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8 mai 2026 5 08 /05 /mai /2026 03:20

« Quand on voit ce qu'on voit, que l'on entend ce qu'on entend et que l'on sait ce que qu'on sait, on a raison de penser ce qu'on pense. » (Pierre Dac, "L'Os à moelle").


 


Ils sont trois Premiers Ministres, ou anciens Premiers Ministres, du Président Emmanuel Macron. Ils sont adhérents du parti présidentiel Renaissance (ex-LREM). Ils sont un peu encombrés de leur caractéristique de "chouchous" d'un Président de la République fort impopulaire et qui ne peut même plus se représenter à cause de la Constitution. Et ils se demandent s'il faut vraiment concourir pour 2027.

Trois dauphins présomptifs. Élisabeth Borne (65 ans) est l'aînée mais probablement la moins politique des trois. Gabriel Attal, président du groupe Renaissance à l'Assemblée et, en même temps, secrétaire général de Renaissance, est le plus jeune (37 ans), aussi le plus jeune chef du gouvernement de toutes les républiques confondues (nommé à 34 ans), et sans doute le plus ambitieux des trois, ambitieux dans le sens dents qui raient le parquet. Sébastien Lecornu (39 ans), est à peine plus âgé que Gabriel Attal (ou que Laurent Fabius à sa nomination à Matignon), il a l'air tranquille, modeste, mais il est un redoutable responsable politique.

Et parlons justement de Sébastien Lecornu. Cela s'est passé ce jeudi 7 mai 2026, très discrètement, personne n'en a parlé, et pourtant, c'est une petite satisfaction du Premier Ministre. En effet, Sébastien Lecornu a duré ce jour-là au moins 240 jours à Matignon, à peu près 8 mois, soit la durée du passage de Gabriel Attal. Cela reste court, c'est vrai, mais en période d'absence de majorité à l'Assemblée, cela reste un petit exploit qu'avait aussi réussi son prédécesseur direct, François Bayrou. À cela près que justement, le président du MoDem, dans une sorte de suicide de confiance, a été renversé un mois après ce premier exploit.

Pour se donner une petite comparaison, d'une autre république, il faut donner la durée du gouvernement de Pierre Mendès France ; c'était 7 mois et demi. Sébastien Lecornu a de grandes chances de durer aussi longtemps que François Bayrou (à partir du 6 juin 2026)... voire qu'Élisabeth Borne. Car au train où vont les choses, les socialistes n'ont aucun intérêt à renverser un gouvernement quelques mois avant l'élection présidentielle (même s'il reste une dernière épreuve de fond, la loi de finances pour 2027), car de toute façon, le divorce est déjà consommé avec les insoumis.
 


Élisabeth Borne est restée 603 jours à Matignon, soit 1 an et un peu moins de 8 mois. Or, si Sébastien Lecornu réussissait (ce n'est pas certain !) à dépassionner les parlementaires en raison de la précampagne présidentielle, il pourrait terminer le quinquennat avec Emmanuel Macron, dont le mandat expire vers le 10 mai 2027, ce qui ferait à peu près 1 an et 8 mois (nommé le 9 septembre 2025). L'exploit n'est évidemment pas de durer, car beaucoup de Premiers Ministres sont restés bien plus longtemps que lui et parfois sans autre mérite que d'être fidèles et loyaux au Président de la République qui les a nommés, mais d'avoir su traverser cette zone de fortes turbulences politiques en assurant un minimum de stabilité institutionnelle. L'exploit, ce serait surtout de faire voter deux budgets par cette Assemblée impossible. Pour l'instant, il n'a accompli que la moitié de l'objectif.

Face à lui, Gabriel Attal paraît ainsi un peu léger. Certes, il communique beaucoup (c'est même le contraire de Sébastien Lecornu), mais on ne lui a reconnu que de l'action agitée lorsqu'il était à Matignon. Sébastien Lecornu, au contraire, est posé et discret, il tente de cimenter les passerelles du Socle commun pour assurer une victoire politique à l'élection présidentielle de 2027.

Et indéniablement, il existe une forte rivalité entre les deux hommes, entre Gabriel Attal et Sébastien Lecornu. Quelques jours après la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, le journaliste Tristan Quinault-Maupoil avait écrit dans "Le Figaro" du 18 septembre 2025 : « Longtemps rivaux, ces deux-là vont devoir apprendre à se supporter. Conscients que leur espace politique respectif serait menacé de disparition s’ils se déchiraient, ils sont contraints de tisser des liens. L’un a besoin de l’appui des députés pour durer à la tête du gouvernement, l’autre ne peut pas se permettre une dissolution s’il veut asseoir son ambition présidentielle. ».
 


La rivalité est réelle. Pour preuve, ces petits épisodes (très dérisoires dans l'histoire politique nationale) du premier mai. Le 1er mai devient une date symbole, refuge presque, pour montrer son envie de transformer le pays.

Le 1er mai, c'est la fête du travail, et s'il y a un jour où (presque) tout est fermé, c'est bien le 1er mai, au contraire des autres jours fériés et dimanches. C'est le code du travail, et c'est, nous dit-on, le résultat d'une lutte des travailleurs (même si Pétain avait un peu aidé...). Tout est dans le "presque". En effet, il y a quand même des gens qui bossent le 1er mai, ne seraient-ce que les policiers, les pompiers, les soignants, et toute l'industrie des loisirs, de la culture, du tourisme (restaurants, hôtels, parcs de loisirs, artistes, etc.)... ainsi que les journalistes, bien sûr !

On peut aussi travailler quand on est indépendant, mais on n'a pas le droit d'employer des salariés ce jour-là. C'était donc l'objet d'une proposition de loi pour permettre aux commerçants de proximité, en particulier les boulangers et les fleuristes, de pouvoir faire travailler des salariés ce jour-là. Gabriel Attal l'avait défendue avec forte conviction et en a même fait un marqueur idéologique, la défense de la valeur travail. Mais Sébastien Lecornu a été très mécontent de la tournure des débats, car le texte parlementaire risquait de généraliser le travail le 1er mai, ce que ne voulait à aucun prix le Premier Ministre qui aurait alors risqué de prendre en pleine figure une motion de censure de la part du parti socialiste.

Le chef du gouvernement a résolu le problème en proposant de prendre un décret autorisant ce travail salarié, mais à titre exceptionnel, ce qui permettait de satisfaire et l'aile gauche de sa base majoritaire (en l'occurrence le PS) et l'aile droite (LR). Cette habileté politique n'est pas commune et il faut une grande expérience et une personnalité très subtile pour arriver à cela. Car le travail salarié le 1er mai était l'une des nombreuses bombes qui pouvaient éclater à la figure de Sébastien Lecornu en cette période sans majorité, et l'habileté, c'est de savoir des désamorcer. Le décret n'est finalement pas sorti car il a été retoqué le 30 avril 2026 par le Conseil d'État.
 


En illustration, les deux rivaux n'ont donc pas hésité à se rendre, le vendredi 1er mai 2026, dans une boulangerie avec caméras et micros. Gabriel Attal, ainsi, a fait un retour aux sources dans sa propre circonscription, dans une boulangerie de Vanves ("Les Toqués du pain"), et y a acheté du pain (et aussi est passé de l'autre côté du comptoir pour encaisser l'achat d'une cliente). Pas de quoi pavoiser mais, semble-t-il, c'était hors du commun quand même. L'idée était de la com', bien sûr : « Ce serait un scandale s'il y avait des verbalisations qui étaient mises par des inspecteurs du travail aujourd'hui, sur des boulangers et des fleuristes, j'espère que l'intelligence collective prévaudra ! (…) Il faut sortir de cette situation ubuesque et avoir un peu de bon sens. ». L'ancien Premier Ministre a également acheté un brin de muguet dans la rue. RMC a révélé qu'un premier commerçant avait été verbalisé peu avant midi dans l'Isère (et risquait jusqu'à 5 000 euros d'amende, selon la loi actuelle).
 


L'opération de Gabriel Attal aurait pu être bénéfique médiatiquement mais il n'était pas le seul à le faire, et, par comparaison, s'est montré ainsi isolé car il était venu seul. Sébastien Lecornu, de son côté, a effectivement fait le même genre de visite, mais bien mieux organisée et après lui, or l'ordre de passage compte à la télévision, le neuf chasse l'ancien, dans les infos. Le Premier Ministre venait sur l'invitation de Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l'Assemblée et ancien président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, dans la circonscription de celui-ci, en Haute-Loire. Très exactement, à Saint-Julien-Chapteuil. Les deux leaders politiques se sont présentés ensemble, rigolards, à la dernière boulangerie de la commune, rue Chaussade. Auparavant, Sébastien Lecornu et Laurent Wauquiez étaient allés chez une fleuriste pour y acheter un brin de muguet (offert à Sébastien par Laurent, malgré la supposée radinerie des Auvergnats, selon ce dernier).
 


Laurent Wauquiez a expliqué au boulanger de "Un brin gourmand" que Sébastien Lecornu s'était « beaucoup battu » pour avoir cette réflexion sur le travail le premier mai, et le chef du gouvernement a renchéri : « On n'a pas une Assemblée Nationale toujours bien facile... », ajoutant en regardant son compère de LR : « Après, on a des copains ! ». À la fleuriste ravie d'être ouverte ce jour-là, Sébastien Lecornu a lâché : « C'est du bon sens ; le débat a été trop inutilement politisé. Seul le résultat compte. ».

Cette petite sortie en bonne entente entre Sébastien Lecornu et Laurent Wauquiez (ils étaient dans le même parti, LR, avant 2017) n'est pas anodine. Le Premier Ministre veut bien sûr garder des liens forts avec le président du groupe LR partisan d'une participation gouvernementale actuelle, au contraire du président et candidat de LR Bruno Retailleau. De plus, les deux ont intérêt à ce que le gouvernement survive jusqu'à la fin du quinquennat pour éviter une nouvelle crise politique dont les conséquences sur l'élection présidentielle seraient difficilement prévisibles.
 


Mais je pense que cette bonne entente va au-delà de la simple situation parlementaire du moment. Les responsables du Socle commun savent bien qu'il n'y aura pas de victoire présidentielle sans unité de candidature de l'ensemble du Socle commun, afin d'éviter un second tour terrifiant entre les extrêmes (RN vs FI). Dans ce registre d'union des modérés, Sébastien Lecornu est sans doute le mieux placé et le plus crédible (du moins pour faire accoucher d'un bon candidat). De même, Laurent Wauquiez est suffisamment lucide pour savoir que son ambition présidentielle devra attendre après 2027 : il n'est pas assez populaire pour se présenter à l'élection de 2027, et en plus, rien ne se présente correctement pour lui puisque Bruno Retailleau vient d'avoir eu, le 19 avril 2026, la confirmation de sa candidature (donc, une candidature Wauquiez serait nécessairement dissidente). En revanche, Laurent Wauquiez pourrait être un faiseur de roi en facilitant une candidature qui serait gagnante. Et donc, il pourrait se repositionner comme un éventuel successeur de Sébastien Lecornu à Matignon.

Et Élisabeth Borne, dans tout cela ? Lorsque Renaissance a dû se trouver un nouveau chef après la nomination de Stéphane Séjourné à la Vice-Présidence de la Commission Européenne, Gabriel Attal, ancien Premier Ministre et président du groupe Renaissance à l'Assemblée, dans une volonté de verrouiller le parti présidentiel dans l'optique de l'élection présidentielle, s'est présenté. Élisabeth Borne a fait aussi connaître sa volonté de se présenter à la tête du parti. Finalement, elle y a renoncé et en compensation, elle a été désignée présidente du conseil national de Renaissance (l'équivalent du parlement du parti), tandis que Gabriel Attal a été élu secrétaire général de Renaissance le 8 décembre 2024 par ce même conseil national à 94,9%.
 


Or, invitée de la matinale de France Inter le mercredi 6 mai 2026, l'ancienne Première Ministre Élisabeth Borne a annoncé qu'elle démissionnait de la direction de Renaissance ainsi que de la présidence du conseil national de ce parti : « Je ne me retrouve pas complètement dans la ligne, qui n’est pas forcément débattue au sein de Renaissance. Donc j’ai décidé de démissionner du conseil national de Renaissance, de me mettre en retrait du bureau exécutif et de me consacrer à la structure que j’ai créée, Bâtissons ensemble. ». Elle a confirmé son désaccord avec Gabriel Attal, notamment sur « le respect du droit international », « le respect de l'État de droit » et insistant qu'il n'était pas question pour elle de « supporter quand on remet en cause le Conseil Constitutionnel, [et dire] que notre Constitution est un carcan. ».

La réaction des parlementaires attalistes ne s'est pas fait attendre sur Public Sénat. Pour la députée (et ex-ministre) Prisca Thevenot, ce n'était pas étonnant : « Il n’y a ni surprise, ni étonnement. C’est un non-événement. Elle quitte des responsabilités, qu’elle n’a pas honorées, sans quitter le parti. (…) Je n’ai pas compris la démarche. Elle voulait être présidente du conseil national, mais n’en a rien fait. Elle voulait être dans les instances du parti, mais n’a jamais rien dit. ». Pour le sénateur Xavier Iacovelli, au contraire, c'était étonnant : « Je ne vois pas aujourd’hui quelle est la différence de ligne politique qui peut l’amener à quitter la direction. Je vois plutôt un problème de personne et le fait qu’il y a unanimité des instances pour lancer le processus de désignation de Gabriel Attal comme notre candidat naturel pour la présidentielle. (…) On a plutôt besoin de rassembler, plutôt que de créer une division artificielle, qui n’existe pas. ». D'autres, sous couvert d'anonymat, ont ironisé sur le nom de la structure personnelle, Bâtissons ensemble, avec les initiales d'Élisabeth Borne, comme En Marche d'un certain Emmanuel Macron : « Et après, c’est nous qui faisons de la com’ ? Allez… ». Une autre a ramené l'événement à un simple plan médias : « Elle lance son livre. Le vrai sujet, ce n’est pas tant par rapport à l’année prochaine, c’est une campagne de promo qui est lancée… ».

Toutefois, tous ne sont pas favorables à la démarche de Gabriel Attal qui veut accélérer le processus pour se déclarer candidat à l'élection présidentielle avant l'été, en particulier François Patriat, président du groupe Renaissance au Sénat et soutien historique du macronisme, qui, dans une interview à Public Sénat le 6 mai 2026, a trouvé peu pertinent d'aller trop vite : « Il faut prendre un peu de recul avec la présentielle. Se précipiter, comme font certains aujourd’hui, laissant croire qu’ils ont la solution à tout, me paraît contre-productif. (…) Je ne suis pas favorable à cette accélération. Je pense qu’il faut attendre l’automne pour savoir quel est le meilleur candidat pour s’opposer aux extrêmes demain. (…) Gabriel Attal peut être légitime aujourd’hui à montrer qu’il sera candidat. Il a un programme, qu’il développe, il a écrit un livre. C’est tout à fait logique. Et en même temps, il représente notre parti. Mais déclarer sa candidature aujourd’hui et figer les choses ne me paraît pas être le bon principe. ».

D'autres responsables Renaissance ont critiqué la ligne de Gabriel Attal, en particulier la ministre Aurore Bergé qui se verrait bien, elle aussi, en position de représenter ses idées à l'élection présidentielle.
 


Petit à petit, Sébastien Lecornu continue son bonhomme de chemin. Les agitations de ses amis ou de ses adversaires ne le gênent pas beaucoup. Au contraire. Eux font dans la posture, dans la politique politicienne, dans la com' ; et lui, il agit, il gouverne, il assure la continuité de l'État dans l'une des périodes les plus difficiles de son histoire. Candidat en 2027 ? Pensez-vous ! Il ne sait même pas s'il existera encore politiquement la semaine prochaine.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sébastien Lecornu double Gabriel Attal à Matignon !
Le boulanger du premier mai : rivalité Sébastien Lecornu vs Gabriel Attal ?
Élisabeth Borne quitte la direction de Renaissance.
Pourquoi Laurent Wauquiez préférerait-il Sébastien Lecornu à Bruno Retailleau ?
Bientôt, la procédure de jugement des crimes reconnus (PJCR) ?
Non au retour des ZFE !
Mai, le mois du travail ?
La non-candidature de Sébastien Lecornu.
Discours de Sébastien Lecornu le 10 avril 2026 à Matignon (vidéo et texte intégral).
Sébastien Lecornu et le charme désuet de la non-séduction.
L'adoption définitive du PLF 2026.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.
 








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260506-elisabeth-borne.html

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/09/article-sr-20260506-elisabeth-borne.html

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7 avril 2026 2 07 /04 /avril /2026 04:38

« Une police municipale, ça travaille avec la police nationale, il y a des dispositifs qui se montent en commun. » (Laurent Nunez, le 1er avril 2026 sur France Info).





 


L'un des thèmes de campagne des élections municipales, dans de nombreuses villes, ce fut la sécurité, et en particulier la police municipale. J'ai déjà évoqué le thème de la sécurité, et je souhaite approfondir sur la police municipale.

Un agent de la police municipale a deux patrons directs (en dehors de leur propre organisation interne, chef de la police municipale par exemple) : le maire et le Ministre de l'Intérieur (c'est-à-dire le préfet). Cette précision est importante : il n'est pas sous l'autorité du directeur général des services, mais bien directement du maire dont la protection de la population est l'une de ses principales prérogatives. Un policier municipal n'est donc pas un agent municipal comme un autre.


Et l'un des problèmes majeurs des maires, c'est de pouvoir recruter des agents de police municipale. Il y a peu de candidats qui s'offrent généralement au plus offrant, c'est la loi de l'offre et de la demande dans le marché du travail, en sachant que les maires sont relativement contraints sur ce qu'ils peuvent donner aux policiers municipaux (notamment en matière de rémunération, puisque c'est très encadré, lire le code général des collectivités territoriales).

À l'issue du second tour des élections municipales, la plupart des maires des villes de la région parisienne peuvent se satisfaire à la fois de la victoire du candidat insoumis à Saint-Denis (dès le premier tour) et de l'échec de Rachida Dati à Paris. Pourquoi ? Très simplement. À Saint-Denis, l'idéologie du nouveau maire va sans doute entraîner de nombreux départs de la police municipale, ce qui profitera aux autres communes de la région en recherche de candidats. À Paris, c'est encore plus flagrant. La victoire de Rachida Dati aurait amené la ville de Paris à recruter 2 000 nouveaux agents de la police municipale, dans des conditions confortables car la mairie de Paris est riche, ce qui aurait créé une concurrence catastrophique à d'autres employeurs moins offrant de la région, des communes beaucoup moins riches.
 


Pourquoi parler alors d'armer la police municipale ? Et avant, pourquoi recruter encore des agents de police municipale ? La première chose à penser, c'est que la demande autant que le besoin de plus de sécurité sont des évidences. Si la demande se base sur des sentiments d'insécurité qui peuvent être différents de la situation réelle, le besoin se base sur des faits avérés : trafics de drogue, rodéos urbains, incivilités, etc. se sont multipliés. Et parallèlement, le désengagement de l'État fait qu'il encourage les communes à renforcer leurs forces de police municipale. Certes, 200 nouvelles brigades de gendarmerie ont vu le jour ces dernières années, mais on sait aussi que le manque d'effectif est réel pour appliquer la tolérance zéro à toutes les infractions dont les incivilités routières.

Or, le manque de candidats pour postuler dans une police municipale est alarmant. Car il ne s'agit pas de recruter n'importe qui, on a besoin d'agents bien formés, capables d'être équilibrés psychologiquement pour garder leur calme face à des provocations très grossières et désamorcer tous les germes d'insécurité le plus tôt possible. Au-delà de la rémunération, des responsabilités données, de la réputation de la ville ou de son maire, il y a un élément très attractif pour les candidats : qu'ils puissent être armés.

Ce n'est pas un caprice d'agents mais une nécessité. Le débat a commencé il y a déjà une bonne dizaine d'années, et tous les maires expérimentés, même ceux qui sont particulièrement opposés à tout risque de violence de la part des policiers, en conviennent : il faut armer les policiers municipaux si on veut qu'ils agissent efficacement sur la sécurité des habitants.

Quand j'évoque l'armement de la police, je parle d'armes létales, c'est-à-dire (soyons bien clairs), capables de tuer. L'idée, évidemment, n'est pas de multiplier les bavures (qui doivent être sanctionnés pénalement sévèrement) et d'autoriser leur utilisation à tout-va. Il faut aussi que les agents soient correctement et régulièrement formés pour que l'utilisation des armes soient faites de manière adéquate (ce que la ville doit budgétiser, car cela a un coût). Il y a d'autres armes, dont la possession est souvent sans débat et qui nécessitent aussi formation et précaution, comme les matraques, les tasers, les bombes lacrymogènes, etc.

Pourquoi un besoin d'arme létale ? Pas du tout pour jouer au cow-boy, mais pour se protéger : le seul moyen, pour un policier municipal, de se protéger, c'est d'avoir un collègue prêt à tirer si la personne qu'il interpelle devient menaçante et violente. La présence d'une arme létale est d'ailleurs dissuasive : les policiers municipaux armés sont moins des cibles que les non-armés. Par ailleurs, il faut rappeler que l'utilisation de ces armes est faite avec une caméra embarquée, ce qui permet de conclure rapidement sur le comportement approprié ou pas du policier en cas de problème.
 


L'une des situations les plus courantes, qui a déjà, hélas, entraîné de nombreux faits-divers, c'est un refus d'obtempérer lors d'un contrôle routier. Si le maire veut contrôler et sanctionner les mauvais conducteurs dans sa ville, il ne peut le faire avec ses policiers municipaux si ceux-ci ne sont pas armés, car ils se mettent en danger. Quand un policier ou un gendarme arrête un véhicule, il ne sait jamais ce qu'il va y trouver, si c'est un terroriste aguerri ou une petite grand-mère très respectueuse des lois.

Par ailleurs, comme les policiers municipaux ne sont pas masochistes, ils ne vont pas présenter leur candidature dans des communes dont le maire se moque de leur sécurité en ne les armant pas. Cela signifie que dans l'offre possible pour recruter les policiers municipaux, la possibilité d'être armé est un élément attractif non négligeable, soit pour les recruter, soit pour les garder et les empêcher d'aller dans des villes qui comprennent mieux la vie quotidienne plutôt difficile des policiers municipaux, qui ont l'avantage, par rapport à la police nationale et à la gendarmerie nationale, de connaître assez bien tant le territoire que la population dont ils sont responsables (c'est pour cela qu'on parlait de police de proximité, sa devise : prévention, médiation, répression).

Alors, faut-il armer la police municipale ? Oui, bien sûr. Même à Saint-Denis, le nouveau maire devra bien revoir son opinion avec la réalité du terrain. La tranquillité des habitants ne s'obtient pas par une opération du saint Esprit, mais par des mesures concrètes et efficaces. Armer la police municipale en fait partie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (11) : faut-il armer la police municipale ?
Municipales 2026 (10) : tous vainqueurs ! (suite).
Municipales 2026 (9) : tous vainqueurs !
Municipales 2026 (8) : la nationalisation du scrutin.
Municipales 2026 (7) : sécurité et police municipale.
Municipales 2026 (6) : logements sociaux.
Municipales 2026 (5) : logement.
Municipales 2026 (4) : transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.
 

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260328-police-municipale.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/municipales-2026-11-faut-il-armer-267974

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/03/28/article-sr-20260328-police-municipale.html


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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 04:39

« Il n’y a pas de sédition possible dans les communes de la République. » (Emmanuel Macron, au conseil des ministres du 25 mars 2026).





 


Comme cela devient très ordinaire, tous les partis, pendant la soirée électorale, ont considéré qu'ils avaient gagné le second tour des élections municipales de ce dimanche 22 mars 2026. Comme ce sont mille et un combats électoraux, il y en a toujours un ou deux de positifs. Tentons d'y voir un peu plus clair.

Commençons par les extrêmes.


Au RN, les dirigeants sont plutôt heureux : soixante-trois communes seront gérées par des maires RN, ce qui est énorme pour un parti populiste. Après des réélections dès le premier tour notamment à Perpignan et à Fréjus, le RN a conquis au second tour de nombreuses villes moyennes comme Carcassonne, Montargis, Menton, Agde, La Seyne-sur-Mer, Orange, Liévin, etc.

Certes, les échecs de Marseille et de Toulon qui étaient "prenables", ont montré un certain plafond de verre pour les très grandes agglomérations, encore que Toulon fût déjà gagnée par le FN en 1995, et ces échecs ont pu laisser place à une très grande victoire du candidat soutenu par le RN Éric Ciotti à Nice (qui avait déjà eu Jacques Peyrat dans le même genre de positionnement politique). La victoire d'Éric Ciotti est cruciale au niveau national parce que le vainqueur est un leader national, qui a été le président national de LR (ce n'est pas rien) et parce qu'il souhaite être le pont entre la droite et l'extrême droite.

Chez les insoumis, on a crié aussi victoire. Ils ont montré que ce parti était capable de gagner des villes seuls, ainsi, dès le premier tour, Saint-Denis, et au second tour, Roubaix, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Bagnolet, La Courneuve, Creil, Saint-Fons, Sarcelles... Mais à part Roubaix gagnée sur la droite, les autres villes gagnées par les insoumis l'ont été sur la gauche (et en particulier sur le PS).


Ils ont néanmoins échoué dans les autres grandes villes avec une forte mobilisation des électeurs contre les listes des insoumis, en particulier à Toulouse et Argenteuil, mais les électeurs de gauche semblent avoir accepté de se résigner à cette pseudo-union entre PS et insoumis, comme c'est le cas à Nantes, Tours et Aubervilliers.

Du côté du PS, si ce parti a perdu quelques villes comme Brest, Clermont-Ferrand, Avignon, Vaulx-en-Velin (Hélène Geoffroy battue par le candidat insoumis avec 104 voix de retard sur 26 220 inscrits), Tulle (dont le maire a été François Hollande), mais ces échecs sont contrebalancés par les victoires à Paris et Marseille, deux bastions socialistes qu'il a réussi à conserver, et à gagner Strasbourg avec une très ancienne (et âgée) leader, Catherine Trautmann, exclue (provisoirement) du PS pour une alliance de centre gauche. Les socialistes refusant l'alliance avec les insoumis ont souvent gagné, en particulier à Lille, Rouen, Dijon, Rennes et Nancy (ville pourtant de centre droit).

Les écologistes sont certainement les véritables perdants de ces élections avec des échecs retentissants : Bordeaux, Strasbourg, Annecy, Besançon, Poitiers, etc. L'écologisme municipal, triomphant en 2020 grâce à une très forte abstention, n'a pas été concluant. Seules les villes de Grenoble et de Lyon ont été maintenues, mais dans des conditions particulières, chaque fois face à de presque-octogénaires, l'un Alain Carignon dont les Grenoblois ne voulaient plus, et l'autre, Jean-Michel Aulas, trop novice (et médiocre) pour réussir la greffe politique et qui, malgré l'échec à Lyon, s'est retrouvé premier vice-président de la Métropole de Lyon car le centre droit a quand même gagné l'agglomération lyonnaise.

Du côté de la majorité gouvernementale, là encore, les partis peuvent s'estimer heureux. Renaissance, dont on reprochait le manque d'implantation locale a réussi quelques victoires remarquable comme Bordeaux, Annecy et Tourcoing. Le MoDem a perdu une ville symbole, celle de son président François Bayrou, Pau, mais a gagné La Rochelle avec le député Olivier Falorni qui a déjà été le maire mais à l'époque, sous l'étiquette socialiste.

Horizons, le parti des maires (conçu autour des maires) peut se réjouir de son beau palmarès : Le Havre, Angers, Reims, Angoulême, Pessac, Ajaccio, Périgueux, Nogent-sur-Marne, Saint-Brieuc, Annemasse, Châtellerault. Malgré l'échec colossal de Nice (Christian Estrosi était le numéro deux de Horizons), Horizons s'est placé comme un grand gagnant. La belle réélection de l'ancien Premier Ministre Édouard Philippe, loin d'être évidente dans cette ville de tradition populaire, s'est faite dans une triangulaire où il s'opposait à la fois à une liste d'extrême droite et à une liste d'extrême gauche, une sorte de préfiguration du premier tour de la prochaine élection présidentielle.

Enfin, la droite, le centre droit et le centre (en l'occurrence LR, l'UDI et divers droite), peuvent aussi pavoiser, sans doute les gagnants en voix. Ils ont gagné notamment à Cherbourg, Brest, Poitiers, Besançon, Metz, Limoges, Toulouse, Orléans, Colmar, Troyes, Versailles, Évry-Courcouronnes, Cannes, Béziers, Argenteuil, Valencienne, Boulogne-Billancourt, Issy-les-Moulineaux, Clermont-Ferrand, Gap, Tulle, Avignon, etc.


Comme je l'ai évoqué auparavant, ces résultats donnent une présentation assez confuse du paysage politique, tout le monde ayant eu de belles victoires et des défaites aussi. Ce qui est clair, c'est que la tripartition du paysage électoral (droite radicalisée, partis de gouvernement, gauche radicalisée) s'est poursuivie jusque dans les communes, ce qui n'était pas le cas précédemment, mais pas aussi profondément que lors d'une élection nationale. Il y a eu beaucoup plus de résistance à choisir un exécutif provenant d'un parti extrémiste, qu'il soit de droite ou de gauche, car leur présence mobilise un électorat qui n'en veut pas du tout.

Le PS a pu constater qu'il avait plus de chance de gagner le combat électoral en refusant une alliance avec les insoumis qu'en l'acceptant, avec quelques exceptions, celles de Nantes et de Tours. Toutefois, la confusion dans les consignes du premier secrétaire Olivier Faure a été totale, pas d'alliance nationale, mais oui aux alliances locales, ce qui, d'un point de vue politique, était complètement incohérent.

Les Républicains ont aussi quelques difficultés à s'entendre entre une alliance déjà actée au gouvernement avec le bloc central et une tentation d'alliance avec le RN. Contrairement à ce qu'on dit, Éric Ciotti n'est pas le champion de la pseudo-union des droites ; au contraire, il est le champion de la désunion à droite puisqu'il s'est présenté contre Christian Estrosi, et que les deux étaient à l'origine issu du même parti, LR (et avant, UMP, et RPR). Il n'a donc pas fait de démonstration d'alliance entre LR et le RN à Nice. Encore une fois, comme à Paris, Lyon, Marseille et Grenoble, sa victoire de Nice est due à des considérations locales : très bien implanté, Éric Ciotti a fait une bonne campagne tandis que son concurrent Christian Estrosi a fait n'importe quoi, cherchant l'appui d'une gauche qui ne pouvait pas lui être favorable.


La conclusion provisoire, c'est que ces élections municipales n'ont pas bouleversé les rapports de force sur le plan national dans la perspective de la prochaine élection présidentielle. C'est ce qui a fait dire à Patrick Cohen, dans sa chronique du 23 mars 2026 sur France Inter : « En réalité, ces municipales laissent, comme les scrutins précédents, un paysage toujours plus fragmenté, une polarisation encore plus marquée, mais elles ne dessinent pas l’avenir national du pays. ». En revanche, elles auront une forte incidence sur les prochaines élections sénatoriales de septembre 2026, avec l'élection de plusieurs sénateurs insoumis et même la possibilité d'un groupe de sénateurs RN. Et cela, ce sera très nouveau dans nos institutions.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mars 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (10) : tous vainqueurs ! (suite).
Municipales 2026 (9) : tous vainqueurs !
Municipales 2026 (8) : la nationalisation du scrutin.
Municipales 2026 (7) : sécurité et police municipale.
Municipales 2026 (6) : logements sociaux.
Municipales 2026 (5) : logement.
Municipales 2026 (4) : transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.




 


 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260322-municipales-2026j.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/municipales-2026-10-tous-267691

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/03/23/article-sr-20260322-municipales-2026j.html



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22 mars 2026 7 22 /03 /mars /2026 22:01

« Je vais rester maire du Havre. Je suis désolé de décevoir ceux qui pensaient qu'une fois élu maire, j'allais partir. Ils vont devoir, pour ceux qui ne m'aiment pas, me supporter encore un peu. » (Édouard Philippe, le 22 mars 2026 à France Bleu Normandie).





 


17 millions d'électeurs étaient convoqués ce dimanche 22 mars 2026. En écoutant la soirée électorale à la télévision à l'issue du second tour des élections municipales, l'observateur aurait une étrange impression : tous auraient gagné les élections, avec de belles victoires, et leurs adversaires les auraient perdues, avec des défaites patentes. Paradoxalement, ils n'ont pas tort, parce qu'il ne s'agit pas d'une seule élection mais d'environ un millier et demi, et que tous les cas peuvent se figurer.

Je propose de passer en revue plus les partis que les villes (il faut savoir que 96% des communes avaient déjà élu leur maire dès le premier tour), principalement des grandes villes où la politisation des candidatures permettrait une meilleure analyse qu'une bataille entre des listes étiquetées "divers". Cette manière de faire a évidemment un objectif, celui de bien comprendre l'état de "l'opinion publique" à la dernière élection importante avant la prochaine élection présidentielle de 2027. Et en fait, il est un peu difficile à comprendre car beaucoup de résultats sont contradictoires.


Mais avant, je propose de faire un tour des leaders de la politique nationale, ou plutôt, de ceux qui pourraient avoir une action décisive à l'élection présidentielle, soit comme candidats, soit comme faiseurs de candidats, qui étaient impliqués personnellement par ces élections municipales. C'est assez simple car il n'y en a pas beaucoup, puisque ni Marine Le Pen, ni Jordan Bardella, ni Jean-Luc Mélenchon, ni Gabriel Attal, ni Laurent Wauquiez, ni Bruno Retailleau, ni Xavier Bertrand, ni Olivier Faure, ni François Hollande, ni Marine Tondelier... n'étaient candidats.

Et le premier, dans l'ordre de la soirée, c'est la victoire de l'ancien Premier Ministre (et déjà candidat) Édouard Philippe au Havre, dans une triangulaire pas facile, qui a gagné, mais avec seulement 47,7% des voix face au communiste Jean-Paul Lecoq et à l'extrême droite. Pour l'ancien chef du gouvernement, l'horizon(S) se dégage et il se retrouve dans la situation de François Hollande réélu président du conseil général de Corrèze en mars 2011, étape nécessaire avant sa déclaration de candidature à l'élection présidentielle de 2012. Le Havre a eu une longue tradition communiste (de 1956 à 1995, sauf entre 1959 et 1965) et cette victoire n'était donc pas une simple formalité.

En revanche, l'horizon se referme pour l'un de ses successeurs, François Bayrou, qui a perdu de peu à Pau, avec 344 voix de retard (sur 49 699 inscrits) sur son concurrent socialiste (41,1% vs 42,4%). C'était à peu près la seule déclaration "éteinte" d'un leader national pendant cette soirée, le président du MoDem philosophant sur le principe de la démocratie qui signifie qu'on peut perdre et qu'il faut l'accepter. Toutefois, il faut insister sur le fait que ce n'est pas sa première défaite municipale à Pau (il était maire depuis 2014) et que la ville a une longue tradition socialiste (notamment avec un maire historique, André Labarrère).

Des leaders nationaux, il ne faut pas évidemment oublier la victoire du candidat soutenu par le RN Éric Ciotti à Nice, certes prévisible mais qui peut se satisfaire de reproduire à peu près le même rapport de force qu'au premier tour, sans effet d'un quelconque front supposé républicain : 48,5% pour Éric Ciotti, 37,2% pour Christian Estrosi, le maire sortant Horizons peu soutenu au second tour par LR qui l'avait pourtant soutenu au premier tour et qui a annoncé son départ de la vie politique après un long engagement commencé en 1983, et 14,3% pour la liste socialiste (la répartition au premier tour était respectivement 43,3%, 30,9% et 11,9%, avec, en plus, une liste insoumise à 8,9% qui n'a pas pu se maintenir au second tour).

Pour Éric Ciotti, c'est une très grande victoire, victoire de l'élève sur le maître, puisqu'il a été collaborateur de Christian Estrosi, à l'origine. L'ancien président de LR, considéré comme un traître par tous ses anciens compagnons lorsqu'il a rejoint Marine Le Pen en juin 2024, se considère désormais comme le véritable dépositaire de LR (rappelons que LR, c'était l'UMP, c'est-à-dire l'UDF et le RPR, ce qui n'a rien à voir avec l'extrême droite ; De Gaulle se retournerait dans sa tombe, lui qui a fait être assassiné par un membre de l'OAS !). Mais est-ce une bonne chose pour le couple Bardella-Le Pen ? Pas sûr ! Car Éric Ciotti, qui a été aussi président du conseil général des Alpes-Maritimes, aurait beaucoup plus de légitimité politique (et de talent politique) à représenter lui-même cette extrême droite propre sur elle que Jordan Bardella qui n'a jamais rien fait de sa vie sinon apparatchik. Je serais un dirigeant du RN, je me méfierais d'Éric Ciotti et de ses ambitions, d'autant plus qu'ayant trahi une fois, il pourrait trahir une seconde fois.

Un autre leader était très impliqué dans ce second tour, même s'il n'était pas tête de liste à Tourcoing parce que Ministre de la Justice. Gérald Darmanin, placé en numéro deux de la liste menée par Doriane Becue, la maire sortante divers droite (depuis le 13 septembre 2020), a en effet gagné brillamment ce second tour dans cette grande ville très populaire dans une triangulaire : 55,4% face à la liste insoumise (24,9%) et à la liste RN (19,6%). Lui aussi a gagné un poids politique important pour le débat futur de l'élection présidentielle. Il ne sera probablement pas candidat à l'élection présidentielle mais agira de manière à ce qu'il n'y ait qu'un seul candidat représentant la droite et le centre en 2027, condition nécessaire pour éviter un second tour terrifiant entre RN et FI.

Et je termine, pour cette liste de "leaders impliqués directement" par la ville de Grenoble qui, malheureusement, a vu élire la liste conduite par Laurence Ruffin, sœur de François Ruffin, candidat déclaré à l'élection présidentielle, venu spécialement à Grenoble pour fêter la victoire de sa sœur. Alain Carignon, avec 43,4%, avec été largement battu par Laurence Ruffin, 56,6% avec 61,4% de participation.

Dans un prochain article, je passerai en revue tous les partis... qui auraient tous gagné ces élections, si on les écoutait !



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mars 2026)
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Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (10) : tous vainqueurs ! (suite).
Municipales 2026 (9) : tous vainqueurs !
Municipales 2026 (8) : la nationalisation du scrutin.
Municipales 2026 (7) : sécurité et police municipale.
Municipales 2026 (6) : logements sociaux.
Municipales 2026 (5) : logement.
Municipales 2026 (4) : transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.




 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260322-municipales-2026i.html

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20 mars 2026 5 20 /03 /mars /2026 03:02

« Sans commenter le résultat de ce premier tour (…), le Président a tenu à souligner dans ce moment l'importance que personne n'oublie que les extrêmes, où qu'ils soient, demeurent dangereux pour la République. Il a insisté sur le fait que les arrangements des partis ne devaient pas faire oublier quelques principes. D'une part, on ne peut pas oublier les discours et les actes d'excès d'où qu'ils viennent. Et d'autre part, on ne peut pas oublier les principes républicains niés d'où que cela vienne. » (Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, à l'issue du conseil des ministres du 18 mars 2026).






 


Le premier tour des élections municipales qui a eu lieu dimanche 15 mars 2026 dans plus de 34 000 communes de France et dans leurs intercommunalités a laissé un goût étrange de confusion. La plupart des communes (96%) ont déjà élu leurs conseillers municipaux, certaines parce qu'il n'y avait qu'une ou deux listes en compétition. Seulement 1 526 communes doivent tenir un second tour.

Non, il n'y a pas de leçons nationales à tirer globalement de ce scrutin, chaque commune est un monde politique à part, avec ses traditions, ses querelles de clocher, ses ambitieux, ses arrivistes, ses boules puantes. D'ailleurs, la difficulté que le Ministère de l'Intérieur a eue pour qualifier chaque liste était significative. En quelque sorte, toutes les listes étaient des listes divers, car il ne s'agit pas de qualifier l'étiquette politique d'une tête de liste, mais d'une équipe complète, et les clivages politiques décrivent mal le type de projet qu'une équipe veut pour sa ville.

Donc, dénationalisation du scrutin ? Non, pas vraiment, en fait ! Certes, le bloc central était très peu présent, Emmanuel Macron a tenu à rester très à l'écart de ces élections, au point de prononcer des discours très importants pour la défense nationale (à L'Île-Longue et à Indret), et le Premier Ministre Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres de ne pas commenter ces élections... Certes, le bloc central, il n'était présent que dans très peu de grandes villes, comme Pau (François Bayrou), Bordeaux (Thomas Cazenave qui bénéfice du retrait de la liste conduite par Philippe Dessertine), Le Havre (Édouard Philippe) et Annecy (Antoine Armand).

Et pourtant, il y a eu une évidente nationalisation de ces élections... par les électeurs. Car la principale observation, c'est qu'il y a eu une forte fièvre du RN et des insoumis dans les grandes villes. Et cette montée des extrémismes est inédite dans un scrutin municipal, mais ordinaire depuis près de dix ans sur le plan national.


J'ai illustré cet article par une figure que j'aime bien, qui m'est chère, André Santini. Cet homme politique rondouillard et plein d'humour vache est méconnaissable. Il est très malade. Il a fait campagne en quittant son hôpital pour inviter quelques personnes autour d'une table de restaurant. À 85 ans, le centriste André Santini a décidé de solliciter un nouveau mandat de maire à Issy-les-Moulineaux. Sa première élection date du 2 février 1980 et il a toujours été réélu avec des scores de républiques bananières. Il faut dire qu'il a transformé sa ville, l'une des plus grandes d'Île-de-France, de manière à permettre de loger beaucoup de parisiens qui ont quitté Paris. Issy, c'est en somme un nouvel arrondissement de Paris !

Eh bien, le visage politique de la France à l'issue de ce premier tour des municipales, c'est un peu celui d'André Santini. Un visage connu, traditionnel, et en même temps, très impacté, très usé, voire décomposé. Pour une rare fois, André Santini devra attendre sa (probable) réélection au second tour dimanche prochain. Il n'a recueilli que 43,9% au premier tour avec 56,1% de participation.


Je m'explique. Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter à l'élection présidentielle de 2027. Selon certains, il aurait été la cause de la rupture du clivage LR versus PS. Moi, je pense que c'est le contraire. Je pense que l'élection d'Emmanuel Macron est une conséquence et pas une cause, la conséquence de la fin de l'hégémonie de ces deux partis de gouvernement, le PS et LR, qui ont failli dans la confiance des Français. Toutefois, depuis ces neuf années, ces deux partis, par leur grande implantation locale, ont réussi à préserver cette hégémonie au niveau local, sur tout le territoire : villes de plus de 10 000 habitants, conseils départementaux et régionaux, etc. Certains pensaient que la fin du macronisme coïnciderait avec le retour du clivage LR vs PS sur le plan national en 2027, retour renforcé par la tenue des élections municipales comme dernier scrutin réellement important avant l'élection présidentielle (les élections sénatoriales n'étant pas de nature à changer les rapports de forces nationaux). Mais c'était se tromper de sens (cause alors que conséquence).

Car ce qu'il s'est passé à ce premier tour des élections municipales, dans les grandes villes où étaient présentes des listes très politiques, c'est qu'au contraire, la reproduction de la tripartition nationale (extrême droite ou droite radicalisée ; bloc central ou centre droit et centre gauche ; et extrême gauche ou gauche radicalisée), cette tripartition s'est déplacée à l'échelle municipale, et c'est le principal enseignement national qu'on pourrait tirer de ce scrutin.

C'est le cas à Marseille où les listes RN ont absorbé la quasi-totalité de l'électorat LR qui se retrouve pris en tenaille entre une gauche responsable et une extrême droite. C'est le cas aussi de Nice où Christian Estrosi s'est retrouvé déporté vers la gauche et les électeurs LR se sont reportés massivement sur la candidature de l'allié du RN Éric Ciotti.


L'autre enseignement, c'est que la situation est très diversifiée dans les différentes grandes villes de France et qu'il est donc difficile de donner une tonalité nationale. On peut quand même voir quelques invariants.

Par exemple, les rares maires RN ont été plébiscités dans leur ville, souvent réélus dès le premier tour. C'est le cas notamment de Perpignan (Louis Aliot), Fréjus (David Rachline), Beaucaire et Hénin-Beaumont (Steeve Briois). Et cela malgré, pour les deux premières, des casseroles judiciaires pour la tête de liste. En revanche, les maires écologistes radicalisés qui ont été élus dans la foulée d'une grande incertitude et d'une forte abstention pendant la crise covid (Bordeaux, Lyon, Poitiers, Strasbourg, etc.) sont en grande difficulté pour le second tour. Le RN a au contraire beaucoup à gagner avec Marseille (mais aussi Toulon, Nice, Draguignan et Menton), et a déjà gagné Cagnes-sur-Mer.

À part Paris et Marseille, le PS a failli et quand il a énoncé qu'il n'y aurait pas d'accord national avec FI, Olivier Faure ferait rire si ce n'était pas aussi grave. Cet entre-deux-tours (il fallait déposer les listes pour le second tour avant le mardi 17 mars 2026 à 18 heures, c'est très court) a au moins montré que les socialistes ne sont absolument pas fiables sur leur propre morale : de nombreuses listes socialistes, souvent sortantes mais pas seulement, ont finalement fusionné avec des listes insoumises malgré toutes les critiques hurlées quelques jours avant le premier tour.


C'est ainsi à Bordeaux, Lyon, Grenoble, Toulouse, Limoges, Poitiers, Clermont-Ferrand, Brest, Colombes, Argenteuil, Aubervilliers, Villejuif, La Courneuve, Avignon, Metz, Béziers, etc. Cela montre bien que le PS continuera ses combinaisons arrivistes au niveau national, comme ce fut le cas avec la Nupes en juin 2022 et la nouvelle farce populaire en juin 2024. Ils sont irrécupérables !

C'était du reste le message de Jean-Luc Mélenchon le 4 mars 2026 lors de son meeting à Bondy pour plumer la volaille socialiste : « Ils disent "Au deuxième tour, non plus, il n’y aura pas d'accord". C'est alors tout le monde entend : "Ah, ils rompent l'accord". Penses-tu ! Vous savez ce que c'est ? C'est des gros combinards. Ils ne vont pas nous coûter trop cher, je pense, à acheter pour le second tour, là où on les achètera. Quand ils disent pas d'accord national, ça veut dire faites votre tambouille localement ! ». Les insoumis ont effectivement de quoi pavoiser avec leur victoire du premier tour à Saint-Denis (93) et avec leur probable victoire de Roubaix au second tour, ainsi qu'une victoire possible (grâce aux socialistes) à Limoges et Toulouse.

À Paris et à Marseille, ce sont deux singularités : dans les deux villes, le PS est sortant et a donc beaucoup à perdre. À Marseille, Benoît Payan bénéficie du retrait sans condition des listes insoumises de Sébastien Delogu. Il a ainsi à la fois gardé l'attitude morale (pas d'alliance avec FI) et maintenu sa capacité à rassembler les électeurs FI. Inversement, à Paris, Rachida Dati bénéfice de la fusion avec les listes de Pierre-Yves Bournazel et le retrait sans condition des listes Reconquête de Sarah Knafo, alors que le candidat socialiste Emmanuel Grégoire, qui est tombé dans l'outrance dans l'entre-deux-tours, a gardé un caillou dans sa chaussure avec le maintien des listes FI de Sophia Chikirou (pour le coup, le RN ne vaut plus rien à Paris, seulement 1,6% des voix, toutes les voix du RN ont été siphonnées par Sarah Knafo).

Au-delà de Paris et Marseille, les socialistes ont tout de même refusé l'union avec les insoumis dans d'autres grandes comme Nancy, Rouen, Saint-Étienne, Rennes, Lille, etc.


Si les insoumis ont réussi à trouver une voie d'union de la gauche, réclamée par leurs électeurs, ce n'est pas le cas du RN très déçu de ne pas avoir réussi à corrompre LR, à quelques exceptions près (comme à Reims), et encore, dans ce cas, la tête de liste LR a été tout de suite désavouée par la direction nationale de LR.

Petite anecdote : à Strasbourg et à Grenoble, deux revenants septuagénaires, maires dans les années 1980, ont mené une liste placée en tête du premier tour : à Strasbourg, Catherine Trautmann (75 ans), qui a été désavouée par le PS pour avoir fait un accord avec la liste du candidat Horizons (lui aussi désavoué par son parti), et à Grenoble, Alain Carignon (77 ans), capitalisant son opposition active à Éric Piolle depuis 2020.

Que dire de plus ? Regarder quelques situations particulières. J'en prends deux à la volée. La petite ville d'Hardricourt, dans les Yvelines, près des Mureaux (mais de l'autre côté de la Seine) avait trois listes au premier tour : les deux premières ont recueilli exactement le même nombre de voix, 371, et la troisième 212, pour 62,1% de participation. Les trois listes repartent au combat au second tour, en espérant que l'une se distingue des deux autres.

Et puis, voici un dinosaure encore plus ancien qu'André Santini. Il s'agit du maire sortant de Créteil, le socialiste Laurent Cathala, ancien sous-ministre de François Mitterrand, ancien député pendant trente-quatre ans, et maire depuis le 14 mars 1977, qui sollicite un neuvième mandat : il souhaite fêter l'année prochaine ses cinquante ans comme édile du chef-lieu du Val-de-Marne. Pour cela, il devra attendre le second tour dans une quadrangulaire pour sa probable victoire après avoir obtenu 45,0% au premier tour avec une participation de 42,9%. Et il est cinq ans plus jeune qu'André Santini : il n'a que 80 ans !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mars 2026)
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Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (8) : la nationalisation du scrutin.
Municipales 2026 (7) : sécurité et police municipale.
Municipales 2026 (6) : logements sociaux.
Municipales 2026 (5) : logement.
Municipales 2026 (4) : transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.
 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260315-municipales-2026h.html

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19 mars 2026 4 19 /03 /mars /2026 03:11

« Ce nom scelle donc pour l'avenir un serment. Pour rester libres, il nous faut être craints. Pour être craints, il nous faut être puissants. Et pour être puissants, être prêts aux efforts. Dans ces efforts, soyons irréductibles, unis et sans relâche. Puissance, indépendance, résistance. Oui, c'est en servant la patrie que nous remporterons la victoire. Patriam Servando, Victoriam Tulit. Vive la République, vive la France, vive le "France Libre" ! » (Emmanuel Macron, le 18 mars 2026 à Indret).






 


Après le nouveau sous-marin nucléaire, le nouveau porte-avions. Le Président de la République Emmanuel Macron s'attache à préparer l'avenir de la France et surtout, à préserver sa souveraineté en la dotant d'outils de défense efficaces, modernes, adaptables, évolutifs et durables. Il s'est rendu ce mercredi 18 mars 2028, dans l'après-midi, à Indret, en Loire-Atlantique (dans l'estuaire de la Loire), pour évoquer le futur porte-avions français. À la fin de son discours devant notamment les deux Présidents d'assemblée Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, ainsi que des membres du gouvernement, Emmanuel Macron a révélé que le nom du nouveau porte-avions serait France Libre, afin de succéder avec les mêmes valeurs de résistance et de courage au porte-avions Charles-De-Gaulle.

Plusieurs noms étaient en compétition, notamment Richelieu, François-Mitterrand et Simone-Veil (je reste assez étonné que Simone-Veil fût proposé, je doute que Simone Veil elle-même eût accepté de prêter son nom à un porte-avions nucléaire). Emmanuel Macron avait énuméré auparavant les noms des porte-avions précédents depuis un siècle : Béarn, Dixmude, Arromanches, La Fayette, Bois Belleau, Clemenceau, Foch, Charles-De-Gaulle.

Le Président de la République a justifié le nom de "France Libre" ainsi : « J'ai souhaité inscrire notre futur porte-avions dans l'affiliation du Général De Gaulle. Sa vie, son destin, les choix faits dès le mois de juin 1940, après la débâcle, disent une certaine idée de la France. Pour lui, pour nous, l'esprit français, c'est un esprit de résistance, c'est une volonté que rien n'arrête. Volonté de résister pour demeurer libre, volonté irréductible, invincible sur le territoire national ou ailleurs face à l'occupation. Volonté qui, comme notre porte-avions, peut prendre les mers s'il le faut jusqu'à la victoire. Volonté de rester libre, oui. C'est bien cela, le grand projet qui est le nôtre, celui qui nous lie, celui de nos armées, mais aussi de notre recherche, de nos industries, de la nation. Cette volonté de rester libre, c'est celle de l'indépendance coûte que coûte, celle de l'autonomie d'action totale et sans contrainte, celle de la projection de nos forces là où la défense des intérêts de la France l'exige, partout dans le monde. C'est pourquoi notre nouveau porte-avions portera le nom de "France Libre". ».

Mais revenons en arrière, car le nom, finalement, n'est qu'anecdotique et placé en cerise sur le gâteau à la fin. Un gâteau militaro-industriel. Emmanuel Macron s'est fait le commercial du nouveau porte-avions avec cette fierté d'être Français : « Peu de nations savent, là encore, mener un tel chantier. Ces innovations sont au cœur de la conception, au cœur de la construction, au cœur des opérations de demain. Oui, ce navire, par sa propulsion nucléaire, ses technologies, par sa digitalisation, sera sur les mers ce que nous avons de meilleur. Effort de la nation, génie de nos entreprises dans tous nos territoires, mobilisation du secteur et des industriels, esprit de recherche, d'innovation, d'audace, énergie et engagement de notre jeunesse. ».

Annoncé le 8 décembre 2020 au Creusot, le nouveau porte-avions à propulsion nucléaire sera opérationnel à partir de 2038, dans douze ans, et coûtera la coquette somme de 10 milliards d'euros. Il sera de 80 000 tonnes et 310 mètres de long, avec deux réacteurs nucléaires.
 


Prenant sa casquette (ou son képi) de chef des armées, Emmanuel Macron est à l'aise avec les concepts, et l'actualité, malheureusement, lui donne raison chaque jour : depuis 2017, il a voulu remilitariser la France, et tous les patriotes devraient s'en réjouir. En 2027, avec la deuxième loi de programmation militaire qui sera présentée au conseil des ministres en avril 2026, le budget des armées aura doublé en dix ans. C'est le seul Président de la République qui, depuis cinquante ans, ne considère pas que le budget alloué à la Défense comme une variable d'ajustement des déficits publics. Il conforte la puissance militaire de la France dans le monde alors que le monde est de plus en plus incertain avec une rupture d'alliances pourtant anciennes et solides et le retour à des nationalismes d'avant-guerre.

Au lieu de prononcer la formule latine très connue : si vis pacem para bellum [si tu veux la paix, prépare la guerre], attribuée à l'auteur romain Végèce, il lui a préféré celle-ci : patriam servando, victoriam tulit [c'est en servant la patrie qu'il a remporté la victoire], prise pour devise de l'Ordre de la Libération (créé par De Gaulle le 16 novembre 1940) avec la croix de Lorraine comme insigne.

Pour Emmanuel Macron, le porte-avions est une arme de démonstration autant que de puissance : « Notre porte-avions, c'est la France faite volonté et puissance. Plus qu'un navire de guerre, il est la démonstration permanente de détermination et d'engagement pour agir seul, si nécessaire, avec nos alliés, si possible. Et rares sont les pays capables de projeter à des milliers de kilomètres de leurs côtes une telle combinaison de puissance aérienne, navale et de commandement. La France en est capable par un investissement de long terme et elle doit le rester. C'est le sens profond de ce que nous faisons aujourd'hui. Dans un monde où le champ des règles, comme je le rappelais il y a quelques jours à l’Île-Longue, est un champ de ruines, où les crises surviennent n'importe quand et n'importe où, nous devons demeurer cette nation qui agit. Nos compatriotes le souhaitent et l'assument. Nos alliés attendent de nous que nous soyons au rendez-vous, capables, crédibles, déterminés, et nos adversaires potentiels doivent savoir que la France est puissance. ».

Impressionné par la technologie française, le chef de l'État était bluffé par nos ingénieurs : « Ici même, aujourd'hui, dans ce chantier d'Indret, il prend désormais corps. J'ai pu voir les premières pièces, déjà impressionnantes, de technicité et de compétence. Ce qui se joue dans ces modules de chaufferie nucléaire et d'appareils propulsifs, dans le dévouement des femmes et des hommes qui prennent part à ce chantier, c'est bien la garantie de notre indépendance pour les décennies qui viennent. (…) Histoire d'audace, histoire de conquête, car chaque porte-avions est un exploit humain, technique, industriel. Notre prochain porte-avions (…) représentera un tonnage 1,8 fois supérieur à celui du Charles De Gaulle. Ces chiffres disent la dimension de l'ambition qui est la nôtre. (…) Un porte-avions nucléaire participe de manière indispensable à notre capacité de dissuasion. Oui, construire un porte-avions, c'est mobiliser d'ici 2038, et donc pendant plusieurs années, les meilleures intelligences du pays, les savoir-faire les plus rares, les vocations les plus exigeantes. ».
 


À cet égard, sur les 10 milliards d'euros que cela coûtera à la France, 90% retourneront à des entreprises françaises : « Il faut le dire clairement, le répéter, cet investissement de la nation pour son indépendance, sa souveraineté, crée des emplois en France, développe des compétences en France. Il permet aussi de poursuivre cette chaîne des compétences indispensables, qu'à raison nous n'avons jamais perdue. Qui est, pour certaines de ses compétences, une cohorte humaine si fragile. (…) Ce programme touche aussi plus de 200 métiers industriels différents, plus de 800 entreprises dans toute la chaîne productive : mécaniques lourdes, électroniques de puissance, systèmes numériques, ingénierie complexe, matériaux avancés, robotiques. (…) Ce sont des PME, des ETI, des grands groupes qui travaillent à la fois dans le secteur de la défense, parfois aussi dans le secteur civil, avec cette force du modèle dual que nous portons, et qui irriguent tous nos territoires. ».

Tous ces industriels français, le Président de la République les a remerciés très chaleureusement : « Soyez fiers, fiers de faire partie de cette grande aventure industrielle, de cette grande aventure souveraine. Soyez fiers et soyez-en remerciés. Vous êtes la preuve que notre puissance militaire est autant la cause que la conséquence de notre puissance industrielle. Sans une industrie de la défense qui produit plus, plus vite pour son pays, nous ne saurons saisir les opportunités pour nous-mêmes, mais également à l'export. Et vous savez combien je tiens à cette dimension, surtout dans la période que nous vivons, et vous y contribuez. Sans une industrie de défense puissante, nous serions condamnés à l'inféodation militaire et donc la vassalisation stratégique et la soumission économique. C'est pourquoi, aussi vrai que nous défendons un modèle d'armée complet, une dissuasion nucléaire dont j'ai rappelé l'importance et l'investissement qui l'accompagne, nous défendons une indépendance industrielle, technologique et d'innovation, militaire bien entendu, mais surtout les domaines critiques, aussi dans le civil. ».

Dada d'Emmanuel Macron dès 2017, la souveraineté militaire ne peut que s'accompagner de la souveraineté industrielle pour garantir notre indépendance nationale : « Si on croit dans l'indépendance de la France et l'indépendance de l'Europe, nous devons produire pour nous-mêmes et donc investir dans le temps long, donner de la visibilité à nos grands groupes, à nos ETI, à nos PME, à celles et ceux qui forment, pour avoir cette chaîne des temps, génération après génération, comme la France a su le faire, pour bâtir, pour innover, pour produire au service de nos armées. C'est une nécessité, c'est une nécessité pour rester pleinement souverain et cet effort industriel doit se démultiplier. Je le dis avec force aujourd'hui, nous devons encore accélérer, financer davantage, prendre plus de risques et produire plus vite. Je le dis indépendamment du projet qui nous occupe aujourd'hui, parce que l'Ukraine, malheureusement, ne s'arrêtera pas demain et l'Europe aura sans doute à produire davantage pour le théâtre ukrainien. La guerre aujourd'hui au Moyen-Orient, va nous conduire aussi à être davantage présents, y compris aux côtés de nos partenaires. Tout ça, c'est un test pour notre capacité non seulement à innover, mais à produire plus vite, en masse, pour certains de nos partenaires, si nous voulons gagner en compétitivité pour nous-mêmes et être présents sur ces marchés export, où des places peuvent nous être offertes si nous savons arriver en temps, en heure, en coût. ».

On retiendra des années Macron le réveil de l'industrie militaire et de la capacité de défense de la France, succédant ainsi aux années De Gaulle, elles aussi très prolifiques en matière industrielle et militaire. On dira ce qu'on veut d'Emmanuel Macron, l'avenir montrera qu'il a bien préparé l'avenir de la France. Et cela, on ne pourra pas le dire de beaucoup de ses prédécesseurs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mars 2026)
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Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron entre Charles De Gaulle et France Libre.
Discours du Président Emmanuel Macron, le 18 mars 2026 à Indret (texte intégral et vidéo).
Iran : Emmanuel Macron défend les intérêts de la France.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 3 mars 2026 à Paris (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron : la dissuasion nucléaire de la France, c'est moi !
L’action n’est pas une option !

 



 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260318-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/emmanuel-macron-entre-charles-de-267615

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12 mars 2026 4 12 /03 /mars /2026 03:32

« Les maires sont (…) dans un état d’esprit de grande responsabilité, avec une volonté farouche de protéger leurs administrés, de se faire entendre sur des sujets qu’ils voient au quotidien, bien mieux que les autres, et qu’ils contestent parfois à juste titre. » (François Baroin, le 12 avril 2021 dans "L'Écho du Mardi").





 


L'un des thèmes importants des élections municipales du 15 et 22 mars 2026 est la sécurité. Certes, dans les sondages, il ne viendrait maintenant qu'en deuxième sujet de préoccupation, supplanté par la santé, le problème pour trouver des médecins dans les déserts médicaux. Mais il reste encore un thème majeur.

Et pourtant, la sécurité comme la santé sont des prérogatives régaliennes de l'État. Heureusement, le maire peut agir dans ce domaine car les communes bénéficient de la clause générale de compétence. Il faut dire que l'État, par manque d'argent, se désengage dans plein de domaines, et c'est le cas notamment de la police nationale et de la gendarmerie nationale, si bien que les collectivités locales doivent compléter un dispositif d'État de plus en plus affaibli. (Sur la santé, on a vu à quels points les initiatives des maires pour proposer des tests covid, masques et vaccins contre le covid ont été déterminants pour traverser cette crise sanitaire sans précédent).

Les programmes électoraux font donc de la surenchères sur la sécurité, ce qui est assez ordinaire depuis plus de cinquante ans à chaque élection. Ce qu'on constate, c'est que les mentalités ont beaucoup changé dans un laps de temps très court, le temps d'un mandat municipal.


De récentes dispositions juridiques donnent beaucoup plus de compétences à la police municipale. Elle peut désormais recevoir un dépôt de plainte ou une main courante. C'est la police de proximité, qui connaît parfaitement son territoire, sa population, qui peut agir le plus rapidement possible. Petit à petit, elle prend le relais de l'État.

Aujourd'hui, il y a une quasi-unanimité (non, j'exagère, il reste encore une minorité opposée) en faveur de deux sujets récurrents dans le débat public : la vidéoprotection et l'armement de la la police municipale. Ce sont deux sujets très sensibles, qui ont souvent opposé les partisans de la liberté aux partisans de la sécurité. Aujourd'hui, il n'y a presque plus de débat sur leur opportunités et tout le monde propose ces deux mesures, soit dit en passant, coûteuses.

La vidéoprotection est un élément majeur de dissuasion et d'enquête policière. En effet, même cagoulés, les délinquants filmés peuvent laisser des indices qui peuvent rapidement les mener à eux. L'effet dissuasif est du reste très efficace sur les adolescents qui taguent les bâtiments publics. Quant aux enquêtes, les recherches dans le domaine de la délinquance et de la criminalité ont souvent besoin de tracer des véhicules traversant de nombreuses villes.

La vidéoprotection (à ne pas confondre avec la vidéosurveillance qui est l'intégration de caméras à l'intérieur d'un bâtiment) consiste à installer des caméras à l'extérieur dans la ville, aux entrées et sorties de ville, aux endroits stratégiques comme le parvis d'une école, de la mairie ou d'une église, de lieux très fréquentés par la population.

L'investissement correspond à l'acquisition et à la pose de ces caméras (qui sont souvent par centaines, même pour des petites villes), chaque caméra devant être vue par une autre afin d'assurer leur efficacité et leur fonctionnement protégé, capable évidemment de s'orienter dans toutes les directions de l'espace, capable de zoomer.

Pour le fonctionnement, cela dépend du choix de la municipalité. Soit le système est passif, c'est-à-dire que personne ne regarde en direct les images de ces caméras, auquel cas ce sera moins efficace (pour le flagrant délit) mais ce système permet de résoudre des enquêtes a posteriori. Il faut savoir que la vision des enregistrements est très réglementée. Le maire, en principe, n'y a pas accès, seules des personnes agréées le peuvent, et encore, sur décision du juge. Soit la municipalité décide de se doter d'un CSU (centre de supervision urbain) avec une vision en direct, ce qui coûte très cher (en personnel) mais est beaucoup plus efficace en permettant une réactivité immédiate.

Le choix du lieu de stockage ou du CSU est stratégique, puisqu'il doit pouvoir être consulté par la ville mais protégé d'éventuels contrevenants prêts à détruire toutes les preuves de leurs passages. De plus, les caméras doivent être reliées à ce centre de stockage par des moyens techniques fiables et protégés assurant la confidentialité.
 


L'autre sujet concerne l'armement de la police municipale. Il y a plusieurs types d'armement, le non-létal (matraque, bombe lacrymogène, flashball, taser), et le létal. Dans tous les cas, chaque équipement impose des formations spécifiques et un agrément temporaire de l'agent.

Pourquoi des armes létales aux policiers municipaux ? La question se pose souvent en campagne car certains ont peur de la bavure, craignent que le recrutement laisse à désirer. En fait, si la police nationale a peu de moyens (à cause du grave déficit), ce n'est pas forcément le cas de la police municipale car le maire peut politiquement décider d'un budget important. Ainsi, certains policiers municipaux bénéficient d'un meilleur entraînement que leurs collègues de la police nationale.

L'armement létal est nécessaire principalement pour protéger les policiers municipaux dans leurs interventions sur le terrain : il a une part de dissuasion (on réfléchit à deux fois avant de s'attaquer à des policiers armés), et surtout, il permet de faire des contrôles routiers et d'assurer le code de la route en ville. En effet, la plupart des faits-divers proviennent d'un refus d'obtempérer à la suite d'un contrôle routier. On ne sait jamais ce qu'on trouve à l'intérieur d'une voiture et l'automobiliste peut être très armé. Lorsque les policiers municipaux ne sont pas armés, ils sont obligés, pour faire des contrôles routiers, de le faire en équipe avec des policiers nationaux ou des gendarmes, qui, eux, sont armés, c'est-à-dire que ces contrôles routiers sont beaucoup moins fréquents, ce qui pénalise la protection des habitants.
 


Comme dans tous les autres domaines, la politique, c'est la définition des priorités budgétaires. On pourra toujours investir plus dans la sécurité parce qu'on ne protège jamais trop les habitants. Certains considèrent que le taux efficace est un policier municipal pour 1 000 habitants, mais cela dépend des villes, de leur configuration, de leur superficie, du relief, etc.

Comme pour l'écologie, la sécurité n'est donc plus un sujet clivant et tous les partis politiques ont pris des engagements sur ce thème. Ainsi, la question des électeurs n'est plus "quoi ?" mais "comment ?". Et certaines équipes de candidats ont évidemment plus de crédibilité que d'autres.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mars 2026)
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Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (7) : sécurité et police municipale.
Municipales 2026 (6) : logements sociaux.
Municipales 2026 (5) : logement.
Municipales 2026 (4) : transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260307-municipales-2026g.html

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10 mars 2026 2 10 /03 /mars /2026 03:47

« Les maires sont (…) dans un état d’esprit de grande responsabilité, avec une volonté farouche de protéger leurs administrés, de se faire entendre sur des sujets qu’ils voient au quotidien, bien mieux que les autres, et qu’ils contestent parfois à juste titre. » (François Baroin, le 12 avril 2021 dans "L'Écho du Mardi").




 


Les élections municipales du 15 et 22 mars 2026 sont l'occasion de passer en revue quelques thèmes cruciaux dans la gestion d'une ville. L'un des enjeux importants d'une commune, c'est sa politique des logements sociaux.

C'est l'article 55 de la loi n°2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dite loi SRU, adoptée sous le gouvernement de Lionel Jospin et défendue par le Ministre communiste de l'Équipement, des Transports et du Logement Jean-Claude Gayssot, par la suite modifiée notamment par la loi n°2013-61 du 18 janvier 2013 relative à la mobilisation du foncier public en faveur du logement et au renforcement des obligations de production de logement social, portée par Cécile Duflot sous François Hollande, puis par l'article 65 de la loi n°2022-217 du 21 février 2022 relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l'action publique locale sous Emmanuel Macron.

Que dit l'article L302-5 du code de la construction et de l'habitation, modifié par les lois citées ? Que pour la plupart des communes, celles de plus de 3 500 habitants ou, pour la région parisienne, plus de 1 500 habitants, il faut qu'il y ait un taux minimal de logements sociaux de 25% des résidences principales sur la commune. Ce taux était initialement fixé à 20% le 13 décembre 2000 et augmenté à 25% le 13 janvier 2013 avec une quasi-généralisation des communes pour lesquelles ce taux s'applique. La définition d'un logement social est juridiquement très précise et je ne l'aborde pas.

 


Avant d'évoquer l'application pratique de cette loi, évoquons d'abord le principe de la loi et le logement social. Le principe d'obliger la construction de logements sociaux, c'est-à-dire de logements comme les autres mais à loyer modéré (HLM), c'est-à-dire gérés par un bâilleur social, est absolument sain et positif ; il concourt à permettre aux personnes à faibles revenus de pouvoir se loger (devenu droit opposable). C'est dans les conditions de ce principe, par la loi ou par son application, que cela peut prêter à discussion.

Autre préambule, parlons des logements sociaux. Ils ne sont pas un moins pour une commune. Ce n'est pas que de l'hébergement de populations dites à problèmes. Non, tout le monde a besoin de logements sociaux, même les aisés ! Ainsi, les enfants d'habitants d'une commune, s'ils se plaisent bien dans cette commune, ne peuvent pas s'installer dans celle-ci, de manière indépendante (hors de chez papa maman), sans une offre de logements à loyer modéré, puisque les jeunes sont en général sans revenus élevés (étudiants, salariés débutants, etc.), même si certains ont papa maman pour les aider.

De même, l'une des caractéristiques pour réduire la pollution des transports (et les embouteillages) est de réduire la distance entre domicile et travail, et cela signifie que les employés à faibles revenus puissent trouver une offre de logement selon leurs revenus près de leur lieu de travail.

Enfin, les habitants eux-mêmes peuvent souhaiter avoir ce qu'on appelle un parcours résidentiel dans leur propre commune. S'agrandir lorsque la famille s'agrandit (naissance de nouveaux enfants) ou, lorsque les enfants sont grands, des logements plus petits, donc, il y a nécessité toujours d'avoir une offre dynamique de logements pour toutes les bourses. Enfin, lorsqu'une personne arrive à la retraite, ses revenus vont chuter et elle a parfois besoin d'un logement à loyer modéré dont elle n'avait pas besoin avec ses revenus du travail.

Bref, pour toutes ces raisons, il est faux de mettre l'équivalence entre logements sociaux et "zones de non-droit" ou de "sauvageons", drogue, insécurité, etc. Tout le monde a besoin de logements sociaux. Ce qui est déterminant, donc, c'est : premièrement, la loi est-elle appliquée ? Et deuxièmement, qui et comment sont attribués les logements sociaux ? Et entre les deux, comment sont construits les logements sociaux. Dans certains quartiers, il est impossible de différencier les logements sociaux des logements du parc privé.
 


La loi SRU (et ses suivantes) sont très sévères et très contraignantes pour le maire. Avoir 25% de logements sociaux, cela signifie, pour les communes qui sont à un taux inférieur, d'avoir des opérations immobilières (de nouvelles constructions) qui comprennent au moins 30% de logements sociaux (c'est souvent une obligation préfectorale). C'est un peu le chat qui se mord la queue : s'il manque des logements sociaux, il faut construire de nouveaux logements, dont des logements sociaux. Mais à chaque nouveau logement, il faut 25% de logements sociaux en plus de ceux qui manquent déjà. Il est donc très difficile d'arriver au taux demandé. Il faut aussi imaginer qu'un taux supérieur de 40% va créer nécessairement des problèmes sociaux, car cela uniformise les populations, tandis que la mixité sociale est le meilleur moyen d'intégrer toutes les populations.

Bien entendu, lorsque la commune ne respecte pas le taux de 25%, le préfet sévit ! Les sanctions sont de deux ordres.

D'abord, une amende qui peut coûter très cher à la commune (plusieurs dizaines de milliers à plusieurs centaines de milliers d'euros), mais cette sanction dans les communes riches peut ne pas être dissuasive : les habitants sont prêts à payer pour être "tranquilles" !

D'où le seconde type de sanction, à partir d'un certain moment de non-respect du taux : l'État reprend l'initiative du foncier de la commune. Cela signifie que l'État prend le pouvoir de préemption, si bien qu'il oblige la commune à acheter tout le foncier bâti qui se vend pour en faire des logements sociaux (c'est par exemple le cas d'une petite commune de la région parisienne qui a un taux de logements sociaux très bas faute d'opération immobilière : l'État l'oblige à acheter toutes les maisons du centre-ville qui se vendent, à les raser et, lorsqu'il y a suffisamment de surface, à en faire des immeubles avec près de 100% de logements sociaux).

Ce deuxième de type de sanction est très efficace : si la commune n'incite pas elle-même à construire des logements sociaux de manière harmonieuse, l'État l'obligera dans les pires conditions, sans concertation, sans choix urbain.

Pour des communes qui se développent beaucoup, le taux 25% est possible, mais dans des petites villes sans superficie et étriquées, arriver à un tel taux est très difficile.

Concrètement, il existe donc des plans triennaux pour les communes qui ne respectent pas la loi dans lesquels le préfet fixe des objectifs de nouveaux logements sociaux pour la fin de la période de trois ans. Si ces objectifs ne sont pas atteints, de nouvelles sanctions sont prévues. Évidemment, cela dépend de la situation des communes, et ces objectifs sont l'objet de rudes négociations entre le maire et le préfet (un bon maire est un maire qui sait convaincre un préfet).

Cela signifie aussi qu'il faut de nouveaux logements tout court pour avoir de nouveaux logements sociaux (à moins de ne faire que des logements sociaux, ce qui risque de remettre en cause la cohésion sociale d'un quartier). C'est donc à la municipalité d'anticiper les sanctions pour les éviter et d'être proactive dans le développement urbain en accompagnant ces constructions pour permettre une certaine qualité de vie. Il y a donc un grand enjeu de communication et de pédagogie avec les habitants pour que ceux-ci comprennent la loi SRU et les contraintes de leur commune.

Pour les promoteurs, faire des logements sociaux plombent leur business plan puisqu'ils sont moins rentables et tout autant coûteux qu'un logement du régime général. Je reviens sur mon texte sur le logement tout court, à savoir qu'il est parfois plus intéressant d'avoir une densité de logements plus élevée pour compenser une certaine qualité architecturale et éviter le moins disant. C'est donc aussi valable pour les logements sociaux qui ont quasiment les mêmes coûts de construction (sauf en places de stationnement) puisque les normes énergétiques sont les mêmes.
 


La commune a donc peu de pouvoir sur le nombre de logements sociaux, elle doit surtout respecter la loi, ce qui est déjà très difficile. L'autre levier pour préserver la cohésion sociale, et qui est stratégique, c'est l'attribution des logements sociaux. Normalement, trois acteurs peuvent attribuer, chacun, une proportion de l'ensemble des logements sociaux de la commune : le préfet, la mairie et le bâilleur social. Des lois récentes renforcent les possibilités de la mairie : le taux de logements sociaux attribuables par la mairie est flottant, c'est-à-dire que le taux reste le même, même lorsque les logements sont occupés, alors d'autres logements sociaux disponibles les remplacent dans le taux attribuables par la mairie. De plus, la mairie s'occupe aussi de remplir tous les logements sociaux neufs des premiers locataires, c'est crucial pour le devenir d'un quartier.

Enfin, et c'est ce qui peut faire la différence dans les engagements de campagne électorale, la commune peut acheter au bâilleur social (qui est propriétaire) non pas des logements sociaux mais des droits d'attribution dans ces logements sociaux, c'est-à-dire qu'en payant une somme (quelques milliers à dizaines de milliers d'euros par logement), la commune peut maîtriser leur attribution. Cela peut coûter cher mais cela permet aussi d'avoir une certaine cohérence dans la politique de la commune. La mairie peut également signer des conventions avec des grands employeurs présents sur son territoire (armée, hôpital, centre de recherches, etc.) et loger aussi ses agents à faible revenu dans son propre parc de logements sociaux, ce qui est logique pour réduire les trajets domicile-travail.

Comme on le voit, la loi SRU est très contraignante, et son application par les préfets soumise à des négociations très rudes avec les maires. Mais elle essaie de résoudre le problème du logement chez les moins favorisés. Une municipalité peut quand même garder certains leviers pour garder la maîtrise de son avenir social malgré cette loi. Il faut d'abord bien en comprendre les objectifs pour les respecter, et connaître les procédures. Et enfin, anticiper. Anticiper, c'est avoir une vision réaliste de l'avenir de la commune.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mars 2026)
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Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (7) : sécurité et police municipale.
Municipales 2026 (6) : logements sociaux.
Municipales 2026 (5) : logement.
Municipales 2026 (4) : transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.

 



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260307-municipales-2026f.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/municipales-2026-6-logements-267341

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9 mars 2026 1 09 /03 /mars /2026 03:47

« Mon idée était de dire qu’il faut une reconquête territoriale pour une reconquête républicaine. » (François Baroin, le 12 avril 2021 dans "L'Écho du Mardi").



 


L'un des enjeux des élections municipales est l'urbanisme et le logement. J'évoque dans cet article le logement, et je n'évoque pas ici les logements sociaux, sujet très importants pour les communes, auquel je consacrerai l'article suivant.

La politique du logement est sans doute le plus gros échec des deux quinquennats du Président Emmanuel Macron. C'est d'ailleurs en lien avec la suppression de la taxe d'habitation puisque cette mesure a fait reporter toute la charge fiscale des impôts locaux des particuliers aux seuls propriétaires fonciers. La taxation d'une grande fortune immobilière (IFI) à la place de l'ISF a également concouru à ce signal que le pouvoir n'encourageait pas l'investissement locatif malgré le grand besoin de logements.

Au-delà d'une croissance démographique qui se tasse, le grand besoin de nouveaux logements est la conséquence depuis plusieurs décennies de changements profonds du mode de vie : mobilité affective (séparation conjugale, recomposition familiale), mobilité professionnelle (mobilité plus forte tant géographique que fonctionnelle), etc.


C'est à l'échelle de la commune que les logements sont construits puisque le maire est chargé de l'instruction puis de la signature des permis de construire dont la demande lui est adressée. Cette décision n'est évidemment pas le résultat d'un choix arbitraire ou capricieux. On pourra toujours déposer un recours auprès du tribunal administratif si on n'est pas content d'une acceptation ou d'un rejet d'une demande de permis de construire. La décision doit être justifiée juridiquement ; elle doit correspondre à une analyse détaillée du projet en fonction du PLU, le plan local d'urbanisme. C'est ce document qui revêt une grande importance ; il permet de statuer de la destination de zones territoires prédéfinies (habitat, commercial, industriel, équipements publics, etc.).
 


Généralement, ce document très détaillé se construit dans un long processus, coûteux (soit en interne si la commune est suffisamment grande, soit en externe avec des conseils), pour définir la commune dans les dix à vingts années à venir. Une fois arrêté par le conseil municipal, ce projet de PLU fait l'objet d'une enquête publique (avec les commentaires et réactions des acteurs institutionnels et des habitants), qui, après analyse, conduit à quelques modifications pour une adoption définitive par le conseil municipal. Tout le processus est très codifié par la loi, avec un calendrier précis et beaucoup de transparence.

L'intérêt d'un PLU, également d'un SDAU (schéma directeur d'aménagement urbain) défini en amont du PLU, c'est d'avoir des perspectives pour la commune, une vision qu'il s'agit d'organiser au mieux pour accompagner son développement urbain. L'État mais aussi les régions sont en demande de nouveaux logements et incitent les communes à promouvoir ce mouvement, souvent par la contrainte (une commune ne peut pas s'opposer à la loi).


Il y a parfois des injonctions paradoxales puisque le Parlement a voté des lois pour restreindre ce développement urbain, notamment avec l'objectif de zéro artificialisation. Cela signifie que l'État encourage surtout les communes à densifier ses centres-villes (par exemple, des maisons revendues à des promoteurs qui vont les raser pour faire des immeubles).

L'augmentation du nombre de logements peut inquiéter à juste raison, car cela peut bouleverser la sociologie d'une commune. Mais cela peut aussi être une opportunité, celle d'attirer de nouveaux commerces, des services supplémentaires, de l'activité économique, des emplois, etc.

Cela engendre nécessairement des effets sur la circulation automobile (à repenser) et sur le stationnement. Si le PLU le détermine, c'est aussi selon des standards légaux. Par exemple, on ne peut pas construire de nouveaux logements sans place de stationnement en même temps, dont le nombre dépend de la taille (ou de la nature, les logements sociaux étant moins contraints). Toutefois, l'évolution d'une construction dans le temps peut amener de nouveaux logements (un garage qui se transforme en chambre d'étudiant, par exemple), mais sans nouveau stationnement (auquel cas la mairie serait tenue de rejeter ce projet si on le lui soumettait, mais il arrive que certaines de ces transformations ne soient pas déclarées).

L'un des enjeux d'une commune, c'est de maîtriser son développement urbain. Cela ne veut pas dire l'empêcher, mais avoir une politique urbaine adéquate et intelligente. Cela nécessite d'abord une vision claire de l'avenir, et ensuite, y mettre les moyens. L'aspect réglementaire est indispensable, avec le PLU où la commune peut préciser jusqu'aux types de matériaux qu'elle veut ou ne veut pas. Mais il n'est pas suffisant.
 


Les projets immobiliers sont des entreprises qui doivent être profitables, comme toute activité économique. Or, le moins disant n'engendre pas du qualitatif. Si le PLU exige une certaine qualité de l'habitat, pour un aspect esthétique, pratique (énergétique, etc.) et aussi identitaire (une reconnaissance de la commune), une construction coûtera plus cher qu'un moins disant. Cela signifie que le promoteur, pour équilibrer son bilan financier, doit compenser le surcoût qualitatif par du quantitatif, c'est-à-dire par un nombre plus élevé de logements. C'est cet équilibre toujours fragile que la municipalité devra trouver pour que les nouvelles constructions s'intègrent harmonieusement dans le paysage urbain d'origine, et cela dans une optique de médiation entre riverains impactés et aménageurs.

Ainsi, l'enjeu de l'urbanisme dans une commune, ce n'est pas accepter ou refuser de nouvelles constructions. Celles-ci sont prescrites par l'État et les régions. Seuls des candidats d'opposition peuvent se permettre de ne pas vouloir connaître les contraintes extérieures et faire dans la démagogie peu sérieuse. L'enjeu, pour les responsable sérieux, c'est d'accompagner ces constructions pour qu'elles fassent le moins de dégâts possible, des dégâts esthétiques mais aussi et surtout sociologiques, et pour cela, la municipalité doit être proactive dans ces projets qui restent pourtant, pour la plupart des situations, dans le domaine privé.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mars 2026)
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Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (7) : sécurité et police municipale.
Municipales 2026 (6) : logements sociaux.
Municipales 2026 (5) : logement.
Municipales 2026 (4) : transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260307-municipales-2026e.html

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8 mars 2026 7 08 /03 /mars /2026 03:40

« Les maires sont (…) dans un état d’esprit de grande responsabilité, avec une volonté farouche de protéger leurs administrés, de se faire entendre sur des sujets qu’ils voient au quotidien, bien mieux que les autres, et qu’ils contestent parfois à juste titre. » (François Baroin, le 12 avril 2021 dans "L'Écho du Mardi").





 


Le premier tour des élections municipales a lieu le dimanche 15 mars 2026. C'est l'occasion de reprendre un thème souvent porté par les candidats (généralement d'opposition), la transparence. Généralement d'opposition parce qu'il est facile de critiquer une équipe aux responsabilités pour son supposé manque de transparence.

Or la transparence, comme la tolérance, ne sont pas des valeurs en elles-mêmes. C'est bien d'être tolérant, mais il y a des idées qui sont intolérables. La tolérance totale est du relativisme. La transparence a aussi ce même caractère incertain : elle n'est jamais atteinte, pour les dénigreurs de tous poils, il faudra toujours plus de transparence. Mettez-vous à nu, ce ne sera pas suffisant, il faudra vous enlever la peau, etc.


Bien entendu, dans les projets structurants d'une commune, l'avis des habitants est essentiel, et pas seulement lors des élections municipales. Certains ont opté pour des référendums qui, en fait, ne sont que des consultations pour avis (par exemple, en mars 1983, Alain Carignon, pour conquérir la ville de Grenoble, avait promis un référendum sur le projet de tramway que la municipalité sortante avait lancé ; c'était surtout la reconnaissance qu'il n'avait pas d'opinion sur le sujet et ne voulait surtout pas être soutenu ou repoussé sur cette question à l'époque très clivante dans la ville). Le problème de ce genre de consultation, c'est que le projet est abouti, c'est oui ou c'est non mais il n'y a pas de coconstruction.

Dans les projets structurants, d'autres municipalités, au contraire, souhaitent impliquer les habitants dès leur conception. Lorsqu'une centaine d'habitants répondent à l'appel, de toute sociologie, population active, retraités, résidents récents, résidents anciens, capables de travailler dans des ateliers le soir, parfois jusque tard dans la nuit, alors le pari de la municipalité est gagné car il y aura eu une réelle participation, certes pas représentative, car tout le monde ne peut pas s'investir personnellement dans ce genre de coconstruction, faute de temps, à cause de la vie professionnelle, familiale, santé, etc. mais suffisamment diversifiée pour englober une grand éventail d'avis.


Dans la gestion courante d'une ville, il y a généralement beaucoup de débuts de projet, beaucoup de projets qui n'aboutissent jamais pour de nombreuses raisons, car les projets doivent toujours être financés, souvent par de nombreux acteurs, et la réglementation peut aussi amener à rendre un projet infaisable ou même anachronique. Il faut comprendre qu'on vit une époque où les mentalités bougent énormément, au-delà des réglementations, et cette rapide évolution concerne souvent notre vie quotidienne. Quelques exemples : la vidéoprotection est beaucoup plus admise qu'il y a dix ans ; la végétalisation de cours de récréation et plus généralement de l'espace public s'impose désormais, après les canicules, etc.

Cela signifie que dans les fonds de tiroirs d'une mairie, il y a plein de non-débats sur des projets avortés pour diverses raisons, et évidemment, s'il fallait impliquer les habitants sur tous ces non-projets, il n'y aurait plus de temps pour la coconstruction de projets structurants susceptibles d'être achevés. On ne mobilise pas la population pour rien.


C'est la raison pour laquelle les habitants ne peuvent pas être mobilisés dès la première phase d'un projet. Cette mobilisation doit intervenir à une phase où le projet est déjà suffisamment mûr pour qu'il soit viable, financièrement, réglementairement, etc. C'est aux élus d'amener éventuellement ces projets à cette phase de maturité.

De plus, il y a deux types de concertations que peut mener une mairie.

D'une part, sur des projets dont elle a pris l'initiative, et dont elle maîtrise le bon déroulement, dans ce cas, la concertation peut se faire de manière organisée et anticipée. C'est le cas évidemment le plus facile à gérer car la mairie est demandeuse de concertation, elle veut que les habitants participent au projet commun.
 


D'autre part, sur des projets dont elle n'est pas à l'origine, souvent des projets immobiliers qui respectent le PLU (plan local d'urbanisme : le débat a eu lieu lors de la dernière révision du PLU avec l'enquête publique) mais que contestent parfois certains riverains pour diverses raisons. S'il s'agit de fonciers privés, la municipalité ne peut avoir qu'un rôle de médiateur pour permettre une évolution du projet des aménageurs en tenant compte des revendications des riverains (ou pas). Ce type de concertation organisée par la mairie est alors peu anticipée, car dépendant de la réaction (parfois épidermique) des riverains (généralement des pétitions de protestation) et la mairie est dans ce genre d'affaire totalement neutre. Sa signature du permis de construire ne constitue pas un accord (ou désaccord) avec le projet mais simplement une conformité au PLU et à d'autres règlements éventuels, et son rejet pourrait être remis en cause par un recours au tribunal administratif qui aurait de grandes probabilités de donner tort à la mairie si son rejet de permis de construire n'est pas basé sur des éléments opposables par le PLU. Un maire ne peut pas soutenir ou s'opposer à un projet par son bon vouloir, son caprice, son arbitraire. Nous sommes dans un État de droit et seul des arguments juridiques peuvent empêcher la signature d'un permis de construire. Heureusement.

En conclusion, j'insiste sur le fait que la concertation et la transparence sont bien entendu nécessaires dans les grands projets d'une commune, mais elles ne doivent pas être "absolues", en ce sens qu'elles ne peuvent pas s'intégrer à la phase initiale d'un projet dont les principales options n'auraient pas déjà fixées en amont. Transparence ne signifie pas cogestion. Les habitants ont élu un maire pour cela, ils ne peuvent avoir la même précision de vision des situations que le maire lui-même, ou alors, il faut qu'ils prennent sa place. C'est cela la démocratie représentative, qui ne doit pas s'opposer à la démocratie participative.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 mars 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Municipales 2026 (4) : transparence.
Municipales 2026 (3) : fiscalité.
Municipales 2026 (2) : mille-feuilles territorial et argent public.
Municipales 2026 (1) : politisation.
 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260304-municipales-2026d.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/municipales-2026-4-transparence-267260

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/03/04/article-sr-20260304-municipales-2026d.html

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