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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 23:48

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté un avis sur l'euthanasie le 10 avril 2018. Cet avis peut être lu sur son site Internet.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'avis (fichier .pdf) :
http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Avis/2018/2018_10_fin_vie.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180410-cese-fdv2018cb.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180410-avis-cese-euthanasie.html

 

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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 03:52

« Ô vous (…), les allongés, les promis à la mort, les sans force et sans pouvoir, à tout être humain vivant, il est permis d’être le sel de la terre. (…) Il lui suffit, dans l’océan de trouble et de douleur, d’une goutte de cette eau pure. (…) Tel est le mot de la divine douceur, le premier et le dernier, elle ne dit rien d’autre : il n’y a pas de bouche inutile. » (Maurice Bellet, 1987).


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Et voici que Vincent Lambert revient dans l’actualité, par la plus mauvaise porte : par une nouvelle "condamnation à mort". Vincent Lambert (41 ans) a été victime d’un accident de la circulation le 29 septembre 2008. Il est en "état de conscience minimal" que certains, même médecins, osent qualifier d’état "végétatif" contre toute dignité de l’humain : un être humain n’est pas une plante, quel que soi sont état, quel que soit son handicap, il reste humain, avec sa dignité et sa réalité. Ces dernières années, j’ai longuement évoqué sa douloureuse situation tant médicale que familiale et même judiciaire.

Au terme d’une quatrième procédure collégiale, ce lundi 9 avril 2018, le CHU de Reims s’est prononcé en faveur d’un "arrêt des traitements" de Vincent Lambert. La loi Claeys-Leonetti a précisé clairement que l’alimentation et l’hydratation font partie des "traitements" et pas des "soins", précision sémantique qui pourrait avoir une conséquence gravissime pour Vincent Lambert puisque la décision de l’hôpital Sébastopol (prise par le docteur Vincent Sanchez qui est déclaré "déterminé" par le neveu de Vincent) signifierait sa condamnation à mort.

Cette décision a été prise contre l’avis de ses parents mais en accord avec son épouse. Ses parents vont faire, dans un délai de dix jours, un recours auprès du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, et si c’est nécessaire, cela pourra remonter une fois encore au Conseil d’État, comme cela a été le cas dans les précédentes procédures judiciaires. La première décision d’arrêt des traitements avait été prise par le docteur Éric Kariger le 10 avril 2013 en catimini, sans consulter les parents de Vincent, en espérant bénéficier du fait accompli.

Cet avis a été pris en considérant que laisser vivre Vincent Lambert correspondrait à une "obstination déraisonnable". Or, le seul raisonnement qui conduit à ce constat d’obstination déraisonnable, c’est que l’on ne serait pas sûr que le patient ne souffre pas. Son neveu, particulièrement prosélyte pour son euthanasie, a donné, pour commenter l’avis du CHU qu’il approuve, une raison inquiétante : « Ca veut dire qu’on n’est pas sûr que Vincent ne ressent pas la souffrance. ». Faut-il donc tuer selon le principe de précaution ? S’il souffre vraiment, il existe pourtant des solutions pour lui éviter de ne pas souffrir sans le tuer.

Maître Jean Paillot, l’un des avocats des parents de Vincent, a déclaré : « Nous contestons le fait que Vincent soit en situation d’obstination déraisonnable : nous sommes en présence d’une décision d’euthanasie, d’arrêt de vie, et Viviane Lambert, son père, son frère et sa sœur ont reçu cette décision comme un coup de poing dans l’estomac. Ils ont assisté aujourd’hui à une condamnation à mort. ». Et de continuer : « C’est sur le terrain médical que nous allons nous placer (…). On a fait valoir des éléments médicaux qui ont été sciemment laissés de côté par le médecin. » (cité par "Science et Avenir" le 9 avril 2018).

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Tout le problème provient du fait que Vincent Lambert ne peut pas donner son avis éclairé et sincère, et n’a donné aucune consigne, aucune directive anticipée, avant de tomber dans cet état de conscience minimal, ni n’a désigné aucune personne de confiance qui aurait pu le représenter légalement sur ce terrain de la fin de vie. Et les proches de Vincent, d’une part, son épouse, d’autre part, ses parents, sont profondément divisés sur la décision à prendre pour lui. Ce qui explique les nombreuses procédures judiciaires depuis avril 2013. Personne ne doute que les deux "parties" agissent par amour pour le mari ou le fils. Mais personne n’a su les concilier pour une solution apaisée et pacifiée pour le bien de tous, et d’abord de Vincent.

Rappelons que Vincent Lambert n’est pas le seul patient dans cet état de conscience minimal. Plusieurs centaines voire milliers de personnes sont, en France, dans la même situation que lui. Rappelons que Vincent Lambert n’est pas en maintien artificiel de la vie : il n’a aucun branchement, aucune assistance respiratoire. Comme il ne peut pas déglutir (et je connais une personne très proche dont c’était le cas), il faut bien l’aider à s’alimenter et à s’hydrater. C’est la seule assistance… à personne en danger de mort sinon. Ceux qui ne peuvent pas manger ou boire tout seuls, ce n’est pas par milliers qu’on peut les compter en France mais plutôt par dizaines ou centaines de milliers. Où est l’obstination déraisonnable ?

Le service Coma Science Group du CHU de Liège, qui avait évalué l’état de Vincent en juillet 2011, a décrit un « état pauci-relationnel impliquant la persistance d’une perception émotionnelle et l’existence de possibles réactions à son environnement » et précise que « dès lors, l’alimentation et l’hydratation artificielles n’[ont] pas pour objet de le maintenir artificiellement en vie ». Les experts médicaux du Conseil d’État ont diagnostiqué, en avril 2014, « des troubles de la déglutition, une atteinte motrice sévère des quatre membres, quelques signes de dysfonctionnement du tronc cérébral » mais « une autonomie respiratoire préservée » (Ces deux avis ont été cités dans l’arrêt du 5 juin 2015 de la Cour européenne des droits de l’homme).

Rappelons aussi qu’une récente publication scientifique avait fait état, il y a quelques mois (le 25 septembre 2017), d’un retour à la conscience d’une personne sans espoir d’en revenir. La médecine est encore assez pauvre sur ces sujets mais les progrès peuvent arriver rapidement. Neurologue au CHU de Liège, un des spécialistes mondiaux du domaine, le professeur Steven Laureys l’avait déclaré dans "Le Monde" le 25 septembre 2017 : « Un vieux dogme voudrait qu’il n’existe aucune chance d’amélioration chez les patients sévèrement cérébrolésés depuis plus d’un an. Mais ce dogme est faux, comme le confirme cette étude. La plasticité cérébrale, cette capacité de remodelage et d’adaptation de notre cerveau, est parfois étonnante. ».

La question qui demeure sans arrêt dans les esprits, c’est pourquoi le CHU de Reims veut absolument garder Vincent Lambert alors qu’il n’est pas équipé, pas spécialisé pour soigner des patients dans sa situation. Il existe pourtant beaucoup d’établissements qui accueillent des personnes dans cette situation avec des soins qui correspondent à ses besoins, notamment en matière de kinésithérapie (aucun soin de ce type n’a été réalisé sur Vincent depuis des années, elle est là, la souffrance). Plusieurs fois, les parents ont fait une demande pour pouvoir faire prendre en charge leur fils dans un établissement médical spécialisé et à chaque fois, il leur a été refusé : pourquoi ?

La réponse juridique est compréhensible : la Cour de cassation avait jugé le 13 décembre 2017 que seule, l’épouse de Vincent, qui est sa tutrice légale (désignée le 10 mars 2016 par le juge des tutelles de Reims et confirmée le 8 juillet 2016 par la cour d’appel de Reims), était autorisée à faire la demande d’un transfert vers un autre établissement. La même instance avait en outre interdit aux parents l’accès au dossier médical de leur fils.

Mais la réponse d’humanité ? Pourquoi l’épouse refuse-t-elle un tel transfert ? Pourquoi refuser la seule lueur d’espoir ? Vincent Lambert est-il la victime collatérale d’un mouvement de lobbying très organisé en faveur de l’euthanasie et de la culture de la mort alors que se déroulent actuellement les états-généraux de la bioéthique ?

Jusqu’à maintenant, Viviane Lambert, la mère de Vincent, avait eu le plus gros choc de sa vie le 29 avril 2013 à Reims, lors du premier arrêt de traitements de son fils, auquel il avait mystérieusement survécu après un mois de jeûne forcé : « Je suis au chevet de mon fils. (…) Vincent n’a rien mangé depuis vingt jours. (…) Il est là, devant moi, dans un lit d’hôpital à Reims, amaigri, affaibli, et il va mourir. Dans un jour ? Dans cinq jours ? Je ne sais pas… Mais il va mourir parce que quelqu’un l’a décidé. Un médecin lui a supprimé toute nourriture, presque toute hydratation, pour le mettre sur un chemin de "fin de vie". Je parle à Vincent, mais il ne peut pas me répondre : il est en "état de conscience minimal" (…). Il peut ressentir des émotions, mais il est incapable de s’exprimer. Il me regarde, et il pleure. Des larmes coulent le long de ses joues. Il va mourir. Il souffre, je le sais : je suis sa mère ! » (Exprimé dans son livre publié le 7 mai 2015).

Cinq juges de la Cour européenne des droits de l’Homme, faisant partie de "l’opinion dissidente" de l’avis prononcé sur Vincent Lambert, s’exprimaient ainsi le 5 juin 2015 : « Nous posons donc la question : qu’est-ce qui peut justifier qu’un État autorise un médecin (…), en l’occurrence non pas à "débrancher" Vincent Lambert (celui-ci n’est pas branché à une machine qui le maintiendrait artificiellement en vie) mais plutôt à cesser ou à s’abstenir de le nourrir et de l’hydrater, de manière à, en fait, l’affamer jusqu’à la mort ? (…) Une personne lourdement handicapée, qui est dans l’incapacité de communiquer (…), peut être privée de deux composants essentiels au maintien de la vie, à savoir la nourriture et l’eau, et, de plus, la Convention [européenne des droits de l’Homme] est inopérante face à cette réalité. Nous estimons non seulement que cette conclusion est effrayante mais de plus, et nous regrettons d’avoir à le dire, qu’elle équivaut à un pas en arrière dans le degré de protection que la Convention et la Cour ont jusqu’ici offerte aux personnes vulnérables. ».

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Vincent Lambert n’est hélas pas seul dans cette situation médico-judiciaire précaire. Atteinte d’une maladie neuromusculaire auto-immune, Inès, une adolescente de 14 ans qui est tombée dans un état de conscience minimal le 22 juin 2017 à la suite d’une crise cardiaque, vit, elle aussi, dans cette incertitude de la vie. Dans le cadre de la loi Claeys-Leonetti et après une procédure collective, le chef du service d’anesthésie-réanimation du CHU de Nancy avait décidé l’arrêt des traitements le 21 juillet 2017 contre l’avis des deux parents. Cette décision a été validée par le tribunal administratif de Nancy le 7 décembre 2017, puis par le Conseil d’État le 5 janvier 2018 et enfin par la Cour européenne des droits de l’homme le 25 janvier 2018 (saisie avec la procédure d’urgence, cette dernière a en effet déclaré irrecevable la requête des parents).

Je ne reviendrai pas ici sur l’euthanasie, j’ai déjà longuement argumenté sur le sujet. Il ne s’agit pas de morale mais de société. Dans quelle société voulons-nous vivre demain ? Une société qui se priverait de ses personnes les plus fragiles, qui les éliminerait au lieu de les protéger, serait une société qui serait prête au Soleil vert, qui se déshumaniserait nécessairement. Toute personne improductive serait alors éliminable, car jusqu’où irait-on ? quelles en seraient les limites ? On parlerait déficit de la sécurité sociale, ou plutôt, on éviterait de parler gros sous mais on y penserait très fort. Des fictions ont déjà été écrites sur le sujet, de quoi frémir. Au-delà de cet effrayant avenir, il y a aussi le progrès de la médecine qui est en jeu : si l’on tue au lieu de chercher à guérir, on ne guérira plus aucune maladie ou trouble grave dans quelques décennies…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 avril 2018)
http://www.rakotoarison.eu

Les quatre illustrations proviennent de tableaux de Paula Modersohn-Becker.


Pour aller plus loin :
Vincent Lambert et Inès : en route vers une société eugénique ?
Le congé de proche aidant.
Stephen Hawking, le courage dans le génie.
Le plus dur est passé.
Le réveil de conscience est possible !
On n’emporte rien dans la tombe.
Le congé de proche aidant.
Un génie très atypique.
Les nouvelles directives anticipées depuis le 6 août 2016.
Un fauteuil pour Vincent !
Pour se rappeler l'histoire de Vincent.
Dépendances.
Sans autonomie.
La dignité et le handicap.
Alain Minc et le coût des soins des "très vieux".
Euthanasie ou sédation ?
François Hollande et la fin de vie.
Les embryons humains, matériau de recherche ?
Texte intégral de la loi n°2016-87 du 2 février 2016.
La loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016.
La leçon du procès Bonnemaison.
Les sondages sur la fin de vie.
Les expériences de l’étranger.
Indépendance professionnelle et morale.
Fausse solution.
Autre fausse solution.
La loi du 22 avril 2005.
Chaque vie humaine compte.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180409-vincent-lambert-fdv2018ca.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/vincent-lambert-et-ines-en-route-203233

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/04/10/36309434.html



 

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27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 03:15

« Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces. » (Jean Jaurès, Albi le 30 juillet 1903).


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Je reviens sur l’attentat du 23 mars 2018 à Trèbes et sur l’émotion de la mort du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame qui a donné sa vie pour sauver celle des autres, pris en otages dans la supérette par le terroriste islamiste. Dès l’annonce de sa mort tôt le samedi matin, une onde de choc et d’émotion a envahi le pays et même au-delà (par exemple, comment ne pas "apprécier" la réaction de Donald Trump avec son tweet : « La France honore un grand héros. » ?).

Arnaud Beltrame recevra ce mercredi 28 mars 2018 à 11 heures 30 un hommage national dans la cour d’honneur des Invalides en présence du Président de la République Emmanuel Macron, pour honorer son acte de bravoure et de sacrifice qu’on pourrait appeler "amour". Emmanuel Macron avait déjà déclaré le 24 mars 2018 : « [Il] est mort au service de la Nation, à laquelle il avait déjà tant apporté. En donnant sa vie pour mettre un terme à l’équipée meurtrière d’un terroriste djihadiste, il est tombé en héros. ».

Le sentiment de fierté se mêle presque au sentiment de tristesse. Fierté qu’un représentant de la République, pas un élu mais un protecteur de la République, un représentant de l’autorité républicaine, un représentant de l’État de droit, celui pour qui l’essentiel est de permettre à chaque citoyen de vivre tranquillement, sans trouble, ait commis un acte dont on ne répétera jamais assez l’intensité du courage. Donner sa vie. Et insistons-le : il n’a pas fait "que" son travail. Il est allé bien au-delà.

La réaction de la quasi-unanimité, c’est cette reconnaissance de ce courage, cet hommage à un homme quasiment surhumain. À de très rares exceptions près, et je me demande d’ailleurs, à ce sujet, si c’est très productif de faire la publicité de ces aigris anti-maréchaussée qui n’ont aucun sens des valeurs, celle de la vie, celle du courage, celle de la bravoure, celle du don de soi et qui ne font finalement qu’exprimer leurs aigreurs bien assis dans leur fauteuil derrière un écran (mais pas anonymement, rappelons-le toujours, le numérique n’est jamais anonyme).

Ces hommages quasi-unanimes sont justice pour Arnaud Beltrame et j’espère que la Nation ne cessera de le remercier, de l’honorer, qu’il soit un exemple sinon un modèle, que les jeunes puissent s’identifier à lui, qu’il donne une autre tournure des valeurs qui parfois s’effilochent au fil du consumérisme et de la communication par zapping qui polluent notre société humaine.

Quant aux médias, ils font leur travail. On peut s’en agacer mais pas le leur reprocher. Ainsi, la vie du gendarme est disséquée, étalée dans le but de la valoriser, les membres de sa famille se sont exprimés, les voisins, les collègues, les camarades de promotion, les amis… Je préfère mille fois qu’on parle d’Arnaud Beltrame à ce qu’on ressasse encore sur l’héritage de Johnny Hallyday. Il ne s’agit pas de les opposer mais simplement de mesurer l’importance du temps d’antennes pour les valeurs à mettre en avant.

Certains journaux, comme "Le Figaro", "La Croix" ou l’hebdomadaire "La Vie" ont mis en avant la foi catholique d’Arnaud Beltrame. Faut-il en parler et faut-il la mettre en avant ? Avec le risque de placer le débat public dans une perspective de croisade chrétienne contre les Sarrasins ? Je crois que oui, malgré ce risque. Je crois qu’il faut même insister, non sur la foi catholique en général, mais sur la foi personnelle d’Arnaud Beltrame.

Pas de croisade, en effet. Le gendarme avait mené une mission aux côtés de soldats irakiens musulmans en 2005, il n’y a donc pas lieu de placer la réflexion dans une fausse guerre de religions.

Pas de croisade non plus aujourd’hui. Lors de la messe des Rameaux en l’église Saint-Étienne de Trèbes, le 25 mars 2018, célébrée par l’évêque de Carcassonne et de Narbonne, Mgr Alain Planet, les musulmans et les chrétiens se sont retrouvés dans une unité multiconfessionnelle pour dénoncer les assassinats gratuits du terroriste islamiste. L’imam de la mosquée du Viguier de Carcassonne, Mohamed Belmihoub, est venu soutenir ainsi les victimes : « On ne trouve pas les mots, on est bouleversés. On fait partie de cette nation, c’est la France multicolore, multiconfession. Il faut que tout le monde se mette ça dans la tête. On est condamnés à vivre ensemble et à combattre ces brebis égarées. ». L’évêque a commenté : « Votre présence nous dit que les fauteurs de haine ne gagneront pas. ». Impossible d’imaginer l’esprit des croisades avec de tels échanges.

La foi du gendarme était importante dans sa vie. C’est pourquoi il me paraît important d’en parler. La laïcité, c’est de permettre à chacun de croire ou de ne pas croire, ce n’est pas de cacher sinon censurer la foi d’un héros. Mgr Alain Planet l’a déclaré dans son homélie du 25 mars 2018 : « Je sais aujourd’hui, par les témoignages nombreux que j’ai reçus, que le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame joignait à son dévouement de soldat la foi d’un chrétien. ».

On a ainsi évoqué la venue d’un prêtre à son chevet à l’hôpital avant de mourir (mais peut-être était-il déjà mort ?). Rappelons d’ailleurs que "l’extrême-onction" n’est pas un sacrement pour celui qui va mourir, mais un sacrement pour donner au malade la force de surmonter la maladie et d’éviter de mourir, mais ici n’est pas le lieu pour ce genre de nuance. Déjà marié civilement le 27 août 2016, le gendarme devait se marier religieusement le 9 juin 2018. On imagine l’extrême tristesse de son épouse, de sa famille, de ceux qui se projetaient déjà dans cette fête encore lointaine qui n’aura jamais lieu.

Dans "Ce que je crois" (1978), l’ancienne ministre François Giroud a écrit : « La foi est une espérance tragique. ». Je suis bien incapable de connaître la nature exacte de la foi d’Arnaud Beltrame. Les témoignages nombreux laissent entendre qu’il aurait été en réflexion philosophique pendant de longues années. Qu’il se serait converti au catholicisme il y a onze ans (il était officier de gendarmerie depuis longtemps), qu’il aurait aussi été franc-maçon pendant quelques temps. Que jeune, il se serait posé déjà beaucoup de questions philosophiques et qu’il aurait fait partager ses réflexions à des proches. Que cet acte extrême du sacrifice, il l’avait imaginé depuis longtemps, il l’avait "mûri" depuis longtemps.

Bien sûr qu’il y a risque de "récupération". Surtout dans cette période d’émotion intense. Récupération politique, récupération religieuse. Mais il y a aussi de la reconnaissance partagée par tous. Arnaud Beltrame appartient désormais au peuple français en entier parce qu’il a fait don de sa vie pour le sauver, en quelques sortes. C’est d’ailleurs une drôle de coïncidence que cela corresponde à la veille du début de la Semaine Sainte pour les chrétiens qui les fait revivre la douloureuse Passion du Christ puis sa résurrection à Pâques (le dimanche 1er avril 2018).

Avec beaucoup de pertinence, le magazine "La Vie" a mis en parallèle, dès le 23 mars 2018, l’acte héroïque exceptionnel d’Arnaud Beltrame et le sacrifice du père Maximilien Kolbe (1894-1941). Kolbe était un prêtre franciscain polonais qui a été arrêté par la Gestapo le 17 février 1941 et envoyé au camp d’extermination d’Auschwitz le 28 mai 1941 parce qu’il avait refusé de renier sa foi face aux nazis.

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Le 31 juillet 1941, après l’évasion d’un prisonnier, les nazis ont choisi dix hommes pour les faire mourir de faim, isolés dans un bunker, comme ils le faisaient à chaque évasion. Kolbe proposa aux nazis d’échanger sa vie contre celle d’une des personnes choisies, qui était père de famille. Les nazis ont accepté. Le père de famille a vécu jusqu’en 1995 (et ses enfants sont tous morts d’un bombardement en 1945). Quant au père Kolbe, il a survécu à ses neuf autres camarades d’infortune au bout de deux semaines et fut achevé par l’injection d’un produit létal par les nazis le 14 août 1941 puis incinéré dans un four crématoire le lendemain. Il fut béatifié par Paul VI le 17 octobre 1971 et canonisé par Jean-Paul II le 10 octobre 1982, ces deux cérémonies en présence même du père de famille infiniment reconnaissant (qui avait été arrêté par les nazis parce qu’il avait aidé des résistants juifs polonais).

La journaliste de "La Vie", Alexia Vidot, après avoir cité saint Paul : « Pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir ? » (Romains 5, 7), a poursuivi avec cette question : « Mais pour un inconnu ? (…) Ce commandement de l’amour rédempteur, qui est désintéressé, gratuit, parfait, Maximilien Kolbe l’a vécu sang pour sang. ». Et de citer ensuite Jean-Paul II : « Cette mort affrontée spontanément, par amour pour l’homme, ne constitue-t-elle pas un accomplissement particulier des paroles du Christ ? » (10 octobre 1982).

Dans "Amoralités familières" (éd. Grasset), le chroniqueur Maurice Chapelan a rappelé en 1964 une caractéristique de la foi : « La foi ne se prouve pas, elle s’éprouve. Les croyants n’ont pas besoin de preuves, mais d’épreuves. ».

Pourtant, cet acte sacrificiel est déconseillé voire interdit par les autorités de l’État. Car face à un terroriste sans valeurs, sans respect de la vie, sans honneur, le risque évident du sacrifice est de rajouter des victimes aux victimes.

Ce qu’il s’est passé à Trèbes le 23 mars 2018, ce n’était donc évidemment pas un affrontement entre une religion et la République, encore moins un combat entre l’islam et le christianisme, mais entre un fanatisme, sans foi ni loi, sans religion ni nation, et des valeurs qui unissent la foi chrétienne (mais pas seulement) et la République, et plus généralement, qui rassemblent la communauté nationale dans ce qu’elle a de plus cher, la vie.

Arnaud Beltrame pourrait le cas échéant être béatifié voire canonisé par l’Église, il pourrait être panthéonisé par la République, personne, aucune chapelle ne pourrait de toute façon récupérer son geste personnel, intimement personnel, parce qu’il appartient déjà à l’histoire nationale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 mars 2018)
http://www.rakotoarison.eu


(Première photographie provenant de Wikipédia, datée du 16 février 2018).

Précisions :
Les autres victimes de l'attentat terroriste du 23 mars 2018 à Carcassonne et à Trèbes sont Jean Mazières (66 ans), retraité, qui était le passager de la voiture volée par le terroriste, Christian Medvès (50 ans), chef boucher au Super U de Trèbes, et Hervé Sosna (65 ans), retraité, un client du Super U.


Pour aller plus loin :
Arnaud Beltrame, la foi et la République.
Que faire des djihadistes français en Syrie ?
L’attentat du Super U de Trèbes le 23 mars 2018.
Les attentats de Barcelone et de Cambrils (17 et 18 août 2017).
Daech : toujours la guerre.
Les attentats du 11 septembre 2001.
L’attentat de Manchester du 22 mai 2017.
L’attentat de Berlin du 19 décembre 2016.
L’unité nationale.
L'assassinat du père Jacques Hamel.
Vous avez dit amalgame ?
L'attentat de Nice du 14 juillet 2016.
L'attentat d'Orlando du 12 juin 2016.
L'assassinat de Christina Grimmie.
Les valeurs républicaines.
Les assassinats de Merah (mars 2012).
Les attentats contre "Charlie-Hebdo" (janvier 2015).
Les attentats de Paris du 13 novembre 2015.
Les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Daech.
La vie humaine.
La laïcité.
Le patriotisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180326-arnaud-beltrame.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/arnaud-beltrame-la-foi-et-la-202734

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/03/27/36266595.html

 

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24 mars 2018 6 24 /03 /mars /2018 04:05

Hommage au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, héros national.


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Un ancien patron du GIGN l’affirmait dans la soirée du 23 mars 2018 : aucune procédure n’a jamais été proposée aux gendarmes pour donner leur vie à la place d’autres citoyens. Même s’ils connaissent les risques de leur métier, leur objectif n’est jamais d’aller à la mort en toute conscience. Quel pouvoir pourrait leur imposer ?

S’approcher de la mort, c’est pourtant ce qu’a fait le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame (44 ans) qui vient de mourir dans la nuit du 23 au 24 mars 2018 de ses blessures. En décembre 2017, il avait participé à un exercice de simulation d’attentat dans un supermarché à Carcassonne (selon "La Dépêche du Midi"). Le Président Emmanuel Macron avait déclaré avant son décès : « Il a sauvé des vies, a fait honneur à son arme et à notre pays. ».

Originaire de Bretagne, Arnaud Beltrame venait d’être affecté en août 2017 comme officier adjoint au commandement du groupement de gendarmerie de l’Aude. Il avait été affecté à Satory, dans les Yvelines, à la gendarmerie mobile, puis a été nommé entre 2010 et 2014 commandant de la compagnie d’Avranches, dans la Manche, puis a été nommé conseiller auprès du secrétaire général au Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie pour coordonner l’action du gouvernement dans la lutte contre les crimes environnementaux (selon "Libération"). Décoré de l’ordre national du Mérite en 2012, il a été promu lieutenant-colonel en 2016. Il fut membre du GIGN et est officier depuis l’âge de 26 ans. Il venait de postuler à l’École de guerre, dont le concours qu’il avait passé est très difficile.

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Le vendredi 23 mars 2018 a eu lieu un nouvel attentat terroriste islamiste qui a été revendiqué par Daech. Un fanatisé de l’extrémisme islamiste a tué quatre personnes et blessé quinze autres. Il a volé une voiture, tué un passager, tiré sur des forces de l’ordre en train de faire du jogging puis s’est réfugié dans un supermarché à Trèbes, pas loin de Carcassonne où il a tué un client et un employé avant de prendre en otage les personnes présentes.

Depuis les assassinats commis par Merah, on connaît le jusqu’au-boutisme de "ces terroristes". Ils n’ont tellement aucun respect de la vie qu’ils ne respectent même pas leur vie. Au contraire, ils voudraient tomber en "martyrs". C’est cela qui est dangereux, car aucune discussion ne peut véritablement avoir lieu. Les objectifs des forces de l’ordre, c’est d’agir pour qu’il y ait le moins de victimes possible, mais dans une telle situation, c’est difficile de ne pas prévoir le pire.

Un gendarme, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, est allé bien au-delà de ses prérogatives. Par un acte de grande bravoure, il a réussi à échanger la vie de tous les otages contre la sienne. Quand on connaît la détermination de "ces terroristes", on ne doit pas imaginer beaucoup de cadeaux de leur part. Arnaud Beltrame a été blessé par des coups de couteau et deux fois par tir. L’extrême courage de sa part aurait mérité qu’il survît à ses blessures. Il ne sera honoré par la Nation hélas que mort. Toutes les larmes de la Nation ne compenseront pas le chagrin infini de son épouse et de sa famille.

On pourra toujours rappeler que les risques d’attentat sont toujours bien réels. Le précédent attentat en France avait coûté la vie à deux jeunes femmes d'une vingtaine d'années (Mauranne et Laure) sur le parvis de la gare Saint-Charles à Marseille, tuées par un terroriste islamiste le 1er octobre 2017. Le Ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a révélé que depuis le début de l’année, la police a fait échouer deux préparations d’attentat, un prévu dans un centre sportif, un autre contre des militaires. Il est nécessaire que, sans paranoïa, chacun, chaque citoyen, soit capable d’imaginer qu’un attentat puisse survenir à n’importe quel moment de l’existence, dans des activités aussi banales que prendre le métro, prendre un pot à une terrasse de café, faire des courses, aller au musée, assister à un spectacle ou à un événement sportif, etc. au même titre que lorsqu’on prend le volant, on peut risquer sa vie et celle des autres. Avoir juste cette petite idée au fond de l’esprit sans en être obsédé, mais rester toujours vigilant.

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L’acte de courage exceptionnel d’Arnaud Beltrame devra être honoré à sa juste place. Pas devenir un modèle, car ce n’est pas donné à tout le monde, et sûrement pas à moi, d’avoir un tel courage. Mais le remercier, tout simplement le remercier. On dit que la guerre a permis aux lâchetés et au courage de s’exprimer. Oui, c’est vrai. L’héroïsme ne peut se révéler que dans des situations dramatiques. Pourtant, les situations dramatiques ne sont pas si rares qu’on pourrait le croire, pas seulement dans les guerres lointaines ou lors d’attentats dont la probabilité de fréquence, heureusement, reste faible. Dans la vie quotidienne, on peut se retrouver devant ce choix de risquer sa propre vie pour sauver la vie d’un autre (un enfant à l’eau, un accident de la route, etc.). Rien n’est évident car il faut d’abord avoir une bonne analyse de la situation avant d’agir sans que ce ne soit inutile.

Ce courage, c’est le meilleur hommage à la patrie. C’est pour cela que la République ne devra jamais oublier la mémoire d’Arnaud Beltrame, que son acte entre, lui aussi, dans l’histoire, qu’il ne soit pas vain, jamais vain. D’une manière ou d’une autre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 mars 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Note du 25 mars 2018 à 12h30 :
Les autres victimes de cet attentat terroriste sont Jean Mazières (66 ans), retraité, qui était le passager de la voiture volée par le terroriste, Christian Medvès (50 ans), chef boucher au Super U de Trèbes, et Hervé Sosna (65 ans), retraité, un client du Super U.


Pour aller plus loin :
L’attentat du Super U de Trèbes le 23 mars 2018.
Les attentats de Barcelone et de Cambrils (17 et 18 août 2017).
Daech : toujours la guerre.
Les attentats du 11 septembre 2001.
L’attentat de Manchester du 22 mai 2017.
L’attentat de Berlin du 19 décembre 2016.
L’unité nationale.
L'assassinat du père Jacques Hamel.
Vous avez dit amalgame ?
L'attentat de Nice du 14 juillet 2016.
L'attentat d'Orlando du 12 juin 2016.
L'assassinat de Christina Grimmie.
Les valeurs républicaines.
Les assassinats de Merah (mars 2012).
Les attentats contre "Charlie-Hebdo" (janvier 2015).
Les attentats de Paris du 13 novembre 2015.
Les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Daech.
La vie humaine.
La laïcité.
Le patriotisme.

_yartiBeltrameArnaud04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180323-arnaud-beltrame.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/donner-sa-vie-202663

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/03/24/36258857.html





 

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22 mars 2018 4 22 /03 /mars /2018 19:48

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190511-vincent-lambert-fdv2019cm.html


Déclaration de la Conférence des évêques de France sur la fin de vie le 22 mars 2018
Évêques de France : oui à l'urgence de la fraternité !

Nous devons tous pouvoir réfléchir le plus sereinement possible à la fin de vie. En apportant leur éclairage, les 118 évêques de France signent une Déclaration « Fin de vie : oui à l’urgence de la fraternité ! », ce jeudi 22 mars 2018. Ils expriment leur compassion envers leurs frères et sœurs en fin de vie et saluent les professionnels de santé qui leur procurent une réelle qualité de vie avec une fin de vie la plus apaisée possible. Ils déplorent les disparités d’accès aux soins palliatifs sur le territoire national, ainsi que l’insuffisance des formations proposées aux personnels soignants, car cela engendre des souffrances tragiques. Ce sont elles qui occasionnent les demandes de légalisation d’assistance au suicide et d’euthanasie.

Avec ces constats, les évêques de France avancent six raisons éthiques majeures pour s’opposer à cette légalisation qui, à nouveau, troublerait profondément notre société. Ils appellent leurs concitoyens et leurs parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres.

Les 118 évêques signataires insistent : « Ne nous trompons donc pas d’urgence ! »


 

Quelles que soient nos convictions, la fin de vie est un temps que nous vivrons tous et une inquiétude que nous partageons. Chacun doit donc pouvoir y réfléchir le plus sereinement possible, en évitant les écueils des passions et des pressions.

Nous voulons avant tout exprimer notre pleine compassion envers nos frères et sœurs en « fin de vie », comme l’Église a toujours essayé de le faire. Ils se présentent dans leur faiblesse, parfois extrême. Leur existence est un appel : de quelle humanité, de quelle attention, de quelle sollicitude ferons-nous preuve envers eux qui vivent au milieu de nous ?

Nous saluons les professionnels de santé qui leur procurent une qualité de vie dans une fin de vie la plus apaisée possible, grâce à leur compétence technique et à leur humanité, aussi bien dans le suivi quotidien que dans les situations d’urgence. Certains d’entre eux sont engagés, souvent avec de fortes convictions personnelles, en soins palliatifs. Grâce à eux et à l’effort de déploiement de ces soins, nombre de nos concitoyens vivent de manière apaisée leur fin de vie.

Cependant, ces soins ne sont pas suffisamment développés et les possibilités de soulagement de la souffrance sous toutes ses formes ne sont pas assez connues. Il est urgent de combattre cette ignorance, source de peurs qui ne sont jamais bonnes conseillères et dont s’abreuvent les sondages.

Ancrés dans l’ensemble du territoire, nous déplorons les disparités d’accès aux soins palliatifs ainsi que l’insuffisance de formations proposées au personnel médical et soignant, ce qui engendre des souffrances parfois tragiques. C’est pourquoi l’urgence consiste à poursuivre le développement des soins palliatifs pour que toute personne en ayant besoin puisse, selon la loi du 9 juin 1999, y avoir accès quel que soit son lieu de vie, y compris dans les EHPAD et dans les maisons de retraite.

En raison de ces carences et de la médiatisation de certains cas, plusieurs réclament un changement de la loi par la légalisation d’une assistance médicale au suicide et de l’euthanasie. Face à cette réclamation, nous affirmons notre opposition éthique pour au moins six raisons :

1. La dernière loi a été votée récemment, le 2 février 2016. Dans la suite de celle du 22 avril 2005 – dont le retentissement fut international –, elle poursuit l’effort d’une prise en charge responsable et collégiale de la part des soignants pour garantir une fin de vie apaisée. Son application est encore largement en chantier et demande une formation appropriée. Apprécier, au cas par cas, comment accompagner au mieux chaque personne en grande vulnérabilité demande temps, discernement et délicatesse. Changer la loi manifesterait un manque de respect non seulement pour le travail législatif déjà accompli, mais aussi pour la patiente et progressive implication des soignants. Leur urgence, c’est qu’on leur laisse du temps.

2. Fort de la fraternité qu’il proclame, comment l’État pourrait-il, sans se contredire, faire la promotion – même encadrée – de l’aide au suicide ou de l’euthanasie tout en développant des plans de lutte contre le suicide ? Ce serait inscrire au cœur de nos sociétés la transgression de l’impératif civilisateur : « Tu ne tueras pas. » Le signal envoyé serait dramatique pour tous, et en particulier pour les personnes en grande fragilité, souvent tiraillées par cette question : « Ne suis-je pas un poids pour mes proches et pour la société ? » Quelles que soient les subtilités juridiques recherchées pour étouffer les problèmes de conscience, le geste fratricide se dresserait dans notre conscience collective comme une question refoulée et sans réponse : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

3. Si l’État confiait à la médecine la charge d’exécuter ces demandes de suicide ou d’euthanasie, des personnels soignants seraient entraînés, malgré eux, à penser qu’une vie ne serait plus digne d’être vécue, ce qui serait contraire au Code de déontologie médicale : « Le médecin, au service de l’individu et de la santé publique, exerce sa mission dans le respect de la vie humaine, de la personne et de sa dignité. » Selon Paul Ricœur reprenant la tradition hippocratique, la relation de soin est par nature un « pacte de confiance » qui unit soignés et soignants et qui interdit à ces derniers, au nom de cette dignité, de faire volontairement du mal à autrui et encore moins de le faire mourir. Tuer, même en prétendant invoquer la compassion, n’est en aucun cas un soin. Il est urgent de sauvegarder la vocation de la médecine.

4. Même si une clause de conscience venait protéger les soignants, qu’en serait-il des personnes vulnérables ? Dans leur autonomie, elles ont besoin de confiance et d’écoute pour confier leurs désirs, souvent ambivalents. Quelle serait la cohérence de l’engagement médical si, dans certains lieux, des soignants étaient prompts à accéder à leurs désirs de mort chimiquement provoquée, tandis que dans d’autres, ils les accompagnaient, grâce à l’écoute patiente et au soulagement des différentes souffrances, vers une mort naturelle paisible ? La vulnérabilité de personnes – jeunes et moins jeunes – en situation de dépendance et de fin de vie appelle non un geste de mort mais un accompagnement solidaire. La détresse de celles qui demandent parfois que l’on mette fin à leur vie, si elle n’a pu être prévenue[1], doit être entendue. Elle oblige à un accompagnement plus attentif, non à un abandon prématuré au silence de la mort. Il en va d’une authentique fraternité qu’il est urgent de renforcer : elle est le lien vital de notre société.

5. Les tenants de l’aide au suicide et de l’euthanasie invoquent « le choix souverain du malade, son désir de maîtriser son destin ». Ils prétendent que « l’exercice de ce droit n’enlève rien à personne. C’est le type même de la liberté personnelle qui ne déborde pas sur la liberté d’autrui ». Mais qu’est-ce qu’une liberté qui, au nom d’une illusoire autonomie souveraine, enfermerait la personne vulnérable dans la solitude de sa décision ? L’expérience atteste que la liberté est toujours une liberté en relation grâce à laquelle le dialogue se noue afin que le soignant soit bienfaisant. Nos choix personnels, qu’on le veuille ou non, ont une dimension collective. Les blessures du corps individuel sont des blessures du corps social. Si certains font le choix désespéré du suicide, la société a avant tout le devoir de prévenir ce geste traumatisant. Ce choix ne doit pas entrer dans la vie sociale par le biais d’une coopération légale au geste suicidaire.

6. Réclamer sous quelque forme que ce soit une « aide médicale à mourir », c’est imaginer, comme c’est le cas dans des pays voisins, des institutions spécialisées dans la mort. Mais alors quelles institutions ? Et avec quel financement ? Ou bien, c’est conduire notre système de santé à imposer à nos soignants et à nos concitoyens une culpabilité angoissante, chacun pouvant être amené à s’interroger : « Ne devrais-je pas envisager un jour de mettre fin à ma vie ? » Cette question sera source d’inévitables tensions pour les patients, leurs proches et les soignants. Elle pèserait gravement sur la relation de soin.

Ne nous trompons donc pas d’urgence !

Face aux troubles et aux doutes de notre société, comme le recommande Jürgen Habermas, nous offrons le récit du « bon Samaritain » qui prend en charge « l’homme à demi-mort », le conduit dans une « auberge » hospitalière et exerce la solidarité face à la « dépense » qu’occasionnent ses « soins ». À la lumière de ce récit, nous appelons nos concitoyens et nos parlementaires à un sursaut de conscience pour que s’édifie toujours plus en France une société fraternelle où nous prendrons individuellement et collectivement soin les uns des autres. Cette fraternité inspira l’ambition de notre système solidaire de santé au sortir de la Seconde guerre mondiale. Que ferons-nous de cette ambition ? La fraternité relève d’une décision et d’une urgence politiques que nous appelons de nos vœux.

Card. Philippe BARBARIN, archevêque de Lyon,
Card. Jean-Pierre RICARD, archevêque de Bordeaux, évêque de Bazas,
Card. André VINGT-TROIS, archevêque émérite de Paris,

Mgr Georges PONTIER, archevêque de Marseille et président de la CEF,
Mgr Pierre-Marie CARRÉ, archevêque de Montpellier et vice-président de la CEF,
Mgr Pascal DELANNOY, évêque de Saint-Denis et vice-président de la CEF,

Mgr Marc AILLET, évêque de Bayonne, Lescar-Oloron,
Mgr Bernard-Nicolas AUBERTIN, archevêque de Tours,
Mgr Gilbert AUBRY, évêque de Saint-Denis de la Réunion,
Mgr Eric AUMONIER, évêque de Versailles,
Mgr Michel AUPETIT, archevêque de Paris,
Mgr Jean-Marc AVELINE, évêque auxiliaire de Marseille,
Mgr Claude AZEMA, évêque auxiliaire de Montpellier,
Mgr Philippe BALLOT, archevêque de Chambéry, évêque de Maurienne et Tarentaise,
Mgr Jean-Louis BALSA, évêque de Viviers,
Mgr Sylvain BATAILLE, évêque de Saint-Etienne,
Mgr Jean-Pierre BATUT, évêque de Blois,
Mgr Jérôme BEAU, évêque auxiliaire de Paris,
Mgr Jacques BENOIT-GONNIN, évêque de Beauvais, Noyon et Senlis,
Mgr Didier BERTHET, évêque de Saint-Dié,
Mgr Francis BESTION, évêque de Tulle,
Mgr Dominique BLANCHET, évêque de Belfort-Montbéliard,
Mgr Jacques BLAQUART, évêque d’Orléans,
Mgr Yves BOIVINEAU, évêque d’Annecy,
P. Jean BONDU, administrateur diocésain de Luçon,
Mgr Jean-Luc BOUILLERET, archevêque de Besançon,
Mgr Jean-Claude BOULANGER, évêque de Bayeux-Lisieux,
Mgr Pierre-Antoine BOZO, évêque de Limoges,
Mgr Thierry BRAC de la PERRIÈRE, évêque de Nevers,
Mgr Nicolas BROUWET, évêque de Tarbes et Lourdes,
Mgr Jean-Luc BRUNIN, évêque du Havre,
Mgr Laurent CAMIADE, évêque de Cahors,
Mgr Jean-Pierre CATTENOZ, archevêque d’Avignon,
Mgr Raymond CENTENE, évêque de Vannes,
Mgr Philippe CHRISTORY, évêque nommé de Chartres,
Mgr Georges COLOMB, évêque de La Rochelle et Saintes,
Mgr Luc CREPY, évêque du Puy-en-Velay,
Mgr Emmanuel DELMAS, évêque d’Angers,
Mgr Renauld de DINECHIN, évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin,
Mgr Laurent DOGNIN, évêque de Quimper et Léon,
Mgr Vincent DOLLMANN, évêque auxiliaire de Strasbourg,
Mgr Christophe DUFOUR, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles,
Mgr Jean-Marc EYCHENNE, évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix,
Mgr Bruno FEILLET, évêque auxiliaire de Reims,
Mgr François FONLUPT, évêque de Rodez et Vabres,
Mgr Maurice GARDÈS, archevêque d’Auch,
Mgr François GARNIER, archevêque de Cambrai,
Mgr Maroun Nasser GEMAYEL, évêque de l’Éparchie Notre-Dame-du-Liban de Paris des Maronites de France,
Mgr Olivier de GERMAY, évêque d’Ajaccio,
Mgr Bernard GINOUX, évêque de Montauban,
Mgr Hervé GIRAUD, archevêque de Sens et Auxerre et prélat de la Mission de France,
Mgr Emmanuel GOBILLIARD, évêque auxiliaire de Lyon,
Mgr Hervé GOSSELIN, évêque d’Angoulême,
Mgr Bruno GRUA, évêque de Saint-Flour,
Mgr Borys GUDZIAK, évêque de l’Éparchie de Saint-Vladimir-le-Grand de Paris,
Mgr Jean-Paul GUSCHING, évêque de Verdun,
Mgr Jacques HABERT, évêque de Séez,
Mgr Hubert HERBRETEAU, évêque d’Agen,
Mgr Antoine HEROUARD, évêque auxiliaire de Lille,
Mgr Denis JACHIET, évêque auxiliaire de Paris,
Mgr François JACOLIN, évêque de Mende,
Mgr Jean-Paul JAEGER, évêque d’Arras,
Mgr Jean-Paul JAMES, évêque de Nantes,
Mgr Thierry JORDAN, archevêque de Reims,
Mgr Vincent JORDY, évêque de Saint Claude,
Mgr François KALIST, archevêque de Clermont,
Mgr Guy de KERIMEL, évêque de Grenoble – Vienne,
Mgr Christian KRATZ, évêque auxiliaire de Strasbourg,
Mgr Bertrand LACOMBE, évêque auxiliaire de Bordeaux,
Mgr Emmanuel LAFONT, évêque de Cayenne,
Mgr Jean-Christophe LAGLEIZE, évêque de Metz,
Mgr Stanislas LALANNE, évêque de Pontoise,
Mgr Laurent LE BOULC’H, évêque de Coutances et Avranches,
Mgr Patrick LE GAL, évêque auxiliaire de Lyon,
Mgr Robert LE GALL, archevêque de Toulouse,
Mgr Yves LE SAUX, évêque du Mans,
Mgr Jean-Marie LE VERT, évêque auxiliaire de Bordeaux,
Mgr Olivier LEBORGNE, évêque d’Amiens,
Mgr Dominique LEBRUN, archevêque de Rouen,
Mgr Jean LEGREZ, archevêque d’Albi,
Mgr David MACAIRE, archevêque de Saint-Pierre et de Fort-de-France,
Mgr Charles MAHUZA YAVA sds, évêque de Mayotte,
Mgr Armand MAILLARD, archevêque de Bourges,
Mgr Xavier MALLE, évêque de Gap et Embrun,
Mgr André MARCEAU, évêque de Nice,
Mgr Joseph de METZ-NOBLAT, évêque de Langres,
Mgr Pierre-Yves MICHEL, évêque de Valence,
Mgr Roland MINNERATH, archevêque de Dijon,
Mgr Eric de MOULINS-BEAUFORT, évêque auxiliaire de Paris,
Mgr Philippe MOUSSET, évêque de Périgueux et Sarlat,
Mgr Denis MOUTEL, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier,
Mgr Jean-Yves NAHMIAS, évêque de Meaux,
Mgr Jean-Philippe NAULT, évêque de Digne, Riez et Sisteron,
Mgr Christian NOURRICHARD, évêque d’Evreux,
Mgr Pierre d’ORNELLAS, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo,
Mgr Michel PANSARD, évêque d’Evry-Corbeil-Essonnes,
Mgr Jean-Louis PAPIN, évêque de Nancy et Toul,
Mgr Laurent PERCEROU, évêque de Moulins,
Mgr Alain PLANET, évêque de Carcassonne et Narbonne,
Mgr Luc RAVEL, archevêque de Strasbourg,
Mgr Dominique REY, évêque de Fréjus – Toulon,
Mgr Jean-Yves RIOCREUX, évêque de Basse-Terre et Pointe-à-Pitre,
Mgr Benoît RIVIÈRE, évêque d’Autun,
P.  Sébastien ROBERT, administrateur diocésain de Chartres,
Mgr Pascal ROLAND, évêque de Belley-Ars,
Mgr Antoine de ROMANET, évêque aux Armées françaises,
Mgr Michel SANTIER, évêque de Créteil,
Mgr Thierry SCHERRER, évêque de Laval,
Mgr Nicolas SOUCHU, évêque d’Aire et Dax,
Mgr Marc STENGER, évêque de Troyes,
Mgr Jean TEYROUZ, évêque de l’Eparchie de Sainte-Croix de Paris des Arméniens catholiques de France,
Mgr François TOUVET, évêque de Châlons,
Mgr Norbert TURINI, évêque de Perpignan-Elne,
Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille,
Mgr Thibault VERNY, évêque auxiliaire de Paris,
Mgr Robert WATTEBLED, évêque de Nîmes, Uzès et Alès
Mgr Pascal WINTZER, archevêque de Poitiers,
P. Hugues de WOILLEMONT, administrateur diocésain de Nanterre.

[1] À ce sujet, voir les propositions concrètes données dans le document : Mgr Pierre d’Ornellas et alii, Fin de vie, un enjeu de fraternité, Salvator, 2015, pp. 147-149.


Source : eglise.catholique.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180322-article-conference-eveques-france.html



 

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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 04:15

« Je suis patriote parce que je suis homme et humain. » (Gandhi, 1937).


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L’actualité récente apporte son lot de situations délicates à gérer pour un gouvernement. Être au pouvoir nécessite une grande dose de convictions, de valeurs, mais probablement aussi du cynisme, du calcul. Et avant tout, de l’anticipation, vision diagnostic de ce qu’il y a, vision thérapie de ce qu’il faudrait, vision efficacité des objectifs à fixer et capacité d’atteindre ces objectifs. Il y a donc en jeu la perpétuelle question de l’opposition entre la froide raison d’État et la défense des valeurs républicaines. L’opposition entre la politique et la morale.

J’ai mis "républicaines" à "valeurs" pour ne pas les laisser toutes seules, mais ces valeurs sont aussi partagées par les monarchies constitutionnelles qui sont démocratiques. J’aime bien le mot "républicain" qui est "très français" (en raison de l’histoire) car il signifie avant tout qu’on considère chaque membre de la communauté nationale comme des personnes à part entière, spécifiques, uniques, dont les privilèges, les distinctions, les différences, sont dus, seraient dus, du moins en principe, à leur seul mérite, à leur seul effort, et pas à l’appartenance à une sous-communauté, ou à une sous-catégorie, quelle qu’elle soit.

À cet égard, je voudrais revenir sur la peine de mort. En France, elle fut abolie le 9 octobre 1981. Pourtant, actuellement, un citoyen français a été condamné à mort et risque l’exécution, il s’agit de Serge Atlaoui en Indonésie, j’ai déjà abordé sa situation très grave. La diplomatie française, bien que tardivement, a cherché à intervenir pour protéger son ressortissant (de manière fine, car chaque pays est indépendant). Au-delà de la condamnation à mort, il y a aussi "soupçon" d’innocence (même s’il est maintenant considéré comme juridiqueemnt coupable) sur l’accusation de trafic de drogues. Le doute sinon la conviction sur son innocence engendre une certaine compassion. C’est la situation aussi de Mary Jane Veloso, qui est une citoyenne philippine (le Président de son pays ne souhaite en revanche pas intervenir).

Mais le combat de la France contre la peine de mort ne s’arrête pas à la condamnation de supposés innocents. Il s’applique aussi à ceux, reconnus coupables, et manifestement, "réellement" coupables, qui ont été condamnés à la peine de mort. Partout dans le monde. Quelle que soit la nationalité du condamné évidemment, mais a fortiori pour les ressortissants français.

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Or, la France va être confrontée, comme l’est l’Allemagne, à un effet collatéral de la chute de Daech en Syrie et en Irak. Les citoyens européens qui sont allés rejoindre Daech au Moyen-Orient et qui ont combattu contre le pays dont ils venaient, sont maintenant jugés quand ils n’ont pas été tués au cours du conflit. Disons-le clairement : ces citoyens sont des traîtres à leur patrie et ont choisi leur camp, certains ont même contribué à des attentats sur le sol de leur (ancien) pays.

Le dimanche 21 janvier 2018, une femme djihadiste, de nationalité allemande et d’origine marocaine, a été condamnée à mort par pendaison en Irak pour avoir rejoint Daech. La France est concernée par le procès de trois femmes djihadistes de nationalité française qui risquent, elles aussi, la peine de mort.

Le gouvernement français avait prévu de faire le dos rond : laisser faire. Laisser faire car après tout, ces probables futures condamnées sont des ennemies de la France. Elles ont choisi. En plus, tout djihadiste condamné sur le terrain est un djihadiste qui ne rentre pas dans son pays, et comme il est difficile de savoir comment "gérer" de tels retours, moins il y en a, moins la question se pose et mieux cela vaut politiquement pour le gouvernement. D’autant plus que la pression de "l’opinion publique" (consultée par sondages) va dans le sens d’une très grande fermeté.

L’ancien Premier Ministre Manuel Valls n’a pas manqué d’ailleurs de ressortir dans le débat public le projet de retrait de la nationalité française pour sanctionner ceux qui ont combattu la France, afin de mieux justifier la pertinence de celui-ci en début 2016.

En fait, la nationalité a peu d’intérêt dans cette affaire : que ces femmes gardent ou pas la nationalité française, acceptons-nous qu’elles soient condamnées à mort et exécutées ? La question est la même pour la citoyenne allemande effectivement condamnée à mort le 21 janvier 2018. Ces combattants de Daech ne portent de toute façon aucune valeur à la vie humaine, puisqu’ils sont prêts à mourir pour leur cause.

Il ne faut pas être hypocrite. La plupart des auteurs des attentats islamistes en France, depuis Merah en mars 2012, ont été tués par les forces de l’ordre lors de leur interpellation. Personne ne reprochera aux autorités ces morts car les forces de l’ordre étaient en danger. Sans compter que parfois, la vie d'otages était en jeu. Ces terroristes étaient des kamikazes et n’ont jamais imaginé sortir vivants de leurs assassinats.

En quelques sortes, et par nécessité, la peine de mort s’est appliquée à eux, au même titre que dans les conflits extérieurs, l’armée française tue (au Mali, en Libye, en Afghanistan, etc.). Si le mot "guerre" a été tant employé par François Hollande et Manuel Valls, pour parler de la lutte contre le terrorisme, c’est parce que cela donnait le droit (moral), au gouvernement, de tuer. Emmanuel Macron est plutôt dans le même état d’esprit, et avec lui, une très large majorité des Français.

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Pourtant, une note discordante a été entendue le dimanche 28 janvier 2018 au cours de l’émission politique "Le Grand Jury" de RTL-LCI-"Le Figaro". En effet, et c’est dans son rôle, la Ministre de la Justice Nicole Belloubet, très exposée en ce moment avec la contestation dans les prisons, a déclaré que la France devrait intervenir en cas de condamnation à mort de ces femmes djihadistes françaises. Bien sûr, elle ne sera sans doute pas écoutée ni du reste du gouvernement ni plus généralement des Français. Dans les enquêtes d’opinion, les "sondés" disent en général que les combattants français de Daech doivent assumer leur engagement contre la France jusqu’au bout.

La position de Nicole Belloubet, au-delà de l’incessante opposition entre le Ministère de l’Intérieur (réputé ferme) et le Ministère de la Justice (réputé plus moral), ne manque pourtant pas d’arguments. Le principal, l’essentiel, ce qui fait notre socle commun au sein de la nation française, c’est que personne ne veut faire ce que les islamistes voudraient faire eux-mêmes. Or, accepter la peine de mort, c’est jouer avec les mêmes armes, c’est les imiter. C’est devenir aussi moches qu’eux. Ce serait leur victoire morale. C’est cela aussi la faiblesse des démocraties face aux totalitarismes : les démocrates laissent la liberté d’agir aux non démocrates dans le seul cadre de la loi. De plus, une personne exécutée jouerait le rôle odieux du martyr.

Car sans compter sur la justice irakienne, la vraie question est : que faire des ressortissants français partis combattre aux côtés de Daech contre la France ? (La question est évidemment la même pour les Allemands, Britanniques, etc.). Faut-il tous les tuer ? Faire comme eux ?

Au même titre qu’il m’a paru peu pertinent de faire subir aux tortionnaires le même sort que celui qu’ils avaient réservé eux-mêmes à leurs nombreuses victimes, que ce fût par lynchage (Mouammar Kadhafi), parodie de procès (Nicolae Ceaucescu) ou procès un peu mieux tenu (Saddam Hussein), je considère que la République française s’honorerait à intervenir auprès du gouvernement irakien pour demander à ce que toutes les personnes condamnées à mort par la justice irakienne aient leur peine commuée en réclusion à perpétuité. Toutes, c’est-à-dire, pas seulement les ressortissants français. L’humanisme n’a pas à "s’encombrer" des nationalités. Et la France a vocation universaliste (même au risque de l’arrogance).

C’est un point d’autant plus essentiel, à mon sens, que la lutte contre Daech s’est fait sur le plan des valeurs universelles. Ces valeurs nécessairement, pourraient profiter, le cas échéant, aux combattants de celles-ci. C'est à cette condition nécessaire que nous, citoyens français autant que du monde, triompherons de leur idéologie funeste.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er février 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le dilemme d’État.
Les valeurs républicaines.
La non-violence.
Respecter la vie humaine.
Mary Jane Veloso.
Serge Atlaoui.
Liste précise des personnes condamnées à mort et exécutées aux États-Unis depuis 1976.
Pour ou contre la peine de mort ?

_yartiJihadistesCondamneesMort04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180121-djihadiste-peine-de-mort.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/jihadistes-condamnees-a-mort-le-201205

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/02/06/36105112.html


 

 

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4 février 2018 7 04 /02 /février /2018 02:35

Voici la liste exacte des 1 392 personnes condamnées à mort et exécutées aux États-Unis depuis le rétablissement de la peine de mort en 1976 jusqu'à novembre 2014 :

http://www.clarkprosecutor.org/html/death/usexecute.htm


Ce document est intéressant car il donne tous les détails sur les circonstances de la condamnation et de l'exécution.

Le 1 392e condamné, qui a été exécuté par injection létale le 19 novembre 2014, s'appelle Leon Vincent Taylor, avait 56 ans, et a été condamné le 11 mai 1995 pour le meurtre de Robert Leroy Newton, 53 ans, le 14 avril 1994.

Sur la peine de mort :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180121-djihadiste-peine-de-mort.html


Sylvain Rakotoarison (4 février 2018)

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180204-usa-peine-de-mort.html


 

 

 

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29 janvier 2018 1 29 /01 /janvier /2018 02:06

« Il y a beaucoup de causes pour lesquelles je suis prêt à mourir, mais aucune cause pour laquelle je suis prêt à tuer. » ("Autobiographie ou mes expériences de vérité", 1927).


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S’il n’y avait qu’un seul homme du XXe siècle à pouvoir receviur un Prix Nobel de la Paix ou même devenir un Saint, ce serait évidemment Mohandas Karamchand Gandhi, avocat indien et père de l’indépendance de l’Inde, dit plus couramment le Mahatma Gandhi ("grande âme", appellation qu’il refusait par humilité). Mais Gandhi n’était pas chrétien et son opposition politique avec le Royaume-Uni l’empêchait d’obtenir un Prix Nobel. Destin tragique pour cet apôtre de la non-violence qui fut assassiné il y a soixante-dix ans, le 30 janvier 1948, à Delhi, à l’âge de 78 ans (il est né le 2 octobre 1869). Trois balles. Il avait été déjà victime d’une tentative d’assassinat dix jours auparavant, mais la bombe avait éclaté trop loin (commise par le frère de l’assassin).

Le Premier Ministre et ami Jawaharlal Nehru a annoncé cette tragédie à ses compatriotes à la radio de cette manière : « Amis et camarades, la lumière a quitté nos vies, l’obscurité est partout, et je ne sais pas trop quoi vous dire et comment vous le raconter. Notre dirigeant bien aimé, Bapu, comme nous l’appelons, le père de la nation, n’est plus. Peut-être ai-je tort de dire cela, néanmoins, nous ne le verrons plus comme nous l’avons vu toutes ces années, nous ne pourrons plus lui demander conseil ou consolation, et c’est un coup terrible pas seulement pour moi, mais pour des millions et des millions de personnes dans ce pays. ».

En 1952, Nehru l’a ainsi décrit : « Il était clair que ce petit homme compensait son physique ingrat par une âme d’acier ou de roc qui refusait de ployer devant la force brute. Malgré son visage peu impressionnant, son pagne, sa nudité, il y avait en lui quelque chose de royal qui forçait à lui rendre obédience. ». En octobre 1939, Albert Einstein était, lui aussi, conscient du caractère exceptionnel de l’homme : « Les générations à venir auront peine à croire qu’un tel homme ait existé en chair et en os sur cette Terre. ».

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Deux millions de personnes ont assisté à ses funérailles et ses cendres ont été dispersées dans le Nil, la Volga et la Tamise. Son assassin lui-même, un fanatique nationaliste hindou favorable à la création d’un Hindoustan (un État religieux hindou, pas un État laïque comme l’Union indienne) et qui lui avait reproché la partition des Indes, fut condamné à mort et exécuté par pendaison le 15 novembre 1949.

Entre le 13 et le 18 janvier 1948, Gandhi avait fait un jeûne pour s’opposer aux conflits très violents entre hindous et musulmans depuis l’indépendance des Indes, et surtout, pour "protéger la vie, les biens et la religion des musulmans". La guerre civile, les émeutes, etc. ont coûté la vie de 400 000 personnes (certaines estimations parlent même de près d’un million de personnes tuées) et fait déplacer près de 20 millions de personnes lors de la partition de l’Inde et du Pakistan (État indien musulman).

Gandhi avait longtemps refusé la partition des Indes, prêchant la bienveillance et l’harmonie entre hindous et musulmans, mais après les terribles affrontements, il avait abandonné cette idée au profit de deux États indépendants (on retrouve sans doute la même problématique qu’entre Israéliens et Palestiniens). Gandhi aimait ses "ennemis" : « Les paroles de Mahomet sont un trésor de sagesse, pas seulement pour les musulmans mais pour l’humanité entière. ». Hindouiste ? « Oui, je le suis. Je suis aussi un chrétien, un musulman, un bouddhiste et un Juif. ».

Gandhi a été un auteur prolifique qui a écrit de très nombreux articles de journaux, une multitude de lettres à des correspondants du monde entier, et plusieurs ouvrages, en tout, ses œuvres correspondent à 100 volumes comprenant 50 000 pages, publiées dans les années 1960.

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Sa non-violence s’appliquait aussi aux animaux : « Jamais je ne consentirai à sacrifier au corps humain la vie d’un agneau. J’estime que, moins une créature peut se défendre, plus elle a droit à la protection de l’homme contre la cruauté humaine. » (1927). Il était végétalien : « L’image des procédés barbares que les govâls [autorités] de Calcutta employaient pour traire leurs vaches et leurs buffles jusqu’à la dernière goutte de lait, m’avait hanté alors. J’avais eu aussi le sentiment que, de même que la viande n’était pas nourriture humaine, le lait non plus ne pouvait l’être (…). Je me refuse à prendre du lait, les produits dans lesquels entre du lait, et aucune viande. Si ce refus devait signer mon arrêt de mort, mon sentiment est que je n’y devrais rien changer. ».

Ce qui était très frappant pour celui qui a fait ses études en Angleterre, qui a vécu plus de vingt ans en Afrique du Sud et qui a combattu les Britanniques pendant trente ans pour l’indépendance des Indes, c’était que ce combat ferme et politique n’était pas associé à la violence (ce fut le même enjeu pour Nelson Mandela dans son combat contre l’apartheid), mais à la non-violence, la paix, le pardon, la bienveillance pour ses "ennemis".

Gandhi fut donc un homme exceptionnel car il allait contre l’idée très "naturelle" de la loi du talion, en considérant ainsi les choses : « Œil pour œil et le monde finira aveugle. ». Toute violence lui était insupportable et sa réflexion continue, en ce qui me concerne, à m’aider à résoudre un problème philosophique grave.

Pour moi aussi, toute violence est insupportable, et je crois n’avoir jamais porté atteinte à l’intégrité corporelle d’une personne, je dis "je crois" car cela n’a pas empêché des "chamailleries" quand j’étais enfant. Par ailleurs, j’ai eu l’extrême chance, un privilège, pas rare de nos jours mais si rare dans l’histoire de l’humanité, grâce à une unité de temps et une unité de lieu qui m’ont privilégié, nous ont privilégiés, moi et ma génération, de ne pas avoir connu la guerre, et plus exactement, de ne pas avoir été combattant dans une guerre. Car ce terrible destin échappe très largement à l’individu.

Et l’une de mes réflexions insupportables, que j’ai depuis mon adolescence, c’est : que faire si, soldat, je me retrouvais face à un ennemi prêt à me tuer ? Si je tirais le premier, j’aurais une "chance" de le tuer. Ou pas. Mais si je ne tirais pas, je serais tué avec une grande certitude. Je ne connaîtrais pas cet ennemi, je n’aurais jamais rien eu contre lui, et j’imaginerais qu’il serait comme moi, pas mieux pas pire que moi, juste un soldat d’un autre camp qui subirait comme moi un sort pas choisi.

Par "ennemi", on peut élargir le concept avec "terroriste", ou encore avec "meurtrier" qui viendrait s’en prendre aux miens. Si je laissais la spontanéité naturelle s’exprimer, l’instinct de survie s’imposer, la réflexion serait vite écourtée : je tirerais. Mais comment ensuite m’imaginer être un tueur ? m’imaginer vivre le restant de mes jours en ayant tué ? avoir retiré la vie à quelqu’un que je ne connaissais pas ?

Évidemment, si la décision ne dépendait que de moi, on pourrait accepter mon éventuel "sacrifice". Mais si la vie des miens était en jeu, ce serait déjà plus délicat à concevoir. Et en cas de guerre, l’enjeu serait mon pays, sa liberté, son indépendance. Avec le nazisme, la cause irait même bien plus loin, l’enjeu serait carrément une certaine idée de l’humanité. Alors, mon refus de tuer pourrait être considéré comme un caprice égoïste qui ferait gagner les "forces du mal". Où serait donc la solidarité avec mes prochains ?

La position du pacifiste en temps de guerre est intenable. Ce fut le cas des socialistes français sous la Première Guerre mondiale dont la majorité acceptèrent l’Union sacrée (les responsables qui continuaient à rester pacifiques, comme Louis Malvy ou Joseph Caillaux, furent considérés comme des "traîtres" à la nation). Le grand pacifiste Jean Jaurès fut assassiné pour son pacifisme, dans la même abomination que Gandhi.

Sous la Seconde Guerre mondiale, les hésitations étaient pires puisque la règle d’État était la paix après juin 1940. Donc la tolérance au nouvel ordre européen établi par les nazis. Sans résistances, intérieure ou extérieure, des Français ou des Alliés, la dictature nazie aurait prospéré. Heureusement qu’il y a eu ces forces morales que furent De Gaulle et Churchill pour s’opposer fermement et agglomérer les résistances, quitte (évidemment) à tuer l’ennemi.

Et c’est à ce niveau-là que la doctrine de non-violence de Gandhi est très difficile à saisir, à comprendre. Il a toujours séparé le mal et l’homme qui faisait le mal : « Alors qu’une bonne action doit appeler l’approbation, et une mauvaise, la réprobation, le fauteur de l’acte, qu’il soit bon ou mauvais, mérite toujours respect ou pitié, selon le cas. "Hais le péché, non le pécheur", c’est là un précepte que l’on applique rarement, s’il est aisé à comprendre ; et c’est pourquoi le venin de la haine se répand si vite dans le monde. (…) S’opposer à un système, l’attaquer, c’est bien ; mais s’opposer à son auteur, et l’attaquer, cela revient à s’opposer à soi-même, à devenir son propre assaillant. ».

La raison, c’était sa foi : « Car le même pinceau nous a peints ; nous avons pour père le même Créateur, et de ce fait, les facultés divines que nous recélons en nous sont infinies. Manquer à un seul être humain, c’est manquer à ces facultés divines, et par là même, faire tort non seulement à cet être, mais, avec lui, au monde entier. ».

Pas si éloignée du christianisme : « Et le roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. » (Évangile selon saint Matthieu, 25,40).

Et encore : « Vous avez appris qu’il a été dit : "œil pour œil et dent pour dent". Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. À qui veut te mener devant le juge pour te prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau. Si quelqu’un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos. » (Évangile selon saint Matthieu, 5,38-42).

La réflexion de Gandhi est à la fois très réaliste d’un point de vue philosophique, mais effrayamment idéaliste d’un point de vue politique : « Quelle différence cela fait-il aux morts, aux orphelins et aux sans-abri, que la destruction aveugle ait été amenée au nom du totalitarisme ou au nom sacré de la liberté et de la démocratie ? ».

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Point de paroxysme, Gandhi a écrit à Hitler le 23 juillet 1939 pour lui demander de ne pas vouloir atteindre ses objectifs par la guerre. Il faut se rappeler que les nationalistes hindous, dans leur combat contre les colons britanniques, avaient été peu motivés à combattre le nazisme à leurs côtés pendant la guerre, et certains même n’hésitaient pas à voire le nazisme d’un œil tolérant. Mais la démarche de Gandhi n’avait rien à voir avec la politique. Son objectif n’était pas politique, mais simplement humain : éviter à tout prix la guerre.

Néanmoins, on ne peut être qu’étonner de lire ce qu’il prônait aux Britanniques en 1940, quand le Royaume-Uni était devenu le dernier rempart contre l’impérialisme nazi : « J’aimerais que vous déposiez les armes que vous possédez comme étant inutiles pour vous sauver, vous ou l’humanité. Vous inviteriez Herr Hitler et Signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions. (…) Si ces gentlemen choisissaient d’occuper vos foyers, vous les leur laisseriez. S’ils ne vous laissaient pas partir, vous vous laisseriez massacrer, hommes, femmes et enfants, mais vous refuseriez de leur prêter allégeance. ».

Pourtant, ce que prônait Gandhi était très loin de la lâcheté. Au contraire, il considérait que cette forme extrême de non-violence était un courage suprême. Et sur la lâcheté, ses recommandations étaient très claires, répondant à l’une de mes interrogations évoquées plus haut : « Ma non-violence n’autorise pas qu’on s’enfuie du danger en laissant les siens sans aucune protection. Je ne peux que préférer la violence à l’attitude de celui qui s’enfuit par lâcheté. Il est tout aussi impossible de prêcher la non-violence à un lâche que faire admirer un beau spectacle à un aveugle. La non-violence est le summum du courage. ». Ou encore : « Je crois que s’il y a seulement le choix entre la violence et la lâcheté, je conseille la violence. ».

Du coup, ses conseils n’étaient pas forcément d’abandonner la force armée : « Je répétais à chaque réunion l’avertissement qu’à moins qu’ils ne sentent qu’avec la non-violence, ils avaient une force infiniment supérieure à celle qu’ils possédaient avant, ils ne devaient pas appliquer la non-violence et reprendre les armes. ».

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Deux mots sont importants pour comprendre la pensée très complexe de Gandhi, mots que je ne me risquerais pas à définir très précisément.

Le mot "ahimsha" qui signifie le "respect de la vie" (toute forme de vie, y compris animale et végétale, ce qui explique que certains refusent non seulement de se nourrir d’animaux mais aussi de racines, dont la consommation détruit la plante, au contraire des fruits), mais aussi "bienveillance", clairement, le "fait de ne causer de nuisance à aucune vie" : « Marcher sur le tranchant effilé de l’ahimsa n’est pas chose facile dans ce monde plein de himsa [fait de causer des nuisances]. La richesse ne nous y aide pas ; la colère est un ennemi de l’ahimsa ; et l’orgueil est un monstre qui la dévore. » (21 octobre 1926).

Le mot "satyagraha" qui signifie "recherche de la vérité" : « En appliquant le satyagraha, j’ai découvert, dans les dernières manifestations, que la recherche de la vérité ne devait admettre qu’aucune violence ne soit infligée à un adversaire, mais qu’il doit sortir de l’erreur par la patience et la sympathie. Parce que ce qui apparaît comme vérité à l’un peut apparaître erreur à l’autre. Et la patience signifie souffrance personnelle. Donc, la doctrine signifie la revendication de la vérité, pas en infligeant des souffrances à son l’adversaire, mais à soi-même. » (5 janvier 1920).

Le problème avec le pacifisme, c’est qu’on ne peut pas faire la paix tout seul, et si l’adversaire est pour la guerre, il faudra bien faire la guerre aussi. C’est toute la difficulté des pacifistes. Et la distinction entre lâcheté et courage faite par Gandhi est essentielle dans la réflexion. Le problème de la non-violence, c’est qu’il faut avoir une force morale exceptionnellement élevée, presque surhumaine. C’est facile dans des situations de tous les jours, mais problématique dans le cas d’une invasion nazie ou pour tout conflit majeur.

D’ailleurs, Gandhi a eu la terreur de se rendre compte que le combat non-violent qu’il avait mené pendant trente ans pour aboutir à l’indépendance des Indes n’était pas une victoire de la non-violence, car une fois l’indépendance acquise, les nationalistes musulmans et les nationalistes hindous se sont massacrés les uns les autres au point de rendre indispensable leur séparation politique dans deux États différents.

Dans une lettre le 21 juillet 1947 à Kishorelal G. Mashruwala (l’oncle de sa belle-fille, l’un des interprètes de sa pensée), Gandhi ne regretta toutefois pas son action car la non-violence a été une exigence qui a abouti à des résultats politiques réels (décolonisation) : « Comment la non-violence peut-elle surmonter la violence qui prévaut ? En traversant la tourmente, je me suis rendu compte que même si notre lutte pendant trente ans pouvait être qualifiée de non-violente, elle n’était pas solidement fondée sur la non-violence et n’aurait donc pas dû être ainsi qualifiée. Si elle n’avait pas été considérée comme non-violente, mon énergie n’aurait pas été dépensée pour cela. C’est pourquoi Dieu m’a rendu aveugle et m’a permis d’être utile. Comment pouvons-nous créer de la non-violence à partir de ce qui a été appelé à tort non-violence mais qui était vraiment de la violence ? N’est-ce pas toute l’éducation qui est à revoir ? ».

Pour Gandhi, la fin commence déjà par les moyens : « C’est une erreur de croire qu’il n’y ait pas de rapport entre la fin et les moyens, et cette erreur a entraîné des hommes considérés comme croyants à commettre de terribles crimes. C’est comme si vous disiez qu’en plantant des mauvaises herbes, on peut récolter des roses. » (1910).

Malgré la folie de la non-violence, folie quand on imagine tant de violence dans ce monde, Gandhi n’était pas un simple prophète de la bonne parole, il était capable de donner un espoir vivant, positif du monde : « Quand je désespère, je me souviens qu’à travers toute l’histoire, les chemins de la vérité et de l’amour ont toujours triomphé. Il y a eu des tyrans et des meurtriers, et parfois, ils ont semblé invincibles, mais à la fin, ils sont toujours tombés. Pensez toujours à cela. » (1927). C’était cette extraordinaire capacité de se placer dans une perspective historique et d’anticiper la suite qui a donné à Gandhi ce courage et cette volonté, comme à De Gaulle, du reste, qui a compris que la victoire de l’Allemagne sur la France en juin 1940 n’était que provisoire et que c’était une guerre mondiale.

Comme je l’expliquais au début, Gandhi n’a jamais eu le Prix Nobel de la Paix alors qu’il était parmi les "candidats cités" en 1937, 1938, 1939 et 1947. Pour les trois premières années, le comité Nobel a gardé l’avis négatif d’un examinateur : « C’est un combattant de la liberté et un dictateur, un idéaliste et un nationaliste. C’est souvent un Christ, puis, soudain, un politicien ordinaire. ». En 1947, la guerre civile entre musulmans et hindous était un mauvais contexte pour attribuer un Nobel à un Indien. En 1948, le comité Nobel a failli lui attribuer le Prix à titre posthume, puis finalement, y a renoncé et à renoncer à attribuer un Prix cette année-là. Lorsque le dalaï-lama a reçu le Prix Nobel de la Paix en décembre 1989, le président du comité Nobel lui  a affirmé que son attribution était associée à la mémoire de Gandhi.

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Je termine sur la non-violence et ce respect universel et extrême de la vie par la pensée de Gandhi sur l’euthanasie. Certains considèrent que Gandhi était favorable à l’euthanasie à partir de certaines citations que je vais reproduire. Mais il faut noter qu’en 1926, l’état de la médecine était très différent de 2018. Notamment sur le traitement de la douleur et plus généralement, sur le traitement de maladies considérées alors comme incurables.

Dans le journal "Young India", le 4 novembre 1926, Gandhi a écrit : « Détruire pour donner la paix à des créatures qui souffrent atrocement dans leur corps ne peut pas être considéré comme himsa, pas plus que la violence inévitable à laquelle on est contraint pour assurer la protection de ce qui nous est confié. ».

Le 18 novembre 1926, il est revenu sur le sujet : « Beaucoup d’hommes en Inde ont acquis une horreur instinctive de tuer des êtres vivants dans quelques circonstances que ce soient. On a même proposé d’enfermer les chiens enragés et de les laisser mourir d’une mort lente. L’idée que je me fais de la charité me rend cette solution absolument inacceptable. Je ne pourrais souffrir un seul instant de voir un chien, ou d’ailleurs, n’importe quelle créature, abandonné sans secours à la torture d’une longue agonie. Si, dans les mêmes circonstances, je ne donne pas la mort à un être humain, c’est parce que je dispose de remèdes moins désespérés. Mais si je tue un chien qui se trouve dans le même cas, c’est parce que je n’ai pas de remède pour le guérir. Si mon enfant était atteint de rage et qu’il n’existât aucun remède permettant d’alléger ses souffrances, je considérerais comme de mon devoir de lui donner la mort. Le fatalisme a des limites. Nous devons nous en remettre au sort uniquement lorsque nous avons épuisé tous les remèdes. L’un des moyens, qui est définitif, de soulager un enfant dans les affres d’une atroce souffrance, est de lui donner la mort. ».

Ce que Gandhi a écrit, c’est qu’il ne fallait pas laisser une personne souffrir. Ce n’était pas forcément de la tuer, mais de traiter sa souffrance. Car le concept général de la non-violence, c’est justement de respecter la vie. En revanche, cette fin de vie ne doit pas être souffrance. C’est important de souligner cette nuance essentielle : aujourd’hui, sauf dans de très rares situations, les progrès de la médecine ont permis de soulager une personne de la douleur sans forcément l’intention de lui donner la mort.

C’est tout l’enjeu de la loi n°2016-87 du 2 février 2016 (loi Claeys-Leonetti). Alors que les États-généraux de la bioéthique ont commencé le 18 janvier 2018, beaucoup de doctrinaires de la culture de la mort voudraient revenir sur cette loi qui est pourtant issue d’un très long processus législatif (de plusieurs années ) et d’un grand consensus (vote quasiment à l’unanimité au Parlement). Cette loi, qui vise justement à donner le pouvoir aux patients eux-mêmes et à supprimer toute forme de souffrance dans les soins des patients en fin de vie, mérite une évaluation au bout de cinq ou dix ans, avant toute modification législative éventuelle.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les animaux ont-ils une âme ?
Le vivant sur Terre.
Nelson Mandela.
Le dalaï-lama.
Desmond Tutu.
Le pardon.
Respecter la vie humaine.
Gandhi et l’extrême non-violence.
La partition des Indes.
Indira Gandhi.
L’attentat de Peshawar.
Le Pakistan dans le chaos du terrorisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180130-gandhi.html
 

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/gandhi-et-l-extreme-non-violence-201057

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/01/29/36088081.html


 

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12 janvier 2018 5 12 /01 /janvier /2018 02:30

« Ce que nous demandons à l’avenir, ce que nous voulons de lui, c’est la justice, ce n’est pas la vengeance. » (Victor Hugo, le 20 avril 1853).


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Ce mercredi 10 janvier 2018, ce fut son anniversaire et elle a adressé à cette occasion un message au Président de son pays pour qu'il la sauve du "couloir de la mort"... Je voudrais revenir sur le destin tragique de Mary Jane Veloso. J’avais déjà évoqué sa terrible situation en septembre 2016. Elle est une jeune employée de maison venue des Philippines et cherchant du travail en Indonésie. Elle fut inscrite, comme le Français Serge Atlaoui, sur la liste des exécutions des personnes condamnées à mort planifiées pour le 29 avril 2015. Deux jours avant ces exécutions (qui ont hélas bien eu lieu pour les huit autres condamnés de la liste), deux noms furent retirés, celui de Serge Atlaoui et le sien. Elle a été condamnée à mort en octobre 2010 parce qu’elle a été arrêtée en avril 2010 dans un aéroport de Jakarta en possession de 2,6 kilogrammes d’héroïne dans ses bagages.

Comme d’autres immigrés pauvres, Mary Jane Veloso, qui vient d'avoir 33 ans, a été piégée en Malaisie par des recruteurs sans scrupule. Elle ne savait pas qu’elle transportait de la drogue dans une valise qu’ils l’avaient chargée de transporter et elle fut cueillie par la police. En Indonésie, la drogue est un véritable fléau social (4,5 millions de personnes sont touchées par la toxicomanie qui tue entre 40 à 50 personnes par jour), et sa lutte est l’une des priorités du gouvernement actuel, au point d’avoir rompu le moratoire du gouvernement précédent et d’avoir repris les exécutions pour montrer sa fermeté en la matière.

Dans cette histoire, comme dans celle de Serge Atlaoui, il y a deux scandales : celui de la peine de mort en elle-même, et celui de l’innocence de ces personnes condamnées à mort. Le moins qu’on puisse dire, pour eux deux notamment, c’est qu’ils ont été coupables d’une grande négligence et, par besoin d’argent, d’une acceptation d’un travail illégal. C’est répréhensible par la loi, évidemment, mais c’est très différent d’un trafic de drogues et d’une volonté de se faire de l’argent sur le dos de toxicomanes.

Si Mary Jane Veloso a eu la vie sauve au dernier moment, il y a deux ans et demi, c’était parce que le gouvernement philippin avait déclaré au gouvernement indonésien que son témoignage serait essentiel dans l’instruction des accusations de trafic d’êtres humains contre ses deux recruteurs présumés (qui ont été arrêtés et inculpés aux Philippines).

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Pour être bien clair, il y a donc deux affaires judiciaires : une première en Indonésie qui a jugé coupable Mary Jane Veloso de détention de 2,6 kilogrammes de drogue et qui l’a condamnée à mort, sans autre nouveau recours possible, mais elle affirme qu’elle n’est pas coupable car ce sont ses recruteurs qui lui ont donné cette drogue à transporter, et une seconde affaire, encore en cours d’instruction, où ce sont ses deux recruteurs présumés (Maria Cristina P. Sergio et Julius L. Lacanilao) qui sont les prévenus, accusés de travail illégal et de trafic d’êtres humains. On voit bien que si ces deux derniers étaient condamnés aux Philippines, c’est-à-dire reconnus coupables d’avoir recruté Mary Jane Veloso (notamment), cette dernière serait ainsi reconnue innocente aux Philippines et aurait des chances de voir accepter la demande de révision de sa condamnation à mort en Indonésie.

Mary Jane Veloso, détenue à Yogtakarta, en Indonésie, est cependant dans l’impossibilité de venir témoigner personnellement devant une cour aux Philippines. Dans son ordonnance du 16 août 2016, la juge philippine Anarica J. Castillo-Reyes de la 88e section de la cour régionale de première instance de Nueva Ecija, aux Philippines, avait alors ordonné la déposition de Mary Jane Veloso dans cette affaire de recrutement présumé illégal. L’idée était que la juge philippine se déplacât elle-même auprès de Mary Jane Veloso dans sa prison indonésienne pour aller recueillir sa déposition, accompagnée des représentants de la défense.

Or, ce témoignage si crucial ne pourra pas être examiné aux Philippines. En effet, dans sa décision rendue ce jeudi 4 janvier 2018, la cour d’appel (des Philippines), saisie par ses deux anciens recruteurs (présumés), a refusé que cette juge aille recueillir la déposition écrite de Mary Jane Veloso. Cette décision a été prise pour des raisons de procédure pénale et pas sur le fond, mais pour Mary Jane, cela revient au même car cela signifie que depuis le 4 janvier 2018, il n’y a plus rien qui pourrait éviter son exécution. Le lendemain, le Syndicat national des avocats du peuple (NUPL) des Philippines, qui est l’avocat de Mary Jane Veloso, a exprimé sa consternation contre cette décision.

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Précisons la situation assez compliquée sur le plan judiciaire. La cour d’appel a rappelé la règle 119 de la procédure pénale qui « déclare catégoriquement que la déposition d’un témoin à charge doit être faite devant le tribunal où l’affaire est traitée ». Cette obligation est pour permettre aux prévenus (les deux recruteurs de Mary Jane Veloso) de pouvoir se défendre (droit constitutionnel), avec une possible confrontation avec le témoin et un contre-interrogatoire.

Expliquant la décision du 4 janvier 2018, le juge adjoint Ramon M. Bato Jr. a déclaré : « La juge [de Nueva Ecija] a fait une grave erreur [abus de pouvoir] en faisant la requête pour s’autoriser de prendre en compte le témoignage de la plaignante Mary Jane Veloso par une déposition sur la base de déclarations écrites. ». Pourtant, elle ne pouvait témoigner que par écrit, vu sa détention en Indonésie.

La cour d’appel n’a pourtant pas omis la situation personnelle de Mary Jane Veloso : « Nous ne sommes pas indifférents à la gravité des infractions reprochées aux prévenus (les recruteurs). De même, nous ne sommes pas inconscients du destin triste et malheureux qui a frappé Mary Jane Veloso. ». Cette cour a pourtant fait preuve d’une inflexibilité que les textes lui ont peut-être imposée mais dans une situation totalement inédite et exceptionnelle (probablement pas imaginée par le législateur).

L’avocat Edre U. Olalia, qui est le président du Syndicat national des avocats du peuple (NUPL), est effectivement consterné par cette décision : « Nous sommes déçus que l’audience de son témoignage soit empêchée par nos propres tribunaux, la cour d’appel en particulier. ». Par "propres", il faut comprendre par des tribunaux philippins et pas indonésiens.

Selon cet avocat, « aucun droit fondamental n’aurait été violé » (droit fondamental pour la défense) en cas de témoignage écrit de Mary Jane Veloso : « L’avocat serait présent lorsque la décision serait prise en Indonésie en présence non seulement du même juge philippin saisi de l’affaire [des faux recruteurs] mais aussi d’autres fonctionnaires judiciaires et consulaires philippins et indonésiens. ». Et de conclure : « Compte tenu de la nouveauté de la situation juridique qui implique deux juridictions et des circonstances d’être détenue dans un pays étranger, incapable ou non autorisée à rentrer chez elle pour témoigner, sa déposition écrite ferait la lumière sur la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. ».

Edre Olalia a exprimé sa profonde inquiétude ce lundi 8 janvier 2018 car avec cette récusation d’une cour philippine, l’Indonésie pourrait révoquer le sursit d’exécution dont elle bénéficiait depuis le 27 avril 2015 : « Iyun ang masaklap : ang dulo niya, maaaring matyloy [ang bitay]. » ce qui signifie en gros : « Ce qui est malheureux, c’est qu’à la fin, son exécution pourra quand même avoir lieu. ». Edre Olalia a précisé que l’Indonésie n’autorisait pas les condamnés à partir temporairement pour témoigner hors de son territoire et interdisait également les dépositions par Skype.

La situation n’est pas encore totalement bloquée : le NUPL va déposer une requête en réexamen visant à renverser la décision de la cour d’appel. Et si sa demande est rejetée, il pourra porter la question devant la Cour suprême des Philippines.

Pour se défendre, les deux prévenus ont affirmé qu’ils n’étaient pas des recruteurs car ils n’avaient accepté aucuns frais de la part de Mary Jane Veloso et qu’ils n’avaient fait que l’aider à trouver du travail à l’étranger. La juge Persida Rueda-Acosta, procureure générale, qui défendait les deux recruteurs, a préconisé la clémence en Indonésie pour Mary Jane Veloso : « Nous recommandons que le gouvernement [philippin] demande à l’Indonésie d’accorder la grâce ou la clémence à Mary Jane Veloso parce que sinon, combien de temps prévoient-ils de prendre en otage [les deux présumés faux recruteurs] juste pour que Mary Jane ne soit pas exécutée ? ».

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Interviewé par la journaliste Karen Davila à une chaîne de télévision philippine le 27 avril 2017, le Président indonésien Joko Widodo avait voulu tempérer son extrême fermeté face aux condamnés pour trafic de drogue : « L’Indonésie respecte les droits de Mary Jane Veloso et je sais que Mary Jane Veloso est également confrontée à une situation particulière aux Philippines, et que la coopération entre les gouvernements indonésien et philippin est très importante pour résoudre ce problème. ». Ainsi, Joko Widodo n’a pas exclu la clémence pour Mary Jane Veloso, mais toujours dans le respect des lois en vigueur en Indonésie et selon les décisions des tribunaux philippins. Le 26 avril 2017, Celia Veloso, la mère de Mary Jane, avait demandé au Président philippin Rodrigo Duterte et à son homologue Joko Widodo d’épargner sa fille.

Joko Widodo a été élu en Indonésie, le 9 juillet 2014, à l’issue d’une campagne présidentielle où il a prôné les valeurs d’humanisme, de modernité et d’ouverture de son pays au monde pour faire de son pays une puissance économique (aux côtés du Japon, de la Corée du Sud, de l’Inde, de la Chine, de Taïwan et de l’Australie). Sa lutte contre les trafiquants de drogue était justement l’une des déclinaisons de cet "humanisme" selon lequel la drogue retire toute humanité aux humains. Mais en remettant en œuvre les nombreuses d’exécutions depuis son arrivée au pouvoir le 20 octobre 2014, l’image de ce Président d’ouverture et d’humanisme pourrait se transformer en maître des horreurs, surtout s’il laisse exécuter des condamnés qui seraient innocents de trafic de drogue et ne seraient coupables que d’un manque de discernement voire d’intelligence…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
Sauvons la vie de Mary Jane !
Le cauchemar de Serge Atlaoui.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180104-mary-jane-veloso.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/vives-inquietudes-pour-mary-jane-200415

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/01/12/36030318.htm

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3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 20:17

« Tu as volé mon enfant, versé le sang de mon sang. Aucun Dieu ne m’apaisera. J’aurai ta peau. Tu périras. ».


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Le meurtrier d’un petit enfant de 7 ans vient de mourir ce dimanche 3 décembre 2017 à l’hôpital de Lille à l’âge de 64 ans (né le 31 mars 1953 à Troyes). Il avait un cancer et comme toute disparition d’une vie humaine, c’est regrettable. Néanmoins, il n’a jamais estimé nécessaire d’exprimer ses regrets ni de demander pardon pour cet acte insupportable, celui de retirer à ses parents et à son jeune frère la vie de ce malheureux garçon.

Cet assassin, Patrick Henry, avait des préoccupations de brigand : il a enlevé le garçon de 7 ans le 30 janvier 1976 à 12 heures 30 à la sortie de son école à Troyes pour demander une rançon à ses parents. Le jour du transfert de la rançon, le 10 février 1976, il fut pris en chasse par la police qui l’a perdu de vue, mais qui a réussi à l’arrêter le lendemain. Toutefois, aucune charge n’ayant été retenue contre lui, il fut relâché le 13 février 1976, mais fut de nouveau arrêté le soir du 17 février 1976 dans une chambre d’hôtel où le corps sans vie du garçon fut retrouvé.

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Au début du journal télévisé du 18 février 1976 à 20 heures sur TF1, le présentateur Roger Gicquel déclara cette phrase très célèbre : « Bonsoir. La France a peur. ».

Phrase qu’il a aussitôt complétée par ceci : « Je crois qu’on peut le dire aussi nettement. La France connaît la panique depuis qu’hier soir, une vingtaine de minutes après la fin de ce journal, on lui a appris cette horreur. Un enfant est mort. Un doux enfant au regard profond, assassiné, étranglé ou étouffé (…) par le monstre qui l’avait enlevé pour de l’argent. La France a peur. Chaque mère, chaque père a la gorge nouée quand il pense à ce qui s’est passé à Troyes, quand il pense à cet assassin de 23 ans, une relation des parents du petit Philippe, un petit commerçant bien mis qui a fait croire jusqu’au bout aux parents que l’enfant était vivant. Un jeune homme apparemment sans passion qui ne peut pas être autre chose qu’une sorte de malade mental, mais qui a pourtant tenu tête avec une froide lucidité aux policiers qui l’ont interrogé pendant quarante-huit heures quand il était le témoin numéro un de l’affaire. Oui, la France a peur et nous avons peur, et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions, je crois. Parce qu’on voit bien qu’il débouche sur des envies folles de justice expéditive, de vengeance immédiate et directe. Et comme c’est difficile de ne pas céder à cette tentation quand on imagine la mort atroce de cet enfant ! C’est d’ailleurs probablement pour soustraire l’assassin à la colère des habitants de Troyes qu’on l’a mis dans en prison dans une autre ville, à Chaumont. La France a peur parce que les rapts d’enfants se sont multipliés d’une manière épouvantable. Il y en a eu sept pour la seule année 1975, mais c’est la première fois, depuis 1964, qu’un rapt se termine aussi tragiquement. Cette année-là, Lucien Léger étrangla le petit Luc (…). Oui, la France a peur parce que comme il y a douze ans, elle ne comprend pas, exactement comme les parents accablés de Patrick Henry, l’assassin de Philippe. » (18 février 1976).

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En quelques phrases, le journaliste avait résumé un sentiment vieux comme le monde et qui perdure encore de nos jours, parce qu’il est très commun. Le chanteur Michel Sardou l’avait même mis en chanson, ce sentiment, avec ses propres mots, parfois violents et très contestables, et il a eu un succès commercial très important (son disque dans lequel figurait cette chanson a dépassé le million d’exemplaires vendus en 1976) : « Tu as tué l’enfant d’un amour, je veux ta mort, je suis pour ! ». Et de chanter : « Tu as volé mon enfant, versé le sang de mon sang. Aucun Dieu ne m’apaisera. J’aurai ta peau. Tu périras, tu m’as retiré du cœur et la pitié et la peur. Tu n’as plus besoin d’avocat. J’aurai ta peau. Tu périras. ».

On imagine le climat populaire chauffé à blanc lors du procès de Patrick Henry, qui fut défendu notamment par Robert Badinter, déjà très connu pour son combat contre la peine de mort. Car à cette époque, la peine de mort était encore possible. Le procès fut un véritable débat sociétal pour ou contre la peine de mort, comme la France sait si bien en avoir (elle venait de sortir du débat sur l’avortement et c’était bien avant le débat sur le mariage homosexuel).

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L’époque n’était pas éloignée de la nôtre dans le grand sentiment d’insécurité, tant par des assassins d’enfants que des actes terroristes (à l’époque, les terroristes n’étaient pas islamistes et étaient souvent soutenus par le bloc communiste, guerre froide obligeait).

Patrick Henry était d’autant plus impopulaire que sa culpabilité ne faisait pas de doute (arrêté dans la chambre où l’on a retrouvé le corps de l’enfant), alors que juste après sa première arrestation, il avait eu le culot de se répandre dans les médias pour allumer un contre-feu en osant dire avec un cynisme qui a estomaqué la France entière a posteriori : « Le véritable criminel mérite la peine de mort pour s’en être pris à un enfant. » (13 février 1976).

Dans une autre interview, sur TF1 le 14 février 1976, interrogé par Jean-Pierre About, Patrick Henry s'était même posé en victime alors qu'il avait probablement déjà tué l'enfant :  « Avoir été traité comme j'ai été traité [par la police], un vrai criminel ne peut pas être traité aussi mal (...). J'ai entendu l'appel du grand-père à la radio, la mère [de Philippe] à la télévision ; (...) ça fait mal au cœur, pour les parents et puis surtout pour le petit garçon. Évdemment, on souhaite un déouement très rapide et heureux de cette affaire. ».





Son procès fut très médiatisé et a eu lieu du 18 au 20 janvier 1977 à Troyes. Avocat de la défense, Robert Badinter a fait le procès de la peine de mort, au risque d’oublier l’assassinat commis par son prévenu, en décrivant l’horreur glaciale de l’exécution : « le bruit que fait la lame qui coupe un homme vivant en deux ».

Aux douze jurés, l'avocat leur a dit :  « Le seul problème est de savoir si l'on va ou non le couper en deux. (...) Il n'y aura pas de grâce présidentielle. Vous seuls avez le droit de vie et de mort. Si vous décidez de tuer Patrick Henry, c'est chacun de vous que je verrai au petit matin, à l'aube [le jour de l'exécution]. Et je me dirai que c'est vous, et vous seuls, qui avez décidé. (...) N'ajoutez pas à la mort d'un enfant la mort d'un jeune homme ! ». Et d'insister auprès d'eux : « Si vous votez [la peine de mort], je vous le dis, vous demeurerez seuls avec votre décision. On abolira la peine de mort, et vous resterez seuls avec votre verdict pour toujours. Vos enfants sauront que vous avez un jour condamné à mort un jeune homme. ».

Le 20 janvier 1977, Patrick Henry fut reconnu coupable et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il échappa de très peu à la peine de mort : sur les douze membres du jury d’assises, il fallait huit voix en faveur de la peine de mort pour la faire adopter. Seulement sept jurés s’étaient prononcés en ce sens. Trois des membres du jury qui ont refusé la peine de mort ont évoqué leur conviction religieuse pour expliquer leur motivation. Les parents eux-mêmes de la victime ne souhaitaient pas un acte de vengeance contre Patrick Henry qui, juste après l’annonce du verdict, lâcha aux jurés cette phrase également fameuse : « Vous n’aurez pas à le regretter ! ».

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Ce verdict a scandalisé beaucoup de citoyens qui attendaient la peine de mort. Un lecteur de "France-Soir" a exprimé ainsi sa colère le 27 janvier 1977 : « Assez de jérémiades (…) ! Le verdict est scandaleux. ». Un autre rappela, à propos de Robert Badinter, la tirade d’un personnage (avocat) d’un roman d’Alexandre Dumas fils qui disait : « Un avocat est un grand homme quand il peut se dire : J’avais entre les mains un scélérat qui avait tué son père, sa mère, ses enfants. Eh bien ! J’ai tant de talent que je l’ai fait acquitter et que j’ai rendu à la société cet ornement qui lui manquait. ». Ce même lecteur exprima aussi sa colère : « J’ai éprouvé un sentiment de honte (…). Ainsi, ce monstre va pouvoir continuer à suivre par correspondance ses cours d’anglais et d’allemand pour devenir (…) un bon professeur à sa sortie de prison, dans dix ou quinze ans. ».

Un autre : « J’ai même peur. S’il est un crime contre lequel la peine de mort se doit d’exister, c’est bien celui qui consiste à tuer un enfant après demande de rançon… (…) Désormais, en France, on ne pourra plus jamais condamner à mort car on ne verra jamais pire. Dans vingt ans, Henry pourra recommencer. ». Une mère de famille a exprimé elle aussi sa colère : « J’ai le vertige et j’ose espérer qu’un tel jugement de clémence ne se reproduira plus en France en faveur d’un assassin d’enfant. Sinon, nous allons tout droit à une anarchie totale ! On ne s’étonnera pas alors que des parents écrasés de douleur se rebiffent et fassent justice eux-mêmes. Personnellement, j’attendrais le temps qu’il faudrait mais, dès sa remise en liberté, je tuerais celui qui aurait tué mon enfant. ». Rappelons d’ailleurs que moins de dix ans plus tard, l’affaire Grégory a montré qu’un parent d’une victime se croyait plus apte qu’un juge d’instruction pour faire justice.

Heureusement, parmi les lecteurs du même journal, la sagesse pouvait coexister : « La justice est chose nécessaire mais qu’elle puisse au moins s’exercer dans la liberté et avec sagesse, sans avoir à subir la violente pression des passions déchaînées de la foule. Et qu’une fois rendu son verdict, celui-ci sot respecté ! ».
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Toujours dans "France-Soir" le 27 janvier 1977, l’avocat qui a "gagné" ce procès, Robert Badinter, a analysé le verdict ainsi : « L’accusation a demandé aux jurés de condamner à mort Patrick Henry. Les jurés, en réponse, ont condamné (…) la peine de mort ce jour-là. Est-ce à dire que cette condamnation est définitive et marque l’abolition de fait de la peine de mort en France ? Nul ne peut l’affirmer. ». Dans les faits, deux autres prévenus furent condamnés à mort et exécutés en France, après le procès de Patrick Henry. La dernière exécution en France (et même en Europe occidentale) a eu lieu le 10 septembre 1977 sur Hamida Djandoubi, condamné à mort à Aix-en-Provence le 25 février 1977 (quelques semaines après le verdict de Troyes) pour "assassinat après tortures et barbarie, viol et violences avec préméditation" sur sa jeune compagne.

Robert Badinter a ajouté également : « Une décision comme celle-là, qui engage la conscience de chacun des juges, ne se prend pas sans les plus fortes raisons, sans un grand débat intérieur. Or, de ce débat, la peine de mort est sortie vaincue. ».

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Pendant plus d’une vingtaine d’années de prison, ses (sept) demandes de liberté furent systématiquement refusées. Il profita de son temps libre pour faire des études et obtenir le baccalauréat, un DUT en informatique et une licence de mathématiques. La politique judiciaire du gouvernement socialiste de Lionel Jospin a accru le "laxisme" par la loi n°2000-516 du 15 juin 2000 défendue par Élisabeth Guigou, la Ministre de la Justice de l’époque. Cette modification du code de procédure pénale a notamment rendu possible l’appel des verdicts des cours d’assises (auparavant, seule la cour de cassation pouvait modifier ces verdicts) et a créé le juge des libertés et de la détention.

Ce fut grâce à cette nouvelle loi que le tribunal régional de Basse-Normandie a accordé à Patrick Henry, le 26 avril 2001 à Caen, sa mise en liberté conditionnelle. Sa libération a eu lieu le 15 mai 2001, après vingt-cinq ans de réclusion, et il a commencé à travailler dans une imprimerie du Calvados.

En fait, cette libération conditionnelle fut un échec. Au-delà d’un vol dans un magasin en juin 2002, l’assassin d’enfant fut arrêté en Espagne sur la route le 6 octobre 2002 avec, dans ses bagages, une dizaine de kilogrammes de haschich provenant du Maroc. Il fut extradé le 16 avril 2003 et de nouveau en prison (et également condamné pour ce délit le 22 juillet 2003). Ses demandes ultérieures de libération conditionnelle furent refusées jusqu’à très récemment.

Interrogé par Jérôme Dupuis, Patrick Henry déclara à "L'Express" le 6 février 2003 : « Depuis mon procès, j'ai l'impression d'être un phénomène de foire. On m'a présenté comme le symbole de la lutte pour l'abolition de la peine de mort. Pourtant, après mon procès, alors que j'étais incarcéré, il y a eu plusieurs condamnations à mort et même deux exécutions. On n'en parle pas. Plus tard, j'étais censé incarner le problème de la réinsertion, après vingt-cinq ans passés en détention. On a voulu faire de moi un surhomme, alors qu'en fait, je ne suis qu'un pauvre type. (...) Je suis prêt à rendre des comptes à la justice, mais pas à être récupéré par le débat politique. ».

Finalement, Patrick Henry, atteint d’un cancer, a vu sa peine suspendue le 15 septembre 2017 pour aller se faire soigner à Lille. Il n’a survécu que deux mois et demi.

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L’exemple de Patrick Henry était presque caricatural : coupable sans aucun doute, froidement responsable et culotté, sans aucun regret ni remords, sans même une parole d’apaisement pour les parents de sa petite victime, il était le candidat idéal à la peine capitale. D’autant plus que son comportement pendant sa courte incursion en liberté conditionnelle montra qu’il n’était pas capable de réinsertion et que seule, la vénalité a guidé ses choix (comme celui de prendre en otage le garçon) : son premier réflexe, une fois sorti de prison en 2001 et 2002, fut de chercher un éditeur pour publier son témoignage et gagner de l’argent sur sa propre histoire (cela avait bien marché pour le Japonais mangeur d’étudiante étrangère).

Pour autant, les jurés ont-il eu raison d’avoir sauvé la tête de Patrick Henry ? Fermement opposé à la peine de mort et très heureux qu’elle n’existe plus ni en France, ni en Europe, ni même dans de très nombreux autres pays du monde, à l’exception notable de certains grands pays qui comptent aujourd’hui économiquement (comme les États-Unis, le Japon et la Chine), je persiste à penser que ce jury d’assises a eu raison et n’a pas à le regretter car la tête coupée de Patrick Henry n’aurait fait qu’ajouter la mort à la mort. Jamais elle n’aurait rendu à la vie le petit Philippe.

Savoir résister à la pression de la rue, à "l’opinion publique", au sentiment majoritaire, aux sondages, à l’émotion immédiate face à un drame abominable, c’est le devoir de la justice qui doit être rendue au nom de la société et sans esprit de vengeance. C’est difficile, mais c’est possible. Cela devrait être aussi le choix des responsables politiques en général.

Et si la mort de l’assassin, aujourd’hui, quarante et un ans après son horrible meurtre, ne doit lui apporter aucune reconnaissance, aucune compassion ni aucune justification, elle est au moins l’occasion de saluer la grande acuité du journaliste Roger Gicquel qui, tout en exprimant la grande émotion, sa grande émotion, pour un assassinat d’enfant, a mis en garde contre tout sentiment malsain de vengeance et de rancœur : « Oui, la France a peur et nous avons peur, et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions, je crois. Parce qu’on voit bien qu’il débouche sur des envies folles de justice expéditive, de vengeance immédiate et directe. Et comme c’est difficile de ne pas céder à cette tentation quand on imagine la mort atroce de cet enfant ! ».

Je doute qu’il soit le modèle du journalisme d’aujourd’hui où, au contraire, dans une course vénale à l’audience, au moindre fait-divers, l’émotion est mise en exergue et repasse en boucle jusqu’à la nausée…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’affaire Patrick Henry.
L’affaire Grégory.
L’affaire Robert Boulin.
L’affaire Florence Rey.
L’affaire Aldo Moro.
Le cauchemar de Serge Atlaoui.
Les exécutions à répétition, version Daech.
Les exécutions à répétition, version Hitler.
Les exécution à répétition, version Mao.
Les exécutions à répétition, version Lénine, Trotski et Staline.
Les exécutions à répétition, version Saint-Just.
Les exécutions à répétition, version Che.
Les exécutions à répétition, version Duvalier.
L’exécution de Mata Hari.
L’exécution de l’archidupe Maximilien.
L'exécution de Saddam Hussein.
Mary Jane Veloso.
Quatorze exécutions pour le 29 juillet 2016 ?
Un nouveau sursis pour Serge Atlaoui (13 juillet 2016).
La Turquie d’Erdogan.
Encore un espoir ?
Pierre Bas, le député de l’abolition de la peine de mort.
François Mitterrand, pas si abolitionniste que sa réputation…
Compte à rebours ?
L'insoutenable légèreté de son avenir.
Les droits de l'Homme.
Vers un moratoire en Indonésie ?
Le pape résolument contre la peine de mort.
Les valeurs de la République.
Le rejet du dernier recours de Serge Atlaoui.
Serge Atlaoui échappe de peu à l'exécution.
Encore la peine de mort.
Chaque vie humaine compte.
Rapport d’Amnesty International "Condamnation à mort et exécutions en 2014" (à télécharger).
Il n’y a pas d’effet dissuasif de la peine de mort (rapport à télécharger).
Peshawar, rajouter de l’horreur à l’horreur.
Hommage à George Stinney.
Pourquoi parler des Maldives ?
Maldives : la peine de mort pour les enfants de 7 ans.
Pour ou contre la peine de mort ?
La peine de mort selon François Mitterrand.
La peine de mort selon Barack Obama.
La peine de mort selon Kim  III.
La peine de mort selon Ali le Chimique.
Troy Davis.
Les 1234 exécutés aux États-Unis entre 1976 et 2010.
Flou blues.
Pas seulement otage.
Pas seulement joggeuse.
Nouveau monde.
Le 11 septembre 2001.
Chaos vs complot.

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https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/patrick-henry-et-la-france-qui-a-199303

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