans l’hémicycle mardi dernier. Il était alors comme nous l’avions toujours connu : précis, impliqué, respecté. Il devait siéger cet après-midi même sur les bancs de la commission, pour défendre la proposition de loi dont il était le rapporteur. ».
Et de décrire ses grandes qualités : « Derrière le député engagé et investi, il y avait également l’homme unanimement apprécié. Les hommages d’hier en témoignent : ils sont venus de tous les bancs de l’hémicycle, démontrant qu’au-delà de nos différences politiques souvent radicales, nous appartenons à une seule et même grande famille, la famille parlementaire. Nous sommes très nombreux ici à pouvoir attester de la force de caractère d’Olivier Marleix, de sa stature morale. Oui, il fut un opposant résolu ; mais il fut toujours un opposant respectueux de nos institutions et des autres, exigeant et courtois, digne et élégant mais aussi pince-sans-rire, et nous sommes beaucoup à avoir fait l’expérience de son humour tranchant mais toujours pertinent. Je peux témoigner personnellement de ces qualités, pour avoir travaillé étroitement avec lui, sept années durant, au sein de la commission des lois puis en conférence des présidents. Homme de droite, il incarnait avant tout une droiture républicaine en vertu de laquelle il ne transigeait jamais avec ses convictions ; il plaçait l’intérêt général et notre institution au-dessus de tout. (…) Aujourd’hui, en cette heure de deuil, nos pensées attristées se tournent vers sa famille et ses proches. Qu’ils sachent que la représentation nationale tout entière partage leur peine et se tient à leurs côtés. ».
Actuel président du groupe LR à l'Assemblée et successeur, donc, d'Olivier Marleix à ce poste, Laurent Wauquiez est ensuite intervenu, quasi-larmoyant : « La semaine dernière, il était encore là, assis à sa place parmi nous. Aujourd’hui, son siège est vide ; il est parti et il laisse derrière lui, pour chacun d’entre nous, une infinie tristesse. Ceux qui le connaissaient bien savaient déceler, au-delà de sa pudeur, l’immense sensibilité de son âme. Son départ et la brutalité des circonstances appellent tant de questions, des regrets aussi : ces paroles que nous n’avons pas pu prononcer, ces échanges que nous aurions aimé avoir, tout ce qu’on n’a pas eu le temps de dire. Cette peine, rien ne pourra la combler. Elle laisse son lot, pour chacun d’entre nous, de souvenirs, de regrets, de souffrances. Mais notre devoir, c’est de garder autre chose d’Olivier Marleix. Notre devoir, c’est de faire en sorte que la brutalité de son départ et la façon dont elle nous marque ne fassent pas oublier la dignité de son engagement politique et ce qui était le sens de sa vie, celle d’un député au talent rare. (…) Lui, le Cantalien au caractère parfois rude mais toujours espiègle. Lui qui a toujours refusé d’être un héritier et qui avait choisi de se construire par le suffrage universel. (…) Olivier avait gardé de Georges Pompidou, qu’il admirait tant, cette conviction que la belle politique conjugue l’enracinement dans un territoire et le regard qui emporte au-delà de la colline. Oui, il aimait en politique les grands débats ; il aimait les idées qui élèvent. Il y avait en lui la force du travail et le panache des convictions, qu’il défendait avec courage. Il le faisait d’abord pour nos institutions, dont il refusait de voir perdre l’esprit de la Ve République, il y mettait toute son énergie en commission des lois, où sa parole était écoutée et respectée ; ensuite pour la souveraineté de la France, et il s’était tant battu contre la vente de nos fleurons industriels. (…) Il refusait que la vie politique soit abîmée, qu’elle soit gangrenée par la médiocrité. Homme de lecture et d’écrit, il ne cessait de réfléchir, de questionner, de proposer pour tracer un chemin de reconstruction française. (…) La vie politique peut être dure. Derrière les apparences qui protègent, derrière les sourires que l’on affiche parfois comme des armures, derrière les silences que l’on ne comprend pas toujours, on sous-estime toujours la solitude des êtres. Mais Olivier, tu n’es pas seul ! Tu n’es pas seul. Tu comptes ici des compagnons fidèles, des amis qui perpétueront ta mémoire, celle d’un homme droit qui a dédié sa vie à l’honneur et à l’amour de son pays. ».
Concluant cet hommage, François Bayrou a pris brièvement la parole à la tribune : « Le gouvernement veut vous dire à quel point il a partagé avec vous, hier, votre stupéfaction et votre immense tristesse à l’annonce du départ d’Olivier Marleix ; à quel point il partage l’arrachement qui est le vôtre ; à quel point il partage l’affection qui a été traduite sur bien des bancs tout comme le respect que cette personnalité rare faisait naître. Olivier Marleix était un combattant, fort de convictions dont chacun connaissait la puissance. Infatigable parce qu’il ne cessait de défendre une certaine idée de la France, de sa souveraineté, en particulier de sa souveraineté économique et industrielle, il nourrissait pour notre pays, au-delà des dossiers dont il avait la charge, un amour enraciné. Cette figure que beaucoup estimaient sur tous les bancs, cette figure-là nous rappelait que la politique n’est pas seulement débat, concurrence et affrontement, qu’elle est quelque chose d’autre, le partage d’un idéal dont nous ne nous faisons sans doute pas tous la même idée mais qui est aussi essentiel pour nous tous. Vous l’avez dit, ou du moins nous l’avons senti dans vos propos, madame la Présidente, monsieur le président Wauquiez, ce drame nous a rappelé aussi qu’il y a dans tout être humain des fragilités et des failles, même chez les hommes qui paraissent inflexibles. Beaucoup d’entre nous, hier et ce matin, se sont dit qu’il ne fallait pas laisser sans réponse ces failles et ces fragilités, qu’il serait bon que les mains se tendent. ».
L'hommage de l'Assemblée Nationale était naturel car Olivier Marleix a été député pendant plus de treize ans. En revanche, il n'a jamais été sénateur, et pourtant, Gérard Larcher, le Président du Sénat et également un compagnon de route d'Olivier Marleix au sein du parti Les Républicains, a souhaité aussi lui rendre hommage. Avec une raison simple : dans sa jeunesse, Olivier Marleix a travaillé au sein du groupe RPR au Sénat.
C'est ce qu'a fait Gérard Larcher, juste une courte évocation, au début de la séance de 15 heures du mercredi 9 juillet 2025 au Sénat : « Je veux avoir une pensée pour Olivier Marleix, disparu brutalement ce lundi. (…) Président du groupe Les Républicains de l'Assemblée Nationale entre 2022 et 2024, ce qui nous avait amenés à échanger très souvent, il était un élu de conviction et d'engagement, marqué par le gaullisme et l'exemple de son père, lui-même ancien député du Cantal. ».
À cette nouvelle occasion, le chef du gouvernement est aussi intervenu au Sénat à propos d'Olivier Marleix : « La disparition d'Olivier Marleix a été, pour l'Assemblée Nationale et le Parlement dans son ensemble, un moment de saisissement, de stupéfaction et de grand chagrin. Il était un parlementaire assidu, actif et enraciné, aux convictions fortes, en particulier sur les thèmes qui lui étaient chers de la souveraineté économique et industrielle. Cet événement a été l'occasion pour beaucoup d'entre nous de méditer sur le fait que sous une force qui pouvait paraître irréductible se dissimulait parfois une fragilité. Je pense que cela a traversé l'esprit de chacune et de chacun. Les engagements qui sont les nôtres ne protègent pas de ce type de faille, au contraire. Nous devons donc être d'autant plus attentifs les uns aux autres. Honorons en cet instant la mémoire d'un serviteur fidèle et engagé de la vie parlementaire. ».
Olivier Marleix sera enterré ce vendredi 11 juillet 2025 à 15 heures à Anet, dans l'Eure-et-Loir, dont il avait été le maire pendant un peu plus de neuf ans. Seront présent de nombreuses personnalités politiques, en particulier François Bayrou, Yaël Braun-Pivet, Gérard Larcher, Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, etc.
« Il est peu de figures capables de rassembler les plus féroces adversaires politiques. Le député et ancien président du groupe Les Républicains à l’Assemblée Olivier Marleix était de celles-là. » (Clotilde Jégousse, le 7 juillet 2025 dans "Le Figaro").
Voilà comment a commencé ce triste article de la journaliste Clotilde Jégousse dans le journal généralement considéré comme proche du parti Les Républicains. C'est vers 17 heures ce lundi 7 juillet 2025 que toute la classe politique a appris avec stupeur et émotion le suicide d'un des siens, le député LR Olivier Marleix, à l'âge de 54 ans (né le 6 février 1971).
C'est un choc très violent que celui de l'annonce d'un suicide, surtout lorsqu'il s'agit d'une personnalité politique nationale (à ma connaissance, dans le passé récent, je ne vois que ceux de Jean-Marie Demange et de Pierre Bérégovoy), surtout encore lorsqu'il s'agit d'une personnalité qui semblait forte et déterminée. Très violent pour la famille et les proches, mais aussi pour la classe politique unanimement bouleversée.
Selon le procureur de la République de Chartres, Frédéric Chevallier, Olivier Marleix, député d'Eure-et-Loir depuis juin 2012, a été découvert sans vie à son domicile d'Anet, dont il a été le maire de mars 2008 à septembre 2017, « retrouvé dans une pièce du haut, pendu ».
Les circonstances de ce suicide ne sont pas connues. On ne redira jamais à quel point un suicide peut être motivé par plusieurs raisons, et pas forcément les plus évidentes, et que cela peut toucher tout le monde, les plus faibles comme les plus forts (certains articles de journaux ont prudemment ajouté cette information à cette occasion : « Si vous avez des pensées suicidaires, si vous êtes en détresse ou si vous voulez aider une personne en souffrance, il existe des services d'écoute anonymes et gratuits. Le numéro national 3114 est joignable 24h/24 et 7j/7. »). Pour la plupart des cas, le suicide reste un mystère.
Olivier Marleix laisse deux filles et ses deux parents, Évelyne et Alain Marleix. Ce dernier est aussi un homme politique du RPR puis de l'UMP, expert électoral du RPR, ancien député européen puis député du Cantal, notamment Secrétaire d'État aux Anciens combattants puis aux Collectivités territoriales du 18 juin 2007 au 13 novembre 2010 dans le deuxième gouvernement de François Fillon. Pendant une législature, donc, de juin 2012 à juin 2017, siégeaient dans l'hémicycle deux Marleix, le père et le fils. Et les deux parents ont été, tous les deux, maires, l'une de Molompize de 2001 à 2008 et l'autre de Massiac de 1995 à 2008, deux communes du Cantal.
C'est Naïma Moutchou, vice-présidente (Horizons) de l'Assemblée, qui présidait la séance de ce lundi 7 juillet 2025 à 17 heures, qui a interrompu les travaux des députés, en plein examen de la proposition de loi modifiant le scrutin municipal pour Paris, Lyon et Marseille : « Monsieur le ministre, mes chers collègues, une terrible nouvelle qui concerne l’un de nos collègues vient de me parvenir. Par décence et par respect, et dans l’attente d’une confirmation, je vais suspendre la séance pour quelques minutes. ».
Un quart d'heure plus tard, elle a repris la séance avec l'information hélas confirmée : « Monsieur le ministre, mes chers collègues, j’ai l’immense tristesse de vous confirmer que notre collègue Olivier Marleix nous a quittés. C’est une onde de choc. Mme la Présidente lui rendra hommage dans les formes les plus solennelles demain à 15 heures. Dans cette attente, et en sa mémoire, je vous invite à observer une minute de silence. ».
Seul membre du gouvernement présent dans l'hémicycle, le Ministre délégué aux Relations avec le Parlement Patrick Mignola a ensuite pris la parole : « À l’annonce de cette nouvelle d’une immense tristesse et d’une grande brutalité, il me revient, au nom du gouvernement, de dire immédiatement quelques mots, avant que la présidente de l’Assemblée Nationale et le premier ministre ne rendent hommage demain à Olivier Marleix. Olivier Marleix fut quatre fois d’affilée élu député de la deuxième circonscription d’Eure-et-Loir. Il fut le président du groupe Les Républicains dans cet hémicycle, où il était unanimement reconnu comme un rhéteur redoutable, mais toujours loyal. Il appartenait à la grande famille des Républicains et à une grande famille de républicains. Toutes nos pensées vont à ses proches, au territoire auquel il était tant attaché et à ses collègues. Au nom du gouvernement, je tiens à formuler de la gratitude pour la force de ses convictions et de ses engagements. ».
La séance a été encore interrompue cinq minutes avant la reprise de l'examen du projet de loi. L'orateur était alors un député LR, Nicolas Ray, choqué évidemment par la nouvelle, qui a commencé son intervention par ces quelques mots : « C’est avec tristesse et émotion que je prends la parole car nous venons d’apprendre, il y a quelques minutes, la disparition tragique de notre collègue Olivier Marleix. Quand j’ai été élu député de l’Allier, il y a trois ans, Olivier a été mon premier président de groupe. Il m’a donc accompagné avec bienveillance dans mes premiers pas de parlementaire. Doté d’une hauteur de vue et d’une grande capacité d’analyse, Olivier était un collègue courageux et engagé, fier de ses racines cantaliennes. Ironie du sort, il était très engagé sur cette proposition de loi, et très opposé à cette réforme. Lors de nos débats en première lecture, même si je n’étais pas en accord avec lui sur le fond, je veillais toujours à respecter ses positions et ses arguments. Avec mes collègues du groupe, nous avons une pensée très peinée pour ses proches, pour Alain et Évelyne, ses parents, pour ses filles et pour son entourage. L’Assemblée Nationale et le groupe des Républicains n’oublieront pas Olivier Marleix. ».
Les autres orateurs ont tous commencé leur intervention par un mot d'émotion pour Olivier Marleix, notamment le député RN Franck Allisio, et le député EPR Sylvain Maillard, qui fut président du groupe Renaissance de 2022 à 2024 : « Je veux tout d’abord avoir une pensée pour notre collègue Olivier Marleix. J’ai eu le privilège de présider un groupe au moment où lui-même présidait celui des Républicains. Nous nous sommes opposés mais j’ai toujours eu plaisir à travailler avec lui. Je pense très fort à ses proches, à sa famille et à ses collègues. C’est évidemment une journée difficile pour nous tous. ».
Si l'émotion est forte, c'est que non seulement un tel décès est choquant et violent, mais il faut rappeler qu'Olivier Marleix a beaucoup compté dans la vie politique récente, en tant que président du groupe LR de juin 2022 à juin 2024.
Diplômé de Science Po Paris et d'un DEA de droit public, Olivier Marleix a soutenu Édouard Balladur à l'élection présidentielle de 1995, il présidait même son comité de soutien des jeunes. Entre 1995 et 1997, il fut élu président de l'UJP, Union des jeunes pour le progrès (jeunes gaullistes sociaux).
Dès le début des années 1990, Olivier Marleix est devenu collaborateur de personnalités politiques du RPR, en particulier : chargé de mission dans le cabinet de Charles Pasqua comme président du conseil général des Hauts-de-Seine de 1989 à 1992, collaborateur dans le cabinet de Michèle Alliot-Marie comme Ministre de la Jeunesse et des Sports de 1993 à 1995, directeur de cabinet de Nicole Catala comme adjointe au maire de Paris de 1995 à 1998, directeur de cabinet du sénateur Martial Taugourdeau comme président du conseil général d'Eure-et-Loir de 1998 à 2001, puis directeur général des services du conseil général d'Eure-et-Loir et directeur de cabinte d'Alberic de Montgolfier comme président du conseil général de 2001 à 2005, conseiller dans le cabinet de Brice Hortefeux comme Ministre délégué aux Collectivités territoriales de 2005 à 2007, conseiller auprès de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République de 2009à 2011, enfin conseiller du cabinet de Claude Guéant, Ministre de l'Intérieur, de 2011 à 2012.
En 2008, avec sa longue silhouette à la Alain Juppé, Olivier Marleix a franchi l'horizon des responsabilités électives avec deux mandats : il fut élu conseiller général d'Eure-et-Loir de mars 2008 à mars 2014 (vice-président du conseil général de mars 2008 à mars 2011) et maire d'Anet de mars 2008 à septembre 2017. Son mandat le plus important fut celui de député d'Eure-et-Loir qu'il a gagné à partir de juin 2012, réélu en juin 2017, juin 2022 et juillet 2024.
Au sein de son parti, il a pris des responsabilités, locales (président départemental de LR d'Eure-et-Loir à partir de 2016), et nationales, comme vice-président de LR à partir de 2020... et surtout comme président du groupe LR à l'Assemblée de juin 2022 à juillet 2024. Après le débauchage de Damien Abad au gouvernement, Olivier Marleix lui a succédé avec une sérieuse réputation d'antimacroniste depuis 2017, dans un contexte où LR avait été laminé à l'élection présidentielle (moins de 5%). Olivier Marleix s'est fait élire président du groupe LR le 22 juin 2022 face à Julien Dive. Il s'est ainsi retrouvé en parallèle avec Éric Ciotti élu président du parti LR et Bruno Retailleau président du groupe LR au Sénat. Heureux du retour à l'Assemblée de Laurent Wauquiez, Olivier Marleix lui a laissé la présidence du groupe LR en juillet 2024, tout en préférant Bruno Retailleau comme président de LR en mai 2025.
Ainsi, c'est comme président du groupe LR qu'Olivier Marleix s'est fait connaître du grand public. Il a dû diriger un groupe politique profondément divisé. Il a tenté de faire adopter la réforme des retraites d'Élisabeth Borne, soutenue par les sénateurs LR, mais 19 députés LR sur 61 ont quand même voté la motion de censure consécutive à l'utilisation de l'article 49 alinéa 3.
Intervenant à de nombreuses reprises au sein de l'hémicycle pour fustiger le macronisme, Olivier Marleix a eu cette déclaration mémorable adressée à la ministre Aurore Bergé qui défendait un texte du gouvernement, le 7 mars 2023 : « Avant de nous présenter ce texte, madame Bergé, votre majorité aurait gagné à s’offrir une séance d’introspection sur le thème : "Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre". Il faut dire que vous avez de quoi faire en la matière : onze condamnations au sein de la majorité, dont l’une pour des faits de violences envers une ex-compagne, le bureau de l’Assemblée Nationale ayant d’ailleurs refusé de lever l’immunité parlementaire du député concerné, et une autre concernant un député condamné pour harcèlement sexuel envers une collaboratrice. Huit mises en examen, dont celles du Secrétaire Général de la présidence de la République, excusez du peu !, et de l’actuel garde des sceaux, pardonnez-moi, monsieur le ministre, accusés l’un et l’autre de prise illégale d’intérêts. Douze enquêtes en cours, dont l’une concerne le ministre du travail, visé par une accusation de favoritisme. Treize mises en examen pour un seul homme, champion de France toutes catégories du nombre de mises en examen, accusé notamment de fraude fiscale, d’emploi fictif, de financement illicite de dépenses électorales : cet homme n’est autre que le conseiller politique du Président de la République ! En 2022, votre formation politique a même hésité à réinvestir dans la 9e circonscription des Français de l’étranger le député sortant issu de ses rangs et qui, défendu en son temps par celui qui est devenu garde des sceaux, a été condamné en première instance à trois ans de prison, dont un an ferme, et deux ans d’inéligibilité pour violences volontaires. Mais qu’est donc devenu ce candidat à l’élection présidentielle qui, en 2017, déclarait qu’un ministre devrait quitter le gouvernement s’il était mis en examen ? Le Président Macron aura, contrairement à tous ses prédécesseurs, renoncé à cette exigence éthique. Vous nous parlez de probité, alors même que l’un des premiers signataires de ce texte, selon l’ordre alphabétique, est accusé, aux termes de deux plaintes, de viol sous soumission chimique et de tentative de viol ! Beau bilan ! Ce texte constitue donc un énième coup de communication de la majorité, à la suite de la condamnation de l’un de nos collègues, Adrien Quatennens. Est-il souhaitable de légiférer consécutivement à un fait ayant déclenché une polémique ? En commission des lois, l’intégralité des groupes, même ceux qui appartiennent à la majorité, même la très modérée et sage Laurence Vichnievsky, ont dénoncé l’opportunisme politique, condamnant le dévoiement législatif au service de l’émotion. Soyez attentifs, mes chers collègues, à légiférer pour la cause et non pas pour tenter de leurrer nos citoyens en leur faisant croire que vous seriez irréprochables. Personne ne vous croira ! Sur le fond, la présente proposition de loi vise à étendre la peine complémentaire obligatoire d’inéligibilité aux violences aggravées, c’est-à-dire aux violences commises, notamment, sur un mineur de 15 ans, sur une personne vulnérable ou sur le conjoint, ayant entraîné une ITT inférieure ou égale à huit jours. Elle complète donc une liste de délits déjà très longue et se borne à rendre obligatoire ce qui était facultatif. Je rappelle d’ailleurs que, dans l’affaire en question, le juge aurait pu prononcer l’inéligibilité de notre collègue et qu’en toute indépendance, il a estimé ne pas devoir le faire. Vous qui utilisez les semaines dont l’ordre du jour est fixé par l’Assemblée Nationale pour inscrire des initiatives transpartisanes, pourquoi ne pas avoir créé un groupe de travail à ce sujet qui aurait, j’en suis sûr, abouti à un texte commun ? Pourquoi n’avez-vous pas engagé un vrai débat sur ce sujet ou sur d’autres causes, tout aussi légitimes ? Pourquoi, par exemple, ne pas avoir élargi la peine d’inéligibilité obligatoire aux délits de trafic, de cession et d’importation de stupéfiants ou au délit de consommation de stupéfiants aggravé par la qualité de l’auteur, notamment une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ? Mais peut-être n’y aurait-il pas eu sur vos bancs, madame Bergé, le même enthousiasme à étendre l’inéligibilité obligatoire à ces délits… Chers collègues de la majorité, il ne faut pas trop jouer avec l’actualité, sous peine de se discréditer. Nous sommes tous, au sein du groupe Les Républicains, convaincus de la nécessité de lutter contre toutes les formes de violence et de renforcer l’exigence de probité et d’exemplarité des élus qui, j’en suis sûr, est un préalable à la restauration de la confiance dans la vie politique et la vie publique en général. C’est pourquoi, même si nous regrettons l’opportunisme de ce texte, nous ne nous y opposerons pas. ».
Il faut mesurer l'art de s'opposer aux macronistes tout en, finalement, approuvant le texte déposé par les macronistes ! Cela lui a valu d'ailleurs un supposé bras d'honneur de la part du garde des sceaux Éric Dupond-Moretti qui a fait beaucoup de bruit par cette polémique : « Et la présomption d’innocence, monsieur le député, qu’est-ce que vous en faites ? Que faites-vous de la présomption d’innocence ? » avec un geste des bras pouvant être mal interprété, au point que le ministre de la justice s'est enfoncé un peu plus tard quand le député LR Patrick Hetzel (futur ministre) s'est déclaré choqué par le bras d'honneur : « Je ne suis sans doute pas l’arbitre des élégances, mais je voudrais rappeler une chose : j’ai été mis en examen, je ne suis pas condamné. Je conteste totalement les faits qui me sont reprochés. Dans ma vie d’avocat, j’ai défendu des membres de votre famille politique ; certains ont été condamnés. Vous n’avez pas de leçons à me donner. Il n’y a pas eu un bras d’honneur, il y en a eu deux, mais à chaque fois accompagnés par des paroles. ».
Ce qui a conduit Élodie Jacquier-Laforge (MoDem), qui présidait cette séance, à blâmer le ministre : « De quoi parlez-vous, monsieur le ministre ? Êtes-vous en train de dire que vous avez fait deux bras d’honneur à l’Assemblée ? Je vous demande de préciser vos propos, car si tel est le cas, c’est absolument inadmissible. Vous n’avez pas à faire des bras d’honneur dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale, monsieur le ministre ! ». Réponse du ministre : « J’ai dit qu’on faisait un bras d’honneur à la présomption d’innocence, et je l’ai dit deux fois. ». La présidente : « Les bras d’honneur, qu’ils soient physiques ou verbaux, ne sont pas admissibles. Je vous demande à tous de reprendre votre calme. La séance est suspendue. ».
Après dix minutes de suspension de séance, Éric Dupond-Moretti a repris la parole pour expliquer son geste : « Personne ne peut dire ici que, depuis plus de deux ans et demi que je suis ministre, je n’ai pas été respectueux du Parlement. Je ne suis pas au-dessus des lois ; je ne suis pas en dessous des lois non plus. En tant que citoyen, j’ai le droit de faire valoir la présomption d’innocence attachée à la mise en examen dont je fais l’objet. J’ai entendu les propos de M. le président Marleix sur ma mise en examen… Je rappelle que non seulement je suis présumé innocent, c’est constitutionnel, mais je suis innocent ; je le dirai le moment venu. Il est vrai, madame la présidente, que j’ai réagi avec beaucoup de vivacité. Je tiens à dire que les gestes qui me sont reprochés étaient assortis de paroles qui ne visaient pas le président Marleix, mais le mépris qu’il manifestait pour le respect de ma présomption d’innocence, c’est ainsi que je l’ai conçu. Ceux qui m’entourent pourraient en témoigner : vous avez eu l’image, mais vous n’avez pas eu le son. Je concède, madame la présidente, que ce geste n’était pas adéquat. Mais je répète que l’intention qui était la mienne est celle que je viens d’expliquer. On aura beau protester, c’est exactement l’intention qui était la mienne. Les hurlements et les vociférations n’y changeront strictement rien. Voilà ce que j’entends dire à la représentation nationale. ».
Mais la polémique s'est poursuivie par un autre rappel au règlement de Patrick Hetzel, puis un autre d'Olivier Marleix : « Monsieur le garde des sceaux, avant de quitter l’hémicycle pour rejoindre un de vos collègues du gouvernement dans le cadre d’une réunion de travail, je parlais, je crois, de l’exemplarité dont les responsables politiques doivent pouvoir justifier auprès des Français. Je ne sais pas si vous essayiez par là de donner l’exemple, mais adresser à un membre de la représentation nationale un bras d’honneur, pardon, deux, de votre propre aveu, me paraît très peu exemplaire pour un membre du gouvernement. J’ai conscience que votre carrière professionnelle vous a amené à fréquenter de nombreux voyous, ce qui a pu déteindre sur votre comportement. Il reste néanmoins plus qu’inapproprié et nécessite des excuses, non envers ma personne, mais envers la représentation nationale. Je vous demande une réponse. ». La présidente : « La parole est à M. le garde des sceaux. J’ai pris acte d’autres demandes de rappels au règlement, mais peut-être ne seront-elles pas nécessaires ; cela dépend des propos de M. le ministre. ». Le ministre : « Monsieur le président Marleix, il est un grand principe de droit auquel nous sommes tous sensibles : la mauvaise foi ne se présume pas. Je vous le dis en face, mon bras d’honneur n’était pas adressé au député Marleix. Écoutez-moi une seconde ! Lorsque j’ai fait ce geste, ce double geste, vous m’en avez reproché un, j’ai répondu "deux", car telle est la réalité, j’ai dit : "C’est un bras d’honneur à la présomption d’innocence". Ceux qui m’entouraient pourront vous confirmer que j’ai tenu ces propos. En ce qui me concerne, je suis particulièrement respectueux de la présomption d’innocence. Certains d’entre vous le savent. Monsieur Marleix, pouvez-vous entendre que, présumé innocent, et innocent, je l’affirme, je puisse être blessé par le fait qu’on évoque une mise en examen comme s’il s’agissait d’une condamnation ? Je le répète, ce geste… Il y a plusieurs témoins, si ma parole ne vous suffit pas. Je le répète, ce geste n’est pas injurieux à votre égard. C’est le geste de quelqu’un qui réagit, et qui a peut-être eu tort de réagir ainsi, à une accusation qu’il n’estime pas fondée, et ce depuis deux ans et demi. ».
Loin d'éteindre la polémique, elle a redoublé et a atteint les bancs de la gauche par des rappels au règlement de Boris Vallaud (PS), puis de Mathilde Panot (FI) et de Sandra Regol (EELV). Élodie Jacquier-Laforge a tenté la médiation en rappelant les regrets du ministre : « Je me permets de rappeler les mots qu’a prononcés M. le garde des sceaux, car je les ai notés : il a dit que son geste n’était "pas adéquat", qu’il le "regrettait" et qu’il "a eu tort de réagir ainsi". C’est ce qu’il a dit : je l’ai noté. Vous pouvez me faire confiance pour prendre des notes exactes ! Du reste, cela sera inscrit au compte rendu. ». Mais rien n'y a fait.
Olivier Marleix a alors repris la parole pour demander au ministre des mots d'excuse : « Monsieur le garde des sceaux, en vous écoutant, je pense aux milliers d’enseignants confrontés à des élèves difficiles qui, dans leur dos, font des gestes susceptibles de troubler la classe. Je m’interroge : quel modèle, quel exemple, est en train de donner ce membre du gouvernement de la République française ? Quelle image donne-t-il à ces élèves ? Votre argumentation pitoyable, selon laquelle votre geste ne s’adressait pas à ma personne, mais à mon propos, n’enlève rien à sa gravité. Je n’ai porté aucune accusation. Je me suis borné à rappeler de simples faits : votre mise en examen et votre renvoi devant une cour correctionnelle, en l’espèce, la Cour de justice de la République. Je suis désolé que vous soyez renvoyé devant cette cour, mais je n’y suis pour rien. Cela crée un précédent : vous êtes le premier garde des sceaux dans ce cas, que cela vous plaise ou non ! La dignité aurait pu vous amener à démissionner de votre fonction, mais au lieu de cela, vous ajoutez à ce précédent la grossièreté du bras d’honneur. Les excuses que je demande ne sont évidemment pas pour moi, ma personne n’a aucune importance, mais pour notre institution. Je sollicite une suspension de séance. ».
Après une nouvelle suspension de séance de dix minutes, Éric Dupond-Moretti a enfin présenté ses excuses : « Monsieur Marleix, je le dis à toute la représentation nationale, je suis profondément affecté par ce moment. Je le répète avec beaucoup de force : je n’ai pas voulu viser le président du groupe Les Républicains. Si mon geste a été mal interprété, je lui présente mes excuses ainsi qu’à toute la représentation nationale. ». L'incident fut ainsi clos !
Cette petite séquence, qui montrait que l'Assemblée était une cour de récréation, a illustré le fait qu'Olivier Marleix ne lâchait rien, et surtout pas son antimacronisme.
Parlementaire très actif, Olivier Marleix s'est fait aussi la réputation d'un très bon connaisseur de la politique industrielle et énergétique de la France. Il a notamment présidé la commission d'enquête sur les décisions de l'État en matière de politique industrielle en novembre 2017, visant l'ancien Ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, c'est-à-dire Emmanuel Macron, sur la vente d'Alstom. Olivier Marleix n'a pas hésité à saisir en janvier 2019 le parquet national financier pour dénoncer un pacte de corruption pour financer la campagne présidentielle de l'actuel Président. Il a par ailleurs proposé en 2023 une nationalisation temporaire du groupe Atos par souverainisme industriel pour éviter sa cession à l'étranger.
Malgré une activité très partisane, Olivier Marleix a reçu de la part de ses collègues notamment présidents de groupe un hommage élogieux à l'annonce de sa mort.
Emmanuel Macron : « La disparition d'Olivier Marleix plonge notre Parlement en deuil. Homme politique d'expérience, il défendait ses idées avec conviction. Je respectais aussi nos différends puisqu'ils se plaçaient à la lumière de notre amour du pays. J'adresse mes condoléances à sa famille, à son père Alain et à tous ses compagnons d'engagement. ».
François Bayrou : « Stupéfaction et immense tristesse à l'annonce de la disparition brutale d'Olivier Marleix. On ne se rend jamais compte de la fragilité des êtres humains... Nous serons chez lui demain, à Chartres, dans son département. Sa haute silhouette nous manquera. ».
Yaël Braun-Pivet : « L'Assemblée Nationale est en deuil. Olivier Marleix s'est consacré sans compter pour son territoire et pour notre démocratie. Il était droit, rigoureux, profondément humain. Bouleversée, j'adresse à sa famille, ses proches, ses collègues, mes condoléances les plus sincères. ».
Nicolas Sarkozy : « C'est avec une immense tristesse que j'apprends la disparition tragique d'Olivier Marleix. Olivier fut un collaborateur précieux à l'Élysée, un soutien fidèle dont l'engagement ne m'a jamais fait défaut. Il était avant tout un député passionné. ».
Marine Le Pen : « Nous apprenons avec tristesse le décès d'Olivier Marleix, député depuis 2012, président du groupe Les Républicains de 2022 à 2024. Il fut un élu de terrain, rigoureux, engagé au service de ses idées. Nos pensées vont à sa famille, à ses proches et à ses collègues du groupe LR. ».
Jean-Luc Mélenchon : « Stupeur. J'ai eu l'honneur de pratiquer Monsieur Olivier Marleix, c'était un adversaire honorable et respecté. Son attachement à la souveraineté de la France permettait un dialogue sincère. Condoléances attristées à sa famille et ses proches. ».
Valérie Pécresse : « Bouleversée par la disparition d'Olivier Marleix, un homme de convictions, gaulliste et républicain engagé, un homme droit sur lequel on pouvait toujours compter dans l'adversité. La France perd un de ses serviteurs, et les habitants de l'Eure-et-Loir leur premier défenseur. ».
De nombreuses autres personnalités politiques ont exprimé leur émotion, en particulier Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, Éric Ciotti, Manuel Bompard, Jordan Bardella, Laure Lavalette, etc.
Un hommage solennel à Olivier Marleix sera rendu à l'Assemblée Nationale le mardi 8 juillet 2025 à 15 heures, par la Présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet et par le Premier Ministre François Bayrou qui se sera rendu auparavant à Chartres auprès de la famille. Pensée aux proches.
« Charles Pasqua incarnait à merveille tous les paradoxes du gaullisme. Ce mélange de conviction, de verbe haut, de déclarations fracassantes et de coups tordus, de tractations, de traîtrises cachés dans les plis du grand drapeau tricolore frappé de la croix de Lorraine. » (Joseph Macé-Scaron, le 3 juillet 2015 dans "Marianne").
L'ancien ministre Charles Pasqua est mort il y a dix ans, le 29 juin 2015 à l'âge de 88 ans, quelques semaines après le congrès fondateur du parti Les Républicains auquel il avait participé. Un vide dans la classe politique ? Les grandes gueules ne manquent pourtant pas, même encore aujourd'hui, mais à la différence de Georges Marchais, Jean-Marie Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, et il y en a quelques autres, Charles Pasqua était une grande gueule utile, je veux écrire, était à la fois une grande gueule et utile.
Il était certes un redoutable opposant lorsqu'il était dans l'opposition, mais au contraire des autres grandes gueules citées, Charles Pasqua était plutôt dans son élément lorsqu'il était au pouvoir, dans la majorité, pour servir ce qu'il a toujours considéré comme l'intérêt supérieur de l'État, voire, avec sa connotation sinistre, la raison d'État.
C'est clair, Charles Pasqua n'est pas parvenu à la politique avec des diplômes de l'ENA, Normale Sup., Polytechnique ou HEC, mais par la petite porte de service, celle des "basses œuvres", celles des coups fumants, celles de l'action dans le sens activisme, militantisle, celle aussi de la Résistance (ce qui lui a assuré une très grande considération de François Mitterrand pourtant peu suspect de pasquaphilie). Des convictions chevillées au corps, celles du gaullisme, le gaullisme bonapartiste, celles du chef légitime, du chef de guerre, une fidélité et une loyauté. Son diplôme, c'était le pastis Ricard. Et sa verve.
Charles Pasqua avait des convictions et voulait servir celui qui les servirait au plus haut niveau de l'État. Et cette personne, à la fin des années 1960, c'était le jeune dauphin, Jacques Chirac. Pour lui, pendant plus de deux décennies, il a tout fait. Bazarder la candidature de Jacques Chaban-Delmas, duper tous les barons vieillissants du gaullisme, conquérir à l'arraché le parti gaulliste, l'UDR, et même le transformer deux ans plus tard en une machine de guerre destinée à soutenir et promouvoir Jacques Chirac jusqu'à l'Élysée, le RPR, et retrouver enfin le pouvoir gaulliste version 1960, avec son romantisme, avec sa légende mais aussi avec ses obscurités.
Dans les années 1970 et 1980, Jacques Chirac a eu trois sources de soutien : d'abord Marie-France Garaud et Pierre Juillet, pour le lien filial avec Georges Pompidou et contre Jacques Chaban-Delmas, mais cette source s'est tarie dès 1978 ; Charles Pasqua, l'homme de main, celui qui vous organisait vite fait bien fait un congrès qui retournerait les apparatchiks, et enfin Édouard Balladur, la face un peu technocratique du pouvoir, celui qui insista pour soutenir le Traité de Maastricht, seule garantie pour pouvoir rassembler au moins la moitié des Français à une élection présidentielle.
L'échec de 1981 était évident et prévisible : Jacques Chirac, à 48 ans, l'âge pourtant de Valéry Giscard d'Estaing à son élection, n'était pas encore prêt ; il était un outsider. Il avait déjà une belle machine, le RPR, des troupes fidèles, des conseillers redoutables, mais il était dans la minorité de la majorité, il ne tenait pas les commandes. La stratégie Pasqua, c'était de devenir la majorité de l'opposition, quitte à perdre un tour, 1981. Et cela a marché : Jacques Chirac est devenu le leader de l'opposition dès 1982, considéré comme tel même par l'UDF, et Charles Pasqua a guerroyé au Sénat contre le gouvernement socialo-communiste, en tant que président du groupe RPR au Sénat, s'alliant ainsi avec les centristes qui étaient à l'époque majoritaires (et d'origine antigaulliste).
Un petit retour sur 1979 : le supposé suicide du ministre gaulliste Robert Boulin ressemblait plutôt à une bavure, à l'œuvre sinistre d'un zélé trop zélé. Sur Wikipédia, on peut ainsi lire : « Dans le téléfilm "Crime d'État", diffusé sur France 3 le 29 janvier 2013, Charles Pasqua est présenté comme un des commanditaires de l'assassinat du ministre Robert Boulin. La version officielle étant une mort par suicide, ce téléfilm historique présente sous forme de fiction la thèse d'un assassinat politique orchestré pour défendre les intérêts du RPR. ».
La vérité, c'est que personne n'en sait rien, et les rares députés gaullistes proches de Jacques Chaban-Delmas capables de témoigner le faisaient sur la foi d'une impression et de conversations, et pas d'un témoignage de faits réels, c'était le cas en particulier de Jean Charbonnel ou Alexandre Sanguinetti. La seule motivation de mouiller Charles Pasqua, c'est que, par sa réputation, ça n'étonnerait personne, mais il faut rappeler que celui qui fut l'un des dirigeants actifs du SAC (service d'action civique), une sorte de service d'ordre au profit du parti gaulliste, a quitté l'activisme pour la politique justement à la fin des années 1960, préférant se faire élire député à rester un membre du SAC. Du reste, il a été impliqué dans quelques affaires politico-financières dont la justice a été saisie et a été parfois relaxé (le plus souvent), parfois condamné.
C'est ainsi que Charles Pasqua a eu trois vies. Une vie d'homme de main au service au gaullisme (triomphant, ou pas) : il a cofondé le RPF dès 1947, à l'âge de 20 ans, il a aussi cofondé le SAC en 1959 lors du retour au pouvoir de De Gaulle. Puis, il y a eu la phase d'homme politique relativement classique, de 1968 à 1988, où il s'est institutionnalisé sur les conseils de Georges Pompidou, il s'est respectabilisé, à l'aide de nombreux mandats électifs : député des Hauts-de-Seine de juin 1968 à mars 1973, sénateur des Hauts-de-Seine de septembre 1977 à décembre 1999 (sauf périodes ministérielles) et de septembre 2004 à septembre 2011 ; député européen de juin 1999 à juin 2004. Mais aussi avec une implantation locale non négligeable : conseiller général des Hauts-de-Seine de 1970 à 1976 et de 1988 à 2004 (président du conseil général de 1973 à 1976 et de 1988 à 2004), et conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 1983 à 2001.
Petit arrêt à Neuilly : en avril 1983, le maire Achille Péretti, qui venait d'être réélu (sans discontinuer depuis 1947), ancien Président de l'Assemblée Nationale (de 1969 à 1973), d'origine corse également, est mort. Charles Pasqua s'attendait à reprendre le flambeau et la mairie quand un petit jeune de 28 ans, conseiller municipal, Nicolas Sarkozy a décidé de profiter du séjour à l'hôpital de son concurrent pour convaincre ses collègues de l'élire lui à la tête de la mairie. Jacques Chirac, gêné par ce choc des ambitions, a surtout laissé faire, laissant la loi du plus fort désigner le vainqueur.
On imagine donc la rancœur de Charles Pasqua, mais tout au long de la trentaine d'années qui a suivi, les relations entre Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua ont été à la fois celles de vieux alliés ou celles de redoutables adversaires, Nicolas succédant ainsi à Charles à la tête du conseil général des Hauts-de-Seine (un poste stratégique), également, mais pas directement, au Ministère de l'Intérieur, et pourtant rivaux aux élections européennes de juin 1999 (chacun menant une liste vaguement gaulliste).
Pendant cette deuxième vie, celle de la respectabilité politique, Charles Pasqua est devenu le puissant conseiller de Jacques Chirac, incontournable, indispensable. Mais l'échec de 1988 a été pour Charles Pasqua la prise de conscience que Jacques Chirac était un mauvais cheval, qu'il perdrait sans arrêt, que le gaullisme ne serait plus triomphant avec Jacques Chirac. C'est ainsi qu'il s'est rapproché de Philippe Séguin, dans une sorte de prise en sandwich en 1990 de la direction de RPR (Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Édouard Balladur) par l'aile droite (Charles Pasqua) et l'aile gauche (Philippe Séguin). L'opération a échoué pour la prise de contrôle du RPR, mais a consolidé les liens entre les deux hommes, renforcés par la campagne commune contre le Traité de Maastricht. Charles Pasqua a toutefois été également déçu des capacités de Philippe Séguin à devenir Président de la République, au point qu'à la fin des années 1990, Charles Pasqua s'est mis à son compte, s'alliant pour l'occasion avec le souverainiste Philippe de Villiers et dépassant la liste RPR aux élections européennes de juin 1999.
Mais il faut parler de la période entre 1990 et 1999, bien sûr, car même "autonomiste", Charles Pasqua était encore resté au sein du RPR, et était même devenu un homme du pouvoir très puissant : Ministre de l'Intérieur du 20 mars 1986 au 10 mai 1988 dans le gouvernement de Jacques Chirac, il l'est redevenu avec un titre de Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire du 30 mars 1993 au 11 mai 1995 dans le gouvernement d'Édouard Balladur. En raison de sondages très flatteurs (trop flatteurs ?) pour Édouard Balladur, Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy, comme de nombreux autres hiérarques du RPR, ont choisi de soutenir Édouard Balladur au détriment de Jacques Chirac à l'élection présidentielle de 1995.
D'où ce message faussement apocryphe proposé ici : « Certains me disaient (…) que tu avais le sens de l’État. Bigre ! Je n’irais pas jusque-là, mais disons qu’il est exact que tu savais prendre tes responsabilités. (…) Tu croyais que Balladur t’aurait nommé Premier Ministre ? Naïf que tu es. Jamais il ne l’aurait fait. Tu n’es pas de son monde. Tu lui aurais fait honte avec tes manières de soudard. (…) Il aurait été capable de t’obliger à porter ses horribles costumes trois boutons qu’il fait fabriquer en Angleterre et qui lui vont si mal. Tu t’imagines cintré dans une veste trois boutons. Je ris à l’avance de la tête que ferait le tailleur en contemplant ton ventre et tes épaules. » ("Lettre apocryphe de Jacques Chirac à Charles Pasqua" publiée dans "Les Échos" le 31 juillet 1995 et rédigée par …Nicolas Sarkozy).
Ce curieux texte est issu d'une série estivale publiée dans "Les Échos" durant l'été 1995, juste après l'élection de Jacques Chirac, où Nicolas Sarkozy, sous le pseudonyme de Mazarin (son identité était donc cachée), écrivait toutes sortes de lettres politiques pour divertir ses lecteurs, et dans le numéro du 31 juillet 1995, il prenait la plume de Jacques Chirac pour s'adresser à Charles Pasqua. Ce qui ne manquait pas de piment !
Car au milieu des années 1990, et c'est pour cela qu'il était resté au sein du RPR, Charles Pasqua était au sommet de son influence politique. Président du groupe RPR au Sénat, il a raté de quelques voix la Présidence du Sénat en octobre 1992 (face à René Monory), ce qui représentait le deuxième personnage de l'État, celui susceptible de succéder au Président de la République en cas de vacance présidentielle, et celle-ci était même probable en raison de la grave maladie de François Mitterrand. L'histoire ne ressert jamais deux fois le même plat. Une fois de retour Place Beauvau, Charles Pasqua était un allié puissant d'Édouard Balladur, et comme il a été souvent dit, il faisait partie des premiers-ministrables en cas d'élection de ce dernier (même si je pense qu'Alain Juppé, bien que chiraquien, aurait quand même été nommé).
Le Petit Luxembourg, Matignon, la puissance d'un homme politique (et d'une femme politique) se mesure à la projection qu'on l'imagine dans des fonctions suprêmes. En revanche, il n'a jamais été question d'une candidature sérieuse à l'élection présidentielle (en 2002, sa motivation semblait assez faible).
Charles Pasqua s'est réconcilié avec Nicolas Sarkozy et son parti d'origine (devenu UMP) au début des années 2000, ce qui lui a permis de reprendre un dernier mandat de sénateur (entre 2003 et 2011), lui garantissant une certaine immunité parlementaire, en compensation de la présidence du conseil général des Hauts-de-Seines (qu'il a abandonnée en mai 2004 à Nicolas Sarkozy qui allait, lui, se faire proclamer président de l'UMP quelques mois plus tard, puis candidat à l'élection présidentielle de 2007).
En s'éteignant il y a dix ans, l'ancien vieux sénateur a emporté avec lui quelques secrets du gaullisme historique, la version la moins héroïque mais peut-être pas la moins efficace. Celle de la raison d'État.
« Le clan Tiberi réuni autour de lui à l'hôpital, c'est la chapelle Cystite ! » (Laurent Ruquier).
L'ancien maire de Paris Jean Tiberi est mort ce mardi 27 mai 2025 dans la matinée, selon une annonce de la mairie du cinquième arrondissement qu'il affectionnait tant. Il avait fêté son 90e anniversaire il y a quelques mois, le 30 janvier dernier.
La carrière de Jean Tiberi a été 100% parisienne. Avec les quelques affaires judiciaires, certaines classées, une autre qui a été jugée définitivement, celle des faux électeurs du cinquième arrondissement qui aurait pu influer sur le résultat des élections municipales de 1995 et des élections législatives de 1997, sans oublier l'affaire du pseudo-rapport d'études de son épouse Xavière, on pouvait imaginer Jean Tiberi comme un vieux schnoque pestiféré dont la seule légitimité était sa fidélité à Jacques Chirac.
En fait, c'était un peu subtil que cela. Il y a eu d'abord les Corses de la ville de Paris, si Jean Tiberi est né à Paris, il est bien d'origine corse, son épouse est née en Corse, et il y a eu d'autres élus parisiens ainsi, comme Jacques Dominati (premier adjoint en 1995), etc. Ce côté clanique était réel au point de vouloir voir son fils Dominique lui succéder à la mairie du cinquième arrondissement en 2014 (finalement, c'est l'actuelle maire, aujourd'hui Horizons, Florence Berthout, investie par l'UMP, qui a été élue, notamment contre le dissident Dominique Tiberi).
Il y a eu surtout un jeune homme, adolescent après la guerre, qui était gaulliste par adhésion au sauveur de la patrie. Il a adhéré au RPF en 1950. Il était, après le retour de De Gaulle au pouvoir, ce qu'on appelait un gaulliste de gauche (UDT). Plus tard parlementaire, il a voté en faveur de la loi Veil le 28 novembre 1974, gage d'une certaine ouverture vers la société qui a évolué.
Rappelons aussi que Jean Tiberi a fait des études de droit qui l'ont amené à entrer dans la magistrature. Il était donc juge dans ses premières années de vie active, affecté à Metz, Meaux, Beauvais. Mais il a très vite bifurqué dans la vie politique parisienne. En mars 1965, il a été élu conseiller de Paris pour la première fois (il avait 30 ans) et en mars 1967 et en juin 1968, il s'est retrouvé le suppléant du député gaulliste de gauche René Capitant, élu du cinquième arrondissement.
Lorsque ce dernier a été nommé le 30 juin 1968 Ministre de la Justice dans le gouvernement de Maurice Couve de Murville, le jeune homme de 33 ans fut alors bombardé député de Paris. Il le resta jusqu'en juin 2012 sauf pendant les quelques mois où il fut nommé Secrétaire d'État chargé des Industries alimentaires du 12 janvier 1976 au 25 août 1976 à la fin du premier gouvernement de Jacques Chirac (il a été réélu député en novembre 1976 après la démission de sa suppléante. Il faut préciser que René Capitant, mort en 1970, n'a pas repris sa circonscription lorsqu'il a démissionné du gouvernement en avril 1969, la laissant à Jean Tiberi qui a donc été réélu sur son propre nom aux élections législatives suivantes : mars 1973, novembre 1976 (partielle pour revenir à l'Assemblée), mars 1978, juin 1981, mars 1986 (à la proportionnelle, troisième de la liste RPR à Paris), juin 1988, mars 1993, juin 1997, juin 2002 et juin 2007 (près de quarante-quatre ans de mandat parlementaire).
Pour les petites anecdotes électorales, Jean Tiberi a été confronté en mars 1973 à Georges Bidault (3,5%), en novembre 1976 à Pierre Guidoni (19;7%) pour le PS, Jean Elleinstein (11,0%) pour le PCF, Brice Lalonde (6,6%) et Henri Weber (0,6%) pour LCR, en mars 1978 à Jean Elleinstein (11,7%) et Brice Lalonde (8,7%), en juin 1981 à Brice Lalonde (8,2%), en mars 1993 à Jacques Cheminade (0,3%), en juin 1997 à Lyne Cohen-Solal (27,9% puis 46,5%), Yves Frémion pour les Verts (4,9%), Pierre Jolivet (1,9%) et Marie-Françoise Bechtel pour les chevènementistes (1,6%), en juin 2002 à Lyne Cohen-Solal (29,0% puis 44,5%) et Aurélie Filippetti pour les Verts (6,6%), enfin, en juin 2007 à Lyne Cohen-Solal (27,7% puis 47,3%) et Christian Saint-Étienne pour le MoDem (16,2%). À l'origine, cette circonscription a eu pour premier député, entre 1958 et 1962, un certain Jean-Marie Le Pen, élu au second tour d'un scrutin majoritaire, mais avec seulement 45,2% des voix dans une sexangulaire (contre notamment des candidats PCF et UNR).
En juin 2012, sur demande du Premier Ministre François Fillon, Jean Tiberi lui a laissé sa circonscription pour permettre au futur candidat à l'élection présidentielle d'être un élu de Paris.
Jacques Chirac, dont il a été le fidèle depuis le début des années 1970 (et qui n'était pourtant pas un gaulliste de gauche), et qu'il a suivi lors de la création du RPR en décembre 1976, a fait partie bien sûr de la victoire municipale de Jacques Chirac en mars 1977 à Paris, puis du grand chelem de 1983 (tous les arrondissements gagnés par les listes RPR-UDF). De mars 1983 à juin 1995, Jean Tiberi fut le premier adjoint de la Ville de Paris et, à ce titre, le dauphin désigné de Jacques Chirac à Paris (préféré à Jacques Toubon qui a tenté de s'y opposer). Par ailleurs, il fut élu maire du cinquième arrondissement pendant près d'un quart de siècle, de mars 1983 à juin 1995 et de mars 2001 à mars 2014.
Jean Tiberi fut d'ailleurs l'un des rares dauphins de maire de grande ville à avoir succédé effectivement à son mentor, au contraire de Jacques Valade à Bordeaux (Jacques Chaban-Delmas), Michel Pezet à Marseille (Gaston Defferre), Bernard Roman à Lille (Pierre Mauroy), etc.
Ce fut le cas lorsque Jacques Chirac a été élu Président de la République. Aux élections municipales qui ont suivi un mois plus tard, en juin 1995, Jean Tiberi, candidat investi par le RPR, a été élu maire de Paris. Il a donc exercé un mandat de 1995 à 2001. Son bilan est plutôt positif, avec une réduction de l'endettement de la ville (au contraire d'aujourd'hui) et une révision à la baisse de certains projets d'urbanisme.
En raison des poursuites judiciaires déjà engagées contre Jean Tiberi, le RPR a organisé une sélection pour la candidature municipale de 2001. Édouard Balladur était dans la course, ainsi que Philippe Séguin qui a obtenu l'investiture. Toutefois, fort de son implantation, Jean Tiberi n'a pas renoncé à un second mandat et s'est présenté avec des listes dissidentes dans tous les arrondissements (il a été exclu du RPR pour cette raison par la présidente du RPR Michèle Alliot-Marie). Résultat, au premier tour, Jean Tiberi a été largement devancé par Philippe Séguin mais l'absence d'union et de fusion au second tour a favorisé Bertrand Delanoë qui a gagné sans obtenir la majorité absolue. Jean Tiberi a néanmoins conservé le cinquième arrondissement et aussi le premier arrondissement avec Jean-François Legaret, ainsi que 12 conseillers de Paris. Il a réussi à maintenir son leadership sur le cinquième arrondissement en 2008 malgré une triangulaire au second tour qui l'a confronté à une candidate socialiste Lyne Cohen-Solal et un candidat investi par le MoDem, le célèbre journaliste Philippe Meyer.
Cette division de 2001 a fait perdre à la droite la ville de Paris durablement (depuis quatre mandats, un quart de siècle) au profit d'une gauche boboïsante qui a considérablement transformé (en mal) la capitale, la rendant insupportable pour la voiture, tant pour la circulation que pour le stationnement. Ni Françoise de Panafieu en 2008, ni Nathalie Kosciusko-Morizet en 2014, ni Rachida Dati en 2020, n'ont réussi à battre le candidat ou la candidate socialiste. Toutefois, les derniers sondages donneraient Rachida Dati favorite pour les élections municipales de 2026 à Paris.
Le 3 mars 2015, Jean Tiberi a été définitivement condamné à dix mois de prison avec sursis, 10 000 euros d'amende et trois ans d'inéligibilité pour l'affaire des faux électeurs du cinquième arrondissement (un système organisé apparemment dans les années 1990 pour transférer le surplus d'électeurs de droite d'arrondissements largement à droite vers les arrondissements tangents susceptibles de basculer à gauche). D'autres scandales ont touché les Tiberi, dont l'attribution d'un logement social (à loyer modéré) à Dominique Tiberi alors que ce dernier, propriétaire d'appartements, aurait touché des loyers (non modérés) par ailleurs.
Dans un communiqué à l'AFP, l'actuelle maire PS de Paris Anne Hidalgo a salué son prédécesseur Jean Tiberi avec qui elle avait travaillé entre 2008 et 2014 (elle maire de Paris et lui maire du cinquième arrondissement) : « Paris, sa ville, lui rendra hommage. (…) Je veux saluer la mémoire de cet homme qui a consacré une part immense de sa vie à Paris et au cinquième arrondissement, qui perd l'un des siens. Je garderai le souvenir d'un homme chaleureux, avec qui j'avais tissé des relations cordiales et respectueuses. ». Il rejoins maintenant Jacques Chirac dans l'Olympe parisien.