La composition du Gouvernement résultant du décret signé ce jour, dimanche 12 octobre 2025 vers 22 heures, par le Président de la République Emmanuel Macron sur la proposition du Premier Ministre, chargé de la Planification écologique et énergétique, Sébastien Lecornu, est la suivante :
19 Ministres :
M. Laurent NUNEZ (RE), Ministre de l’Intérieur ;
Mme Catherine VAUTRIN (RE), Ministre des Armées et des Anciens Combattants ;
M. Jean-Pierre FARANDOU, Ministre du Travail et des Solidarités ;
Mme Monique BARBUT, Ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature ;
M. Gérald DARMANIN (RE), Garde des Sceaux, Ministre de la Justice ;
M. Roland LESCURE (RE), Ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique ;
M. Serge PAPIN, Ministre des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat ;
Mme Annie GENEVARD (LR), Ministre de l'Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire ;
M. Édouard GEFFRAY, Ministre de l’Éducation nationale ;
M. Jean-Noël BARROT (MoDem), Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères ;
Mme Rachida DATI (LR), Ministre de la Culture ;
Mme Stéphanie RIST (RE), Ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées ;
Mme Naïma MOUTCHOU (HOR), Ministre des Outre-mer ;
Mme Françoise GATEL (UDI), Ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation ;
Mme Amélie DE MONTCHALIN (RE), Ministre de l’Action et des Comptes publics ;
M. Philippe BAPTISTE, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace ;
Mme Marina FERRARI (MoDem), Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative ;
M. Philippe TABAROT (LR), Ministre des Transports ;
M. Vincent JEANBRUN (LR), Ministre de la Ville et du Logement.
15 Ministres délégué :
Auprès du Premier Ministre :
M. Laurent PANIFOUS (PS), chargé des Relations avec le Parlement ; Mme Maud BREGEON (RE), porte-parole du Gouvernement ; Mme Aurore BERGÉ (RE), chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations ;
Auprès du Ministre de l’Intérieur :
Mme Marie-Pierre VEDRENNE (MoDem) ;
Auprès de la Ministre des Armées et des Anciens Combattants :
Mme Alice RUFO ;
Auprès de la Ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature :
Mme Catherine CHABAUD (MoDem), chargée de la Mer et de la Pêche ; M. Mathieu LEFÈVRE (RE), chargé de la Transition écologique ;
Auprès du Ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique ;
M. Sébastien MARTIN (LR), chargé de l’Industrie ; Mme Anne LE HÉNANFF (HOR), chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique ;
Auprès du Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères :
M. Benjamin HADDAD (RE), chargé de l’Europe ; M. Nicolas FORISSIER (LR), chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité ; Mme Éléonore CAROIT (RE), chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger ;
Auprès de la Ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées :
Mme Charlotte PARMENTIER-LECOCQ (HOR), chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées ;
Auprès de la Ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation :
M. Michel FOURNIER, chargé de la Ruralité ;
Auprès de la Ministre de l’Action et des Comptes publics :
M. David AMIEL (RE), chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l’État ;
(Note : les ministres UDI et LR sont dissidents dans leurs propres partis qui refusaient officiellement de participer au gouvernement).
Le Président de la République réunira l’ensemble des membres du Gouvernement pour un Conseil des ministres qui se tiendra le mardi 14 octobre 2025 à 10h00 au Palais de l'Élysée.
« J'ai été clair en début de semaine, ma mission était terminée. Bon, il se trouve que l'urgence à avoir des textes économiques et financiers, à devoir les présenter dans les temps, à traiter des sujets aussi d'urgence liés à la Nouvelle-Calédonie, la difficulté aussi, je crois, de la mission, je n'ai pas le sentiment qu'il y avait beaucoup de candidats, pour être complètement transparent. (…) Je n'ai pas d'agenda. Je n'ai pas d'autre ambition que de se sortir de ce moment qui est objectivement très pénible pour tout le monde. » (Sébastien Lecornu, le 11 octobre 2025 à L'Haÿ-les-Roses).
Le psychodrame s'arrêtera-t-il ? Provoqué par un tweet malheureux le dimanche soir par Bruno Retailleau en colère contre le retour de Bruno Le Maire au gouvernement qui n'avait rien demandé, Sébastien Lecornu avait préféré prendre les devants en démissionnant le lendemain matin. Toute la semaine a été utilisée pour répondre à cette question : comment garder un peu de stabilité politique pour voter les deux lois de finances et prendre des mesures urgentes pour la Nouvelle-Calédonie dans une Assemblée aussi éclatée ? Approchons-nous de la maturité ?
Et finalement, ces deux jours de mission de négociations pour établir les bases d'une non-censure étaient utiles. La journée du vendredi 10 octobre 2025 a donc été cruciale, car le centre de gravité de la politique française est repassé de Matignon à l'Élysée où le Président Emmanuel Macron, sur une convocation datant de la nuit du 9 au 10 (à 1 heure 53), a réuni à 14 heures 30 tous les partis susceptibles de ne pas voter de censure, à savoir tout le spectre parlementaire sauf le RN et FI (qui ont protesté de ne pas avoir été invités mais qui, en même temps, avaient déjà annoncé qu'ils ne viendraient pas !).
La tonalité de cette grande réunion était assez contrastée : optimisme à l'Élysée (il y aurai un chemin !), sidération chez les écologistes et inquiétude chez les socialistes qui ont affirmé qu'il n'y avait pas de garantie de non-censure. En fait, on se trouve à une sorte de Jour sans fin, une vis sans fin, un vice sans fin, un chat qui se mord la queue : Sébastien Lecornu n'avait rien dit pendant ses consultations à Matignon, ne faisant qu'écouter, et Emmanuel Macron idem, il n'a rien dit, si ce n'est que le choix du Premier Ministre ne se ferait pas parmi la gauche car elle est arithmétiquement moins nombreuses que le socle commun.
Certes, le socle commun a diminué, et c'est une erreur de compter 211 voix pour celui-ci alors que François Bayrou n'avait obtenu que 194 votes de confiance à l'Assemblée le 8 septembre 2025 (décidément, tout le monde a oublié François Bayrou ! J'y reviendrai), mais à gauche, le groupe insoumis a affirmé qu'il voterait la censure même contre un gouvernement dirigé par un socialiste, ce qui retire aussi 71 voix à la gauche. Le bloc central, malgré ses divisions, reste encore bien le seul pôle de stabilité de cette Assemblée, quoi qu'en disent les extrêmes.
L'attente pour la nomination du nouveau Premier Ministre a fait attendre les journalistes de plus en plus impatients et agacés juste avant un week-end. Finalement, l'annonce s'est faite ce vendredi 10 octobre 2025 vers 22 heures, sans trop de surprise, puisque Sébastien Lecornu a été reconduit. Et Sébastien Lecornu II semble avoir déjà acquis une expérience majeure à cette fonction, celle du Premier Ministre du compromis. La reconduction était institutionnellement possible car il n'a pas démissionné le 6 octobre 2025 du fait de l'adoption d'une motion de censure ou d'un rejet dans un vote de confiance, mais par une décision personnelle pour rétablir un peu d'ordre dans le socle commun.
Tout doit aller très vite : il faut un conseil des ministres le lundi 13 octobre 2025 pour présenter le budget, puis mardi 14 octobre 2025, la déclaration de politique générale (qu'il devait prononcer le 7 octobre 2025)... et enfin, la discussion budgétaire. Les insoumis ont annoncé qu'ils déposeraient dès lundi une motion de censure. Mais avant la fin du week-end, il faudra nommer les ministres. Bref, on revient à la case précédente du dimanche 5 octobre 2025.
Sur le plan pratique, il fallait un homme d'expérience, et Sébastien Lecornu l'est désormais. Il a aussi le contact avec les différents partis non extrémistes. De plus, sa proximité avec le Président de la République a un réel intérêt politique ; il saura, mieux que tout autre Premier Ministre, le faire évoluer pour obtenir un compromis, en particulier sur la question des retraites où la sémantique va jouer un rôle majeur pour la posture politique des uns et des autres (le choix entre suspension et report).
Le samedi 11 octobre 2025 à midi, Sébastien Lecornu a visité le commissariat de police de L'Haÿ-les-Roses, reçu par le député et ancien maire Vincent Jeanbrun (porte-parole des députés LR), qui avait été attaqué jusque dans son domicile familial par les émeutiers en été 2023 et était accompagné du préfet de police de Paris Laurent Nunez, pressenti pour Place Beauvau.
Lors de sa première nomination, Sébastien Lecornu I était allé en premier déplacement dans un hôpital parler de la santé des Français. Sébastien Lecornu II est allé parler de la sécurité des Français, en évoquant même le bon travail accompli par Bruno Retailleau et son engagement personnel dans la gendarmerie nationale. C'est une pratique un peu "ancien monde" mais qui peut avoir son efficacité : les images parlent toujours.
Interrogé par les journalistes, Sébastien Lecornu s'est contenté d'un discours modeste et consensuel : « Je ne suis pas là pour faire la morale. Moi, je ferai mon devoir, et je ne serai pas un problème, je vous le dis comme je le pense, je ne serai pas un problème. (…) Par définition, il faut que ce gouvernement puisse être libre, c'est-à-dire avec des sensibilités partisanes, mais pas emprisonné par les partis. Il faut que ce gouvernement puisse être libre, y compris vis-à-vis de la prochaine élection présidentielle. (…) Je pense que l'équipe qui doit se concentrer sur l'actualité-là, du pays, des attentes pour les Françaises et les Français, ne peuvent pas se disperser à plusieurs choses en même temps. C'est du bon sens. Et je pense qu'en remettant du bon sens, on va remettre du calme ; en remettant du calme, on remettra de la stabilité ; en mettant de la stabilité, on remettra du progrès aussi pour les Françaises et les Français, parce qu'en fait, je le dis aussi à tout le monde, il n'y a pas de progrès social et il n'y a pas d'avancée quand on fait du surplace dans une crise politique. ».
Un "gouvernement libre", c'est un nouveau concept, très intéressant. Pourquoi le Premier Ministre reconduit parle-t-il de gouvernement libre ? Il pense déjà à l'élection présidentielle : les ministres ne devront pas avoir d'arrière-pensées à propos de l'élection présidentielle, ce qu'il avait déjà dit auparavant, pas de connexion avec les ambitions présidentielles qui ne géreraient que les postures et pas les actions. Ce serait donc un message adressé à LR ravagé (encore ce samedi) par la rivalité entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau devenue une réelle et profonde division entre députés LR et sénateurs LR.
Mais en fait, je crois qu'il faut aussi l'interpréter comme un message adressé d'abord au chef de l'État : le Premier Ministre sera libre de faire les compromis nécessaires pour atteindre la stabilité et faire adopter un budget.
Et pour cela, Sébastien Lecornu connaît les deux conditions de non-censure du parti socialiste : d'une part, ne pas utiliser l'article 49 alinéa 3 de la Constitution pour le vote du budget, et cette condition est déjà acquise depuis le 3 octobre 2025 ; d'autre part, la suspension de la réforme des retraites, c'est-à-dire le gel pour 2026 et 2027 du recul progressif de l'âge légal de la retraite et aussi le gel de l'accélération du calendrier Touraine pour le nombre de trimestres cotisés. Le coût d'une telle mesure (évalué à 500 millions d'euros en 2026 et 3 milliards d'euros en 2027) serait le prix à payer pour la stabilité et le vote du budget. La censure du gouvernement de Michel Barnier avait coûté plus de 10 milliards d'euros à l'État l'an dernier. Il faut mettre ces deux éléments dans la balance.
D'ailleurs, ce que reprochent les marchés financiers actuellement à la France, ce n'est pas ses fondamentaux financiers (qui peuvent se rétablir), mais l'incapacité de la classe politique à s'entendre et à faire un budget permettant à son économie de voir son avenir avec un certaine anticipation (notamment sur les charges sociales et fiscales).
L'absence d'article 49 alinéa 3 permettra des discussions budgétaires rudes et difficiles, notamment pour réduire les inégalités mais aussi, obsession de la gauche, taxer encore, taxer toujours (comme si le principe d'égalité, c'était que tous les contribuables se retrouvent à poils).
Donc, il y a un véritable chemin, à condition que la composition du nouveau gouvernement ne soit pas une provocation comme ce fut le cas avec le premier gouvernement dans lequel la présence de Bruno Le Maire, pourtant mentor du Premier Ministre, ne pouvait pas être perçue positivement.
Cela se fera sans Bruno Retailleau qui, dans un email aux adhérents de LR, a commenté la situation : « Emmanuel Macron a choisi de se recroqueviller sur un dernier carré de fidèles. Ma conviction, c'est que la droite ne peut pas participer à un gouvernement qui incarnera le macronisme finissant. ». Un réflexion qui est incompréhensible alors qu'il a été un an ministre d'Emmanuel Macron de son propre choix.
Chat échaudé, le Premier Ministre a du reste déclaré dans "La Tribune Dimanche", ce samedi soir : « Si les conditions n'étaient de nouveau plus remplies, je partirais. Je ne ferai pas n'importe quoi. ». Et d'ajouter : « Repartir n'était pas une évidence pour moi. ». La composition du gouvernement Lecornu II ne devrait pas être connue avant le début de la semaine prochaine...
En tout cas, Sébastien Lecornu a pris son risque et montre qu'il est un homme de devoir. De toutes les personnalités de la classe politique actuelle, c'est bien le seul qui parle avec sincérité de l'intérêt national. Reste à savoir s'il saura en faire des émules à l'Assemblée.
« Être Premier Ministre est une tâche difficile, sans doute encore un peu plus difficile en ce moment, mais on ne peut pas être Premier Ministre lorsque les conditions ne sont pas remplies. (…) En ce lundi matin, les conditions n'étaient plus remplies pour que je puisse exercer ces fonctions de Premier Ministre et permettre au gouvernement d'aller devant l'Assemblée Nationale demain. » (Sébastien Lecornu, le 6 octobre 2025 à Matignon).
La folle journée du lundi 6 octobre 2025 restera dans les annales de la vie politique française. Même le romancier le plus barjot, le plus original, le plus créatif, le plus loufoque ne réussirait pas à écrire un feuilleton de politique fiction aussi surréaliste que ce qui vient de se passer en France cette journée. Hélas, il n'y a pas à en rire car il s'agit de la France, et moi, j'aime la France. De quoi s'agit-il ? De la démission du gouvernement Lecornu. Le Premier Ministre Sébastien Lecornu a adressé la démission de son gouvernement le 6 octobre 2025 à 9 heures 42 au Président Emmanuel Macron qui l'a immédiatement acceptée. On savait la journée du 6 octobre 2025 importante car était prévue l'après-midi la déclaration de politique générale. Elle l'est, donc, mais pour une autre raison.
Rien que ce fait est particulièrement grave et historique. En tout et pour tout, le gouvernement Lecornu aura vécu 14 heures, à quelques minutes près ! Nous ne sommes plus en mois, ni en semaines, ni en jours, mais en heures ! C'est inédit, sans précédent. De l'histoire de toutes les républiques. Il faut remonter à 1926 et à 1924 pour connaître, non pas une durée aussi courte, mais quand même une durée très courte.
Le deuxième gouvernement d'Édouard Herriot n'a duré que deux jours, du 19 au 21 juillet 1926 car les socialistes ont refusé leur confiance, ne pardonnant pas aux radicaux d'avoir provoqué le 17 juillet 1926 la chute du dixième gouvernement d'Aristide Briand (les radicaux et les socialistes faisaient alors partie du Cartel des gauches qui avait gagné les élections des 11 et 25 mai 1924, mais après cette rupture, les radicaux ont repris leur alliance avec le centre droit républicain et les socialistes sont revenus dans l'opposition).
Quant au gouvernement de Frédéric François-Marsal, qui n'a existé que du 8 au 10 juin 1924, il était l'émanation du Président de la République Alexandre Millerand qui venait de perdre les mêmes élections législatives (des 11 et 25 mai 1924) alors qu'il s'était engagé pendant la campagne électorale contre le Cartel des gauches qui a gagné et qui a renversé immédiatement le gouvernement dans l'objectif de provoquer la démission du Président de la République. Alexandre Millerand avait nommé ce gouvernement minoritaire pour lui permettre d'adresser le 10 juin 1924 un message aux parlementaires (lu par le gouvernement) et initier un débat constitutionnel sur la durée du mandat présidentiel (qui n'est pas sans rapport avec l'actualité immédiate) : « S’il était entendu désormais que l’arbitraire d’une majorité peut obliger le Président de la République à se retirer pour des motifs politiques, le Président de la République ne serait plus qu’un jouet aux mains des partis. ». Mais les députés ont réagi en votant la motion d'Édouard Herriot par 327 voix contre 217 : « La Chambre, résolue à ne pas entrer en relations avec un ministère qui, par sa composition, est la négation même des droits du Parlement, refuse le débat inconstitutionnel et décide d’ajourner toute discussion jusqu’au jour où se présentera devant elle un gouvernement constitué conformément à la volonté du pays. ». Le lendemain, Alexandre Millerand a démissionné.
La très grande différence entre les élections de 1924 et celles de 2024 (un siècle de différence !), c'est qu'en 2024, il n'y a absolument aucune majorité possible, tandis qu'en 1924, même si elle n'a duré que deux ans, il y avait une coalition majoritaire permettant à la France d'être gouvernée.
Le gouvernement Lecornu, lui, n'a existé que 14 heures, du 5 au 6 octobre 2025, et encore, en comptant la nuit ! Pourquoi Sébastien Lecornu a-t-il démissionné aussitôt nommé son gouvernement ? À cause de Bruno Retailleau qui a fait, on ne peut pas dire autrement, un "caca nerveux" en apprenant que parmi ses collègues, siégerait Bruno Le Maire aux Armées.
J'y reviendra juste après, mais insistons sur l'importance du socle commun depuis l'été 2024 et sur son implosion aujourd'hui : le socle commun correspond au bloc central, macroniste (EPR, MoDem et Horizons) avec LR, et s'il s'était constitué dès juin 2022, on n'aurait pas eu de dissolution en 2024 et on n'aurait pas été autant dans la mouise. Depuis septembre 2024, Emmanuel Macron a fait appel à un membre du socle commun pour diriger le gouvernement justement parce qu'arithmétiquement, cette coalition, non majoritaire, est plus importante que la nouvelle farce populaire (NFP). Dès lors que LR se retire de cette coalition, le NFP redevient la plus importante arithmétiquement... à condition que les insoumis acceptent de gouverner (ce qui n'est pas le cas).
Une heure plus tard, vers 10 heures 50, Sébastien Lecornu a prononcé une courte allocution à Matignon pour expliquer sa démission. Ses mots ont été rigoureusement choisis et probablement que ce discours est l'un des meilleurs discours qu'on ait pu entendre depuis plusieurs mois.
Que dit-il ? Un peu comme Jacques Chirac en août 1976, qu'il n'a pas les moyens de continuer à diriger le gouvernement, mais ce n'est pas à cause du Président de la République. Ce n'est pas non plus à cause de l'opposition. Les socialistes ont été pris de court et semblent même gênés par cet acte manqué de la non-censure puisque le gouvernement s'est désagrégé avant même la discussion d'une motion de censure.
Pourquoi n'a-t-il pas les moyens de continuer ? Sébastien a identifié trois raisons principales.
1. Les députés ne sont pas capables de prendre leurs responsabilités : « La première, c'est que précisément les formations politiques ont fait mine parfois de ne pas voir le changement, la rupture profonde que représentait le fait de ne pas se servir de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution. C'est-à-dire que, au fond, il n'y avait plus de prétexte pour une censure préalable. En tout cas, il n'y avait plus de prétexte pour faire que les parlementaires refusent de faire leur métier de parlementaire, c'est-à-dire de discuter la loi, de l'amender, et, le cas échéant, de voter ou non un texte. Et c'est rupture (…), elle n'a pas permis ce choc de se dire : on peut faire différemment, et on peut construire les choses différemment. ».
2. Tous les députés croient avoir gagné les élections : « La deuxième des choses, c'est que les partis politiques continuent d'adopter une posture comme s'ils avaient tous la majorité absolue à l'Assemblée Nationale. Et au fond, je me suis retrouvé dans une situation dans laquelle j'étais prêt à des compromis, mais chaque parti politique veut que l'autre parti politique adopte l'intégralité de son programme (…). Or nous l'avons dit, pas de coalition large, c'est un choix qui a été fait par les différentes formations politiques de l'opposition, de ne pas venir avec le socle commun au gouvernement, mais de permettre les débats et d'organiser ensuite des compromis, sachant que les compromis ne sont pas la compromission. Mais pour cela évidemment, il faut changer d'état d'esprit et ne pas vouloir appliquer l'intégralité de son projet et de son programme. ».
3. La formation du gouvernement, c'est harassant : « La troisième des choses, c'est que la composition du gouvernement au sein du socle commun n'a pas été fluide, et a donné lieu au réveil de quelques appétits partisans, parfois non sans lien, et c'est d'ailleurs très légitime, avec la future élection présidentielle. Je le dis, ou je le redis : si ce moment est le moment le plus parlementaire de la Cinquième République, en aucun cas il faut revoir vivre ici les mauvais moments de la Quatrième République. Et que donc, par définition, la construction d'un gouvernement se fait en fonction de la Constitution, sur proposition du Premier Ministre, nommé par le Président de la République. ».
Pourtant, Sébastien Lecornu était parti optimiste de sa courte aventure. Il avait de bonnes raisons d'y croire : « Ces consultations, officielles, parfois plus discrètes, nous ont permis d'avancer sur un certain nombre de sujets. Je l'avais dit vendredi matin. Dans le secret du bureau, les langues se délient et les lignes rouges deviennent oranges, parfois vertes, avec parfois évidemment, quelques lignes qui bougent sur l'assurance-chômage, sur la question de justice fiscale ou encore sur la question des retraites. Avec néanmoins toujours ce sentiment que la ligne se recule à chaque fois que nous avancions. ».
D'où son testament politique de futur ancien Premier Ministre. Il suffirait de peu pour un compromis : « Le dernier message que je veux dire aux Français, c'est qu'au fond, et c'est un message de véritablement d'espoir et d'optimisme, de caractère, je ne le suis pas toujours, mais il suffirait de peu pour que ça fonctionne. J'avais dit ici même : on va y arriver, et je veux le redire, dans le secret des échanges que j'ai pu avoir, il suffirait de peu pour que l'on puisse y arriver. ».
Mais pour cela, selon l'ancien Ministre des Armées, il faudrait un peu plus d'humilité et un peu plus de considération pour l'intérêt général : « En étant plus désintéressé, pour beaucoup, en sachant aussi faire preuve d'humilité, peut-être aussi un peu parfois, d'effacement de certains egos, et je me suis employé, en tout cas, je l'espère, à le faire. Ensuite, toujours avoir le sens de l'intérêt général et du fond. Ce qui compte, c'est ce qu'on va faire. En ayant l'humilité de considérer que certaines choses peuvent être faites avant 2027, d'autres choses seront faites ensuite, pendant le débat de l'élection présidentielle. Et au fond, il y a beaucoup de lignes rouges, dans la bouche de beaucoup, en tout cas, de certains, pas de tous, pas de tous, il y a rarement des lignes vertes. Or, le principe même de bâtir un compromis entre les formations politiques, c'est être capable justement de conjuguer des lignes vertes et de tenir compte d'un certain nombre de lignes rouges. Mais on ne peut pas être dans les deux extrêmes, et certaines formations politiques de l'opposition l'ont compris et je tiens à les remercier. Désormais, il faut qu'on puisse avancer, en tout cas, que celles et ceux qui veulent trouver un chemin pour le pays puissent avancer. Et le dernier point (…), j'ai du respect pour celles et ceux qui s'engagent, mais il faut toujours préférer son pays à son parti. Et il faut savoir écouter ses militants, mais toujours penser aux Françaises et aux Français. ».
C'est incontestablement le meilleur discours de Sébastien Lecornu, et il restera dans l'histoire politique, à l'évidence. Mais alors, quelle est la suite ? Emmanuel Macron est en pleine exposition.
Concrètement, les nouveaux ministres redeviennent des ministres démissionnaires chargés des affaires courantes, pour certains, ils n'ont même pas eu le temps de faire la passation de pouvoirs. Certes, cette composition était très stable, il y a eu peu de changements, si bien que beaucoup de ministres démissionnaires l'étaient en fait déjà depuis le 9 septembre 2025, date de la démission du gouvernement Bayrou.
Petite perle quand même à signaler dans la journée, l'après-midi, Bruno Le Maire, qui n'avait pas du tout eu envie de revenir au gouvernement et qui s'était laissé convaincre par Emmanuel Macron d'occuper le Ministère des Armées, a annoncé qu'il démissionnait de son poste de ministre démissionnaire ! Mais alors, qui tiendra les rênes des Armées jusqu'au nouveau gouvernement ? Dans son tweet du 6 octobre 2025 à 16 heures 25, Bruno Le Maire y a répondu : « Ma décision de rejoindre le gouvernement a été prise uniquement par esprit de mission, dans des circonstances géopolitiques graves, pour servir la France et les Français. Je constate que ma décision provoque chez certains des réactions incompréhensibles, fausses et disproportionnées. Aucune situation individuelle ne doit bloquer le bon fonctionnement du pays et de nos institutions. Dans ces conditions, j’ai proposé en fin de matinée au Président de la République de me retirer du gouvernement sans délai et de transférer mes responsabilités de Ministre des Armées au Premier Ministre. Le Président de la République a accepté ma proposition. Je souhaite que cette décision permette la reprise des discussions en vue de former un nouveau gouvernement, dont la France a besoin. Mon engagement au service de la France et des Français restera toujours animé par le souci de l’intérêt général et de l'État. ».
Dans le journal de TF1 de 13 heurs, ce 6 octobre 2025, le président de LR et Ministre de l'Intérieur démissionnaire Bruno Retailleau a lâché son venin, considérant que Bruno Le Maire ne devait pas être au gouvernement. En fait, ses propos sont totalement incompréhensibles, surtout provenant d'un supposé gaulliste mais apparemment un gaulliste qui considérerait que ce sont les chefs de partis qui doivent dire qui nommer pour gouverner la France, sans légitimité au contraire de celle du Président de la République, justement ce qu'avait combattu De Gaulle pendant toute sa vie, le régime des partis et que Sébastien Lecornu a rappelé avec raison et justesse (nous ne sommes pas sous la Quatrième République).
Et c'est d'autant plus incompréhensible que le gouvernement Lecornu proposé était sensiblement le même que celui de François Bayrou à deux ou trois ministères près, et que Bruno Retailleau, Sébastien Lecornu et Bruno Le Maire faisaient partie, tous les trois, du même parti il y a encore dix ans, même neuf ans ; Bruno Le Maire a même été candidat à la primaire LR de novembre 2016. Ce sont des querelles de chapelles sinon d'egos, et ça a peu à voir avec l'intérêt du pays. Alors que Bruno Retailleau avait une image de sérieux et de responsabilité, sa sortie de lundi va nourrir une incompréhension logique de l'électorat ; je ne doute pas que LR va s'écrouler dans les sondages d'intentions de vote car ils sont la cause de cette nouvelle crise politique (qui a déjà fait chuter la bourse).
Dans l'après-midi, Emmanuel Macron a chargé Sébastien Lecornu de recommencer les consultations pendant deux jours pour tenter une dernière chance de compromis : « Le Président de la République a confié à M. Sébastien Lecornu, Premier Ministre démissionnaire en charge des affaires courantes, la responsabilité de mener, d’ici mercredi soir, d’ultimes négociations afin de définir une plateforme d’action et de stabilité pour le pays. » (communiqué de l'Élysée).
Sébastien Lecornu a accepté mais a prévenu qu'il quitterait dans tous les cas Matignon à cette issue : « J’ai accepté à la demande du Président de la République de mener d’ultimes discussions avec les forces politiques pour la stabilité du pays. Je dirai au chef de l'État mercredi soir si cela est possible ou non, pour qu’il puisse en tirer toutes les conclusions qui s’imposent. » (sur Twitter le 6 octobre 2025 à 17 heures 10).
De quoi interroger jusqu'au chef du parti présidentiel, l'ancien Premier Ministre Gabriel Attal sur TF1 dans le journal de 20 heures du 6 octobre 2025 : « Comme beaucoup de Français, je ne comprends plus les décisions du Président de la République (…) qui donnent le sentiment d'une forme d'acharnement à vouloir garder la main. ».
Les oppositions, du moins celles qui ne pensent qu'à leurs intérêts électoraux, se frottent les mains, les autres sont tristes pour le pays. Les électeurs du 7 juillet 2024, en élisant une Assemblée impossible, ont lancé un défi au consensus à la classe politique. Nous sommes une grande Nation, nous avons besoin d'un gouvernement, d'un budget, de rassurer les acteurs économiques. Nous avons déjà connu pire dans notre histoire. La classe politique doit surpasser ses divisions pour enfin penser à l'intérêt national et être à la hauteur des enjeux. Mais je ne doute pas de l'existence de prochains soubresauts à cette crise politique inédite.
La composition du Gouvernement résultant du décret signé ce jour, dimanche 5 octobre 2025 à 19 heures 40, par le Président de la République Emmanuel Macron sur la proposition du Premier Ministre, chargé de la Planification écologique et énergétique, Sébastien Lecornu, est la suivante :
5 Ministres d'État :
Mme Élisabeth BORNE (EPR), Ministre d’État, Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ;
M. Manuel VALLS (ex-PS), Ministre d’État, Ministre des Outre-mer ;
M. Gérald DARMANIN (EPR), Ministre d’État, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice ;
M. Bruno RETAILLEAU (LR), Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur ;
M. Bruno LE MAIRE (EPR), Ministre des Armées et des Anciens Combattants ;
11 Ministres :
Mme Catherine VAUTRIN (ex-LR), Ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées ;
Mme Rachida DATI (ex-LR), Ministre de la Culture ;
M. Roland Lescure (EPR), Ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique ;
M. Jean-Noël BARROT (MOD), Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères ;
M. Éric WOERTH (EPR), Ministre de l’Aménagement du territoire, de la Décentralisation et du Logement ;
Mme Agnès PANNIER-RUNACHER (EPR), Ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche ;
Mme Annie GENEVARD (LR), Ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire ;
Mme Amélie DE MONTCHALIN (EPR), Ministre des Comptes publics ;
M. Naïma MOUTCHOU (HOR), Ministre de la Transformation et de la Fonction publique, de l'Intelligence artificielle et du Numérique ;
M. Philippe TABAROT (LR), Ministre chargé des Transports ;
Mme Marina FERRARI, Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative ;
2 Ministres délégués :
Auprès du Premier Ministre :
Mme Aurore BERGÉ (EPR), Ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, porte-parole du Gouvernement ; M. Mathieu LEFÈVRE (EPR), Ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement.
Le Président de la République réunira l’ensemble des membres du Gouvernement pour un Conseil des ministres qui se tiendra le lundi 6 octobre 2025 à 16h00 au Palais de l'Élysée.
« Ceux qui me haïssent à ce point pensent m'humilier ; ce qu'ils ont humilié, aujourd'hui, c'est la France, c'est l'image de la France. Et si quelqu'un a trahi les Français, ce n'est pas moi. C'est cette injustice invraisemblable à laquelle vous venez d'assister. » (Nicolas Sarkozy, le 25 septembre 2025 à Paris).
L'annonce de la condamnation à cinq ans de prison ferme avec exécution provisoire sans attendre le jugement en appel qui a été faite contre Nicolas Sarkozy le 25 septembre 2025 vers 13 heures par la présidente du tribunal judiciaire de Paris a fait trembler les institutions françaises. Six ans exactement après la mort de son prédécesseur Jacques Chirac, premier ancien Président de la République à avoir été condamné par la justice.
Qu'on aime Sarkozy ou pas, le sujet n'est pas là, et ceux qui, aujourd'hui, par esprit partisan, se réjouissent de la condamnation de l'ancien Président de la République pourraient plus tard en être aussi des victimes. Il y a un véritable drame qui s'est joué ce jeudi, un drame humain bien sûr, un homme jeté en prison, ou plutôt, un septuagénaire qui va prendre rendez-vous le 13 octobre prochain pour discuter des conditions de son incarcération, mais aussi un drame politique et même un drame institutionnel.
Dans un pays qui n'a plus de gouvernement depuis seize jours, qui n'a pas de majorité à l'Assemblée, qui n'a pas encore de perspective de budget pour 2026, qui n'a plus la clef politique pour résoudre ses problèmes, mettre un ancien Président de la République est une actualité complètement invraisemblable.
On nous dit sans cesse qu'il ne faut pas discuter d'une décision de justice, que le respect de la démocratie, c'est aussi le respect de sa justice. Mais justement, que faut-il penser quand la justice ne se fait plus respectable ? Y croire toujours, au point d'être un optimiste forcené malgré les évidentes partialités des juges ? Ou considérer que tout est politique et qu'il va falloir batailler politique ? C'est le risque. Le risque de sombrer dans une sorte de trumpisme.
Les juges, trop gourmands de leurs pouvoirs, indéboulonnables, jamais sanctionnés (voir les suivis de carrière malgré l'affaire Grégory, ou l'affaire d'Outreau), ont à l'évidence repris leur revanche sur la classe politique. Dans les années 1970, 1980, et même 1990, les juges étaient directement manipulés et manipulables par les politiques, et l'impunité de la classe politique allait de paire avec son caractère sacré.
En voulant jeter un ancien Président de la République en prison, sans raison évidente, sans logique évidente sinon celle de l'acharnement, la justice a définitivement désacralisé une classe politique pourtant déjà largement désacralisée par le peuple lui-même. Nicolas Sarkozy représente la cible idéale : le représentant suprême de la classe politique (du moins survivant, on aurait pu aussi choisir Jacques Chirac), mais également le représentant d'un camp politique, la droite décomplexée, qui paraît être l'adversaire de classe d'une majorité des juges (voir le mur des c@ns d'un syndicat très fréquenté), et enfin, la personnalité même de Nicolas Sarkozy, très clivante, qui avait souvent dévalorisé la fonction de juge, et en est devenu leur faiseur de misère.
Comme le dit Nicolas Sarkozy, qui n'a toujours pas compris : « Pas de financement illégal de ma campagne, pas d'enrichissement personnel. Et la conclusion qu'en tire le tribunal, c'est que je dois passer cinq années en prison. Et alors même qu'on connaît mon adresse, qu'on peut me reconnaître dans la rue, que j'ai assumé toutes mes responsabilités, le tribunal prononce l'exécution provisoire pour me voir dormir en prison le plus tôt possible. Je demande aux Français, qu'ils aient voté ou non pour moi, qu'ils me soutiennent ou non, d'apprécier ce qui vient de se passer. La haine n'a donc décidément aucune limite. ».
C'est avec beaucoup d'émotion non feinte que Nicolas Sarkozy, connaisseur des tactiques de communication efficace, s'est victimisé. Pour lui, seule la haine contre lui peut expliquer ce complot, il ne dis pas ce mot mais tout le monde y pense, des juges contre sa personne, ce redoutable acharnement qui lui a pourri déjà douze ans et demi de sa vie. Car après tout, ce qui a mis en branle toute cette affaire, c'est un document diffusé par Mediapart et qui a été considéré comme un faux par la justice : « Le tribunal a été plus loin en déclarant solennellement que le document Mediapart qui était à l'origine de cette procédure, était, je cite, un faux. ». Rien ne tient.
Comme pour l'affaire Bismuth, les condamnations prononcées contre Nicolas Sarkozy proviennent d'une intentionnalité prêtée à lui, très sur-interprétable, et sans aucune preuve formelle, aucun fait avéré. Ce n'est pas l'intime conviction qui doit guider le juge, c'est l'idée que le doute doit toujours profiter au prévenu : il vaut mieux laisser un coupable en liberté que condamner un innocent. Certains, à l'extrême gauche, sourient de cet arroseur arrosé : combien de fois Nicolas Sarkozy clamait-il, dans son ancienne vie, pour la tolérance zéro, l'impunité zéro, les peines planchers, la sévérité accrue des juges toujours trop laxistes ?
Et Nicolas Sarkozy a clamé haut et fort son innocence, à deux reprises : « J'assumerai mes responsabilités. Je déferrerai aux convocations de la justice. Et s'ils veulent absolument que je dorme en prison, je dormirai en prison, mais la tête haute. Je suis innocent. Cette injustice est un scandale. Je ne m'excuserai pas de quelque chose que je n'ai pas fait. Naturellement, je ferai appel. Sans doute devrais-je comparaître les menottes aux mains devant la cour d'appel. (…) Je n'ai aucun esprit de revanche. Je n'ai aucune haine. Mais que chacun comprenne bien et l'entende : je me battrai jusqu'à mon dernier souffle pour prouver ma complète innocence. ».
Son story-telling est bien construit. À l'instar d'Alain Carignon prêt à faire pleurer dans les chaumières grenobloises à la fin des années 1990, dans sa cellule de prison, Nicolas Sarkozy est prêt à passer quelque temps en prison, en vraie prison, pour montrer son honneur, pour prendre le rôle d'un nouveau capitaine Dreyfus. À ce stade, il aura fait une trouvaille toute nouvelle, « dormir la tête haute ». Risque de torticolis.
L'ancien chef de l'État a pris les Français à témoins : « Plus de dix ans d'enquête, des millions d'euros dépensés pour trouver un financement libyen, dont le tribunal correctionnel vient de dire qu'il n'a pas pu, et pour cause, être trouvé dans ma campagne. (…) J'ai été renvoyé devant ce tribunal pour quatre délits. Sur trois, j'ai été relaxé. Pas de financement trouvé. Pas de corruption. Je suis donc condamné pour avoir prétendument laisser faire deux de mes collaborateurs qui auraient eu l'idée, l'idée !, d'un financement illégal de ma campagne. Depuis toutes ces années, j'ai assumé toutes mes responsabilités. Je n'ai naturellement refusé aucune audience. J'ai été mis en garde à vue. J'ai été interrogé, ausculté, examiné, de telle façon que la présidente du tribunal dit : il n'y a aucun enrichissement personnel à vous reprocher. ».
Le ton est dramatique, il est aussi très fluide. C'est un excellent communicant (l'écouter sur la vidéo). Enfin, troisième et dernière chose, il a replacé cette décision de justice dans une perspective plus grave, celle de la défiance des institutions : « Ce qui s'est passé aujourd'hui, dans cette salle du tribunal correctionnel de Paris, est d'une gravité extrême pour l'État de droit, pour la confiance qu'on peut avoir pour la justice. ».
Avec ce traitement injustifié sinon injuste, incompréhensible du point de vue de la logique, Nicolas Sarkozy a considéré à juste titre que c'est la France qui est humiliée. Oui, un ancien Président de la République détient encore une partie de la nation qui l'a élue à un moment de son histoire. Non, ce n'est pas un justiciable comme un autre. Certes, il est un citoyen comme un autre, qui doit respecter les lois comme les autres. On peut même penser qu'un responsable politique, censé construire la loi lorsqu'il est parlementaire, doit être plus honnête que les autres. Mais méfions-nous de l'exemplarité. Quand un jugement est dit exemplaire, il est généralement arbitraire : Nicolas Sarkozy n'a pas à payer personnellement l'impunité de la génération politique précédente.
Nicolas Sarkozy a été un jeune homme ambitieux dès le milieu des années 1970, il a été élu maire de Neuilly dès 1983 et dès lors, il a eu l'occasion de jongler avec l'argent public, les budgets de collectivités locales, nationales, etc. Or, à cette époque, il y avait de nombreuses malversations, souvent impunies, mais dans les années 1990, les juges ont commencé à sanctionner (heureusement d'ailleurs). De sa génération, beaucoup sont tombés sur le champ de déshonneur des abus biens sociaux sinon de la corruption : Alain Carignon, Michel Noir, Patrick Balkany, etc. Et lui, rien. Pas parce qu'il a réussi à cacher quoi que ce soit. Parce que son ambition était formellement associée à une intégrité de futur candidat : pas question de risquer de tomber dans l'ascension rude de l'ambition présidentielle. Alors, une question simple : entre 2005 et 2007, alors que Jacques Chirac était déjà diminué par son AVC, que Nicolas Sarkozy avait repris (en 2004) la présidence de l'UMP et restait à la tête d'un puissant Ministère de l'Intérieur, pourquoi aurait-il pris le risque de fricoter avec un dictateur terroriste et sanguinaire alors que sa candidature et même son élection étaient quasiment prévisibles ?
Alors que, comme les autres grands ténors de la vie politique, Nicolas Sarkozy a consacré sa vie, personnelle, affective, familiale, professionnelle à la politique, au service des Français, dont cinq années au plus haut niveau de l'État, faudrait-il que pour remerciement, l'État le jette en prison pendant cinq autres années de sa vie ?
Déjà, Marine Le Pen et toute l'extrême droite sont venues au chevet du célèbre prévenu pour exprimer leur indignation plus de l'exécution provisoire que des cinq ans ferme, car cette exécution provisoire, censée faire prendre conscience aux prévenus de la gravité de leurs actes, risque probablement d'empêcher la leader du RN d'être candidate à la prochaine élection présidentielle.
Pour l'heure, à ma connaissance, ni Emmanuel Macron, l'actuel Président de la République, garant des institutions et président du Conseil supérieur de la magistrature, ni Gérald Darmanin, l'ambitieux garde des sceaux, Ministre d'État, Ministre de la Justice, et par ailleurs proche ami de l'ancien Président de la République, n'ont réagi publiquement. Pour ce dernier, difficile d'exprimer une affection pour Nicolas Sarkozy sans déjuger les juges. Bruno Retailleau, Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur, a réagi comme président de LR en exprimant tout son soutien à Nicolas Sarkozy mais sans évoquer la justice ni les juges ni la chose jugée. Exercice de style périlleux.
Ce qui est clair, c'est que l'incarcération de Nicolas Sarkozy renforcera l'esprit antiparlementaire, anti-système, anti-classe politique déjà très nourri au sein du peuple influencé par des réseaux sociaux déstructurants. Et cet esprit ne balayera pas seulement la classe politique (tout bord confondu) mais aussi l'institution judiciaire elle-même, qu'on pourrait croire plus attentionnée pour placer en prison un ancien Président de la République qu'un terroriste ou un violeur multirécidiviste.
Cette décision de justice va nourrir un nouveau trumpisme à la française en plein essor depuis quelques années, il sera aussi populiste, aussi démagogique, aussi stupide qu'aux États-Unis, et il fera les mêmes ravages, il ne faut pas croire que la France sera épargnée. Les juges en seront les premières victimes. Ce sera malheureux pour la démocratie mais prévisible : la classe politique sécrétera, d'une manière ou d'une autre, des anticorps lorsque la justice n'est pas assez équilibrée. Car en définitive, c'est le peuple qui décidera, et c'est pour cela que Nicolas Sarkozy l'a pris à témoin. La situation est grave, car un État de droit passe par le respect de sa justice et son consentement à l'impôt.
« Le quinquennat pousse désormais tout chef d'État à se tenir résolument en première ligne, prenant tous les coups et assumant tous les risques. » (Patrice Duhamel, "Le Chat et le Renard", 2024).
La remarque du journaliste politique Patrice Duhamel, fin observateur de la vie politique depuis 1969, est valable en fait depuis 1958, dès que De Gaulle, Président du Conseil, a souhaité occuper l'Élysée plutôt que continuer à occuper Matignon. Le pouvoir a ainsi traversé la Seine et chaque Président de la République, oint de la légitimité populaire à l'issue de son élection, a toujours voulu s'occuper de toutes les affaires de l'État, et certains l'ont mieux assumé que d'autres (entre autres François Mitterrand, dit Dieu, Nicolas Sarkozy, dit l'hyper-Président, et Emmanuel Macron).
Le quinquennat en France fête ses 25 ans ce mercredi 24 septembre 2025. Effectivement, il y a un quart de siècle, le référendum décidé par Jacques Chirac sur le quinquennat a donné 73,2% de "pour" et 26,8% de "contre", mais avec une très faible participation, seulement 30,2% des inscrits, c'est-à-dire que les "pour" n'ont représenté que 18,5% des inscrits (il y a eu aussi beaucoup de bulletins blancs ou nuls, plus de 1,9 millions, soit 16,1% des votants).
Soyons clairs : j'ai milité contre le quinquennat en 2000, il y avait peu de monde pour s'investir dans une telle campagne (perdue d'avance), mais avec le recul de 25 ans et de quatre quinquennats et demi, beaucoup commencent à comprendre que le quinquennat n'a pas été une bonne idée. Pour autant, revenir au septennat paraît assez utopique, dans la mesure où la vie politique va désormais aussi vite que la vie médiatique, avec la dictature de l'instantané et des surréactions des réseaux sociaux et des chaînes d'information continue, si bien que cette réforme semble épouvantablement irréversible !
Malgré cette exceptionnel bide référendaire du 24 septembre 2000, la mesure a été donc approuvée par le peuple français et le Président Jacques Chirac a promulgué le 2 octobre 2000 la loi constitutionnelle n°2000-964 du 2 octobre 2000 relative à la durée du mandat du Président de la République. Elle s'est appliquée pour la première fois lors de l'élection présidentielle de 2002, si bien que Jacques Chirac sera le seul Président à avoir effectué à la fois un septennat et un quinquennat.
L'origine du quinquennat est lointaine et s'il a été mis en place, c'est pour des raisons de circonstances aussi dérisoires que le septennat a été mis en place spécifiquement pour le maréchal Patrice de Mac-Mahon le 20 novembre 1873 (lire notamment ici).
Depuis l'élection du Président de la République au suffrage universel direct, approuvée par référendum en 1962, le Président de la République devient nécessairement le chef de l'exécutif en France. Le Président Georges Pompidou, malade mais sans doute aussi convaincu de la chose, a voulu instituer le quinquennat, au grand dam des gaullistes historiques (comme le père de la Constitution, Michel Debré). N'ayant pas la majorité des trois cinquièmes des parlementaires nécessaires pour réviser la Constitution, Georges Pompidou a abandonné le projet. Mais l'idée est revenue de façon récurrente au fil des campagnes présidentielles. En 1981, dans ses "110 propositions" (proposition 45), François Mitterrand hésitait ainsi entre un septennat non renouvelable et un quinquennat renouvelable une fois. Le 2 mars 1984, l'ancien Président Valéry Giscard d'Estaing a proposé un mandat présidentiel de 6 ans : 7 ans était trop long, selon lui, mais 5 ans, c'était la durée du mandat d'un député (dans son livre "Deux Français sur Trois").
À partir de la fin des années 1980 et jusqu'à la fin des années 1990, le débat institutionnel a été très riche, mais souvent stérile, j'ajouterais, heureusement stérile. Beaucoup de mots et pas beaucoup de réformes, si ce n'est quelques-unes issues principalement de notre appartenance à l'Union Européenne. Le clivage était d'ailleurs assez caricatural et refusait de prendre en compte l'exception constitutionnelle française que De Gaulle avait saisie : il y avait soit des partisans du régime parlementaire, surtout à gauche, et leur souhait ultime aurait la fin de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct (ce qui est, là aussi, un acquis irréversible, heureusement irréversible) ; soit des partisans du régime présidentiel, de type américain, même durée pour le mandat présidentiel et législatif, suppression du droit de dissolution et du droit de censure (on voit bien l'impasse qu'aurait un tel régime depuis 2022).
On dit que les Français sont ingouvernables et De Gaulle a saisi de manière géniale le point d'équilibre institutionnel qu'il fallait pour atteindre à la fois la démocratie et l'efficacité et la stabilité. La grande durée de la Cinquième République (67 ans le 4 octobre prochain), pas loin de celle de la Troisième République (69 ans, voire seulement 65 ans si on prend les lois constitutionnelles de 1875) prouve par elle-même la pérennité de nos institutions dans une époque très troublée par les nombreuses crises (dont celle du covid-19).
Le statu quo semblait assuré par les circonstances, parfois compliquées en politique intérieure (neuf ans de cohabitation sur trois mandats de sept ans) et surtout en conjoncture économique (inflation, puis chômage, etc.). Le 14 juillet 1999, Jacques Chirac, Président de la République, confirmait qu'il restait pour le statu quo institutionnel : pas question de changer la durée du mandat présidentiel. Son Premier Ministre de cohabitation, Lionel Jospin, se gardait bien de mettre à l'ordre du jour une telle réforme même s'il y était favorable, pour ne pas envenimer ses relations (déjà difficile) avec le Président.
Et puis, il y a eu une mini-brèche, une porte extrêmement étroite venue d'un troisième larron : l'ancien Président Valéry Giscard d'Estaing a proposé, peu avant le cinquième anniversaire du (premier) mandat de Jacques Chirac, de faire le quinquennat. Il était alors, entre autres, député (et aussi président de conseil régional), ce qui lui a permis de déposer le 9 mai 2000 une proposition de loi constitutionnelle sur le bureau du Président de l'Assemblée Nationale, avant de publier une tribune le 11 mai 2000 dans "Le Monde" pour en faire part publiquement.
Réponse le 19 mai 200 du Premier Ministre Lionel Jospin qui n'a pas hésité à prendre l'idée au vol : d'accord pour mettre en œuvre cette réforme avant la fin de l'année, sans l'appliquer au mandat en cours, si le Président de la République était d'accord.
Face à une "opinion publique" « massivement acquise » (selon VGE), il faut se méfier des réformes institutionnelles populaires voire démagogiques, car elles peuvent déséquilibrer les institutions et parfois de manière irréversible (ce serait le cas aussi de la proportionnelle), et encouragé par Dominique de Villepin (Secrétaire Général de l'Élysée), Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac s'est trouvé contraint d'accepter le principe, malgré son opposition formellement exprimée en été 1999. Bien entendu, son accord n'était pas sans arrière-pensée électorale : à 69 ans en 2002, il était plus facile de négocier auprès des Français une fin de mandat à 74 ans qu'à 76 ans, pour se faire réélire.
C'est donc le 5 juin 2000, au cours d'une allocution télévisée, après des consultations, que Jacques Chirac a fait part de sa décision de finalement mettre en œuvre le quinquennat (« compte tenu des exigences modernes de la démocratie »), mais à condition que ce soit un "quinquennat sec", c'est-à-dire sans autre modification constitutionnelle, pour ne pas bouleverser les institutions, c'est-à-dire comme le projet de Georges Pompidou, en particulier, sans faire de limitation dans le temps du nombre de mandats présidentiels. Le projet de loi constitutionnelle a été adopté au conseil des ministres le 7 juin 2000 (en pleine cohabitation), approuvé par l'Assemblée Nationale le 20 juin 2000 par 466 voix pour, 28 voix contre et 9 abstentions, et par le Sénat le 29 juin 2000 par 228 voix pour, 34 voix contre et 8 abstentions.
Une dernière étape était encore nécessaire pour achever la réforme : soit l'adoption par le Parlement réuni en congrès, la majorité des trois cinquièmes était largement acquise, ce que voulaient plutôt la gauche, mais aussi les Présidents des deux assemblées, Raymond Forni (PS) et Christian Poncelet (RPR), soit l'adoption par référendum, ce que voulaient plutôt la droite et le centre, en particulier Jean-Louis Debré, Alain Madelin, etc. Le 6 juillet 2000, Jacques Chirac a choisi le référendum qui serait donc organisé le 24 septembre 2000.
On le voit, dans cette histoire, le quinquennat doit plus son existence à un concours de circonstances très particulières qu'à une volonté réfléchie de réformer les institutions.
Les arguments favorables sont de deux ordres : 1/ le rythme démocratique qui imposerait des mandats plus courts ; 2/ en organisant les élections législatives en même temps que l'élection présidentielle, on réduirait les risques de cohabitation.
Ce second argument n'est pas vraiment valable, puisque rien n'indique que les Français donneraient systématiquement une majorité parlementaire au Président qu'ils auraient élu quelques semaines plus tôt. La preuve en juin 2022, où Emmanuel Macron a perdu sa majorité absolue (la situation est encore pire qu'en cohabitation puisque aucune majorité absolue n'est possible ni en 2022 ni, encore moins, en 2024).
Petit corollaire : on a évoqué aussi la dite "inversion" du calendrier électoral en faisant passer les élections législatives après l'élection présidentielle en 2002 (loi organique n°2001-419 du 15 mai 2001 modifiant la date d'expiration des pouvoirs de l'Assemblée Nationale). En fait, sur le principe, il n'y a pas eu d'inversion : les élections législatives avaient eu lieu le 25 mai et 1er juin 1997 et les suivantes ont été organisé cinq ans plus tard, les 9 et 16 juin 2002, mais, juridiquement, la règle était que les pouvoirs de l'Assemblée expiraient le premier mardi du mois d'avril de la cinquième année de l'élection (les élections législatives régulières, hors dissolution, devaient avoir lieu en mars). Donc, sur le plan rigoureux, elles auraient dû intervenir en mars 2002 alors que l'élection présidentielle avait lieu les 21 avril et 5 mai 2002.
La loi organique du 15 mai 2001 a donc modifié la date d'expiration de l'Assemblée en la repoussant au troisième mardi du mois de juin de la cinquième année. Mais on conçoit la faible rigueur des législateurs, car si le mois de juin est après une élection présidentielle, c'est parce que Georges Pompidou est mort le 2 avril 1974 et qu'une élection présidentielle a été organisée un mois plus tard. En cas de nouveau décès ou de nouvelle démission du Président de la République à un autre moment que le printemps, il faudra certainement revenir sur cette loi organique (la première élection présidentielle au suffrage universel direct a eu lieu en décembre 1965).
Cette vraie-fausse "inversion" était évidemment indispensable pour garder l'équilibre des institutions depuis 1962, à savoir la prééminence du Président de la République. Imaginons que le candidat élu à l'élection présidentielle ne provienne pas de la majorité parlementaire (éventuelle) des élections législatives quelques semaines auparavant, la logique voudrait qu'il fasse la dissolution, et avoir de nouvelles élections quelques semaines plus tard pour espérer trouver une majorité parlementaire. Ce n'était donc pas tenable de manière régulière.
Toutefois, le quinquennat a de gros inconvénients. Ses opposants (dont moi, comme je l'ai écrit plus haut), en général, étaient très attachés aux institutions gaulliennes et surtout, à leur esprit, en particulier Raymond Barre, mais aussi Christian Poncelet, Charles Pasqua, François Léotard, Pascal Clément, Josselin de Rohan, mais aussi Jacques Delors, Michel Charasse, Philippe de Villiers, Jean-Marie Le Pen, Bruno Mégret, etc. Et le principal argument contre, c'est que c'est la porte ouverte vers un régime présidentiel, ce que certains souhaiteraient ardemment (mais nous ne serions plus en France, plutôt aux États-Unis).
Contrairement à ce que disaient les partisans du quinquennat, cette réforme ne donnait pas plus de pouvoir aux citoyens, mais surtout plus de pouvoir au Président de la République, c'était d'ailleurs l'argumentation développée par Georges Pompidou pour la promouvoir. Et effectivement, le Président, qui n'a plus la durée des temps longs, de la vision à long terme, s'est retrouvé dépositaire de l'action gouvernementale au jour le jour. Le premier vrai quinquennat a commencé avec Nicolas Sarkozy et chacun des trois successeurs de Jacques Chirac n'a pas hésité à assumer pleinement un rôle de chef du gouvernement plus que de chef de l'État (sauf Emmanuel Macron depuis septembre 2024).
Du reste, c'est ce que disait dès le 5 juin 2000 le constitutionnaliste Didier Maus, dans "La Dépêche du midi" : « Pour moi, la logique du quinquennat, c'est une majorité qui soutient le Président. En somme, le Président fait la majorité parlementaire. (…) Bref, je ne vois pas comment le quinquennat va renforcer les pouvoirs de l'Assemblée. L'élection clef sera l'élection présidentielle. ».
Il y a un autre argument contre, que je considère à ne pas prendre en compte, c'est que le quinquennat coûte plus cher que le septennat puisqu'il faut organiser plus souvent les élections présidentielles. C'est vrai, une élection présidentielle, cela coûte cher, tant pour l'État et les communes que pour les candidats (souvent remboursés par l'État), mais avec un tel argument, autant élire alors un Président à vie, ça réduirait alors drastiquement les coûts, surtout s'il est jeune !
Quelques années plus tard, le "quinquennat sec" n'était plus "sec". En effet, lors de la révision de la Constitution du 23 juillet 2008 (loi constitutionnelle n°2007-724 du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions de la Cinquième République), la dernière grande révision, voulue par Nicolas Sarkozy fasciné par les institutions américaines, le quinquennat s'est retrouvé limité « à deux mandats consécutifs ».
Comme je l'ai exprimé à l'époque, j'étais opposé à cette limitation à deux mandats. D'une part, elle était peu utile puisqu'en 2008, aucun Président depuis 1848 (en 160 ans !) n'avait entamé de troisième mandat ni n'était en possibilité même improbable d'entamer un troisième mandat. C'était donc très théorique (au contraire des États-Unis qui avaient connu le quadruple mandat de Franklin Roosevelt). L'argument pour était qu'il fallait une respiration démocratique et empêcher des arrière-pensées électoralistes.
Sauf qu'un Président qui ne peut plus se représenter se retrouverait en manque total d'autorité, face à sa majorité comme face à son opposition. Et le combat pour la succession polluerait beaucoup plus le débat public que les simples arrière-pensées électoralistes du Président. Enfin, le cas se présente (ce qui est très nouveau) pour 2027, puisqu'un Président, par ailleurs encore jeune (49 ans), se retrouve dans l'impossibilité de solliciter un nouveau mandat présidentiel. Vu la très forte impopularité qui handicape Emmanuel Macron aujourd'hui, il serait du reste très improbable qu'il puisse être élu une troisième fois en 2027, s'il en avait la possibilité constitutionnelle, mais pourquoi ne pas laisser le peuple le décider ?
Le quinquennat n'est pas adapté aux institutions gaulliennes, trop court justement pour des temps qui s'accélèrent, le Président de la République doit rester la référence de stabilité face à un monde qui bouge sans cesse, mais faut-il pour autant revenir au septennat ? Cela paraît impossible sur le plan démocratique, tant le souvenir des deux longs septennats de François Mitterrand (et pour faire quoi ?) occupe encore les mémoires. En revanche, revenir sur la limitation des mandats dans le temps serait pertinent : après tout, le peuple peut vouloir élire trois fois la même personne, non ? En limitant ainsi, c'est une part de la liberté du peuple qui est remise en cause.
« Le quinquennat pousse désormais tout chef d'État à se tenir résolument en première ligne, prenant tous les coups et assumant tous les risques. » (Patrice Duhamel, "Le Chat et le Renard", 2024).
La remarque du journaliste politique Patrice Duhamel, fin observateur de la vie politique depuis 1969, est valable en fait depuis 1958, dès que De Gaulle, Président du Conseil, a souhaité occuper l'Élysée plutôt que continuer à occuper Matignon. Le pouvoir a ainsi traversé la Seine et chaque Président de la République, oint de la légitimité populaire à l'issue de son élection, a toujours voulu s'occuper de toutes les affaires de l'État, et certains l'ont mieux assumé que d'autres (entre autres François Mitterrand, dit Dieu, Nicolas Sarkozy, dit l'hyper-Président, et Emmanuel Macron).
Le quinquennat en France fête ses 25 ans ce mercredi 24 septembre 2025. Effectivement, il y a un quart de siècle, le référendum décidé par Jacques Chirac sur le quinquennat a donné 73,2% de "pour" et 26,8% de "contre", mais avec une très faible participation, seulement 30,2% des inscrits, c'est-à-dire que les "pour" n'ont représenté que 18,5% des inscrits (il y a eu aussi beaucoup de bulletins blancs ou nuls, plus de 1,9 millions, soit 16,1% des votants).
Soyons clairs : j'ai milité contre le quinquennat en 2000, il y avait peu de monde pour s'investir dans une telle campagne (perdue d'avance), mais avec le recul de 25 ans et de quatre quinquennats et demi, beaucoup commencent à comprendre que le quinquennat n'a pas été une bonne idée. Pour autant, revenir au septennat paraît assez utopique, dans la mesure où la vie politique va désormais aussi vite que la vie médiatique, avec la dictature de l'instantané et des surréactions des réseaux sociaux et des chaînes d'information continue, si bien que cette réforme semble épouvantablement irréversible !
Malgré cette exceptionnel bide référendaire du 24 septembre 2000, la mesure a été donc approuvée par le peuple français et le Président Jacques Chirac a promulgué le 2 octobre 2000 la loi constitutionnelle n°2000-964 du 2 octobre 2000 relative à la durée du mandat du Président de la République. Elle s'est appliquée pour la première fois lors de l'élection présidentielle de 2002, si bien que Jacques Chirac sera le seul Président à avoir effectué à la fois un septennat et un quinquennat.
L'origine du quinquennat est lointaine et s'il a été mis en place, c'est pour des raisons de circonstances aussi dérisoires que le septennat a été mis en place spécifiquement pour le maréchal Patrice de Mac-Mahon le 20 novembre 1873 (lire notamment ici).
Depuis l'élection du Président de la République au suffrage universel direct, approuvée par référendum en 1962, le Président de la République devient nécessairement le chef de l'exécutif en France. Le Président Georges Pompidou, malade mais sans doute aussi convaincu de la chose, a voulu instituer le quinquennat, au grand dam des gaullistes historiques (comme le père de la Constitution, Michel Debré). N'ayant pas la majorité des trois cinquièmes des parlementaires nécessaires pour réviser la Constitution, Georges Pompidou a abandonné le projet. Mais l'idée est revenue de façon récurrente au fil des campagnes présidentielles. En 1981, dans ses "110 propositions" (proposition 45), François Mitterrand hésitait ainsi entre un septennat non renouvelable et un quinquennat renouvelable une fois. Le 2 mars 1984, l'ancien Président Valéry Giscard d'Estaing a proposé un mandat présidentiel de 6 ans : 7 ans était trop long, selon lui, mais 5 ans, c'était la durée du mandat d'un député (dans son livre "Deux Français sur Trois").
À partir de la fin des années 1980 et jusqu'à la fin des années 1990, le débat institutionnel a été très riche, mais souvent stérile, j'ajouterais, heureusement stérile. Beaucoup de mots et pas beaucoup de réformes, si ce n'est quelques-unes issues principalement de notre appartenance à l'Union Européenne. Le clivage était d'ailleurs assez caricatural et refusait de prendre en compte l'exception constitutionnelle française que De Gaulle avait saisie : il y avait soit des partisans du régime parlementaire, surtout à gauche, et leur souhait ultime aurait la fin de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct (ce qui est, là aussi, un acquis irréversible, heureusement irréversible) ; soit des partisans du régime présidentiel, de type américain, même durée pour le mandat présidentiel et législatif, suppression du droit de dissolution et du droit de censure (on voit bien l'impasse qu'aurait un tel régime depuis 2022).
On dit que les Français sont ingouvernables et De Gaulle a saisi de manière géniale le point d'équilibre institutionnel qu'il fallait pour atteindre à la fois la démocratie et l'efficacité et la stabilité. La grande durée de la Cinquième République (67 ans le 4 octobre prochain), pas loin de celle de la Troisième République (69 ans, voire seulement 65 ans si on prend les lois constitutionnelles de 1875) prouve par elle-même la pérennité de nos institutions dans une époque très troublée par les nombreuses crises (dont celle du covid-19).
Le statu quo semblait assuré par les circonstances, parfois compliquées en politique intérieure (neuf ans de cohabitation sur trois mandats de sept ans) et surtout en conjoncture économique (inflation, puis chômage, etc.). Le 14 juillet 1999, Jacques Chirac, Président de la République, confirmait qu'il restait pour le statu quo institutionnel : pas question de changer la durée du mandat présidentiel. Son Premier Ministre de cohabitation, Lionel Jospin, se gardait bien de mettre à l'ordre du jour une telle réforme même s'il y était favorable, pour ne pas envenimer ses relations (déjà difficile) avec le Président.
Et puis, il y a eu une mini-brèche, une porte extrêmement étroite venue d'un troisième larron : l'ancien Président Valéry Giscard d'Estaing a proposé, peu avant le cinquième anniversaire du (premier) mandat de Jacques Chirac, de faire le quinquennat. Il était alors, entre autres, député (et aussi président de conseil régional), ce qui lui a permis de déposer le 9 mai 2000 une proposition de loi constitutionnelle sur le bureau du Président de l'Assemblée Nationale, avant de publier une tribune le 11 mai 2000 dans "Le Monde" pour en faire part publiquement.
Réponse le 19 mai 200 du Premier Ministre Lionel Jospin qui n'a pas hésité à prendre l'idée au vol : d'accord pour mettre en œuvre cette réforme avant la fin de l'année, sans l'appliquer au mandat en cours, si le Président de la République était d'accord.
Face à une "opinion publique" « massivement acquise » (selon VGE), il faut se méfier des réformes institutionnelles populaires voire démagogiques, car elles peuvent déséquilibrer les institutions et parfois de manière irréversible (ce serait le cas aussi de la proportionnelle), et encouragé par Dominique de Villepin (Secrétaire Général de l'Élysée), Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac s'est trouvé contraint d'accepter le principe, malgré son opposition formellement exprimée en été 1999. Bien entendu, son accord n'était pas sans arrière-pensée électorale : à 69 ans en 2002, il était plus facile de négocier auprès des Français une fin de mandat à 74 ans qu'à 76 ans, pour se faire réélire.
C'est donc le 5 juin 2000, au cours d'une allocution télévisée, après des consultations, que Jacques Chirac a fait part de sa décision de finalement mettre en œuvre le quinquennat (« compte tenu des exigences modernes de la démocratie »), mais à condition que ce soit un "quinquennat sec", c'est-à-dire sans autre modification constitutionnelle, pour ne pas bouleverser les institutions, c'est-à-dire comme le projet de Georges Pompidou, en particulier, sans faire de limitation dans le temps du nombre de mandats présidentiels. Le projet de loi constitutionnelle a été adopté au conseil des ministres le 7 juin 2000 (en pleine cohabitation), approuvé par l'Assemblée Nationale le 20 juin 2000 par 466 voix pour, 28 voix contre et 9 abstentions, et par le Sénat le 29 juin 2000 par 228 voix pour, 34 voix contre et 8 abstentions.
Une dernière étape était encore nécessaire pour achever la réforme : soit l'adoption par le Parlement réuni en congrès, la majorité des trois cinquièmes était largement acquise, ce que voulaient plutôt la gauche, mais aussi les Présidents des deux assemblées, Raymond Forni (PS) et Christian Poncelet (RPR), soit l'adoption par référendum, ce que voulaient plutôt la droite et le centre, en particulier Jean-Louis Debré, Alain Madelin, etc. Le 6 juillet 2000, Jacques Chirac a choisi le référendum qui serait donc organisé le 24 septembre 2000.
On le voit, dans cette histoire, le quinquennat doit plus son existence à un concours de circonstances très particulières qu'à une volonté réfléchie de réformer les institutions.
Les arguments favorables sont de deux ordres : 1/ le rythme démocratique qui imposerait des mandats plus courts ; 2/ en organisant les élections législatives en même temps que l'élection présidentielle, on réduirait les risques de cohabitation.
Ce second argument n'est pas vraiment valable, puisque rien n'indique que les Français donneraient systématiquement une majorité parlementaire au Président qu'ils auraient élu quelques semaines plus tôt. La preuve en juin 2022, où Emmanuel Macron a perdu sa majorité absolue (la situation est encore pire qu'en cohabitation puisque aucune majorité absolue n'est possible ni en 2022 ni, encore moins, en 2024).
Petit corollaire : on a évoqué aussi la dite "inversion" du calendrier électoral en faisant passer les élections législatives après l'élection présidentielle en 2002 (loi organique n°2001-419 du 15 mai 2001 modifiant la date d'expiration des pouvoirs de l'Assemblée Nationale). En fait, sur le principe, il n'y a pas eu d'inversion : les élections législatives avaient eu lieu le 25 mai et 1er juin 1997 et les suivantes ont été organisé cinq ans plus tard, les 9 et 16 juin 2002, mais, juridiquement, la règle était que les pouvoirs de l'Assemblée expiraient le premier mardi du mois d'avril de la cinquième année de l'élection (les élections législatives régulières, hors dissolution, devaient avoir lieu en mars). Donc, sur le plan rigoureux, elles auraient dû intervenir en mars 2002 alors que l'élection présidentielle avait lieu les 21 avril et 5 mai 2002.
La loi organique du 15 mai 2001 a donc modifié la date d'expiration de l'Assemblée en la repoussant au troisième mardi du mois de juin de la cinquième année. Mais on conçoit la faible rigueur des législateurs, car si le mois de juin est après une élection présidentielle, c'est parce que Georges Pompidou est mort le 2 avril 1974 et qu'une élection présidentielle a été organisée un mois plus tard. En cas de nouveau décès ou de nouvelle démission du Président de la République à un autre moment que le printemps, il faudra certainement revenir sur cette loi organique (la première élection présidentielle au suffrage universel direct a eu lieu en décembre 1965).
Cette vraie-fausse "inversion" était évidemment indispensable pour garder l'équilibre des institutions depuis 1962, à savoir la prééminence du Président de la République. Imaginons que le candidat élu à l'élection présidentielle ne provienne pas de la majorité parlementaire (éventuelle) des élections législatives quelques semaines auparavant, la logique voudrait qu'il fasse la dissolution, et avoir de nouvelles élections quelques semaines plus tard pour espérer trouver une majorité parlementaire. Ce n'était donc pas tenable de manière régulière.
Toutefois, le quinquennat a de gros inconvénients. Ses opposants (dont moi, comme je l'ai écrit plus haut), en général, étaient très attachés aux institutions gaulliennes et surtout, à leur esprit, en particulier Raymond Barre, mais aussi Christian Poncelet, Charles Pasqua, François Léotard, Pascal Clément, Josselin de Rohan, mais aussi Jacques Delors, Michel Charasse, Philippe de Villiers, Jean-Marie Le Pen, Bruno Mégret, etc. Et le principal argument contre, c'est que c'est la porte ouverte vers un régime présidentiel, ce que certains souhaiteraient ardemment (mais nous ne serions plus en France, plutôt aux États-Unis).
Contrairement à ce que disaient les partisans du quinquennat, cette réforme ne donnait pas plus de pouvoir aux citoyens, mais surtout plus de pouvoir au Président de la République, c'était d'ailleurs l'argumentation développée par Georges Pompidou pour la promouvoir. Et effectivement, le Président, qui n'a plus la durée des temps longs, de la vision à long terme, s'est retrouvé dépositaire de l'action gouvernementale au jour le jour. Le premier vrai quinquennat a commencé avec Nicolas Sarkozy et chacun des trois successeurs de Jacques Chirac n'a pas hésité à assumer pleinement un rôle de chef du gouvernement plus que de chef de l'État (sauf Emmanuel Macron depuis septembre 2024).
Du reste, c'est ce que disait dès le 5 juin 2000 le constitutionnaliste Didier Maus, dans "La Dépêche du midi" : « Pour moi, la logique du quinquennat, c'est une majorité qui soutient le Président. En somme, le Président fait la majorité parlementaire. (…) Bref, je ne vois pas comment le quinquennat va renforcer les pouvoirs de l'Assemblée. L'élection clef sera l'élection présidentielle. ».
Il y a un autre argument contre, que je considère à ne pas prendre en compte, c'est que le quinquennat coûte plus cher que le septennat puisqu'il faut organiser plus souvent les élections présidentielles. C'est vrai, une élection présidentielle, cela coûte cher, tant pour l'État et les communes que pour les candidats (souvent remboursés par l'État), mais avec un tel argument, autant élire alors un Président à vie, ça réduirait alors drastiquement les coûts, surtout s'il est jeune !
Quelques années plus tard, le "quinquennat sec" n'était plus "sec". En effet, lors de la révision de la Constitution du 23 juillet 2008 (loi constitutionnelle n°2007-724 du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions de la Cinquième République), la dernière grande révision, voulue par Nicolas Sarkozy fasciné par les institutions américaines, le quinquennat s'est retrouvé limité « à deux mandats consécutifs ».
Comme je l'ai exprimé à l'époque, j'étais opposé à cette limitation à deux mandats. D'une part, elle était peu utile puisqu'en 2008, aucun Président depuis 1848 (en 160 ans !) n'avait entamé de troisième mandat ni n'était en possibilité même improbable d'entamer un troisième mandat. C'était donc très théorique (au contraire des États-Unis qui avaient connu le quadruple mandat de Franklin Roosevelt). L'argument pour était qu'il fallait une respiration démocratique et empêcher des arrière-pensées électoralistes.
Sauf qu'un Président qui ne peut plus se représenter se retrouverait en manque total d'autorité, face à sa majorité comme face à son opposition. Et le combat pour la succession polluerait beaucoup plus le débat public que les simples arrière-pensées électoralistes du Président. Enfin, le cas se présente (ce qui est très nouveau) pour 2027, puisqu'un Président, par ailleurs encore jeune (49 ans), se retrouve dans l'impossibilité de solliciter un nouveau mandat présidentiel. Vu la très forte impopularité qui handicape Emmanuel Macron aujourd'hui, il serait du reste très improbable qu'il puisse être élu une troisième fois en 2027, s'il en avait la possibilité constitutionnelle, mais pourquoi ne pas laisser le peuple le décider ?
Le quinquennat n'est pas adapté aux institutions gaulliennes, trop court justement pour des temps qui s'accélèrent, le Président de la République doit rester la référence de stabilité face à un monde qui bouge sans cesse, mais faut-il pour autant revenir au septennat ? Cela paraît impossible sur le plan démocratique, tant le souvenir des deux longs septennats de François Mitterrand (et pour faire quoi ?) occupe encore les mémoires. En revanche, revenir sur la limitation des mandats dans le temps serait pertinent : après tout, le peuple peut vouloir élire trois fois la même personne, non ? En limitant ainsi, c'est une part de la liberté du peuple qui est remise en cause.
« Je veux dire sincèrement à nos compatriotes que je mesure leurs attentes et que je connais les difficultés. Nous sommes au travail, avec humilité, et nous allons tout faire pour y arriver. » (Sébastien Lecornu, le 9 septembre 2025 à sa nomination).
La première réflexion qui vient avec la nomination du nouveau Premier Ministre Sébastien Lecornu, ce mardi 9 septembre 2025 peu avant 20 heures, c'est la rapidité de la décision du Président de la République Emmanuel Macron. Ce dernier, d'habitude, qui mettait beaucoup de temps à choisir, à nommer, a été très rapide. Certes, il avait depuis le 25 août 2025 pour y réfléchir, mais en général, les belles intentions d'aller vite se heurtaient au réel.
Le lundi 8 septembre 2025 vers 19 heures, les députés ont rejeté la confiance au gouvernement de François Bayrou. Ce dernier a remis à l'Élysée la démission de son gouvernement le mardi 9 septembre 2025 à 13 heures 30 et la nomination de son successeur au eu lieu en fin d'après-midi. On est loin des quasi-deux mois d'indécision et d'hésitation pour la succession de Gabriel Attal l'été 2024. La passation des pouvoirs est prévue ce mercredi 10 septembre 2025 à midi.
Cette rapidité était la bienvenue : il fallait qu'un nouveau chef du gouvernement soit au travail dès maintenant pour préparer le nouveau budget et être sur le pont lors de cette journée de blocage annoncée du mercredi 10 septembre 2025. Une vacance du pouvoir aurait été désastreuse en perception. En outre, en nommant immédiatement un Premier Ministre, le Président de la République ne s'expose pas directement aux critiques, même si Sébastien Lecornu est évidemment le choix du plus macroniste des ministres d'Emmanuel Macron.
Qui est Sébastien Lecornu (39 ans) nommé à Matignon ? Il faut le dire : c'est un petit génie de la politique. Au même titre, d'ailleurs, que Gabriel Attal, Michel Barnier et François Bayrou, ses trois derniers prédécesseurs, c'est un animal politique pur. Il est, comme on pourrait dire pour Obélix, tombé dans la marmite de la potion politique quand il était bébé. Un bébé UMP qui a adhéré à l'UMP dès sa création en 2002, à l'âge de 16 ans (il est né le 11 Juin 1986). Il a alors commencé son implantation dans son département, l'Eure.
En 2005, il est devenu l'assistant parlementaire d'un député UMP de l'Eure, Franck Gilard. Il était alors le plus jeune des collaborateurs parlementaires (à 19 ans) et se montrait très vite indispensable. Dans le département, il y a rencontré Bruno Le Maire, élu député aussi de l'Eure en 2007, et qui l'a nommé dans son cabinet ministériel aux Affaires européennes en septembre 2008, puis à l'Agriculture en juin 2009, "conseiller aux affaires réservées" jusqu'en mai 2012 (là encore, il a été, à 22 ans, le plus jeune membre de cabinet de ce gouvernement).
Élu suppléant du député Franck Gilard en juin 2012, Sébastien Lecornu a milité au sein de l'UMP pour Bruno Le Maire dans la course à la présidence de l'UMP en novembre 2014 (29,2% contre Nicolas Sarkozy élu). Quelques mois auparavant, en mars 2014, ce fut la consécration élective puisque Sébastien Lecornu a été élu maire de Vernon (une ville de 25 000 habitants), battant à l'âge de 27 ans le maire PS sortant, dans une quadrangulaire (il a obtenu 45,4%). Il a quitté son fonction de maire en décembre 2015 en raison de la limitation du cumul des mandats mais a conservé celle de premier vice-président de la communauté d'agglomération (et pris le poste de premier adjoint) jusqu'en mars 2020 (il était encore présent sur la liste au élections municipales de 2020).
Dans la foulée, il a conquis le conseil départemental de l'Eure aux socialistes lors des élections départementales de mars 2015 (élu conseiller départemental avec 70,7%). Il fut alors le plus jeune président de conseil départemental, à l'âge de 28 ans, poste qu'il a gardé jusqu'en juillet 2017 (et qu'il a abandonné avec son entrée au gouvernement), puis qu'il a repris, réélu en juin 2021, jusqu'en décembre 2022 (peu compatible avec ses activités ministérielles). Il a par ailleurs été élu sénateur de l'Eure en septembre 2020 (son mandat finit en septembre 2026), ce qui lui assure un point de chute en cas d'exclusion du gouvernement. En juin 2021, il a été réélu conseiller départemental avec 81,1% des voix.
Car ce qui le caractérise, c'est une grande longévité ministérielle depuis le début de la Présidence d'Emmanuel Macron. Mais auparavant, ce qui s'est passé entre 2015 et 2017 a été très important pour lui : il est devenu un jeune espoir de l'UMP au même titre que Gérald Darmanin et quelques autres. Sa proximité géographique et politique avec Bruno Le Maire l'a conduit à soutenir l'ancien dircab de Dominique de Villepin à la primaire LR de novembre 2016 (ce fut un échec retentissant). Il est alors devenu le directeur de campagne adjoint du candidat choisi, François Fillon, jusqu'au 2 mars 2017, quand on savait que François Fillon allait être mis en examen.
Sébastien Lecornu a fait partie de ces grands élus LR à soutenir Emmanuel Macron en 2017 et à entrer en force au gouvernement, avec Bruno Le Maire, Gérald Darmanin et bien sûr Édouard Philippe (également élu normand, maire du Havre).
Pour la petite histoire, Sébastien Lecornu est officier de réserve dans la gendarmerie nationale et à ce titre, il a été, entre 2012 et 2013, le chef d'un certain Alexandre Benalla. Il a été nommé colonel en 2017. À 32 ans, Sébastien Lecornu a amorcé une grande carrière ministérielle : Secrétaire d'État auprès de Nicolas Hulot du 21 juin 2017 au 16 octobre 2018, puis Ministre chargé des Collectivités territoriales du 16 octobre 2018 au 6 juillet 2020, puis Ministre des Outre-mer du 6 juillet 2020 au 20 mai 2022, puis Ministre des Armées du 20 mai 2022 au 9 septembre 2025, et maintenant, Premier Ministre.
Il est devenu un proche du Président de la République lors de la crise des gilets jaunes. C'est lui a qui soufflé à Emmanuel Macron la démarche des grands débats pour sortir de cette crise (ce qu'Emmanuel Macron a réussi avec brio). Depuis lors, il a l'oreille attentive du Président de la République et dès janvier 2024, il était le premier-ministrable favori de l'Élysée. En décembre 2024, à la chute du gouvernement de Michel Barnier, Sébastien Lecornu avait encore failli être nommé à Matignon.
Le fait d'être nommé aussi rapidement à Matignon ce 9 septembre 2025 donne le sentiment qu'Emmanuel Macron veut encore maîtriser lui-même la situation politique. Cela montre aussi qu'il ne tenait pas tant que cela à François Bayrou, ravi au contraire que ce dernier jouât au kamikaze sur l'autel de la dette.
Certains n'étaient pas crédibles et révélés par les concernés eux-mêmes, comme si la méthode Coué aurait suffi à changer l'arithmétique parlementaire, en particulier les socialistes qui annonçaient à grands cris qu'ils étaient prêts à gouverner : Olivier Faure, Boris Vallaud, François Hollande, et même Jérôme Guedj, Raphaël Glucksmann, ou encore Bernard Cazeneuve, Pierre Moscovici, Premier Président de la Cour des Comptes et ancien éléphant du PS, se préparaient dans cette éventualité. Éric Lombard, l'actuel grand argentier, pourrait aussi faire partie de ce choix d'origine socialiste, mais il n'a pas brillé politiquement depuis décembre 2024, et Jean-Yves Le Drian est désormais un peu trop âgé.
La logique du choix d'un socialiste (actuel), c'était qu'avec un LR, cela n'a pas marché, avec un centriste, cela n'a pas marché, alors, il faut encore se déporter vers la gauche, en oubliant que l'Assemblée Nationale est en fait très largement occupée... à droite !
Du coup, les macronistes originaires de LR étaient donc très probables : au-delà de Sébatien Lecornu, la ministre Catherine Vautrin, dont le nom apparaît régulièrement depuis mai 2022, et surtout Gérald Darmanin, qui a fait quasiment acte de candidature lors de sa rentrée politique à Tourcoing il y a quelques jours (le 31 août 2025).
La Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet a fait aussi en quelque sorte acte de candidature pour Matignon le matin du 9 septembre 2025, mettant en avant son origine de gauche et son idée qu'elle pourrait monnayer la bienveillante neutralité des socialistes en leur cédant le perchoir.
Des élus LR étaient encore envisagés, à l'instar de Michel Barnier : il y avait le récurrent Xavier Bertrand (mais qui serait censuré immédiatement par le groupe RN), aussi Valérie Pécresse (présidente du conseil régional d'Île-de-France et ancienne candidate LR à l'élection présidentielle), Franck Louvrier (maire de La Baule et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy), et bien sûr Bruno Retailleau (Ministre de l'Intérieur sortant).
On pouvait aussi envisager des très proches du Président de la République, comme Richard Ferrand (préférant la chaude quiétude de neuf ans de Présidence du Conseil Constitutionnel à une responsabilité furtive), ou encore Stéphane Séjourné, actuel Vice-Président de la Commission Européenne.
Parmi d'autres suggestions politiques ou journalistiques, on pouvait aussi citer Jean-Louis Borloo (l'alter ego de François Bayrou), Thierry Breton (qui a aussi presque fait acte de candidature, rêvant de devenir le Mario Draghi de la France, à la tête d'un gouvernement dit technique, ce qui serait une chimère, le vote du budget de la nation restera toujours hautement politique), Jean-Dominique Sénard (grand patron, actuel PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi et ancien PDG de Michelin), Frédéric Salat-Baroux (gendre de Jacques Chirac et ancien Secrétaire Général de l'Élysée) et, enfin, Charles de Courson, centriste mais votant contre la confiance à François Bayrou, électron libre de la vie politique, doyen des députés (en poste depuis mars 1993) et soldat du rétablissement des comptes publics (actuellement rapporteur général du budget élu par des voix de gauche !).
Finalement, le choix s'est porté vers la facilité, un proche du Président de la République, mais ce ne sera sans doute pas aussi facile à l'Assemblée Nationale éclatée en trois blocs. Sébastien Lecornu va entamer des négociations avec les différents groupes politiques pour préparer le délicat budget 2026 avant même de composer son gouvernement. Cela pourrait prendre un peu de temps.
« Je veux dire sincèrement à nos compatriotes que je mesure leurs attentes et que je connais les difficultés. Nous sommes au travail, avec humilité, et nous allons tout faire pour y arriver. » (Sébastien Lecornu, le 9 septembre 2025 à sa nomination).
La première réflexion qui vient avec la nomination du nouveau Premier Ministre Sébastien Lecornu, ce mardi 9 septembre 2025 peu avant 20 heures, c'est la rapidité de la décision du Président de la République Emmanuel Macron. Ce dernier, d'habitude, qui mettait beaucoup de temps à choisir, à nommer, a été très rapide. Certes, il avait depuis le 25 août 2025 pour y réfléchir, mais en général, les belles intentions d'aller vite se heurtaient au réel.
Le lundi 8 septembre 2025 vers 19 heures, les députés ont rejeté la confiance au gouvernement de François Bayrou. Ce dernier a remis à l'Élysée la démission de son gouvernement le mardi 9 septembre 2025 à 13 heures 30 et la nomination de son successeur au eu lieu en fin d'après-midi. On est loin des quasi-deux mois d'indécision et d'hésitation pour la succession de Gabriel Attal l'été 2024. La passation des pouvoirs est prévue ce mercredi 10 septembre 2025 à midi.
Cette rapidité était la bienvenue : il fallait qu'un nouveau chef du gouvernement soit au travail dès maintenant pour préparer le nouveau budget et être sur le pont lors de cette journée de blocage annoncée du mercredi 10 septembre 2025. Une vacance du pouvoir aurait été désastreuse en perception. En outre, en nommant immédiatement un Premier Ministre, le Président de la République ne s'expose pas directement aux critiques, même si Sébastien Lecornu est évidemment le choix du plus macroniste des ministres d'Emmanuel Macron.
Qui est Sébastien Lecornu (39 ans) nommé à Matignon ? Il faut le dire : c'est un petit génie de la politique. Au même titre, d'ailleurs, que Gabriel Attal, Michel Barnier et François Bayrou, ses trois derniers prédécesseurs, c'est un animal politique pur. Il est, comme on pourrait dire pour Obélix, tombé dans la marmite de la potion politique quand il était bébé. Un bébé UMP qui a adhéré à l'UMP dès sa création en 2002, à l'âge de 16 ans (il est né le 11 Juin 1986). Il a alors commencé son implantation dans son département, l'Eure.
En 2005, il est devenu l'assistant parlementaire d'un député UMP de l'Eure, Franck Gilard. Il était alors le plus jeune des collaborateurs parlementaires (à 19 ans) et se montrait très vite indispensable. Dans le département, il y a rencontré Bruno Le Maire, élu député aussi de l'Eure en 2007, et qui l'a nommé dans son cabinet ministériel aux Affaires européennes en septembre 2008, puis à l'Agriculture en juin 2009, "conseiller aux affaires réservées" jusqu'en mai 2012 (là encore, il a été, à 22 ans, le plus jeune membre de cabinet de ce gouvernement).
Élu suppléant du député Franck Gilard en juin 2012, Sébastien Lecornu a milité au sein de l'UMP pour Bruno Le Maire dans la course à la présidence de l'UMP en novembre 2014 (29,2% contre Nicolas Sarkozy élu). Quelques mois auparavant, en mars 2014, ce fut la consécration élective puisque Sébastien Lecornu a été élu maire de Vernon (une ville de 25 000 habitants), battant à l'âge de 27 ans le maire PS sortant, dans une quadrangulaire (il a obtenu 45,4%). Il a quitté son fonction de maire en décembre 2015 en raison de la limitation du cumul des mandats mais a conservé celle de premier vice-président de la communauté d'agglomération (et pris le poste de premier adjoint) jusqu'en mars 2020 (il était encore présent sur la liste au élections municipales de 2020).
Dans la foulée, il a conquis le conseil départemental de l'Eure aux socialistes lors des élections départementales de mars 2015 (élu conseiller départemental avec 70,7%). Il fut alors le plus jeune président de conseil départemental, à l'âge de 28 ans, poste qu'il a gardé jusqu'en juillet 2017 (et qu'il a abandonné avec son entrée au gouvernement), puis qu'il a repris, réélu en juin 2021, jusqu'en décembre 2022 (peu compatible avec ses activités ministérielles). Il a par ailleurs été élu sénateur de l'Eure en septembre 2020 (son mandat finit en septembre 2026), ce qui lui assure un point de chute en cas d'exclusion du gouvernement. En juin 2021, il a été réélu conseiller départemental avec 81,1% des voix.
Car ce qui le caractérise, c'est une grande longévité ministérielle depuis le début de la Présidence d'Emmanuel Macron. Mais auparavant, ce qui s'est passé entre 2015 et 2017 a été très important pour lui : il est devenu un jeune espoir de l'UMP au même titre que Gérald Darmanin et quelques autres. Sa proximité géographique et politique avec Bruno Le Maire l'a conduit à soutenir l'ancien dircab de Dominique de Villepin à la primaire LR de novembre 2016 (ce fut un échec retentissant). Il est alors devenu le directeur de campagne adjoint du candidat choisi, François Fillon, jusqu'au 2 mars 2017, quand on savait que François Fillon allait être mis en examen.
Sébastien Lecornu a fait partie de ces grands élus LR à soutenir Emmanuel Macron en 2017 et à entrer en force au gouvernement, avec Bruno Le Maire, Gérald Darmanin et bien sûr Édouard Philippe (également élu normand, maire du Havre).
Pour la petite histoire, Sébastien Lecornu est officier de réserve dans la gendarmerie nationale et à ce titre, il a été, entre 2012 et 2013, le chef d'un certain Alexandre Benalla. Il a été nommé colonel en 2017. À 32 ans, Sébastien Lecornu a amorcé une grande carrière ministérielle : Secrétaire d'État auprès de Nicolas Hulot du 21 juin 2017 au 16 octobre 2018, puis Ministre chargé des Collectivités territoriales du 16 octobre 2018 au 6 juillet 2020, puis Ministre des Outre-mer du 6 juillet 2020 au 20 mai 2022, puis Ministre des Armées du 20 mai 2022 au 9 septembre 2025, et maintenant, Premier Ministre.
Il est devenu un proche du Président de la République lors de la crise des gilets jaunes. C'est lui a qui soufflé à Emmanuel Macron la démarche des grands débats pour sortir de cette crise (ce qu'Emmanuel Macron a réussi avec brio). Depuis lors, il a l'oreille attentive du Président de la République et dès janvier 2024, il était le premier-ministrable favori de l'Élysée. En décembre 2024, à la chute du gouvernement de Michel Barnier, Sébastien Lecornu avait encore failli être nommé à Matignon.
Le fait d'être nommé aussi rapidement à Matignon ce 9 septembre 2025 donne le sentiment qu'Emmanuel Macron veut encore maîtriser lui-même la situation politique. Cela montre aussi qu'il ne tenait pas tant que cela à François Bayrou, ravi au contraire que ce dernier jouât au kamikaze sur l'autel de la dette.
Certains n'étaient pas crédibles et révélés par les concernés eux-mêmes, comme si la méthode Coué aurait suffi à changer l'arithmétique parlementaire, en particulier les socialistes qui annonçaient à grands cris qu'ils étaient prêts à gouverner : Olivier Faure, Boris Vallaud, François Hollande, et même Jérôme Guedj, Raphaël Glucksmann, ou encore Bernard Cazeneuve, Pierre Moscovici, Premier Président de la Cour des Comptes et ancien éléphant du PS, se préparaient dans cette éventualité. Éric Lombard, l'actuel grand argentier, pourrait aussi faire partie de ce choix d'origine socialiste, mais il n'a pas brillé politiquement depuis décembre 2024, et Jean-Yves Le Drian est désormais un peu trop âgé.
La logique du choix d'un socialiste (actuel), c'était qu'avec un LR, cela n'a pas marché, avec un centriste, cela n'a pas marché, alors, il faut encore se déporter vers la gauche, en oubliant que l'Assemblée Nationale est en fait très largement occupée... à droite !
Du coup, les macronistes originaires de LR étaient donc très probables : au-delà de Sébatien Lecornu, la ministre Catherine Vautrin, dont le nom apparaît régulièrement depuis mai 2022, et surtout Gérald Darmanin, qui a fait quasiment acte de candidature lors de sa rentrée politique à Tourcoing il y a quelques jours (le 31 août 2025).
La Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet a fait aussi en quelque sorte acte de candidature pour Matignon le matin du 9 septembre 2025, mettant en avant son origine de gauche et son idée qu'elle pourrait monnayer la bienveillante neutralité des socialistes en leur cédant le perchoir.
Des élus LR étaient encore envisagés, à l'instar de Michel Barnier : il y avait le récurrent Xavier Bertrand (mais qui serait censuré immédiatement par le groupe RN), aussi Valérie Pécresse (présidente du conseil régional d'Île-de-France et ancienne candidate LR à l'élection présidentielle), Franck Louvrier (maire de La Baule et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy), et bien sûr Bruno Retailleau (Ministre de l'Intérieur sortant).
On pouvait aussi envisager des très proches du Président de la République, comme Richard Ferrand (préférant la chaude quiétude de neuf ans de Présidence du Conseil Constitutionnel à une responsabilité furtive), ou encore Stéphane Séjourné, actuel Vice-Président de la Commission Européenne.
Parmi d'autres suggestions politiques ou journalistiques, on pouvait aussi citer Jean-Louis Borloo (l'alter ego de François Bayrou), Thierry Breton (qui a aussi presque fait acte de candidature, rêvant de devenir le Mario Draghi de la France, à la tête d'un gouvernement dit technique, ce qui serait une chimère, le vote du budget de la nation restera toujours hautement politique), Jean-Dominique Sénard (grand patron, actuel PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi et ancien PDG de Michelin), Frédéric Salat-Baroux (gendre de Jacques Chirac et ancien Secrétaire Général de l'Élysée) et, enfin, Charles de Courson, centriste mais votant contre la confiance à François Bayrou, électron libre de la vie politique, doyen des députés (en poste depuis mars 1993) et soldat du rétablissement des comptes publics (actuellement rapporteur général du budget élu par des voix de gauche !).
Finalement, le choix s'est porté vers la facilité, un proche du Président de la République, mais ce ne sera sans doute pas aussi facile à l'Assemblée Nationale éclatée en trois blocs. Sébastien Lecornu va entamer des négociations avec les différents groupes politiques pour préparer le délicat budget 2026 avant même de composer son gouvernement. Cela pourrait prendre un peu de temps.
« Alors est-ce qu'on met des souliers de marche pour aller sur la route ? Ou est-ce qu'on met des pantoufles en attendant la catastrophe ? Qui pourrait le faire à ma place ? Les grandes forces politiques, qui sont majoritaires et qui s'opposent à moi, disent : "Il n'y a pas de problème, il suffit de faire payer les immigrés, ou les riches, ou de s'endetter encore plus… ou encore de continuer à courir vers la falaise". Le problème, c'est que je n'ai pas le choix. Et d'ailleurs, s'il y avait eu le choix, ce n'est pas moi qui serais là. » (François Bayrou le 3 septembre 2025 dans "Paris Match").
Ce lundi 8 septembre 2025 va être la véritable heure de vérité de la XVIIe législature. La France aura rendez-vous avec son histoire, mais les acteurs n'ont pas le niveau. Car les principaux acteurs, ce sont les députés qui devront dire si l'endettement de la France est un problème grave et urgent ou s'ils s'en moquent. De manière plus personnelle, ce sera aussi un moment de vérité pour le Premier Ministre François Bayrou qui ne doit plus nourrir beaucoup d'espoir, à moins de révolutionner les mathématiques.
Il faut rendre à César ce qui appartient à César : François Bayrou a fait de la question de la dette un point central des blocages de la société d'aujourd'hui et de demain. Il était le seul candidat à l'élection présidentielle, depuis 2007, à avoir alerté sur cette question. Ce qui était assez anti-électoraliste, anti-clientéliste. François Fillon aussi avait proclamé la faillite de l'État en 2007, mais c'était une pirouette pour éviter de lâcher encore du leste (de l'argent public, donc des contribuables) à certaines catégories revendicatrices.
Alors que pour les particuliers, emprunter est une démarche grave et réfléchie, emprunter pour l'État est d'une facilité biblique : l'État resterait toujours solvable car il resterait toujours là, en tout temps. Le problème, c'est que la charge de la dette devient le premier poste budgétaire, devant l'Éducation nationale et la Défense.
Alors, François Bayrou poursuit une campagne médiatique très intense. Son objectif, convaincre les Français que réduire le déficit devient un impératif pour la sauvegarde de la Nation. Parfois, il se répète, il réussit aussi à apporter de nouveaux éléments, et souvent, il remet quelques églises au milieu du village. Son avenir politique va dépendre bien sûr du vote des députés de ce lundi 8 septembre 2025, mais il se moque assez bien de son propre sort, il ne pense qu'à celui de la France. Lui sait déjà que son courage sera salué, comme ce fut le cas pour Raymond Barre. Il ne sera certainement pas un recours (il est trop âgé pour cela), mais il continuera dans tous les cas à influencer profondément la vie politique française.
Alors, s'il fallait résumer son message, c'est celui-ci, dit le dimanche 31 août 2025 aux quatre chaînes de télévision d'information continue : « On a laissé s'accumuler la dette, et donc la charge de la dette, les annuités qu'on doit payer tous les ans ou tous les mois, si c'étaient des mensualités, il faut la prélever sur le travail des Français. Et je vous ai dit les chiffres, 50 milliards nouveaux créés, sur lesquels cette année on pique 10 milliards. L'an prochain, 10 de plus, 20 milliards… 10 de plus, 30 milliards. Eh bien, ça n'est pas de l'argent qui va venir irriguer le pays, c'est de l'argent qui est (…) dirigé vers des intervenants qui sont des intervenants étrangers, des acteurs économiques qui sont des acteurs économiques étrangers. ».
Dans cette émission, le chef du gouvernement a aussi voulu préciser sa mesure sur l'abattement des retraités. Il ne veut pas le supprimer, il veut juste apporter plus de justice sociale en faisant un abattement forfaitaire et pas proportionnel aux revenus : « Alors nous n'avons pas supprimé, nous avons remplacé l'abattement [de 10%] par un abattement forfaitaire. (…) L'abattement forfaitaire, c'est une évolution de la mesure qui va faire gagner des centaines d'euros aux retraités modestes, aux retraités du bas de l'échelle… Qui va maintenir ce qu'ils sont. Et va être, en effet un peu plus lourd, ou va autoriser une fiscalité juste pour ceux qui sont, et donc un petit effort de l'ordre de 200 euros… par an pour ceux qui sont au plafond. Donc, 18 euros par mois. C'est un effort, je ne dis pas le contraire. Mais vous voyez bien que pour ceux qui sont au plafond, c'est-à-dire 4 000 euros de retraite, c'est un effort modeste. Et ceux qui sont en bas de l'échelle y gagnent. Et ça mérite d'être dit. Parce que la justice, c'est la condition de l'effort. ». Les deux tiers des retraités en profiteront.
Dans son interview le 3 septembre 2025 à "Paris Match" (interrogé par Florent Barraco et Florian Tardif), le Premier Ministre a encore insisté : « Tous les ans, nous plongeons dans les déficits. Et tous les ans, ces déficits se traduisent par des emprunts. Cette dette, qui va la payer ? C'est très simple : ceux qui travaillent et les générations suivantes. Un grand économiste américain de l'Université Harvard a déclaré hier : “Plus vous retarderez cette prise de conscience, plus l'effort sera terrible à supporter.” Il a évidemment raison. ».
Le "quoi-qu'il-en-coûte" qui a fait bondir la dette lors de la crise du covid-19 et des autres crises ont permis à de nombreuses entreprises de survivre, et de préserver des emplois : « Résultat : la dette s'est accrue. Ce n'est pas l'État qui a dépensé cet argent, ce sont les Français. Ces milliards ont servi à soutenir l'économie, les emplois et les familles, donc chacun d'entre nous. ». Réduire le déficit, c'est défendre l'intérêt national : « Il y a une brèche dans la coque du navire, l'eau entre à flots. Et ceux qui veulent colmater sont accusés d'être "méchants". Mais regardez-les bien ! Ce sont eux les seuls et véritables défenseurs des Français. Sans une prise de conscience partagée, nous allons droit à l'accident. ».
Quant aux boomers : « Beaucoup de jeunes m'ont écrit après ma déclaration sur les "boomers" : "Enfin quelqu'un parle de nous". Car ils se sentent sacrifiés. Alléger leur fardeau commence par arrêter de l'alourdir. Or certains proposent encore d'augmenter la dette. Pour moi, c'est une non-assistance à génération en danger. Aucun parent ne peut regarder ses enfants dans les yeux et leur dire : "Vous rembourserez ma dette". Je ne pense pas, comme d'autres, qu'il faut faire payer les retraités. Mais il est nécessaire que les retraités s'unissent à moi pour alléger la dette qui pèsera sur nos enfants. Il n'y a qu'un "boomer" qui pouvait déclarer ça. ».
Le combat de François Bayrou qui se joue en ce moment est crucial : « C'est le sens de ma vie. Je ne me suis pas engagé en politique pour que les choses soient faciles. J'aurais pu me soumettre à l'un des partis dominants de l'époque et "faire carrière", mais j'ai choisi de dire ce que je pensais et d'alerter face à la catastrophe. Et ce dès les années 1990. Je ne veux pas que cette situation nous amène à des affrontements de rue. Il y a des gens dont c'est le projet et qui manœuvrent pour en arriver là. Mais, à la fin, ce sont toujours les plus faibles qui trinquent. ».
Et d'ajouter plus philosophiquement : « Je crois beaucoup au destin. Comme je crois que la vie a un sens, que nous ne sommes pas seuls. Nous portons avec nous les générations passées et les générations à venir. Les morts sont présents dans nos vies et les enfants à naître aussi. Nous sommes le prolongement de gens qui sont venus avant nous, de gens qui sont partis, qui nous ont quittés, avec des espoirs, des combats, des choses déchirantes. Et je crois que tout cela participe à notre aventure humaine. ».
François Bayrou a rappelé la mémoire de Pierre Pflimlin avec qui il a travaillé : « Le dernier de ma famille politique à avoir siégé ici était Pierre Pflimlin, en 1958. Et j'ai été son dernier collaborateur, lorsque j'avais 24 ans. La vie est pleine de coïncidences étonnantes. Je suis davantage hanté par des gens qui ont partagé des choses avec moi. Et je sais ce que mon père et ma mère auraient pensé de cette situation. (…) Ils auraient estimé que c'est une bien lourde charge. Mais que si quelqu'un doit la porter, alors autant que ce soit moi. Car je viens de loin. Quand j'étais enfant, les routes de mon village, imaginez-vous, n'étaient pas goudronnées. Et je vous épargne les détails concernant le confort dans nos maisons. Quand on vient de loin, comme moi, on fait plus attention aux gens qui vivent au-delà du périphérique. ». On pourrait néanmoins considérer que Raymond Barre était aussi de la famille politique de François Bayrou (même si c'est approximativement de la même famille).
L'objectif du président du MoDem, ce n'est pas de durer mais de réconcilier les Français : « Je suis un militant de la réconciliation. (…) C'est ma vocation. Je passe ma vie à essayer, parfois en parlant, parfois en ne parlant pas, de faire que les liens ne se rompent pas. C'est pour cette raison que j'ai pris le risque d'engager la responsabilité de mon gouvernement. On allait tout droit vers des blocages, des manifestations, des affrontements. Pour moi, c'est inacceptable. D'habitude, les gouvernants s'accrochent. Ils font tout pour durer. Pas moi. Durer, si nous n'avons pas les moyens de faire quelque chose d'utile pour le pays, ça ne m'intéresse pas. ».
Le jeudi 4 septembre 2025, François Bayrou a fait le 20-heures de France 2 avec Léa Salamé : « La question est qu'il ne peut pas y avoir de politique courageuse sans que le pays la soutienne. Parce qu'autrement, on se trouve dans un affrontement dont vous avez entendu des présentations qui sont des présentations fallacieuses, en disant « mais c'est le pouvoir contre les Français ». Moi je ne suis pas du côté du pouvoir, je suis du côté des Français. (…) Quand on demande aux gens si c'est vraiment les jeunes qui vont devoir payer ça pendant 30 ans ? La réponse est oui à 66%. Vous ne trouvez pas que ça pose une question d'équilibre du pays, d'équilibre des générations ? Et depuis, d'habitude, quand il y a un problème qui apparaît, on a l'impression, les Français ont l'impression que les gouvernants se défilent, qu'ils mettent la poussière sous le tapis pour sauver leur poste, et ce que les Français croient leur privilège. Eh bien, pour une fois, ça n'est pas un gouvernement qui se défile, ça n'est pas des gens qui veulent se cacher. Moi, je dis, il est impossible de conduire une politique comme celle-là, qui est une politique acceptable, modérée, pour rééquilibrer les choses. Il est impossible de conduire une politique comme celle-là si les Français ne prennent pas conscience, ne sont pas persuadés. ».
François Bayrou a rappelé que la plupart des forces politiques lui ont accordé l'adhésion au diagnostic mais, entre elles, elles sont elles-mêmes très divisées sur la thérapie à préconiser : « Le parti socialiste et d'autres, le Rassemblement national, Place publique, sont venus et ont dit "Mais en fait, sur le bilan, vous avez raison. C'est un énorme progrès. Si nous pouvions nous arrêter à cette phrase, sur le constat, vous avez raison". Après, les forces politiques en question sont venues défendre devant nous, avec courtoisie, sont venues défendre des positions radicalement inverses entre elles. On va s'arrêter une seconde à ça, si vous voulez bien. Le parti socialiste dit "il faut créer 32 milliards d'impôts supplémentaires, en particulier sur les entreprises". Et à côté, en face, le Rassemblement national, dit "pas un euro d'impôt supplémentaire". Le Rassemblement national dit "il faut mettre la charge sur les immigrés". ».
Son message, qu'il répète sans cesse, est celui-ci : « Ce que nous disons, très simple, ce n'est pas l'austérité qu'on plaide. On plaide un ralentissement des dépenses. Et s'il n'y a pas de ralentissement des dépenses, la dette continue à augmenter et le poids qu'on met sur le sac à dos des plus jeunes devient de plus en plus important. (…) Je suis persuadé que si on accepte de regarder les choses en face, comme je le propose, et si on accepte après, comme un certain nombre de forces politiques me l'ont proposé, de se mettre autour de la table, peut-être on pourra avancer mieux. En tout état de cause, je sais qu'on ne peut pas éluder, on ne peut pas mettre sous le tapis une question aussi importante que celle-là, et c'est pourquoi j'ai pris la décision de courir le risque. ».
Le Premier Ministre a également été interrogé par Thomas Sotto et Marc-Olivier Fogiel dans la grande interview à la matinale du vendredi 5 septembre 2025 sur RTL (une heure d'antenne !) : « La politique, ce n'est pas du spectacle. Ce n'est pas une tournée, entre guillemets, d'adieu, comme vous dites. Je suis un responsable politique. Je l'étais avant d'être Premier Ministre et je le resterai après. La question, elle est beaucoup plus simple, c'est : est-ce que notre pays a mesuré la gravité de la situation devant laquelle il se trouve ? ».
Encore une fois, le chef du gouvernement a précisé sa position sur les boomers (dont il fait partie) : « Est-ce qu'ils sont responsables ? Ils ne le sont pas. Est-ce que je propose qu'on les cible ? Jamais. Je propose une chose, c'est qu'ils soient à côté de moi. pour faire baisser la dette qu'ils vont laisser aux enfants. (…) Quand j'avais 20 ans, il n'y avait pas de dette en France. Et aujourd'hui, comme vous savez, chaque mois, nous prenons de l'activité du pays des richesses créées par le pays et nous les envoyons à nos créanciers. ».
À propos de la contribution de la France à l'Union Européenne, François Bayrou a maintenu que le solde était positif pour la France, malgré le calcul de François Lenglet : « Eh bien, parce qu'il ne prend pas en compte, François Lenglet, les prêts de la Banque Européenne d'Investissement que nous recevons pour à peu près une dizaine de milliards par an. ».
Mais François Bayrou, le 5 septembre 2025, ne semblait plus nourrir d'espoir sur l'issu du vote du 8 septembre 2025 à l'Assemblée Nationale. Il a même évoqué l'après-vote : « Ce qui va se passer c'est que le Président de la République va nommer un Premier Ministre qui va former un gouvernement en tout cas et essayer de le faire et c'est moins facile qu'on ne le croit. Je répète, je reprends le scénario qui était en train de se produire à force d'ignorer la situation qui oblige à agir, à force d'ignorer le diagnostic pour définir une thérapeutique, il n'y avait plus que des débats sur les mesures. Et le débat sur les mesures prenait un tour qui, à mon sens, est insoutenable pour le pays. Parce qu'on était en train de faire croire aux Français que le pouvoir les ignorait, voulait les ponctionner, voulait les faire travailler, et que c'était eux contre nous, en tout cas les puissants contre le peuple. (…) Mais il allait y avoir ce mouvement-là, mais c'est pire que ça. Parce que ce mouvement-là allait s'appuyer, était en train de faire naître, cherchait à faire naître un affrontement entre les français et les responsables… ».
D'où la notion de sacrifice : François Bayrou se sacrifierait sur l'autel de la prise de conscience du problème de la dette. À la question de Marc-Olivier Fogiel : « En vrai, ça veut dire ça, vous vous sacrifiez pour ça, vous laissez votre poste pour qu'il n'y ait pas une espèce de crise entre les élites et le peuple et vous partez pour essayer d'apaiser, pour qu'il n'y ait pas ce faux procès… ? », le Premier Ministre a acquiescé : « Eh bien ceci est absolument juste. Et donc en tout cas ça fait progresser les problèmes parce que ce que les Français ressentaient, ressentent, c'est qu'il y a au pouvoir des gens qui refusent d'affronter la situation, qui veulent conserver leurs avantages et leurs privilèges, et qui passent leur temps à repousser la poussière sous le tapis. Ce n'est pas ce que je veux faire. ».
Le maire de Pau n'a pas prévu de se présenter à l'élection présidentielle de 2027 : « Ça n'est pas mon plan, je ne fais pas ça pour obtenir quelque chose qui serait une manière de préparer un autre acte. Je fais ça parce que le destin du pays est entre les mains de ceux qui nous écoutent et que le destin ne bougera pas du pays, on continuera à s'enfoncer s'il n'y a pas la prise de conscience nécessaire. Et ce que j'ai fait en prenant ce risque, en effet inédit, en prenant ce risque, c'est de montrer que c'est tellement important que je n'hésite pas à mettre en jeu les responsabilités qui sont les miennes. ».
Dans quelques heures, quelle que soit l'issue du vote de ce lundi 8 septembre 2025, François Bayrou aura pris une initiative inédite : se mettre en danger pour faire prendre conscience d'un problème majeur de la Nation. En principe, le projet de loi de finances pour 2026 devrait être présenté le gouvernement avant le 12 octobre 2025. Un mois de négociations sur les pistes d'économies, c'est déjà court. Alors, si en plus, il faut nommer un nouveau gouvernement...