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16 juillet 2026 4 16 /07 /juillet /2026 04:06

« 64 milliards d'euros, en 2027, c'est, en dix ans, un doublement du budget des Armées. Nous l'avons chaque année tenu à l'euro près et ce sera fait. Oui, l'engagement a été tenu, les faits sont là et l'histoire jugera. » (Emmanuel Macron, le 13 juillet 2026 à l'Hôtel de Brienne, à Paris).






 


En tant que Président de la République, Emmanuel Macron est le chef des armées. Dès le début de sa Présidence, il a exercé cette prérogative avec dignité, honneur et fierté. Ce mardi 14 juillet 2026, c'était la dernière fête nationale sous sa Présidence, le dernier défilé militaire, et il faut bien le reconnaître, même par ses détracteurs, ce fut le bouquet final, ce fut l'expression de la puissance retrouvée de la France et de l'Europe.

Rappelons-nous la campagne présidentielle de 2017. On reconnaissait à Emmanuel Macron ses compétences sur l'économie et l'innovation, et la suite a montré qu'on avait eu raison de les reconnaître, avec une baisse durable et historique du chômage et la France placée première nation européenne pour l'attractivité économique. En revanche, là où les observateurs étaient critiques, c'était sur sa capacité à exercer ses prérogatives régaliennes.

Ainsi, dès les premières minutes de son premier quinquennat, Emmanuel Macron n'a jamais cessé de se focaliser sur le régalien, et en particulier sur la défense, la politique étrangère, la construction européenne, afin d'imposer son autorité régalienne. On se souvient, dans les premières semaines, l'invitation au Président russe Vladimir Poutine au fastueux château de Versailles (il a refait le même coup au Président américain cette année), et l'invitation à Donald Trump aux Invalides, devant le tombeau de Napoléon, ainsi qu'au défilé des Champs-Élysées le 14 juillet 2017. Le chef de l'État avait aussi choisi de remonter les Champs-Élysées dans une Jeep le 14 juillet pour bien montrer le caractère militaire de ses nouvelles responsabilités suprêmes.

 


Cette suractivité diplomatique allait donner le la d'une décennie d'initiatives diplomatiques multiples, européennes, internationales, notamment depuis l'agression de la Russie de Vladimir Poutine contre l'Ukraine. Elles étaient parfois maladroites, parfois sans lendemain, parfois des vœux pieux ou des incantations, mais parfois aussi, ces initiatives ont été suivies d'effet, comme cette Coalition des Volontaires qui regroupe désormais trente-huit pays pour faire face au désengagement des États-Unis dans l'aide apportée à l'Ukraine pour que cette nation européenne puisse se défendre et exister encore (il suffit à la Russie d'arrêter les combats sur le territoire ukrainien pour arrêter la guerre, c'est aussi simple que cela).

Beaucoup d'initiative européenne d'Emmanuel Macron ont été heureuses, comme la création d'un emprunt européen après la crise du covid, et plein d'autres initiatives pour construire la défense européenne de demain, faute de garanties des Américains.

Sur le plan de la défense nationale, Emmanuel Macron a voulu dès 2017 redonner de l'oxygène budgétaire à l'ambition permanente d'une indépendance militaire. Or, le budget de la Défense a été, depuis le début des années 1980, le parent pauvre des lois de finances : il était la variable d'ajustement pour réduire les déficits publics. Ce n'étaient pas la grande muette qui allait protester, et cette baisse de budget n'était pas vraiment visible du grand public, sauf lors de la fin du service militaire (vente foncière des casernes en centre-ville, réduction des coûts de fonctionnement, etc.). La France n'était pas le seul pays, presque tous les pays européens (à part la Grèce) consacraient très peu d'effort budgétaire à leur défense, puisque le grand-frère américain était là pour les aider en cas d'attaque sur leur territoire. Ce temps est évidemment révolu, et pas seulement du fait de Donald Trump. Barack Obama souhaitait aussi se désengager de l'Europe.

 


C'est Emmanuel Macron qui a redressé la barre en doublant le budget de la défense en dix ans et en initiant une véritable défense européenne. Il ne faut pas oublier que l'un des premiers projets d'intégration européenne était militaire avec la CED (qui fut un terrible échec).

Emmanuel Macron a changé les traditions pour la fête nationale. Définitivement supprimée, l'interview du Président de la République le 14 juillet à 13 heures à la télévision, après le défilé et avant la garden party à l'Élysée. En revanche, la veille, le Président de la République s'exprime désormais aux armées depuis l'Hôtel de Brienne.


Ce lundi 13 juillet 2026, le discours d'Emmanuel Macron à l'Hôtel de Brienne, en présence notamment du Premier Ministre Sébastien Lecornu et de la Ministre des Armées Catherine Vautrin, était particulier puisque c'était son dernier discours adressé aux armées (qu'on peut lire dans son intégralité ici).
 


C'était l'occasion, pour le chef de l'État, de rappeler son engagement d'origine : « Il y a neuf ans, sitôt élu par les Français, je vous annonçais un tournant historique pour nos Armées, tournant auquel beaucoup avaient cessé de croire, habitués aux coupes budgétaires successives. Avec vous, j'entendais ainsi renouer avec l'esprit des volontaires de l'an II, esprit de liberté exigeant de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace. Je vous annonçais que le budget de la défense serait augmenté, que les engagements seraient tenus et que la France et ses armées seraient à la hauteur de leurs devoirs et responsabilités. Je fixais pour cela un objectif clair, vérifiable : atteindre dès 2025 un effort de défense à hauteur de 2% de la richesse du pays. J'en prenais ici l'engagement solennel. J'en prenais l'engagement parce que j'étais alors convaincu que les périls du monde imposaient de redresser nos armées. (…) L'engagement a été tenu et nous avons bien fait. Avant même que le Sahel ne sombre dans le chaos, avant même que le Proche et Moyen-Orient ne s'enflamment, avant même que la guerre n'arrive sur le sol européen, nous avions amorcé notre réarmement. Avant même le lancement de cette guerre insensée que mène la Russie contre la nation et la terre d'Ukraine, avant toutes les turbulences que nous traversons aujourd'hui, nous prônions l'autonomie stratégique de la France et de l'Europe. L'autonomie stratégique, cette indépendance dans l'analyse, dans la décision et dans l'action, cette liberté au fond, cette ambition pour notre pays et qui fait la grandeur de la France et sa singularité dans le concert des nations. ».

Et d'insister : « L'engagement a été tenu, les faits sont là. Et l'an dernier, à cette même place, je demandais d'aller plus vite, d'aller plus fort, être libre, être craint, être puissant, non par plaisir, mais par nécessité. "On n'agit pas par goût, mais parce que le devoir l'impose". comme l'écrivait Marc Bloch. Je demandais donc d'accélérer encore cet effort de défense et fixais pour objectif d'avancer à 2027 l'ambition initialement prévue pour 2030 d'atteindre un budget de 64 milliards d'euros pour nos Armées. (…) Un effort supplémentaire de 36 milliards d'euros est donc prévu pour la période 2026-2030 avec, vous le savez, trois grandes priorités. D'abord, l'augmentation de nos stocks de munitions et le renforcement de la préparation opérationnelle. Ensuite, des moyens supplémentaires pour garantir notre souveraineté : alerte avancée, espace, feu dans la très grande profondeur, défense sol-air et aussi le rehaussement de notre dissuasion nucléaire en cohérence avec le virage stratégique que nous avons annoncé au mois de mars dernier avec la mise en place de la dissuasion avancée. Enfin, l'amélioration de la capacité des armées à mener les combats qui pourraient s'imposer dès demain, défense surface-air, lutte anti-drones, guerre dans le champ électromagnétique, drones de tous types, quantiques, intelligence artificielle, en plus de ce qui avait déjà été acté en 2023, avec le cyber, le spatial et le maritime. Cette actualisation doit produire des effets visibles avec des commandes et des premières livraisons dès 2026. Cette actualisation entend aussi renforcer la résilience de la nation avec le nouveau régime d'état d'alerte, avec le service national qui commencera dès septembre et permet au fond de consolider cette force d'âme dont je parlais ici en 2024. C'était une nécessité. On en mesure la nécessité en mer d'Arabie, où notre Marine nationale est engagée depuis de longs mois. Et quelle belle preuve de vigueur de nos forces navales après quatre siècles au service de la France ! Je veux ici féliciter nos marins déployés depuis de longs mois. ».
 


Emmanuel Macron a aussi insisté sur la fiabilité de la France, laissant entendre implicitement qu'un autre pays ne serait pas aussi fiable, les États-Unis : « La France est un partenaire fiable, stable, qui tient ses engagements et qui tient une ligne dure : la ligne de la non-belligérance dans les conflits qu'elle n'a pas choisis, la ligne du respect du droit international, de la liberté, y compris la liberté de navigation qu'elle comptait aider à faire respecter dans le détroit d'Ormuz. Et c'est la même volonté de respect de la souveraineté et de la liberté de navigation qui a présidé depuis 8 années à notre stratégie Indo-Pacifique et qui a expliqué beaucoup de nos réussites dans cette région, la ligne de la défense de nos intérêts et de nos amis partout dans le monde lorsque c'est nécessaire. Et je pense à nos déploiements récents et ponctuels comme en Finlande, mais aussi à nos engagements plus pérennes en Estonie, en Lituanie, au Liban, en Irak. On en mesure la nécessité dans tous les théâtres où nos services extérieurs opèrent, et je veux ici remercier la DGSE, l'ensemble de ses agents, et nous n'en oublions aucun, ainsi que leurs directeurs, qui agissent dans la confidentialité requise pour la sécurité et les intérêts de la nation. Et nous en mesurons la nécessité aussi sur le territoire national à travers l'opération Sentinelle qui se poursuit et mobilise nos forces et à travers la présence partout sur le territoire de notre gendarmerie. ».

Le Président de la République a voulu aussi rappeler qu'il a su impulser un mouvement collectif, international. Il a su prendre le leadership de l'Europe et même de la communauté international sur certains sujets, et heureusement qu'il est là pour préserver un certain ordre international quand certains s'évertuent au désordre international : « Dans ce brouillard de la guerre, la France n'est pas seule. Bien au contraire. Ancrée dans son socle européen, mais apte aussi au plus grand large, elle sait proposer des initiatives et fédérer des coalitions. Cela, nous l'avons montré il y a quelques années, dès Takouba, en étant nation cadre et en commençant à agréger au cœur de l'Afrique les forces de tant de pays. Et nous l'avons montré il y a dix-huit mois en bâtissant cette Coalition des Volontaires, avec nos amis britanniques. Et nous serons honorés, et je les remercie de leur présence parmi nous ce midi, quand en tête des troupes défilent demain nos partenaires de la Coalition des Volontaires, éléments avancés qui incarnent en particulier la capacité des Européens à saisir leur destin et à prendre leur sécurité en main, associant tant de nations européennes et à leurs côtés le Canada, et les démocraties de l'Indo-Pacifique. Là aussi, en quelques années, nous aurons bâti des capacités nouvelles en Europe et orchestré un réveil stratégique. L'Europe est en train de devenir une puissance s'appuyant sur les États qui la constituent, respectueuse de leurs décisions souveraines, mais assumant de se défendre et d'agir unie, une Europe qui ne sera pas celle des nationalismes qui l'ont longtemps consumée, mais qui, en conjuguant les patriotismes de leurs membres, en agissant unis, nous rend tous plus forts. Le message que nous envoyons au monde est le suivant : oui, la paix est notre but, oui, nous chérissons la liberté et le droit, et oui, nous nous tenons prêts à combattre pour les défendre, toujours, et au prix du sang s'il le faut. ».

Et, marchant sur les pas de son prédécesseur François Mitterrand lors d'un de ses derniers discours (au Parlement Européen de Strasbourg le 17 janvier 1995), Emmanuel Macron a redit son amour de la patrie mais sa détestation du nationalisme : « Partout où on flatte les nationalismes, en France ou ailleurs, on se trompe sur l'histoire qui est la nôtre. Le patriotisme, oui, le nationalisme, jamais. Et au moment où l'Europe se réarme, penser qu'accumuler chacun séparément des capacités est le sens de l'histoire, c'est une absurdité. Nous devons bâtir en Européens et garder nos spécificités propres, nos modes de décision, nos forces d'intervention, notre crédibilité. Mais ne faisons pas bégayer l'histoire. Il nous faut aussi reconnaître que dans les drones, les intercepteurs, les missiles ou les munitions, nous ne produisons pas assez vite, nous ne produisons pas assez fort et nous devons nous adapter pour nos propres besoins, là où je vois nos armées attendre parfois des mois, si ce n'est des années, les capacités qu'on leur promet, mais aussi pour être compétitifs à l'international. ».
 


Le petit exploit d'Emmanuel Macron, c'est d'avoir réuni le 13 juillet 2026 au soir, accueillie aux Invalides à Paris, la Coalition des Volontaires, forte de trente-sept nations réunies autour du Président ukrainien Volodymyr Zelensky, qu'il coprésidait avec le Chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier Ministre britannique Keir Starmer qui va très bientôt quitter son poste (et qu'Emmanuel Macron a salué : « Dans quelques jours, il passera le relais dans un esprit de continuité. Mais je veux ici lui redire combien ce fut une fierté pour nous de travailler avec lui et combien cette coalition des volontaires lui doit beaucoup et l'engagement des Européens aux côtés de l'Ukraine lui doit beaucoup. C'était une grande fierté d'être avec vous, Monsieur le Premier Ministre. Merci à vous. »).

Dans une courte conférence de presse (qu'on peut lire dans son intégralité ici), le chef de l'État a rappelé ses objectifs : « Cette réunion est la seizième depuis la première que nous avions tenue en février 2025 à Paris et Londres, et s'inscrit dans une séquence nouvelle, un moment nouveau, et a permis d'amplifier et accélérer une double dynamique. D'abord, celle du terrain militaire, puisque l'Ukraine a largement repris l'initiative, elle a résisté à cet hiver si difficile, elle reconquiert du terrain, et les difficultés s'accumulent pour la Russie sur les fronts militaires et économiques. Deuxième dynamique, c'est celle de la négociation où les facteurs s'alignent pour renforcer les chances d'une paix robuste. Forts des résultats du Sommet du G7 à Évian, nous avons reconstruit une unanimité au Conseil européen qui s'en est suivi au mois de juin, et cette dynamique a été confirmée au sommet de l'OTAN à Ankara la semaine dernière, tant sur le diagnostic, à savoir, pour le dire vite, que l'OTAN ne joue pas en faveur de la Russie et qu'elle ne peut pas espérer tenir ses objectifs, que sur les conséquences qu'il faut en tirer, imposer la fin des combats et relancer les négociations. ».

 


L'argent étant le nerf de la guerre, Emmanuel Macron a rappelé les sommes que la Coalition des Volontaires a pu mobiliser pour défendre l'Ukraine : « Nous sommes (…) déterminés à continuer de soutenir l'Ukraine, aujourd'hui encore plus vite et plus fort. Et ce sommet, cette Coalition, a été un moment d'accélération et de mise en œuvre d'engagements pris durant ces derniers mois. C'est vrai du soutien financier qui a été acté avec le prêt européen de 90 milliards d'euros, rejoint par le Royaume-Uni, et j'en remercie Monsieur le Premier Ministre, des engagements pris à Ankara, 70 milliards d'euros, avec les premiers déboursements qui viennent d'advenir. C'est vrai aussi sur le soutien militaire, et c'est dans cet esprit que nous avons agréé, en début d'après-midi, avec le Président Zelensky, une feuille de route entre nos deux pays, mettant en œuvre ce qui avait été acté sur le principe en novembre dernier pour notre coopération bilatérale. ».

Emmanuel Macron a aussi annoncé un renforcement des sanctions contre la Russie : « Dans un contexte où la Russie voit ses vulnérabilités économiques s'accroître, notamment du fait des mesures que nous avons adoptées jusqu'à présent, nous sommes aussi déterminés à les exploiter en renforçant la pression que nous exerçons. Et c'est le troisième axe sur lequel nous avons avancé aujourd'hui par le biais de nos sanctions et de la lutte contre la flotte fantôme. Nos sanctions, c'est ce que nous soutenons, avec le 21ᵉ paquet de sanctions pour l'Union Européenne qui ciblera en particulier le secteur bancaire et financier, le complexe militaro-industriel, les acteurs participant à tout contournement. Et je remercie, là aussi, nos amis britanniques de la parfaite coordination avec l'Union Européenne. Je veux aussi saluer à cet égard les décisions prises récemment par l'administration américaine, celles de pardonner les régimes d'exception sur les hydrocarbures fossiles venant de la Russie, celles aussi qui ont été prises à l'initiative de plusieurs sénateurs américains pour renforcer ces sanctions américaines. Et qu'il me soit permis, en cet instant, de rendre hommage à la mémoire du sénateur Lindsey Graham, qui a joué un rôle important durant ces dernières années aux côtés de l'Ukraine, des valeurs qui nous lient et du lien transatlantique. ».

En marge de la Coalition des Volontaires, les relations franco-ukrainiennes ont été renforcées. Dans une déclaration conjointe de Volodymyr Zelensky et Emmanuel Macron, il a été annoncé que l'Ukraine commandait 16 premiers Rafale sur les 100 qu'elle a prévu d'acquérir en novembre 2025. Elle commandait également des systèmes antimissile franco-italiens (SAMPT-NG) et des radars.
 


Le lendemain, 14 juillet 2026, Emmanuel Macron a présidé le grand défilé militaire sur les Champs-Élysées, avec les nombreux invités internationaux dont le Président ukrainien. Le thème de cette année, "le réveil stratégique de l'Europe". Parmi les troupes qui ont défilé, trente-cinq nations ont été représentées. Selon le communiqué de l'Élysée : « À travers une démonstration inédite, illustrant la complémentarité des capacités terrestres et aériennes, ce défilé a donné à voir des forces opérationnelles et de soutien pleinement engagées pour défendre les intérêts de la France et de ses alliés. Cette édition a souligné également la synergie entre les armées et les forces de sécurité intérieure, indispensable pour construire un continuum de sécurité solide face à l’évolution des menaces. Le défilé a réunit 6 686 militaires à pied, 315 véhicules dont 98 motos, 98 avions, 31 hélicoptères et 193 chevaux de la Garde républicaine. ».
 


Parmi ceux qui ont défilé, les sapeurs-pompiers, moins nombreux que prévus car ils étaient mobilisés notamment pour lutter contre les incendies de la forêt de Fontainebleau.
 


La succession d'Emmanuel Macron va être difficile quand on arrive à un tel haut niveau de leadership international. Son successeur sera soumis aux inévitables comparaisons. Sur Twitter, certains ont été très émus par ce défilé, à l'image de Cyprien Ronze-Spilliaert, chercheur en géopolitique : « Quelle émotion : je ne sais pas si l'on se rend compte de ce qui est en train de se passer. Le Président de la République a rassemblé 36 chefs d'État de la Coalition des volontaires et de l'Ukraine sur les Champs Élysées, autour des armées françaises. Pas un seul a fait défaut, ou alors s'est fait représenté à très haut niveau. Des militaires de tous ces nations-là s'apprêtent à défiler au rythme de l'armée française, 120 pas par minute. Franchement, ce 14 juillet est incroyable. Je suis sans voix. C'est, à mon sens, le plus grand succès d'Emmanuel Macron sur ses deux quinquennats. La France rayonne comme jamais dans le monde. Après le désengagement américain, nous sommes le nouveau pilier de la défense européenne. Vive la République ! Vive la France ! ». Ajoutant : « Ce 14 juillet est peut-être le plus important de notre histoire moderne. Il marque l'avènement d'un nouveau pilier européen de l'OTAN, d'une véritable défense européenne, dissuasive et crédible... ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron et son dernier défilé du 14 Juillet.
Le 14 juillet 2026 et la puissance militaire de la France et de l'Europe.
Discours du Président Emmanuel Macron aux armées le 13 juillet 2026 à l'Hôtel de Brienne à Paris (texte intégral et vidéo).
Discours du Président Emmanuel Macron au Sommet des Volontaires le 13 juillet 2026 aux Invalides, à Paris (texte intégral et vidéo).
Résilience nationale.
Sain et sauf : le chemin de Damas d'Emmanuel Macron.
L'hommage d'Emmanuel Macron à Marc Bloch au Panthéon.
Cérémonie de panthéonisation de Marc Bloch le 23 juin 2026 (texte intégral et vidéo).
L'hommage d'Emmanuel Macron à Edgar Morin aux Invalides.
Discours du Président Emmanuel Macron en hommage à Edgar Morin le 3 juin 2026 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron et la rancune jetée à la rivière.
Interview du Président Emmanuel Macron, le 15 juin 2026 sur TF1 à Évian (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron entre Charles De Gaulle et France Libre.
Discours du Président Emmanuel Macron, le 18 mars 2026 à Indret (texte intégral et vidéo).
Iran : Emmanuel Macron défend les intérêts de la France.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 3 mars 2026 à Paris (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron : la dissuasion nucléaire de la France, c'est moi !
L’action n’est pas une option !

 

 







https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260714-defile-militaire.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/le-14-juillet-2026-et-la-puissance-270509

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/07/14/article-sr-20260714-defile-militaire.html


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12 juillet 2026 7 12 /07 /juillet /2026 03:20

« Tout renoncement à son mode de vie est une victoire des terroristes. Victoire posthume puisque la très grande majorité ont acté qu’ils mourraient pendant leur opération criminelle. Le maintien de la COP21 et du championnat d’Europe de football ont eu le mérite de préserver notre détermination à ne pas nous laisser intimidés. Mais attentats après attentats, tiendrons-nous encore longtemps ? » (15 juillet 2016).




 


Il y a dix ans, le jeudi 14 juillet 2016 en début de soirée, juste après le feu d'artifice, au centre de Nice, sur la Promenade des Anglais, un camion fou de 19 tonnes a forcé un barrage policier et a foncé sur la foule de touristes et habitants venus fêter la France. Le bilan de l'attentat de Nice est très lourd, 86 personnes tuées, 458 personnes blessées, et un traumatisme national voire international.

Un lieu symbolique de l'art de se détendre, en vacances, au soleil, au bord de la mer, et une date symbolique de la nation, la fête nationale, la date la plus importante des Français, et ces deux unités, de lieu et de temps, désormais associées à l'horreur, à la terreur, à la mort et à la désolation.

Bien sûr, la République n'oublie pas ses victimes, elles resterons gravées dans la mémoire collective, du reste, ces victimes étaient issues de vingt-huit nationalités, des États-Unis à l'Australie en passant par la Chine, la Malaisie, Madagascar, le Brésil et l'Ukraine. La Nation n'hésite pas à se souvenir et à se souvenir, à commémorer, à célébrer, à "cérémoniser"...


Cette année, au-delà de la fête nationale, le 14 juillet a lieu dans un moment particulier de la coupe du monde de football. Ce sera la demi-finale le soir, le combat entre l'équipe de France et celle d'Espagne. Une journée ultra-nationale donc, peut-être de joie malgré le sinistre anniversaire.

Un mot vient alors à l'esprit, la résilience. Les Français sont un peuple capable de résilience. Comme tous les peuples. On a le mot dans la bouche aussi en ces temps de canicule. 40°C à Paris et même pas mal ? Trois canicules avant le 15 juillet et toujours sur le pont ?

Résilience nationale ? Sur le site du Premier Ministre, on peut lire un mot du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale sur son action : « Développer et structurer la capacité de résilience de la Nation face à des événements de toute nature. ». Il est ainsi explicité une stratégie : « Cette stratégie s’organise dorénavant autour de deux priorités et 11 actions opérationnelles, assorties à des livrables et un calendrier de mise en œuvre. La première priorité est d’assurer la continuité de la vie économique de la nation. La seconde, de réunir et rendre utile l’ensemble des citoyens au service de la résilience de la Nation. Cela se traduit concrètement par : 1° des efforts renouvelés dans la résilience des réseaux essentiels ; 2° l’analyse approfondie et la remédiation aux vulnérabilités critiques d’approvisionnement ; 3° l’éducation, la formation et la sensibilisation aux risques majeurs, à tous les âges et dans chaque territoire ; 4° l’amélioration des dispositifs de réserve existants, ainsi que des volontariats, afin de disposer d’un vivier de compétences. ».

 


Le 13 octobre 2026, ce sera la cinquième édition de la Journée Nationale de la Résilience qui « est une initiative du gouvernement pour promouvoir la culture du risque et renforcer la résilience de tous les citoyens. Elle vise à : 1° identifier les risques majeurs proches de chez soi ; 2° adopter les bons comportements pour se protéger ; 3° comprendre les dispositifs d’alerte et gestes qui sauvent pour protéger ses proches en cas d’événement grave. ». En 2025, plus de 15 000 actions ont été réalisées en faveur de la résilience nationale en France, dans les familles, dans les écoles, dans les entreprises, dans les institutions, etc.

Résilience nationale ? Je découvre alors qu'il y a eu une mission d'information à l'Assemblée Nationale sur la résilience nationale désignée le 30 juin 2021 : « [Elle] s’attachera à analyser les principaux risques et menaces qui pèsent sur le pays (ruptures dans les approvisionnements en énergie, en eau, en denrées alimentaires, risque cyber, risque biologique et sanitaire, risques naturels et technologiques, terrorisme, conflits armés…), et à évaluer la capacité des institutions, de la société, de l’économie et des citoyens à faire face aux crises graves et aux dangers vitaux qui peuvent en résulter. Elle se donne pour objectif de formuler des propositions pour renforcer à tous les niveaux la résilience nationale. ».

Sur le site de l'Assemblée Nationale, est mise en illustration une très belle photographie de John D. Sirlin intitulée "Ciel orageux en campagne" (Shutterstock). Cette mission parlementaire s'est achevée par la publication d'un rapport d'information publié le 23 février 2022 après des dizaines d'auditions (qu'on peut lire ici).
 


On y lit entre autres, sur la menace terroriste : « Sous l’effet de plusieurs facteurs, cette menace a connu une mutation importante depuis les attentats perpétrés à Paris en 2015. D’une menace projetée, qui trouve son origine sur un théâtre étranger, avec des attaques commanditées de l’extérieur, dans le cadre d’un réseau structuré, nous sommes passés à une menace endogène, qui émane de plus en plus d’individus isolés, avec des profils relevant souvent de la psychiatrie. (…) Cette menace endogène implique ainsi plus souvent des individus agissant seuls, avec des moyens rudimentaires, à l’image de l’assassin de Samuel Paty. Si ces attaques sont moins sophistiquées, elles n’en constituent pas moins un défi pour les services de renseignement et de sécurité, dans la mesure où les individus concernés, n’étant souvent pas connus des services, ne sont pas surveillés, et peuvent se radicaliser et passer à l’action très rapidement. Comme le souligne M. Lerner [Nicolas Lerner était le directeur général de la sécurité intérieure à l'époque de son audition], "la menace, devenue plus autonome, peut surgir de partout, étant le fait de n’importe quel individu, y compris inconnu de la DGSI". Par ailleurs, l’attentat de Nice, en 2016, a montré qu’il était possible de causer un nombre important de victimes avec des moyens rudimentaires. ».

En outre : « Une attaque terroriste met à l’épreuve la résilience d’une nation non seulement par sa létalité ou par les dégâts physiques occasionnés, certaines attaques, comme celles de Paris en 2015 et celles du 11 septembre 2001 aux États-Unis, ont causé un nombre considérable de victimes, mais aussi et peut-être surtout par le choc psychologique et social qu’elle occasionne. M. Lerner estime que la menace terroriste présente "plutôt un risque pour la cohésion de la nation". M. Nuñez souligne que "le choc psychologique sur l’opinion publique produit par une attaque terroriste, quelle qu’en soit la nature, produit un traumatisme énorme. Tel est précisément l’objectif des terroristes, qui cherchent à nous diviser. (…) J’estime que le terrorisme peut porter atteinte à la résilience nationale, c’est en tout cas son but". Entre les menaces issues de l’environnement international et les fragilités propres à la France, qui seront abordées en deuxième partie, la menace terroriste persiste et doit continuer à être prise en compte à son juste niveau. L’environnement international peut d’ailleurs accroître très sensiblement la menace endogène, par le canal des réseaux sociaux et des ingérences étrangères. La DGSI révèle ainsi qu’elle a eu à faire face à une menace sensiblement augmentée sur le sol national en raison de l’instrumentalisation par des pays étrangers des propos du Président de la République sur les caricatures de Mahomet, à l’occasion de l’hommage rendu à Samuel Paty en octobre 2020. Il convient par ailleurs de garder à l’esprit que tout le spectre des moyens d’action terroriste n’a peut-être pas encore été mis en œuvre : certaines actions avec un impact beaucoup plus important ne sont ainsi pas exclues, et d’autres surprises, comme celle du 11 septembre 2001, restent possibles. ».

 


La conclusion du rapport, c'est qu'il faut développer de nouvelles formes de résilience nationale : « Dans un monde incertain, marqué par la résurgence de rivalités stratégiques et par le développement de nouveaux risques affectant une société fragilisée et de plus en plus dépendante des technologies, le renforcement de la résilience de la nation est un impératif stratégique aussi bien que politique. ».

Le rapport a certes cité des atouts français, notamment lors de la crise sanitaire du covid : « Globalement, le pays a trouvé les ressources morales pour affronter l’épreuve et le gouvernement a su mobiliser avec pertinence l’appareil de l’État et les forces vives de la nation pour trouver les meilleures solutions. ». Pour autant, il a pointé un manque d'anticipation et d'imagination des risques : « L’anticipation des "scénarios du pire" est donc nécessaire pour que la communauté nationale garde la maîtrise de son destin collectif en toutes circonstances. ».

Il faut donc faire participer tous les citoyens à la résilience nationale : « Un des enseignements des travaux de la mission d’information est qu’à l’heure des menaces hybrides, le ressort de la résilience nationale est avant tout le citoyen lui-même, qui ne doit plus uniquement être considéré comme une victime ou la cible d’effets à produire, mais comme un élément de résolution de la crise. Dès lors, le succès d’une stratégie de résilience nationale repose sur son caractère inclusif : le citoyen en est l’acteur et non l’objet. C’est son engagement au service de la société et du pays qui rend la nation plus forte. ».


Le rapport pêche toutefois par son idéalisme incantatoire : « Une plus grande cohésion de la société française serait favorable au renforcement de la résilience du pays. Une nation dotée d’un sens aigu de ses valeurs et de la volonté de les défendre est d’autant plus à même d’imprimer au cours de l’Histoire une orientation qui lui soit favorable. ».

Et le document finit par une citation fort intéressante de Thucydide que je soumets à la sagacité des lecteurs : « La force de la cité ne réside ni dans ses remparts ni dans ses vaisseaux, mais dans le caractère de ses citoyens. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Résilience nationale.
Nice et la résilience française.
Rapport d'information n°5119 sur la résilience nationale publié le 23 février 2022 par l'Assemblée Nationale (document à télécharger).
Les valeurs républicaines.
Bataclan, ten years after.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Soumy : grâce musicale versus vulgarité brutale.
Syrie : peut-on encore massacrer en paix ?
Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...

Philippe Val et la promesse d'autres tragédies.
7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
L’esprit républicain.
Fête nationale : cinq ans plus tard…



 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260714-resilience-nationale.html

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/07/12/article-sr-20260714-resilience-nationale.html


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2 juillet 2026 4 02 /07 /juillet /2026 03:51

La mission d'information sur la résilience nationale désignée le 30 juin 2021 et présidée par le député Alexandre Freschi a remis son rapport au Président de l'Assemblée le 23 février 2022. On peux le lire car publié sur Internet.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport (fichier .pdf) :
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/resinat/l15b5119_rapport-information.pdf


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260714-attentat-nice.html


SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20220223-rapport-resilience-nationale.html
 

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25 juin 2026 4 25 /06 /juin /2026 04:56

« Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est un petit pas. Mais c’est le début d’un chemin. L’histoire du dossier calédonien a toujours été d’avancer. Même quand le pas est petit, il faut s’engager sur un chemin pour la paix et pour l’avenir. Cependant, n’oublions ni l’histoire de ce dossier ni le sens profond de ce qu’est une démocratie : l’élection, l’égalité devant le suffrage. La République doit être défendue, y compris en Nouvelle-Calédonie. Défendre ses convictions, c’est accepter de faire un pas vers l’autre et de renoncer à une part de ses aspirations. Défendre ses convictions, c’est accepter d’avancer. Défendre ses convictions, ce n’est pas imposer sa seule vision. Le gouvernement propose, nous débattrons, vous voterez. » (Sébastien Lecornu, le 20 mai 2026 dans l'hémicycle).







 


Dimanche prochain, ce 28 juin 2026 auront lieu les prochaines élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, c'est-à-dire l'élection les assemblées des trois provinces, Sud, Nord et Îles Loyauté, ainsi que du Congrès de la Nouvelle-Calédonie (comprenant 54 sièges) chargé d'élire le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Normalement, ces élections auraient dû avoir lieu au printemps 2024. Il s'agit d'un mandat de cinq ans et les précédentes élections provinciales ont eu lieu le 12 mai 2019.

Ces élections ont été reportées à trois reprises (par la loi) et le Conseil Constitutionnel a prévenu que la démocratie serait atteinte si elles avaient lieu après le 26 juillet 2026 (parce que cela aurait signifié que plus d'une moitié de mandat serait exercé en dehors de tout choix électoral).


Le point le plus chaud, le plus sensible, c'était le corps électoral. Depuis 1998, le corps électoral de Nouvelle-Calédonie ne bouge pas, ce qui est très antidémocratique. C'était une condition de paix pour les indépendantistes jusqu'à l'organisation des trois référendums sur l'indépendance. Malgré cela, le maintien dans la République française a été approuvé par le peuple néocalédonien. Il s'agit donc de tout reprendre sur le plan des institutions et en premier lieu, le corps électoral.

Mais la situation n'est jamais facile. Les émeutes de mai 2024 ont rappelé que la paix civile en Nouvelle-Calédonie était toujours très fragile et instable. Pourquoi ces émeutes ? Justement en raison du projet de loi constitutionnelle visant à réviser la définition du corps électoral en vue des prochaines élections provinciales. Résultat, par souci de conciliation, le Président Emmanuel Macron a arrêté la procédure constitutionnelle. Puis est venue la dissolution et l'élection de cette Assemblée ingouvernable.

Finalement, grâce aux efforts du Premier Ministre François Bayrou et de son Ministre d'État chargé des Outre-mer, Manuel Valls, le gouvernement a réussi à faire signer par toutes les parties néocalédoniennes l'Accord de Bougival le 12 juillet 2026. Mais initialement signataire, le FLNKS (indépendantiste) a décidé finalement de rejeter cet accord le 13 août 2025, malgré la réaffirmation des autres signataires. Emmanuel Macron a initié de nouvelles discussions aboutissant à l'Accord Élysée-Oudinot signé le 19 janvier 2026 à l'Élysée pour sortir la Nouvelle-Calédonie de l'impasse institutionnelle.

 


À la suite de l'Accord de Bougival, un nouveau projet de loi constitutionnelle a été déposé le 14 octobre 2025, adopté en première lecture le 24 février 2026 par le Sénat, mais rejeté le 2 avril 2026 par l'Assemblée Nationale après l'adoption d'une motion de rejet préalable, bloquant la réforme constitutionnelle.

La solution provisoire trouvée le Premier Ministre Sébastien Lecornu et annoncée le 8 mai 2026, c'était de faire adopter rapidement une loi organique intégrant de nouveaux citoyens néocalédoniens dans le corps électoral pour les élections provinciales du 28 juin 2026 en reprenant la proposition de loi déposée le 16 mai 2026 par le sénateur Georges Naturel.

Lors de l'introduction de l'examen à l'Assemblée, le 20 mai 2026, Sébastien Lecornu a insisté sur le fait que le statu quo du corps électoral, figé depuis presque trente ans, une génération !, n'était plus possible : « Le statu quo est un mirage de stabilité. Ce n’est pas une mer calme, c’est une grande vague qui pointe au loin et se confond encore avec l’horizon. Au fond, le statu quo ne donne plus aucune perspective à personne. Je l’ai dit directement aux Calédoniennes et aux Calédoniens : il enferme et ne donne aucune base solide pour l’avenir ; il peut même devenir le ferment de la violence, et c’est une ombre qui ressurgit sur le Caillou. Le statu quo divise et ne répond aux aspirations de personne ; c’est une fatalité, voire, j’ose le mot, une facilité. Nous sommes donc contraints d’avancer. Regardons la situation avec lucidité : à ce moment précis de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, le statu quo ne peut être un destin viable pour personne, ni pour les familles politiques indépendantistes, dont il condamne les aspirations en bloquant le processus de décolonisation et en éteignant les perspectives dessinées par leurs anciens, ni pour les non indépendantistes. Le statu quo condamne la stabilité économique sur le Caillou. Il précipite assurément la Nouvelle-Calédonie vers le déclin, sans répondre aux attentes de tous ceux qui y vivent, lui sont durablement attachés et veulent participer à sa vie démocratique. Le statu quo n’est assurément pas un destin pour l’État. Et cela vaut autant pour le pouvoir exécutif que pour le pouvoir législatif. Il nous condamnerait à entretenir une situation juridique fragile et porteuse de risques ; il conduirait inéluctablement l’État vers une faute, devant la justice internationale, et, au bout du compte, devant l’histoire. Les signataires des accords l’avaient compris. C’est notre héritage. Il nous faut donc avancer. ».

 


Ce texte de Georges Naturel a été adopté en première lecture le 18 mai 2026 par le Sénat et le 20 mai 2026 par l'Assemblée dans les mêmes termes, ce qui n'a pas nécessité une navette. Après l'avis du Conseil Constitutionnel du 28 mai 2026 jugeant le texte conforme à la Constitution, il a été promulgué le 28 mai 2026 comme « loi n°2026-410 du jeudi 28 mai 2026 portant régularisation des natifs dans le corps électoral pour les élections au Congrès et aux assemblées de province de Nouvelle-Calédonie ». Le texte final est vraiment la version minimaliste de la réforme du corps électoral, même l'inscription des conjoints établis sur le territoire a été écartée pour ne retenir que celle des personnes nées en Nouvelle-Calédonie après 1998 et ayant plus de 18 ans.

Le calendrier du gouvernement reste donc le suivant : élection d'un nouveau Congrès de la Nouvelle-Calédonie le 28 juin 2026, puis, entre juillet 2026 et avril 2027 (l'élection présidentielle), nouvelles négociations sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, en espérant que tout cela (élections puis négociations) se fera dans le calme et la paix des braves...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juin 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nouvelle-Calédonie : de chaudes élections provinciales en perspective.
Naïma Moutchou.
Georges Naturel.
Nouvelle-Calédonie : sprint vital pour l'élargissement du corps électoral.
Nouvelle-Calédonie : où en est-on en ce début de l'année 2026 ?
Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 16 janvier 2026 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 12 juillet 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).

Texte intégral de l'Accord de Bougival signé le 12 juillet 2025 (à télécharger).
Accord de Bougival sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie : historique et original !
Émeutes en Nouvelle-Calédonie : l'enjeu, c'est la démocratie !
La messe est dite : la Nouvelle-Calédonie dit non à l’indépendance.
Nouvelle-Calédonie : jamais deux sans trois !
Bernard Pons.
Nouvelle-Calédonie : le vent du boulet ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 octobre 2020 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 octobre 2020 en Nouvelle-Calédonie.
Nouvelle-Calédonie : bis repetita ?
Jean-Marie Tjibaou fut-il un martyr de la cause kanake ?
Nouvelle-Calédonie : un timide oui pour la France.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 novembre 2018 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie.
Paris à l’écoute de la Nouvelle-Calédonie.
Discours du Président Emmanuel Macron le 5 mai 2018 à Nouméa.
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 5 décembre 2017 à Nouméa.
L’assaut de la grotte d’Ouvéa selon Michel Rocard.
Jacques Lafleur.
Dick Ukeiwé.
Edgard Pisani.
 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260625-nouvelle-caledonie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nouvelle-caledonie-de-chaudes-269894

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7 juin 2026 7 07 /06 /juin /2026 04:51

« Être Premier Ministre est une tâche difficile, sans doute encore un peu plus difficile en ce moment, mais on ne peut pas être Premier Ministre quand les conditions ne sont pas réunies. (…) J'ai du respect pour celles et ceux qui s'engagent, mais il faut toujours préférer son pays à son parti. Et il faut savoir écouter ses militants, mais toujours penser aux Françaises et aux Français. » (Sébastien Lecornu, allocution du 6 octobre 2025).




 


C'était il y a huit mois. Sébastien Lecornu était sur le point d'être le Premier Ministre le plus bref de la Cinquième République, vingt-sept jours ! Sa démission le 6 octobre 2025 était consécutive à la râlerie de Bruno Retailleau, pourtant membre éminent du gouvernement, à propos de la composition de celui-ci (en particulier sur la nomination de Bruno Le Maire comme Ministre d'État, Ministre des Armées). Sébastien Lecornu restera dans tous les cas le chef du gouvernement le plus bref de toutes les républiques, quatorze heures ! Mais à la demande du Président de la République, voire la supplication du Président de la République, il a accepté d'être reconduit à Matignon pour une mission choc, faire adopter le budget.

Sébastien Lecornu va fêter son 40e anniversaire jeudi 11 juin 2026. Il aura eu par avance un joli cadeau d'anniversaire, totalement improbable et inédit, la stabilité institutionnelle à Matignon avec une Assemblée ingouvernable.
 


En effet, depuis ce dimanche 7 juin 2026, Sébastien Lecornu peut avoir sa petite fierté. Il vient de dépasser la durée du gouvernement de François Bayrou, à savoir deux cent soixante-dix jours (environ neuf mois). Ce n'est pas beaucoup, certes, mais c'est le record en période d'absence totale de majorité, depuis l'été 2024. C'est un exploit.

L'humilité, la simplicité, la modestie de Sébastien Lecornu ont une efficacité redoutable. Il pourrait recevoir la palme de l'habileté en période minoritaire. L'air de rien, il s'est présenté aux Français sans autre ambition que de les servir. Pas d'arrière-pensée pour se positionner dans l'optique d'une candidature à l'élection présidentielle, pas de posture pour son parti, pas de magouilles pour favoriser ses copains. Seul, le sens de l'intérêt national semble guider Sébastien Lecornu au point de s'opposer parfois à Emmanuel Macron lui-même, pourtant son mentor.
 


La survie de son second gouvernement dépend arithmétiquement de l'humeur des députés LR et de la mésentente des socialistes avec les insoumis. En proposant de sacrifier la réforme des retraites, ce que d'aucuns considéraient comme doublement irresponsable en raison de l'état déficitaire des finances publiques et de la courbe démographique, il a obtenu une bienveillante neutralité du groupe PS que n'avait pas réussi à obtenir son prédécesseur François Bayrou, pourtant plus ouvert aux compromis.

L'épreuve du budget 2026 est passée mais tout le monde l'a déjà oubliée. Déjà, parce qu'il y a un nouveau budget à préparer, moins dur parce qu'il n'y a pas d'élections municipales, mais en fait beaucoup plus dur parce qu'il y a l'élection présidentielle et donc, les surenchères de postures d'opposition au supposé vilain Président sortant. Ensuite parce que la fonction de Premier Ministre n'est jamais de tout repos et qu'il gère en permanence les urgences : Lyhanna assassinée et le bug de la justice, les guerres en Iran et en Ukraine, etc.
 


Pour autant, Sébastien Lecornu, heureusement, ne fait pas que gérer les urgences, il tente aussi de préparer la France à l'avenir. En particulier avec les lois de programmation militaire pour doubler en dix ans le budget des armées dans un contexte géopolitique où les États-Unis (de Donald Trump) se désengagent de la défense de l'Europe et où la Russie (de Vladimir Poutine) se montre agressive et hostile.

Mais quels sont les enjeux d'avenir ? D'abord l'intelligence artificielle (c'est le programme de Gabriel Attal), ensuite les retraites, car ce sujet devrait absolument revenir dans les thèmes de la prochaine campagne présidentielle : voulons-nous plomber les jeunes pour permettre aux aînés d'avoir une retraite décente ...ou imaginons-nous un autre système avec une part de capitalisation car la répartition exclusivement ne peut plus continuer avec une telle baisse de natalité ?

Le chef du gouvernement n'est jamais à l'abri d'une crise soudaine. Celle de la justice avec l'assassinat de Lyhanna aurait pu être une affaire politique si le gouvernement n'avait pas pensé à augmenter le budget de la justice (c'est pourquoi une demande de démission de Gérald Darmanin n'a aucun sens politique). L'État est un navire très difficile à manœuvrer, lent à bouger, à réformer, mais il dépend surtout des volontés politiques.
 


Il est sans doute le moins mauvais Premier Ministre possible en cette période institutionnelle très difficile que Sébastien Lecornu avait décrite en ces termes : « Les partis politiques continuent d'adopter une posture comme s'ils avaient tous la majorité absolue à l'Assemblée Nationale. Et au fond, je me suis retrouvé dans une situation dans laquelle j'étais prêt à des compromis, mais chaque parti politique veut que l'autre parti politique adopte l'intégralité de son programme. ».

La méthode Lecornu a donc fait ses preuves. Ne pas afficher d'ambition politique mais seulement une ambition gouvernementale pour que la période actuelle ne soit pas du temps perdu pour la France. Ne pas se regarder le nombril mais regarder la France et seulement la France. Cette méthode semble avoir au moins un admirateur.
 


Auteur d'une biographie référence sur De Gaulle chez Grasset dont le deuxième tome est sorti le 22 octobre 2025 ("De Gaulle, une Vie" ; le premier tome, sorti le 18 octobre 2023, avait reçu le Prix Renaudot Essai), Jean-Luc Barré, invité de l'émission "Pour tout dire" le 28 mai 2026 sur la nouvelle chaîne T18, s'est permis de délivrer un brevet de vrai-gaullisme : « Le gaullisme, c’est comme l’amour, il y a des preuves de gaullisme. ». Or, Sébastien Lecornu semble en apporter, des preuves de gaullisme, selon le biographe. Refuser de jouer le nombrilisme médiatique et gouverner toujours avec hauteur.

Jean-Luc Barré a en effet déclaré : « Je pense que c'est dans les actes publics, aujourd'hui, qu'on peut le démontrer. Moi, je suis de ceux qui pensent qu'aujourd'hui, le Premier Ministre actuel est un homme qui témoigne, par un certain nombre d'actes, je connais en plus son exigence gaulliste et je sais à quel point il est gaulliste pour l'avoir accompagné dans le livre sur l'armée... Un homme qui a été ministre des armées, c'est un homme qui a déjà une connaissance du monde, qui a des connaissances approfondies, aussi, de ce qu'est la société française. Je pense que cet homme-là a une vision gaulliste. (…) Un homme d'État, c'est d'abord quelqu'un qui ne s'appartient pas. Or il y a trop de gens qui s'appartiennent aujourd'hui, qui sont dans leur petit ego, etc. ».

Sébastien Lecornu ne semble pas s'appartenir aujourd'hui... mais il aura à franchir quelques obstacles encore pour arriver jusqu'au bout du second quinquennat d'Emmanuel Macron, et en particulier préparer la loi de finances pour 2027, sujette à toutes les démagogies préélectorales.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 juin 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les 40 ans de Sébastien Lecornu.
Sébastien Lecornu double François Bayrou à Matignon !
Le pari audacieux de Gabriel Attal.
Discours de Gabriel Attal le samedi 30 mai 2026 à la Porte de Versailles de Paris.
Quelques surprises dans les intentions de vote à moins d'un an de la prochaine élection présidentielle.
Sondage IFOP-Fiducial des intentions de vote à la présidentielle publié le 29 mai 2026 pour LCI, Sud Radio et "Le Figaro"(à télécharger).
Le Conseil Constitutionnel invalide la suppression des ZFE.
François Bayrou fête son 75e anniversaire.
On s'organise autour de François Bayrou..
Gabriel Attal, en piste pour l'élection présidentielle de 2027 ?
Gérald Darmanin préconise l'imprescriptibilité des crimes commis sur les mineurs.
Tout le monde n’a pas le courage de Gisèle Pelicot.
Sébastien Lecornu double Gabriel Attal à Matignon !
Le boulanger du premier mai : rivalité Sébastien Lecornu vs Gabriel Attal ?
Élisabeth Borne quitte la direction de Renaissance.
Pourquoi Laurent Wauquiez préférerait-il Sébastien Lecornu à Bruno Retailleau ?
Bientôt, la procédure de jugement des crimes reconnus (PJCR) ?
Non au retour des ZFE !
Mai, le mois du travail ?
La non-candidature de Sébastien Lecornu.
Discours de Sébastien Lecornu le 10 avril 2026 à Matignon (vidéo et texte intégral).
Sébastien Lecornu et le charme désuet de la non-séduction.
L'adoption définitive du PLF 2026.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.



 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260607-lecornu.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/sebastien-lecornu-double-francois-269637

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16 mai 2026 6 16 /05 /mai /2026 04:32

« La situation doit évoluer. (…) Comme l’a affirmé le gouvernement et confirmé le Premier Ministre, les élections provinciales auront lieu le 28 juin prochain. Ce sera un exercice de respiration démocratique : nous redonnerons la parole aux Calédoniens pour qu’ils puissent choisir leurs représentants au Congrès. » (Naïma Moutchou, le 12 mai 2026 dans l'hémicycle du Palais-Bourbon).






 


La situation politique en Nouvelle-Calédonie est toujours très fragile. Le gouvernement de François Bayrou avait réussi à rassembler autour du Président Emmanuel Macron l'ensemble des forces politiques en Nouvelle-Calédonie, notamment les loyalistes et les indépendantistes, pour préparer l'avenir institutionnel de la région. Cela a donné l'Accord de Bougival le 12 juillet 2025 et également l'Accord de l'Élysée-Oudinot le 16 janvier 2026.

Cependant, lors du retour des indépendantistes en Nouvelle-Calédonie, en été 2025, ceux-ci ont remis en cause leur accord et la gauche à Paris les a suivis, si bien qu'aujourd'hui, il y a un blocage. Le gouvernement devait traduire par une loi constitutionnelle ces accords, mais avec le rejet récent de la gauche, la majorité des trois cinquièmes du Parlement réuni en Congrès serait impossible à atteindre. Les accords avaient réussi pourtant à trouver un point d'équilibre en créant un État de Nouvelle-Calédonie au sein de la République française, qui pouvait contenter les deux camps... ou au contraire les mécontenter en même temps.


L'un des points majeurs qui cristallise le désaccord est la nature du corps électoral pour les élections pour le Congrès (équivalent au parlement de la Nouvelle-Calédonie) et pour les élections provinciales. Celui-ci, avec l'Accord de Nouméa de 1998, traduit dans la révision de la Constitution du 23 février 2007 (loi constitutionnelle n°2007-237), est resté figé depuis 28 ans, au point d'être une singularité constitutionnelle. En effet, le corps électoral "normal" (qui vote aux élections législatives, présidentielle, européennes, municipales) est composé de 218 789 inscrits, mais le corps pour le Congrès de seulement 181 188 inscrits. Plus de 35 000 électeurs sont actuellement exclus par cette singularité qui ne doit plus durer. Ce dégel est demandé par les loyalistes, mais refusé par les indépendantistes qui craignent de perdre leur audience avec une dilution de leur électorat. Le gouvernement souhaiterait au moins intégrer les 10 569 natifs pour réduire progressivement l'écart.

Le gouvernement de Sébastien Lecornu a déposé le projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie le 14 octobre 2025, l'un de ses premiers actes, et les sénateurs l'ont adopté le 24 février 2026 avec 215 voix pour et 41 voix contre. Dans ce texte est prévu un quatrième report des élections provinciales jusqu'au 20 décembre 2026. Mais les députés en ont décidé autrement en première lecture : une motion de rejet préalable, déposée par le président du groupe communiste Stéphane Peu, a été adoptée le 2 avril 2026 à l'Assemblée Nationale, rejetant ainsi l'ensemble du texte.
 


190 députés ont voté pour ce rejet préalable, et 107 contre, 1 s'est abstenu. Parmi les 190, on retrouvait la gauche, socialistes, insoumis, écologistes et surtout communistes, mais aussi l'extrême droite, RN et ciottistes, qui rejetaient l'Accord de Bougival (opposés à toute évolution qui ferait une concession aux indépendantistes).

Certes, le projet va retourner au Sénat, mais pour qu'il soit adopté définitivement, il faudrait réunir une majorité des trois cinquièmes des parlementaires, ce qui semblent impossible dans l'état actuel des rapports de forces.

Or, le dégel du corps électoral est désormais urgent. Le 7 mai 2026, le gouvernement a fixé les élections au congrès de Nouvelle-Calédonie au 28 juin 2026, et pour convoquer les électeurs, il faut que la liste électorale soit finalisée avant la fin du mois de mai : le décret de convocation des électeurs doit être publié au plus tard le 31 mai 2026 et la clôture des listes électorales le 18 juin 2026.

Pourquoi ne pas repousser encore ces élections ? Parce qu'elles ont été déjà repoussées à plusieurs reprises depuis deux ans, si bien que les élus sortants ont augmenté la durée de leur mandat de 20%, ce qui est énorme et limite pour le Conseil Constitutionnel. La sénatrice socialiste Corinne Narassiguin a déclaré le 24 février 2026 : « Le Conseil Constitutionnel nous a dit que le troisième report devait être le dernier. » et ne souhaitait pas « déroger au principe fondamental selon lequel les élections doivent avoir lieu régulièrement. ». Sans nouveau cadre constitutionnel, ces élections doivent se tenir avant le 26 juillet 2026. De plus, en cas de maintien du corps électoral actuel, les loyalistes ont déjà fait savoir qu'ils feraient un recours pour invalider ces élections en raison de leur inconstitutionnalité car certains citoyens néo-calédoniens en auraient été exclus.

Rappelons que le dégel du corps électoral est un sujet extrêmement sensible en Nouvelle-Calédonie puisque c'est à cause de ce sujet qu'il y a eu les émeutes en mai 2024, provoquant la mort de 14 personnes et des dégâts à 2,2 milliards d'euros (le gouvernement a promis de financer 2 milliards d'euros pour reconstruire et attirer économiquement des entreprises). Ces émeutes étaient la réponse des indépendantistes au projet de loi constitutionnelle déposé par le gouvernement de Gabriel Attal pour ouvrir le corps électoral à tous les natifs de Nouvelle-Calédonie et aux personnes ayant au moins dix ans de résidence dans ces lieux.

Pour le gouvernement, la piste de la loi constitutionnelle n'est plus réaliste à court terme. Or, une proposition de loi organique qui suggère spécifiquement de dégeler le corps électoral paraît une bonne solution de rechange pour accélérer le rythme. C'est le sénateur Georges Naturel (LR) qui a déposé ce texte le 16 mai 2025 pour qu'il soit plus facilement adoptable qu'une révision constitutionnelle. C'est ce texte qui sera examiné au Sénat ce lundi 18 mai 2026.

 


Georges Naturel a déclaré le 11 mai 2026 à Public-Sénat : « Au moment du deuxième report des élections provinciales à l’automne 2024, j’ai acquis la conviction qu’on ne pouvait pas avancer sans un élargissement partiel du corps électoral. J’ai fait étudier la possibilité de procéder par une loi organique car obtenir une majorité au Congrès pour réviser la Constitution semble compromis. J’ai déposé mon texte en mai 2025. Maintenant, les élections sont prévues le 28 juin. Pour tenir les délais, le gouvernement ne pouvait pas faire autrement que reprendre mon texte. ».

Et d'ajouter : « Le gouvernement voulait qu’on examine la proposition de loi cette semaine mais c’était un calendrier ubuesque. La commission des lois va entamer ses auditions cette semaine et désigner un rapporteur. De mon côté, je serais auditionné cette nuit par l’équivalent de la commission des lois du Congrès. Le Congrès donnera ensuite un avis lors d’une séance extraordinaire prévue lundi 18  mai. C’est uniquement après l’avis du Congrès que le texte sera examiné en commission des lois du Sénat puis en séance publique, le 18 mai à 14h30. ». Notons que cette semaine-là, le gouvernement voulait que les sénateurs débattent également de la proposition de loi sur l'euthanasie et le suicide assisté.

Le sénateur Georges Naturel a voulu insister sur ce qu'on pourrait obtenir avec seulement une loi organique et pas constitutionnelle. Le chef du gouvernement Sébastien Lecornu voudrait aussi intégrer, par un amendement, les conjoints de Calédoniens, mais alors, il faudrait une révision constitutionnelle : « Ça fait quatre jours que je fais de la pédagogie pour expliquer qu’il faut s’en tenir exclusivement aux natifs. Le Conseil d'État a reconnu que les évolutions démographiques permettaient d’envisager des ajustements par la voie d’une loi organique. Mais si on rajoute les conjoints, on est sur un dégel du corps électoral et on risque une censure du Conseil Constitutionnel. Le gouvernement souhaite parvenir à un équilibre entre les demandes des loyalistes et indépendantistes. Les loyalistes veulent obtenir un peu plus que ce que contient ma proposition de loi. Mais c’est prendre le risque que le texte ne passe pas à l’Assemblée ou qu’il soit censuré. ». D'autant plus que les socialistes s'opposeraient à un tel amendement du gouvernement (au Sénat, il passerait, mais certainement pas à l'Assemblée).


La présidente du groupe communiste au Sénat, Cécile Cukierman, est pour l'instant restée évasive sur la position de son groupe (les indépendantistes néo-calédoniens sont inscrits aux groupes communistes du Parlement) : « Ce qui est certain, c’est qu’au sein du FLNKS il y a toujours eu beaucoup de prudence car l’élargissement du corps électoral doit s’intégrer dans une réforme plus large, celle d’un accord global. La question ne sera pas pour ou contre les natifs dans le corps électoral ? Mais acceptons-nous une modification du corps électoral en dehors d’un accord global ? ».

L'exposé des motifs de la proposition de loi organique de Georges Naturel souligne l'importance d'un équilibre politique et juridique à trouver : « Les émeutes insurrectionnelles qui ont commencé le 13 mai 2024, ont ravagé la Nouvelle-Calédonie au lendemain du vote du projet de loi constitutionnelle et l'ont plongée dans une crise politique et économique sans précédent dont on cherche désespérément l'issue. Après le troisième référendum qui a eu lieu le 12 décembre 2021, tous les Calédoniens attendaient l'écriture d'une nouvelle page de leur histoire autour d'un projet de société et de développement commun qui prendrait le relais de l'Accord de Nouméa. Après de très nombreuses discussions et de multiples négociations, force est de constater qu'aucun accord global consensuel n'a pu être trouvé à ce jour. Dans l'espoir d'obtenir un consensus, les élections au congrès et aux assemblées de province de Nouvelle-Calédonie ont été reportées pour la troisième fois au 28 juin 2026 au plus tard, par la loi organique du 6 novembre 20252, pour "permettre la poursuite de la discussion en vue d'un accord consensuel sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie". Dans sa décision du même jour, le Conseil Constitutionnel a validé ce troisième report, en spécifiant explicitement que la durée totale dudit report "ne saurait être étendue au-delà". La date butoir du 28 juin 2026 pour la tenue des élections provinciales s'impose par conséquent. Le jour du scrutin des prochaines élections provinciales est d'ailleurs désormais connu avec certitude. Le Premier Ministre a en effet officiellement annoncé le jeudi 7 mai la date du dimanche 28 juin prochain. ».
 


D'où la définition du corps électoral : « À l'approche de ces élections, se pose légitimement la question du corps électoral spécial pour les élections provinciales. En avril 2026, la liste électorale générale comportait 218 789 électeurs dont 37 492 électeurs inscrits sur le tableau annexe, qui de ce fait ne sont pas autorisés à voter à l'occasion des prochaines élections provinciales. En conséquence, seuls 181 1884 électeurs composent à ce jour le corps électoral spécial provincial. Parmi ces 37 492 électeurs exclus, 10 575 sont des électeurs nés en Nouvelle-Calédonie dont 4 145 sont de statut de droit coutumier et 6 430 de statut de droit civil commun. L'Accord de Nouméa autorise ces électeurs natifs à se prononcer sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie en leur accordant le droit de vote aux scrutins d'autodétermination (d de l'article 218 de la loi n°99-209 organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie) alors qu'il ne leur octroie pas le droit de vote aux élections provinciales et, par voie de conséquence, la citoyenneté calédonienne. Chacun s'accorde aujourd'hui à reconnaître que cette distorsion est une anomalie car les signataires de l'Accord de Nouméa ne pouvaient imaginer en 1998 que des élections provinciales seraient organisées avec ces mêmes critères 28 ans après sa signature. La présente proposition de loi organique consiste à saisir la seule fenêtre très étroite à même de réunir les impératifs politiques, juridiques et temporels, qui permettraient d'ajuster le corps électoral spécial provincial. ».

Aspect politique : « Il convient de s'appuyer sur un consensus local, ou tout au moins sur l'absence d'opposition définitive, fondement d'un consensus politique national. En ce qui concerne les non-indépendantistes, ces derniers ont toujours été favorables à l'intégration de l'ensemble des électeurs natifs dans le corps électoral spécial provincial même s'ils considèrent que cet ajustement demeure très insuffisant. En ce qui concerne les indépendantistes, même s'ils considèrent que toute évolution du corps électoral spécial provincial doit être intégrée dans un accord politique global, ils ne sont toutefois pas opposés à ce que les électeurs natifs exclus puissent participer aux élections provinciales et soient reconnus en qualité de citoyens calédoniens. Ainsi, lors du XVIe comité des signataires de l'Accord de Nouméa du 2 novembre 2017, un accord consensuel de l'ensemble des forces politiques calédoniennes a assoupli les conditions d'inscription des natifs pour les consultations référendaires. Cet accord politique consensuel avait conduit à la modification de la loi n°99-209 organique du 19 mars 1999 par l'introduction d'un article 218-3 (loi organique n°2018-280 du 19 avril 2018 relative à l'organisation de la consultation sur l'accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie). Ces positions respectives laissent espérer raisonnablement l'obtention d'une majorité dans les deux assemblées pour l'adoption de la présente proposition de loi organique. ».

Aspect juridique : « Alors que toute modification du corps électoral spécial provincial impose une révision constitutionnelle, seuls des ajustements marginaux de ce corps électoral, conformes aux orientations de l'accord de Nouméa, pourraient être adoptés par voie organique et ainsi éviter une censure inéluctable du Conseil Constitutionnel. L'avis du Conseil d'État du 26 décembre 2023 est à cet égard éclairant et offre des perspectives d'ajustement du corps électoral spécial provincial à minima, sans réforme constitutionnelle. Le Conseil d'État a en effet été saisi par le Premier Ministre le 16 novembre 2023 pour statuer sur la continuité des institutions en Nouvelle-Calédonie. Cette saisine intervenait déjà dans le même contexte de blocage politique, tel que nous le connaissons actuellement, d'absence de consensus entre les forces politiques locales sur la réforme du corps électoral. Le gouvernement souhaitait ainsi obtenir à l'époque un avis sur les marges de manœuvre juridiques disponibles pour adapter le droit applicable en Nouvelle-Calédonie après la fin du processus référendaire, modifier les règles électorales et élargir le corps électoral, et enfin, préciser la compétence du législateur organique en la matière.
 


1) Sur le cadre juridique applicable après la consultation référendaire de 2021, le Conseil d'État a constaté que l'Accord de Nouméa avait été pleinement mis en œuvre, la troisième consultation référendaire ayant eu lieu et ayant abouti à un vote négatif sur l'indépendance. Toutefois, la Nouvelle-Calédonie reste toujours régie par le cadre défini par l'article 77 de la Constitution et la loi organique de 1999. Tant qu'une réforme constitutionnelle ne sera pas adoptée à la suite d'un nouvel accord, les institutions actuelles continueront de fonctionner selon ces règles.

2) Sur le corps électoral et sa possibilité de réforme, le Conseil d'État a rappelé que le cadre électoral actuel repose sur l'article 77 de la Constitution, qui impose le respect des "orientations définies par l'Accord de Nouméa". Ces règles électorales ne peuvent a priori être modifiées sans une révision de la Constitution, nécessaire pour s'écarter de ces orientations, et notamment pour modifier les dérogations aux règles et principes de valeur constitutionnelle que l'accord comporte. Toutefois il constate que l'ampleur des dérogations particulièrement significatives aux principes d'universalité et d'égalité du suffrage, à défaut de modification des règles applicables, ne pourra que s'accroître avec l'écoulement du temps.

3) Aussi, le Conseil d'État a reconnu que les évolutions démographiques permettaient d'envisager des ajustements par la voie organique pour deux raisons :

a) D'une part, il procède par extrapolation pour ouvrir la voie à une extension du corps électoral par loi organique, en particulier pour inclure les descendants des électeurs inscrits sur les listes de 1998 (point 13). En effet, il constate que ni les partenaires de l'accord, ni le Constituant n'ont entendu donner au corps électoral restreint une définition pouvant mener à sa disparition par l'écoulement du temps. Dès lors, sans réforme constitutionnelle, une correction s'avère inévitablement nécessaire pour conserver le fonctionnement démocratique normal de l'organisation politique mise en place à la suite de l'accord de Nouméa.

b) D'autre part, selon la jurisprudence du Conseil Constitutionnel, les dérogations prévues par l'accord de Nouméa à un certain nombre de règles ou principes de valeur constitutionnelle sont d'interprétation stricte, de sorte que, dans le cas où l'Accord de Nouméa peut admettre deux interprétations, la lecture la moins dérogatoire doit être retenue. Dès lors, l'évolution de la situation démographique correspond à un changement des circonstances de droit et de fait qui peut donner lieu à deux interprétations de la stipulation selon laquelle l'organisation politique de la Nouvelle-Calédonie doit demeurer inchangée en cas de réponse négative à la troisième consultation, concernant le maintien des dérogations précitées. Selon la lecture la moins dérogatoire, seule susceptible d'être retenue, il y a lieu de considérer que certaines de ces dérogations ne sont dès à présent plus strictement nécessaires à la mise en œuvre de l'accord et que, à tout le moins, leur ampleur a vocation à se réduire.

Il conclut ainsi qu'à défaut de l'intervention rapide d'une modification de la Constitution permettant d'établir un cadre pleinement adapté aux évolutions démographiques et à leurs perspectives, l'intervention du législateur organique sera nécessaire, dans le respect des principes consacrés par l'article 77 de la Constitution et en particulier du principe d'un corps électoral "restreint aux personnes établies depuis une certaine durée", tel que l'exige le point 5 du préambule de l'accord de Nouméa. Cette conclusion du Conseil d'État a conduit certains constitutionnalistes à estimer que les natifs calédoniens, en cohérence avec la notion de corps électoral restreint prévue par l'Accord de Nouméa, pourraient également y être ajoutés sans trahir les orientations de l'accord. Ainsi, cette proposition de loi organique tient compte de l'avis du Conseil d'État qui reconnaît au seul constituant la compétence pour modifier le corps électoral spécial provincial. En revanche, elle saisit la possibilité reconnue par ce même avis d'ajuster, dans certaines circonstances, le corps électoral provincial par voie organique. ».

Comme on le voit, la situation juridique est inextricable car se mêlent aussi les considérations politiques. Ce qui est sûr, c'est que le gouvernement est imprudent de vouloir charger la barque de cette proposition de loi organique en rajoutant par amendement les conjoints des Calédoniens dans le corps électoral.


C'est pourtant ce qu'a confirmé la Ministre des Outre-mer Naïma Moutchou lors de son audition devant la commission des lois du Sénat ce mercredi 13 mai 2026. Elle a indiqué que le gouvernement voulait intégrer les conjoints : « Ce sont les conjoints mariés et pacsés. » avec une durée pour le couple : « La question est toujours en discussion aujourd’hui. Elle est autour de 5 ans. ». Cela concernerait alors « entre 1 500 et 1 800 personnes », soit 1% de l'ensemble du corps électoral. Répondant aux socialistes qui sont en colère contre cette initiative du gouvernement, Naïma Moutchou a conclu : « Le Parlement tranchera. Il n’y aura pas de passage en force (…). Si nous faisons cette proposition, ce n’est pas pour plaire à un camp ou à un autre, c’est parce qu’elle procède, pour nous, à une exigence de justice. ».

Les délais très courts de l'examen ont du reste provoqué une remarque cassante de la part de la présidente de la commission des lois du Sénat, Muriel Jourda (LR) : « Les règles relatives au corps électoral en Nouvelle-Calédonie ne constituent pas une question technique parmi d’autres. Elles sont au cœur des équilibres issus des accords qui structurent, depuis plusieurs décennies, la vie institutionnelle de Nouvelle-Calédonie. ». C'est la raison pour laquelle le Congrès (de Nouvelle-Calédonie, l'instance à renouveler le 28 juin prochain) donnera son avis sur ce texte lors d'une séance extraordinaire ce lundi 18 mai 2026 avant l'examen par le Sénat.


À l'évidence, le lundi 18 mai 2026 sera une journée importante pour l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Aux parlementaires d'en être dignes en prenant la hauteur de vue qu'il faut dans une perspective historique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Naïma Moutchou.
Georges Naturel.
Nouvelle-Calédonie : sprint vital pour l'élargissement du corps électoral.
Nouvelle-Calédonie : où en est-on en ce début de l'année 2026 ?
Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 16 janvier 2026 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 12 juillet 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).

Texte intégral de l'Accord de Bougival signé le 12 juillet 2025 (à télécharger).
Accord de Bougival sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie : historique et original !
Émeutes en Nouvelle-Calédonie : l'enjeu, c'est la démocratie !
La messe est dite : la Nouvelle-Calédonie dit non à l’indépendance.
Nouvelle-Calédonie : jamais deux sans trois !
Bernard Pons.
Nouvelle-Calédonie : le vent du boulet ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 octobre 2020 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 octobre 2020 en Nouvelle-Calédonie.
Nouvelle-Calédonie : bis repetita ?
Jean-Marie Tjibaou fut-il un martyr de la cause kanake ?
Nouvelle-Calédonie : un timide oui pour la France.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 novembre 2018 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie.
Paris à l’écoute de la Nouvelle-Calédonie.
Discours du Président Emmanuel Macron le 5 mai 2018 à Nouméa.
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 5 décembre 2017 à Nouméa.
L’assaut de la grotte d’Ouvéa selon Michel Rocard.
Jacques Lafleur.
Dick Ukeiwé.
Edgard Pisani.




 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260511-nouvelle-caledonie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nouvelle-caledonie-sprint-vital-268973

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/12/article-sr-20260511-nouvelle-caledonie.html

 



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11 février 2026 3 11 /02 /février /2026 13:48

« Le conseil des ministres a adopté les mesures individuelles suivantes. Sur proposition du Premier Ministre : Mme Amélie de Montchalin est nommée Première Présidente de la Cour des Comptes, à compter du 23 février 2026 (la Ministre de l’Action et des Comptes publics n’a pas participé à la délibération du conseil des ministres sur cette nomination). » (Compte rendu du conseil des ministres du mercredi 11 février 2026).





 


C'est maintenant officiel : Amélie de Montchalin deviendra la Première Présidente de la Cour des Compte le lundi 23 février 2026. À 40 ans, avec ce mandat irrévocable, elle pourrait exercer cette mission suprême du contrôle des finances publiques pendant une petite trentaine d'années (68 ans est l'âge de départ à la retraite pour cette fonction).

Répétons ce que j'ai écrit il y a deux jours : la nomination de la Ministre de l'Action et des Comptes publics est très amplement justifiée par ses compétences, sa connaissance très bonne des finances publiques, son expérience d'avoir construit deux budgets de l'État et donc, sa capacité à comprendre aussi ceux qui nous gouvernent avec des impératifs autrement qu'exclusivement budgétaires. Et ce qui est rassurant, c'est que personne n'ose mettre en doute sa capacité à exercer cette fonction, ce qui rend injustifiées toutes les autres critiques.

Je me réjouis par ailleurs que ce soit une femme à cette haute fonction de magistrate, d'autant plus que c'est la première de l'histoire de cette institution créée par Napoléon en 1807. Mais la caractéristique qu'elle soit une femme est anecdotique dans sa nomination, c'est la cerise sur le gâteau, mais il y a d'abord le gâteau (ses compétences, son expérience).

Au-delà de ces éléments (compétences, femme), la nomination d'Amélie de Montchalin a été très fortement critiquée par les oppositions (et pas seulement les oppositions populistes), en fustigeant notamment le pouvoir de nomination du Président de la République.


En ce sens, ces critiques sont totalement infondées : c'est la règle constitutionnelle qu'ils remettent en cause. Le deuxième alinéa de l'article 13 de la Constitution est, en effet, bien clair : « [Le Président de la République] nomme aux emplois civils et militaires de l'État. ».

Mais contrairement à ce qu'on laisse entendre, ce pouvoir n'est pas un pouvoir personnel, solitaire, arbitraire ! À part la nomination du Premier Ministre (qui peut être censuré par l'Assemblée Nationale), le Président de la République ne peut nommer personne sans signature du Premier Ministre ou d'un autre ministre. C'est le conseil des ministres qui prend la décision et non un homme seul au fond de son bureau.
 


De plus, ce pouvoir est contrôlé par le Parlement à tel point que le chef de l'État a moins de pouvoir que les Présidents des deux Chambres lorsqu'ils nomment les membres du Conseil Constitutionnel. C'était en effet la volonté de la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 voulue par Nicolas Sarkozy qui a complété les troisième et quatrième alinéas de l'article 13 par un cinquième alinéa.

Troisième alinéa de l'article 13 : « Les conseillers d'État, le grand chancelier de la Légion d'honneur, les ambassadeurs et envoyés extraordinaires, les conseillers maîtres à la Cour des Comptes, les préfets, les représentants de l'État dans les collectivités d'outre-mer régies par l'article 74 et en Nouvelle-Calédonie, les officiers généraux, les recteurs des académies, les directeurs des administrations centrales sont nommés en conseil des ministres. ».

Quatrième alinéa de l'article 13 : « Une loi organique détermine les autres emplois auxquels il est pourvu en conseil des ministres ainsi que les conditions dans lesquelles le pouvoir de nomination du Président de la République peut être par lui délégué pour être exercé en son nom. ».


Cinquième alinéa de l'article 13 : « Une loi organique détermine les emplois ou fonctions, autres que ceux mentionnés au troisième alinéa, pour lesquels, en raison de leur importance pour la garantie des droits et libertés ou la vie économique et sociale de la Nation, le pouvoir de nomination du Président de la République s'exerce après avis public de la commission permanente compétente de chaque assemblée. Le Président de la République ne peut procéder à une nomination lorsque l'addition des votes négatifs dans chaque commission représente au moins trois cinquièmes des suffrages exprimés au sein des deux commissions. La loi détermine les commissions permanentes compétentes selon les emplois ou fonctions concernés. ».

Ce pouvoir de nomination ne date d'ailleurs pas de 1958 et de De Gaulle. C'était déjà le cas sous la Troisième République. Le quatrième alinéa de l'article 3 de loi constitutionnelle du 25 février 1875 relative à l'organisation des pouvoirs publics indique : « Il nomme à tous les emplois civils et militaires. ». C'est d'ailleurs pour cette raison que le maréchal Patrice de Mac Mahon, Président de la République, s'est retrouvé en crise ouverte avec la Chambre des députés (à cause du limogeage de nombreux généraux remplacés par des républicains), ce qui a abouti à sa démission le 30 janvier 1879.

L'éditorialiste Patrick Cohen s'est donc trompé, dans la chronique politique de ce 11 février 2026 sur France Inter, en affirmant : « Le fait du Prince, De Gaulle l’avait fait inscrire dans la Constitution, c’est l’article 13. Qui donne au Président le pouvoir de désigner préfets, ambassadeurs, procureurs, recteurs, directeurs de musée, chefs de la police et de l’armée, officiers généraux, présidents d’établissements publics… ». Cela remonte donc à 1875 et pas à 1958 !

Pour la Première Présidence de la Cour des Comptes, le Président a souvent politisé la fonction dans l'histoire, mais à l'exception de Philippe Séguin, cette politisation a toujours servi le parti socialiste. Patrick Cohen a rappelé très justement la nomination du ministre Pierre Joxe à cette fonction le 10 mars 1993, juste avant les élections législatives de mars 1993 qui promettaient un désastre pour le PS (ce qui fut fait) : « François Mitterrand avait fait scandale en installant l’un de ses proches à la tête de la Cour des Comptes déjà : Pierre Joxe. Parce qu’il l’avait fait à quelques jours des législatives qui devaient ramener la droite au pouvoir. "Noyautage de l'État", hurlait alors l’opposition. ».

Mais on pouvait aussi rappeler la nomination d'un autre ministre socialiste, André Chandernagor (récemment disparu, à 104 ans !), qui fut nommé le 7 décembre 1983, deux ans avant des élections législatives de mars 1986 susceptibles également d'être un désastre pour les socialistes. Comme Philippe Séguin et Pierre Moscovici, Pierre Joxe avait aussi des raisons d'être nommé à cette fonction : ils sont tous issus de ce grand corps de l'État, ce sont donc des têtes maison (André Chandernagor était bien énarque, mais issu du Conseil d'État).

Enfin, l'éditorialiste politique a cité très opportunément la parole de Robert Badinter, ami de François Mitterrand, qui prenait ses fonctions de Président du Conseil Constitutionnel devant lui le 4 mars 1986 : « Monsieur François Mitterrand, mon ami, merci de me nommer Président du Conseil Constitutionnel, mais sachez que dès cet instant, envers vous, j'ai un devoir d'ingratitude. ». Ce devoir d'ingratitude a été réaffirmé à plusieurs reprises, en particulier par Richard Ferrand en février 2025.

 


En étant inamovible exactement comme les membres du Conseil Constitutionnel, Amélie de Montchalin n'aura aucun compte à rendre à Emmanuel Macron, ni à ses successeurs. Ce dernier aura à procéder à d'autres nominations qui ne manqueront pas de faire encore hurler les oppositions, en particulier en juin 2026, le poste de gouverneur de la Banque de France (François Villeray de Galhau vient de donner sa démission ; en principe, il devait partir en 2027) et en mai 2026, le poste de Vice-Président du Conseil d'État (véritable tête de ce corps, le Premier Ministre étant le Président d'office).

Et Patrick Cohen de faire remarquer : « C'est la même accusation de vouloir tout verrouiller avant 2027 qui est portée aujourd'hui contre Emmanuel Macron. (…) En réalité, un flashback de vingt à trente ans nous montre que les soupçons s'estompent assez vite et qu'aucun grand commis de l'État n'a été accusé d'œuvrer en sous-main en faveur de celui qu'il a nommé. ».


En nommant Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des Comptes, Emmanuel Macron a agi, au contraire, pour l'intérêt général et se prive, du reste, d'une excellente ministre. Elle fera honneur à cette noble institution.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Amélie de Montchalin à la Cour des Comptes, le caprice du Président ?
Amélie de Montchalin, première femme Première Présidente de la Cour des Comptes.
Nommée enfin au gouvernement.
La Cour des Comptes en émoi.

Pierre Moscovici.
Didier Migaud.
Philippe Séguin.
Pierre Joxe.
André Chandernagor.

 


 


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260211-montchalin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/amelie-de-montchalin-a-la-cour-des-266736

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/12/article-sr-20260211-montchalin.html




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24 janvier 2026 6 24 /01 /janvier /2026 03:41

« Dans un contexte où le tripartisme pourrait différer plus longtemps que vous ne le pensez le retour des majorités absolues, il se pourrait bien que les semaines que nous venons de vivre aient constitué les premiers pas nécessaires dans l’apprentissage collectif de la culture des concessions réciproques, à laquelle sept décennies de monarchie républicaine ne nous avaient pas préparés. » (Laurent Baumel, député PS, le 23 janvier 2026 dans l'hémicycle).


 


Comme le veut la procédure de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, un projet de loi est considéré comme adopté sauf si une motion de censure était votée. Le dépôt doit se faire dans les vingt-quatre heures et leur examen avant quarante-huit heures plus tard. Pour la partie recettes du projet de loi de finances pour 2026, deux motions de censure ont été déposées et les deux ont été rejetées par l'Assemblée, ce qui était prévisible en raison de la bienveillante neutralité du groupe socialiste.

Les deux motions de censure ont fait l'objet d'un unique débat ce vendredi 23 janvier 2026 dans la matinée.

La première motion de censure a été déposée par Mathilde Panot, Cyrielle Chatelain et Stéphane Peu pour les trois groupes de la gauche non socialiste et a été rejetée à 11 heures 35. 269 députés ont voté pour son adoption lors du scrutin public n°5154, mais c'était insuffisant puisqu'il fallait 288 (la majorité absolue). Ont voté pour cette motion 122 RN sur 122, 16 ciottistes sur 16, 71 FI sur 71, 36 EELV sur 38, 14 PCF sur 17. À eux se sont joints également 5 députés socialistes (Christian Baptiste, Paul Christophle, Pierrick Courbon, Peio Dufau et Philippe Naillet), 1 députée LR (Alexandra Martin), 2 députés LIOT (Olivier Serva et Estelle Youssouffa) et 2 députés non-inscrits (Véronique Besse et Daniel Grenon).
 


La seconde motion de censure a été déposée par Marine Le Pen et Éric Ciotti et n'a recueilli que les suffrages des deux groupes d'extrême droite, soit 142 voix seulement (scrutin public n°5155), dont 122 RN, 16 ciottistes, 2 LR (François-Xavier Ceccoli et Alexandra Martin) et 2 non-inscrits (Véronique Besse et Daniel Grenon). Elle a été rejetée à 12 heures.

À 12 heures 35, le Premier Ministre Sébastien Lecornu a pris la parole à la tribune pour annoncer, sans surprise, de nouveau l'utilisation de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution. Il a engagé en effet « la responsabilité du gouvernement sur la seconde partie du projet de loi de finances pour 2026, relative aux dépenses, ainsi que sur l’ensemble du texte ». De nouvelles motions de censure pourront donc être déposées dans les vingt-quatre heures et seront probablement examinées le 27 janvier 2026.

Au-delà de la simple procédure très formelle (dès lors que les socialistes ont annoncé qu'il ne voterait pas les motions de censure relatives au projet de loi de finances pour 2026, il n'y a pas de suspense), voici quelques extraits intéressants de l'intervention des orateurs au cours de cet examen des deux motions de censures.

Éric Coquerel, président de la commission des finances, a défendu la motion de censure de la gauche non socialiste en n'ayant pas peur de tomber dans l'excessif : « Tout dans ce budget est escroquerie. Alors honte à ceux qui l’ont voulu et conçu ainsi ; honte également à ceux qui permettraient que cette escroquerie s’accomplisse. (…) Votre budget pour 2026 ne va rien arranger. Pire, il nous place dans l’incapacité de répondre aux exigences de l’heure et de l’époque. Je parle là d’un basculement : celui d’une domination capitaliste qui passait par le libre-échange, et passe maintenant, avec Donald Trump, par un affrontement entre blocs politico-économiques. (…) Votre budget aggrave tout et ne résout rien. Il sera mauvais pour le pays. Oui, mais dites-vous, il vaudrait mieux ce budget que pas de budget du tout. ».

Après avoir fustigé l'action du gouvernement, le député insoumis a insisté sur la responsabilité des socialistes, dans une envolée toujours aussi excessive :
« Ici, ce sont trente voix qui ont manqué à votre chute. C’est peu ; c’est le groupe socialiste. De ces parlementaires dépendra de nouveau le sort de notre motion. (…) Olivier Faure a dit il y a peu que son parti était le seul à s’être montré utile dans la période. Utile, vraiment ? Voyons voir. Utile pour ne pas avoir censuré François Bayrou en février 2025 en échange d’un conclave qui n’a rien donné et de 4 000 postes d’enseignants, toujours supprimés en 2026 ? Utile pour ne pas avoir censuré Sébastien Lecornu en octobre, évitant le retour aux urnes, ce dont nous voyons maintenant le résultat ? Utile pour avoir adopté un simple décalage de la réforme des retraites, faisant ainsi voter pour la première fois à l’Assemblée le principe même du recul de l’âge de la retraite à 64 ans, sans compter près de 4 milliards d’euros de coupes budgétaires sur les hôpitaux ? Utile pour prétexter des reculs gouvernementaux sur des mesures que de toute façon il n’avait plus dans sa musette ? L’indexation du barème de l’impôt sur le revenu (IR) et le maintien de l’abattement de 10% en faveur des retraités avaient déjà été votés par le Parlement. Utile pour le repas à 1 euro en faveur de tous les étudiants pour un coût de 80 millions d’euros ? Certes, mais ils subiront 195 millions de coupes budgétaires sur deux ans dans les crédits du programme Vie étudiante. Utile, une prime d’activité de 50 euros de plus ? Certes, mais les crédits de la mission Solidarité baissent toujours de 418 millions et ceux de la mission Travail de 25% en deux ans. Utile pour 800 postes supplémentaires d’accompagnants d’élèves en situation de handicap à 25 millions ? Mais tout le monde sait que tant que ces AESH n’auront ni un vrai statut, ni une vraie valorisation salariale, ces postes seront souvent non pourvus. Et les 4 000 postes d’enseignants supprimés ? Ils le sont toujours. Utile, le renoncement à 200 millions d’économies sur les aides personnalisées au logement (APL) ? Certes, mais le budget du logement continue à diminuer de 714 millions d’euros. (…) Voilà la préfiguration de ce que fera le gouvernement les mois à venir à partir d’une coalition allant du bloc macroniste à l’extrême droite, si nous ne le censurons pas. Les textes racistes, ultralibéraux et dangereusement répressifs adoptés hier sous l’œil complice de ce gouvernement en sont un avant-goût. Laisserez-vous faire ? Députés de l’opposition qui ne voteriez pas la censure, il ne s’agirait pas d’utilité, mais de complicité, que la population paierait par dix-huit mois supplémentaires de politique macroniste. ».

Ensuite, Marine Le Pen a défendu la motion de censure déposée par les groupes d'extrême droite : « L’annonce de mardi dernier sonne comme la trahison du pacte solennel que vous aviez conclu, les yeux dans les yeux et quelques trémolos dans la voix, avec la représentation parlementaire et le pays. Vous aviez même scénarisé avec Emmanuel Macron un vrai faux départ pour attester de la pureté de votre démarche. Certains ont eu la gentillesse, en réalité, la faiblesse, de vous croire. Sans scrupule, vous passez outre en donnant le spectacle de ce que la politique produit de pire : l’insincérité, le calcul, la manœuvre et finalement le reniement. (…) Vous avez échoué politiquement car la seule majorité que vous avez trouvée est une majorité de députés qui tremblent de retourner aux élections. ».

L'ancienne candidate RN a eu le toupet d'évoquer De Gaulle, lui qui avait été combattu durement par son père à l'époque de l'OAS : « Le Général De Gaulle, dont j’ai cru à tort qu’il était votre référence politique et morale, aurait, je crois, durement jugé un gouvernement qui se maintient avec des artifices parlementaires, en dehors de toute logique et même d’ailleurs en dehors de toute raison. Votre démarche est purement, je dirais même dramatiquement, politicienne. Votre démarche n’est pas de sauver une majorité : il n’y en a pas. Ce n’est pas de sauver un projet : il n’y en a pas. Ce n’est pas de sauver le pays : il ne demande que votre départ. Dans cette sinistre affaire, il ne s’agit en réalité que de préserver l’illusion d’un pouvoir élyséen qui ne veut pas admettre sa dissipation et même son naufrage. Il ne s’agit également, et c’est peu glorieux, que de préserver les intérêts individuels d’une poignée de députés dont le niveau de popularité est inversement proportionnel à leurs exigences budgétaires et qui savent que le seul désir des électeurs, y compris les leurs, c’est de les voir partir. C’est pour cela qu’ils refusent de nouvelles élections. Comment les gaullistes autoproclamés de cet hémicycle peuvent-ils se prêter à ce jeu peu glorieux ? Ils ne m’en voudront pas de rappeler que, dans la doctrine gaullienne, les arrangements de couloirs ne confèrent que très peu de légitimité et encore moins de respect, mais beaucoup de discrédit et de mépris. Dans la démocratie française, et tout particulièrement sous la Ve République dont le Général De Gaulle est le père, il n’est d’autre légitimité que celle venant du peuple. J’ajoute que si l’utilisation du 49.3 est, en l’espèce, formellement légale, elle est vraisemblablement contraire à l’esprit du texte constitutionnel et, de manière sûre, à la pratique gaullienne. Or en démocratie, il n’y a pas que la loi, il y a aussi l’esprit de la loi. ».

Sur ce plan institutionnel, Marine Le Pen a dit là n'importe quoi car cette utilisation de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution était justement dans l'esprit de la pratique gaullienne des institutions, afin de permettre au gouvernement de gouverner face à une Assemblée divisée et sans majorité (c'était d'ailleurs l'hypothèse de travail en été 1958, l'absence de majorité, d'où la possibilité de ces outils constitutionnels parfaitement dans l'optique institutionnelle de De Gaulle). C'est ce que le chef du gouvernement allait affirmer dans le débat. Le RN voudrait retourner sous la Quatrième République, du reste comme les insoumis, car ce serait le meilleur foutoir possible. Heureusement, De Gaulle nous a préservés de cela.

Marine Le Pen a fustigé, elle aussi, le Premier Ministre, non sans incohérence dans l'argumentation, puisqu'elle critique l'autoritarisme du gouvernement tout en reconnaissant qu'il n'a aucun pouvoir : « Parler de pouvoir serait présomptueux (…) est, dans les faits, illégitime et il l’est triplement. Il est illégitime parce que vous vous étiez engagé à vous retirer en l’absence de majorité mais vous vous maintenez avec des artifices. Il est illégitime parce que votre fonction ne repose plus sur l’adhésion mais sur des combinaisons. Il est fondé sur un bricolage. Il est illégitime puisque, ayant vous-même acté que votre gouvernement n’avait pas de majorité, vous n’êtes plus appelé à gouverner mais tout juste à expédier les affaires courantes. Votre ministère est fondé sur une promesse d’impuissance. Alors à quoi sert de rester si ce n’est pas pour gouverner ? ».

Et de décrire ce non-pouvoir : « Depuis votre nomination, vous n’avez pas rempli d’autres fonctions que celle de greffier parlementaire, compilant les exigences improbables, souvent toxiques et toujours ruineuses, de députés en sursis et de forces politiques en lambeaux. Les mois qui vont suivre vont être une descente aux enfers politiques, pour vous, pour ceux qui vous auront maintenu de cette façon, mais surtout, et c’est bien plus grave, pour le pays. Dans ce jeu malsain, vous n’avez même pas pris la mesure du désarroi des forces vives du pays, des forces économiques et sociales qui vous abjurent, dans l’intérêt général, de faire cesser le supplice. Le plus gros reproche que l’on puisse vous faire, c’est qu’à tous les problèmes de la France, que vos amis ont créés et que vous laissez filer, vous ajoutez un problème institutionnel et même démocratique. Vous aggravez le discrédit de la parole publique et, vous l’avouerez, le pays n’en a pas besoin. Votre projet (…) est un Tchernobyl budgétaire, une chape de béton sous laquelle vous avez tenté de cacher des éléments hautement radioactifs. ».

En dehors des effets de manche, Marine Le Pen n'a rien proposé de constructif pour le budget de la nation. Elle a laissé la parole à l'orateur socialiste, le plus crucial, à savoir Laurent Baumel : « J’ai la charge ce matin d’expliquer à cette tribune les raisons pour lesquelles le groupe Socialistes ne s’associera pas à la motion de censure de nos collègues de la France insoumise. Il s’agit bien d’une charge, puisque l’organisation de la discussion de la motion de censure un vendredi matin n’a arraché à leur circonscription que les députés qui vont la voter. Je suis donc conscient de m’adresser à un auditoire hostile. Toutefois, au lendemain d’une vingtaine de cérémonies de vœux dans une circonscription représentative des diversités françaises, j’ai aussi la conviction que ce que je vais dire est largement compris et partagé dans le pays. La censure n’est ni une routine ni un jeu. Nous ne sommes pas sortis de la Ve République en juillet dernier, au point de revenir à la République précédente, où des mouvements d’humeur parlementaires pouvaient faire tomber les ministères dans l’indifférence générale. Dans la France de 2026, tous les corps intermédiaires et tous les citoyens ressentent la nécessité d’un pouvoir exécutif solide et stable, capable de donner des impulsions, capable de prendre des décisions, d’agir et de protéger la nation face au désordre du monde. Dans la France de 2026, un gouvernement qui tombe, c’est une crise politique. ».

Le député PS a lâché le plus important : « Personne ne peut sérieusement croire à la possibilité de vivre une année entière sous l’empire d’une loi spéciale, qui permet certes de payer les fonctionnaires mais n’offre aucun cadre juridique pour la distribution des dotations et des subventions, ainsi que le financement des mesures nouvelles dont nous avons besoin chaque année. Pour priver la France de gouvernement et de budget en 2026, il faut donc des raisons sérieuses. ».

Il a ensuite précisé que les socialistes avaient déjà fait sauter deux gouvernements : « Nous avons fait tomber Michel Barnier en décembre 2024, parce que sa nomination même et sa complaisance à l’égard du Rassemblement national nous sont apparues comme une négation du front républicain. Nous avons fait tomber François Bayrou en septembre 2025, parce que son inaptitude avérée au dialogue, teintée de condescendance méprisante à notre égard, exigeait de mettre un point final à cette deuxième erreur de casting. ».

Pour expliquer la différence avec la méthode Lecornu : « Le recours au 49.3 sur la copie finale du projet de loi de finances, rendu nécessaire par la conjonction des votes hostiles à toute idée de budget négocié, est certes dommageable, mais n’annule pas rétrospectivement le bénéfice de la démarche de correction parlementaire du budget. Peut-être avons-nous vu émerger, au passage, une version plus intelligente du parlementarisme rationalisé, dont gagneront à s’inspirer les futurs Présidents de la République et Premiers Ministres, même lorsqu’ils disposeront à nouveau d’une majorité. De fait, la combinaison des votes et des négociations nous a permis d’introduire des inflexions substantielles dans les deux textes budgétaires de l’année 2026. (…) Ce budget est-il encore le budget macroniste que nous nous apprêtions à censurer lorsque François Bayrou a choisi, en septembre dernier, de précipiter sa chute ? Assurément, non ! Avec la surtaxe maintenue sur les très grandes entreprises, la réindexation des barèmes et prestations sur le coût de la vie ainsi que les hausses de crédits que j’ai évoquées, il est devenu un budget de compromis, où chacun peut retrouver la trace de ses défaites et de ses victoires. Dans un contexte où le tripartisme pourrait différer plus longtemps que vous ne le pensez le retour des majorités absolues, il se pourrait bien que les semaines que nous venons de vivre aient constitué les premiers pas nécessaires dans l’apprentissage collectif de la culture des concessions réciproques, à laquelle sept décennies de monarchie républicaine ne nous avaient pas préparés. ».

Le pragmatisme du PS s'est résumé à la comparaison entre l'adoption d'un budget de compromis (qui n'est l'idéal d'aucun groupe politique) et la situation du pays en cas de nouvelle censure : « Que pouvons-nous proposer de mieux à ces étudiants ou ces femmes ? Une motion de censure conduisant peut-être à une dissolution puis à des élections législatives qui, à défaut d’amener tout de suite une majorité absolue de gauche, créeront peut-être une nouvelle crise, obligeant peut-être le Président de la République à démissionner, provoquant ainsi une élection présidentielle, qui sera peut-être remportée par un candidat de gauche qui, après une nouvelle dissolution, disposera peut-être d’une majorité absolue et pourra peut-être augmenter davantage la bourse de ces étudiants et les revenus de ces femmes ? Je respecte les collègues qui développent ce type de raisonnement. Ils s’inscrivent dans une tradition bien connue de la gauche, qui mise sur l’approfondissement des contradictions pour faire advenir les grands soirs. Pour ma part, je préfère la nôtre, la tradition du socialisme démocratique, qui inscrit sa volonté de transformation sociale dans le monde tel qu’il est et qui cherche les chemins et les voies pour offrir, ici et maintenant, des avancées aux classes populaires et moyennes que nous sommes censés défendre. (…) Ce matin, nous choisissons de mettre un point final à cette discussion budgétaire, sans enthousiasme, sans lyrisme mais sans honte, sans culpabilité et avec la satisfaction d’avoir fait notre travail d’hommes et femmes de gauche, d’avoir entendu l’appel du pays, en bref, d’avoir essayé d’être fidèles à ce qu’un peuple peut attendre de ses élus dans une démocratie représentative digne de ce nom. ».

Le député LR Nicolas Ray a répondu par, là aussi, une bienveillante neutralité, qui a pour nom l'esprit de responsabilité : « Depuis la dissolution funeste de 2024, aucun groupe de cet hémicycle ne peut imposer son programme. C’est un fait : il n’y a pas de majorité dans cette assemblée. C’est le résultat des élections législatives de 2024 ; c’est le choix des Français que nous devons tous respecter. Alors, plutôt que de faire preuve d’opposition systématique ou de pratiquer le blocage permanent, regardons précisément le contenu de ce texte budgétaire. (…) Ce budget reste imparfait et contient encore trop peu d’économies. Pourtant, la France a urgemment besoin d’un budget. (…) Quand tout est menaçant autour de nous, la responsabilité ne peut plus être une option ; elle est une exigence, un impératif, une nécessité. ».

Nicolas Ray a notamment fustigé le comportement irresponsable et incohérent de l'extrême droite : « Je m’étonne que le Rassemblement national s’oppose à [la] surtaxe [de l'impôt sur les société] de 7 milliards, puisqu’il a voté avec La France insoumise 36 milliards d’impôts nouveaux sur nos entreprises. Comment pouvez-vous dénoncer l’excès d’impôts, alors que vous avez voté la fiscalisation des pensions alimentaires, l’augmentation de la charge fiscale sur nos médecins, l’intégration de l’assurance-vie dans l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) et la suppression de la réduction Madelin pour nos PME ? Derrière les discours d’estrade et les slogans, la réalité des votes a parlé : chacun pourra vérifier chaque vote. ».

Le député écologiste Benjamin Lucas a confirmé son opposition aux arguments socialistes : « Le compromis n’est pas possible puisque ce budget va aggraver les inégalités, supprimer des postes d’enseignants alors que les classes sont déjà surchargées, instaurer une taxe sur le vapotage, qui permet à nombre de nos concitoyens de sortir de la dépendance au tabac, taxer ceux et celles qui contestent en justice un licenciement abusif, ou encore diviser par deux les crédits du pass’sport. Les exemples sont nombreux. À mes amis et camarades socialistes, je réponds que quelques non-reculs ne font pas une avancée. ». La ministre Amélie de Montchalin s'est insurgée avec cette tirade factuellement fausse puisque plusieurs mesures citées ne font pas partie du texte budgétaire soumis aux députés. Le chef du gouvernement aussi s'est scandalisé : « Trois exemples et ils sont tous faux ! Bravo ! ».

Benjamin Lucas a rejeté l'argument de la stabilité : « Il en va de la stabilité comme du cholestérol : il y a la bonne et la mauvaise. La stabilité d’une mauvaise politique, la stabilité d’une famille politique qui abîme la démocratie et la République, qui (…) est prête à toutes les compromissions pour accélérer ce qu’elle appelle pudiquement "l’union des droites" (…). Nous devons exiger du Président de la République la nomination d’un gouvernement du nouveau front populaire pour proposer ici, à l’Assemblée Nationale, les compromis qui permettront la justice sociale, la transition écologique et qui feront advenir un nouveau souffle démocratique. ».

Le député MoDem Bruno Fuchs a annoncé son refus de voter la censure même si la version du texte budgétaire ne lui plaît pas :
« Nous regrettons les excès des uns dans l’impôt et le manque de courage des autres dans la baisse des dépenses publiques. Avec plus de 3 000 milliards d’euros de dette, les efforts non réalisés aujourd’hui seront bien plus douloureux et bien plus violents demain pour nos concitoyens. À trop chercher les chemins de la facilité en 2026, c’est l’avenir de nos enfants que nous hypothéquons. Depuis le début de l’examen du projet de loi de finances, nous avons toujours défendu la même approche, celle du dialogue et de la recherche de compromis. Le pire serait en effet de ne pas avoir de budget. ».

Pour le groupe Horizons, l'ancienne ministre Agnès Firmin Le Bodo a déclaré : « Nos désaccords avec ce budget sont profonds, parfois même structurants. Toutefois, jamais nous ne nous associerons à votre stratégie du chaos. Le coût d’une censure serait de fait considérable. Sur le plan financier, une instabilité politique prolongée fragiliserait la confiance des investisseurs. Sur le plan économique, l’absence de visibilité prolongée freinerait l’investissement et pèserait sur l’activité. Sur le plan institutionnel, elle donnerait l’image d’une des plus grandes puissances mondiales incapable de se doter d’un budget. ».

Le député EPR Nicolas Metzdorf s'est moqué des auteurs des motions de censure : « Aux auteurs de ces motions, il faut reconnaître une chose : ils sont constants. Constamment indignés, constamment outrés, constamment en colère, constamment prêts à renverser la table, à condition de ne jamais avoir à remettre la nappe. (…) Dans l’esprit de nos institutions, la censure suppose une solution alternative, une majorité, un projet et surtout un sens aigu de la responsabilité nationale. Que constatons-nous aujourd’hui ? Des motions déposées sans majorité, sans solution alternative crédible, sans projet commun, parfois sans même l’espoir secret de réussir. Ce ne sont pas des motions pour gouverner, ce sont des motions pour exister. Du côté de La France insoumise, on censure par principe. Le gouvernement propose : on censure. Il recule : on censure. Il consulte : on censure. Il ne fait rien : on censure. Mélenchon tousse ? On censure. À ce rythme, chers collègues, l’existence elle-même, si elle n’était pas jugée assez révolutionnaire, finirait par être censurée. Chez vous, la censure n’est plus un moyen, c’est une idéologie, un automatisme, une posture. Vous ne cherchez pas à améliorer, vous cherchez à abattre ; vous ne cherchez pas à convaincre, vous cherchez à bloquer ; vous ne cherchez même pas à gouverner, mais à empêcher les autres de le faire. La radicalité, chez vous, ne constitue plus une exigence morale, c’est une paresse politique. Quant au Rassemblement national, il censure au nom de la protection des Français. Vous prétendez incarner l’ordre, la stabilité, la responsabilité, mais quand vient le moment de choisir entre celle-ci et le chaos, vous choisissez le chaos. (…) Ces motions ne sont pas des actes de courage : ce sont des actes de confort politique. Elles permettent de dire non sans jamais dire comment, de s’indigner sans jamais assumer, de parler fort sans jamais agir juste. C’est la politique du bras levé d’un côté, du poing sur la table de l’autre, mais les deux mains dans les poches. ».

Enfin, le Premier Ministre Sébastien Lecornu s'est exprimé en dernier : « Depuis l’automne, le gouvernement se tient à un choix clair, assumé, transparent : celui de faire confiance aux débats parlementaires, de ne pas recourir par réflexe aux instruments les plus contraignants de notre Constitution. Celui de croire que le débat, l’amendement, la négociation pouvaient permettre d’aboutir, même sans majorité acquise d’avance. Ce n’était pas une tactique. C’est une conviction, et cette conviction a été confirmée par les faits. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale a été adopté, des compromis ont été trouvés, des désaccords ont été tranchés. La preuve a été faite qu’en laissant le Parlement aller au bout de son travail, l’essentiel pouvait être décidé. N’en déplaise à certains, cela a fonctionné. C’est précisément parce que cela a fonctionné que s’est installée l’illusion que le temps pouvait se substituer à la responsabilité, l’absence de décision devenir une méthode, que l’État continuerait d’avancer sans que personne n’ait à assumer le moment d’un choix, le moment du choix. Progressivement, le débat s’est figé. ».

Et de faire une petite leçon institutionnelle : « Mesdames et messieurs les députés, c’est à ce moment précis que la mécanique institutionnelle de la Ve République reprend sans doute tout son sens. Madame la présidente Le Pen, n’est pas gaulliste qui veut. Notre Constitution n’a jamais été conçue pour organiser l’indécision, encore moins touchant les affaires budgétaires. Elle n’a jamais prévu que l’usure du temps remplace la clarté du choix. Elle repose sur une idée simple : quand le débat ne permet plus de conclure, quelqu’un doit assumer. L’engagement de la responsabilité du gouvernement ne doit constituer ni une facilité ni un raccourci ; il est un instrument de dernier recours, pour ne pas dire de dernier secours. (…) Je veux le dire avec gravité, sans détour : si le gouvernement a engagé sa responsabilité, ce n’est pas parce qu’il voulait décider seul, mais parce qu’à un moment donné, sur ces bancs, trop nombreux se sont retrouvés ceux qui ne voulaient pas décider du tout. Là se situe peut-être la rupture historique que nous vivons. Pour la première fois depuis longtemps, le Parlement ne peut dire qu’il a été privé de son pouvoir. Il a eu le temps, il a eu les textes, il a eu les chiffres, il a eu les marges de discussion ; il a eu, en décembre, la démonstration concrète qu’une issue était possible. Aujourd’hui encore, ce n’est pas au gouvernement que revient le dernier mot, mais à vous, par les deux motions de censure présentées et les scrutins qui les suivront. C’est cela, la vérité institutionnelle de notre Constitution : ce n’est jamais la fin de la démocratie parlementaire, c’est le moment où la démocratie oblige chacun à assumer jusqu’au bout ses choix, y compris celui de ne pas choisir. (…) Après 350 heures de débat, tout a été dit, ou presque, sur les questions budgétaires. (…) Ce texte n’est pas le texte initial du gouvernement. C’est un texte issu du compromis. Un texte travaillé, modifié, ajusté, parfois au prix de renoncements pour le gouvernement lui-même, pour tenir compte des discussions et des équilibres recherchés dans cet hémicycle. C’est précisément ce qui le rend aujourd’hui si inconfortable pour certains : il n’est le texte de personne. Ou plutôt, il est un peu le texte de tout le monde. (…) Le gouvernement est lucide : il a fait, de bonne foi, du mieux qu’il pouvait avec les mille contraintes qui pèsent sur lui. ».

La leçon pour l'avenir de l'article 49 alinéa 3 : « Les institutions de la Ve République ne sont pas en cause. Elles ont tenu. Elles ont fonctionné comme le constituant l’avait prévu. Elles ont permis le débat, puis la décision. La question n’est pas de savoir s’il faut sauver nos institutions, mais de savoir si nous sommes prêts, individuellement et collectivement, à être à la hauteur de celles-ci. Je n’ai pas engagé la responsabilité du gouvernement pour contourner les institutions de la Ve République ; au contraire, je l’ai fait pour les protéger. Mais aucune institution, aussi solide soit-elle, ne peut fonctionner durablement si celles et ceux qui l’incarnent renoncent à leur propre responsabilité. Les recours à l’article 49, alinéa 3 ne pourront plus être utilisés demain comme avant. Ils ne pourront plus être un réflexe. Ils ne pourront plus être une facilité. Ils seront désormais ce qu’ils sont par leur nature initiale : l’ultime réponse à l’impossibilité de conclure après avoir, de bonne foi, tout essayé. L’inverse est tout aussi vrai. Le blocage permanent, la désertion du compromis, la fatigue organisée de l’effort collectif ne peuvent pas devenir la norme de notre vie parlementaire. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
PLF 2026 : rejet des deux motions de censure pour le volet recettes.
PLF 2026 : finalement, l'article 49 alinéa 3 !
La grande clarification.
Allocution du Premier Ministre Sébastien Lecornu le 16 janvier 2026 à Matignon (texte intégral et vidéo).
Traité Europe-Mercosur : ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain...
Rumeurs persistantes de dissolution...
Qu'a fait Michel Barnier ?
Vœux 2026 d'Emmanuel Macron.
Adoption définitive du PLFSS 2026 : la réforme des retraites est suspendue !
Adoption du PLFSS 2026 : une victoire de la méthode Lecornu !
PLFSS 2026 : un certain masochisme ?
La situation électorale à dix-huit mois de la prochaine élection présidentielle.
Sondage Elabe des intentions de vote à la présidentielle publié le 1er novembre 2025 pour BFMTV et "La Tribune Dimanche" (à télécharger).
Laure Miller.
Accords franco-algériens de 1968 : pas de quoi crier victoire pour le RN !
Roland Lescure.
Budget 2026 : les grandes manœuvres commencent !
Débat parlementaire du vendredi 24 octobre 2025 à l'Assemblée Nationale.
Au travail, les députés !
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François Bayrou et la victoire du tohu-bohu.
Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 8 septembre 2025 à l'Assemblée Nationale (texte intégral et vidéo).
Journée critique pour Bayrou... et la France !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 7 septembre 2025 pour Brut (vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 5 septembre 2025 sur RTL (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 4 septembre 2025 dans le journal de 20 heures sur France 2 (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 dans "Paris Match" (texte intégral).

Démission, destitution... Emmanuel Macron peut-il écourter son second mandat présidentiel ?
François Bayrou tend la main à toutes les forces politiques.
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 sur BFMTV (vidéo et texte intégral).
François Bayrou le combatif !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 31 août 2025 à la télévision (vidéo et texte intégral).
Déclarations du Premier Ministre François Bayrou le 29 août 2025 à Châlons-en-Champagne (vidéo).
4 conditions pour gagner la nouvelle bataille industrielle selon Bayrou.
Discours du Premier Ministre François Bayrou au Medef le 28 août 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
La question de François Bayrou.
Interview de François Bayrou au journal télévisé de 20 heures le 27 août 2025 sur TF1 (vidéo et texte intégral).
Requiem pour Bayrou : courageux ou suicidaire ?
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 25 août 2025 (vidéo et texte intégral).
La Bataille de Paris.
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
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Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Du grand Bayrou !
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.

 


 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260123-motions-de-censure.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/plf-2026-rejet-des-deux-motions-de-266240

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/23/article-sr-20260123-motions-de-censure.html


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17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 03:04

« Vous l'avez compris, l'avenir de la Nouvelle-Calédonie se joue aussi dans ce que nous ouvrons aujourd'hui et les travaux des prochains jours, mais ne repart pas de zéro. (…) Il nous faut parvenir à un accord pour sortir de l'incertitude déjà trop longue. » (Emmanuel Macron, le 16 janvier 2026 à Paris).





 


Après l'Accord de Bougival signé le 12 juillet 2025 (texte intégral de l'accord à lire ici), où en est-on sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie ? La première chose qu'il fallait faire d'un point de vue juridique, c'était de gagner du temps.

Normalement, il aurait dû y avoir de nouvelles élections des membres du Congrès (l'équivalent du Parlement de Nouvelle-Calédonie) et des assemblées de province organisées avant le 30 novembre 2025. L'Accord de Bougival a donné sept mois supplémentaires pour permettre d'aboutir à un accord sur les institutions de ce territoire.


Ainsi, malgré sa division, le Parlement a adopté la loi organique n°2025-1055 du 6 novembre 2025 visant à reporter le renouvellement général des membres du Congrès et des assemblées de province de la Nouvelle-Calédonie afin de permettre la poursuite de la discussion en vue d'un accord consensuel sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Elle a été promulguée par Emmanuel Macron et cosignée par Sébastien Lecornu (Premier Ministre), Laurent Nunez (Ministre de l'Intérieur) et Naïma Moutchou (Ministre des Outre-mer).

Son article premier reporte ainsi les échéances électorales « au plus tard le 28 juin 2026 ». En toute logique, cela a pour conséquence son article 2 : « Les fonctions des membres des organes du congrès en cours à la date de promulgation de la présente loi organique sont prorogées jusqu'au jour de la première réunion du Congrès nouvellement élu en application de la présente loi organique. ».

 


Une fois ce report juridiquement acquis, le gouvernement a pu mettre en place les conditions du dialogue pour l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Ainsi, le Président de la République Emmanuel Macron a convoqué et présidé une telle réunion ce vendredi 16 janvier 2026 à l'Élysée, en présence de la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet et du Président du Sénat Gérard Larcher. Le Premier Ministre Sébastien Lecornu était absent, mais en revanche, la Ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a participé à la réunion au nom du gouvernement. Les participants ont été invités à cette réunion le 15 décembre 2025.

Le chef de l'État (obligé de porter des lunettes de soleil « liées à un problème bénin ») a fait un court discours introductif à cette réunion (qu'on peut lire ici).

Il a d'abord remercié les participants et rendu hommage à leur courage : « Je suis heureux de vous retrouver et je vous remercie de votre présence, parce que je sais que c'est un long voyage pour beaucoup autour de la table et que vous avez accepté de vous éloigner de vos familles alors que ce sont les grandes vacances d'été en Nouvelle-Calédonie. Je vous remercie de ce temps pris et je veux aussi saluer le courage qui est le vôtre, parce que vous prenez des risques en venant aujourd'hui et l'avenir appartient aux courageux. Je regrette pour ma part qu'un des partenaires n'ait pas souhaité répondre à notre invitation, mais je respecte les voix de chacun et je souhaite qu'on puisse trouver pour l'avenir un chemin qui donne une place à tous. (…) La responsabilité de celles et ceux qui sont autour de cette table est grande et, pour moi, l'objectif, c'est qu'on trouve un chemin pour avancer. ».


Après avoir rapidement résumé la situation politique et institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie, Emmanuel Macron a évoqué les actions menées depuis la signature de l'Accord de Bougival en rendant un hommage appuyé à Manuel Valls : « De retour sur le territoire, conformément à l'engagement pris de présenter et défendre le texte en l'état de l'accord sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, les différentes délégations ont mené les consultations prévues par les instances et les choses ont pu ainsi avancer. Les ministres des Outre-mer se sont déplacés en Nouvelle-Calédonie. Manuel Valls, fin août, et je veux dire ici l'importance aussi de son engagement dans les travaux de Bougival, et Naïma Moutchou, en novembre. Une mission dite des facilitateurs, et je les en remercie tout particulièrement, s'est rendue ensuite sur place, du 1er au 4 décembre, composée de trois experts du dossier calédonien, dont Rémi Bastille, qui est présent parmi nous aujourd'hui, et la mission a reçu toutes les formations politiques qui ont rappelé leurs positions respectives. ».

Un référendum a même été envisagé pour ratifier l'Accord de Bougival, mais le projet de loi qui l'aurait permis a été suspendue en raison de la forte abstention lorsque le Congrès de Nouvelle-Calédonie a été amené à se prononcer sur le sujet.


Et de définir l'objectif de cette discussion : « Aujourd'hui, c'est un point d'étape visant à ouvrir de nouvelles perspectives politiques et une volonté de clarifier ce qui doit l'être, mais l'objectif n'est pas de repartir de zéro ou de réouvrir ce qui avait pu être clarifié. Bougival, si je puis dire, est notre domaine de vol. Comme vous pouvez le constater, le dialogue ne s'est jamais arrêté et avec l'ensemble des parties prenantes. Et je vous en remercie, pour vous qui êtes là, et je pense que les attentes sont fortes et que nous continuons d'écrire l'histoire par ces travaux et ce qui avance. ».

La concertation reste la ligne de conduite : « L'État souhaite continuer à avancer sur la stabilisation des institutions de la Nouvelle-Calédonie dans un dialogue respectueux de chacun, sans passage en force, mais sans paralysie non plus. La stabilisation des institutions permettra de donner des perspectives à la population, d'avancer aussi sur la reconstruction de la Nouvelle-Calédonie, et stabilité et renaissance économique et sociale vont de pair. (…) Je crois que vous avez ici conscience de la nécessité d'aller vite sur ce sujet, mais ce sujet ne peut aller vite que si on sait aller vite sur la question institutionnelle et la stabilisation. Il s'agit d'écouter et surtout d'entendre la parole de chacun, d'entendre les attentes de chacun sur les évolutions institutionnelles, et la parole de chacun sera entendue, écoutée et respectée. ».

L'idée est donc de compléter et préciser l'Accord de Bougival : « L'accord du 12 juillet est bien sûr un document de référence. Il a d'ailleurs fait naître un immense espoir en Nouvelle-Calédonie. C'est indéniable et c'est un document audacieux qui contient de nombreux éléments positifs. Il mérite certainement des éclaircissements, des clarifications, des explications, des interprétations de telle ou telle de ces dispositions. Et c'est, je crois, le cœur des travaux qui doit être conduit sous l'autorité de la ministre dès après la réunion de ce jour, et c'est pourquoi je souhaite vous entendre sur le contenu de cet accord. ».

Certes, ces réunions sont longues, mais le processus est intéressant, il est original, inédit et surtout, il se fait de manière apaisée, ce qui est essentiel après les émeutes de mai 2024. Tout le monde est-il de bonne volonté ? Tout le monde jouera-t-il le jeu de l'apaisement et du dialogue ? C'est le défi des prochaines semaines. Pour l'heure, le gouvernement, le Parlement et plus généralement la classe politique française se retrouvent dans ce point de bonne volonté pour faire de la Nouvelle-Calédonie un territoire autonome avec son identité, mais restant pleinement dans la République française.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nouvelle-Calédonie : où en est-on en ce début de l'année 2026 ?
Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 16 janvier 2026 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie le 12 juillet 2025 à l'Élysée (vidéo et texte intégral).

Texte intégral de l'Accord de Bougival signé le 12 juillet 2025 (à télécharger).
Accord de Bougival sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie : historique et original !
Émeutes en Nouvelle-Calédonie : l'enjeu, c'est la démocratie !
La messe est dite : la Nouvelle-Calédonie dit non à l’indépendance.
Nouvelle-Calédonie : jamais deux sans trois !
Bernard Pons.
Nouvelle-Calédonie : le vent du boulet ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 octobre 2020 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 octobre 2020 en Nouvelle-Calédonie.
Nouvelle-Calédonie : bis repetita ?
Jean-Marie Tjibaou fut-il un martyr de la cause kanake ?
Nouvelle-Calédonie : un timide oui pour la France.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 novembre 2018 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie.
Paris à l’écoute de la Nouvelle-Calédonie.
Discours du Président Emmanuel Macron le 5 mai 2018 à Nouméa.
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 5 décembre 2017 à Nouméa.
L’assaut de la grotte d’Ouvéa selon Michel Rocard.
Jacques Lafleur.
Dick Ukeiwé.
Edgard Pisani.
 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260116-nouvelle-caledonie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nouvelle-caledonie-ou-en-est-on-en-266058

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/17/article-sr-20260116-nouvelle-caledonie.html


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16 janvier 2026 5 16 /01 /janvier /2026 18:40

(verbatim et vidéo)



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260116-nouvelle-caledonie.html










DISCOURS SUR LA NOUVELLE-CALÉDONIE
DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EMMANUEL MACRON
LE VENDREDI 16 JANVIER 2026
À L'ÉLYSÉE À PARIS




16 janvier 2026
Propos introductifs du Président de la République lors de la Réunion sur le devenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.



Monsieur le Président du Sénat,
Madame la Présidente de l'Assemblée Nationale,
Madame la Ministre des Outre-mer,
Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Haut-Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie,
Monsieur le Président du gouvernement de Nouvelle-Calédonie,
Madame la Présidente du Congrès de Nouvelle-Calédonie, Présidente de la province,
Mesdames et Messieurs les représentants des groupes politiques siégeant au Congrès de la Nouvelle-Calédonie,
Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités.

Je suis très heureux de vous accueillir à l'Élysée et permettez-moi avant toute chose de vous présenter tous mes vœux, puisque janvier le permet encore, à vous-mêmes, à vos familles et à l'ensemble de celles et ceux que vous représentez.

Veuillez m'excuser pour ces lunettes qui sont liées à un problème bénin, mais je suis obligé de les porter pendant quelque temps. Vous allez me subir ainsi. Je disais que je suis heureux de vous retrouver et je vous remercie de votre présence, parce que je sais que c'est un long voyage pour beaucoup autour de la table et que vous avez accepté de vous éloigner de vos familles alors que ce sont les grandes vacances d'été en Nouvelle-Calédonie. Je vous remercie de ce temps pris et je veux aussi saluer le courage qui est le vôtre, parce que vous prenez des risques en venant aujourd'hui et l'avenir appartient aux courageux. Je regrette pour ma part qu'un des partenaires n'ait pas souhaité répondre à notre invitation, mais je respecte les voix de chacun et je souhaite qu'on puisse trouver pour l'avenir un chemin qui donne une place à tous.

Mais la responsabilité de celles et ceux qui sont autour de cette table est grande et, pour moi, l'objectif, c'est qu'on trouve un chemin pour avancer. Nous nous étions vus le 2 juillet dernier dans cette même salle et cette rencontre, dans un format inédit, avait marqué le coup d'envoi de travaux de réflexion, de négociation sur le futur statut du territoire. Je le rappelle, après que les trois référendums prévus par l'accord de Nouméa aient été organisés le 4 novembre 2018, le 4 octobre 2020 et le 12 décembre 2021, réaffirmant la place de la Nouvelle-Calédonie dans la République française.

Après les événements de mai 2024, nous avions décidé de reprendre les choses en bon ordre et, pendant dix jours, vous avez ardemment travaillé avec tous les partenaires, y compris ceux qui ne sont pas là aujourd'hui, qui étaient impliqués dans ce travail, le FLNKS, toutes ses composantes. Le 12 juillet, les délégations désignées par les partis politiques de Nouvelle-Calédonie ont trouvé un compromis sur le nouveau cadre institutionnel du territoire, connu sous le nom d'accord de Bougival. Comme je l'ai dit à l'époque, c'est un accord historique, et j'en remercie à nouveau l'ensemble des acteurs qui ont contribué.

De retour sur le territoire, conformément à l'engagement pris de présenter et défendre le texte en l'état de l'accord sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, les différentes délégations ont mené les consultations prévues par les instances et les choses ont pu ainsi avancer. Les ministres des Outre-mer se sont déplacés en Nouvelle-Calédonie. Manuel Valls, fin août, et je veux dire ici l'importance aussi de son engagement dans les travaux de Bougival, et Naïma Moutchou, en novembre. Une mission dite des facilitateurs, et je les en remercie tout particulièrement, s'est rendue ensuite sur place, du 1er au 4 décembre, composée de trois experts du dossier calédonien, dont Rémi Bastille, qui est présent parmi nous aujourd'hui, et la mission a reçu toutes les formations politiques qui ont rappelé leurs positions respectives.

Il avait un temps été envisagé une consultation préalable de la population calédonienne sur l'accord du 12 juillet, et ce aussi parce que des formations politiques au Parlement avaient exprimé la nécessité d'avoir un confort au moment où certains avaient exprimé leurs doutes ou étaient revenus en arrière, avaient repris leur parole du 12 juillet. J'ai constaté que le Congrès de Nouvelle-Calédonie avait certes émis un avis favorable, mais avec un grand nombre d'abstentions, et donc ce projet de loi a été suspendu à ce stade.

C'est dans ce contexte que je vous ai invité le 15 décembre dernier, vous, les représentants des groupes politiques présents au Congrès de Nouvelle-Calédonie, à une réunion afin d'apporter des clarifications à l'accord du 12 juillet et organiser un nouveau temps d'échange pour poursuivre le dialogue avec l'ensemble des partenaires. Donc aujourd'hui, c'est un point d'étape visant à ouvrir de nouvelles perspectives politiques et une volonté de clarifier ce qui doit l'être, mais l'objectif n'est pas de repartir de zéro ou de réouvrir ce qui avait pu être clarifié. Bougival, si je puis dire, est notre domaine de vol. Comme vous pouvez le constater, le dialogue ne s'est jamais arrêté et avec l'ensemble des parties prenantes. Et je vous en remercie, pour vous qui êtes là, et je pense que les attentes sont fortes et que nous continuons d'écrire l'histoire par ces travaux et ce qui avance.

Aujourd'hui, l'État souhaite continuer à avancer sur la stabilisation des institutions de la Nouvelle-Calédonie dans un dialogue respectueux de chacun, sans passage en force, mais sans paralysie non plus. La stabilisation des institutions permettra de donner des perspectives à la population, d'avancer aussi sur la reconstruction de la Nouvelle-Calédonie, et stabilité et renaissance économique et sociale vont de pair. Un très gros travail a été fait par Madame Durrieu, je l'en remercie avec son équipe, mais je sais qu'il a été nourri aussi de vos recommandations, de vos travaux. Il est transparent pour chacun. Je crois que vous avez ici conscience de la nécessité d'aller vite sur ce sujet, mais ce sujet ne peut aller vite que si on sait aller vite sur la question institutionnelle et la stabilisation. Il s'agit d'écouter et surtout d'entendre la parole de chacun, d'entendre les attentes de chacun sur les évolutions institutionnelles, et la parole de chacun sera entendue, écoutée et respectée.

L'accord du 12 juillet est bien sûr un document de référence. Il a d'ailleurs fait naître un immense espoir en Nouvelle-Calédonie. C'est indéniable et c'est un document audacieux qui contient de nombreux éléments positifs. Il mérite certainement des éclaircissements, des clarifications, des explications, des interprétations de telle ou telle de ces dispositions. Et c'est, je crois, le cœur des travaux qui doit être conduit sous l'autorité de la ministre dès après la réunion de ce jour, et c'est pourquoi je souhaite vous entendre sur le contenu de cet accord. Je souhaite également vous entendre sur le projet de pacte de refondation économique qui vous a été proposé par le Premier ministre le 5 décembre dernier. Et Mme Durrieu est là à nos côtés, directrice de la mission Nouvelle- Calédonie, présente aujourd'hui, de retour d'une mission de plusieurs jours dans votre territoire pour aussi pouvoir répondre aux questions qui pourraient être évoquées.

Je veux ici aussi et enfin remercier très sincèrement M. le Président du Sénat et Mme la Présidente de l'Assemblée Nationale, pas simplement pour leur présence aujourd'hui et aussi pour cette présence, mais pour leur implication depuis le début dans le dossier calédonien. Je sais qu'ils le font par attachement, avec beaucoup de sincérité, mais aussi je leur dis merci parce que le devenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie se jouera devant le Parlement dans les semaines et les mois qui viennent et impose leur implication, leur regard et leur sagesse.

Vous l'avez compris, l'avenir de la Nouvelle-Calédonie se joue aussi dans ce que nous ouvrons aujourd'hui et les travaux des prochains jours, mais ne repart pas de zéro. Donc il faut pouvoir repartir de Bougival pour faire ce travail additionnel et il nous faut parvenir à un accord pour sortir de l'incertitude déjà trop longue. Les Calédoniennes et les Calédoniens, le faire dans le respect, le faire dans la bonne volonté, mais le faire aussi avec un certain volontarisme qui seul doit nous permettre d'avancer. Je vais maintenant passer la parole à M. le Président du Sénat.

Emmanuel Macron, le 16 janvier 2026 à Paris.


Source : www.elysee.fr

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20260116-discours-macron.html

 

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