Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
18 février 2026 3 18 /02 /février /2026 03:32

« Ceux dont la personne qu'ils aimaient est morte en soins palliatifs sont contre l'euthanasie. Et ceux qui n'ont pas eu droit aux soins palliatifs, sont pour l'euthanasie. C'est à peu près aussi simple que ça. (…) Si vous voulez, pour moi, l'euthanasie, c'est vraiment une solution du passé, quoi. » (Michel Houellebecq, le 16 février 2026 sur LCI).



 


Les députés n'ont pas perdu de temps, et c'est assez regrettable lorsqu'il s'agit de légiférer sur la vie et sur la mort. En effet, alors que l'examen de la proposition de loi sur l'aide à mourir, autrement dit, sur l'euthanasie et le suicide assisté, en première lecture s'est achevée au Sénat le 28 janvier 2026 (par un rejet du texte), l'Assemblée Nationale a commencé à examiner ce texte en seconde lecture en séance publique à partir du lundi 16 février 2026, discussion parlementaire qui devrait se terminer le mardi 24 février 2026 par un nouveau vote solennel.

Indéniablement, il y a au sein de la représentation nationale de nombreuses forces de pression pour imposer par la force, celle de la majorité, le principe de l'euthanasie (et au-delà de la gauche, on peut citer au moins Emmanuel Macron, qui n'est pas parlementaire, et Yaël Braun-Pivet), alors que toutes les lois sur la fin de vie étaient jusqu'à maintenant des textes qui rassemblaient la quasi-totalité des parlementaires car il s'agit d'un sujet de conscience qui doit pouvoir être consensuel.

La chaîne d'information continue LCI a délaissé quelques minutes ses sujets de géopolitiques (Ukraine, Iran, etc.) pour organiser le lundi 16 février 2026 à 19 heures un débat diffusé en direct entre deux titans de la pensée contemporaine, Michel Houellebecq et Alain Finkielkraut sur ce délicat et très sensible sujet de l'euthanasie.

En fait de deux géants, on avait plutôt l'impression d'un duel de nains, l'un, grand écrivain qui avait une réactivité à l'oral proche de zéro, mais était capable d'exprimer une grande émotion (par exemple, lorsqu'il décrivait une amie proche de sa fin de vie qui voulait absolument se maquiller tous les jours), l'autre, académicien à la pensée autonome reconnue, empêtré dans ses tourments. Aucun des deux n'est allé très loin dans son argumentation qui méritait pourtant d'être écoutée. Toutefois, Michel Houellebecq a quand même gagné ce match d'intellectuels, une victoire à la Pyrrhus, par défaut de combativité mutuel, et pour une fois, le Prix Goncourt ne semblait ni antipathique ni hors-sol, au contraire, il avait un discours empathique assez surprenant de l'amoureux de la vie.


Pour mettre les choses au clair, j'apprécie Alain Finkielkraut (qui a 76 ans) car il donne à réfléchir mais j'ai du mal à le suivre sur beaucoup de sujets, alors que j'adore Michel Houellebecq (qui va fêter ses 70 ans le 26 février prochain), plus l'écrivain (énormément) que la personne (qui fait ce qu'il veut, et peut faire ce qu'il veut), mais j'apprécie beaucoup qu'il aille au front pour s'opposer à l'euthanasie car sa parole porte et que je suis très inquiet par la tournure des événements.
 


Michel Houellebecq a d'ailleurs insisté pour dire que la réflexion sur l'euthanasie n'a rien à voir avec une idéologie ou une religion (il est lui-même agnostique), mais avec une expérience personnelle très sensible. L'un de ses derniers livres, très volumineux (pour une fois), "Anéantir", sorti le 7 janvier 2022 chez Flammarion, décrit d'ailleurs la descente vers la mort d'un personnage atteint du cancer de la mâchoire. Il y a donc consacré une œuvre, et pas la moins importante ni la moins originale.

Dans son argumentation, Houellebecq a rappelé les deux raisons qui feraient demander l'euthanasie. D'une part, on refuse la souffrance physique ; d'autre part, on veut mourir chez soi et pas à l'hôpital : « Il y a deux désirs qu'expriment les gens. Le premier, pas avoir mal. Le second, rester chez eux. Mourir chez eux. Vous pouvez consulter tous les mourants, ils vous diront pareil. ».


Or, aujourd'hui, la médecine est capable de dompter la douleur physique. Par conséquent, pour lui, l'euthanasie est une « solution du passé », de l'époque où il n'existait pas de soins palliatifs qui, eux, sont la solution d'avenir : « C'est l'autre sujet de l'autre proposition de loi, qui a été votée à l'unanimité, et à mon avis, ça suffit, on peut s'arrêter là, et même, il faut s'arrêter là, je pense. ».
 

Car il a clamé, avec une confirmation de la docteure Claire Fourcade, grande spécialiste des soins palliatifs : « La douleur physique peut être vaincue. Dans tous les cas. Ça, il faut vraiment le savoir ! Parce que je pense que ça reste le point fondamental, la douleur physique. ».

De son côté, Alain Finkielkraut est resté très mesuré, et pas du tout militant même s'il voterait favorablement le texte de la loi : « J'aborde le sujet dans la crainte et le tremblement, avec modestie et sollicitude. (…) J'arrive à l'automne de ma vie et je n'ai envie ni de mourir trop tôt, ni de mourir trop tard. ». Il a du reste exprimé sa crainte d'avoir une maladie neurodégénérative : « Les soins palliatifs ne peuvent absolument rien pour les maladies neurodégénératives (…). Alors, qu'est-ce que je vais faire ? ». L'euthanasie ou le suicide assisté : « Je ne vois pas là un recul de la civilisation. ».

Mais Michel Houellebecq a placé la question sur un autre registre : « Une des caractéristiques de l'Occident, auquel je suis attaché, a toujours été de faire confiance à la science et à la technique. En plus, la science médicale est une de celles qui progressent le plus rapidement en ce moment, quoi. Donc, il suffit parfois de laisser quelques mois de répit pour qu'on trouve un nouveau médicament. C'est une chose qu'il ne faut absolument pas négliger. (…) Alzheimer, effectivement, à l'heure actuelle, on ne peut pas le guérir. On peut le ralentir, et ralentir largement peut être suffisant pour trouver un traitement. (…) Vous ne pouvez pas dire qu'on ne peut pas la guérir. On peut, on pourra peut-être, il y a des gens qui passent leurs journées à ça, quand même. ».

Autrement que son expérience personnelle et ses idées philosophiques, Michel Houellebecq a évoqué un problème majeur pour l'euthanasie : « Il faut que quelqu'un le fasse, tuer la personne. (…) Le cas des médecins doit être abordé. Ils ne sont pas là pour ça, si vous voulez. Ce n'est pas leur métier. C'est même à peu près le contraire, quoi. (…) Ça me semble contre-nature d'un médecin, déjà. ».

L'argument philosophique de Michel Houellebecq est plus grave, la rupture de civilisation : « C'est une rupture beaucoup plus vaste, si vous voulez. Souvent, vers quoi on se dirige ? Bon, on a des seniors dynamiques, sportifs, férus d'activités culturelles. Bon, après, quand ça ne marche plus, on les parque dans les EHPAD qui sont des mouroirs, en fait, hein. Et quand l'EHPAD ne marche plus, bon ben, on les euthanasie. Et ensuite, pour les oublier complètement, eh ben, on... je ne sais plus si on dit incinération ou crémation, enfin, les deux ont des connotations désagréables. Voilà, donc, c'est une modification globale. (…) Et l'euthanasie est la clef de voûte de ce dispositif (…). C'est quand même une diminution du prix qu'on accorde à un être humain. C'est tout un processus. ».


Alain Finkielkraut n'a répondu que sur le rôle des médecins : « Quand un médecin ne peut plus aider à vivre, je crois qu'il est dans son rôle en aidant à mourir. Il s'agit vraiment d'une mort miséricordieuse. ». Mais invité à réagir à un texte signé entre autres par Michel Houellebecq : « Une société qui commence à organiser la mort de ses membres les plus vulnérables cesse peu à peu à la valeur intrinsèque de la vie humaine. », son partenaire de débat a au fond conforté Houellebecq en disant : « Là où je vais quand même dans le sens de Michel Houellebecq, c'est que j'ai pu lire dans le "Journal of Biothics" : "Les personnes sur le point de perdre leur identité morale ont le devoir de se supprimer afin d'éviter à leurs proches un lourd fardeau émotionnel et financier". Et ça, c'est très grave, car on peut se demander si les médecins demain ne seront pas invités voire incités dans une société soucieuse de ne pas creuser les déficits, justement à provoquer la mort des nonagénaires toujours plus nombreux, voire des personnes en situation de handicap. Donc, il faut des garde-fou, il faut mettre le hola, mais quand même, tenir compte de ces situations (…) de l'Alzheimer. ».

Autre argument de Houellebecq : « Bon, en général, c'est plutôt les proches qui veulent l'euthanasie, c'est assez rarement les malades, en fait. ». Et même si la proposition de loi insiste sur la volonté personnelle : « L'entourage peut être une pression. Je suis désolé de dire ces choses déplaisantes, mais c'est vrai. (…) Ce n'est pas uniquement pour l'argent, hein. C'est aussi parce que c'est un spectacle qu'il ne supporte pas. Euh, donc, ce n'est pas forcément intéressé. ».

Et contrairement à ce qu'a semblé dire Alain Finkielkraut, à savoir que les soins palliatifs sont synonymes d'être intubé seul à l'hôpital, Michel Houellebecq a souligné : « Attendez, les gens qu'on aime ont le droit de venir dans ces soins palliatifs. J'y suis allé. Je sais bien. Il y a même les chiens qui peuvent venir, c'est vraiment sympa. (…) Il y a des soins palliatifs à domicile. Ça, c'est la meilleure des solutions. ».

Enfin, dernier argument déployé par Houellebecq, c'est que les philosophes classiques, qui ne songeaient pas du tout à la possibilité d'une euthanasie comme c'est le cas dans nos sociétés, étaient généralement contre toute atteinte à la vie. En particulier Kant était contre le suicide. Étrangement, le philosophe Finkielkraut a peu répondu à tous ces arguments de Houellebecq, et les rares qu'il a proposés ont été rapidement démontés par son interlocuteur.

Il faut certes être patient dans l'écoute de Michel Houellebecq à l'élocution très lente, mais ce qu'il dit est teinté d'un très grand humanisme et d'une très grande foi à l'humain et à la vie. Écoutez-le parler de l'euthanasie, c'est très instructif. Il en avait parlé pendant une heure au début de l'examen en première lecture, le 3 avril 2025, ce qui est l'objet de la seconde vidéo proposée. Merci l'écrivain de tenir la résistance contre la culture de la mort qui serait irréversible dans nos sociétés.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Euthanasie 2026 (8) : Houellebecq vs Finkielkraut.
Michel Houellebecq.
Alain Finkielkraut.
Vincent Delahaye.
Saleté de cancer.
Euthanasie 2026 (7) : le rejet pluriel du Sénat.
Euthanasie 2026 (6) : et le Sénat débat de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir"...
Euthanasie 2025 (5) : Vincent Lambert et la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Vincent Lambert, meurtre d’État, euthanasie, soutien aux plus fragiles…
Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
Euthanasie 2025 (4) : adoption de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Euthanasie 2025 (3) : l'examen de la proposition Falorni à l'Assemblée.
Euthanasie 2025 (2) : l'inquiétude des religions.
Euthanasie 2025 (1) : quelle société humaine voulons-nous ?













https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260216-houellebecq.html

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/16/article-sr-20260216-houellebecq.html


.

Partager cet article
Repost0
7 février 2026 6 07 /02 /février /2026 19:33

« Je propose de remettre ma démission lors d’un prochain conseil d’administration extraordinaire. » (Jack Lang, le 7 février 2026).





 


Ce qui devait arriver est arrivé. La convocation du Quai d'Orsay ne sera pas honorée car l'ancien ministre ne viendra certainement pas dimanche à l'heure dite. Jack Lang a en effet donné sa démission de président de l'Institut du monde arabe (IMA) ce samedi 7 février 2026 dans l'après-midi. Elle est la conséquence d'une affaire dans l'affaire, de son implication dans l'affaire Epstein, pas dans les horreurs sexuelles du milliardaire américain, mais de ses relations amicalo-financières avec l'homme d'affaires.

Pourtant, il s'y était accroché comme une moule. Même sa fille Caroline Lang, qui avait immédiatement démissionné de tous ses mandats de représentation dans les milieux du cinéma (elle est une productrice), avait justifié le maintien de son père. Jack Lang en était à son quatrième mandat à la tête de l'Institut du monde arabe, en fonction depuis le 25 janvier 2013, nommé par François Hollande et reconduit par Emmanuel Macron. Déjà il y a treize ans, c'était un scandale car il avait déjà 73 ans. Qu'il le restât encore à 86 ans n'était plus un scandale mais une véritable anomalie républicaine, qu'on pourrait expliquer, semble-t-il, par le soutien qu'il a toujours eu de l'Arabie Saoudite, l'un des soutiens financiers les plus importants.

Le Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, son ministre de tutelle, a indiqué qu'il avait pris acte de cette décision (il devrait être politiquement rassuré par celle-ci car son maintien aurait été difficile à défendre) et a annoncé qu'il convoquerait le conseil d'administration de l'IMA sous les sept prochains jours pour désigner un président provisoire avant de désigner le successeur (« Je lance la procédure pour désigner son ou sa successeur à la tête de l’IMA. »).

 


Si je me suis réjoui qu'il cédât enfin la place pour prendre sa retraite (bien méritée ?), soit dit en passant, lui qui prend sa retraite à 86 ans, il a fait partie du gouvernement qui a institué la retraite à 60 ans pour tout le monde et, par conséquent, qui a plombé les finances de notre État pour les au moins cinquante voire cent années qui ont suivi, je reste malgré tout convaincu que Jack Lang est plus une victime collatérale de l'affaire Epstein qu'un des maillons essentiels de l'horreur sexuelle qui s'en dégage. Et il ne sera certainement pas le seul, en France ou ailleurs, car il faut le temps de lire, analyser, recouper les plus de 3 millions de documents mis en ligne par le Ministère américain de la Justice le 31 janvier 2026.

Pour autant, les versements d'argent ou les invitations (qui sont fiscalement considérées comme des avantages en nature tout autant à déclarer) sans que le fisc français n'ait été au courant paraissent effectivement bien douteux. Cela explique pourquoi le redoutable parquet national financier (PNF), celui qui a mis en accusation Marine Le Pen, a annoncé la veille, vendredi 6 février 2026, qu'il venait d'ouvrir une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravé » (les termes sont sévères) à l'encontre de Jack Lang et de sa fille Caroline Lang. La réaction de Jack Lang a été qu'il a accueilli cette annonce « avec sérénité et même soulagement » et qu'il collaborerait avec la justice pour « faire toute la lumière sur des accusations portant atteintes à ma probité et à mon honneur ».

Il avait beau se montrer inflexible et ferme sur son maintien à l'IMA, Jack Lang s'est retrouvé dans une situation impossible à gérer à cause de l'enquête financière sur le dos en plus de toutes les rumeurs. L'ancien ministre a été cité 673 fois et sa fille 948 fois dans les documents Epstein mis en ligne. En particulier, on peut lire un courrier de Jack Lang adressé à Jeffrey Epstein : « Cher Jeffrey, (…) votre générosité est infinie. » ou un autre : « Puis-je encore abuser ? » pour obtenir du milliardaire quelques aides de confort. On imagine, lui dont l'avarice n'a d'égal que son ego, lui qui naviguait entre plusieurs "amis" pour payer ses différentes notes de transports, d'hôtels ou de restaurants, qu'il était le pigeon idéal de Jeffrey Epstein !


Semaine terrible pour les Lang ! La justice suivra son cours et s'il y a eu délit, elle instruira, jugera et éventuellement sanctionnera. Jack Lang n'est que la face émergée d'une certaine aristocratie républicaine qui, pendant quelques décennies, s'est échangée et attribuée mutuellement postes, honneurs et avantages. À trop tirer sur la corde, elle casse. Ce n'est pas la première fois que l'IMA est présidé par un politique, c'est même une sorte de tradition puisque ont été président de l'IMA notamment Pierre Guidoni (1985-1986), Edgard Pisani (1988-1995), Camille Cabana (1995-2002), Yves Guéna (2004-2007), Dominique Baudis (2007-2011), et Renaud Muselier (2011-2013).
 


Je voudrais cependant évoquer une autre chose. On parle du président, mais on peut parler aussi de l'Institut du monde arabe dont certains issus principalement de l'extrême droite voudraient remettre en cause l'existence (car, vous comprenez, quand même, c'est un centre de culture pour les arabes, qui en plus fait la promotion de la langue arabe). L'IMA est situé près du Campus de Jussieu, dans le cinquième arrondissement de Paris.

J'ai eu la chance de visiter cet établissement à plusieurs reprises depuis ses débuts (il a ouvert ses portes le 30 novembre 1987), notamment pour certaines expositions temporaires sur la culture et la civilisation arabe (en particulier, une exposition très instructive sur l'apport déterminant de la civilisation arabe aux sciences), et j'ai toujours beaucoup apprécié ce lieu culturel. Il y a les expositions, mais aussi sa bibliothèque immense qui est très riche et très intéressante, avec des ouvrages très difficiles à obtenir par d'autres canaux (c'est une bibliothèque de référence en Europe), et même le bâtiment, conçu par l'architecte Jean Nouvel, vaut, à lui seul, le détour, très lumineux, calme, harmonieux, inspirant.

Au-delà du financement par le budget de l'État français, l'IMA est également soutenu financièrement par plusieurs pays de la Ligue arabe (ce ne sont donc pas seulement nos impôts). Par ailleurs, il faut rétablir une vérité : s'il l'a bien inauguré le 30 novembre 1987, François Mitterrand n'est pas à l'origine de ce projet qui a été lancé par son prédécesseur Valéry Giscard d'Estaing. La fondation servant à le financer a été créée dès le 28 février 1980 au siège du Ministère des Affaires étrangères, dont les statuts ont été approuvés par les ambassadeurs des pays fondateurs le 23 juin 1980 et qui a été reconnue d'utilité publique le 14 octobre 1980 par un décret du Ministre de l'Intérieur Christian Bonnet et du Ministre des Affaires étrangères Jean François-Poncet.

Cette démission de Jack Lang est une opportunité en or pour faire de l'Institut du monde arabe, pas un placard doré pour amis politiques à la retraite, mais un simple établissement culturel qui doit retourner à son objectif premier, sans frais inutiles, nous instruire et nous cultiver, pour le bien de tous.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jack Lang, la fin pitoyable d'une carrière.
Caroline Lang.
Affaire Epstein : et Jack Lang entre dans la danse...
Entre culture et imposture.

 



 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260207-jack-lang.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jack-lang-la-fin-pitoyable-d-une-266638

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/08/article-sr-20260207-jack-lang.html


.

Partager cet article
Repost0
5 février 2026 4 05 /02 /février /2026 20:05

« Un jour, Jeffrey nous a dit, à mon père et moi, qu'il voulait investir dans de jeunes artistes français et internationaux, pour les aider. » (Caroline Lang, le 2 février 2026 sur Mediapart).




 


Avant toute chose, insistons sur le fait que l'affaire Epstein a mis en lumière un vaste réseau de pédocriminalité absolument épouvantable ayant agressé, violé, traumatisé des milliers de jeunes adolescentes et que ces dernières sont évidemment les vraies victimes de Jeffrey Epstein, demi-milliardaire américain qui a réussi à multiplier ses relations mondaines partout dans le monde et dans toutes les disciplines, financières, politiques, scientifiques, culturelles, etc.

Et dans le cadre de cette affaire, la justice américaine vient de diffuser au public un nombre phénoménal de documents privés concernant les relations qu'entretenait l'homme d'affaires. Certains documents ont même dû être retirés d'urgence car ils contenaient les noms, coordonnées, comptes bancaires, etc. des victimes !

Parmi les nombreux noms cités, on retrouve Caroline Lang, 64 ans, et, plus connu, son père, Jack Lang, 86 ans. Des photos montrent même l'ancien Ministre de la Culture en compagnie du pédo-milliardaire posant devant la Pyramide du Louvre en 2019. Ces noms ont été jetés ainsi en pâture médiatique le 2 février 2026 par le site spécialisé en trash, à savoir Mediapart.

Si Jack Lang a toujours été un personnage public, et encore maintenant puisqu'il occupe une fonction très officielle, président de l'Institut du monde arabe (il serait convoqué très prochainement au Quai d'Orsay, son ministère de tutelle), sa fille Caroline, elle, n'est pas du tout une personnalité publique mais l'affaire Epstein a éclaboussée sa vie soudainement, car cette citation l'oblige désormais à s'expliquer, à se justifier.

 


C'est ce qu'elle a fait dans la soirée de ce jeudi 5 février 2026 sur la chaîne BFMTV. Pendant un peu plus d'un quart d'heure, elle a accepté de répondre aux questions d'un journaliste, même si, en fait, elle avait déjà préparé son laïus. C'est donc une femme certes souriante mais très mal à l'aise, très émue, qui s'est exprimée. Elle n'est pas une victime de Jeffrey Epstein, mais une victime collatérale de l'affaire Epstein.

Et qu'a-t-elle dit ? Caroline Lang a rencontré pour la première fois Jeffrey Epstein en 2012. C'est par l'intermédiaire d'une personne amie qu'elle connaissait depuis trente ans. Les trois avaient un point commun, leur amour de l'art contemporain. Elle a expliqué qu'en tout, elle a dû rencontrer une quinzaine de fois le milliardaire (fortune équivalente à un demi-milliard de dollars), et qu'elle n'a pas reçu un seul centime de lui. Ils se tutoyaient. Lui l'a considérée comme une amie intime, mais ce n'aurait pas été réciproque.

Néanmoins, l'homme devait avoir un charisme fou. Sa volonté d'avoir des relations avec tout ce que le monde comportait de personnalités intéressantes était énorme. Une sorte de milliardaire mondain assoiffé de culture et d'art, comme pour parfaire sa reconnaissance.

Lorsque sa sœur Valérie, actrice (et par ailleurs candidate suppléante du MoDem aux élections législatives de juin 2007), est morte le 22 juillet 2013 d'un cancer foudroyant, le choc fut rude pour Caroline (et ses parents) et Jeffrey Epstein a su trouver les mots et la présence pour les aider à passer ce cap psychologique.

En 2014, Jeffrey Epstein a avoué à Caroline Lang que sur Google, sa réputation pouvait être mauvaise. Sur BFMTV, la productrice de cinéma a donc raconté qu'elle n'avait trouvé qu'un seul article d'un journal de Floride qui évoquait une condamnation à dix-huit mois de prison pour avoir demandé à une jeune fille de 16 ans de le masser, et il n'a fait que treize mois de prison. En fait, c'était 14 ans et une tentative de viol. Pour Caroline Lang, il avait payé sa dette et il avait droit à une seconde chance. Elle a vraiment découvert le pédocriminel qu'en été 2019 lorsqu'il a été arrêté et incarcéré, et que fut connue l'étendue des dégâts, des milliers de victimes de viol alors qu'elles étaient mineures, dans un réseau savamment construit.

Pour expliquer son aveuglément, elle a donné une, à mon avis, mauvaise analogie, en comparant Epstein à Pélicot, deux personnalités capables de briller en société sans laisser croire qu'ils seraient des violeurs multirécidivistes.

Toujours est-il que la passion commune pour l'art contemporain a débouché sur un projet intéressant : en 2016, les avocats de Jeffrey Epstein ont créé une société aux Îles Vierges américaines avec une dotation de 1,4 million de dollar, avec Jeffrey Epstein et Caroline Lang pour demi-propriétaires. Cette somme, elle ne l'a jamais touchée car ce n'était pas l'objectif : elle devait servir à acquérir des œuvres d'artistes contemporains. Elle n'a su que ces derniers jours que les statuts de l'entreprise indiquaient qu'elle s'autodissoudrait en cas de décès de Jeffrey Epstein, de Caroline Lang... ou de Jack Lang. C'est la seule fois où était cité le nom de son père et elle n'est toujours pas parvenue à s'expliquer l'existence de cette mention.


Pourtant, il est assez facile d'imaginer que Jeffrey Epstein aimait nouer des relations et, avec son argent, rendre ses amis des obligés sur qui il auraient un ascendant. Ainsi étaient filmés ses amis en pleine action avec les adolescentes qu'il leur fournissait. Autant dire que le pouvoir d'influence pouvait être important. Caroline Lang a bien insisté : elle voyait des photographies de Jeffrey Epstein en pleine convivialité avec des grands de ce monde, en particulier Bill Clinton et Donald Trump. Quelqu'un qui a pour amis des Présidents des États-Unis ne pouvait pas être aussi sulfureux qu'on l'a su par la suite !

Quand elle a appris tout ce dont on l'a accusé, en 2019, elle a demandé à se retirer de cette société assez obscure et à ne rien toucher ni du capital de l'entreprise ni des éventuelles ventes des œuvres acquises. Et elle a appris, six années après la mort du milliardaire, qu'elle était inscrite sur son testament pour toucher 5 millions de dollars (mais elle n'a rien touché).

 


À l'entendre, on peut se convaincre qu'elle a été plutôt une sorte d'idiote utile du milliardaire, une sorte de naïve qui, éblouie comme Icare par le Soleil, avait accepté de profiter de quelques rayons. Jack Lang a longtemps été dans le même gouvernement qu'un autre dandy de la République, Roland Dumas. Tous les deux étaient des sortes de bonimenteurs de la Mitterrandie.

Mais avec Jeffrey Epstein, Jack Lang avait incontestablement rencontré son maître en "bonimenteries", un sorte de bonimenteur de classe mondiale. Et cela révèle surtout que parmi les puissants, l'argent corrompt dès qu'on le touche. C'est un autre monde, d'influences et de chantages, d'obligés et de vendus, qui ne sera jamais connu des vrais gens du peuple. Epstein, c'était cela, aussi, parmi certaines élites, la part de vanité en elles.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Caroline Lang.
Affaire Epstein : et Jack Lang entre dans la danse...
Entre culture et imposture.







https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260205-caroline-lang.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/caroline-lang-serait-elle-une-266598

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/05/article-sr-20260205-caroline-lang.html




.

Partager cet article
Repost0
4 février 2026 3 04 /02 /février /2026 03:08

« Le texte a été modifié au Sénat qui a bloqué la partie clef qui aurait créé un droit à l’aide à mourir en rejetant son article 4. J’ai, pour ma part, voté pour le rejet de cet article et pour le texte vidé de sa substance par le Sénat. Je considère d’abord que le cadre légal existant est suffisant. La loi Claeys-Leonetti permet déjà d’éviter l’acharnement thérapeutique, de garantir le soulagement de la douleur et, lorsque la situation l’exige, de recourir à une sédation profonde et continue jusqu’au décès. Le problème n’est pas l’absence de droit, mais son application encore trop inégale sur le territoire. Avant de créer une nouvelle loi, il faudrait déjà faire respecter pleinement celle que nous avons déjà. » (Vincent Delahaye, UDI, en janvier 2026).





 


J'avais évoqué la discussion au Sénat du projet de loi sur l'euthanasie qu'avait adoptée l'Assemblée Nationale le 27 mai 2025. Les sénateurs avaient supprimé le 21 janvier 2026 l'article 4 du texte qui était le plus important puisqu'il créait un droit pour l'aide à mourir. Le mercredi 28 janvier 2026, les sénateurs ont participé au vote solennel du texte... et ils l'ont largement rejeté.

Deux raisons expliquent ce rejet sénatorial, d'où cet aspect pluriel du rejet : d'une part, certains sénateurs opposés à l'euthanasie ont rejeté le texte dont l'objectif initial est d'instituer l'euthanasie ; d'autre part, les sénateurs favorables à l'euthanasie ont aussi rejeté le texte car l'absence de son article 4 le dénaturait complètement (d'autres sénateurs opposés à l'euthanasie, comme l'UDI Vincent Delahaye, ont, au contraire, voté pour le texte amendé parce que justement l'article sur le droit à l'aide à mourir a été supprimé de la version soumise au vote.

Dans sa lettre mensuelle de janvier 2026, Vincent Delahaye a d'ailleurs confirmé son refus de l'euthanasie : « Je m’oppose également à cette proposition parce qu’elle ouvre trop largement les cas dans lesquels il serait possible de provoquer la mort. Malgré les garde-fous affichés, elle élargit les critères et fait peser un risque réel sur les personnes les plus vulnérables. Une société juste est une société qui protège, qui accompagne et qui soigne, pas une société qui laisse entendre que certaines vies pourraient devenir superflues. Cette loi engage enfin un changement anthropologique profond que je ne souhaite pas pour notre pays. Elle modifie notre rapport aux soins, aux soignants, à la dépendance et à la solidarité, en introduisant l’idée que la mort administrée pourrait devenir une réponse à la souffrance. À l’inverse, je soutiens la proposition de loi sur les soins palliatifs. Elle va dans le bon sens : renforcer l’offre sur tout le territoire, mieux former les soignants, améliorer l’accompagnement des patients et de leurs proches. C’est en développant réellement les soins palliatifs que nous répondrons avec humanité, responsabilité et dignité aux situations de fin de vie. ».


L'analyse du scrutin public n°169 est éloquente : sur 341 sénateurs votants, 122 ont voté pour et 181 ont voté contre, 38 se sont abstenus et 7 n'ont pas pris part au vote. En raison des motivations différentes (pour le même but de fond, le vote pouvait être différent), il y a eu beaucoup de division parmi les groupes politiques (ce qui est rassurant, la fin de vie ne devant pas être un sujet à consigne politique mais un sujet qui concerne la conscience individuelle de chaque parlementaire). Ainsi,sur les 130 sénateurs LR, 83 ont voté pour et 36 contre, 11 abstentions. Même dispersion chez les centriste de l'Union centriste : 24 pour, 24 contre et 11 abstentions. Le groupe Horizons (Les Indépendants, République et Territoires, LIRT) : 8 pour, 2 contre, 10 abstentions.
 


Parmi les sénateurs favorables à l'euthanasie, le groupe socialiste a voté comme un seul homme : 60 contre (et 5 n'ont pas pris part au vote) ; idem pour les écologistes : 16 contre ; pareillement au RDSE (radicaux) avec 16 contre (1 n'a pas pris part au vote). Chez les communistes, 2 ont voté pour, 15 contre, 1 abstention. Chez les macronistes du RDPI : 2 ont voté pour, 12 contre, 5 abstentions.
 


Plusieurs orateurs se sont exprimés pour expliquer le vote de leur groupe, en particulier le sénateur UC Olivier Henno qui a précisé la difficulté de l'exercice : « Il est, par nature, très complexe de trouver un point d’équilibre sur une loi touchant à une question de société. Cette difficulté s’explique par le fait que les logiques de groupe s’effacent légitimement au profit de choix personnels, déterminés par les convictions, la conscience ou les expériences de vie. Face à un tel texte, chacun d’entre nous doit choisir entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, parfaitement définies par l’un de mes auteurs favoris, le sociologue allemand Max Weber. L’éthique de conviction s’attache à la fidélité aux valeurs et aux principes moraux, tandis que l’éthique de responsabilité évalue les conséquences des actes et leur impact sur les individus et la société. L’une n’est, bien entendu, pas supérieure à l’autre. ».

Il a ensuite précisé la nature complexe du vote : « Soyons sincères : en ce qui concerne la rédaction qui nous est présentée, nous sommes confrontés à une forme de dilemme et au choix du moindre inconvénient. En rejetant l’article 4 tel qu’il était rédigé par les rapporteurs, le Sénat a totalement déséquilibré le texte et lui a fait perdre une grande partie de son sens. ».

Et il a expliqué la raison d'une réponse multiple de son groupe, mais c'est valable pour l'ensemble des groupes : « Au sein du groupe Union centriste, les votes seront partagés lors du scrutin à venir. Nous en avons débattu hier, et chacun a pu exprimer son point de vue dans le respect mutuel et l’acceptation de nos différences. Une partie d’entre nous votera en faveur de cette proposition de loi, animée par l’idée que le Sénat doit demeurer partie prenante d’un débat qui concerne la société française et qu’il ne serait pas souhaitable de laisser l’Assemblée Nationale légiférer seule. D’autres membres du groupe s’abstiendront, car le texte ne reflète pas suffisamment leurs convictions et parce qu’ils refusent de prendre position sur une rédaction dont ils ne saisissent ni le sens ni la portée. Enfin, d’autres encore voteront contre cette proposition de loi qu’ils jugent totalement dégradée, alors qu’ils sont favorables à l’adoption d’une législation sur la fin de vie et l’aide à mourir ; ils assument ainsi de préférer en rester au texte initial de l’Assemblée Nationale. ».

Pour le sénateur LIRT Daniel Chasseing, la situation était également difficile : « [Le texte] a suscité une désillusion, d’un côté, chez ceux d’entre nous qui espéraient l’instauration d’un choix pour les personnes pour lesquelles les seuls soins palliatifs ne suffisent pas, même si leur pronostic vital n’est pas engagé à court terme, et une crainte, de l’autre côté, chez ceux qui considèrent que la mort ne pourra jamais être un soin, même lorsque le décès est attendu à très court terme. C’est d’ailleurs la conjonction de ces deux déceptions, en apparence antagonistes, qui a conduit au rejet de l’article 4, vidant ainsi la proposition de loi de sa substance. ».

Et d'insister sur la leçon des pays étrangers : « Aux Pays-Bas, par exemple, le nombre de personnes concernées est passé de 1 880 en 2002 à près de 7 700 en 2021, en grande majorité des euthanasies. Si, à l’origine, 90% des bénéficiaires étaient des patients atteints d’un cancer en phase terminale, cette proportion n’était plus que de 60% en 2021, avec un élargissement aux polypathologies et aux personnes âgées. Les restrictions prévues par la commission [des affaires sociales du Sénat] étaient donc pleinement justifiées. Dans le cadre de la loi Claeys-Leonetti, c’est la maladie qui entraîne la mort ; la sédation profonde et continue en toute fin de vie peut hâter le décès de quelques heures, mais elle ne le provoque pas brutalement, contrairement à l’injection d’une substance létale. La divergence majeure avec l’Assemblée Nationale résidait dans la temporalité de l’acte. Dans le texte de la commission, le suicide assisté et l’euthanasie n’étaient autorisés qu’en toute fin de vie, et seulement dans de rares cas. Le Sénat, en séance publique, en a toutefois décidé autrement. Alors que le travail de la commission était présenté comme une prolongation de la loi Claeys-Leonetti, la version issue de nos débats dans l’hémicycle s’apparente désormais à une loi Claeys-Leonetti II. Par le rejet de l’article 4 et la réécriture de l’article 2, cette proposition de loi confirme la loi de 2016. Elle supprime le principe de toute aide à mourir et instaure un droit opposable au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance. (…) En définitive, il est difficile d’être entièrement contre ce texte pris dans sa globalité. On ne peut s’opposer au renforcement de l’accompagnement en fin de vie, à l’encadrement précis de la sédation profonde et continue, ou au droit au soulagement de la douleur. ».

La sénatrice LR Frédérique Puissat a souligné l'équilibre que la commission des affaire sociales du Sénat avait trouvé : « La commission a recherché un équilibre délicat. Dans sa sagesse, elle a visé un compromis avec un seul objectif : respecter les convictions de chacun et permettre la discussion. Sans son travail préparatoire, nous n’aurions pu débattre. Je lui rends hommage pour sa contribution essentielle. (…) Les débats ont porté en priorité sur l’article 4, car il était essentiel de comprendre à qui s’adressait ce texte afin d’en mesurer la portée. Après de longues heures de débats importants et passionnants, les sénateurs ont rejeté cet article par 144 voix contre et 123 voix pour. Comme je l’ai mentionné en séance ce soir-là, ce vote est le fruit d’une convergence d’oppositions entre les sénateurs qui estimaient que la commission n’allait pas assez loin et ceux qui ont pensé qu’elle allait trop loin. Au terme de ces échanges, nous aboutissons à un texte à l’opposé de la copie de l’Assemblée Nationale. Les dispositions introduisant l’euthanasie et le suicide assisté ont effectivement disparu, au profit de ce que nous pouvons appeler la création d’un droit opposable au soulagement de la douleur, dans la continuité de la loi Claeys-Leonetti. À l’image de notre société, la position du Sénat apparaît partagée sur cette question selon une ligne qui traverse chaque groupe, tant au sein de la majorité sénatoriale que de l’opposition. ».


Quant à la position du groupe LR (le plus important) du Sénat : « Une partie importante du groupe Les Républicains votera en faveur du texte qui nous est présenté. D’une part, nous considérons comme dangereuse l’approche adoptée par l’Assemblée Nationale. D’autre part, la création d’un droit opposable au soulagement, qui va de pair avec un texte ambitieux en faveur des soins palliatifs, nous semble être la réponse la plus équilibrée au débat qui anime notre société, ainsi qu’aux réflexions qui nous traversent tous à un moment de notre vie. Rejeter le texte reviendrait, en définitive, à n’offrir qu’un silence en réponse au travail de l’Assemblée Nationale. Ce serait taire la diversité de nos convictions et bâillonner notre capacité à forger des compromis. ».

Et Frédérique Puissat de s'interroger de l'opportunité de débattre maintenant d'un sujet ultra-sensible dans la société française : « Je souhaite néanmoins, madame la ministre (…), que le gouvernement garde à l’esprit combien, à une époque où l’unité de notre pays est plus que jamais nécessaire, nous devons réfléchir soigneusement à nos choix de calendrier. Ce débat est sain, mais il divise aujourd’hui notre société ; personne ne peut le nier. À l’heure où le monde se déchire et où des menaces pèsent sur notre pays, la division est indéniablement un poison lent. Notre rôle d’élu exige plus que jamais que nous nous mobilisions pour œuvrer à l’unité. ».

Le sénateur RN Christopher Szczurek a surtout voulu se poser la question sur la motivation d'une demande d'euthanasie : « Notre crainte, c’est une forme d’effet cliquet vers une logique malthusienne générale, dans un pays aussi financièrement carencé que le nôtre. Notre crainte, c’est que, puisque l’euthanasie existera, les politiques palliatives deviendront des variables d’ajustement financier, comme d’autres, et non plus une priorité. Car il y a un argument que l’on entend peu et qui, pourtant, nous semble d’une évidence totale : non, tout le monde n’a pas le même accès au confort et aux soins palliatifs. C’est donc la question que nous posons : la mort est-elle à ce moment précis un choix ou est-elle la solution par défaut face à une proposition palliative insuffisante ? Mes chers collègues, il est évident que la souffrance altère tout à la fois le discernement et la décision : c’est le principe même de la torture. Forcément, quand la douleur est telle que chaque minute supplémentaire de vie est un supplice, quand votre corps devient une prison dont la mort semble être la seule échappatoire, comment ne pas comprendre que l’on envisage simplement d’en finir ? Posons encore autrement la question : la mort serait-elle à ce point envisagée si la loi Claeys-Leonetti était pleinement appliquée ? (…) Parce qu’aucun sujet n’est à ce point guidé par le vécu et les expériences de chacun, nous estimons, en dehors de toute considération morale ou religieuse, que le rôle de l’État n’est pas d’organiser le suicide, quand bien même nous comprenons ce qui conduit certains à l’envisager ; son rôle est de mettre chacun à égalité face à la souffrance et à la dignité. Dans une société de plus en plus marquée par l’individualisme et le consumérisme, où l’on tend à abandonner nos aînés et à moins accompagner nos malades, la culpabilité de continuer à vivre et le sentiment d’être un fardeau sont renforcés et nourrissent fatalement les idées noires. Certains pourront dire que des garde-fous existent, mais sur ce sujet en particulier, nous croyons à la théorie des dominos. ».

Après le vote, malgré le rejet du texte par les sénateurs, la Ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées Stéphanie Rist a exprimé ses remerciements : « D’une part, je tiens à vous exprimer ma reconnaissance pour la sérénité globale des débats. D’autre part, nous devons continuer d’avancer avec une profonde humilité, la fin de vie étant, presque par essence, un territoire incertain. ».

La navette parlementaire va donc se poursuivre avec ce texte sur l'euthanasie. L'examen se fait donc à l'Assemblée Nationale pour la deuxième lecture : d'abord, au sein de la commission des affaires sociales de l'Assemblée Nationale, du mercredi 4 au vendredi 6 février 2026, puis en séance publique du lundi 16 au lundi 23 février 2026, avec le vote solennel le mardi 24 février 2026. Bien que la procédure accélérée n'ait pas été, heureusement, engagée par le gouvernement, le calendrier est très serré pour les députés dans une période où beaucoup de sujets très urgents sont en cours.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


(Illustrations : œuvres de Salvador Dali).


Pour aller plus loin :
Vincent Delahaye.
Euthanasie 2026 (7) : le rejet pluriel du Sénat.
Euthanasie 2026 (6) : et le Sénat débat de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir"...
Euthanasie 2025 (5) : Vincent Lambert et la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Vincent Lambert, meurtre d’État, euthanasie, soutien aux plus fragiles…
Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
Euthanasie 2025 (4) : adoption de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Euthanasie 2025 (3) : l'examen de la proposition Falorni à l'Assemblée.
Euthanasie 2025 (2) : l'inquiétude des religions.
Euthanasie 2025 (1) : quelle société humaine voulons-nous ?





 

 







https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260128-euthanasie-2026g.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/euthanasie-2026-7-le-rejet-pluriel-266388

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/29/article-sr-20260128-euthanasie-2026g.html



.

Partager cet article
Repost0
31 janvier 2026 6 31 /01 /janvier /2026 03:54

« Le texte a été modifié au Sénat qui a bloqué la partie clef qui aurait créé un droit à l’aide à mourir en rejetant son article 4. J’ai, pour ma part, voté pour le rejet de cet article et pour le texte vidé de sa substance par le Sénat. Je considère d’abord que le cadre légal existant est suffisant. La loi Claeys-Leonetti permet déjà d’éviter l’acharnement thérapeutique, de garantir le soulagement de la douleur et, lorsque la situation l’exige, de recourir à une sédation profonde et continue jusqu’au décès. Le problème n’est pas l’absence de droit, mais son application encore trop inégale sur le territoire. Avant de créer une nouvelle loi, il faudrait déjà faire respecter pleinement celle que nous avons déjà. » (Vincent Delahaye, UDI, en janvier 2026).





 


J'avais évoqué la discussion au Sénat du projet de loi sur l'euthanasie qu'avait adoptée l'Assemblée Nationale le 27 mai 2025. Les sénateurs avaient supprimé le 21 janvier 2026 l'article 4 du texte qui était le plus important puisqu'il créait un droit pour l'aide à mourir. Le mercredi 28 janvier 2026, les sénateurs ont participé au vote solennel du texte... et ils l'ont largement rejeté.

Deux raisons expliquent ce rejet sénatorial, d'où cet aspect pluriel du rejet : d'une part, certains sénateurs opposés à l'euthanasie ont rejeté le texte dont l'objectif initial est d'instituer l'euthanasie ; d'autre part, les sénateurs favorables à l'euthanasie ont aussi rejeté le texte car l'absence de son article 4 le dénaturait complètement (d'autres sénateurs opposés à l'euthanasie, comme l'UDI Vincent Delahaye, ont, au contraire, voté pour le texte amendé parce que justement l'article sur le droit à l'aide à mourir a été supprimé de la version soumise au vote.

Dans sa lettre mensuelle de janvier 2026, Vincent Delahaye a d'ailleurs confirmé son refus de l'euthanasie : « Je m’oppose également à cette proposition parce qu’elle ouvre trop largement les cas dans lesquels il serait possible de provoquer la mort. Malgré les garde-fous affichés, elle élargit les critères et fait peser un risque réel sur les personnes les plus vulnérables. Une société juste est une société qui protège, qui accompagne et qui soigne, pas une société qui laisse entendre que certaines vies pourraient devenir superflues. Cette loi engage enfin un changement anthropologique profond que je ne souhaite pas pour notre pays. Elle modifie notre rapport aux soins, aux soignants, à la dépendance et à la solidarité, en introduisant l’idée que la mort administrée pourrait devenir une réponse à la souffrance. À l’inverse, je soutiens la proposition de loi sur les soins palliatifs. Elle va dans le bon sens : renforcer l’offre sur tout le territoire, mieux former les soignants, améliorer l’accompagnement des patients et de leurs proches. C’est en développant réellement les soins palliatifs que nous répondrons avec humanité, responsabilité et dignité aux situations de fin de vie. ».


L'analyse du scrutin public n°169 est éloquente : sur 341 sénateurs votants, 122 ont voté pour et 181 ont voté contre, 38 se sont abstenus et 7 n'ont pas pris part au vote. En raison des motivations différentes (pour le même but de fond, le vote pouvait être différent), il y a eu beaucoup de division parmi les groupes politiques (ce qui est rassurant, la fin de vie ne devant pas être un sujet à consigne politique mais un sujet qui concerne la conscience individuelle de chaque parlementaire). Ainsi,sur les 130 sénateurs LR, 83 ont voté pour et 36 contre, 11 abstentions. Même dispersion chez les centriste de l'Union centriste : 24 pour, 24 contre et 11 abstentions. Le groupe Horizons (Les Indépendants, République et Territoires, LIRT) : 8 pour, 2 contre, 10 abstentions.
 


Parmi les sénateurs favorables à l'euthanasie, le groupe socialiste a voté comme un seul homme : 60 contre (et 5 n'ont pas pris part au vote) ; idem pour les écologistes : 16 contre ; pareillement au RDSE (radicaux) avec 16 contre (1 n'a pas pris part au vote). Chez les communistes, 2 ont voté pour, 15 contre, 1 abstention. Chez les macronistes du RDPI : 2 ont voté pour, 12 contre, 5 abstentions.
 


Plusieurs orateurs se sont exprimé pour expliquer le vote de leur groupe, en particulier le sénateur UC Olivier Henno qui a précisé la difficulté de l'exercice : « Il est, par nature, très complexe de trouver un point d’équilibre sur une loi touchant à une question de société. Cette difficulté s’explique par le fait que les logiques de groupe s’effacent légitimement au profit de choix personnels, déterminés par les convictions, la conscience ou les expériences de vie. Face à un tel texte, chacun d’entre nous doit choisir entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, parfaitement définies par l’un de mes auteurs favoris, le sociologue allemand Max Weber. L’éthique de conviction s’attache à la fidélité aux valeurs et aux principes moraux, tandis que l’éthique de responsabilité évalue les conséquences des actes et leur impact sur les individus et la société. L’une n’est, bien entendu, pas supérieure à l’autre. ».

Il a ensuite précisé la nature complexe du vote : « Soyons sincères : en ce qui concerne la rédaction qui nous est présentée, nous sommes confrontés à une forme de dilemme et au choix du moindre inconvénient. En rejetant l’article 4 tel qu’il était rédigé par les rapporteurs, le Sénat a totalement déséquilibré le texte et lui a fait perdre une grande partie de son sens. ».

Et il a expliqué la raison d'une réponse multiple de son groupe, mais c'est valable pour l'ensemble des groupes : « Au sein du groupe Union centriste, les votes seront partagés lors du scrutin à venir. Nous en avons débattu hier, et chacun a pu exprimer son point de vue dans le respect mutuel et l’acceptation de nos différences. Une partie d’entre nous votera en faveur de cette proposition de loi, animée par l’idée que le Sénat doit demeurer partie prenante d’un débat qui concerne la société française et qu’il ne serait pas souhaitable de laisser l’Assemblée Nationale légiférer seule. D’autres membres du groupe s’abstiendront, car le texte ne reflète pas suffisamment leurs convictions et parce qu’ils refusent de prendre position sur une rédaction dont ils ne saisissent ni le sens ni la portée. Enfin, d’autres encore voteront contre cette proposition de loi qu’ils jugent totalement dégradée, alors qu’ils sont favorables à l’adoption d’une législation sur la fin de vie et l’aide à mourir ; ils assument ainsi de préférer en rester au texte initial de l’Assemblée Nationale. ».

Pour le sénateur LIRT Daniel Chasseing, la situation était également difficile : « [Le texte] a suscité une désillusion, d’un côté, chez ceux d’entre nous qui espéraient l’instauration d’un choix pour les personnes pour lesquelles les seuls soins palliatifs ne suffisent pas, même si leur pronostic vital n’est pas engagé à court terme, et une crainte, de l’autre côté, chez ceux qui considèrent que la mort ne pourra jamais être un soin, même lorsque le décès est attendu à très court terme. C’est d’ailleurs la conjonction de ces deux déceptions, en apparence antagonistes, qui a conduit au rejet de l’article 4, vidant ainsi la proposition de loi de sa substance. ».

Et d'insister sur la leçon des pays étrangers : « Aux Pays-Bas, par exemple, le nombre de personnes concernées est passé de 1 880 en 2002 à près de 7 700 en 2021, en grande majorité des euthanasies. Si, à l’origine, 90% des bénéficiaires étaient des patients atteints d’un cancer en phase terminale, cette proportion n’était plus que de 60% en 2021, avec un élargissement aux polypathologies et aux personnes âgées. Les restrictions prévues par la commission [des affaires sociales du Sénat] étaient donc pleinement justifiées. Dans le cadre de la loi Claeys-Leonetti, c’est la maladie qui entraîne la mort ; la sédation profonde et continue en toute fin de vie peut hâter le décès de quelques heures, mais elle ne le provoque pas brutalement, contrairement à l’injection d’une substance létale. La divergence majeure avec l’Assemblée Nationale résidait dans la temporalité de l’acte. Dans le texte de la commission, le suicide assisté et l’euthanasie n’étaient autorisés qu’en toute fin de vie, et seulement dans de rares cas. Le Sénat, en séance publique, en a toutefois décidé autrement. Alors que le travail de la commission était présenté comme une prolongation de la loi Claeys-Leonetti, la version issue de nos débats dans l’hémicycle s’apparente désormais à une loi Claeys-Leonetti II. Par le rejet de l’article 4 et la réécriture de l’article 2, cette proposition de loi confirme la loi de 2016. Elle supprime le principe de toute aide à mourir et instaure un droit opposable au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance. (…) En définitive, il est difficile d’être entièrement contre ce texte pris dans sa globalité. On ne peut s’opposer au renforcement de l’accompagnement en fin de vie, à l’encadrement précis de la sédation profonde et continue, ou au droit au soulagement de la douleur. ».

La sénatrice LR Frédérique Puissat a souligné l'équilibre que la commission des affaire sociales du Sénat avait trouvé : « La commission a recherché un équilibre délicat. Dans sa sagesse, elle a visé un compromis avec un seul objectif : respecter les convictions de chacun et permettre la discussion. Sans son travail préparatoire, nous n’aurions pu débattre. Je lui rends hommage pour sa contribution essentielle. (…) Les débats ont porté en priorité sur l’article 4, car il était essentiel de comprendre à qui s’adressait ce texte afin d’en mesurer la portée. Après de longues heures de débats importants et passionnants, les sénateurs ont rejeté cet article par 144 voix contre et 123 voix pour. Comme je l’ai mentionné en séance ce soir-là, ce vote est le fruit d’une convergence d’oppositions entre les sénateurs qui estimaient que la commission n’allait pas assez loin et ceux qui ont pensé qu’elle allait trop loin. Au terme de ces échanges, nous aboutissons à un texte à l’opposé de la copie de l’Assemblée Nationale. Les dispositions introduisant l’euthanasie et le suicide assisté ont effectivement disparu, au profit de ce que nous pouvons appeler la création d’un droit opposable au soulagement de la douleur, dans la continuité de la loi Claeys-Leonetti. À l’image de notre société, la position du Sénat apparaît partagée sur cette question selon une ligne qui traverse chaque groupe, tant au sein de la majorité sénatoriale que de l’opposition. ».


Quant à la position du groupe LR (le plus important) du Sénat : « Une partie importante du groupe Les Républicains votera en faveur du texte qui nous est présenté. D’une part, nous considérons comme dangereuse l’approche adoptée par l’Assemblée Nationale. D’autre part, la création d’un droit opposable au soulagement, qui va de pair avec un texte ambitieux en faveur des soins palliatifs, nous semble être la réponse la plus équilibrée au débat qui anime notre société, ainsi qu’aux réflexions qui nous traversent tous à un moment de notre vie. Rejeter le texte reviendrait, en définitive, à n’offrir qu’un silence en réponse au travail de l’Assemblée Nationale. Ce serait taire la diversité de nos convictions et bâillonner notre capacité à forger des compromis. ».

Et Frédérique Puissat de s'interroger de l'opportunité de débattre maintenant d'un sujet ultra-sensible dans la société française : « Je souhaite néanmoins, madame la ministre (…), que le gouvernement garde à l’esprit combien, à une époque où l’unité de notre pays est plus que jamais nécessaire, nous devons réfléchir soigneusement à nos choix de calendrier. Ce débat est sain, mais il divise aujourd’hui notre société ; personne ne peut le nier. À l’heure où le monde se déchire et où des menaces pèsent sur notre pays, la division est indéniablement un poison lent. Notre rôle d’élu exige plus que jamais que nous nous mobilisions pour œuvrer à l’unité. ».

Le sénateur RN Christopher Szczurek a surtout voulu se poser la question sur la motivation d'une demande d'euthanasie : « Notre crainte, c’est une forme d’effet cliquet vers une logique malthusienne générale, dans un pays aussi financièrement carencé que le nôtre. Notre crainte, c’est que, puisque l’euthanasie existera, les politiques palliatives deviendront des variables d’ajustement financier, comme d’autres, et non plus une priorité. Car il y a un argument que l’on entend peu et qui, pourtant, nous semble d’une évidence totale : non, tout le monde n’a pas le même accès au confort et aux soins palliatifs. C’est donc la question que nous posons : la mort est-elle à ce moment précis un choix ou est-elle la solution par défaut face à une proposition palliative insuffisante ? Mes chers collègues, il est évident que la souffrance altère tout à la fois le discernement et la décision : c’est le principe même de la torture. Forcément, quand la douleur est telle que chaque minute supplémentaire de vie est un supplice, quand votre corps devient une prison dont la mort semble être la seule échappatoire, comment ne pas comprendre que l’on envisage simplement d’en finir ? Posons encore autrement la question : la mort serait-elle à ce point envisagée si la loi Claeys-Leonetti était pleinement appliquée ? (…) Parce qu’aucun sujet n’est à ce point guidé par le vécu et les expériences de chacun, nous estimons, en dehors de toute considération morale ou religieuse, que le rôle de l’État n’est pas d’organiser le suicide, quand bien même nous comprenons ce qui conduit certains à l’envisager ; son rôle est de mettre chacun à égalité face à la souffrance et à la dignité. Dans une société de plus en plus marquée par l’individualisme et le consumérisme, où l’on tend à abandonner nos aînés et à moins accompagner nos malades, la culpabilité de continuer à vivre et le sentiment d’être un fardeau sont renforcés et nourrissent fatalement les idées noires. Certains pourront dire que des garde-fous existent, mais sur ce sujet en particulier, nous croyons à la théorie des dominos. ».

Après le vote, malgré le rejet du texte par les sénateurs, la Ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées Stéphanie Rist a exprimé ses remerciements : « D’une part, je tiens à vous exprimer ma reconnaissance pour la sérénité globale des débats. D’autre part, nous devons continuer d’avancer avec une profonde humilité, la fin de vie étant, presque par essence, un territoire incertain. ».

La navette parlementaire va donc se poursuivre avec ce texte sur l'euthanasie. L'examen se fait donc à l'Assemblée Nationale pour la deuxième lecture : d'abord, au sein de la commission des affaires sociales de l'Assemblée Nationale, du mercredi 4 au vendredi 6 février 2026, puis en séance publique du lundi 16 au lundi 23 février 2026, avec le vote solennel le mardi 24 février 2026. Bien que la procédure accélérée n'ait pas été, heureusement, engagée par le gouvernement, le calendrier est très serré pour les députés dans une période où beaucoup de sujets très urgents sont en cours.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


(Illustrations : œuvres de Salvador Dali).


Pour aller plus loin :
Vincent Delahaye.
Euthanasie 2026 (7) : le rejet pluriel du Sénat.
Euthanasie 2026 (6) : et le Sénat débat de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir"...
Euthanasie 2025 (5) : Vincent Lambert et la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Vincent Lambert, meurtre d’État, euthanasie, soutien aux plus fragiles…
Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
Euthanasie 2025 (4) : adoption de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Euthanasie 2025 (3) : l'examen de la proposition Falorni à l'Assemblée.
Euthanasie 2025 (2) : l'inquiétude des religions.
Euthanasie 2025 (1) : quelle société humaine voulons-nous ?





 

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260203-vincent-delahaye.html

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/05/article-sr-20260203-vincent-delahaye.html


.

Partager cet article
Repost0
22 janvier 2026 4 22 /01 /janvier /2026 03:04

« La dignité, ce n’est pas donner la mort, mais c’est dire clairement que la société ne laissera personne souffrir sans réponse. » (Anne Chain-Larché, sénatrice LR, le 21 janvier 2026 au Sénat).




 


C'est un véritable coup de théâtre qu'il y a eu au Sénat, en séance publique, dans la nuit du mercredi 21 au jeudi 22 janvier 2026 lors de l'examen en première lecture de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir". En effet, les sénateurs ont purement et simplement rejeté son article 4 qui visait à introduire cette mesure, ce qui a vidé de sa substance l'ensemble de la proposition de la loi.

Reprenons le contexte. Depuis 2022, et parce que c'était un engagement (malheureux à mon humble avis) du candidat Emmanuel Macron, l'euthanasie et le suicide assisté sont revenus en force dans le débat parlementaire. J'écris
"malheureux" parce qu'il y a une excellente loi, qui plus est adoptée à la quasi-unanimité à l'époque, la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016 (je l'ai déjà évoquée un très grand nombre de fois ici) qui résout la quasi-totalité des situations dramatiques que des personnes peuvent rencontrer en fin de vie. Car tout doit être mis en œuvre pour éviter la souffrance, et cet objectif fait évidemment consensus. Il est regrettable que les parlementaires envisagent de légiférer encore sur la fin de vie alors qu'aucune évaluation objective de la loi Claeys-Leonetti n'a été faite autrement que pour démontrer la supposée nécessité d'une loi sur l'euthanasie.

C'est le député MoDem Olivier Falorni qui a déposé la proposition de loi sur laquelle les gouvernements (depuis celui de Gabriel Attal) souhaitent se baser pour légiférer sous une forte pression de nombreuses officines. La dissolution de 2024 a retardé le débat, et le Premier Ministre François Bayrou a choisi sagement de couper la proposition de loi en deux textes, l'un sur les soins palliatifs dont la généralisation ne fait pas contestation, et l'autre sur l'euthanasie et le suicide assisté dont le principe demeure plus contestable.

En effet, le permis de tuer une personne en toute légalité est une transgression très grave que je considère comme irréversible, aux conséquences désastreuses sur le plan humain autant que sur le plan médical. Il est normal que ce sujet provoque un débat très fort, et en dehors de toute considérations politiques, dans les assemblées parlementaires.


Contrairement à l'idée préconçue selon laquelle le Sénat serait une instance conservatrice, les sénateurs ont toujours été en avant-garde des parlementaires pour les questions de société, parce que les sénateurs, élus indirectement, ne sont pas tributaires des soubresauts de la politique politicienne et peuvent se permettre de réfléchir à long terme sans se soucier des appareils partisans. C'est ainsi que le Sénat a initié la législation sur la bioéthique au début des années 1990 (en particulier grâce au sénateur Claude Huriet).

La proposition de loi, déposée le 11 mars 2025 à l'Assemblée Nationale par le député Olivier Falorni, a été adoptée par l'Assemblée Nationale le 27 mai 2025, et, en toute logique, et malgré une absence de majorité parlementaire, la procédure législative suit son cours et le Sénat en a été ainsi saisi à son tour. Ne perdant pas de temps, le Sénat a organisé une table ronde sur le sujet dès le 9 juillet 2025 pour permettre de se positionner. La commission des affaires sociales a rendu son rapport (celui des deux rapporteurs LR Christine Bonfanti-Dossat et Alain Milon) le 7 janvier 2026 après l'avis de la commission des lois le 6 janvier 2026. Les sénateurs, ensuite, l'examinent depuis le 20 janvier 2026 et auront un vote solennel le 28 janvier 2026.

Il y a eu un grand changement avec la modification du texte par la commission des affaires sociales. Le texte d'origine prévoie d'autoriser
« une personne qui en a exprimé la demande à recourir à une substance létale [sous certaines conditions] (…) afin qu’elle se l’administre ou, lorsqu’elle n’est pas en mesure physiquement d’y procéder, se la fasse administrer par un médecin ou par un infirmier ».

Ce nouveau "droit" peut s'exercer sous plusieurs conditions : être majeur ; de nationalité française ou résider en France de façon stable et régulière ; être atteint d'une « affection grave et incurable, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale » ; « présenter une souffrance physique et psychologique liée à cette affection, qui est soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne lorsqu’elle a choisi de ne pas recevoir ou d’arrêter de recevoir un traitement » ; enfin, être « apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée ».

On peut comprendre que tout est dans la formulation puis l'interprétation de ces conditions, bien sûr. La version a été modifiée par les députés dans le sens beaucoup plus favorable à l'euthanasie, d'abord en en faisant un droit, ensuite, en renforçant les sanctions pénales du délit d'entrave (contre les actions visant à faire pression pour empêcher l'application de ce droit), et les députés ont supprimé l'évaluation du pronostic vital (en supprimant "à moyen terme") pour laisser juste la "phase avancée".

Le 7 janvier 2026, la commission des affaires sociales du Sénat a bouleversé (sagement) le texte en retirant le « droit à l'aide à mourir » (c'est-à-dire un droit à l'euthanasie ou au suicide assisté) et en lui préférant un « dispositif d'assistance médicale à mourir recentré sur les situations dans lesquelles le pronostic vital est engagé à court terme ». En ce sens, il serait la prolongation de la loi Claeys-Leonetti.

Dans la formulation de cette commission sénatoriale (qui est le point de départ de l'examen en première lecture en séance publique), « l'assistance médicale à mourir permettrait de soulager les dernières souffrances d'une personne dont le décès est proche, et de sécuriser la pratique des professionnels de santé accompagnant une personne en fin de vie ».

Les conditions pour y avoir accès ont aussi évolué. Il faut désormais « présenter des souffrances réfractaires aux traitements ou insupportables en cas d'arrêt des traitements » et « avoir un pronostic vital engagé à court terme selon la définition admise par la HAS » [Haute autorité de santé], avec la définition des souffrances réfractaires conforme aux travaux de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs. Concrètement, les personnes concernées seraient celles dont le décès est attendu dans les quinze jours.

En complément, comme l'explique le compte-rendu du Sénat : « Considérant que la procédure envisagée n'offrait pas les garanties nécessaires à l'évaluation rigoureuse de l'aptitude du patient à manifester une volonté libre et éclairée, la commission a souhaité que seuls des médecins déjà intervenus dans le traitement d'un patient puissent recevoir une demande d'assistance médicale à mourir, et a prévu que le médecin traitant puisse être convié à la procédure collégiale. Les sénateurs ont précisé la liste des lieux où pourrait être administrée la substance létale. Ils ont prévu la présence obligatoire du professionnel de santé ainsi que d'un officier de police judiciaire jusqu'au décès de la personne, afin qu'ils dressent tous deux leur compte-rendu respectif des actes d'administration de la substance létale. Par ailleurs, ils ont étendu la clause de conscience à tous les professionnels de santé, notamment aux pharmaciens et aux préparateurs en pharmacie, ainsi qu'à d'autres professionnels ne revêtant pas la qualité de professionnel de santé mais susceptibles de participer au collège pluriprofessionnel chargé d'examiner les demandes d'assistance médicale à mourir. Les sénateurs ont également supprimé le délit d’entrave à l'aide à mourir et étendu le délit d'interdiction de la propagande ou de la publicité en faveur de moyens de se donner la mort à l'assistance médicale à mourir. Enfin, ils ont prévu que l'assistance médicale à mourir serait prise en charge par l'assurance maladie dans les conditions de droit commun, sans régime dérogatoire plus favorable, en l'absence de tel régime pour les soins palliatifs. ».

On comprend bien que chaque mot, dans un tel texte, est important et crucial. Évidemment, les sénateurs qui étaient favorables à l'euthanasie et au suicide assisté voulaient revenir à la version des députés votée le 27 mai 2026.

Dans les travées du Palais du Luxembourg, régnait une forte division parmi les sénateurs, mais autant à droite et au centre qu'à gauche. En effet, la majorité sénatoriale, composée principale du groupe LR et du groupe de l'Union centriste, (UC) n'avait pas une réponse homogène à cette proposition de loi.

Certes, le président de LR (et ancien président du groupe LR au Sénat) Bruno Retailleau avait annoncé le 20 janvier 2026 sa ferme opposition à l'euthanasie : « Je ne peux pas souscrire, quelle que soit d’ailleurs l’écriture, à une fin qui serait provoquée, et qui est vraiment une rupture anthropologique dans notre civilisation. ». Mais même dans les rangs LR, on refusait toute consigne de vote, à l'instar du rapporteur LR Alain Milon qui avait affirmé à la chaîne Public-Sénat au début du mois : « On ne veut pas dire non, ni dire oui au texte des députés. Nous voulons mettre le Sénat dans une position de sagesse. ». De même, le sénateur LR Max Brisson confirmait que Bruno Retailleau ne dicterait pas les votes et que les sénateurs LR décideraient en conscience.

Même son de cloche chez le centriste haut-savoyard Loïc Hervé qui a déclaré :
« Je ne peux pas entendre que des consignes ont été données. » et qui a confirmé son opposition au texte : « On ne peut pas demander à des sénateurs qui sont contre le suicide assisté et l’euthanasie comme c’est mon cas, de voter pour l’article 4. ».

Et c'est effectivement sur le vote de l'article 4 (qui institue ce dispositif d'aide à mourir) que les oppositions se sont cristallisées. Au scrutin public (n°157), l'article 4 du texte a en effet été rejeté par 144 voix contre et 123 pour, sur 318 votants, ce qui a vidé tout le texte dans sa globalité. Quand on regarde l'analyse de ce scrutin, on observe une profonde division dans les groupes.

Ainsi, 76 sénateurs LR sur 130 ont voté pour et 31 contre (avec 5 abstentions). 17 sénateur UC sur 59 ont voté pour et 22 contre (avec 15 abstentions). Pour Les Indépendants (sénateurs du parti Horizons), 4 pour et 5 contre, avec 11 abstentions (sur 20). Mais la confusion s'est retrouvée aussi sur les bancs de gauche : si les communistes ont très majoritairement voté pour (15 pour, 3 contre), les 62 sénateurs socialistes ont tous voté contre et les 16 sénateurs écologistes se sont tous abstenus. Si la gauche avait voulu, elle aurait pu très largement faire adopter l'article 4 puisqu'il n'y avait qu'un écart de 21 et qu'elle avait un potentiel de 81 voix supplémentaires pour retourner l'issue du scrutin.

En fait, à gauche, ceux qui ont voté contre sont ceux qui ont refusé la version de la commission sénatoriale (au détriment de la version des députés), et à droite et au centre, ceux qui ont voté contre sont ceux qui sont fermement opposés à l'euthanasie et à tout texte la légiférant.

Dans la méthode, certains sénateurs ont critiqué le fait que le texte sur l'euthanasie fût examiné avant celui sur les soins palliatifs, à l'instar du sénateur RDSE Bernard Fialaire : « On aurait dû aborder la question des soins palliatifs avant celle de l’aide à mourir pour supprimer cette ambiguïté. L’aide à mourir n’est pas un palliatif à un manque de soins palliatifs. ». Mais le président de la commission des affaires sociales du Sénat Philippe Mouiller (LR) a justifié cet ordre, car il craignait un manque de mobilisation des sénateurs en fin de semaine (souvent retenus dans leurs territoires).

Conclusion, les sénateurs ont adopté cette proposition de loi sans le crucial article 4. Ils vont examiner maintenant le texte sur les soins palliatifs (qui reste consensuel) avant un double vote solennel le 28 janvier 2026 et le retour en navette vers l'Assemblée Nationale pour la deuxième lecture.

Mais au-delà de la position des uns et des autres, ce qui est notable, c'est la grande division des groupes, des assemblées, et plus généralement de la société. Or, pour un tel texte sur la fin de vie, très sensible, sujet de conscience et sujet de conception même de la vie et de l'humanité, un quasi-consensus est nécessaire, j'écris "quasi" car il y aura toujours des irréductibles, mais il faut une grande majorité favorable pour qu'un tel texte soit compris et applicable. C'était le cas de toutes les lois sur la fin de vie jusqu'à maintenant, en particulier la loi Leonetti et la loi Claeys-Leonetti. On ne peut pas cliver la société sur l'euthanasie. Il serait grave de faire de ce sujet très sensible un sujet de blocage et de clivage alors que la cohésion nationale est déjà fragile. La sagesse devrait alors être de renoncer à un tel texte tant que ce quasi-consensus n'est pas établi. Et c'était sans doute le message subliminal des sénateurs cette nuit.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


(Illustrations : œuvres de Salvador Dali).


Pour aller plus loin :
Euthanasie 2026 (6) : et le Sénat débat de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir"...
Euthanasie 2025 (5) : Vincent Lambert et la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Vincent Lambert, meurtre d’État, euthanasie, soutien aux plus fragiles…
Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
Euthanasie 2025 (4) : adoption de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Euthanasie 2025 (3) : l'examen de la proposition Falorni à l'Assemblée.
Euthanasie 2025 (2) : l'inquiétude des religions.
Euthanasie 2025 (1) : quelle société humaine voulons-nous ?





 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260121-euthanasie-2026f.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/euthanasie-2026-6-et-le-senat-266179

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/22/article-sr-20260121-euthanasie-2026f.html


.

Partager cet article
Repost0
6 décembre 2025 6 06 /12 /décembre /2025 03:07

« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. » (Article premier de la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l'État).




 


Après un débat parlementaire très "vigoureux", la loi de séparation des Églises et de l'État a été promulguée il y a 120 ans, le 9 décembre 1905. Elle introduit cette notion très novatrice de laïcité républicaine dans un pays très chrétien mais aussi, en même temps, très anticlérical. C'est un élément fondateur de notre République, qui complète sa devise Liberté, Égalité, Fraternité, et qui a acquis une valeur constitutionnelle sous la Cinquième République malgré le fait que cette loi ne soit qu'une loi simple, en raison de l'article premier du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 (« Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. ») et de l'article premier de la Constitution du 4 octobre 1958 (« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »).

En cent vingt ans, cette loi a été diversement appréciée par les forces politiques. C'est Georges Clemenceau, pourtant anticlérical notoire, mais soucieux de l'intérêt général, qui a véritablement éteint la "guerre de religion" à la fin des années 1900 en évitant l'affrontement entre les congrégations religieuses et les forces de l'ordre. Elle est réapparue sporadiquement au fil de notre histoire politique, en particulier au printemps 1984 lorsque François Mitterrand voulait éliminer l'enseignement catholique.

Aujourd'hui, cette laïcité est partagée par un grand nombre de Français. Il y a une cinquantaine d'années, le sujet était moins sensible en raison de la déchristianisation effective de la société française (et européenne), mais depuis quelques décennies, la question se repose sous un angle différent, pas celui de l'Église catholique, mais celui de l'islam. Les héritiers des anti-loi de 1905 se sont retrouvés les premiers défenseurs de cette loi pour s'opposer à la conquête idéologique de la société par l'islam, car il y a bien une volonté, pas seulement ressentie, de volonté de conquête chez certains promoteurs (étrangers) de l'islam. Ce qui pourrait affecter notre mode de vie, en particulier dans la vision qu'on a des hommes et des femmes.


Plus généralement, la laïcité a complété l'inspiration philosophique de la République, celle des Lumières. Car c'est bien cela qui est en cause. La République reconnaît l'égalité totale de tous les citoyens français. Elle considère que le citoyen ne doit pas être distingué autrement que par son mérite personnel et individuel (c'est là qu'entre en ligne de compte la liberté), et il doit n'être considéré qu'en tant que personne individuelle et pas en tant que membre d'une communauté, qu'elle soit religieuse (d'où la laïcité, la République est neutre), ethnique, sexuelle (ce combat de la parité est arrivé après le combat de la laïcité), sociale (riche, pauvre, etc.), etc.

Il n'existe qu'une seule communauté, c'est la communauté nationale, les Français. En ce sens, les débats en France sur le multiculturalisme n'ont pas lieu d'être (au contraire de l'Allemagne ou de la Grande-Bretagne), car la France n'a jamais été et n'a jamais voulu être multiculturelle. Elle est républicaine, et chacun s'insère, s'assimile, s'intègre (on choisira le verbe qu'on préférera) dans le creuset républicain avec ses talents (et aussi ses tares).

Or, de nos jours, on comprend bien que ces valeurs ne semblent plus partagées par l'ensemble des Français. Des forces de haine, de tout côté, très représentées politiquement, ont envahi l'espace public, s'auto-générant encore mieux avec les réseaux asociaux qui tournent en rond sur Internet. Certes, l'unité nationale autour des valeurs ne se manifestent pas forcément tous les jours. Il faut des événements marquants, comme des victoires sportives (aux Jeux olympiques, par exemple) ou, hélas, des drames nationaux, comme les attentats de "Charlie Hebdo" qui ont suscité des réactions fortes le 11 janvier 2015 de la part du peuple français, une communion républicaine.

Toutefois, en période ordinaire, les paroles publiques se libèrent malgré le politiquement correct, et des propos ouvertement racistes sont d'autant plus émis et entendus que, à l'opposé, pas l'antiracisme, mais le wokisme voudrait s'ériger en inquisiteur systématique en revisitant notre histoire nationale. Le peuple français est plongé en ce moment dans une sorte de guerre idéologique qui n'est pas sans rappeler cette "guerre de religion" du début du XXe siècle, et qui se traduit aujourd'hui politiquement par l'affrontement assez pauvret intellectuellement entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, un duel qui apparaît plutôt comme un duo des extrémismes au regard de nombreuses forces politiques dites "modérées" qui ne supportent pas ce type de clivage (qui est totalement stérile dans la vie politique qui a besoin, au contraire, de vision constructive sur la société de demain).


Mais revenons à 1905. Cette loi du 9 décembre 1905 n'est pas le fruit d'un hasard. Elle est la suite d'une guerre anticléricale menée par le Président du Conseil Émile Combes (qui a été renversé le 18 janvier 1905 à cause du scandale des officiers fichés pour leur appartenance religieuse) et d'une rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican (dirigé par le nouveau pape Pie X) consécutive à de nombreux incidents (comme la visite officielle du Président de la République Émile Loubet en mars1904 au roi d'Italie Victor-Emmanuel III alors que le Vatican ne reconnaissait par l'État italien). Cela a eu pour effet l'impossibilité d'appliquer le Concordat de 1801 qui régissait alors les relations entre l'État français et l'Église catholique. Une commission parlementaire a été alors créée en juin 1903 à la Chambre des députés pour travailler sur cette question, présidée par Ferdinand Buisson et dont le rapporteur était Aristide Briand. Ce dernier a remis son rapport le 4 mars 1905 (qu'on peut lire ici), base de la loi du 9 décembre 1905 et d'un débat parlementaire très houleux et long. Dans l'esprit d'Aristide Briand, cette loi avait un but, apaiser les esprits, la société française et en finir avec la "question" religieuse. Il a réussi, mais cela aura pris plus de temps que prévu.
 


Souvent, l'efficacité se niche dans les détails. La loi du 9 décembre 1905 a prévu d'aborder plusieurs situations. Ainsi, le Titre V relatif à la « police des cultes » est intéressant à lire. L'article 25 précise : « Les réunions pour la célébration d'un culte tenues dans les locaux appartenant à une association cultuelle ou mis à sa disposition sont publiques. Elles (…) restent placées sous la surveillance des autorités dans l'intérêt de l'ordre public. ». L'article 26 est encore plus explicite : « Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte. ». L'alinéa 3 de l'article 27 va même jusqu'à indiquer : « Les sonneries de cloches seront réglées par arrêté municipal, et, en cas de désaccord entre le maire et le président ou directeur de l'association cultuelle, par arrêté préfectoral. ». Quant à l'article 28, il prévoie un certain nombre d'exceptions évidentes : « Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. ».

L'article 26 interdit ainsi de mélanger le religieux et le politique. Mais c'est exactement ce que prône l'Évangile avec cette locution latine très connue : « Redde Caesari quae sunt Caesaris, et quae sunt Dei Deo » [Rends à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui est à Dieu]. Cette formulation très claire (il y a le politique et il y a le religieux, et ce sont deux choses différentes), peu appliquée par l'Église catholique elle-même pendant longtemps (en mélangeant le temporel avec le spirituel), est aujourd'hui la première motivation du soutien de l'Église catholique à cette loi sur la laïcité (qui est très rare dans le monde, seule la Turquie de Mustafa Kemal Atatürk l'a adoptée, mise à mal par l'actuel Président Recep Tayyip Erdogan).

Elle se trouve dans l'Évangile selon saint Matthieu (Mt 22, 15-21) : « En ce temps-là, les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : "Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Alors, donne-nous ton avis. Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ?". Connaissant leur perversité, Jésus dit : "Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt". Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. Il leur dit : "Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ?". Ils répondirent : "De César". Alors il leur dit : "Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu". ».
 


On ne redira jamais assez que notre tradition démocratique, nos valeurs républicaines, nos comportements politiques datent des débuts de la Troisième République. Même si le caractère républicain n'était pas gagné d'avance et même si beaucoup de valeurs républicaines, notamment de solidarité, étaient, à l'origine, des valeurs chrétiennes, cette république a su s'adapter aux transformations de la société française (révolution industrielle, exode rurale, déchristianisation) mais aussi l'a transformée profondément grâce à l'idée qu'il fallait des citoyens "éclairés", c'est-à-dire éduqués, instruits, capables d'avoir un jugement critique, de connaître suffisamment les enjeux pour devenir des électeurs "éclairés" (on pourra s'inquiéter de l'assistanat progressif et de l'avachissement prononcé des jeunes générations incapables de formuler une idée et abêties par les jeux vidéo).

Ce n'est pas pour rien qu'il y a eu cette tactique du "front républicain" au début de la Troisième République, car, par "discipline républicaine", les candidats dits républicains (de tout bord) se mettaient d'accord sur le second tour pour battre le candidat monarchiste. On peut même mettre le colonialisme sur le compte du messianisme idéologique de la Troisième République (et aussi de ses intérêts bien compris), qui n'est d'ailleurs pas sans rapport avec la volonté hégémonique de Napoléon, celle de faire bénéficier les autres peuples de nos Lumières.

La Troisième République ne s'est pas, ainsi, contentée de prôner la liberté, l'égalité et la fraternité (qui ne se décrète pas), mais les a déclinées concrètement avec des projets de société clairement affichés : liberté de la presse, liberté d'association, liberté de penser, liberté de pratiquer sa religion ou de ne pas en avoir, liberté de choisir ses dirigeants, et pour que cette liberté puisse s'exercer pleinement et universellement, il faut des cadres, au-delà de la bienséance et de la déontologie, il faut l'encadrer par des mesures qui assurent l'égalité au départ de tous, en particulier dans le domaine de l'enseignement et de la santé. Et ces valeurs républicaines sont en évolution permanente avec certaines avancées sociétales comme l'abolition de la peine de mort.

C'est pourquoi il faut préserver précieusement cette loi du 9 décembre 1905, malgré les pressions des forces populistes d'un bord ou de l'autre. Elle est le cœur battant de notre « République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Notre moyen du vivre-ensemble (dont les populistes détestent jusqu'à l'expression).



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
120 ans après 1905, les Français partagent-ils encore, tous, les valeurs républicaines ?
Rapport parlementaire d'Aristide Briand sur la laïcité remis le 4 mars 1905 (à télécharger).
Communion nationale et creuset républicain.
Faut-il interdire le voile à l'Assemblée Nationale
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
Les sans-cravates de l'Assemblée.
La cause des femmes non voilées.
La laïcité tolérante mais intransigeante de Bernard Stasi.
Rapport Stasi du 11 décembre 2003 sur la laïcité (à télécharger).
Bernard Stasi et la peine de mort.
Discours du Président Jacques Chirac le 17 décembre 2003 à l’Élysée sur la laïcité (texte intégral).
La Commission Stasi : la République, le voile islamique et le "vivre ensemble".
L’immigration, une chance pour la France : Bernard Stasi toujours d’actualité !
Le Conseil d’État rejette définitivement le burkini à Grenoble.
Burkini, c’est fini ?
Burkini : la honte de Grenoble !
Burkini à Grenoble : Laurent Wauquiez et Alain Carignon vs Éric Piolle.
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Le burkini dans tous ses états.
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Au Panthéon de la République, Emmanuel Macron défend le droit au blasphème.
Une collusion tacite des secours humanitaires avec les passeurs criminels ?
Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Colbert !
Mort d’Adama Traoré : le communautarisme identitaire est un racisme.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
La laïcité depuis le 9 décembre 1905.
Le burkini réseau en question.
L’apéro saucisson vin rouge (12 juillet 2011).
L’esprit républicain.
Les valeurs chrétiennes de la République.
Le pape François et les valeurs européennes.
Le patriotisme.
Représenter le prophète ?
L’islam rouge (19 septembre 2012).
La laïcité et le voile.
La burqa et la République.
Terrorisme et islamisme.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251209-valeurs-republicaines.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/120-ans-apres-1905-les-francais-265061

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/08/article-sr-20251209-valeurs-republicaines.html

.

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2025 4 04 /12 /décembre /2025 03:48

« Christophe Gleizes était un pion dans un jeu diplomatique qui le dépassait. Il doit devenir un enjeu diplomatique majeur. » (Thibaut Bruttin, le 4 décembre 2025 sur France 24).




 


Consternation lorsque le verdict a été connu ce mercredi 3 décembre 2025 : la cour d'appel d'Alger a confirmé le jugement en première instance de la cour de Tizi Ouzou du 29 juin 2025, à savoir que le journaliste sportif français Christophe Gleizes est condamné à sept ans de prison ferme par la justice algérienne, reconnu coupable de deux chefs d'accusation, « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l'intérêt général ». Le journaliste français de 36 ans avait été arrêté le 28 mai 2024 à Tizi Ouzou et placé sous contrôle judiciaire jusqu'à sa première condamnation où il fut incarcéré.

En fait, ce que la justice algérienne lui reproche, c'est d'avoir interviewé un dirigeant sportif algérien il y a une dizaine d'années qui, par ailleurs, faisait partie du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie, mouvement considéré comme terroriste par l'État algérien en 2021 (donc, après cette interview !). Passionné par les joueurs africains de football, Christophe Gleizes était parti en Algérie avec un simple visa de touriste au lieu d'avoir un visa de presse, tort qu'il a reconnu au tribunal et il a alors demandé la « clémence » du juge.

Dès l'arrestation de Christophe Gleizes, il a reçu le soutien très actif de Reporters sans frontières (RSF) qui milite depuis lors pour sa libération. Au cours de ce procès en appel, le procureur avait requis une peine de dix ans de prison ferme, présentant le prévenu comme un dangereux « complice d'une opération criminelle », comme ce fut le cas aussi de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal.
 


À l'annonce de la confirmation de la peine de sept ans de prison ferme, la salle d'audience a été silencieuse, le public médusé, sidéré par la répétition d'une telle sévérité. Parce que Christophe Gleizes, journaliste sportif, n'avait aucune intention de sortir de son domaine de compétence, et notamment d'aller investiguer sur les oppositions politiques au pouvoir algérien.

À l'annonce du verdict, sa mère Sylvie était effondrée, elle qui, avec Maxime, le frère du journaliste, a tenté de mobiliser les médias et les gens pour réclamer la libération de son fils. Elle était d'autant plus déçue qu'elle croyait, avec la libération de Boualem Sansal le 12 novembre 2025, que la justice algérienne serait plus clémente et prononcerait une peine de prison avec sursis.
 


Son avocat français Emmanuel Daoud envisage désormais deux réactions à ce jugement en appel. D'une part, se pourvoir un cassation devant la Cour suprême algérienne, recours qui doit être déposé dans un délai de huit jours. Selon l'article 499 du code de procédure pénale algérien, ce recours est suspensif, ce qui veut dire que le journaliste a quelques chance d'être éventuellement remis en liberté. D'autre part, agir auprès de la Présidence algérienne pour demander la grâce, comme ce fut le cas de Boualem Sansal.

L'écrivain franco-algérien s'est montré, de son côté, très optimiste sur le sort de Christophe Gleizes, en affirmant le 4 décembre 2025 sur RTL : « Il va sortir dans une semaine, deux semaines, il va être gracié. », selon ses informations obtenues au téléphone.

Le gouvernement français a recommandé aux amis de Christophe Gleizes de ne pas en faire un otage du gouvernement algérien, de ne pas politiser cette détention, de rester plutôt discrets. Mais ce n'est pas du tout l'avis de Thibaut Bruttin, le directeur général de RSF, qui a précisé le 4 décembre 2025 sur France 24 : « Il faut absolument entrer dans une nouvelle phase, franchir une étape supplémentaire. (…) Il faut maintenant que toutes les énergies se déploient pour résoudre cette situation. ». Son objectif, c'est au contraire de faire beaucoup de bruit médiatique, de mobiliser le monde du sport, en particulier du football, pour faire libérer Christophe Gleizes. Il voudrait faire intervenir des stars du football comme Karim Benzema et Zinedine Zidane.

Ce qui est certain, c'est qu'il s'agit bien d'une action diplomatique et pas d'une action judiciaire. La méthode de Bruno Retailleau, consistant à maintenir la pression par un rapport de forces contre le pouvoir algérien, n'a abouti qu'à envenimer encore un peu plus les relations franco-algériennes. Chaque décision ou acte du gouvernement français est apprécié par le gouvernement algérien comme l'illustration d'une supposée intentions française d'humilier l'Algérie. Christophe Gleizes est la victime improbable d'un complexe d'infériorité des dirigeants algériens. Il ne doit pas être victime des nœuds diplomatiques demi-centenaires des relations passionnelles entre la France et Algérien. Qu'il soit libre immédiatement !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Libérer Christophe Gleizes, enjeu diplomatique majeur.
Boualem Sansal enfin libéré !
Boualem Sansal, toujours condamné en Algérie... et Christophe Gleizes aussi.
Boualem Sansal, un nouveau capitaine Dreyfus ?
Boualem Sansal.
Accords franco-algériens de 1968 : pas de quoi crier victoire pour le RN !
Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
José Gonzalez.
Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
Pierre Vidal-Naquet.
Jean Lacouture.
Edmond Michelet.
Jacques Soustelle.
Albert Camus.
Abdelaziz Bouteflika en 2021.
Le fantôme d’El Mouradia.
Louis Joxe et les Harkis.
Chadli Bendjedid.
Disparition de Chadli Benjedid.
Hocine Aït Ahmed.
Ahmed Ben Bella.
Josette Audin.
Michel Audin.
Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
François Mitterrand et l'Algérie.
Hervé Gourdel.
Mohamed Boudiaf.
Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
Abdelaziz Bouteflika en 2009.

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251203-christophe-gleizes.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/liberer-christophe-gleizes-enjeu-264986

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/05/article-sr-20251203-christophe-gleizes.html


.

Partager cet article
Repost0
11 novembre 2025 2 11 /11 /novembre /2025 14:15

« À l'issue de la cérémonie, le chef de l’État a reçu des porte-drapeaux, des membres des associations patriotiques, des membres du comité de la Flamme, des pensionnaires de l’Institution nationale des Invalides et des représentants du monde combattant ainsi que les représentants de la Mission Libération pour un déjeuner au Palais de l'Élysée. » (Communiqué de l'Élysée du 11 novembre 2025).





 


Le 11 novembre 2025 est un jour férié, mais plus que cela, un jour de commémoration populaire. C'était, ce mardi, le 107e anniversaire de l'Armistice, signée en pleine nuit pour être applicable le 11 novembre à 11 heures 11. Certains jusqu'au-boutistes ont voulu continuer le combat et certains soldats sont morts dans la matinée à cause de cela. Sans utilité puisque la paix était déjà déclarée. Mort inutilement, mais même avant l'Armistice, les morts de la guerre étaient-ils utiles ?

Je prétends que oui,
bien sûr, ils étaient malheureusement utiles, et c'est sans doute pour cela que je peux m'exprimer ici, en toute liberté, sans contrainte, que je peux choisir et assumer mes choix publiquement, en toute transparence, sans crainte d'être réprimé par une quelconque milice, et que je suis né Français, sans crainte de perdre ma Nation qui, comme le roc, a duré des millénaires et durera encore des millénaires.

Quand j'avais 15 ans, j'avais retrouvé, par ma grand-mère, une photographie de mon arrière-grand-père, son père, en uniforme, un bel homme de 30 ans en 1914 justement. Le double d'âge de moi, au début de la guerre. Je ne l'ai malheureusement pas connu pour des problèmes de chronologie des états-civils (je suis né après sa mort), mais j'ai eu l'occasion de connaître sa femme, mon arrière-grand-mère, légèrement plus âgée que lui (ce qui était un peu exceptionnel pour l'époque), avec qui j'ai pu avoir de longues conversations et qui me parlait de la "guerre de 70" (qu'elle n'avait pas connue car elle était née quatorze ans plus tard), elle me parlait des Schleu et des Boches parce que nous étions en Lorraine, meurtrie par les deux guerres mondiales, et quand je vois quelques images de la guerre en Ukraine, on a beau parler de hautes technologies, du renseignement, des drones, des missiles..., c'est une guerre de position où il faut des milliers de morts pour garder le front, ou conquérir quelques centaines de mètres, j'imagine sans peine l'horreur que furent ces quatre années sur cette terre devenue aride. Certains agriculteurs retrouvent encore aujourd'hui quelques bouts d'os de l'époque en labourant leurs champs.

C'est cela qu'on commémore le 11 novembre, la vaillance, la combativité, la mort de tous ces combattants qui, même si on est partisan de la paix, doivent être considérées comme utiles, indispensables à notre vie moderne pépère, confortable, sans danger sinon ceux de la menace des riches (trop manger, trop mal manger), et surtout, indispensables à notre liberté.

 


La disparition du service militaire, depuis quasiment une trentaine d'années, plus d'une génération, a rendu encore plus important ce type de cérémonie (le 11 novembre et le 8 mai) de recueillement et de prise de conscience que notre liberté n'était pas un acquis, une évidence, que des braves soldats, qui ne faisaient qu'obéir, en ont bavé quand ils n'en sont pas morts, dans les tranchées pleines de boue, sans nourriture, sans hygiène et, pour la plupart des rescapés, devenus complètement fous et sourds, tant le bruit des explosions était insupportable.

La cérémonie du 11 novembre est en quelque sorte l'équivalent républicain et national de la Toussaint pour les chrétiens, une commémoration des disparus, l'expression de notre gratitude, et, comme j'ai fait le tour du cimetière avec le curé il y a dix jours, j'ai fait aussi le tour du même cimetière avec le maire, les anciens maires et les autres officiels, gendarmes, autres militaires, policiers, pompiers, porte-drapeaux, etc. avec le recueillement devant le monument aux morts, les tombes des maires décédés et autres disparus qui ont compté pour les habitants (dont cet instituteur de 43 ans, arrêté pour faits de résistance le 4 août 1944, peu avant la Libération, qui est mort le 24 janvier 1945 déporté en Allemagne).

Et à Paris aussi, bien entendu, les commémorations du 11 novembre sont importantes, en particulier parce qu'il y a sous l'Arc-de-Triomphe la tombe du Soldat inconnu dont la flamme est ravivée chaque jour depuis la fin de la guerre, en guise de reconnaissance de la Nation toute entière. Le maître de cérémonie, pour la neuvième fois consécutive, était le Président de la République Emmanuel Macron.

En termes de cohésion nationale, la Constitution est assez claire sur les prérogatives du chef de l'État. Deux articles le précisent. L'article 5 : « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'État. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités. ». Et l'article 15 : « Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale. ».

 


Pendant toute la campagne présidentielle de 2017, on l'oublie un peu vite, on a souvent considéré que le candidat Emmanuel Macron était peu crédible sur le régalien. On lui concédait une compétence sur l'économie, l'innovation (et on a eu raison, le chômage a durablement baissé, et est au plus bas depuis quarante-cinq ans, la France reste le pays européen le plus attractif des investisseurs étrangers), mais on considérait qu'il n'était pas crédible sur le régalien, ce qui pouvait être fatal pour devenir chef de l'État.

C'est pourquoi dès sa prise de fonction, le 14 mai 2017, Emmanuel Macron a tenu à "rassurer" sur ce plan-là, et il me semble qu'il y est parvenu très rapidement puisque le principal reproche est depuis le début d'être un Président Jupiter qui s'occuperait de tout. En ce sens, on ne mobilise pas près d'une cinquantaine de millions d'électeurs pour élire un Président qui n'inaugurerait que les chrysanthèmes. L'hyper-présidentialisation n'est pas un phénomène récent et a commencé dès le premier jour de la Cinquième République avec De Gaulle qui a souhaité se faire élire Président de la République (et pas rester chef du gouvernement).
 


Or, depuis l'été 2024, Emmanuel Macron n'a plus que des postures régaliennes, faute d'avoir une majorité à l'Assemblée Nationale. Et il s'y complaît excellemment, et, je le répète, depuis le début de son premier mandat. Il a d'ailleurs multiplié les hommages et les cérémonies pour diverses raisons, dont la principale est l'expression de gratitude de la République française, capable de reconnaître les mérites de ses citoyens. Ce Président régalien pourra même être regretté dans l'avenir, puisqu'il n'a plus que dix-huit mois avant de terminer son second quinquennat.

Malgré l'impopularité, les dénigreurs professionnels, les râleurs patentés, les aboyeurs antipatriotiques et les fossoyeurs de l'indépendance nationale, le Président de la République s'acquitte avec brio de sa délicate mission de maintenir la cohésion nationale, au-delà des luttes politiciennes stériles. Je salue la dignité qu'il a toujours maintenue de la fonction présidentielle et son courage, tête haute et mains propres, comme dirait l'autre. Haut les cœurs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le 11 Novembre et le régalien.
De Gaulle et le gaullisme en 2025.
La Toussaint et ses mille visages !
Le 8 mai ou le 9 mai ?
Claude Bloch, passeur de mémoire.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251111-onze-novembre.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/le-11-novembre-et-le-regalien-264403

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/11/article-sr-20251111-onze-novembre.html


.

Partager cet article
Repost0
9 novembre 2025 7 09 /11 /novembre /2025 03:25

« La cohésion nationale est à notre époque très fragile pour différentes raisons. Le rôle du politique est de pondérer, temporiser, modérer, pas de renforcer les haines et les divisions. (…) Et dans tous les cas, dans toutes les circonstances, pensez avant tout [aux] victime[s] et à [leurs] proches ! » (28 avril 2025).





 


Il y a dix ans, le vendredi 13 novembre 2015, dans la soirée, une série d'attentats à Paris a endeuillé la France entière. Au total, on a compté 133 morts (130 morts et 3 victimes survivantes du Bataclan qui se sont suicidées, l'une en novembre 2017, une autre en novembre 2021 et la troisième en mai 2024) et 413 blessés dont 99 qui ont été placées en urgence absolue. Une journée particulièrement sanguinaire, parmi les attentats ayant fait le plus de victimes, en France et en Europe. En tout, six attaques dans la soirée, perpétrées par dix terroristes et une vingtaine de complices.

Lorsque j'ai entendu les premières annonces en début de soirée, une personne chère qui travaillait à Paris devait me rejoindre. Inutile de dire que je lui ai dit d'attendre avant de sortir prendre sa voiture. Et les sorties prévues à Paris le week-end qui arrivait étaient annulées. Une véritable peur, une psychose des attentats terroristes islamiques.


Les cibles n'étaient pas anodines. Après la rédaction de "Charlie Hebdo" en début d'année (le 7 janvier 2015), c'était le mode de vie à la française qui était atteint : le prélassement un soir de fin de semaine, plutôt doux pour la saison, ce qui justifiait de prendre un pot entre amis à une terrasse de bistrot ou de brasserie, une salle de spectacle avec des artistes supposés diaboliques (un concert du groupe américain de hard rock Eagles of Death Metal), enfin, un match de football (amical, entre la France et l'Allemagne) au Stade de France, à Saint-Denis, et parmi les spectateurs, le Président de la République François Hollande lui-même, qui s'est fait exfiltrer sans que les présents ne prennent connaissance de la réalité des attentats, pour foncer à l'Élysée et réunir immédiatement une cellule de crise. On allait parler des attentats du Bataclan en incluant évidemment les terrasses de café et le Stade de France, comme on parle des attentats de "Charlie Hebdo" qui ont fait d'autres victimes dans la course folle des terroristes, une policière et des présents à l'Hyper Casher de la Porte de Vincennes.
 


Sans doute le plus émouvant parce que le plus meurtrier (90 morts !), la fusillade à l'intérieur de la salle du Bataclan, puis la prise d'otages, avec des exécutions préférentielles, ont particulièrement touché les Français, et évidemment les centaines de spectateurs rescapés qui ont été ainsi marqués à vie (au point que trois se sont suicidés en dix ans). La prise d'otages a fait intervenir la BRI (brigade de recherche et d'intervention de Paris), la BI (brigade d'intervention de Paris) et le RAID, qui ont sécurisé les lieux après un combat très difficile de trois heures et demi.

L'âge moyen des victimes du 15 novembre 2015 était de 35 ans, depuis une lycéenne de 17 ans au Bataclan jusqu'à un chef d'entreprise de 68 ans également au Bataclan. Elles étaient principalement françaises (110 sur 133). Sept terroristes ont été tués ou se sont suicidés pendant la soirée du 15 novembre 2015, et en tout, la cour d'assises spéciale a reconnu coupables les vingt prévenus le 29 juin 2022 après plus de dix mois d'audiences, coupables de quasiment tous les chefs d'accusation. Sept terroristes y ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité dont six à la perpétuité incompressible (dont Salah Abdeslam, les cinq autres étaient absents et présumés tués en Syrie).

Bataclan Mon Amour... Comme il n'est pas possible de rappeler la mémoire de toutes les victimes du 15 novembre 2015, rappelons seulement la mémoire d'un couple, des jeunes gens joyeux à l'idée d'assister à un concert au Bataclan, joyeux à l'idée de passer une soirée sympathique. Parce que leur photo est tellement en opposition avec ce qu'ils ont réellement vécu ce soir-là, ils ont ému de nombreuses personnes. Elle s'appelait Marie Lausch et était originaire de Saint-Julien-lès-Metz ; il s'appelait Mathias Dymarski et était originaire d'Ancy-sur-Moselle. Victimes innocentes, toujours innocentes, de la folie terroriste.
 


Au-delà des "petits attentats" parfois meurtriers qui se sont multipliés en France depuis 2015 (après aussi ceux de mars 2012), un troisième gros attentat, celui au camion-bélier à Nice le 14 juillet 2016, a fini pour faire comprendre que la France (et plus généralement le monde) vivait désormais dans une nouvelle époque, celle du terrorisme islamique et surtout, de ses attentats suicides. Dès lors, la répression contre ce genre de terroristes qui ne craignent pas pour leur vie est dérisoire : seule la prévention, c'est-à-dire le renseignement, la surveillance des réseaux terroristes (notamment avec la loi n°2015-912 du 24 juillet 2015 relative au renseignement), permet d'empêcher de nouveaux attentats et en dix ans, ce sont des centaines de tentatives d'attentat qui ont été déjouées par les forces de l'ordre sur le territoire français.

Dix ans ont passé et le risque reste toujours très élevé. Très récemment, on a appris ce samedi 8 novembre 2025 que le 10 octobre 2025 ont été arrêtées trois jeunes femmes, âgées respectivement de 18, 19 et 21 ans, pour association de malfaiteurs terroristes, accusées de préparer des attentats de type terrasse de café et salle de spectacle à Lyon, Villeurbanne et Vierzon.


Du reste, un attentat à la voiture-bélier a fait cinq victimes, heureusement dont le pronostic vital n'est plus engagé, le 5 novembre 2025 à l'île d'Oléron, même si cet attentat ne serait pas d'origine terroriste islamique (l'auteur, alcoolique et consommateur de cannabis, converti à l'islam, a tout de même crié Allah Akbar !). De même, le 28 octobre 2025 à Londres, un attentat au couteau a fait un mort et deux blessés (le 2 octobre 2025, dans une synagogue de Manchester, un attentat à la voiture-bélier puis au couteau a fait deux morts et quatre blessés). Rappelons aussi Samuel Paty et Dominique Bernard assassinés dans le cadre d'un établissement scolaire, l'instruction républicaine étant évidemment l'ennemie de ces terroristes sectaires.

Ce serait donc une grande erreur de croire que cette période d'attentats est derrière nous. Malheureusement, cette possibilité d'un attentat terroriste islamique restera toujours aussi forte tant que Daech n'est pas totalement éliminé de Syrie et d'Irak. Ce terrorisme nous conduit à nous transformer en une société de surveillance... avec le consentement d'une grande majorité du peuple.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bataclan, ten years after.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Soumy : grâce musicale versus vulgarité brutale.
Syrie : peut-on encore massacrer en paix ?
Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...

Philippe Val et la promesse d'autres tragédies.
7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
L’esprit républicain.
Fête nationale : cinq ans plus tard…



 








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251112-attentat-bataclan.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/bataclan-ten-years-after-264313

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/08/article-sr-20251112-attentat-bataclan.html


.

Partager cet article
Repost0


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).