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10 décembre 2025 3 10 /12 /décembre /2025 03:15

« Il peut m'arriver de ne pas prendre assez de précaution ! Toute ma vie a été organisée autour de la volonté de ne jamais susciter l'indifférence. » (Nicolas Sarkozy, le 10 décembre 2025 dans "Le Point").



 


Grande offensive médiatique de l'ancien Président de la République quelques jours après sa sortie de prison : Nicolas Sarkozy a sorti ce jeudi 10 décembre 2025 son livre témoignage sur son séjour en prison au titre peu original et peu crédible quand le prisonnier ne l'est que pendant vingt jours ("Journal d'un prisonnier", chez Fayard), et le même jour, une interview a été publiée dans l'hebdomadaire "Le Point" (propos recueillis le 4 décembre 2025 par le journaliste agaçant Franz-Olivier Giesbert).

Reconnaissons qu'il a fait doublement fort.

D'une part, au lieu de se faire tout petit et de rester discret le temps que les tempêtes judiciaires se calment, il fait une offensive très politique. C'est vrai que la meilleure défense, c'est l'attaque. Et la nouveauté depuis plus d'un an, c'est que sa communication n'est plus un commentaire sur ses affaires judiciaires, mais une réflexion de politique générale. Et c'est cette dernière qui imprime. Il faut dire qu'il y excelle, il était tombé dans la marmite de la politique politicienne étant petit. Il a réussi là où avait échoué Dominique Strauss-Kahn lorsqu'il a tenté de parler d'économie alors qu'il avait quitté sa prison américaine (le 18 septembre 2011).

D'autre part, tout au long de son interview, il n'a pas manqué d'air, il est même gonflé. Comme lorsqu'il a répondu au journaliste sur son éventuelle candidature à l'élection présidentielle de 2027 : « Techniquement, vous le savez bien, la réponse est non. Cette inéligibilité dont je suis frappé, on pourra la commenter jusqu'à la fin des temps. Il n'en reste pas moins qu'elle existe et que j'ai toujours respecté scrupuleusement les lois de mon pays. ».


En lisant ces phrases de Nicolas Sarkozy, on peut légitimement sourire : au-delà d'un orgueil démesuré ("commenter jusqu'à la fin des temps", comme si cette information était capitale dans l'histoire du monde, au même niveau que la disparition des dinosaures), on peut quand même imaginer que s'il s'est retrouvé dans cette situation (d'inéligibilité et d'incarcération à la Santé), c'est que certains juges ont considéré qu'il n'avait pas "toujours respecté scrupuleusement les lois de [son] pays" ! (même si, sur le fond, pour certaines affaires, pas toutes, je les trouve un peu tirées par les cheveux).

Je ne commenterai pas le livre sur le prisonnier parce que je ne l'ai pas lu et ne compte pas le lire, n'est pas Soljenitsyne qui veut !, mais son entretien au "Point" parce que j'y ai vu une véritable rupture, non seulement sur les convictions de Nicolas Sarkozy lui-même, mais aussi sur la manière d'appréhender le Rassemblement national, héritier d'un leader et d'un parti qui faisaient de l'antigaullisme son honneur et sa fierté.
 


Mais avant d'évoquer le RN, il faut admettre que dans ce long entretien de onze pages, Nicolas Sarkozy a exposé parfois des analyses intéressantes et loin d'être simplistes. Je prendrai cinq exemples.

Sur l'importance du chef : « Il est vrai que la mort de Louis XVI nous hante toujours. (…) Souvenons-nous de la Fête de la Fédération, avec ce pauvre Robespierre complètement illuminé, marchant royalement aux Tuileries, à la tête d'un cortège de dizaines de milliers de personnes. Après avoir fait tuer Danton, il a fini sur l'échafaud lui aussi. Le leader du moment reste toujours l'homme à abattre. (…) Dans le monde d'avant, d'où je viens, pour gagner, il fallait être le plus flamboyant. Aujourd'hui, c'est la loi du plus compatible ! (…) Pourquoi faut-il remplacer la souveraineté populaire par un concept vague d'indépendance qui, en fait, donne le pouvoir à des lobbys ou à des administrations ? Le pouvoir politique représente le peuple, c'est à lui de décider (…). Aujourd'hui (…), les pouvoirs semblent empêtrés, paralysés. C'est pourquoi on m'a tellement accusé de passer en force quand je faisais mes réformes. Souvenez-vous de l'autonomie des universités. Deux ans de grèves, d'occupations, de blocages. Mais depuis, personne n'est revenu là-dessus. Si elle ne plaisait pas à tout le monde, ma méthode a porté ses fruits. J'ai voulu le pouvoir. Je l'ai exercé. Aux yeux de certains, c'est une faute. ». Avant sa première élection, Emmanuel Macron avait vu également cette problématique d'un peuple qui a guillotiné son roi et qui attend un autre roi.

Sur les églises : « C'est notre identité. Je pense que les églises sont plus importantes pour ceux qui n'y vont pas que pour ceux qui y vont. Ceux qui s'y rendent, c'est pour parler à Dieu. Mais ils peuvent le faire partout. Les autres considèrent l'église comme un signe, comme un phare qui rythme le paysage de leur enfance. ».


Sur l'islam supposé conquérant : « Ce n'est pas l'islam qui est conquérant. C'est nous qui ne défendons plus rien. La laïcité n'est pas une réponse suffisante à un islamisme conquérant. Il nous faut réenchanter la spiritualité à partir du terreau judéo-chrétien, richesse identitaire considérable. ».

Sur l'Europe : « Il faut réinventer l'Europe. Elle ne peut pas fonctionner en l'état actuel. J'ai été celui qui a empêché la Turquie de rentrer dans l'Union Européenne. J'observe qu'aujourd'hui, on se demande si la Moldavie ou la Biélorussie doivent la rejoindre, sans parler de l'Ukraine. Ce serait une pure folie. Mais personne n'envisage le retour des Britanniques en Europe. Or, c'est d'eux que nous avons besoin, comme ils ont besoin de nous. ».


Sur son parti Les Républicains : « [La "droite classique"] doit cesser de se considérer comme classique, orientation qui, je vous le rappelle, ne réussit jamais en France à ceux qui s'y réfèrent. (…) C'est la chose la plus difficile qui soit, mais pour gagner, il faut rompre. L'avenir de ma famille politique passe par une rupture avec son confort, ses habitudes et une partie de son histoire, conditions sine qua non pour essayer de reconstruire quelque chose de nouveau. ».
 


Dans les ruptures avec le confort de la droite, il y a ses relations avec l'extrême droite. Et les idées de l'ancien Président de la République sont particulièrement préoccupantes.

Ce qui peut rassurer, c'est que Nicolas Sarkozy peut être bruyant, du moins, son écho médiatique peut résonner loin et longtemps, d'autant plus qu'il n'y a plus de leader dans son parti LR, il peut avoir de nombreux lecteurs (et, depuis 2012, son aventure éditoriale est plutôt originale et intéressante), mais cela ne veut pas dire qu'il va attirer de nombreux électeurs, ni même qu'il va influencer les choix de ses anciens compagnons de route.

De quoi s'agit-il ? De faire de Jordan Bardella la Giorgia Meloni de la droite française (lui serait sans doute le Silvio Berlusconi). Bref, de considérer le RN comme une devanture tout à faire respectable de la droite et d'être le cœur d'attraction d'une union des droites, exactement comme l'a choisi Éric Ciotti en 2024 sans prendre en compte les contradictions majeures (remise en cause de la réforme des retraites, alourdissement de la fiscalité, étatisme exacerbé, etc.).

Une enquête de l'hebdomadaire concurrent, "L'Express", a d'ailleurs démontré que les députés RN avaient des choix économiques et fiscaux très largement de gauche populiste (ils ont voulu rajouter pour 40 milliards d'euros de nouvelles taxations !). Rien à voir avec le programme économique de LR qui est largement Macron-compatible.


Alors, pourquoi cette position, très nouvelle pour Nicolas Sarkozy qui ne voulait aucun accord avec le RN depuis toujours, encore lorsqu'il a raté sa qualification à la primaire LR du 20 novembre 2016 dans un très beau discours contre l'extrême droite ?

Deux raisons. La première, c'est une lâcheté politique, résultant d'un défaitisme politique et idéologique confirmé par les sondages d'intentions de vote (et consolidé par la lucidité !), qui conclut que LR ne pourrait pas, à court terme, revenir au pouvoir comme avant 2012 et que la défaite de la gauche passerait par la victoire du RN (ce qui est électoralement faux si l'on observe les deux dernières élections présidentielles). La seconde raison, c'est une rancœur contre Emmanuel Macron, alors qu'il l'avait soutenu en 2022 contre la candidate de son propre parti, Valérie Pécresse, apparemment pour une raison subalterne (Emmanuel Macron aurait laissé faire le retrait de sa Légion d'honneur ; il serait intervenu qu'on le lui aurait reproché !).

Quand on est chez LR, parler du RN est toujours sur un terrain glissant. Là, Nicolas Sarkozy ne prend pas de pincette et vient carrément avec sa luge. Son analyse, c'est qu'il y a deux ailes au RN. Une aile respectable qui mériterait de s'étendre et une aile déplorable.


La première aile du RN : « Le parti est composé d'une première aile attrape-tout où se retrouvent beaucoup de déçus de la droite. ». Et de poursuivre audacieusement : « Quand j'ai rencontré Jordan Bardella, qui incarne ce courant, il m'a fait un peu penser au RPR au temps de Chirac. Son discours n'est pas très différent du nôtre à l'époque. ».

Quand il a lu ces propos, son ancien conseiller Henri Guaino a été particulièrement choqué et lui a répondu : pas touche au RPR ! C'est une erreur à plus d'un titre de faire cette comparaison entre Jordan Bardella et Jacques Chirac. Déjà, Jacques Chirac avait une expérience de tout, alors que Jordan Bardella n'a aucune expérience, pas même professionnelle.

Ensuite, Jordan Bardella n'a pas de doctrine, ni même de vision idéologique. Comme l'ancien Président l'a pourtant compris, le discours lisse de Jordan Bardella n'a qu'un but, être attrape-tout Mais les députés RN, eux, ils ont choisi, ils sont de la gauche démagogique, celle qui rase gratis, ils veulent étatiser encore plus le pays, avec plus d'impôts (40 milliards d'euros à la dernière discussion budgétaire !)... Et Jordan Bardella, à Strasbourg, a toujours défendu les intérêts de la Russie contre ceux de la France et de l'Europe (il suffit de regarder ses votes au Parlement Européen).


La seconde aile du RN : « Emmenée par Marine Le Pen, l'autre aile, disons, canal historique, est fidèle à ses origines, ni de droite ni de gauche, et son projet économique est plus proche de celui de LFI que de celui de LR. La fondatrice du RN pense que son électorat ne peut pas accepter à la retraite au-delà de 62 ans. ».

Au fond, Nicolas Sarkozy ne regarde plus ses convictions mais l'offre politique. Il voit un grand parti qui vaut autour de 35% d'audience dans l'électorat et il voudrait le transformer en parti de droite classique pour le respectabiliser et pouvoir faire alliance avec lui sans scrupules afin de combattre la gauche. Sauf que les électeurs LR qui pensent cela, ils ont déjà déserté depuis longtemps LR pour rejoindre les rangs du RN, les derniers en date sont les ciottistes.


En d'autres termes, l'ancien Président de la République croit qu'il pourrait manœuvrer sinon manipuler Jordan Bardella. À une époque pas si lointaine, le Zentrum croyait contrôler le NSDAP en 1932 afin de renverser une assemblée social-démocrate en Allemagne, on a vu ce que cela a donné.

Nicolas Sarkozy prend ses désirs pour des réalités alors qu'on sait très bien qu'il n'y a aucune conviction au RN, ni dans une aile ni dans l'autre, car c'est un parti attrape-tout dont le principal argument pour attirer le chaland est particulièrement stupide : "on n'a pas essayé !". Allez demander aux habitants de Fréjus, Toulon, etc., eux, ils ont déjà essayé et ils ont vu les subventions aux associations sociales ou culturelles idéologiquement supprimées, comme ils ont vu la mauvaise gestion voire certaines affaires (le maire RN de Fréjus s'est mis justement en congé de parti en raison de son procès qui aura lieu juste avant les élections municipales).


En parlant de Pétain, De Gaulle évoquait le naufrage de la vieillesse dans ses mémoires. Faut-il le signaler aussi pour Nicolas Sarkozy ? Certainement pas. Peut-être le naufrage de la rancœur contre une classe politique, médiatique, judiciaire qui ne l'a pas reconnu comme un grand Président ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Nicolas Sarkozy, entre terrain glissant et naufrage.
La deuxième condamnation définitive de Nicolas Sarkozy.
Nicolas Sarkozy, la fin d'un cauchemar.
Nicolas Sarkozy en prison ce mardi !
Document : texte du jugement du 25 septembre 2025 (à télécharger).
Nicolas Sarkozy bientôt en prison : choc septique pour nos institutions !
Financement libyen : Nicolas Sarkozy condamné à 5 ans de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé avec exécution provisoire.
La Légion d'honneur perdue de Nicolas Sarkozy.
Un nouveau bijou pour Nicolas Sarkozy ?
Le doyen Nicolas Sarkozy.
L'honneur perdu de Nicolas Sarkozy.
Nicolas Sarkozy réagit à la dissolution dans le JDD (15 juin 2024).
Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 16 décembre 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 10 juillet 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).

Sale temps pour Nicolas Sarkozy !
La justice harcèle-t-elle la classe politique ?
Carla Bruni.
La sagesse de Nicolas Sarkozy.
Pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Injustice pour Nicolas Sarkozy ?
Sarko et ses frères...

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251210-sarkozy.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nicolas-sarkozy-entre-terrain-265144

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/11/article-sr-20251210-sarkozy.html


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9 décembre 2025 2 09 /12 /décembre /2025 20:41

« C'est de dire aux Françaises et au Français qu'on va y arriver ! (…) Il n'y a pas de chemin impossible. Il faut qu'on arrive à mettre fin, au fond, à ce double décalage : le décalage entre la situation politique et le décalage avec ce qu'attendent légitimement nos concitoyennes et nos concitoyens, pour leur vie quotidienne, pour la situation économique et sociale, leur sécurité, bref, ce pour quoi évidemment nous sommes missionnés. Et ce décalage entre la vie politique et la vie réelle devient préoccupant. (…) Alors, pour cela, il va falloir aussi changer, être sûrement plus créatif, parfois plus technique, plus sérieux dans la manière de travailler avec nos oppositions (…). Et je le dis aussi : il va falloir des ruptures. Et pas que sur la forme. Et pas que dans la méthode. Des ruptures aussi sur le fond. » (Sébastien Lecornu, le 10 septembre 2025 à Matignon).






 


Surtout, ne parlez pas de victoire ! Le Premier Ministre Sébastien Lecornu a le triomphe modeste, d'autant plus qu'il n'a pas fini son parcours du combattant, celui du moine-soldat qu'il est. D'ailleurs, il n'était volontairement même pas dans l'hémicycle ce mardi 9 décembre 2025 peu avant 20 heures pour savourer sa (quand même) victoire, ou, du moins, la victoire de sa méthode. Le PLFSS 2026, projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, a été adopté par les députés en deuxième lecture sans utilisation de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution. Il a ainsi supplanté ses deux prédécesseurs, Michel Barnier et François Bayrou.

Le vote a été obtenu avec 13 voix d'avance, avec une mobilisation massive de tous les groupes parlementaires. Autant dire que rien n'était certain ce soir jusqu'à la dernière minute. Les écologistes se sont abstenus après le rehaussement, dans la journée, du seuil de l'ONDAM, objectif national des dépenses d'assurance-maladie, augmenté de 3% par rapport à 2025, au lieu d'un seuil irréaliste et susceptible d'être considéré comme insincère.

Quelques minutes avant le vote solennel de l'ensemble du PLFSS, il y a eu le vote, sans signification politique, de la troisième partie du PLFSS, la partie dépenses, adoptée avec 227 voix pour, 86 contre et 189 abstentions, dont 102 provenant des députés RN.

Le plus significatif, politiquement, reste évidemment le vote de l'ensemble du PLFSS avec 247 voix pour, 234 voix contre et 93 abstentions. Il ne manquait à l'appel qu'un seul député des 575 députés actuellement en exercice (2 sièges sont vacants), il s'agissait d'un membre (ultramarin) du groupe communiste, une députée de Polynésie française. On voit ainsi que chaque groupe s'est massivement mobilisé, même si, pour plusieurs d'entre eux, les votes ont été dispersés.
 


Dans les oppositions populistes, il n'y avait aucune incertitude sur leurs votes avec une discipline efficace : 123 députés RN sur 123 ont voté contre ; 16 députés ciottistes sur 16 ont voté contre et 71 députés FI sur 71 ont voté contre. Pour provoquer le chaos, ils étaient tous présents.

Dans l'opposition de gauche un peu plus responsable, la situation était particulièrement dispersée. Les communistes ont voté majoritairement contre le PLFSS, mais pas complètement : 10 députés PCF sur 17 ont voté contre (dont Elsa Faucillon, Jean-Paul Lecoq, Stéphane Peu, Emmanuel Tjibaou) ; 5 députés PCF se sont abstenus (dont Yannick Monnet) et 1 député PCF a voté pour (Emmanuel Maurel). Chez les écologistes, la situation étaient encore plus dispersée. Majoritairement, l'abstention était la consigne : 26 députés EELV sur 38 se sont abstenus (dont Pouria Amirshahi, Cyrielle Chatelain, Sandra Regol, Eva Sas) ; 9 députés EELV ont voté contre (dont Clémentine Autain, Alexis Corbière, Hendrik Davi, Benjamin Lucas, Sandrine Rousseau, François Ruffin, Danielle Simonnet) et 3 députés EELV ont voté pour (Delphine Batho, Dominique Voynet et Jérémie Iordanoff).

Enfin, à gauche, les socialistes ont été les véritables modérateurs de ce vote : 63 députés PS sur 69 ont voté pour (dont Laurent Baumel, Philippe Brun, Arthur Delaporte, Olivier Faure, Guillaume Garot, Emmanuel Grégoire, Jérôme Guedj, Stéphane Hablot, Céline Hervieu, François Hollande, Sacha Houlié, Gérard Leseul, Dominique Portier, Aurélien Rousseau, Hervé Saulignac, Boris Vallaud) et 6 députés PS se sont abstenus (dont Dieynaba Diop). Aucun n'a voté contre, afin de consolider le trophée que les socialistes avaient obtenu dès le début de la discussion budgétaire, la suspension de la réforme des retraites jusqu'au 1er janvier 2028.

Du côté de ceux qui participent actuellement au gouvernement, les choses n'étaient pas très claires.

Il y avait les soutiens loyaux du chef du gouvernement. Le groupe EPR (Renaissance) a voté massivement pour (91 députés EPR sur 91, dont la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet). Le groupe MoDem également : 36 députés MoDem sur 36 ont voté pour.
 


En revanche, ce n'était pas le cas du groupe Horizons qui s'est clairement positionné en dehors de la coalition macroniste : 25 députés HOR sur 34 se sont abstenus (dont Sylvain Berrios, Paul Christophe, Nathalie Colin-Oesterlé, Agnès Firmin Le Bodo, Lise Magnier, Laurent Marcangeli, Marie-Agnès Poussier-Winsback, Frédéric Valletoux) et seulement 9 députés HOR ont voté pour (dont Thierry Benoît, Isabelle Rauch).

De même, le groupe LR s'est majoritairement abstenu (victoire de la consigne de Laurent Wauquiez sur la consigne de Bruno Retailleau, président de LR, qui voulait un vote contre) : 28 députés LR sur 49 se sont abstenus (dont Michel Barnier, Laurent Wauquiez, Xavier Breton, Pierre Cordier, Fabien Di Filippo, Justine Gruet, Michel Berbillon, Patrick Hetzel, Véronique Louwagie, Yannick Neuder, Jean-Louis Thiériot) ; 18 députés LR ont quand même fait preuve de responsabilité en votant pour (dont Thibault Bazin, Julien Dive, Philippe Gosselin, Philippe Juvin, Michèle Tabarot) et 3 députés LR ont voté contre (dont Alexandra Martin).

Parmi les OVNI de l'Assemblée, il y a le groupe LIOT : 20 députés LIOT sur 22 ont voté pour (dont Charles de Courson, Yannick Favennec, David Habib, Harold Huwart, Stéphane Lenormand, Paul Molac, Christophe Naegelen, Jean-Luc Warsmann, Estelle Youssouffa) et 2 députés LIOT se sont abstenus (Valérie Létard et Olivier Serva). Autres OVNIs, les députés non-inscrits qui se sont ainsi répartis : 6 ont voté pour (dont Raphaël Schellenberger, Stella Dupont, Sophie Errante), 2 contre et 1 s'est abstenu (Aurélien Pradié).

Ce qui en ressort peut sembler être une grande confusion. En fait, c'est assez normal : ce budget de la sécurité sociale, c'est celui d'aucun groupe, d'aucun parti politique. Tous les groupes peuvent considérer qu'il n'est pas bon, qu'il ne répond pas aux attentes du pays. Et pourtant, c'est le principe du compromis. L'agilité politique de Sébastien Lecornu (qui est ainsi un très grand homme d'État), c'est d'avoir su faire des concessions à gauche sans trop fâcher à droite. C'était un jeu d'équilibriste : personne n'est satisfait, mais la situation politique est telle que c'est le meilleur budget possible. Et, depuis 1958, jamais le Parlement n'a été aussi proactif dans la construction budgétaire.

Le vote doit se déterminer selon ces deux possibilités : ou ce PLFSS mi-figue mi-raisin, ou rien du tout, et le rien du tout est de toute façon plus coûteux pour la France car c'est le choix entre un déficit de 20 milliards d'euros ou un déficit de 30 milliards d'euros. Les socialistes ont réussi à arracher beaucoup de concessions au gouvernement (d'où les énervements à droite), et étaient probablement les plus motivés à ce que ce projet fût adopté (en particulier pour la suspension de la réforme des retraites). Certains socialistes admettent en off qu'ils ont obtenu des mesures qu'ils n'auraient jamais été capables d'adopter s'ils disposaient eux-mêmes d'une majorité absolue, car on les aurait taxés d'irresponsables.
 


Lorsqu'on regarde dans le détail les différents votes (voir plus haut le scrutin n°4696), on peut en tirer quelques enseignements.

Le premier, c'est que ce PLFSS a été adopté principalement grâce aux 18 députés LR qui ont voté pour. Et il aurait pu être rejeté à cause des 25 députés proches de l'ancien Premier Ministre Édouard Philippe qui se sont abstenus, préférant prendre le risque d'un rejet du projet.

Le deuxième enseignement, c'est que les socialistes ont réussi leur pari. La stratégie de négociation pour avoir des concessions a été efficace. Mieux encore pour eux : avec l'abstention des écologistes, les socialistes ne sont pas les seuls "traîtres" aux yeux des insoumis et peuvent raisonnablement se présenter devant leurs électeurs avec des justifications convaincantes (notamment sur les retraites).

Le troisième enseignement est le corollaire du deuxième : la gauche s'est complètement éclatée dans ce vote, un éclatement qui n'est pas anecdotique mais profondément idéologique, on retrouve le clivage à gauche entre révolutionnaires (mettre le chaos partout) et réformistes (école du pragmatisme). Cela signifiera sans doute beaucoup de désunion à gauche aux municipales de mars 2026 dans les grandes villes. En revanche, cela ne signifiera rien lors d'éventuelles prochaines élections législatives où la tactique pour sauver les meubles l'emportera sur les rancœurs personnelles, comme ce fut le cas en 2022 et 2024.

Le quatrième enseignement, c'est que les députés Horizons ont quitté le navire macroniste avec pertes et fracas. La stratégie incendiaire d'Édouard Philippe, son objectif de ne plus dépendre du Président Emmanuel Macron aux yeux des électeurs, est un mauvais calcul : dès le premier tour d'une éventuelle élection présidentielle, il devra rassembler l'ensemble des électeurs macronistes s'il veut être qualifié pour le second tour. Ce n'est assurément pas le chemin qu'il prend.
 


Le cinquième enseignement, c'est que dans la bataille interne au sein de LR, Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l'Assemblée, a repris la main sur Bruno Retailleau, président de LR. Sa consigne d'abstention a été suivie (au lieu d'un vote contre prôné par l'ancien Ministre de l'Intérieur), et Laurent Wauquiez, par sa modération (nouvelle), pourrait attirer vers lui un électorat modéré dégoûté par ses anciennes outrances démagogiques.

Le sixième enseignement, c'est que les partis populistes et extrémistes n'ont aucun sens de l'intérêt général. Que ce soient le RN et ses alliés ou les insoumis, ils veulent la chute du gouvernement, le chaos politique, et ils ont les moyens de faire appliquer une totale discipline interne (pas une voix qui ne fût pas contre le gouvernement). En d'autres termes, ils préfèrent leurs petits intérêts de boutiquiers partisans à l'intérêt des Français qui passent par une réduction du déficit pour éviter des taux d'intérêt exorbitants.

Enfin, le septième enseignement, c'est que la méthode Lecornu fonctionne pas mal, mieux que celle de Michel Barnier (il n'y avait pas de méthode Barnier) et mieux que celle de François Bayrou. Dans quelques jours, Sébastien Lecornu va dépasser la longévité (très courte) de Michel Barnier à Matignon (lui-même, en s'abstenant sur ce vote de mardi, n'a pas fait preuve d'un grand sens des responsabilités), et s'il réussit la course d'obstacles budgétaire jusqu'au bout, il aura gagné l'année 2026, car les députés se garderont de précipiter une dissolution en pleine campagne municipale (printemps 2026), et ensuite, nous serons en pleine campagne présidentielle (à partir de l'été 2026).

Le processus du PLFSS n'est pas encore terminé. Il y aura encore un vote au Sénat, probablement négatif, puis un retour à l'Assemblée avec le même texte et probablement le même résultat (prévu probablement vers le 15 décembre 2025).

Enfin, la procédure sur le projet de loi de finances pour 2026 (PLF 2026) devra être achevée avant Noël et sans article 49 alinéa 3 de la Constitution, on peut se demander comment il pourra être adopté avec l'abstention des socialistes. Sébastien Lecornu a pour atouts sa non-mise en avant et sa parfaite connaissance des procédures parlementaires. Ce sont peut-être les anti-héros qui réussissent le mieux, de nos jours.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Adoption du PLFSS 2026 : une victoire de la méthode Lecornu !
PLFSS 2026 : un certain masochisme ?
La situation électorale à dix-huit mois de la prochaine élection présidentielle.
Sondage Elabe des intentions de vote à la présidentielle publié le 1er novembre 2025 pour BFMTV et "La Tribune Dimanche" (à télécharger).
Laure Miller.
Accords franco-algériens de 1968 : pas de quoi crier victoire pour le RN !
Roland Lescure.
Budget 2026 : les grandes manœuvres commencent !
Débat parlementaire du vendredi 24 octobre 2025 à l'Assemblée Nationale.
Au travail, les députés !
Première mission de Sébastien Lecornu remplie : le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez !
Déclaration de politique générale du Premier Ministre Sébastien Lecornu le 14 octobre 2025 à l'Assemblée Nationale (texte intégral et vidéo).
L'humilité de Sébastien Lecornu II sera-t-elle efficace ?
Composition du Gouvernement Sébastien Lecornu II nommé le 12 octobre 2025.
Sébastien Lecornu II, homme de devoir et gouvernement libre.
Le moine-soldat Sébastien Lecornu.
Un gouvernement de 14 heures...
Le gouvernement Lecornu sera-t-il éphémère ?
Composition du Gouvernement Sébastien Lecornu I nommé le 5 octobre 2025.
Le retour de Michel Barnier.
Nicolas Sarkozy bientôt en prison : choc septique pour nos institutions !
Les 25 ans du quinquennat.
La France reconnaît l'État de Palestine aux Nations-Unies.
Fitch : ne pas surinterpréter la rétrogradation de la note de la France.
Jordan Bardella a-t-il l'étoffe d'un Premier Ministre ?
Du Tohu-bohu à Sébastien Lecornu.
Sébastien Lecornu après François Bayrou.
Matignon : qui succédera à François Bayrou ?
François Bayrou et la victoire du tohu-bohu.
Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 8 septembre 2025 à l'Assemblée Nationale (texte intégral et vidéo).
Journée critique pour Bayrou... et la France !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 7 septembre 2025 pour Brut (vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 5 septembre 2025 sur RTL (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 4 septembre 2025 dans le journal de 20 heures sur France 2 (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 dans "Paris Match" (texte intégral).

Démission, destitution... Emmanuel Macron peut-il écourter son second mandat présidentiel ?
François Bayrou tend la main à toutes les forces politiques.
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 sur BFMTV (vidéo et texte intégral).
François Bayrou le combatif !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 31 août 2025 à la télévision (vidéo et texte intégral).
Déclarations du Premier Ministre François Bayrou le 29 août 2025 à Châlons-en-Champagne (vidéo).
4 conditions pour gagner la nouvelle bataille industrielle selon Bayrou.
Discours du Premier Ministre François Bayrou au Medef le 28 août 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
La question de François Bayrou.
Interview de François Bayrou au journal télévisé de 20 heures le 27 août 2025 sur TF1 (vidéo et texte intégral).
Requiem pour Bayrou : courageux ou suicidaire ?
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 25 août 2025 (vidéo et texte intégral).
La Bataille de Paris.
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
L'engagement total d'Emmanuel Macron.
La femme du Président.
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Du grand Bayrou !
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251209-plfss.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/adoption-du-plfss-2026-une-265143

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/09/article-sr-20251209-plfss.html


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5 décembre 2025 5 05 /12 /décembre /2025 17:41

« Bravo à tous ! » (Yaël Braun-Pivet, le 5 décembre 2025 dans l'hémicycle).





 


Un petit cri du cœur poussé par la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet en annonçant les résultats du vote positif de la deuxième partie du PLFSS, la partie recettes, en nouvelle lecture. Le PLFSS, pour ceux qui auraient hiberné ces dernières semaines, c'est le projet de loi de financement de la sécurité sociale, en d'autres termes, le budget de la sécurité sociale. Il n'y a pas de poursuite des débats par l'examen de la partie dépenses si la partie recettes n'a pas été adoptée.

Ce vote positif n'est pas anodin, car il a été acquis sans article 49 alinéa 3 de la Constitution, c'est-à-dire avec une majorité absolue, donc, une majorité activement positive, pas une majorité par défaut, défaut de majorité absolue d'une censure. Mais le plus important, c'est la journée du mardi 9 décembre 2025 où les députés auront le vote solennel du PLFSS, dans son entier.

Rappelons que c'est avec le vote du PLFSS 2025 que le gouvernement de Michel Barnier était tombé à l'issue du vote de la motion de censure consécutive à l'emploi de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution (il y a un an, presque jour pour jour).

Avant de commenter ce vote, précisons les faits. La partie recettes du PLFSS 2026 a été votée par 166 votes favorables, 140 votes contre et 32 abstentions. Cela veut dire qu'il y a eu, au-delà des abstentions, beaucoup de députés qui n'étaient pas présents, en l'occurrence 237 ! Globalement, les députés RN et les députés FI et EELV ont voté contre, et les députés du socle gouvernemental ont voté plus ou moins favorablement. Quant au PCF, c'est mi-figue, mi-raisin. Et au PS, c'est le mot responsabilité qui l'a emporté.

L'analyse précise du scrutin (n°4595) est un peu moins catégorique et un peu plus confuse. Précisons, avant de passer en revue l'ensemble des groupes politiques, que dans cette partie votée, il y a la suspension de la réforme des retraites, du moins son financement, qui fait partie d'un compromis entre le gouvernement et le PS, ainsi qu'une augmentation de la CSG des revenus du capital. Certains députés macronistes, en particulier ceux proches de l'ancien Premier Ministre Édouard Philippe, étaient déterminés à s'opposer à cette concession de taille sur la réforme des retraites.

Regardons à la loupe d'abord les groupes de l'opposition.

Au RN, seulement 69 députés RN ont voté contre sur les 123. Les autres étaient absents, notamment Marine Le Pen. C'est important de préciser cela. Chez les ciottistes, l'opposition a semblé également molle, malgré les propos outranciers : seulement 6 députés ciottistes ont voté contre, dont Éric Ciotti lui-même, sur un total de 16. Où étaient les autres membres de ce groupe ?

À la gauche extrême, l'assiduité n'était pas plus au rendez-vous non plus. 41 députés insoumis sur 71 ont voté contre. Par exemple, Clémence Guetté n'a pas participé au vote. Chez les écologistes, 21 députés EELV ont voté contre, sur 38 membres, mais une a voté pour, l'ancienne ministre socialiste Delphine Batho, et 2 se sont abstenus, dont Eva Sas. Chez les communistes, seulement 3 députés PCF, dont Elsa Faucillon et Jean-Paul Lecoq, ont voté contre, sur 17. Les autres étaient absents sauf 2 qui ont voté pour, dont l'ancien député européen socialiste Emmanuel Maurel.

Faut-il ensuite évoquer les autres groupes en parlant de "majorité" ? Difficile même si le vote du budget est l'épreuve la plus éloquente d'une appartenance à la majorité ou à l'opposition.

Alors, regardons le parti socialiste qui a été très discipliné : 54 députés PS sur 69 membres ont voté pour, dont Olivier Faure, Boris Vallaud, Philippe Brun, Sacha Houlié, Aurélien Rousseau et Jérôme Guedj. Un seul s'est abstenu. Aucun a voté contre. Dans son grand courage, l'ancien Président François Hollande était absent ! Insistons sur la discipline de vote : ce groupe n'avait pas pu empêcher quelques-uns, à savoir, sept de ses membres de voter la motion de censure du 16 octobre 2025.

Passons maintenant aux groupes parlementaires dont certains (anciens) membres sont aujourd'hui membres du gouvernement.

Le groupe charnière LIOT, un peu OVNI de la vie politique française depuis 2022, a majoritairement voté pour cette partie du PLFSS : 9 députés LIOT sur 22 ont voté pour, dont Yanick Favennec, Stéphane Lenormand et Harold Huwart. Ce dernier avait été le seul député de toute l'Assemblée à avoir voté pour le projet de loi de finances 2026 en première lecture le 21 novembre 2025. Quant à Charles de Courson, il a courageusement été absent.

Le groupe du parti Les Républicains a pris une position de neutralité malgré ses déclarations négatives : 14 députés LR sur 49 se sont abstenus (dont Laurent Wauquiez, Michel Herbillon, Thibault Bazin, Philippe Juvin, Yannick Neuder, Jean-Pierre Vigier et Jean-Louis Thiériot), 6 ont voté pour (dont Michèle Tabarot), et aucun n'a voté contre. Les autres étaient absents.

Dans la majorité macroniste, l'affaire était un peu moins incertaine. Pour EPR, 63 députés macronistes sur 91 ont voté pour, y compris la présidente de séance, Yaël Braun-Pivet (ce qui est assez rare). Au MoDem, 23 députés proches de François Bayrou sur 36 ont voté pour, les autres étaient absents. À Horizons, en revanche, si aucun n'a voté contre, seulement 4 députés HOR sur 34 ont voté pour, dont Thierry Benoît et Isabelle Rauch, et 15 se sont abstenus, dont Frédéric Valletoux, Paul Christophe, Laurent Marcangeli, Agnès Firmin Le Bodo, Nathalie Colin-Oesterlé et Marie-Agnès Poussier-Winsback.

Enfin, parmi les 9 députés non-inscrits, 4 ont voté pour (dont Stella Dupont) et les autres n'ont pas pris part au vote.
 


Je propose ici les explications de vote (dans l'ordre d'intervention dans l'hémicycle).

Éric Ciotti (ciottiste) : « Ce texte est mauvais. Non seulement il ne répond pas à la problématique des déficits, mais il se trompe d’orientation. Sous la pression du Parti socialiste et avec la complicité ahurissante des députés du groupe de M. Wauquiez, vous avez choisi hier soir d’augmenter massivement la fiscalité sur le capital. (…) On lit dans la presse vos grandes déclarations contre l’augmentation de la fiscalité, mais quand il s’agit de voter, vous vous livrez à la compromission, telle qu’on l’a constatée hier soir : honteuse et non assumée. ».

Jean-Philippe Tanguy (RN) : « Ce n’est plus un projet de loi de financement de la sécurité sociale, c’est un projet de facturation de vos sauvetages de siège. Voilà ce que vous proposez aux Français : il faut qu’ils paient pour qu’il y ait un accord entre les LR et le Parti socialiste, qu’ils paient pour qu’il n’y ait pas de censure, qu’ils paient pour que nous ne retournions pas aux urnes. Et ce sont de vraies taxes et de vrais impôts ; ce n’est ni la propagande ni les affirmations imaginaires qu’on lit sur les tracts distribués par des militants que vous n’avez plus ! ».

Camille Galliard-Minier (EPR) : « Le déficit est contenu, nous avons réussi à éviter des hausses de charges, notamment pour les apprentis, que nous soutenons, les jeunes entreprises innovantes ou les bénéficiaires de titres-restaurant. Cette partie contient bien évidemment des éléments qui ne vont pas dans le bon sens, mais nous savons, en responsabilité, qu’elles sont le résultat d’un compromis. Ce compromis, nous l’avons toujours privilégié et nous l’acceptons dans l’intérêt des Françaises et des Français. ».

Hadrien Clouet (FI) : « Vous parlez d’irritants, mais le sujet, ce n’est pas les irritants. Qu’avez-vous dit aux gens qui vous ont fait confiance ? Voilà la question à poser. Avez-vous dit à une seule personne dans ce pays qu’elle paierait, l’année prochaine, à la place des très riches ? Non ! Vous ne l’avez pas fait, mais vous vous apprêtez à le décider. Moi, je ne m’occupe pas d’irritants, mais d’un programme politique : abroger la réforme des retraites, instaurer le 100% sécu, alimenter l’hôpital public ! ».

Jérôme Guedj (PS) : « S’il fallait citer la première raison de voter cette deuxième partie, c’est de débattre des dépenses de sécurité sociale. Nous la voterons d’autant plus que nous revendiquons le compromis dont elle est le fruit. Ce compromis est nécessairement insatisfaisant pour les uns et les autres, mais nous avons pu, nous, députés socialistes, dégager des recettes pour la sécurité sociale, notamment avec l’engagement massif d’une compensation de l’État au budget de la sécurité sociale. Au moment d’examiner ces dépenses, nous avons désormais une marge de manœuvre, Mme la ministre l’a rappelée, et nous souhaitons l’employer dans un débat que j’espère constructif, que les députés socialistes espèrent constructif. Constructifs comme ils l’ont eux-mêmes été pendant tout l’examen du PLFSS. ».

Justine Gruet (LR) : « Nous sommes opposés à l’augmentation des impôts et des prélèvements obligatoires. Notre pays détient des records en la matière et les Français n’en peuvent plus. (…) L’implication de notre groupe a permis des avancées sur des sujets fondamentaux. (…) Le Rassemblement national et l’union des droites pour la république de M. Ciotti témoignent d’une hypocrisie ahurissante. Ils font semblant de s’offusquer de l’augmentation de taxes alors qu’ils en ont voté pour 34 milliards d’euros, avec La France insoumise, ces dernières semaines ! Monsieur Ciotti, vous venez de faire à l’instant votre numéro de claquettes, mais vu votre niveau de présence dans l’hémicycle, il n’est pas étonnant que vous ne maîtrisiez pas tout ce qui a été voté dernièrement ! ».

Cyrielle Chatelain (EELV) : « Notre position était claire : tout faire pour éviter de demander aux soignants de faire le même travail avec moins d’argent. Dans sa copie initiale, le gouvernement proposait moins d’argent pour la santé ; nous voulions quant à nous aller au-delà de l’augmentation naturelle des dépenses ; un compromis aurait été de suivre cette croissance tendancielle, donc de prévoir des moyens constants, c’est-à-dire au moins autant d’argent pour les mêmes charges. Nous n’y sommes pas ! ».

Philippe Vigier (Modem) : « Ce budget n’est évidemment pas parfait, puisqu’il est le fruit d’un compromis. Le groupe Les Démocrates a participé au débat avec l’idée simple de savoir si nous parviendrions, oui ou non, à doter la sécurité sociale d’un budget. (…) Si nous ne votons pas un cadre financier pour la sécurité sociale, le déficit ne sera pas de 16 milliards d’euros, comme l’a estimé Mme la ministre : les dépenses glisseront de 30 milliards ! C’est insupportable ! Vous parlez de souveraineté, mais vous voulez livrer le pays aux marchés financiers ! (…) Tout reste à faire côté dépenses, chers collègues ! Monsieur le Premier Ministre, vous avez fait un choix audacieux. J’en suis à mon dix-huitième budget et je n’avais jamais connu un examen auquel les parlementaires aient été autant associés. Jamais ! Les budgets arrivaient tout prêts devant le Parlement, seuls quelques amendements étaient acceptés ! Le travail parlementaire consiste précisément à façonner, brique après brique, un budget qui permette, pour l’essentiel, que l’on s’y retrouve. Nous nous retrouvons dans le travail accompli. En ce qui concerne les dépenses, il y aura un avant et un après. Monsieur Ciotti, vous qui avez participé à des majorités qui ont vu les comptes dériver, je pourrais vous rappeler les impôts votés en 2011 ? 35 milliards, après cinq lois de finances rectificatives ! Vous devriez avoir honte de vos propos ! ».

Paul Christophe (HOR) : « J’affirme avec gravité qu’on ne peut pas rééquilibrer un budget en en creusant un autre. Ces compensations sont devenues nécessaires parce que vous avez renoncé à assumer une politique sérieuse et responsable de maîtrise des dépenses. À chaque fois que l’on refuse de hiérarchiser les priorités, de trancher, de réformer, on se retrouve à acheter sa survie politique et budgétaire en opérant des transferts qui n’améliorent ni la situation du pays ni celle des générations futures. Or elles paieront la facture en dernière instance. Au bout du compte, le déficit de la sécurité sociale aura été artificiellement réduit, et celui de l’État, largement aggravé. Le groupe Horizons & indépendants se refuse à valider un tel montage. La vérité budgétaire n’est pas négociable. La sincérité des comptes publics est un devoir envers les Français. Aussi, nous ne voterons pas en faveur de cette partie du PLFSS. ».

Paul-André Colombani (LIOT) : « Ce budget n’est pas le nôtre, mais il est le fruit d’un compromis et du travail parlementaire. S’il n’est pas adopté, il ne sera pas possible d’aborder le volet dépenses, où il sera notamment question des retraites et du financement des hôpitaux. ».

Yannick Monnet (PCF) : « J’ai écouté avec attention tous les intervenants. Au sein du groupe de la Gauche démocrate et républicaine [PCF], il y aura des votes pour et des votes contre, dans des proportions à peu près équivalentes. (…) De mon côté, les électeurs me demandent de faire mon boulot, à savoir débattre, amender ! Ils me demandent aussi de les protéger des mauvais coups présents dans la troisième partie. Pour avoir le droit de débattre, je voterai pour cette deuxième partie ! ».

Dans ces interventions, la plus importante, à mon sens, est celle de Philippe Vigier qui a insisté sur l'importance d'adopter un budget de la sécurité sociale. Sans PLFSS, le déficit de la sécurité sociale monterait à 30 milliards d'euros en 2026, au lieu de 16 milliards d'euros. Cet excès de déficit serait financé par l'État.

Sur T18, Jean-Sébastien Ferjou, le directeur de publication du site Atlantico, a voulu dramatiser la possibilité d'une absence de budget ces prochains jours. Si le PLFSS n'était pas adopté, ce n'est pas vrai que cela ne ferait rien pour les Français. Au contraire, en accroissant le déficit public, on ferait augmenter les taux d'intérêts et ce seraient bien les Français qui y perdraient, en particulier ceux qui achèteraient leur logement car leur emprunt coûterait plus cher. Comme toujours, ce seraient les plus fragiles qui paieraient le plus fort l'irresponsabilité des parlementaires qui voudraient le chaos.

Le vote de la deuxième partie du PLFSS est donc plutôt rassurant mais laisse encore une grande incertitude pour le résultat du vote solennel de tout le PLFSS mardi prochain. En effet, beaucoup de députés étaient absents cette semaine et les groupes d'opposition tenteront certainement de se mobiliser pour voter massivement contre. Ce sera alors aux groupes qui participent à l'action gouvernementale de montrer leur responsabilité malgré leurs oppositions à certaines concessions : ils devront voter favorablement même s'ils ne sont pas parfaitement d'accord avec l'ensemble de projet de loi. C'est à l'aulne de leur sens des responsabilités qu'on peut juger leur aptitude à gouverner le pays.
 


Mais alors, pourquoi parler de masochisme ? Parce qu'il y a un certain masochisme à vouloir tout faire pour éviter le succès parlementaire.

Le premier acte masochiste était l'engagement du gouvernement de François Bayrou dans un vote de confiance. C'était forcément un suicide gouvernemental dans la mesure où le PS n'avait aucune intention de signer un chèque en blanc au gouvernement avant toute discussion budgétaire.

Le second acte masochiste, c'est l'engagement du successeur, Sébastien Lecornu, à ne pas recourir à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution. Pourtant, cette disposition constitutionnelle parfaitement démocratique permettrait l'adoption du budget sans engager trop fortement les députés d'opposition qui l'auraient toléré après quelques concessions de la part du gouvernement.

Sébastien Lecornu n'a fait que répondre à la première exigence du PS. Mais comme toujours, le PS a complètement faussé ses objectifs, en confondant moyens et finalité. Sa finalité, c'était un débat sincère des projets de loi budgétaires et le gouvernement l'a démontré depuis quelques semaines avec un véritable dialogue entre le PS et le gouvernement. Le problème, c'est que le PS a besoin de montrer à ses électeurs qu'il est toujours dans l'opposition à trois mois des élections municipales, et ce n'est pas en votant favorablement qu'il pourrait le montrer sans perdre la face devant leurs partenaires adversaires insoumis (et écologistes).

Dans sa chronique du 2 décembre 2025 publiée dans "Le Nouvel Obs", le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier l'a réaffirmé à propos des socialistes : « Voter pour l’ensemble des deux textes financiers reviendraient à les associer à une majorité soutenant le gouvernement Lecornu, auquel ils ont toujours affirmé leur opposition, quoique constructive. Dans cette démarche, s’ils ne peuvent accepter de voter pour le budget, ils peuvent se résigner à s’abstenir lors d’une motion de censure, comme ils le firent le 16 octobre, après la nomination du gouvernement. ».

D'où le piège qu'ils ont eux-mêmes voulu : « Ce sont pourtant eux-mêmes qui se trouvent à l’origine de ce renoncement, puisqu’ils en ont fait une condition de leur participation aux négociations. Ils sont donc désormais face à un dilemme : persévérer à renoncer à ce mécanisme constitutionnel et vraisemblablement s’exposer à un rejet du budget, donc de toutes leurs autres revendications, ou inviter le gouvernement à y recourir, au prétexte que les avancées obtenues ne peuvent être adoptées que de cette façon. ».

D'où cette conclusion dont je souscris pleinement à la dernière phrase : « "Renoncer à renoncer" à l’article 49, al. 3 paraît indispensable pour que les attentes de ceux-là même qui avaient demandé d’y renoncer soient satisfaites. Cette dernière revendication avait un objectif : éviter que le gouvernement ne passe en force, garantir qu’il respecte le Parlement et s’assurer qu’il n’imposera pas un texte, comme il le peut avec l’activation du 49, al. 3. Tout observateur peut aujourd’hui constater que tel fut le cas et que, jusqu’à présent, le gouvernement s’est montré non seulement respectueux du Parlement, mais aussi de ses engagements. L’article 49, al. 3 ne serait alors que la validation et l’aboutissement d’un long cheminement, qui aura laissé place à une importante négociation et à des compromis auxquels la vie politique française est peu habituée. Mais qui rendront sans doute à cet article ses lettres de noblesse. ».

Le pari de Sébastien Lecornu est audacieux et téméraire, mais le chemin est possible, aussi tortueux soit-il. On est certes encore loin d'un budget pour 2026. S'il remplit sa mission, en particulier dans l'adoption du budget des armées, le Premier Ministre aura bien mérité de la patrie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
PLFSS 2026 : un certain masochisme ?
La situation électorale à dix-huit mois de la prochaine élection présidentielle.
Sondage Elabe des intentions de vote à la présidentielle publié le 1er novembre 2025 pour BFMTV et "La Tribune Dimanche" (à télécharger).
Laure Miller.
Accords franco-algériens de 1968 : pas de quoi crier victoire pour le RN !
Roland Lescure.
Budget 2026 : les grandes manœuvres commencent !
Débat parlementaire du vendredi 24 octobre 2025 à l'Assemblée Nationale.
Au travail, les députés !
Première mission de Sébastien Lecornu remplie : le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez !
Déclaration de politique générale du Premier Ministre Sébastien Lecornu le 14 octobre 2025 à l'Assemblée Nationale (texte intégral et vidéo).
L'humilité de Sébastien Lecornu II sera-t-elle efficace ?
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Matignon : qui succédera à François Bayrou ?
François Bayrou et la victoire du tohu-bohu.
Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 8 septembre 2025 à l'Assemblée Nationale (texte intégral et vidéo).
Journée critique pour Bayrou... et la France !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 7 septembre 2025 pour Brut (vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 5 septembre 2025 sur RTL (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 4 septembre 2025 dans le journal de 20 heures sur France 2 (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 dans "Paris Match" (texte intégral).

Démission, destitution... Emmanuel Macron peut-il écourter son second mandat présidentiel ?
François Bayrou tend la main à toutes les forces politiques.
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 sur BFMTV (vidéo et texte intégral).
François Bayrou le combatif !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 31 août 2025 à la télévision (vidéo et texte intégral).
Déclarations du Premier Ministre François Bayrou le 29 août 2025 à Châlons-en-Champagne (vidéo).
4 conditions pour gagner la nouvelle bataille industrielle selon Bayrou.
Discours du Premier Ministre François Bayrou au Medef le 28 août 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
La question de François Bayrou.
Interview de François Bayrou au journal télévisé de 20 heures le 27 août 2025 sur TF1 (vidéo et texte intégral).
Requiem pour Bayrou : courageux ou suicidaire ?
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 25 août 2025 (vidéo et texte intégral).
La Bataille de Paris.
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
L'engagement total d'Emmanuel Macron.
La femme du Président.
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Du grand Bayrou !
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.
 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251205-plfss.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/plfss-2026-un-certain-masochisme-265059

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/05/article-sr-20251205-plfss.html


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3 décembre 2025 3 03 /12 /décembre /2025 03:27

« Le général Pierre de Villiers n’est pas homme à s’emporter. Ton policé, goût de la nuance, l’ancien chef d’état-major des armées parle et écrit comme il commandait : économe de ses mots, sans emphase, avec une fermeté de granit. Pas de grandiloquence donc, pas de théâtre. S’il n’avait pas choisi pour servir la France la carrière des armes, il eût fait probablement un parfait diplomate. Cela ne rend que plus forte la colère froide qui affleure à chacune des pages de son dernier ouvrage. » (Raphaël Stainville, dans le "Journal du dimanche" le 3 décembre 2025).




 


Le général Pierre de Villiers sort son cinquième livre, "Pour le succès des armes de la France" chez Fayard. Quelques bonnes pages ont été publiées dans le "Journal du dimanche" ce mercredi 3 décembre 2025. L'occasion pour l'ancien responsable des armées françaises d'enfoncer le clou et de prévenir. Un livre, selon lui, ferait plus d'effet que de simples commentaires sur des plateaux de télévision. Il a sans doute raison car son message n'est pas passé inaperçu.

Qui est Pierre de Villiers ? 70 ans en été prochain, petit frère de Philippe de Villiers, beau-frère de l'actuel évêque de Fréjus-Toulon et d'un ancien préfet de Moselle, ancien élève de Saint-Cyr, Pierre de Villiers est l'un des militaires les plus importants du pays. Général d'armée depuis 2010, il a été le chef d'état-major des armées françaises du 15 février 2014 au 19 juillet 2017 et a été le premier chef d'état-major à avoir donné sa démission au Président de la République.

Sans doute que les relations entre Pierre de Villiers et Emmanuel Macron ont mal commencé, ou ont commencé sur un malentendu. Car c'est bien sous les mandats d'Emmanuel Macron que les pouvoirs publics ont pris conscience de la faiblesse de nos armées et de la nécessité d'augmenter ses budgets (jusqu'à le doubler en dix ans). Depuis plus d'une quarantaine d'années, à cause des déficits publics récurrents, les gouvernements ont toujours considéré l'armée comme une variable d'ajustement budgétaire en réduisant régulièrement les budgets militaires car c'était électoralement indolore : les militaires ne se rebellent pas, ne font pas la grève. Cela a poussé à prendre des mesures comme la suppression du service militaire, qui a permis de fermer de nombreuses casernes et de revendre beaucoup de foncier de l'État.

Le journal "Le Monde" a fuité des propos confidentiels du général Pierre de Villiers dans une audition devant la commission de la défense de l'Assemblée Nationale tenue le 12 juillet 2017, contestant la réduction des moyens pour l'armée prévue dans le budget voté sous François Hollande :
« Je ne me laisserai pas baiser comme ça ! » avait-il lâché conformément au langage assez crû des militaires ! Sa colère pointait du doigt « l’incohérence entre les menaces, les missions et les moyens ».


Le lendemain, le 13 juillet 2017, dans le discours habituel aux armées la veille de la fête nationale, Emmanuel Macron, qui venait d'être élu Président de la République à 39 ans et dont la capacité à diriger l'État avait été régulièrement mise en doute pendant la campagne présidentielle, a voulu faire preuve de son autorité présidentielle, sans doute à mauvais escient. Il a rappelé : « Je suis vote chef ! », ce qui, en communication professionnelle, n'était pas bien malin car un chef dont l'autorité est là, n'a pas besoin de rappeler qu'il est le chef. Bref, c'étaient deux hommes en colère qui s'affrontaient publiquement. Le Président de la République a poursuivi : « Il n'est pas digne d'étaler certains débats sur la place publique. (…) Les engagements que je prends devant nos concitoyens et devant les armées, je sais les tenir. Et je n'ai à cet égard besoin de nulle pression et de nul commentaire ! ».
 


Pierre de Villiers a tenté un rétropédalage le même 13 juillet 2017 dans "Le Figaro" pour dire qu'il respecterait scrupuleusement les « engagements pris à l'égard du budget de la défense nationale ». Mais le soir du 14 juillet 2017, le général a publié un commentaire sur sa page Facebook, ce qui a agacé Emmanuel Macron qui s'est confié au "Journal du dimanche" le 16 juillet 2017 : « La République ne marche pas comme cela. Si quelque chose oppose le chef d'état-major des armées au Président de la République, le chef d'état-major des armées change. ». Après quelques hésitations, le chef d'état-major des armées a démissionné, fait inédit depuis 1958.

Cela lui a donné l'occasion de prendre du recul et de pouvoir s'exprimer publiquement sur la défense nationale. En huit ans, il a donc publié cinq essais, et certains l'imaginaient même candidat à l'élection présidentielle de 2022, faute d'autre homme providentiel sur le marché.

Or, les déclarations du général Pierre de Villiers aujourd'hui ont au moins l'utilité d'apporter un soutien aux avertissements réguliers exprimés par Emmanuel Macron et plus récemment par le nouveau chef d'état-major Fabien Mandon. Pierre de Villiers estime que les Français (ainsi que les pouvoirs publics) ne prennent pas encore assez la mesure des grandes menaces qui pèsent sur notre pays (et notre continent).

Certes, il n'est pas non plus tendre avec le Président de la République actuel : « L’histoire s’est écrite depuis ces huit années sous les yeux ébahis de nos dirigeants. Mais comment ont-ils pu ignorer tout ce que j’analysais, avec d’autres, il y a déjà plus de huit ans ? Myopie volontaire ? Mauvaise foi ? Méconnaissance des sujets géostratégiques ? Optimisme béat ? Naïveté ? ».

Et aussi, avec une dose de vanité en plus : « Les observateurs avertis se sont souvenus de mon départ précipité et de mes écrits annonçant l’instabilité du monde et le décalage entre le niveau de menaces, les missions militaires qui en découleraient et les moyens réellement opérationnels dans les armées françaises. Brutalement sont apparus au grand jour les lacunes capacitaires de notre modèle, le manque d’épaisseur de nos armées en équipements, en effectifs, en logistique et en budget. Le réveil présidentiel, à l’occasion du dernier 14-Juillet, m’est apparu singulier. J’avais décrit tout cela en détail dès 2017. Il n’est pas toujours bon d’avoir raison trop tôt. ».

Mais il le rejoint dans la prise de conscience des dangers encourus. Que dit-il ? Les mots sont forts : « La guerre est désormais possible, y compris sur notre propre sol. Nous devons prévoir le pire et penser l’impensable, compte tenu de l’accélération de la situation mondiale depuis 2015. Jusqu’à quand cette sorte de déni de guerre va-t-il dominer ? ».
 


Et de reprocher aux dirigeants politiques depuis décennies de n'avoir jamais pris en considération la réalité militaire : « Nos dirigeants ont perdu le sens du temps, sous la pression de l’instantanéité de nos sociétés et de la dépêche AFP de l’après-midi. Tout n’est pas possible, même avec l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies. Le temps s’est raccourci, mais il y a des rigidités incontournables. La remontée en puissance pour être capable d’avoir des armées engagées pour faire la guerre et la gagner nécessitera au moins dix ans. ».

En voulant dire la vérité, le général Pierre de Villiers voudrait surtout réveiller les Français : « La France parle beaucoup aujourd’hui du réarmement et affiche des ambitions budgétaires, elle continue de vivre comme si la paix devait être éternelle. On croit avoir du temps, mais la guerre moderne n’attendra pas nos démocraties européennes. ».

Cette prise de conscience est progressive et de plus en plus de personnalités politiques commencent à réellement s'inquiéter, en raison des discours agressifs de Vladimir Poutine mais aussi de Donald Trump contre l'Europe. À l'instar de l'ancien Ministre de la Défense Gérard Longuet qui appelle à un plus grand patriotisme de ses compatriotes. Espérons que le cri d'alarme lancé par le général Pierre de Villiers ne soit pas trop tard !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pierre de Villiers.
Philippe de Villiers.
L'ami de Reconquête.

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251203-pierre-de-villiers.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-avertissement-du-general-pierre-264983

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/04/article-sr-20251203-pierre-de-villiers.html



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27 novembre 2025 4 27 /11 /novembre /2025 03:10

« Quand un individu revient pour la 17e fois devant le tribunal, il doit être puni pour l'ensemble de son œuvre. » (Nicolas Sarkozy, le 22 novembre 2014 sur Twitter).



 


L'ancien Président de la République ayant pris un abonnement longue durée avec les palais de justice, Nicolas Sarkozy était convoqué ce mercredi 26 novembre 2025 pour une nouvelle décision de justice. Cette fois-ci, cela concerne son procès en appel dans l'Affaire Bygmalion, concernant le dépassement des frais de sa campagne présidentielle de 2012.

Avec un bracelet électronique pour l'Affaire Bismuth dans laquelle il fut définitivement condamné, avec les cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt (il vient d'être libéré le 10 novembre 2025 après vingt jours et vingt nuits de prison), Nicolas Sarkozy a encore écopé de prison ferme, mais pas d'un nouveau mandat de dépôt.

Le 8 octobre 2025, la Cour de Cassation a en effet examiné le pourvoi en cassation de sa condamnation en appel du 14 février 2014 où a été confirmée sa culpabilité reconnue le 30 septembre 2021 pour financement illégal de campagne électorale, assortie d'une condamnation à douze mois de prison dont six mois avec sursis. Dans ce jugement en appel, il était dit que la peine pourrait se faire de manière aménagée avec un bracelet électronique à domicile, ce qui aurait pu signifier, à quelques jours près, qu'il aurait pu porter un bracelet électronique ...en prison, qui était alors son nouveau domicile !

La décision de la Cour de Cassation a été rendue ce mercredi 26 novembre 2025 : elle a confirmé le jugement en appel du 14 février 2024. C'est-à-dire que Nicolas Sarkozy continue à faire un "sans faute", comprendre, un grand chelem pénal puisque c'est la deuxième condamnation définitive avec une peine de prison ferme (six mois).


Étant donné qu'il a usé de tous les recours nationaux, Nicolas Sarkozy devrait faire un recours auprès de la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) comme à la suite de sa première condamnation définitive dans l'Affaire Bismuth.

Que va-t-il se passer avec cette condamnation définitive ? En principe, Nicolas Sarkozy sera convoqué par un juge d'application des peines pour savoir comment il effectuera la peine dite aménageable. La convocation devrait avoir lieu dans les six semaines, soit probablement après le nouvel an. La peine de six mois de prison ferme pourrait être aménagée à domicile avec pose d'un bracelet électronique, ou échangée contre des journées de travail d'intérêt général (on imagine l'ancien Président de la République balayer une demi-dalle de la cour du palais de justice), ou encore être confondue avec la peine qu'il a déjà purgée de sa première condamnation définitive (à un an de prison ferme). En outre, l'âge de plus de 70 ans, quelle que soit la durée de la peine de prison ferme, lui permet une libération conditionnelle dès la première minute.


Là encore, la justice est tombée sur Nicolas Sarkozy et il faut bien reconnaître qu'il ne s'agit pas d'une affaire personnelle puisque ce sont, à chaque fois, des juges différents qui l'ont condamné (première instance, appel, cassation, dans deux affaires judiciaires différentes). Ou alors, il faudrait parler d'un hypothétique complot corporatiste.
 


Sur le fond, on peut avoir tout de même deux réflexions. La première, c'est que le dépassement (très large) du seuil de 22 millions d'euros de la campagne présidentielle de 2012 n'a pas coûté un euro aux contribuables français. Au contraire, cela leur a coûté moins cher que si ce seuil avait été respecté, puisque Nicolas Sarkozy a dû rembourser personnellement en été 2013 la totalité du remboursement de l'État de ses frais de campagne. C'est un argument de la défense qui peut s'entendre.

En revanche, la seconde réflexion se plaide plus difficilement pour la défense. Nicolas Sarkozy prétend n'avoir pas été tenu au courant de ce dépassement du seuil pendant sa campagne présidentielle. C'est possible, car une campagne présidentielle dévore beaucoup de temps et d'énergie, sans compter qu'il était encore Président de la République avec des crises immédiates (comme les assassinats terroristes commis par Merah). Mais on ne peut pas se dire responsable de tout et coupable de rien. Dans tous les cas, ses collaborateurs de campagne avaient un patron, lui, et qu'ils l'aient tenu au courant de ce dépassement (ce qui est probable) ou qu'ils ne l'aient pas tenu au courant, il reste responsable de ce dépassement, au même titre qu'un chef d'entreprise est responsable pénalement d'une faute de son entreprise, même provenant d'un de ses collaborateurs, car le chef a au moins la responsabilité d'avoir recruté ce mauvais collaborateur.

On imagine d'ailleurs l'enfer politico-constitutionnel dans le cas où ces dépassements auraient été très efficaces, à savoir en cas de réélection de Nicolas Sarkozy. Qu'aurait pu dire le Conseil Constitutionnel, un an après la date des élections, s'il s'avérait que cette élection était polluée par ce dépassement excessif des dépenses de campagne, propre à remettre en cause la sincérité du scrutin ? Ou alors, les juges auraient-ils eu au moins les moyens de s'en apercevoir ?


Par conséquent, autant, sur le fond, je considérais que les condamnations dans l'Affaire Bismuth et dans l'Affaire du supposé financement libyen reposaient sur des bases factuelles extrêmement légères et sur des suppositions intellectuelles plus que factuelles, autant, dans l'Affaire Bygmalion, le dépassement du seuil des dépenses électorales a été reconnu et établi et je considère qu'une sanction à ce sujet était indispensable si l'on veut qu'à l'avenir, les candidats à l'élection présidentielle continuent à respecter cette limitation de dépenses.

Et puis, dans l'Affaire Bygmalion, si les contribuables ne sont pas les victimes (en revanche, les électeurs si, sont des victimes), il y a en plus une autre victime, une personnalité politique ambitieuse, qui avait l'ambition d'être lui-même un candidat sérieux à l'élection présidentielle, et dont l'Affaire Bygmalion a cassé définitivement la trajectoire politique, il s'agit de Jean-François Copé. Mais de cela, tout le monde s'en moque.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
La deuxième condamnation définitive de Nicolas Sarkozy.
Nicolas Sarkozy, la fin d'un cauchemar.
Nicolas Sarkozy en prison ce mardi !
Document : texte du jugement du 25 septembre 2025 (à télécharger).
Nicolas Sarkozy bientôt en prison : choc septique pour nos institutions !
Financement libyen : Nicolas Sarkozy condamné à 5 ans de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé avec exécution provisoire.
La Légion d'honneur perdue de Nicolas Sarkozy.
Un nouveau bijou pour Nicolas Sarkozy ?
Le doyen Nicolas Sarkozy.
L'honneur perdu de Nicolas Sarkozy.
Nicolas Sarkozy réagit à la dissolution dans le JDD (15 juin 2024).
Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 16 décembre 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 10 juillet 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).

Sale temps pour Nicolas Sarkozy !
La justice harcèle-t-elle la classe politique ?
Carla Bruni.
La sagesse de Nicolas Sarkozy.
Pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Injustice pour Nicolas Sarkozy ?
Sarko et ses frères...

 

 

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251126-sarkozy.html

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26 novembre 2025 3 26 /11 /novembre /2025 03:14

« Mes chers collègues, souvenons-nous que derrière les armures, il y a des êtres de chair et de sang, avec leurs forces et leurs failles. Nous nous combattons si durement, si âprement, que nous oublions parfois que nous formons une même famille, la famille parlementaire. Ne l’oublions plus ! » (Yaël Braun-Pivet, le 25 novembre 2025 dans l'hémicycle).




 


Il y a quelques mois, le 7 juillet 2025, on découvrait le député Olivier Marleix chez lui, sans vie. Ce qui semble assurément être un suicide a plongé ses collègues, amis, famille, électeurs, etc. dans une profonde incompréhension : « Il est des moments où notre hémicycle se pétrifie dans la stupeur et la sidération. Le 7 juillet fut de ces jours, lorsque la nouvelle de la disparition d’Olivier Marleix nous surprit, nous saisit, nous meurtrit. ».

Député LR depuis juin 2012, président du groupe LR de juin 2022 à juillet 2024, Olivier Marleix a laissé sa marque chez les parlementaires de tout bord. L'été ne se prêtait pas aux hommages solennels, si bien que les députés ont voulu marquer la mémoire de leur collègue une nouvelle fois ce mardi 25 novembre 2025 à 15 heures, juste avant la séance des questions au gouvernement, et cette fois-ci, en présence de sa famille, et notamment d'Alain Marleix, ancien ministre, ancien parlementaire et expert de la carte électorale au RPR et à l'UMP pendant une quarantaine d'années.

L'activité politique paternelle expliquait la passion d'Olivier Marleix pour la politique ; il était tombé dans la marmite politique quand il était petit (répondant à l'âge de 5 ans au téléphone à des appels de Maurice Couve de Murville, Pierre Messmer et Philippe De Gaulle, entre autres).

Tous les députés se sont donc levés pour écouter la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet : « Il était un pilier, une colonne du Palais-Bourbon. Il était une voix familière de notre hémicycle, respectée bien au-delà des rangs qu’il présidait. Pour beaucoup, il était aussi un ami. Aujourd’hui, c’est à l’homme, au parlementaire chevronné, au serviteur indéfectible de la France que nous rendons hommage, dans la solennité de cet hémicycle où il siégea treize années durant. ».

 


La Présidente de l'Asemblée a retracé le parcours politique d'Olivier Marleix, d'abord dans l'antichambre de la politique jusqu'en 2012, comme collaborateur des personnalités politiques, Charles Pasqua, Michèle Alliot-Marie, Brice Hortefeux, Claude Guéant, Nicolas Sarkozy... Puis ce fut le grand saut avec l'engagement électoral national, sa victoire aux élections législatives, pas dans le Cantal mais en Eure-et-Loir car il ne voulait pas être l'héritier de papa (il était déjà maire et conseiller général). Sa formule n'était pas vaine : « Pour un député, vos patrons, ce sont vos électeurs, ce qui place une certaine forme d’exigence sur vos épaules. ».

Et Yaël Braun-Pivet, de citer plusieurs combats politiques d'Olivier Marleix.


Le premier, la souveraineté industrielle : « Une évidence pour ce patriote, admirateur du gaullo-pompidolisme. Chacun se souvient de la passion, de l’intransigeance, de l’exigence avec laquelle il présida la commission d’enquête sur les décisions de l’État en matière de politique industrielle. ».

Le deuxième, l'intégrité : « Il batailla pour durcir notre législation en faveur de la transparence de la vie publique et contre la corruption, lui qui, selon son frère Romain, avait une conception sacerdotale de l’engagement civique. Il n’eut de cesse de pourfendre le pantouflage, qu’il qualifiait de plaie pour la République. ».

Et le troisième combat, la sécurité : « Le destin parfois dessine de poignantes symétries. Sa dernière intervention dans cet hémicycle porta sur ce sujet, alors qu’il défendait une proposition de loi dont il était le rapporteur. De même, sa toute première intervention, le 6 novembre 2012, portait elle aussi sur la sécurité des Français, et plus précisément sur la police de proximité. Ce jour-là, on devinait déjà tout de l’homme : sa fermeté, mais aussi son humour pince-sans-rire. Il lança ainsi cette saillie à Manuel Valls : "Vous semblez, monsieur le ministre, vous distinguer par un certain pragmatisme, ce qui est sans doute ce qu’il y a de mieux à espérer d’un socialiste en matière de sécurité". ».

Yaël Braun-Pivet a décrit l'homme Olivier Marleix comme un combatif respectueux : « Un homme au regard complice et caustique, à l’humour acéré, tranchant, pertinent. Oui, la personnalité d’Olivier Marleix était un fascinant alliage de contrastes. Cet homme, à la stature imposante, à la parole et au caractère parfois rêches, recelait aussi une tendre et profonde sensibilité. Cantalien dans l’âme, sage depuis l’enfance, il était taiseux, discret, secret. Il n’était pas fait pour le monde du buzz, des clashs et des petites phrases. Il leur préférait la sincérité des engagements et la puissance des convictions. (…) Oui, Olivier Marleix était redoutable, mais il fut toujours respectueux de nos institutions. Élu sur des terres qui connurent l’extrême droite, il incarnait la fidélité à la droite et à la droiture républicaine, plaçant toujours l’intérêt général au-dessus de tout. Je peux en témoigner, pour avoir siégé cinq ans à ses côtés à la commission des lois puis travaillé étroitement avec lui en conférence des présidents. J’ai le souvenir de son engagement constructif sur les prisons et la déontologie, où il sut dépasser les postures et les clivages pour œuvrer au service du pays. Toujours, nous avons travaillé en bonne intelligence, dans l’estime et l’appréciation mutuelle. ».


Sans oublier la palme de l'antimacronisme, pourtant décernée par une macroniste de conviction : « Gladiateur parlementaire accompli, sincère et vrai, il fut ainsi un opposant à la dent dure, redouté et redoutable. Un grand journal du soir écrivit même que si l’antimacronisme était enseigné au Collège de France, Olivier Marleix en tiendrait la chaire. ».

Après une minute de silence, Yaël Braun-Pivet a donné la parole à Laurent Wauquiez, qui avait repris la présidence du groupe LR en juillet 2024 : « Je veux vous remercier très sincèrement pour les mots de soutien, venus de tous les bancs. Ces mots nous ont touchés, parce qu’ils disaient tous la même chose : qu’au-delà des différences politiques, son départ nous avait marqués, bien au-delà de ceux qui étaient ses proches et ses amis. Merci à chacun d’entre vous. ».

Complétant l'éloge de la Présidente de l'Assemblée, l'ancien ministre LR a évoqué un autre combat d'Olivier Marleix : « Nul sans doute n’était habité plus que lui par cette conscience inquiète de la nation. Ces parties de son engagement sont connues. Est moins connu son combat pour la protection de l’enfance, que le parlementaire rigoureux qu’il était a mené avec discrétion et pudeur. ».


Laurent Wauquiez a terminé par le souvenir de son collègue qu'il espérerait garder : « Rendre hommage à sa mémoire, c’est ne pas la laisser être affectée par sa fin, c’est rappeler ce qui a été le sens d’une vie politique à laquelle il a tout donné et tant sacrifié. Ce que je vous demande, c’est que nous continuions à nous souvenir d’Olivier comme d’un homme droit qui a dédié sa vie à l’honneur et à l’amour de son pays. ».
 


Enfin, troisième orateur, au nom du gouvernement mais aussi comme ancien compagnon militant au sein de l'UMP faisant campagne pour Jacques Chirac, le Premier Ministre Sébastien Lecornu a exprimé aussi quelques mots d'hommage : « Sans jamais être idéologue, c’était un homme d’idées et militant pour ses idées. Le président Wauquiez a rappelé son combat discret pour la protection de l’enfance. Il a mené un combat plus vocal pour la souveraineté de notre pays, y compris sa souveraineté industrielle. Nous lui devons aussi d’avoir permis de faire bouger des lignes, la politique politicienne pouvait parfois s’emparer de certains dossiers, mais il parvenait toujours, au bon moment, à leur donner l’envergure nationale qu’ils méritaient, y compris en matière de défense nationale. ».

Le chef du gouvernement a terminé sa courte intervention sur l'homme Olivier Marleix : « Un être d’une profonde humanité. La puissance personnelle qu’Olivier Marleix était capable de dégager venait de cette humanité extraordinaire qui ne laissait personne indifférent. ».


Dans ce climat assez étrange de discussions budgétaires à l'issue très incertaine, cet hommage parlementaire à Olivier Marleix a au moins permis de rassembler tous les députés dans une même communion. Comme quoi, rien n'est perdu dans cette République française !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Olivier Marleix.
Séance publique de l'Assemblée Nationale du mardi 25 novembre 2025 (verbatim).
Hommages et complotisme.
Un choc violent.
Jean-François Humbert.
Daniel Hoeffel.

Michel Barnier.
Nicolas Sarkozy.
Sébastien Lecornu.

De Gaulle.
Alain Peyrefitte.
Le diplomate académicien du gaullisme triomphant.
De Gaulle et les communistes.
Laurent Duplomb.
Charles Pasqua.
De Gaulle et la Chine.
La sagesse inattendue du faucon.
Yvon Bourges.
Christian Poncelet.
René Capitant.
Patrick Devedjian.



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251125-olivier-marleix.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-assemblee-petrifiee-face-a-la-264727

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/25/article-sr-20251125-olivier-marleix.html

 


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24 novembre 2025 1 24 /11 /novembre /2025 22:20

L'institut Odoxa a voulu tester les intentions de vote aux premier et second tours d'une élection présidentielle. On peut retrouver et lire sur Internet cette enquête des intentions de vote en cas d'élection présidentielle.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'enquête d'opinion Odoxa (fichier .pdf) :
https://www.odoxa.fr/sondage/jordan-bardella-est-la-personnalite-politique-preferee-des-francais-et-remporterait-la-presidentielle-si-elle-avait-lieu-dimanche-prochain/


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251128-edouard-philippe.html


SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20251125-sondage-odoxa.html

 

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10 novembre 2025 1 10 /11 /novembre /2025 13:43

« Vive la liberté ! » (Louis Sarkozy, le 10 novembre 2025 sur Twitter).




 


Lundi 10 novembre 2025, à 13 heures 39. La cour d'appel de Paris a déclaré recevable la demande de mise en liberté du détenu Nicolas Sarkozy. L'ancien Président de la République a été incarcéré pendant vingt jours, depuis le 21 octobre 2025, une expérience particulière, un « cauchemar », selon ses mots. En début d'après-midi, Nicolas Sarkozy a donc quitté la prison de la Santé pour retrouver la quiétude de son domicile du seizième arrondissement. On pourra lire le jugement de sa condamnation en première instance ici.

La liberté est conditionnelle : Nicolas Sarkozy reste sous contrôle judiciaire, n'a pas le droit de sortir du territoire national et surtout, il n'a pas le droit de prendre contact ni avec une personne impliquée dans l'affaire, ni avec ...Gérald Darmanin, ce qui est un message de mauvaise humeur du juge contre son ministre de tutelle pour son initiative d'aller rendre visite à Nicolas Sarkozy, son ancien mentor politique, en prison, visite justifiée par la nécessité de s'assurer que l'ancien Président de la République se trouvait effectivement en sécurité dans sa cellule.

Les avocats de l'ancien chef de l'État ont fait valoir pendant l'audience, qui a débuté à 9 heures 30, qu'il n'y avait pas de justification à l'incarcérer, puisqu'il n'y avait pas de risque de récidive (d'un hypothétique pacte de corruption non prouvé il y a dix-huit ans !), ni risque de fuite du prévenu (Nicolas Sarkozy a toujours honoré ses rendez-vous judiciaires), ni risque de dissimulation de preuves. L'avocat général s'est rangé de leur avis, si bien que la décision finale n'est pas une surprise, et est bien sûr un soulagement pour l'ancien homme politique.


Nicolas Sarkozy, en tant qu'animal politique carnassier, a toujours eu la peau dure. Toutefois, les conditions carcérales sont telles que cela a été un choc psychologique très compréhensible, qu'on appelle habituellement le choc carcéral. À ce sujet, dans le registre "Vis ma vie !", cela peut avoir un sens qu'un président du conseil supérieur de la magistrature goûte une expérience en milieu carcéral, même si les conditions ont été un peu modifiées en ce sens que deux gardes du corps l'accompagnaient pour sa sécurité personnelle et qu'il a été placé en isolement pour éviter des mouvements agressifs d'autres détenus. Il semblerait que sa famille soit encore plus choquée, en particulier ses enfants et son épouse Carla Bruni, qui l'a toujours accompagné dans ses mésaventures judiciaires. On dira ce qu'on veut de ce couple, qui dure depuis dix-huit ans (c'est-à-dire rien car c'est une affaire privée), mais c'est lorsque le pire survient qu'il peut être éprouvé. Carla Bruni n'a jamais été absente et l'a toujours soutenu.
 


La libération de Nicolas Sarkozy ce lundi montre à l'évidence que son incarcération n'était donc pas justifiée dès le 25 septembre 2025, date à laquelle le jugement demandait un exécution provisoire de la peine de cinq ans de prison ferme, puisque le prévenu n'a pas changé en un mois et demi. Comme il a fait appel, Nicolas Sarkozy sera rejugé en 2026 et reste encore présumé innocent, d'autant plus que le jugement en première instance l'a relaxé des trois chefs d'accusation sur quatre, à savoir pas de corruption, pas d'argent illégal pour sa campagne présidentielle de 2007, pas d'enrichissement personnel. Sa condamnation basée sur un hypothétique pacte de corruption qui n'a jamais été prouvé à l'audience (seule l'intention suffit pour condamner) a été assortie d'une peine de cinq ans de prison ferme immédiatement exécutoire considérée comme particulièrement sévère.

Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy garde la victoire modeste, car ce n'est pas une victoire. Il pourra ainsi préparer son procès en appel dans les meilleures conditions pour convaincre les juges que le dossier ne repose que sur du vide (et une supposée fausse preuve diffusée par Mediapart). Une autre décision de justice le concernera le 26 novembre 2025 : la cour de cassation devra donner son avis sur le pourvoi en cassation dans l'affaire Bygmalion.

Les tribulations judiciaires de Nicolas Sarkozy donnent un goût amer à sa vieillesse naissante. Il garde encore de nombreux fidèles puisqu'en prison, il a reçu jusqu'à mille lettres par jour, et dans un récent sondage, 42% des sondés considéreraient que son incarcération est injuste. Mais, dans tous les cas, au regard de l'Histoire, on est loin du Général De Gaulle.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 novembre 2025)
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Pour aller plus loin :
Nicolas Sarkozy, la fin d'un cauchemar.
Nicolas Sarkozy en prison ce mardi !
Document : texte du jugement du 25 septembre 2025 (à télécharger).
Nicolas Sarkozy bientôt en prison : choc septique pour nos institutions !
Financement libyen : Nicolas Sarkozy condamné à 5 ans de prison ferme avec mandat de dépôt à effet différé avec exécution provisoire.
La Légion d'honneur perdue de Nicolas Sarkozy.
Un nouveau bijou pour Nicolas Sarkozy ?
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L'honneur perdu de Nicolas Sarkozy.
Nicolas Sarkozy réagit à la dissolution dans le JDD (15 juin 2024).
Il y a 15 ans : Nicolas Sarkozy, l'Europe et les crises (déjà).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 16 décembre 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
Discours du Président Nicolas Sarkozy le 10 juillet 2008 au Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).

Sale temps pour Nicolas Sarkozy !
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Carla Bruni.
La sagesse de Nicolas Sarkozy.
Pour qui votera Nicolas Sarkozy au premier tour ?
Bygmalion : Éric Zemmour soutient Nicolas Sarkozy.
Injustice pour Nicolas Sarkozy ?
Sarko et ses frères...



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251110-sarkozy.html

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3 novembre 2025 1 03 /11 /novembre /2025 03:25

« Intention de vote présidentielle : l’instabilité politique profite d’abord au RN, le camp présidentiel distancé. Si le 1er tour de l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, le candidat du RN serait très largement en tête. » (Premier commentaire d'Elabe sur son sondage, le 1er novembre 2025).




 


Je le fais assez rarement mais il m'a paru intéressant de regarder précisément quels sont les rapports de force entre les différentes forces politiques et surtout les différents candidats potentiels dans les intentions de vote envisagées en cas d'élection présidentielle prochaine. Il est toujours utile de rappeler que les sondages sont ce qu'ils sont, à savoir une photographie indicative de l'état de "l'opinion" à un instant t, et pas une analyse prédictive. La réalité, c'est qu'aucun sondage ne s'est révélé prédictift, et pourtant, ils sont très importants car, malgré tout, ils déterminent l'offre électorale : ils ne peuvent pas dire quels candidats vont gagner, mais ils peuvent encourager ou décourager certaines personnalités à se présenter, à être candidates, et cela, c'est déterminant pour la suite.

Je propose d'analyser, avec les réserves exprimées précédemment, donc, le sondage publié le 1er novembre 2025 par Elabe pour BFMTV et "La Tribune Dimanche" (qu'on peut télécharger dans son intégralité ici). C'est un sondage d'intentions de vote pour le premier tour de la prochaine élection présidentielle avec cinq configurations de candidats. L'enquête a interrogé un échantillon de 1 501 personnes, représentatif de la population, du 30 au 31 octobre 2025.

D'une manière générale, les sondages se sont nettement trompés pour les deux dernières élections présidentielles, en 2017 et 2022, puisqu'ils affichaient souvent Marine Le Pen en tête et il n'en a rien été. Toutefois, pour 2027, la course en tête du RN se ferait avec de 15 à 20 points d'avance sur le candidat qui arriverait en deuxième position, ce qui devrait lui assurer la qualification au second tour avec une quasi-certitude.

Pour augmenter encore la prudence de mes propos, j'insiste non seulement sur le caractère photographique d'un tel sondage (les personnes interrogées peuvent changer d'avis) et aussi sur la marge d'erreur des résultats proposés. Ainsi, je propose ce petit tableau fourni par Elabe qui rappelle les marges d'erreur (assez importante si l'on veut comparer deux candidats). Par la suite, je n'indiquerai que le résultat acquis mais il faudra se souvenir de la marge d'erreur. Ainsi, lorsqu'un candidat A obtient 12% d'intentions de vote et un candidat B 15%, il faut comprendre que A aurait entre 10% et 14% et B aurait entre 12,8% et 17,2% : cela signifie que le sondage laisse entendre que le candidat A pourrait avoir quand même plus d'intentions de vote que le candidat B.
 


L'idée d'Elabe a été de vouloir tester plusieurs candidatures pour la plupart des forces politiques, lorsque celles-ci ne sont pas évidentes. Les candidatures évidentes sont les suivantes : Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière, Jean-Luc Mélenchon pour les insoumis, Fabien Roussel pour les communistes, Marine Tondelier pour les écologistes, Nicolas Dupont-Aignan pour Debout la France et Dominique de Villepin.

Arrêtons-nous un moment sur ces candidatures évidentes. Celle de Jean-Luc Mélenchon est ultra-évidente. Il en meurt d'envie malgré ses presque 76 ans qu'il aura à la date de l'élection, et il y a peu de raisons qui l'en dissuaderaient (même s'il était en baisse dans les sondages). Celle de Nathalie Arthaud aussi paraît acquise. Refusant le front républicain, LO a toujours prôné l'autonomie électorale et, au contraire de son alter ego trotskiste, le NPA, a toujours refusé toute alliance.

En revanche, d'autres candidatures dites évidentes sont douteuses et très incertaines. Celles de Fabien Roussel et de Marine Tondelier paraissent peu crédibles même si pas impossibles, tandis que celle de Dominique de Villepin est une pure vue de l'esprit. Alors qu'il en avait l'âge et qu'il était encore un ancien Premier Ministre récent dans la mémoire collective, en 2012, il avait été incapable de recueillir les 500 parrainages nécessaires pour se présenter. Il n'y a aucune raison qu'il réussisse là où il avait échoué il y a quinze ans, d'autant plus qu'il est seul, sans parti politique, sans militants, sans trésor de guerre. Il n'a que son verbe (talentueux) et sa capacité à se produire dans les médias (récurrente), ce qui est très largement insuffisant pour aller jusqu'au bout d'une candidature. Le sondage Elabe l'a situé à environ 4% d'intentions de vote. Ce résultat représente un biais car il ampute d'autant l'électorat du bloc central et de LR.

Mais revenons à l'intérêt premier du sondage. C'était de tester différentes possibilités de candidature pour cinq formations ou coalitions politiques. Pour le parti socialiste, le choix était entre Raphaël Glucksmann, l'ancien Président de la République François Hollande et le premier secrétaire du PS Olivier Faure. Pour le bloc central, trois hypothèses également : Édouard Philippe, Gabriel Attal et Gérald Darmanin (on a oublié François Bayrou, mais ses perspectives électorales seraient très basses, en dessous de 5%, voire 3% selon un sondage de l'IFOP publié le 29 septembre 2025 pour Sud Radio et "L'Opinion"). Pour Les Républicains, toujours trois postulants : Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand. Encore trois possibilités pour Reconquête : Éric Zemmour, Sarah Knafo et Philippe de Villiers.

Enfin, la candidature du RN ne devait donner lieu à aucun doute, mais depuis la condamnation de Marine Le Pen et son inéligibilité à exécution provisoire, sa capacité à se présenter risque d'être mise à mal, si bien qu'a aussi été testée la candidature de Jordan Bardella.

Ainsi, Elabe a testé cinq configurations politiques d'un premier tour d'une élection présidentielle. En fait, vu le nombre important des candidats possibles, il aurait fallu tester plusieurs dizaines de configurations pour être très rigoureux et dénombrer tous les cas possibles, mais les modifications d'intentions de vote selon les hypothèses sont relativement circonscrites, si bien que malgré le faible nombre de configurations testées, on peut aboutir à quelques enseignements intéressants.
 


Le premier enseignement, peu surprenante d'ailleurs, c'est que le RN surferait très largement en tête des intentions de vote autour de 35%, ce qui augmenterait de plusieurs points par rapport à il y a sept mois. L'autre fait marquant, c'est que ce résultat ne varie pas, quel que soit le candidat, Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Ils sont interchangeables électoralement. C'est très rare. En gros, un peu plus d'un tiers de l'électorat attendrait que le RN soit au pouvoir à court terme, et sans préférence de leader alors que les deux candidats possibles ont des personnalités très différentes. Pour moi, cela reste un véritable mystère politique, basé sur des faits puisqu'en été 2024, il y avait bien effectivement au moins 30% de l'électorat à s'être déplacé pour voter pour un candidat du RN, que ce fût aux européennes ou aux législatives anticipées.

Le deuxième enseignement, c'est qu'on peut envisager les meilleurs candidats des quatre autres formations ou coalitions politiques testées.

En particulier, pour le bloc central. Édouard Philippe resterait, de loin, le meilleur candidat du bloc central, même s'il ne recueillerait qu'autour de 15% des intentions de vote, ce qui serait très bas. Il pourrait quand même aller jusqu'à 19,5% selon les hypothèses du candidat LR (et Jordan Bardella jusqu'à 37,5% des intentions de vote). En effet, là où Édouard Philippe obtiendrait 15% d'intentions de vote, Gabriel Attal en aurait seulement 12,5% et Gérald Darmanin 7% ! Incontestablement, Gérald Darmanin est hors jeu pour 2027 (il empêcherait la qualification au second tour) et semble lui-même l'assumer en restant au gouvernement, ce qui, en principe, annihilerait toute ambition présidentielle. En revanche, Gabriel Attal ne s'avouerait certainement pas vaincu d'avance.

Plus généralement, le score du bloc central est très inquiétant car il ne consoliderait pas sa capacité à être présent au second tour face au RN. La concurrence d'un candidat de gauche, Raphaël Glucksmann comme Jean-Luc Mélenchon, est très rude et ce serait la meilleure campagne qui déterminerait l'ordre au premier tour. Tout ce qu'on peut dire, c'est que la qualification d'Édouard Philippe au second tour n'est plus évidente, mais ça, je l'imaginais depuis longtemps (et lui certainement aussi) : de bons sondages de popularité ne font rien sur les intentions de vote, car des électeurs d'un camp différent peuvent vous aimer sans voter pour vous au moment décisif, car une élection présidentielle est avant tout une compétition entre plusieurs candidats dont on choisit celui qui a la préférence.

Pour le PS, les choses sont aussi claires et met en difficulté les éléphants et apparatchiks. En effet, c'est Raphaël Glucksmann qui aurait la préférence des électeurs socialistes car il arriverait à convaincre des électeurs macronistes, comme c'était le cas pour les européennes de juin 2024. Il n'y a pas photo par rapport aux solutions alternatives. Alors que Raphaël Glucksmann obtiendrait autour de 12% d'intentions de vote, François Hollande seulement 6,5% et Olivier Faure 5,5% ! Avec le PS, de toute façon, on part de loin puisqu'en 2022, sa candidate Anne Hidalgo n'avait obtenu que 1,7% des voix (pas des intentions !), arrivée quasiment dernière à l'exception des deux candidats crypto-trotskistes Nathalie Arthaud et Philippe Poutou.

Deux autres partis ont aussi été testés à droite et extrême droite.

Le candidat Les Républicains n'obtiendrait jamais plus de 10% des intentions de vote. Le plus performant serait Bruno Retailleau avec seulement 8%, ce qui reste mieux que le score réel de Valérie Pécresse en 2022, 4,8%. L'hypothèse d'une candidature de Laurent Wauquiez est catastrophique, avec seulement 3% des intentions de vote, et celle de Xavier Bertrand, qui croyait être le chouchou des sondages, ferait à peine mieux avec 5,5% (soit le niveau de Valérie Pécresse), pas de quoi gagner un second tour d'une élection présidentielle.

Enfin, le parti d'extrême droite Reconquête ferait un meilleur score avec Sarah Knafo comme représentante puisqu'elle se rapprocherait du score d'Éric Zemmour en 2022, à savoir 6,5% des intentions de vote (Éric Zemmour avait eu 7,1% en 2022). Les deux autres hypothèses, Éric Zemmour lui-même (presque 69 ans à l'élection) et Philippe de Villiers (78 ans à l'élection), ne sont pas probantes puisque le candidat de Reconquête ne recueillerait que 4,5% des intentions de vote.

Par conséquent, il semblerait qu'il n'y ait pas photo pour déterminer les meilleurs candidats dans le camp présidentiel, au PS, chez LR et à Reconquête. Mais l'élection est encore lointaine et beaucoup d'événements peuvent se produire pour influer sur l'importance des uns et des autres.

Le troisième enseignement, qui en découle, c'est que la situation laisse une énorme incertitude sur le candidat qui arriverait en deuxième position : du bloc central, insoumis ou socialiste ? Une campagne sert à cela, à polariser l'électorat. On a vu que Benoît Hamon était parti, lors de sa désignation en janvier 2017, très haut, autour de 18% et Jean-Luc Mélenchon plafonnait à en dessous de 10% dans les sondages. Les résultats de 2017 ont montré un retournement très fort, en raison de la très bonne campagne de Jean-Luc Mélenchon. Ce fut la même chose en 2022 où le candidat insoumis végétait à 8% quelques mois avant l'échéance. De même, la candidature de Valérie Pécresse était créditée de près de 18% dans les sondages juste après sa désignation en décembre 2021 et a finalement terminé en dessous du seuil fatidique de 5%.

Tout reste possible, sauf une chose qui semblerait acquise dès maintenant, c'est que, quelles que soient les vicissitudes politiques ou judiciaires, le ou la candidat(e) du RN sera présent(e) au second tour. Il faudrait un profond bouleversement politique pour empêcher cette hypothèse.

Mais le sondage d'Elabe, très prudent, s'est bien gardé d'aller plus loin et d'imaginer les seconds tours hypothétiques. Le RN risque bien de n'avoir que ses supporters du premier tour (avec une petite réserve de voix auprès de Reconquête et d'une très petite partie de LR). Obtenir 50% des voix plus une voix, c'est très différent d'obtenir 35% des voix. On l'a vu pour les élections législatives de l'été 2024 où une large majorité des électeurs étaient finalement opposés à la désignation d'un gouvernement RN et de Jordan Bardella comme Premier Ministre. Ce plafond de verre existait toujours en 2024, éclatera-t-il en 2027 ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La situation électorale à dix-huit mois de la prochaine élection présidentielle.
Sondage Elabe des intentions de vote à la présidentielle publié le 1er novembre 2025 pour BFMTV et "La Tribune Dimanche" (à télécharger).
Laure Miller.
Accords franco-algériens de 1968 : pas de quoi crier victoire pour le RN !
Roland Lescure.
Budget 2026 : les grandes manœuvres commencent !
Débat parlementaire du vendredi 24 octobre 2025 à l'Assemblée Nationale.
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Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 8 septembre 2025 à l'Assemblée Nationale (texte intégral et vidéo).
Journée critique pour Bayrou... et la France !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 7 septembre 2025 pour Brut (vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 5 septembre 2025 sur RTL (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 4 septembre 2025 dans le journal de 20 heures sur France 2 (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 dans "Paris Match" (texte intégral).

Démission, destitution... Emmanuel Macron peut-il écourter son second mandat présidentiel ?
François Bayrou tend la main à toutes les forces politiques.
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 sur BFMTV (vidéo et texte intégral).
François Bayrou le combatif !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 31 août 2025 à la télévision (vidéo et texte intégral).
Déclarations du Premier Ministre François Bayrou le 29 août 2025 à Châlons-en-Champagne (vidéo).
4 conditions pour gagner la nouvelle bataille industrielle selon Bayrou.
Discours du Premier Ministre François Bayrou au Medef le 28 août 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
La question de François Bayrou.
Interview de François Bayrou au journal télévisé de 20 heures le 27 août 2025 sur TF1 (vidéo et texte intégral).
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La quadrature du cercle de Michel Barnier.

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251101-sondage-presidentielle.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-situation-electorale-a-dix-huit-264225

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/02/article-sr-20251101-sondage-presidentielle.html



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1 novembre 2025 6 01 /11 /novembre /2025 20:35

L'institut Elabe a voulu tester de nombreuses candidatures pour différentes formations politiques au premier tour d'une élection présidentielle. On peut retrouver et lire sur Internet cette enquête des intentions de vote en cas d'élection présidentielle.

Cliquer sur le lien pour télécharger l'enquête d'opinion Elabe (fichier .pdf) :
https://elabe.fr/wp-content/uploads/2025/11/01112025_elabe_bfmtv_la-tribune-dimanche_election-presidentielle.pdf

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251101-sondage-presidentielle.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20251101-sondage-elabe.html




 

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